‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · CULTE DE L'ÊTBS SUPRÊME · texte numérisé non relu

CULTE DE L'ÊTBS SUPRÊME

par le langage de la raison et de la vérité, à les guérir des préjugés ridicules dont les prêtres menteurs se sont habilement servis pour alarmer les consciences. Dites-leur que le Dieu des prêtres n'existe plus, mais le Dieu de la nature, le créateur de l'univers, l'ami de tous les hommes ; c'est celui qui conduit nos armées dans le chemin de la victoire, qui fait fleurir nos moissons et qui donne au patriote l'énergie nécessaire pour anéantir tous les conspirateurs. Vous êtes investis de la confiance générale; il faut en user pour ramener, par la voie de la douceur et celle de l'instruction, les bons habitants des campagnes.... Répétez souvent ces vérités au peuple et soyez assurés que bientôt le fanatisme n'existera plus dans vos cantons. Si quelques femmes ignorantes troublent l'harmonie qui doit exister parmi les citoyens, eh bien ! mettez-les en arrestation provisoirement. Elles seront bientôt revenues à résipiscence. Des femmes ne sont pas faites pour retarder les progrès de la lumière et de la raison. »

Les habitants de Mouthe étaient encore trop chrétiens, ils estimaient trop leur vieux curé, pour qu'un pareil langage pût avoir prise sur eux ; aussi ce premier orage n'était pas encore terminé, qu'un autre éclatait déjà contre eux. Les volontaires, forts de leur triomphe, voulurent recommencer leurs saturnales, le i9 mai^ dans l'église de Mouthe ; mais, cette fois, au lieu de femmes pour y mettre obstacle, ils trouvèrent le maire, revêtu de son écharpe, qui leur signifia de déguerpir, et lança même contre l'un d'eux un ordre d'arrestation. Le jour même, le club de Pontarlier fut informé de ce nouvel attentat. Champenois, chef du l*"" bataillon des volontaires de Semur, annonça que le temple de Mouthe était encore à la fois consacré à la superstition et à la vérité ; mais que le fanatisme l'emportait sur la Raison dans cette commune, puisque, au milieu même d'une cérémonie dont le but était d'honorer la Raison, le volontaire Jos. Menestrier, orateur patriote, avait été troublé et même envoyé en prison ; qu'il avait eu le bonheur de s'échapper, et qu'il adressait sur cet événement un procès-verbal dont on allait donner lecture. Après avoir pris connaissance de

cette pièce, le club, ne se trouvant pas suffisamment éclairé, décida que Champenois ferait, le lendemain, un rapport écrit sur cette afiaire, et que la Société prendrait ensuite un parti. Le rapporteur exposa « que depuis longtemps le curé de Mouthe travaillait les esprits dans un sens contraire à la Révolution, et qu'il fanatisait la municipalité, au point qae celle-ci avait décerné récemment un mandat d'arrêt contre trois ou quatre volontaires qui avaient chanté dans Téglise rhymne des Marseillais, un jour de fête religieuse ; que le 30 floréal, jour de décade, les volontaires étant occupés i chanter des hymnes patriotiques, après le discours de mo* raie prononcé par le citoyen Cart , ils avaient été interrompus par le maire de Mouthe, qui était venu troubler la cé-^ rémonie, pour faire reparaître le coupable mandat d'arrêt^ monument de l'ignorance et du fanatisme de la municipalité ; que l'hymne entonné par les volontaires n'avait rien* de blâmable, puisqu'il était tiré du bulletin même de la Convention nationale , et contenait une exhortation aux gens de la campagne, pour les prémunir contre la superstition et le fanatisme. » Après d'assez longs débats, le club ié^ cida que le curé et le maire de Mouthe seraient dénoncés au comité révolutionnaire de leur commune et à l'agent natio* nal du district.

