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le jour de la fête de l'Etre Suprême, nous annonçant l'apothéose de la raison, doit être l'époque mémorable delà destruction de tous les préjugés religieux ; arrête que, tout en rendant justice aux intentions pures qui ont déterminé le citoyen Esnard à continuer jusqu'à ce jour les fonctions publiques de son culte, invitation lui sera faite de les cesser dès aujourd'hui, afin que désormais le temple de l'Etre Suprême ne soit plus ouvert que pour y célébrer les fêtes décadaires, qui seules peuvent rappeler l'homme à l'idée pure de la divinité et à la dignité de son être. — Esnard, J.-B. Jeannin, Bonvalot, Cl.-B. Malland, Cheviet, Fournier, Pelletier, Cheviet, Gaulard, Henri Joly, Cuenot, Pellicier. »
Le district, en recevant communication de cet arrêté, déclara <( qu'il contenait les principes les mieux faits pour amener le peuple à adorer en esprit et en vérité l'auteur de la nature, qui ne voulait d'autre temple que l'univers, d'autre culte que la pratique des vertus utiles, et d'autres autels, que les cœurs purs ; qu'en conséquence, pour rendre ua hommage public à la sagesse des vues du comité et en répandre les salutaires influences, son arrêté serait imprimé et envoyé sur-le-champ à toutes les communes du district. »
Pour que rien ne manquât à son apostasie, Esnard apporta, le 17 juillet, au district, tout ce qu'il avait de titres ecclésiastiques, en déclarant qu'il aurait depuis bien longtemps cessé toute fonction , s'il n'eût craint que l'interruption du culte ne causât de l'agitation dans la ville. Le directoire applaudit à son civisme bien connu, et lui promit que ses lettres seraient brûlées à l'une des prochaines décades.
L'exemple du curé Esnard, prêtre étranger et depuis longtemps méprisé, fit peu d'impression dans le district de Baume, et il trouva peu d'imitateurs. Mais il en était un qui ne pouvait lui manquer, c'était le fougueux intrus deSancey. Le 9 juin, Vernier écrivit à Bruleport, agent national du district : « Tant que j'ai vu que le bien public exigeait de moi l'exercice de mes fonctions sacerdotales, je les ai faites; aujourd'hui que le peuple est à la hauteur à laquelle depuis longtemps je désire le voir, je renonce à mes fonctions et dé-
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clare vouloir vivre en homme privé. Je ne puis t'envoyermes lettres de prêtrise ; elles me furent enlevées lorsque je vins à Sancey. Mais je t'envoie tout ce que j'ai, et tu en feras tel usage que tu voudras. » Ces pièces constataient que Vernier avait été fait diacre en i785, et vicaire à Dambelin l'année suivante ; elles furent brûlées au pied de l'arbre de la liberté. Huit curés et un vicaire constitutionnels suivirent seuls la voie ouverte par Esnard et Vernier. Masson , curé de Fontaine, écrivit, le 8 juin, « que ses sentiments étaient bien connus, et que, depuis trois mois, il aurait quitté son poste, s'il n'avait cru devoir y rester dans l'intérêt de la république, pour forcer la municipalité à exécuter les lois. » A Mondon, au contraire, ce fut le maire Gandillot qui signifia au curé Piaget de se conformer à l'invitation faite par le district à toutes les communes, de cesser l'exercice du culte, suivant l'exemple donné par le chef-lieu. Les autres abdicataires déclarèrent à peu près uniformément, « que, leur ministère étant jugé préjudiciable à l'intérêt public, ils s'empressaient, en bons citoyens, d'y mettre fin. »
