CULTE DE L'ÊTRE SUPBÊME
reusement pas connues jusque-là. Le 42 juin , le directoire, en adressant au département la liste des quatre prêtres de son ressort qui venaient , disait-il , de se déprôtriser , ajoutait : « Nous espérons que ceux qui restent agiront de même. Peut-être y en aura-t-il qui persisteront à continuer leurs fonctions et qui pourraient occasionner des rassemblements de citoyens des communes voisines qui n'en ont plus. Aussi avons-nous proposé au représentant Lejeune de faire venir dans le chef-lieu du district tous ceux qui n'auraient pas cessé leurs fonctions. Cette mesure remédierait à tout. Nous allons faire vendre le mobilier des églises où l'on ne fait plus de momeries romaines. »
Us ne se bornèrent pas là, et les églises où l'on continuait à faire ces momeries furent aussi l'objet de leur sollicitude. Un des membres du district demanda, à la séance du lijuin, que l'on prît des précautions pour empêcher le rassemblement qui, d'après le bruit public, devait avoir lieu dans l'église de Mont-sur-Lison, le i" messidor, jour de la ci-devant Fête-Dieu, et que la municipalité fût invitée à le dissoudre.
Renaud et ses collègues suppléèrent si bien à la mesure qu'ils attendaient de Lejeune , qu'au 26 juillet, les vingtcinq prêtres qui formaient tout le personnel ecclésiastique de ce petit district, avaient abdiqué. Le directoire écrivait au département, le 16 juillet : « Il n'y a plus aucun prêtre dans le district. Le culte catholique est absolument anéanti. Les fêtes décadaires lui ont succédé. Nous avons informé la Convention, par une adresse, que le culte de la vérité avait succédé à celui delà superstition.))
Le capucin Audobey, intrus à Malans, qui avait déjà tout disposé pour son mariage , fut le seul des déprêtrisés qui ajouta à son apostasie l'ignominie d'un commentaire. Il déclara « qu'il quittait ses fonctions, plein de reconnaissance pour la sublime Montagne, et avec la satisfaction de pouvoir dire que les habitants de sa ci-devant paroisse, pénétrés du plus profond mépris pour les prêtres, allaient adopter la religion naturelle décrétée par la Convention. »
Au moment de la chute de Robespierre, le clergé du district de Saint-Hippoly te était encore à peine entamé par les
abdicatioiis. Les adoûnistrateors da distikl , attachés euxmêmes an calte constitutiomiel, étaient fort peu disposés à le persécQter ; et il lallnt, comme on Ta tu, que Lejeune fit venir de tous côtés une colonie d'administrateurs /lAiifesopAeSy pour tirer ce pays de l'abime du fanatisme et de la superstition.
Les chefs du département ne laissaient pourtant passer aucune occasion de rappeler à la raison les prêtres de ce district. Depuis le mois de mars, leurs traitements ne leur étaient plus mandatés que sons le titre de précepteurs de morale^ et le curé Boillon, de Saint-Maurice, ayant réclamé le sien, qui ne lui avait été payé d'aucune manière ^ Gouvernet déclara, le l^'juin, au nom du directoire, que sa réclamation était fondée et qu'il y serait fait droit, mais surtout a en considération de ce qu'on était à l'approche du temps hearéux où l'on n'entendrait plus parler de curés et de vicaires, et où le pétitionnaire lui-même ne manquerait pas sans doute de reconnaître les principes éternels de la vérité et de la raison, en quittant des fonctions qui allaient devenir importunes à des républicains. » Néanmoins tout ce que le club de Saint-Uippolyte osa faire^ fut de décider, le 22 juin^ que la municipalité serait invitée à défendre aux précepteurs de morak de faire aucun rassemblement pour le culte, les autres jours que le décadi, qui était très mal célébré.
Il appartenait au Russey , siège privilégié de la philosophie dans ces montagnes, de donner le branle, et il le donna avec éclat. Le 14 juillet, la municipalité fit assembler tous les habitants, et, en leur présence, le fougueux Jeanmonnot, qui desservait à la fois le Bizot et le Russey, annexe de cette paroisse, déclara « qu'au commencement de la Révolution, Taniour de la patrie et son zèle pour sa prospérité l'avaient porté il continuer ses fonctions sacerdotales en se soumettant à la loi du serment ; mais que les circonstances ayant changé^ la tranquillité publique, ainsi que le progrès de la Révolution, lui commandant de les cesser, animé du même patriotisme et dirigé par les intentions les plus pures, il renonçait dès ce jour à sa cure, se dépouillait de tous les titres qui l'y attachaient et se vouait désormais tout entier