‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · VI · texte numérisé non relu

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encore en droit d'opter pour la réclusion, mais que Tévêque constitutionnel l'avait même chargé de la desserte de Bonnétage ; que là^ il avait célébré la messe quand la municipalité le demandait^ mais qu'il avait cessé, depuis quelque temps, de chanter les vêpres, et que, pour tout dire en ua mot, il avait peu exercé les fonctions de son ministère. » En: dépit du bon droit de l'inculpé et de sa bonne foi évidente, le conseil général du district déclara u qu'ayant, de son propre aveu, passé à l'étranger et préféré la déportation à la réclusion, Blanchard paraissait dans le cas d'être réputé émigré^ et qu'en conséquence il serait transféré dans la maison de justice de Besançon, pour qu'il fût statué sur son sort, o Cet arrêté fut exécuté dès le lendemain, et le district, en l'annonçant au département, ajouta : a Peut-être Blanchard a-t-it été de bonne foi et ne doit-il être que déporté Mais, quoi qu'il arrive, surtout ne nous le renvoyez pas. •

Le département éprouva une répugnance visible à traîner ce malheureux vieillard à l'échafaud. Il déclara, le 29 décembre, que d'un côté, le prévenu était bien et duement assimilé aux émigrés, en qualité de déporté rentré, et que l'arrêté du département, du 20 novembre 1792, qui l'avait autorisé à rentrer en France était sans aucune valeur, comme étant en contradiction manifeste avec la loi ; mais que d'un autre côté, le prévenu n'étant rentré que sous la foi de cet arrêté, il y avait lieu d'envoyer les pièces au Comité de législation pour qu'il prononçât sur le parti à prendre. Pendant qu'on attendait la réponse du comité, le vieillard mourut eu prison.

YI. Mais de plus pures et de plus nobles victimes étaient encore réservées à l'échafaud. M. Modeste-Ambroise-Augustin Roch, de Provenchère, vicaire insermenté de Landresse^ âgé de trente-trois ans, était déporté en Suisse, lorsque soa cousin eut l'honneur de verser son sang pour Jésus-Christ. « Retiré sur la frontière, dit M. de Chaffoy, depuis longtemps il nourrissait la pensée d'aller au secours des catholiques de France et cherchait, dans la prière, la méditation et les^ conseils de ses supérieurs, à connaître la volonté de Dieu à son égard. La nouvelle de Tarrestation de son parent fut

pour lui comme un trait de lumière et ud coup de grâce qui fixa ses incertitudes. Dès qu'il eut appris la mort de son cousin, il se rendit auprès d'un des vicaires généraux du diocèse de Besançon (M. de Ghaffoy lui-même), et lui dit : « Vous avez appris, Monsieur, l'arrestation de mon cousin, » voilà une place vacante ; si vous croyez que je puisse la » remplir, me voici, envoyez-moi. » La circonstance dans laquelle M. Roch demandait une mission^ l'estime que lui méritaient ses vertus ecclésiastiques déjà éprouvées, le séjour utile qu'il avait déjà fait en France depuis la déportation, autorisèrent à croire que sa vocatiqa venait de Dieu et décidèrent le dépositaire de la juridiction ecclésiastique à qui il s'adressa, à lui dire au nom de Dieu : « Allez, vous » aussi, travailler à la vigne du Seigneur. » 11 partit en conséquence dans le courant de mai 4794, et se signala bientôt par son empressement à se porter partout où le besoin des fidèles l'appelait, par sa patience et son courage à supporter des fatigues incroyables, des veilles et des marches sans fin, pour aller convertir, consoler et assister des mourants. Ce fut dans l'exercice d'un de ces actes de charité sacerdotale que Jésus-Christ daigna se présentera lui et lui offrira boire son calice. »

