‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 23 sur 59 · CULTE DE L'ÊTBB SUPRÊME · texte numérisé non relu

CULTE DE L'ÊTBB SUPRÊME

son agent n'était pas encore assez forte, la compléta, quatre jours après^ par un arrêté qui en développait longuement les considérations philosophiques , en reproduisait toutes les dispositions , et chargeait , en outre , les municipalités de surveiller les presbytères et les temples, jusqu'à ce que la Convention nationale eût prononcé sur leur destination. Le district terminait en mettant à la charge des municipaux toutes les dégradations que ces édifices pourraient éprouver par suite de leur négligence.

Bien que la loi et les ordres des districts fussent d'une clarté qui ne laissait place à aucun doute, les communes rurales eurent beaucoup de peine et mirent beaucoup de lenteur à se dépouiller de leurs vases sacrés. A la chute de Robespierre, c'est-à-dire plus «d'un mois après la circulaire si pressante et si impérative de Rambour, la moitié seulement des paroisses du district s'étaient exécutées. Les plus empressées ne le firent elles-mêmes qu'à contre-cœur et par contrainte. L'agent national d'Osselle écrivait, le 14 juin, à Rambour : u J'enverrai les cordes avec les ustensiles qui servent au culte cathoUque ; mais il se trouve que le ministre du culte est à Besançon, et je crois qu'il y donnera ses lettres de prêtrise. Je n'ose pas démeubler la ci-devant égUse avant qu'il ait abdiqué, car tous les particuliers diraient que je fais plus que l'on ne m'ordonne. Cependant cela se fera, car il faut suivre le torrent.» Rambour lui répondit, par le retour du courrier, d'apporter sur-le-champ les vases et Unges de l'église, parce qu'on avait effectivement les lettres du desservant. Les autres paroisses temporisèrent en Tain pendant plusieurs mois encore; le régime suivant ne fut pas moins impitoyable; et au mois de décembre 1794, la spoliation générale était consommée. Elle produisit plus de 172 kilog. d'argenterie pour ce seul district. — Les paroisses qui défendirent le plus longtemps les précieux instruments de leur culte, sont : Ecole, Pouilley-Français , Noironte, Corcelle-Ferrières, Lantenne, Berthelange, Merçey-le-Grand, Geneuille, Bonnay, Vieilley, Venise, Marchaux, Roulans, Deluz, Roche et Saint-Hilaire. Dans le tableau détaillé de ces saintes dépouilles, on remarque un

assez grand nombre de croix d'or, bagues antiques, perles ou autres objets de bijouterie féminine, attachés en ex-voto au tableau miraculeux de la Vierge des dominicains, qui avait été placé dans la métropole de Saint-Jean depuis la suppression des couvents.

Dans les autres districts, le dépouillement s'opéra avec plus de lenteur encore. Le 49 juin, le directoire d'Omans, considérant que la plupart des prêtres de son ressort avaient déjà abdiqué , nomma des commissaires pour faire , dans chaque canton, Tinventaire du mobiUer des églises abandonnées. Vuillier, chargé de cette commission dans le canton d'Orchamps, s'en fit une véritable fête. 11 n'en fut certainement pas de même du jurisconsulte Proudhon, alors juge de paix, requis de procéder à la même opération dans son canton de Nods et dans celui de Yercel. Le district nomma, le 27 juin, un garde-magasin pour recevoir toutes les dépouilles au chef-heu ; et, le 16 juillet, il annonça une première vente de linges et ornements d'église , pour le 13 août suivant.

Les administrateurs du district de Pontarlier, malgré toutes leurs allures de terroristes, trouvèrent, dans Taccomplissement de la spoliation, plus d'une résistance généreuse. La paroisse de Gilley, abandonnée depuis plusieurs mois par l'indigne Magnin-Tochot, se montra courageusement attachée à la religion, et le 9 juin, elle inscrivit cette belle page sur ses registres municipaux. «Tous les individus des deux sexes ayant été réunis devant la maison commune, le maire leur exposa qu'une lettre des administrateurs du district, en date du 14 prairial, invitait à conduire à PontarUer l'argenterie, les fers et les linges provenant de notre éghse. Le maire demanda à tous les habitants d'émettre leur vœu à haute voix, si on voulait conduire à Pontarlier tous ces objets ou les garder. On a répondu en général, et par acclamation, qu'il convenait de les garder ; que tous voulaient pratiquer le culte catholique ; qu'ils protestaient de vivre et mourir aussi bons catholiques que bons répubUcains , de concilier les deux morales comme n'étant point incompatibles ; et qu'apparemment il y avait lieu de croire que les invitations du

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district ne frappaient que sur les communes qui avaient renoncé au culte catholique, et non sur celles qui voulaient le pratiquer. Nos législateurs ayant décrété la liberté des cultes, et les habitants voulant professer le catholicisme, les objets dont il s'agit sont utiles pour en rempUr les fonctions. Fait et délibéré à la réquisition et aux applaudissements de tous les individus de la commune. — Nicod, maire. »

Parrod répondit, le 12 juillet, à cette courageuse manifestation, par une sommation nouvelle «d'amener sur-le-champ au district tous les effets servant au culte, sous peine d'y être contraints par la force. » D'autres communes, non moins fidèles, comme Rochejean, se bornèrent à opposer une force d'inertie devant laquelle venaient échouer les réquisitions réitérées du district. Cependant, dès le 26 avril, celui-ci put faire un premier envoi à Paris, de trente-neuf kilogrammes de vases sacrés enlevés aux églises; et le 29 juin, en adressant une lettre solennelle à la Convention, pour la féUciter du triomphe delà raison sur le fanatisme, ainsi que de ses autres travaux, il y joignit soixante- cinq kilogrammes d'argent ou de vermeil provenant de nouvelles dépouilles. Le 18 juillet, le même district fit poser des affiches annonçant la vente des meubles, ornements, linges, tableaux et marbres p^o^ venant des ci-devant églises délaissées par V influence de la vérité et de la raison. » Pecclet fut chargé de présidera cette vente philosophique.

