CULTE DE L*ÊTRB SUPRÊME
prisonniers, MM. Pagnot, Lornot et Boucon, continuant, à travers les grilles de leur prison, Texercice de leur apostolat^ et levant encore leurs mains enchaînées pour pardonner et pour bénir.
Dans un almanachde Franche-Comté, publié en 1852 par plusieurs membres de l'académie de Besançon, on trouve une anecdote dont le fond au moins paraît être exact, et qui prouve que parmi les fonctionnaires républicains les plus élevés de Besançon , la religion chrétienne avait encore conservé tous ses droits. Au moment où le représentant Lejeune épurait les autorités au scrutin populaire, dans l'église de Saint-Pierre , le citoyen Benoît Baille, négociant et président du tribunal de commerce, fut appelé à son tour à comparaître sur la sellette. Aucune voix ne s'élevant dans l'assistance pour l'accuser : « Comment, s'écria Lejeune, on ne dit rien contre toi, eh bien, moi jeté dénonce comme un fanatique. — Représentant , répondit Baille , je te prie de dire ce que tu entends par fanatique. » Le proconsul ayant répliqué qu^un fanatique était celui qui restait attaché aux vieux oremus au lieu d'adopter le culte de la Raison, le citoyen Baille aurait courageusement repris : « Le véritable fanatique est celui qui attente à la liberté des opinions religieuses de ses concitoyens, en voulant les contraindre à suivre les siennes ; » et cette réponse énergique, écho des sentiments secrets d'un grand nombre de ces bonnets rouges, aurait trouvé grâce, par sa franchise même , auprès du terrible conventionnel.
Dans le district de Baume, la résistance était encore plus marquée. Les cantons de Sancey, de Passavant et de Pierrefontaine, causaient une inquiétude toute particulière aux autorités, à raison de l'esprit bien connu qui y régnait, et on y redoutait même un soulèvement. Les autres cantons ne donnaient guère plus de satisfaction ; car, le 42 juin, le district avouait que Fontenotte et les communes voisines étaient toutes fanatisées. Dans le district d'Ornans, Tétat des choses n'était pas plus favorable. Le 41 mai, Ferniot, agent national du Valdahon , désespéré , écrivait à l'agent du district : « La garde nationale ayant été convoquée pour en-
tendre la lecture du rapport de Saiat-Just sur les conspirations, il ne s'est présenté absolument personne pour Tentendre. Juge par là du civisme de ma commune. )> Le comité révolutionnaire de Vuillafans, fatigué des plaintes qu'il entendait sans cesse retentir à ses oreilles, prit, le 30 juillet, la délibération suivante : « Un membre a dit que l'harmonje qui régnait parmi les habitants de cette commune, parait être altérée depuis quelque temps. Il semble que quelque eiinemi secret de la Révolution cherche à faire naître la défiance et même à attiser le fanatisme. On parle des églises ouvertes ou fermées, des croix ôtées ou redressées ; on s'apitoie sur les opinions religieuses, on feint de craindre pour son salut ; conmie si quelque chose empêchait les citoyens d'aimer Dieu et le prochain I Les citoyens ne font pas attention au poison que l'on cherche à répandre dans leurs âmes ; ils ne se souviennent pas que c'est avec de pareilles armes que nos ennemis les plus cruels ont fait nautre l'exécrable guerre de la Vendée, cette guerre qui a coûté à la république plus que toutes les guerres étrangères. C'est en disant que l'on ne pouvait pas se sauver sans les vieux prêtres, que Ton a armé le Français contre le Français et que l'on a dépeuplé les plus brillantes contrées de la république. Ceux qui aujourd'hui disent que l'on ne peut pas se sauver sans croix ou sans messe, cherchent, ou du moins s'exposent à nous amener les mêmes malheurs. Ce considéré, le comité a, arrêté qu'il rappellerait aux citoyens, par une affiche, que tout ce qui peut contrarier la marche îdu gouvernement révolutionnaire est un crime de lèse-nation; que vouloir arrêter la Révolution dans sa course rapide, avant qu'elle ne soit à son but, c'est la renverser ; que les disputes et les discussions reUgieuses sont des crimes de cette nature ; que tous les citoyens sont invités à dénoncer au comité ceux qui s'en rendront coupables, et que ceux-ci seront poursuivis suivant toute la rigueur des lois, a
Quand on réfléchit que les hommes qui se faisaient ainsi les séides de l'impiété intolérante, et qui rangeaient les géniissenients de la conscience de leurs concitoyens schismatiques an nombre des crimes do lèse-nation, n'étaient ni
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des hommes pervers, ni de grossiers sans-culottes, mais les membres les plus éclairés et même les plus modérés de la bourgeoisie lettrée et révolutionnaire du bourg de Vuillafans, on ne peut se défendre d'une profonde tristesse^ en voyant à quel point le philosopbisme avait aveuglé leur raison et étouffé dans leurs âmes le sentiment de la liberté. Ce n'est pas seulement de la Vendée, mais de la France entière^ que de pareils fanatiques auraient fait volontiers un désert, s'il eût absolument fallu le sang du dernier paysan pour effacer le dernier souvenir de Jésus-Christ.