Quelques jours après, le district reçut simultanément deux procès-verbaux contradictoires sur la même affaire. Celui des jeunes soldats cantonnés à Mouthe portait que, a s'étant rendus à la ci-devant église avec trois de leurs camarades de Rochejean, pour y célébrer dévotement la décade, ils avaient été troublés dans leurs pieux exercices par plusieurs individus, à la tète desquels se trouvait un noiumé Ch. Dubiez, qui s'était revêtu d'une écharpe, et avait osé requérir le volontaire Jos. Menestrier de se rendre en arres* tation, ce que celui-ci n'avait pas manqué de refuser. » Le maire, de son côté, déclarait qu'ayant rencontré des étrangers dans le temple, notamment le citoyen Menestrier, cantonné à Rochejean^ il leur avait demandé s'ils étaient munis de passe-ports, et si Menestrier avait obtenu de ses chefs la permission de quitter son poste ; que ce dernier s'était ré-

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pmdn en propos indécents ; et qu'enfin ce même soldat avait' déjà troublé précédemment la tranquillité publique à Mouthe. Cette double dénonciation causa au district un embarras qui se peint parfaitement dans la lettre suivante de Parrôdiadressée le 25 mai au proconsul : « Sur une dénonciation des^ volontaires cantonnés à Mouthe, la Société populaire de Pontarlier nous a dénoncé le maire, le curé et le vicaire de • cette commune, les deux derniers en particulier, comme préchant le fanatisme, par des sermons sur le sacrement de pénitence, Tenfer, le purgatoire et le paradis. On demandéleur expulsion comme un souverain remède à toutes ces absurdités. Il y a, d'un autre côté, un procès-verbal dressé* par le maire contre les volontaires. Le district a nommé an commissaire pour aller informer sur les lieux. La commune de Mouthe s'est toujours montrée patriote. Les habitants' peuvent bien être encore attachés à leur ancien culte, et il est facile à croire que leur ministre les entretient dans ses idées religieuses. Mais il ne serait peut-êtte pas prudent de' le leur enlever tout de suite ; cela pourrait occasionner un soulèvement qu'on peut éviter en prenant patience. On peut» défendre à ces prêtres de prêcher toutes les absurdités de sacrement, d'enfer, etc., en les obligeant à faire des discofura* de morale, et s'ils contreviennent à cette défense, ils donneront lieu à leur expulsion du canton, et le peuple y verra' une cause juste. »

Le club de Pontarlier, trouvant qu'on ne punissait paâ assez vite les fanatiques de Mouthe, résolut, le 41 juin, de les punir lui-même. Un membre proposa d'écrire à la Société populaire de Mouthe, « pour l'inviter à chasser de son' sein tous les prêtres et curés , et de l'avertir que, si elle ne s'empressait pas de rendre cet hommage à la raison, la Société de Pontarlier ne correspondraitplus avec elle. » Le même membre demanda que la même mesure fût appliquée aur autres Sociétés, ce qui fut adopté. Jarry prit ensuite la parole pour dévoiler les principes qui animaient le club, la municipalité et le comité révolutionnaire de Mouthe, et montra qu'ils n'étaient nullement dans le sens de la Révolution. Un membre demanda, en conséquence, qu'une adresse fût en-

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Yoyée au représentant Lejeune pour réclamer la destitution de la municipalité et du comité dénoncés.

Le 23 juin, Timplacable Jarry rendit compte au club d'une conférence qu'il avait eue avec Lejeune, pour mettre sous ses yeux le tableau de la conduite révoltante de la Société populaire de Mouthe; et il demanda que cette Société fût requise d'envoyer un extrait de ses délibérations et arrêtés liberticides, surtout de ceux auxquels le curé avait présidé, afin que ces documents fussent transmis à l'accusateur public, ce qui fut adopté. Le lendemain, le vieux et pacifique curé Burnequez, sentant bien qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'épargner à son troupeau une guerre acbarnée, se décida, comme on l'a vu, à se démettre de ses fonctions, et à se retirer dans son pays natal, après avoir déterminé son vicaire à en faire autant. La population, désolée du départ de son bien-aimé pasteur, répondit aux menaces du club de Pontarlier avec l'énergie du désespoir. La Société populaire de Mouthe délibéra, le 29 juin, sur l'injonction qui lui avait été faite de chasser de son sein tous les prêtres. Il y avait quarante-quatre votants ; quarante-un décidèrent courageusement que les prêtres ne seraient point exclus de la Société. Les trois opposants s'empressèrent de dénoncer ce vote scandaleux au club de PontarUer, en ajoutant qu'ils avaient quitté la Société de Mouthe, pour n'être pas témoins de la honte dont elle allait se couvrir, et qu'ils soUicitaient l'honneur d'être admis dans celle de Pontariier. Celle-ci décida aussitôt que la Société de Mouthe, et en particulier son dernier président, le vicaire Montenoise, seraient dénoncés au district. Parrod transmit cette nouvelle dénonciation à Lejeune, mais en lui faisant observer que la démission du curé et du vicaire, déjà retirés à une très grande distance, paraissait suffire pour rallier les esprits et dissiper tout sujet de mésintelligence. Cinq jours à peine s'étaient écoulés depuis la dernière dénonciation du club, que l'agent national du district recevait déjà la visite de deux commissaires de ce club, envoyés pour demander en quel état était l'affaire de Mouthe. Parrod répondit qu'il avait écrit au représentant Lejeune à ce sujet, et qu'aussitôt qu'il aurait reçu

