CULTE DE L'ÊTRE SCPRÊME
à ragriculture, à moins que Tatilité publique ne lui imposât un autre emploi. » Le jeune Goulot, son vicaire, prit ensuite la parole et déclara « qu'il s'était fait prêtre au moment où la république en avait besoin pour ramener à l'amour des lois le peuple séduit par une cohorte de prêtres malveillants ; mais que le peuple ne voulant plus de ses services, il y renonçait lui-même , en offrant de consacrer à l'éducation d'une brillante jeunesse les meilleurs débris de ses vains travaux. » La municipalité dressa un acte solennel de ces deux déclarations; le maire Parent, les officiers municipaux V. Emonin, N.-Al. Pigot, F.-X. Cheval; P.-J. Joly et J.-J. Petit la Neuve, le signèrent avec leur secrétaire Richard et les deux prêtres. Ils l'envoyèrent le lendemain au district en annonçant , avec une allégresse toute philosophique « que le règne de la raison et de la vérité avançait à grands pas sur leur canton. » ' ^
Quel qu'eût été Tempressement de Jeanmonnot et de son digne vicaire , ils avaient été devancés silencieusement par les intrus de Soulce et de Dambelin. Celui du Barboux, le bernardin Piard, fut seul aies suivre. «Envoyé, dit-il, à la fin d'octobre dernier 1793, par le citoyen Renaud, procureur général du département, pour desservir le Barboux et le Pissoux, je m'y suis rendu sur-le-champ, parce que le premier devoir d'un répubUcain est l'obéissance ; il était donc de mon devoir de rester à mon poste jusqu'au moment où la volonté suprême du souverain, je veux dire du peuple, s'est fait entendre. Aujourd'hui qu'elle est bien prononcée, je déclare que je cesse dès aujourd'hui toutes fonctions quelconques ; en conséquence , je vous envoie mes lettres de prêtrise. » Cette défection porta à cinq le nombre total des abdicataires de ce district (i).
XIU. Mais ce n'était pas assez de fermer la bouche à tous.les prêtres constitutionnels, ni même de les éloigner de leurs paroisses. La révolution religieuse, comme l'avaient écrit avec beaucoup de sagacité les tyrans de Pontarlier,
(Il Voir, à la fin da volume , le document n» 1 , Tableau des prêtres du Doubs qui abdiquèrent ; 2« partie.
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ne pouvait s'opérer d'une manière complète, qu'à la condition de proscrire absolument le moindre objet , le moindre signe propre à entretenir ou réveiller dans le cœur du peuple le souvenir de la religion perdue. La persécution se poursuivait donc à la fois contre les personnes et contre les choses consacrées au culte. Les vases sacrés , dont la conquête intéressait doublement la cupidité et l'impiété révolutionnaires, furent les premiers objets de la proscription. L'invitation, adressée précédemment aux communes, de renoncer de bon gré à ces objets précieux, avait eu fort peu de succès. Au petit nombre des paroisses du district de Besançon qui y avaient obtempéré, il faut ajouter celle deNaisey, qui, sur la proposition de l'intrus Meynier, livra , le i6 mai, un kilogramme et demi d'argenterie.
Dans le district de Quingey, où l'appel du département avait été encore moins entendu, le directoire nomma, le 23 avril, des commissaires chargés de se rendre dans les six cantons du ressort, « pour presser les conseils généraux des communes d'envoyer l'argenterie et le cuivre de leurs églises, en leur démontrant que la république en avait besoin ; que ces objets étaient inutiles au culte, puisque des vases d'étain ou de verre pourraient faire le même service ; et enfin, que leur patriotisme ne devait pas leur permettre de différer plus longtemps cet envoi. » Les commissaires devaient s'informer en même temps si. la loi sur l'instruction publique était exécutée et prendre note de tous les parents qui n'envoyaient pas leurs enfants dans les écoles.
Il aurait sans doute fallu bien des tournées de ce genre pour remplir les creusets de la Monnaie ; mais la Convention avait trouvé dans l'abdication forcée des prêtres, un moyen plus sûr de s'approprier toutes les dépouilles de l'EgUse catholique. Aux termes de la loi, aussitôt qu'un prêtre avait renoncé à ses fonctions, on ne devait pas s'inquiéter si la population , plus fidèle que lui , comme il arrivait souvent, entendait continuer l'exercice de son culte ; l'éghse abandonnée par ce prêtre devait être aussitôt fermée, et tous les objets qui la garnissaient devaient être enlevés ou vendus au profit de la nation. Le Comité de
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salut public avait même spécifié, par son arrêté du 19 mai, que les linges provenant de ces églises seraient réunis aux chefs-lieux de district; que les plus précieux par leur matière ou leur façon seraient vendus aux enchères et que le reste serait livré aux hôpitaux militaires.
