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et d'un respect si ombrageux, les arbres de la liberté, le drapeau national, le bonnet phrygien et la cocarde tricolore, sans laquelle le patriote, même le plus probe et le plus vertueux, ne pouvait se montrer, sous peine d^ la prison.
La commune de Damprichard répondit peut-être encore mieux à la lettre du district, en n'en tenant absolument aucun compte. Un mépris si outrageant indigrfa F.-X. Artier, commandant de la gendarmerie placée dans cette commune, et il écrivit, le 30 juin, au district : a Bien que le représentant Lejeune, à son passage à Maiche, ait expressément recommandé de faire disparaître les signes extérieurs du culte catholique ; bien que le district ait excité la municipalité de Damprichard à s'y conformer ; bien que la Société populaire l'y ait invitée plusieurs fois, tout est resté sans effet. Je suis allé moi-même l'engager à se rendre à la raison, mais infructueusement. Il existe encore huit croix bien entières. Le 9 courant, un baptême a été sonné à pleine volée. Le citoyen Rieune, ci-devant maître d'école, éclairé enfin par la raison, et fatigué du charlatanisme des prêtres, ayant affiché sa démission il y a trois décades, est menacé d'être vexé, par les suggestions des chariatans auxquels il a déplu, pour avoir cessé des fonctions qui lui répugnaient. J'ai remarqué que le vieux calotin du lieu, très soutenu par ceux qui tiennent dans le style de l'imposture, excite les citoyens de son parti, qui est le plus fort, contre ceux qui n'en sont pas, et même contre ceux dont Topinion est dictée par la raison et tons les écrits lumineux qui ont brisé les diaines de l'esclavage dans lequel lui et ses semblables voudraient encore retenir leurs dupes. Cela trouble l'ordre et la bonne harmonie qu'il est urgent de faire régner entre tous les républicains. Je ne crois rien hasarder non plus, en assurant que ce prêtre est cause de l'opiniâtreté avec laquelle on se refuse à faire disparaître des signes insignifiants ; et que si les outils de son charlatanisme n'ont pas été livrés pour les besoins de la répubUque, lorsque la municipaMté y a été invitée, c'est encore un eflet de ses suggestions. On assure qu'il n'a pas cessé de se faire payer des messes, des bé- Bédietions, des processions, etc. »
Le district ne pouvait manquer de sévir contre nncahtin si coupable. Un mandat d'amenerconduisit donc l'abbé Barthod, âgé de soixante-douze ans, à la barre du district, le 4 juillet ; il présenta, pour sa défense, un certificat de la municipalité constatant qu'il ne s'était jamais opposé à l'enlèvement des signes du culte, et que depuis plus d'un mois, il n'avait fait aucune instrbction. Il ajouta qu'il n'avait reçu aucun salaire de ses paroissiens, sinon pour une procession qu'il avait faite à Gernay en i792, et pour une neuvaine qu'il avait encore faite à leur demande, au mois de juin 4 793 ; mais qu'en tout il n'avait pas reçu plus de 43 livres.