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une réponse, il agirait en conséquence. Le 13 juillet, le club apprit qu'il avait reçu pleine satisfaction et que la Société populaire de Mouthe était dissoute.

Après avoir joui du beau spectacle d'une résistance courageuse à tous les efforts de l'impiété, il n'est pas sans intérêt de mettre en parallèle le tableau d'un groupe de philosophes campagnards, bégayant àleur manière le langage de la Raison. Cette petite peinture de genre nous est offerte dans une lettre adressée, le 9 mai, au district de Pontarlier, par le club de la Ville-du-Pont, en réponse à une demande de renseignements sur le civisme de la famille Boichard. Les philosophes delà Ville-du-Pont exposaient d'abord, que dès le commencement de la Révolution, la famille Boichard n'avait pas dissimulé son mécontentement ; que lorsqu'il avait été question du clergé, ce mécontentement s'était accru à un point inexprimable; qu'à l'arrivée de la loi sur le serment, « ses cris de lamentation , pires que ceux de Jéréniie, » avaient encore redoublé et n'avaient pas cessé tant que cette famille était restée dans la commune, ce qui avait indigné contre elle les patriotes ; que le fils Boichard, revenu du séminaire, où il avait puisé l'aristocratie fanatique, n'avait cessé de fréquenter les prêtres et les personnes que « ces séducteurs du genre humain >> avaient séduites ; et enfin qu'il était resté « affublé » de sa soutane jusqu'à ce que quelques patriotes le forçassent à • la quitter. S'élevant alors aux plus hautes considérations, les philosophes sans-culottes ajoutaient : « Si Boichard ci-devant abbé avait été patriote lors de sa rentrée dans ses foyers pour venir prêcher le fanatique qu'il avai puisée chez Durefort et ses sâtélites il auret adopté la prêtrise pour servir ces consitoyens qui dans ces temps vouloient ancore de ces êstres parce que la sainte philosophi n'avoient pas ancore ouvert les ieux a la majore partie du peuple qui presanteman déjea abjure avec plaisir ces erreurs et reconnet que la seulle Raison doit être son seulle gide. 11 auroit fait ses efforts pour propager ses idées salutaire sans les quelles les peuples ne peuvent être heureux. Une fois parvenu à ses fins il auroit luimême renoncée au métié de charlatan. Il a fait le contraire et il ne mérite jamais notre confiance. — Droz- Vincent, pré-

sident du comité de surveillance de la société ; P. Guichard, secrétaire ; F.-J. Voyennet, président de la société; Ferreux, secrétaire. »