Un malheureux intrus (M. Laviron, dans ses souvenirs, nomme l'un de ceux qui se succédaient à Flangebouche sans pouvoir y rester), informé que les catholiques de sa paroisse et du voisinage recevaient secrètement d'un prêtre fidèle les secours religieux qu'ils refusaient de sa main, trouva que le moyen le plus simple d'en finir avec cette concurrence était de se mettre lui-môme à la recherche du proscrit et de le livrer aux tribunaux. Il se rendit donc un jourà Villerschief, où il n'était pas connu, entra dans une maison où se trouvait une femme seule, et s'annonça comme étant un prêtre catholique rentré en France pour secourir les fidèles. En cette qualité, il fut accueilli avec empressement; on lui oflrit à manger et il accepta. Tout en prenant ce repas, il fit diverses questions à la charitable hôtesse. « Les malades de ce pays, lui dit-il, meurent-ils sans sacrements? — Non, lui répondit-elle, on sait toujours où il y a des prêtres ; on les

avertit, et ils ne mancpient pas de venir administrer les malades. — Je serais bien aise, reprit-il, de savoir où il y en a maintenant, j'aurais des choses importantes à leur communiquer. » Cette bonne femme lui dit que M. Roch était dans le même village, dans la maison des Lanchy, ses parents : (( £h bien, dit l'hypocrite^ je viendrai ce soir lui parler, n'en dites rien^ crainte de nous compromettre l'un et l'autre, n

Le malheureux prêtre se hâta d'avertir la gendarmerie de Pierrefontaine ; le brigadier Baillaud, craignant de n'être pas en force suffisante, demanda main-forte aux commandants des gardes nationales de Pierrefontaine et de Germéfontaine, qui se joignirent à lui avec quelques patriotes de leurs compagnies; et cette troupe, conduite par l'intrus, arriva pendant la nuit à Yillerscbief. Il importait de trouver dans le village un complice propre à guider cette méchante entreprise, et à diriger les pas des étrangers de la manière la plus sûre. On s'adressa au maître d'école Berceot, bien connu pour être imbu de tous les mauvais principes ; on lui fit part de l'objet de cette expédition nocturne, on le questionna ; il dit qu'il avait vu effectivement, dans le cours de la journée, chez les Lanchy, un étranger qu'il avait jugé lui-même être un prêtre, et il se chargea de conduire la troupe dans la partie de la maison ou il pensait que le prêtre devait avoir son asile. Ils entrèrent et trouvèrent en effet M. Roch couché. Ils le firent lever , le lièrent, ainsi que M. Lanchy père, vieillard de quatre-vingt-quatre ans, son fils et ses deux filles. M""" Lanchy ne fut pas liée, mais elle fut conduite avec les cinq autres chez le maire de Villerschief . Après qu'on eut fouillé M. Roch et MM. Lanchy, les six prisonniers furent placés dans une chambre de la maison du maire, sous la garde d'un seul gendarme, pendant que le reste de la troupe s'occupait, dans une autre chambre, à rédiger le procès-verbal d'arrestation. Soit que le gendarme commis à la garde des prisonniers se fût réellement assoupi, soit qu'il l'eût simulé à bonne intention, M""* Lanchy mit à profit cette circonstance pour couper les liens de M. Roch, avec un couteau qu'elle avait dans sa poche, et dont cette excellente

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femme ne pensa pas même à profiter pour couper aussi les liens de son mari et de ses enfants : tant ces braves gens étaient dévoués à la religion, et s'oubliaient eux-mêmes pour ne s'occuper que de ses intérêts. M. Roch, devenu libre, s'échappa par une porte de derrière, mais, ne connaissant pas les dispositions de la maison, il passa sous les fenêtres de la cbambre où l'on écrivait le procès-verbal. Il fut aperçu par son dénonciateur, qui s'élança aussitôt par la fenêtre et courut ajprès lui . Malheureusement M. Roch, dans sa fuite, fit un faux pas et tomba, ce qui donna à celui qui le poursuivait la facilité de l'atteindre. L'indigne prêtre saisit au cou son collègue et allait l'étrangler, si M. Roch ne lui eût dit : « Je me rends, ne me tuez pas ; si je dois mourir, du moins que ce ne soit pas par vos mains. » M. Roch se retrouva bientôt entre les mains des gendarmes, qui le conduisirent avec la famille Lanchy, d'abord à Pierrefontaine, où ils subirent un premier interrogatoire devant le juge de paix, puis à Besançon, où les six prisonniers furent écroués dans la maison de justice.