Le district de Pontarlier, animé des mêmes sentiments, voyait avec plus de colère encore tous les cœurs se soulever, même sons une soumission apparente. Lorsque le citoyen Cluzel lui fit part du projet de Lejeune, de former huit compagnies de garde nationale d'élite pour surveiller les frontières et les ennemis de la république , il répondit au proconsul, le 4 juillet : « Nous n'apercevons pas la possibilité de compléter ces huit compagnies. Le nombre de ceux sur lesquels on peut compter n'est pas très multiplié, et tu conçois qu'il ne serait pas prudent de donner la garde de la bergerie aux loups. ))
La persécution, en s'étendant sur les républicains attachés au culte constitutionnel, ne laissait plus en effet au gouvernement révolutionnaire d'autres amis qu'un petit nombre d'énergumènes , que leur audace et la terreur pouvaient seules maintenir à la tète de ce pays. On vit ces furieux, notamment à Mouthe, tourmenter à plaisir lés populations les plus fidèles et les plus dévouées à la république ; et en vérité , des ennemis implacables de la Révolution n'auraient pas mieux travaillé à lui aliéner tous les cœurs. La paroisse de Mouthe, entraînée presque tout entière dans le schisme , par l'erreur d'un curé qu'elle vénérait et qu'elle aimait, avait , donné tout le concours possible à la Révolution jusqu'à ce moment. L'impiété des terroristes, aussi ingrate qu'aveugle, ne lui tint aucun compte de son long et paisible dévouement. Un premier orage fondit sur elle, au mois d'avril, par le fait de quelques jeunes volontaires libertins, cantonnés à Mouthe ou dans le voisinage, et qui avaient profané l'église par des
chants lubriques et une véritable orgie d'impiété, sous prétexte de célébrer le culte de la Raison. Plusieurs femmes, des plus notables, indignées d'un pareil outrage, s'élevèrent contre ces jeunes gens et les forcèrent à quitter l'église. Un club, celui de Pontariierproblablement, prit fait et cause pour les volontaires, et dénonça même les courageuses femmes de Mouthe à l'accusateur public du tribunal criminel. Rambour écrivit donc, le 2 mai, au juge de paix : « Les mauvais citoyens qui ont empêché le culte de la Raison, qui ont menacé ceux qui enseignaient ses principes et qui ont tenu à ce sujet des propos tendants à armer les citoyens les uns contre les autres, doivent être traduits par-devant le tribunal révolutionnaire de Paris ; en conséquence, il faut que le comité révolutionnaire décerne des mandats d'arrêt contre eux, et envoie la procédure au district, qui enverra les prévenus à Paris. » Le citoyen Cart, juge de paix, et le comité de Mouthe étaient heureusement du même parti que les accusées, et le juge de paix, dans son enquête, présenta l'affaire sous le jour le plus favorable pour elles ; de sorte que Rambour dut se borner à renvoyer les pièces au comité de Mouthe, en l'invitant à appliquer simplement aux prévenues les peines portées contre les suspects, et à les faire incarcérer. L'affaire ne pouvait tomber entre meilleures mains. Le comité, usant de toute l'indulgence possible, déclara, le 30 mai, « que les citoyennes Marie-Anne Guyon, femme Cart, Marie-Françoise Cart-Balthazard , Jeanne-Claudine Cart et Madeleine Dubiez, inculpées, n'avaient point eu l'intention de s'opposer à la célébration des fêtes décadaires, mais seulement à ce qu'on les fît dans le temple du culte catholique ; qu'on devait attribuer celte effervescence d'un moment à l'attachement naturel qu'elles avaient pour le culte catholique et à l'ignorance où elles étaient alors des décrets 'de la Convention sur la liberté des cultes ; qu'elles s'étaient rendues au premier cri de la raison, et qu'elles avaient toujours donné des preuves marquées de patriotisme; qu'en conséquence, elles seraient mises seulement en surveillance. » Le comité fit part de cette décision à Rambour, qui répondit : « Je vous invite à éclairer vos concitoyens