Dans le district de Saint-Hippolyte, la population opposait une résistance imperturbable à la tyrannie irréligieuse. La* loi qui avait institué un enseignement public obligatoire et impie, n'y avait pas fait ouvrir une seule école ; et dans toutes celles que la persécution n'avait pas encore atteintes, on continuait résolument à apprendre le catéchisme de M. de Durfort. Les administrateurs terroristes envoyés à Saint-Hippolyte, furieux de cette persistance, adressèrent, le 23 juillet, à des commissaires spécialement chargés de déchristianiser les écoles, de longues instructions pour les diriger dans cette tâche odieuse. « Nous sommes informés, y disaient-ils, qu'une foule de maîtres d'école, par leur enseignement fanatique, retardent la propagation des lumières républicaines, en entretenant les enfants dans des idées superstitieuses et révoltantes. Pour arrêter les progrès de ces erreurs et fortifier, au contraire, la jeunesse dans l'amour de la liberté et de l'égalité, en ne lui enseignant que les vérités subhmes qui ont dicté les Droits de rkomme et notre constitution populaire, les commissaires prendront les noms des instituteurs et des institutrices des communes, qu'ils enverront aussitôt au directoire, qui rappellera ces instituteurs à l'exécution du décret du 29 frimaire dernier; et en cas d'opiniâtreté, de la part de ces maîtres et maîtresses, à enseigner ce que ne peut souffrir un peuple libre , sage et dépouillé de tout préjugé, il serait pris à leur égard les mesures que demande la sûreté générale. S'il se rencontrait des instituteurs qui eussent déclaré à leurs municipalités leur intention d'enseigner conformément à la loi du 29 frimaire, les commissaires visiteront leurs écoles et reconnaîtront les livres mis à l'usage de leurs élèves, et si le genre d'instruction convient au régime républicain. »

L'impiété terroriste n'épargnait pas plus les protestants que les catholiques; et le 24 avril, le district de Saint-Hippolyte écrivait à Chaudot, commissaire près le tribunal de cette ville : c( Nous t'adressons un procès-verbal du 4 nivôse et

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jours suivants contre des anabaptistes, qui, sous un costume simple mais hypocrite, cherchent à tout instant à renverser rédifice de la constitution. Tu voudras bien prendre des mesures promptes pour faire traduire devant les tribunaux compétents les scélérats dénommés dans ce procès-verbal, comme coupables de trahison, pour être punis avec toute la rigueur des lois. »

XVI I Parmi les institutions catholiques , il en était une que la . philosophie avait voulu régénérer^ comme les écoles ; ce sont .les hôpitaux, et il est temps de s'enquérir de ce qu'étaient devenus entre ses mains des établissements si précieux. Quelques traits, trop caractéristiques malheureusement, suffiront pour éclairer pleinement ce coin du tableau. Le 10 janvier 1795^ lecomité révolutionnaire de Besançon^ épuré parle représentant Pelletier et présidé par Hérard, procédait à l'interrogatoire d'Ant. Pion, ex-municipal, ex-administrateur de l'hôpital de Saint-Jacques ou de la Montagne, et le dialogue suivant s'établit entre les deux jacobins.

Q. Ne se faisait-il pas, à chaque instant, des parties de .plaisir avec les citoyens Robert, Marrelier, Boissenet, Ghazerand et autres? et ne conduisait-on pas à ces repas cinq ou .3ix hospitalières , que Toa détournait ainsi de leur devoir, pendant que nos volontaires et les autres malades mouraient dans rabandon en leur absence ?

R. Une seule fois, ayant été chargé d'aller acheter quarante cordes de bois pour l'hôpital, dans le bois de Franois, j'y fus suivi par plusieurs des citoyennes, et Ton prit quelques rafraîchissements fournis en partie par les vendeurs du bpis.

Q* Ces repas scandaleux sous tous les rapports, et principalement par le luxe et la profusion des mets, ne se faisaientils pas en grande partie à la maison de campagne dePelousey, qui appartient à l'hôpital ; et dans une de ces orgies, qui a duré. plusieurs. jours, n'a-t-on pas envoyé une femme depuis P,elousey à Uhôpital, pour y faire faire du pain mollet à l'usage de cette compagnie?

R. Au mois de floréal dernier, j'ai conduit à Pelousey ma femme et une de mes filles, pour y voir la maison et les terres

du ci-devant marquis de la Perrière, que Ton disait être à vendre. La présidente de Thôpital, qui se trouvait en ce moment à Pelousey, avec d'autres citoyennes, me retint à dîner avec ma famille. Le général Mengaud s'y trouva, et dans ce repas il n'y eut que de la décence et de l'honnêteté, et non du scandale.

Q. N'as-tu pas connaissance et n'as-tu pas assisté toi-même à différents galas qui ont été donnés dans l'hôpital même de la Montagne et dans le ci-devant Refuge, toujours avec des hospitaUères, que l'on empêchait, par ce moyen, de remplir leurs devoirs envers les malades ? Une pareille conduite de la part d'un administrateur de cette maison n'est-elle pas répréhensible sous tous les rapports, puisque l'on consommait les denrées appartenant à la nation, dans ces sortes de parties de plaisir qui se terminaient ordinairement par des bals?