La présence d'un prêtre catholique dans les prisons de Besançon, ajoute M. de Ghaffoy, les transformait en égUses : chaque fois qu'il y en avait un, les fidèles savaient trouver le moyen de s'y introduire, de voir ces confesseurs de la foi, de recevoir d'euxles sacrements, et d'entendre de leur bouche la parole de Dieu. Jour et nuit on y confessait, on y instruisait. Dieu aidait de ses grâces, et des conversions s'opéraient. L'autorité avait donc pris la résolution de hâter le moment du supplice des prêtres et de ne plus les laisser séjourner dans les prisons. £n conséquence, M. Roch fut conduit, au tribunal criminel le lendemain de son arrivée à Besançon^ pour y subir un dernier interrogatoire et y entendre son jugement. Mais, pendant le peu d'heures que M. Roch passa dans les cachots, il sembla se multiplier et il y exerça son tèle de la manière la plus fructueuse. En arrivant le soir en prison, il y trouva un jeune homme et une jeune fille du Bélieu, Jos. Bourquin et Agnès Tochot, qu'on y avait amenés le matin, parce qu'on les avait surpris sur la frontière, passant en Suisse pour s'y marier devant l'Eglise, à raison de

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ce qu'ils n'avaient pu trouver de prêtres en France. Hs étaient dans la plus grande désolation ; la jeune fille surtout jetait les hauts cris. Le saint prêtre s'entretint avec eux et parvint à calmer un peu leur extrême chagrin. Trois accusés se trouvaient aussi dans la prison, pour distribution de faux assignats ; ils s'attendaient à une condamnation à mort et ne prenaient pas leur malheur en patience. M. Roch, oubliant complètement sa propre situation, s'appliqua tout entier à coasoler ses compagnons de captivité et à tourner vers Dieu leurs derniers regards et leurs dernières pensées. Quand il eut entendu leur confession et répandu dans leurs âmes le baume de la résignation chrétienne, il ne pensa qu'à remplir un autre devoir de charité, en écrivant à son père^ à ses parents et à ses amis, cette belle et touchante lettre d'adieu :

« Me voici enfin arrivé au terme que je n'aurais jamais osé espérer à cause de mes péchés; vous ne pouvez pas vous imaginer quelle tranquillité règne dans mon âme. Je suis Ué, je porte des chaînes, mais la paix et la joie sont dans mon cœur. J'ai été pris, le 29 juillet, parla gendarmerie de Pierrefontaine, qui a eu pour moi tous les égards que l'humanité peut exiger. Je n'aurais jamais cru qu'on pouvait marchera la mort avec autant de fermeté ; car je crains plutôt d'avoir montré trop de courage que de la lâcheté. J'attribue le tout aux prières des bonnes gens et aux grâces qu'elles m'ont attirées du Ciel. Le monde et ses biens n'ont pour moi que dégoût, et je trouve dans ma jeunesse un motif de plus d'offrir avec joie mon sacrifice au Seigneur. Ah I que ne pouvez-vous éprouver combien les fers que l'on porte pour Jésus-Christ sont doux, dansquel état de liberté, de tranquillité , ils placent l'âme I Que ne pouvez-vous vous édifier en voyant, comme moijecontentement et la résignation parfaite avec laquelle les cinq personnes enchsunées avec moi attendent ce qu'il plaira à la divine Providence de statuer sur leur sort. Remerciez le Seigneur des grâces abondantes dont il me comble ; priez-le pour moi ; mais gardez-vous de verser des larmes sur mon sort; prenez plutôt part â ma joie; je vais bientôt être délivré des misères auxquelles je vous laisse ex-