Le district, ayant égard à la faiblesse et aux allures paisibles du vieux prêtre, le laissa regagner sa paroisse. Mais les plaintes du gendarme philosophe recommencèrent bientôt de plus belle. Le 18 juin, il dénonça une nouvelle série d'attentats, par le procès-verbal suivant : « Le 28 prairial, ayant entendu sonner, je me suis informé de ce que c'était, et sur ce qui m'a été répondu que l'usage du pays était de sonner ainsi lorsqu'il tonnait, je me suis transporté au clocher et ai fait cesser la sonnerie, avec défense de jamais recommencer. Le jour de décade, consacré au républicanisme, a été souillé aussi par les offices qui, sous l'ancien régime, se faisaient la veille de la Fête-Dieu ; et le lendemain, la garde natiouale a pris les armes pour assister aux cérémonies superstitieuses. Elle aurait même fait la procession, si, sui* vaut ce qui m'a été dit, ils n'avaient pas eu peur de moi. Cependant parmi ces fanatiques, un nommé Farine, adjudant, a été assez hardi pour dire qu'il n'y avait pas bien de l'ouvrage à me donner une volée. Telles sont ses expressions. Ce qui prouve encore combien peu ils aiment à suivre les lois républicaines, c'est qu'ils conservent des croix, malgré les réquisitions verbales que je leur ai faites de les enlever. »
La commune de Narbief ne se montra pas plus disposée à sacrifier des emblèmes chers à sa piété. L'agent national de la commune s'étant borné à annoncer au district « que les signes de la royauté et de la féodalité avaient disparu,» le district lui envoya, le 26 juillet, en forme de réponse, cette
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petite homélie philosophique : « Non-seulement les signes de la royauté et de la féodalité ne doivent pliis exister dans ta commune ; mais encore tous les signes de superstition, c'est-à-dire les croix, les saints de bois, doivent, à ta diligence et sur ta responsabilité personnelle, disparaître des places publiques, des grands chemins et du frontispice des maisons. Nous avons heu de croire que tu as rame trop bien placée pour croire que la religion consiste dans le fer, le bois, le cuivre, le papier, car en cela tu serais un vrai idolâtre ; mais bien plutôt dans la justice, l'humanité, la pudeur, la tempérance, la bienfaisance et l'exercice de toutes les vertus sociales que tu dois inspirer à tes concitoyens, en lisant pubUquement, les jours de décade, les lois des représentants d'un peuple sage et éclairé, qui ne veulent que le bonheur de leurs semblables. »
Datis la commune de Mandeure, nouvellement annexée au district de Montbéliard , le culte cathohque et le culte protestant jouissaient paisiblement, côte à côte, depuis longues années, delà liberté de se manifester par tous les emblèmes et les cérémonies extérieures qui leur étaient propres, et tous les deux annonçaient publiquement leurs offices au son des cloches ; le temple luthérien en possédait même deux. Mais la liberté imaginée par la philosophie française n'ayant rien de commun avec une pareille pratique, la municipaUté de Mandeure, pour se mettre à l'unisson, dut prendre de nouvelles mesures. Elle déclara donc, le 14 mai, qu'elle était informée que les croix plantées le long des communaux et les coups de cloche trop multipliés pourraient porter ombrage à la liberté des cultes décrétée par la Convention ; qu'en conséquence, pour prévenir tout inconvénient et conserver la Uberté des cultes à Mandeure, les croix seraient enlevées et que, pour les différents exercices religieux des deux cultes, on ne sonnerait plus qu'un seul petit coup de cloche.
XV. Il restait une dernière sorte de manifestation religieuse , c'était le repos du dimanche. En contraignant toute la population ouvrière à chômer les décadis , on espérait bien que la misère et le besoin ne tarderaient pas à la forcer de travailler tous les autres jours; mais la
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Société qu'elle suspendit de son sein ceux de ses membres qui, encore trop imprégnés du fanatisme, auraient la faiblesse de célébrer les d-devant dimanches. La Société a décidé l'exécution de cette proposition. Un membre a demandé qu'on chargeât le comité d'instruction publique défaire un rapport qui présentât les moyens d'enterrer les fêtes et dimanches , qui témoignent encore y par ceux qui les célèbrent, que jadis le peuple français était stupide et d'une créduhté dégradante. La Société a adopté cette proposition. Un membre a demandé que la municipalité fdt invitée à mettre en réquisition, pour aller au bois, faire des cendres, toutes les femmes qui, les jours de ci devant dimanches et fêtes, se livreraient au désœuvrement, ou à des promenades oiseuses et peut-être immorales. II a dit que, ne pouvant partager, à cause de leur sexe, l'honneur de combattre les tyrans, elles y coopéreraient par un travail nécessaire, etqu'ainsi à la fin du jour, elles auraient fait quelque chose d'utile à la répubUque, au lieu qu'en se promenant, elles auraient fait trophée du fanatisme , ennemi de la raison, et par conséquent destructeur de la république. La Société a accueilli cette proposition et nommé pour commissaires Jarry et Evrard. Le citoyen Ghambard fait part à la Société qu'un individu s'est permis de dire publiquement que ceux qui avaient démoU les saints dans l'église les rétabliraient dans peu. La Société a renvoyé cette dénonciation au comité révolutionnaire. Le citoyen Beuque, avoué, fait lecture d'un placard trouvé à côté de la porte du temple de la Raison, et il a invité les citoyens à déclarer ce qu'ils pourraient savoir sur les auteurs de ce placard incendiaire. »
Le club de Pontarlier et la plupart des clubs de cette époque n'étaient nullement un ramassis de gens de bas étage, d'ouvriers et d'ignorants, comme on est porté à le croire aujourd'hui. Ils comptaient au contraire parmi leurs principaux membres et leurs meneurs, tous les membres des administrations et des tribunaux , les officiers supérieurs de l'armée , les professeurs , les avocats , les médecins , les no- »8, en un mot, tout ce qui gouvernait et tyrannisait la ^ C'était l'élément lettré et bourgeois qui y dominait.