R. Je me suis trouvé à un souper qui fut donné àl'hôpital et auquel toutes les citoyennes assistèrent. Ce repas fut donné à la suite de la distribution des médailles aux hospitalières. Les frais en furent payés par les administrateurs, et j'ai payé mon contingent au citoyen Boichot, chargé de la recette. Le souper se termina par une danse. Le garçon de soins de l'hôpital y jouait du violon, et il était le seul musicien. »

Pendant que les administrateurs et les prétendues hospitalières se livraient au genre de vie dont les terroristes eux-mêmes nous ont laissé ce tableau, que faisaient les infirmiers et infirmières en sous-ordre? Le ministre de l'intérieur le faisait soupçonner, en écrivant, dès le 31 décembre 4793, « que des plaintes nombreuses lui étaient adressées contre les infirmiers placés dans les hôpitaux militaires. » La Vedette écrivait, le 1 3 mars : a II se commet dans nos hôpitaux, comme ailleurs, des vols, des concussions, des rapines épouvantables sur nos malheureux défenseurs. A peine un militaire est-il mort, qu'on le pille de tout côté ; quand la justice peut atteindre les coupables, elle ne les épargne pas ; le poteau et les fers leur sont destinés. Plusieurs ont déjà subi cette peine, et d'autres vont la subir incessamment. LaSociété populaire, cette sentinelle vigilante, a pensé depuis longtemps à remé-

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dier aux abus dont on se plaint. » Mais c'est surtout le tribunal criminel qui s'est chargé de nous apprendre l'étendue du mal, en consignant dans ses registres cette éloquente série de condamnations :

5 avril 1794. Jugement qui condamne à quatre ans de réclusion Louise Clément, femme May, et Marg: Fougerat, femme Louclas, infirmières à l'hôpital militaire, pour avoir volé l'argent d'un soldat décédé.

Même jour. Jugement qui condamne à quatre années de fers Nie-Alexis Chauffard, infirmier à l'hôpital militaire, pour vol de boucles d'oreilles commis sur un soldat décédé. Ce digne infirmier avait de singuliers titres à son emploi. Il avait déjà été condamné deux fois en parlement, pour vol avec effraction, la première fois, en 1772, à la prison, et en 1774, aux galères perpétuelles. Sa peine avait été commuée, le 27 mars 1793, en celle de dix années de fers, suivies de la déportation. Mais en qualité de victime de l'ancien régime, il avait obtenu un nouvel adoucissement à sa peine.

6 avril. Jugement qui condamne à quatre ans de réclusion Claudinette Troncin, infirmière à l'hôpital militaire, pour avoir volé l'argent d'une autre infirmière qui venait de mourir.

Même jour. Jugement qui condamne à quatre ans de fers Ant. Pécot, infirmier à l'hôpital des ci-devant visitandines, pour avoir volé un porte-feuille dans la poche d'un miUtaire malade.

Le mal était si grand et le vol devenu si universel, que le tribunal ordonna que ces quatre jugements seraient affichés dans tous les hôpitaux du département, pour y servir de leçon, ce qui n'empêcha pas deux autres infirmières ou servantes des hôpitaux des Sans-Culottes et de l'Egalité, de passer encore en jugement, le 11 août suivant, pour vol de Unges et autres effets, commis dans ces hôpitaux, et Naniïette Journet, servante au ci-devant hôpital Saint-Jacques, d'être condamnée par contumace,le 12 avril 1796, à huit ans de réclusion, pour avoir volé les hnges de cet hôpital.