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posés. Je vous le répète : je vois avec tranquillité et satisfaction ma carrière finie, et il vous reste encore bien des combats à soutenir. Ah! souvenez-vous, à chaque instant de votre vie, que vous êtes chrétiens ; rappelez-vous les leçons, les instructions que vous avez reçues dès votre enfance, afin que nous soyons tous réunis dans le beau ciel pour lequel nous combattons : il vaut bien tout ce que nous faisons pour le gagner. Si la peine nous effraie, que la récompense nous anime : offrons ensemble au Seigneur, avec générosité et dévouement, le sacrifice qu'il exige. Nous ne nous séparerons pas pour longtemps, et toujours fallait-il nous séparer ; car notre demeure n'est point ici ; nous sommes les enfants de l'éternité. Vous ne devez pas chercher à me voir à présent, puisque je n'ai pas jugé à propos de vous faire savoir que j'étais en France. Je vous le répète •encore, ne me regrettez pas et priez pour moi. Je vous demande pardon à tous des peines que j'ai pu vous faire pendant mon éducation. Je finis en vous assurant que, si le bon Dieu me fait miséricorde, comme je l'espère, malgré toute mon indignité, je m'emploierai de tout mon pouvoir auprès de lui en votre faveur. Je vous salue et vous embrasse pour toujours. Si je peux trouver l'occasion de vous écrire encore, je le ferai. 11 y a bien peu de suite dans cette lettre et •elle est bien mal écrite ; c'est que je vous écris en répondant aux juges, et j'ai les bras Ués. »

Le 1**' août, à onze heures du matin, quatre jours après la mort de Robespierre, M. Roch comparut devant le tribunal, composé en ce moment de Nodier, Millot, Parguey et J.-Et. Martin, de Besançon. Rambour, après avoir retracé les circonstances de l'arrestation du prévenu, ajouta qu'on avait trouvé sur lui plusieurs écrits remplis de maximes fanatiques et séditieuses, et finit en demandant sa tète, pai* appUcation de la loi du 30 vendémiaire contre les prêtres déportés rentrés. Le président procéda ensuite à un interrogatoire de pure forme. Aucun défenseur ne fut admis à prendre la parole ; et sur-le-champ, les juges, opinant i haute voix, en commençant par le plus jeune, condamnèrent M. Roch à être guillotiné dans les vingt-quatre heures,

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sur la place de la Loi. Hs ordonnèrent en outre que les écrits fanatiques et incendiaires dont il avait été trouvé porteur seraient brûlés après son exécution, par la main da bourreau.

Après avoir entendu son jugement, M. Rocb se leva, salua gracieusement ses juges, en leur disant : n Messieurs, je vous remercie. » Toutes les personnes présentes demeurèrent interdites : les unes se retiraient dans un morne silence ; les autres se faisaient part de l'admiration que leur causaient les réponses de M. Roch, le calme, la paix de son âme et le ton avec lequel il avait remercié ses juges.

Rentré en prison, le jeune martyr eut à peinele temps de donner un dernier encouragement à ses compagnons de captivité, tant on était pressé de se défaire de sa personne. Arrêté le 29 juillet, jugé le i" août, il fut décapité le même jour à trois beures après midi. Le procès-verbal officiel ajoute que ce fut « par Vexécuteur et vengeur du peuple^ qui brûla ensuite sur Técbafaud les écrits incendiaires dont le condamné était porteur » M. Laviron, qui était présent au supplice de M. Roch, dit : « Je Tai vu se prosterner devant rinstrument de son supplice et prier à haute voix pour ses bourreaux. »

Comme tous les biens du condamné avaient déjà été confisqués depuis sa déportation, la nouvelle confiscation prononcée par les juges n'enrichit guère la république. On avait pourtant saisi sur M. Roch, au moment de son arrestation, une fort belle médaille en or que l'administration s'empressa de convertir en lingot. Cette médaille portait sur une de ses faces des armoiries en relief, avec cette légende : Chrysostôme de Béthune^ etc., et sur l'autre face, une tête en émail. On fit fondre l'émail, et le métal se trouva peser 7 gros 44 grains. Cette Révolution famélique et stupide faisait décidément argent de tout.