Le dépouillement des églises de Besançon avait mis entre les mains du département une masse d'argenterie si considérable, qu'il s'empressa de l'envoyer triomphalement à la Convention, le 7 juin, avec l'adresse suivante : « Législateursy vous avez montré la Raison, et soudain le peuple a embrassé avec enthousiasme cette divinité tutélaire que l'hypocrisie et le fanatisme cachaient à ses yeux depuis quatorze siècles ; des rayons ont pénétré jusqu'au fond de nos montagnes; plusieurs comn^ines de notre département, dont rétat est ci-joint, sont venues déposer sur l'autel de la patrie 135 marcs 4 onces d'or (plus de 33 kilog.); 627 marcs 7 onces d'argent (plus de 161 kilog.) ; 162 marcs 5 onces de vermeil (plus de 40 kilog.) ; plusieurs pièces garnies de pierres fines ou fausses, et différentes croix qui ne servaient qu'au faste d'un culte superstitieux, et à cacher, sous cet éclat trompeur, les vices de ses ministres. La Raison a paru : aussitôt sont tombés ces hochets orgueilleux, qui ne se soutenaient que par l'ignorance des peuples et la fourberie de ces hommes audacieux qui osaient se mettre entre l'homme et Dieu. Voilà déjà un grand pas de fait vers la vérité ; depuis six mois, il s'est passé plusieurs siècles. Combien nous vous devonS; législateurs ! ce n'est pas assez pour vous d'avoir fondé la liberté et l'égalité.... vous avez encore voulu rassurer nos consciences, en substituant aux préjugés qui portaient la terreur dans les âmes faibles, les vertus et l'amour de la patrie. » « Cet envoi, ajoutait la Vedette^ forme une somme de 141,320 livres; il faut espérer que la fermeture de nos églises et le renoncement volontaire de la plupart des prêtres de ce département, produiront un second envoi au moins aussi considérable que le premier. » La commission des dépêches de la Convention se borna à accuser réception de cet envoi au département, par l'organe de Danjou, en l'informant que son adresse avait été lue à l'As-
semblée et qu'elle en avait ordonné l'insertion an bulletin du jour.
L'espoir de la Vedette ne fut pas déçu ; bientôt la démission forcée des prêtres schismatiques mit entre les mains de l'administration une masse d'argenterie encore plus considérable que la première. Il faut avouer que les autorités n'épargnèrent aucun effort pour s'assurer cette nouvelle capture. Le 10 juin, Rambour père, agent national du district de Besançon^ écrivit aux agents des communes de son ressort : n Le fanatisme s'écroule de toutes parts ; dans tous les points du district le culte de la Raison le remplace ; et déjà le plus grand nombre des temples, souillés autrefois par les cérémonies ridicules des charlatans pieux, retentissent des hymnes purs que lec patriotes adressent à l'Etre Suprême. Bientôt il n'en existera plus que pour lui. Ce passage sublime de la superstition à la vérité, à la justice, exige des précautions d'intérêt public que la loi me charge de surveiller, et j'y défère avec d'autant plus d'empressement, qu'elles doivent faire disparaître aux yeux du peuple les restes de la crédulité sacerdotale, sous le joug de laquelle il était enchaîné. En conséquence, je vous invite, au nom de la loi, à fermer le temple où s'exerçait le culte catholique, sous la direction du ministre que vous vous étiez choisi ; d'en sortir préalablement toute l'argenterie, les cuivres, tableaux, images, linges, et généralement tous les meubles et ustensiles qui y existent ; d'en dresser un inventaire, en présence de deux membres, et de faire amener le tout au district, dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de cette lettre. Cette propriété nationale est confiée à votre surveillance : je vous en rends responsables. Occupezvous sans délai d'exécuter les présentes dispositions. Je compte sur votre zèle. Je vous préviens aussi que si, contre mon attente, vous éprouviez des difficultés, vous devez m'en instruire aussitôt, et me faire connaître les malveillants qui les auraient occasionnées. — Nota. Cette circulaire ne concerne que les agents nationaux des communes où les ministres du culte catholique ont cessé leurs fonctions. » Le conseil général du district, trouvant que la lettre de