Le district de Quingey, stimulé par l'influence malfaisante de Renaud, procéda avec une grande activité au dépouillement général des éghses, et des commissaires furent envoyés dans chaque canton pour en accélérer l'exécution. Une seule commune, celle d'Eternoz, opposa uneinvincible résistance à toutes les invitations et à tous les ordres ; il fallut envoyer, le 9 juillet , un des membres du district, pour suppléer aux officiers municipaux dans cette triste opération. Les administrateurs de Quingey, tout fiers d'un triomphe si nouveau pour eux, s'empressèrent de le publier, en écrivant, le 3 juillet, à la Vedette : « Et nous aussi avons renoncé au charlatanisme des prêtres..., et nous aussi envoyons à la monnaie les pieux hochets du dieu des prêtres. La quantité en est

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considérable pour l'étroite circonscription de notre district ; "VOUS la trouverez dans notre adresse ci-jointe à la Convention nationale, que nous vous prions d'insérer. »

a Citoyens représentants , votre décret du 18 floréal a vengé la raison et la vérité, et a anéanti pour jamais le fanatisme dans ce district. Dès le moment où les prêtres ont entendu proclamer l'existence de l'Etre Suprême et l'immortalité de l'âme, ils ont senti que le charlatanisme expirait, et qu'ils ne pourraient plus maintenir les citoyens dans Perreur. Tous ceux qui exerçaient encore des fonctions y ont renoncé et ont laissé substituer le culte de la vérité à celui de la superstition. Nous allons envoyer à leur destination le restant de l'argenterie des ci-devant églises, qui est de 255 marcs (plus de 63 kilog.), et le cuivre consistant en 1,216 livres et demie. Nous ne négligerons pas l'envoi des autres métaux. »

Pendant que tant d'objets précieux par leur antiquité ou leur travail artistique allaient tomber dans les creusets de la Monnaie, les autres dépouilles des églises, entassées dans les magasins des districts, allaient devenir la proie des fripiers et des étrangers. Dans son insatiable désir d'effacer jusqu'au souvenir du christianisme, le district de Pontarlier écrivit, le 20 mai, à la Convention : o 11 y a parmi les livres à trier et à mettre en ordre des rituels en grand nombre et sur vélin. Nous pensons que ces objets de fanatisme ne doivent pas figurer dans une bibliothèque nationale, qui doit servir à la régénération et à l'instruction des républicains, et qu'ils pourraient être employés pour faire de la colle pour la fabrication du papier. Nous demandons des ordres à ce sujet. » Le Comité d'instruction pubhque, moins destructeur, répondit qu'il fallait inventorier même les rituels.

La translation des dépouilles des égUses parait avoir donné heu à une seule de ces mascarades sacrilèges qui avaient servi de divertissement, pendant plusieurs semaines, à la Convention. La Vedette en rendit compte eu ces termes, le 24 juin : u Les habitants des campagnes s'empressent à l'envi de conduire dans les chefs-lieux de district tout ce qui a servi au ci-devant culte romain. Nous avons vu dernièrement la petite commune de Noironte amener ici tous ses effets, un jour

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de dimanche. Le charretier, pour ne pas salir son habit, s'était prudemment revêtu delà plus élégante chasuble de U sacristie, et il a traversé, dans cet équipage, les principales rues de cette ville, où il a semé les ris et la joie sur son passage. 0 Trois jours après, la Vedette publia la rectification suivante : « Frères, vous vous êtes trompés , c'était Tisse» rand, agent national de la commune de Torpes, qui, revêtu d'une chape^ voiturait au district les outils du ci-devant culte, pendant que les catholiques de Noironte, pieusement assemblés dans leur église, sous la direction de leur intrépide pasteur, l'ex-capucin Martin, braillaient à gorge déployée, en l'honneur du Christ et de sa cour céleste, des psaumes et motets auxquels ils n'entendaient goutte. »

U est malheureusement à a*oire que l'ivresse d'impiété si laborieusement échauffée parla Convention et partmites les autorités subalternes, se traduisit, en bien des endroits, lors de la dévastation des églises, par des sacrilèges non moins révoltants. Dans plus d'une paroisse rurale, on cite encore aujourd'hui le nom de quelques jeunes campagnards affolés, de quelques sultans de corps de garde, et surtout de quelques bourgeois philosophes en train de supplanter, dans leurs châteaux et dans leur insolence, les anciens sei» gneurs de village, et qui se firent un jeu cruel d'outrager, de mutiler et de mettre en pièces, avec une véritable rage, les objets les plus chers au cœur de leurs pauvres concitoyens. On parle encore à Frasne d'un philosophe de cette espèce, qui^ après avoir sottement et méchamment crevé, avec la pointe de son sabre, les yeux d'une image de la Vierge, vénérée dans ce pays, n'aurait pas tardé à perdre lui-même l'usage de ses yeux et à se voir condamné à une longue cécité. Mais ces actes odieux, conservés seulement dans la tradition populaire, et, la plupart du temps, avecle souvenir de quelque punition providentielle ultérieure, font plutôt partie de la légende de la Révolution que de son histoire. Nous nous bornerons à mentionner, à la suite de M. l'abbé Narbey, le trait suivant, dont tous les détails ne sont que trop bien précisés.

L'un des gendarmes du Doubs qui se montrèrent le splus

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