VH. L'impiété de Rambour ne fut pas satisfaite d'avoir fait tomber la tête du prêtre martyr, il voulut encore déshonorer sa mémoire et lui ravir le prestige qu'il s'était acquis^ par la dignité simple de son maintien et de son langage dans le cours du procès. Parmi les lettres saisies sur les nombreux

accusés de cette époque et déposées au greffe du tribunal criminel , il se trouvait une lettre d'amour qui , d'après son contenu , parait avoir été écrite par l'accusé Bourquin à la jeune fille qu'il allait épouser. On sait qu'Agnès Tochot s'était retirée sur la frontière suisse ; qu'elle y reçut la visite de Bourquin et enfin qu'elle avait voulu rentrer en France pour y faire les derniers préparatifs de ses noces, lorsqu'elle fut saisie avec son futur époux, au moment où ils regagnaient la Suisse. Quand on eut tranché la tète à ces deux jeunes gens et à leur pieux compagnon de fers , et qu'on n'eut plus, par conséquent, aucune réclamation ni indiscrétion à craindre de leur part, on imagina d'attribuer au prêtre martyr cette lettre d'amour et de la publier sous son nom, bien qu'il n'en eût été fait aucune mention ni dans le procèsverbal de son arrestation, ni dans ses interrogatoires, ni dans le réquisitoire de l'accusateur public contre lui. On lut donc dans la Vedette du 6 août, la communication suivante, à laquelle on avait donné la forme la plus solennelle.

<« Marc-Antoine-Nareisse Rambour, accusateur public près k tribunal criminel du Doubs, aux auteurs de la Vedette.

» Vous trouverez ci-jointe, citoyens, la copie collationnée d'une lettre amoureuse trouvée sur le prêtre Rocb , que le tribunal vient de condamner à la peine de mort, pour être rentré sur le territoire de la république ; elle a été écrite de sa main, car nous avons fait constater l'identité de l'écriture de la lettre avec un sermon commencé qu'il a déclaré lui appartenir. Le peuple apprendra à connaître quels senties hommes qui se disent apôtres et martyrs de la sainte religion, et qui viennent de la Suisse pour entretenir le fanatisme et la superstition parmi les honnêtes habitants des campagnes. — Rambour. » Les rédacteurs de la Vedette, trouvant les termes de cette lettre trop honnêtement passionnés, crurent devoir y joindre une interprétation interlinéaire que son obscénité ne permet pas de reproduire en*entier.

cr Quant au voyage que tu te proposes de faire ici , il faut que je te voie, que je te parle avant que tu l'entreprennes, il mérite des réflexions. Mande-moi au plus tôt si tu pourras

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me loger un jour ou deux. J'espère que dans peu j'aurai la douce joie de te presser dans mes bras ; ce m'est un besoin de te voir auquel je ne tiens plus. {Le pauvre homme f) La vie ne m'est rien sans toi, et si j'y trouve encore quelque prix, c'est toi qui me la fais aimer. Chère âme de ma vie, quel moment délicieux que celui où nous ne respirerons que le même souffle. (// venait sans doute de lire le livre du Cantique des cantiques.) Après cela je serai content de mourir. (// a tenu parole.)

» Si tu savais combien tu m'es chère! Oui, tu l'es plus que la vie (// ta bien prouvé) ;X\x\e verras dans peu. (// a dit vrai, car il a été pris quelques jours après la date de cette lettre.) Adieu, ma tendre amie , mon tout, je t'embrasse tout plein de fois. Un violent mal de tôte, qui ne m'a pas quitté depuis quatre jours, me met dans l'impuissance de t'en dire davantage ; c'est l'effet des chagrins que j'ai continuellement et d'un feu ardent qui circule dans toutes mes veines et me consume petit à petit. Combien tu me soulagerais si tu étais ici ; j'oublierais mes maux en les déposant dans ton sein. Adieu, ce que j'ai de plus cher au monde, conserve-toi pour moi. {Quel égoïste l Cest un prêtre.)

» Pour copie conforme à t original déposé ^ ainsi que le ser^ mon, au greffe du tribunal criminel du Doubs. — Berthei, greffier. »

OBSERYATIONS.