Le 13 mai, Brutus ou Bailly, agent national du district d'Ornans, s'était élevé avec violence, au nom de la liberté des cultes, contre les cérémonies extérieures qui continuaient à se faire dans cette ville. Selon lui, les processions, l'administration solennelle du viatique aux malades et les convois funèbres, étaient autant d'atteintes à la liberté des autres cultes, qui, à la vérité, n'existaient pas à Ornans, mais auraient pu y exister. Ces cultes n'ayant aucune cérémonie semblable, auraient pu, à son avis, se trouver blessés de l'espèce de supériorité qui en résultait pour un culte en particulier, et «raindre dès lors qu'il ne redevînt prédominant. Pour apaiser les craintes qu'auraient pu concevoir, à cet égard, des sectes qui n'existaient pas, l'ombrageux défenseur de la liberté avait réclamé qu'on poursuivît comme rebelles les membres du seul culte existant, s'ils ne renfermaient pas strictement leurs cérémonies dans l'enceinte des églises ; et le district, partageant les scrupules si délicats du nouveau Brutus, s'était empressé de faire droit à ses réquisitions^ u attendu, disait-il, que rien ne devait empêcher
rexécution des lois qui admettaient l'exercice de tous les cultes^ et que dès lors qu'ils étaient tous admis^ aucun ne devait prédominer sur les autres. »
Une longue expérience de l'exercice simultané et public de plusieurs cultes, dans la même ville, sans prédominance pour aucun et sans inquiétude pour les autres, a suffisamment réfuté ces pitoyables sophismes. La conduite ultérieure de ceux qui s'en faisaient une arme contre la religion nous éclaire encore mieux sur leur bonne foi. Un mois à peine s'était écoulé, que Brutus écrivait, le 17 juin, au département, avec une satisfaction et un calme parfaits, « que la municipalité d'Ornans venait d'interdire tout exercice du ctdte. » La municipalité ne se contenta même pas de cette mesure ; elle exigea d'abord la démission du curé et des vicaires et ensuite leurs lettres de prêtrise. Le mot d'ordre avait déjà été envoyé dans les campagnes ; et pour qu'il y fût plus sûrement suivi, Lejeune autorisa le district, le SO juin^ à y envoyer deux commissaires, expressément chargés «d'épurer les autorités municipales, de travailler particulièrement aux progrès de l'esprit public et delà raison, de dessiller les yeux des bons campagnards sur les erreurs et les préjugés, et enfin de recueillir des renseignements sur les malveillants. » Cette mission était déjà presque inutile, en ce qui concernait les malheureux intrus ; car, à la première invitation, ils s'étaient empressés d'envoyer ou d'apporter au district leur démission, leur abdication ou leurs lettres de prêtrise ; ceux qui les avaient déjà remises au département crurent devoir en justifier d'une manière authentique, tant les ordres secrets étaient formels et impératifs. Le nombre des abdicataires s'éleva dans ce district à quarante-deux, depuis le 45 juin jusqu'au 20 juillet. C'était à peu près tout le clergé constitutionnel en activité. L'oratorien Vuillaume , en apportant ses lettres de prêtrise, déclara a qu'il n'avait accepté les fonctions de desservant à Epenoy, que pour obéir à la loi, et qu'il n'avait jamais voulu confesser, parce que cette fonction lui avait toujours paru contraire au bien de la société ; que toutes ses instructions n'avaient tendu qu'à ouvrir les yeux au peuple sur les abus de la religion ; qu'il avait cons-
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tamment prêché l'amour des lois et la pratique des vertus dépouillées des erreurs dont le fanatisme s'efforçait de les envelopper ; qu'il rentrait avec enthousiasme dans la classe des bons citoyens et des sans-culottes, et qu'il tâcherait toujours d'éclairer les ignorants sur le bien de la Révolution, la haine des tyrans, et sur les erreurs du fanatisme. » Le jeune Blondeau, intrus de Mouthier, déclara, de son côté, « qu'il n'avait embrassé l'état de prêtre que pour servir la Révolution, parce que la patrie, alors en danger, en demandait impérieusement ; qu'il n'avait prêché que les principes révolutionnaires, et qu'en ce moment la patrie étant sauvée, il remettait ses lettres de prêtrise. » On voit que la foi des honnêtes'populations schismatiques étaitentre bonnes mains.