XYIIL II est facile de pressentir ce qu'étaient devenues

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les mœurs publiques, sous rinfluence de cette philosophie ^ui avait sans cesse à la bouche le mot de vertu comme celui de liberté, mais qui, pour Vune et pour l'autre, s'en tenait malheureusement à l'enseigne. Le il avril, un des principaux terroristes de la Convention, désirant s'approprier légalement, dans le plus bref délai possible, la femme d'un citoyen qu'il ^avait fait jeter en prison, fit adopter par l'assemblée cette disposition législative, destinée à porter le dernier coup à l'union conjugale : a Lorsqu'il sera prouvé que deux jépoux sont séparés de fait depuis plus de six mois, si l'un 41'eux demande le divorce, il sera prononcé sans aucun délai id'épreuve. Il suffira de prouver que l'autre conjoint a quitté )e domicile commun sans donner de ses nouvelles, et sans lavoir besoin d'appeler l'époux absent. Les officiers municipaux qui refuseront de recevoir une action en divorce ou de pirononcer le divorce en ce cas, seront destitués. Le divorce ipe ,pourra être attaqué que par la voie d'appel, s'il a été ipronon^é avant l'accomplissement des délais. On pourra le faire prononcer de nouveau après leur expiration. La femme divorcée peut se marier après dix mois de séparation de son mari. Celle qui accouche avant son divorce est dispensée d'attendre ce délai. » Encore un pas de plus, et ce n'était plus à l'année qu'on prenait femme, c'était au mois ou au jour.

C'est aux sans-culottes eux-mêmes et en particulier à la Vedette, que nous emprunterons le tableau des mœurs de celte époque; signé d'une pareille main, son exactitude ne aurait être contestée. Le jeune Briot, il faut lui rendre ce témoignage, avait luinuème des mœurs, et sans faire à cet égard profession du puritanisme qui était le privilège et la spéciaUté trop ridiculisée du vieux Chazeraud, il s'était marié die très bonne heure, vivait en bon époux et donnait même à la Vedette des allures beaucoup plus décentes que celles qu'elle prenait sous la plume libertine de fiormoy. Briot voyait avec une tristesse honorable que le niveau de la moralité baissait. Il ne craignait pasdele dire, et de rappeler souvent ses frères et amis au respect de la probité et de la décence, a Quartidi dernier, disait-il, le 20 mars, le. tribunal criminel de cette

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ville a condamoé à quatre années de fers et à six heures de poteau, deux personnes convaincues, Tune^ d'avoir volé un portefeuille, à la comédie, et l'autre^ dans la poche de son cousin. Puisse cette correction effrayer cesjeunes libertins qui, depuis quelques mois, se livrent à des désordres d'autant plus criminels, que les fruits en sont consacrés à séduire l'innocence, et à entretenir dans la fainéantise et l'oisiveté les victimes de la débauche I L'agent national de la commune ne s'endort pas^ nous le savons ; il surveille^ avec un zèle infatigable, les repaires impurs du vice ; mais il ne parviendra jamais à les purger,, si les bons patriotes ne lui dénoncent les abus. »

Cependant le nombre des vols allait toujours croissant, et la Vedette disait, le 5 juin : « La police correctionnelle et le tribunal criminel du département condamnent presque chaque jour, à plusieurs années de fers, des malheureux qui souvent n'ont volé, dans les lieux publics, qu'un verre de vin, un mouchoir, une bouteille, une gazette et souvent un os de jambon. Les juges, qui ne connaissent que la loi, l'appliquent sévèrement, et ils font leur devoir. Mais ne serait il pas possible d'éviter cette fréquence de délits, qui ne paraissent que de peu de conséquence à leurs auteurs, parce qu'ils ignorent la sévérité de la loi, qu'ils se garderaient bien d'enfreindre s'ils la connaissaient. Voici le moyen que nous proposons : ce serait d'inviter les autorités ou les particuliers eux-mêmes à faire réimprimer et afficher les lois pénales contre les voleurs. Si ces lois étaient affichées aux portes du spectacle, des casernes et des hôpitaux, il est hors de doute qu'on ne voie bientôt diminuer le nombre des coupables. )> Triste expédient pour rallumer dans les consciences le flambeau éteint de la probité I

Briot vengeait avec plus de noblesse et d'éloquence la pudeur offensée, lorsqu'il s'écriait, le 5 avril : « La probité est à l'ordre du jour dans notre commune; il faut espérer que les mœurs ne tarderont pas d'y être aussi. Nous voyons avec regret des miUt aires outrager publiquement la pudeur, en affectant de satisfaire à des besoins naturels au milieu même des rues, sans égard et sans respect pour

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