« Frères des montagnes, comment avez-vous pu croire que les prêtres qui rentrent dans vos foyers , y soient conduits par un amour spirituel et pour le salut de vos âmes ? Non, non, l'amour charnel y est toujours pour quelque chose ; les prêtres Robert et Roch, qui ont fait une si tragique fin, nous l'ont prouvé d'une manière bien précise. Quand ouvrirez-vous donc les yeux à la lumièreet à la philosophie? Voyez donc comment vos prêtres vous charlatanisent. Roch prêchait, dans son sermon sur la pénitence, que les impudiques seraient précipités dans des brasiers et des étangs de feu, et vous voyez qu'il lui tardait de (forniquer) avec une de vos filles, ce qui ne laisse aucun doute sur la pureté ou l'impureté de ses intentions. Quelle doctrine qiie

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celle de prêcher la vertu et de corrompre en même temps la tendre innocence ! Que cet exemple vous fasse donc ouvrir les yeux et consulter davantage votre raison que vos préjugés ; alors vous renoncerez à vos erreurs et vous trouverez le bonheur dans le sein d'une famille vertueuse d'où vous aurez écarté les prêtres qui, dans tous les temps, ont fait le tourment de vos consciences. »

Bambour et ses amis s'étendaient avec trop de complaisance sur les fruits à retirer du conte qu'ils avaient inventé, pour que la supercherie ne sautât pas aux yeux ; aussi ce ne fut pas sur la réputation de leur victime, mais sur la leur, que retomba toute l'ignominie d'une tactique aussi déloyale.

VIfl. Aux termes de la loi, les cinq membres de la famille Lanchy arrêtés avec M. Roch devaient être jugés avec lui et condamnés à mort comme complices et receleurs d'un prêtre déporté rentré. Tel était le crime pour lequel Barthélemi Javaux venait d'être guillotiné. Mais , par la plus heureuse inspiration, Rambour préféra faire hommage de ces cinq victimes au tribunal révolutionnaire de Paris , en donnant à leur crime l'importance d'un attentat contre la sûreté de la répubUque. A peine arrivés à Besançon, ils furent donc séparés de M. Roch, jetés sur une charrette et dirigés vers Paris. Le père et la mère étaient tellement âgés et caducs (le père avait quatre-vingt-quatre ans), qu'on leur offrit de les oublier en prison pour y attendre leur mort naturelle; mais les deux vieillards demandèrent eux-mêmes à n'être pas séparés de leurs enfants, ce qui leur fut accordé sans difficulté. De Besançon à Dole , les cinq prisonniers furent très maltraités, mais là on leur ôta leurs fers, et le reste du voyage s'accomplit d'une manière moins pénible. Lorsqu'ils arrivèrent à Paris, les juges révolutionnaires avaient été remplacés par des êtres plus humains : ce fut le i8 novembre qu'ils comparurent devant le nouveau tribunal. Le président, s' adressant au père , lui fit les questions suivantes :

Q. Avez- vous des parents, des enfants prêtres ou émigrés?

R. Non, Monsieur.

Q. Avez-vous un défenseur officieux ?

R. Je ne sais pas ce que c'est; vous voudrez bien m'en procurer un, si cela est nécessaire.

Q. Le citoyen Augustin Rocb, qui a été arrêté chez vous, est-il ici?

R. Non, Monsieur, ils l'ont mis à mort à Besançon.

Q. Ils avaient bien peur de le manquer.

Après quelques autres questions insignifiantes, le tribunal déclara que Honoré Lancby, P.-Jos. Lanchy, Anne-F" Petitcuenot, femme Lanchy, Jeanne- Agathe et Jeanne-P* Lanchy, étaient complètement acquittés et seraient mis en liberté sur-le-champ. Il leur fut même alloué 1,200 livres en assignats pour leurs frais de route. N'ayant pas pu toucher tout de suite cette subvention, qui était leur seule ressource, et ne sachant comment se procurer un asile dans Paris, les prisonniers sollicitèrent comme une faveur de coucher encore une nuit à la Conciergerie, ce qui leur fut accordé. Le lendemain, le père , la mère et l'une des filles y qui était estropiée, partirent pour leur pays; les deux autres prolongèrent pendant une quinzaine leur séjour à Paris.

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