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et rélément populaire n'y entrait que pour une faible part.
XVI. Les efforts mêmes de Timpiété gouvernementale pour s'imposer au peuple, la lui rendaient encore plus odieuse; et partout où il ne la repoussait pas ouvertement^ il ne la supportait qu'en frémissant. L'esprit public continuait à y demeurer étranger, et les autorités rurales ne se séparaient guère, à cet égard, de leurs administrés. La FecieZ/e en faisait ainsi l'aveu, le 27 juin : u II serait à propos que les agents nationaux des communes qui reçoivent les papiers publics, et notamment notre journal, voulussent prendre la peine de les lire ou faire lire à leurs concitoyens, conformément à l'arrêté du département. Mais ces hommes indolents ou insoucieux reçoivent des écrits instructifs, et ils se contentent de les entasser sans les lire^ et souvent sans permettre qu'on en lise le titre. Parmi ces agents peu disposés à instruire leurs concitoyens, nous désignerons celui de Gourchapon, qui, dit-on, ensevelit dans les archives de la municipalité tout ce qu'il reçoit. Nous invitonsles véritables sans-culottes à nous dénoncer tous les abus de ce genre, et nous pouvons les assurer d'avance que nous prendrons les moyens les plus efficaces pour que la vérité et la raison parviennent jusqu'à eux. ))
L'administration, de son côté, n'épargnait pas ces mauvais auxiliaires du terrorisme. Le 9 juin, le district de Besançon requit le juge de paix d'informer contre les officiers municipaux de Ghalèze, accusés de s'être coalisés pour nuire aux enchères et à la vente des biens nationaux. Le même jour, ce district interrogea J.-Cl. Pagny, agent national de Bonnay, amené en vertu d'un mandat d'arrêt, et accusé d'avoir empêché les vignerons de travailler, le jour de la ci-devant fête de saint Claude, en menaçant de briser leurs outils s'ils ne quittaient pas leurs travaux. Le district arrêta, le lendemain^ a que ce fonctionnaire était d'autant plus coupable, que, loin d'user des moyens qui lui étaient confiés pour rappeler les citoyens au culte de la raison et de la vérité, il avait cherché aies entretenir dans des superstitions ridicules et des principes contraires au caractère d'un vrai républicain ; qu'en conséquence, il était révoqué de ses fonc-
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lions, et que, par égard seulement pour l'urgence des travaux de la campagne^ il serait élargi provisoirement sous caution. » La fidélité des populations rurales maintenait la Vedette dans un état perpétuel d'indignation et de colère. « Le ci* devant curé de Ghevroz, disaitrelle le 2 juillet, a laissé dans sa paroisse^ en se déprëtrisant, un grain de foi avec lequel les citoyennes de cette commune ne transportent pas , à la vérité, des montagnes, mais qui leur fait passer des livières. Monvoisin fils vient de nous raconter que ces pieuses campagnardes^ gourmandes de messes et d'offices, ont, dimanche dernier, traversé Técluse de Chevroz, ce qu'un homme à peine osetait entreprendre, pour se rendre à Bussières , village très catholique et apostolique , et où le euré chante, confesse et prêche plus fort que jamais. La rapidité de rOgnon, que ces dernières pluies ont grossi considérablement, l'idée afireuse de s'exposer à périr sans gloire, en laissant une famille en bas âge, rien n'a pu retenir le zèle de ces malheureuses victimes de la superstition reUgieuse. Quoi