Le district , en adressant à la Vedette la liste des abdicataires , le 5 juillet , ajoutait : « Nous désirons que cet exemple soit suivi de tous les superstitieux qui s'obstinent à rester dans un état si détestable. » Le district avait de trop puissants moyens de contrainte pour être longtemps réduit à former de simples souhaits à cet égard.
A Pontarlier, le district, voyant que les abdications ne marchaient pas assez vite dans son ressort, malgré tous les moyens mis en œuvre pour les accélérer, prit le parti, comme on l'a déjà dit, d'envoyer, au commencement de juillet, à tous les curés et vicaires l'injonction verbale et officieuse d'abdiquer leurs fonctions, sous peine d'être traités en ennemis du bien public. Il résulte de l'examen de ses registres et des révélations faites après la Terreur, par plusieurs de ces prêtres, qu'on les contraignit à signer des formules contenant non-seulement leur démission et l'engagement de ne plus exercer leur ministère nulle part à l'avenir , mais encore la déclaration du lieu où ils comptaient se retirer, car on exigeait qu'ils s'éloignassent de leurs paroisses, et l'indication du métier qu'ils se disposaient à embrasser. D'après les termes de cette formule grossièrement mensongère, ces malheureux prêtres étaient censés avoir demandé euxmêmes à donner toutes ces indications. Du iO juin au 27 juillet, on ne compta pas moins de quarante abdications dans ce district. Grâce aux mesures prises par l'adminis-
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tration, il n'y manquait aucun des desservants constitutionnels. Le vieux Burnequez, curé de Mouthe, membre de l'assemblée constituante, ouvrit la marche en déclarant 0 qu'il quittait ses fonctions pour rétablir la bonne harmonie dans sa paroisse (fort agitée en effet), et qu'il allait vivre en citoyen français^ aux Bréseux^ dans sa famille. » Au nombre des abdicataires se trouvaient plusieurs prêtres très jeunes, improvisés par Seguin , Volfius ou Flavigny ; ils déclarèrent tous, de gré ou de force^ qu'ils n'avaient pris le métier de prêtre que pour combattre te fanatisme de l'ancien clergé et hâter le règne de la raison. Grivet, l'un d'eux, ajouta « que, pénétré de ce principe éternel : Celui qui résiste à la volonté du peuple résiste à Dieu même^ il ne voulait pas contrarier la volonté hautement manifestée par la majorité du peuple français, de ne plus avoir de prêtres. » Quelques mois après, il protesta que cette déclaration lui avait été arrachée, comme ses lettres de prêtrise, par une odieuse tyrannie. Un jeune Ravier, vicaire de son parent à Morteau, avait apporté au district sa démission, rédigée par lui-même en ces termes : « Le soussigné déclare qu'à raison des circonstances, pour se mettre en sûreté, il cesse ses fonctions de vicaire ; qu'il n'abjure rien ; qu'il ne renonce à rien qu'à ses fonctions, jus^ qu'à ce que les circonstances lui permettent de les exercer librement; qu'en conséquence, il fait remise de ses lettres et se retire à Arc-sous-Cicon, chez ses parents, pour cultiver la terre et donner à ses concitoyens l'exemple de la soumission aux lois. )) Le district le força à biffer les vingt-cinq mots reproduits ici en lettres italiques, dernière protestation de la conscience opprimée, et il lui en fit approuver expressément la suppression. La plupart des abdicataires déclarèrent qu'ils allaient se retirer dans leurs familles et s'y Uvrer à l'agriculture. Quelques-uns sollicitèrent des emplois; l'intrus de Montbenoît annonça qu'il restait à son poste « à titre de professeur de morale naturelle et républicaine. »
La présence de Renaud au district de Quingey continuait à imprimer à cette honnête et paisible administration une activité et une rigueur révolutionnaires qu'elle n'avait heu-