donc! citoyennes de Ghevroz, pour deux ou trois oremus qu'un prêtre , à l'agonie , vocifère dans sa colère sacerdotale, vous courez les hasards de vous séparer pour toujours des seuls objets qui peuvent vous rendre la vie agréable, lit vous, époux, amants, frères, vous voyez de sang-froid vos épouses et vos maîtresses affronter la mort pour des motifs si puérils! Une misérable cloche sonne l'office, et du bord du fleuve, vous contemplez ces mêmes objets traverser le danger au milieu des flots! Il est donc bien vrai que la doctrine des prêtres ne fit jamais que des hommes durs et impitoyables» tandis que l'amour de la patrie n'entante que des héros doux et sensibles. 0 prêtres, vos efforts agonisants sont inutiles!.... Va, curé de Serre-les- Sapins, dis, répète tant que tu voudras à tes paroissiens : Un* y a ni cric ni crac, il faut que vous fassiez vos pâques! Tu ne les verras plus quitter leurs travaux champêtres pour aller se faire gourmander dans ta sainte boutique. Rassemble tant que tu voudras tous les fanatiques des environs, pour te processionner un jour d'octave de Fête-Dieu ; on observe ta conduite, tes discours et tes farces reUgieuses ;
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et nous doutons fort qu'avec tes cric et tes crac tu puisses te justifier des rassemblements qui ont eu lieu tout dernièrement. Frères de Serre-les-Sapins , vous qui , dès le principe de la Révolution, avez montré la plus grande activité pour déjouer les aristocrates, vous dont les noms figurent avec honneur dans les pages de notre journal , courberiez^ vous vos tètes sous l'orgueilleux despotisme romain ? Redressez-vous, élevez vos regards vers le ciel, renoncez à prendre des prêtres pour truchements entre vous et l'Eternel. » On sait déjà comment la prison vint en aide à cette éloquente exhortation.
Mais ce n'était pas seulement dans la campagne , c'était dans la ville même, et jusque dans les rangs de ses serviteurs de confiance, que le gouverneoient trouvait des catholiques qu'aucun danger n'arrêtait. Le 4 juillet^ un sans-culotte nommé Martin cadet, employé ou détenu dans la prison de 'Bellevaux, écrivit à Ravier, membre du départe^ ^ent : « Je cxoirais devenir complice des malheureux qui propagent le fanatisme , cause principale des maux de notre patrie, si je ne te dénonçais pas un fait dont je viens d'être témoin dans la maison. Le i3 messidor courant, vers neuf heures du soir, je vis arriver la fille du guichetier Gandillot, mariée à Laporte , tailleur à Battant , soutenue par son mari. Elle était travaillée des maux d'enfant. Arrivée chez son père, on la fit monter dans un petit cabinet, où elle est accouchée dans la nuit. Cette démarche m'a inspiré .des soui^çons, surtout connaissant l'opinion religieuse du père et de la mère, et sachant que la femme Laporte avait toutes les aises possibles pour faire ses couches chez elle , sans venir se réfugier dans un gabadrit à Bellevaux. J'ai fait le gi^et, et vers trois heures et demie du matin , en m'approebant delà porte du guichetier, je l'entendis comploter avec safemme sur les moyens à prendre pour faire baptiser l'enfant par un des trois curés détenus dans la prison, en prenant bien garde à moi. Beaucoup de mots m'ont échappé, mais j'en avais assez entendu pour être éclairé sur les motifs qui les avaient déterminés à faire venir leur fille pour faire ses coudies à la maison. Dès ce moment j'ai redoublé