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constances ne le permettent ; les rassemblements tels que le leur sont contraires à la loi , et dorénavant les comparants feront bien de rester dans leurs foyers. »
Violand, reprenant la parole, répéta aux assistants que leur démarche était très indiscrète et qu'ils avaient donné un mauvais exemple. Ceux-ci protestèrent de leurs bonnes intentions et se retirèrent heureux d'avoir sauvé la liberté de leur curé ; mais leur succès ne devait pas être de longue durée.
Cl. -Alex. Maillot, le trop fameux curé de Villars-sous- Ecot, champion si décidé de l'Eglise constitutionnelle en 1702, passa l'un des premiers sous le joug. Fiard, receveur de l'agence nationale à Pont-de-Roide, s'empressa d'annoncer ainsi cette bonne nouvelle au département , le 27 septembre : « Vive la république ! Citoyens, encore un prêtre qui vient de se mettre à la raison I II me charge d'une commission bien douce, c'est de vous faire parvenir ses lettres de prêtrise. Il y a longtemps qu'il l'aurait fait sans la crise dans laquelle il se trouvait , sans patrimoine , sans ressources. J'espère que bientôt ceux qui ne sont point encore arrêtés suivront son exemple. Lepeuplea pris cette décision sans murmurer. Depuis longtemps il préparait ses paroissiens à lui voir donner cette preuve de patriotisme. Ainsi donc ceux qui se servent du prétexte que le peuple se soulèvera en voyant ses prêtres se démettre, ne peuvent être regardés que comme des malintentionnés. » Le département répondit : « Nous voyons avec plaisir la renonciation de Maillot à des fonctionsque les lumières du siècle désavouent, et nous désirons sincèrement que ses confrères imitent cet exemple. Le fanatisme cesserait de lever sa tête hideuse. »
Crétin , juge au tribunal de Saint-Hippolyte et directeur du jury, à peine sorti de prison, se montrait plus terroriste que jamais. Le 22 septembre, il se présenta , au nom da club de Saint-Hippolyte, devant le district et exposa « qu'ea passant récomment à Goumois avec Voisard , commissaire de la nation près le tribunal , il avait été affligé d'apprendre que les curés defs environs alimentaient de nouveau le fanatisme par leurs actes et leurs discours; que celui de
Yaufrey notamment avait, dans son serrjion du dimanche précédent, cherché à égarer les habitants, en les engageant à relever le ci-devant culte catholique ; que, d'après de pareils propos, il était hors de doute que ce curé, ceux d'Indevillers, de Pont-de-Roide, deMaîche et de Trévillers, étaient les causes secrètes des troubles qui agitaient le district; que le curé de Trévillers avait montré à un particuher une lettre venant d'un de ses confrères, par laquelle il lui mandait qu'il fallait se contenter, pour le moment, de dire des messes basses sans les sonner, en attendant le moment où la religion serait rétabhe. En conséquence, Crétin, pénétré des sentiments d'un vrai républicain et convaincu qu'il était de l'intérêt public de découvrir les auteurs des troubles et les ennemis de l'Etat , dénonçait ces curés pour qu'ils fussent poursuivis autant que de raison. » « La Société populaire, ajouta-t-il, a également déclaré l'urgence de la formation d'un nouveau comité révolutionnaire, après avoir reconnu, sur mes observations, que le comité actuel s'est montré totalement étranger au but de son institution , en élargissant les aristocrates de tout genre et en ne prenant aucune mesure contre ceux qui sont en liberté. La Société reproche au comité 1° d'avoir mis en liberté Anne-Claude Farey , mise en arrestation par la municipalité, tante de trois émigrés ; Jacobine Bulliard (veuve 'Ligier), incarcérée pour correspondance avec les émigrés; Jeanne-Antoine Darceot, sœur et tante de deux prêtres émigrés, et une femme de Provenchère recluse par le comité de Vaucluse ; 2° de n'avoir pris jusqu'ici aucune mesure contre les prêtres qui sont journellement dénoncés àla Société de Doubs-Marat. »
Le comité s'émut de ces attaques si vives, et, le lendemain, il manda Crétin à sa séance, pour qu'il eût à s'expliquer à cet égard. Crétin répéta qu'en passant au moulin de Montjoye, le 16 septembre, avec les citoyens Voisard et leurs neveux', ceux-ci lui avaient dit que le dimanche précédent, le curé deVaufrey avait engagé ses paroissiens à conserver leur religion, en leur disant que cette religion allait être rétablie, et que les habitants de Maîche avaient obtenu de la Convention un décret qui leur permettait de continuer les
cérémonies religieuses ; que les curés de Pont-de-Roide et de Dampjoux disaient la messe ; que le curé de Trévillers avait également manifesté l'espoir de voir la religion reprendre son ancien éclat ; qu'à Goumois , les habitants s'étant divisés en deux partis au sujet du curé, les partisans de ce dernier avaient dit, dans une rixe qui avait failli avoir lieu, que ceux qui ne voulaient point de curés seraient f..tus. Crétin avoua ensuite qu'il s'était plaint de ce que le comité n'était pas composé de vrais sans-culottes et de ce qu'il avait mis en liberté des aristocrates qui n'étaient pas compris dans la loi du 21 messidor, tels que la Farey , la veuve Ligier et la Darceot, déjà condamnées une première fois par la police municipale à la détention dans une maison d'arrêt, pour avoir lu de fausses nouvelles aux jeunes gens, en les intimidant, pour qu'ils ne s'enrôlassent pas dans les bataillons , et pour avoir dit que les pères et les mères de ceux qui y étaient, étaient de la canaille. »
Le comité déclara qu'il persistait à reconnaître ces trois femmes comme innocentes de tout délit, et qu'à l'égard des prêtres dénoncés par Crétin, les citoyens Voisard, dont il avait invoqué le témoignage, seraient entendus par le comité. Voisard, commissaire du tribunal, comparut, en effet, le surlendemain, et se borna à déclarer qu'il tenait de son frère que le curé de Vaufrey continuait à faire ses fonctions comme auparavant, et qu'il prêchait, non la morale du jour, mais le fanatisme.
Le comité transmit ces renseignements au district, qui prit, le 28 septembre, l'arrêté suivant : « Vu le procès-verbal remis par le comité de surveillance de Doubs-iMarat , d'où il résulte que le nommé Tournoux, curé de Vaufrey, a cherché par tous les moyens possibles à égarer l'opinion publique sur les vraies idées de la morale, et à se faire mettre en réquisition par la municipalité pour exercer ses fonctions ; qu'il a causé des divisions entre les habitants de sa commune par les menaces portées contre ceux qui n'adhéreraient pas à l'arrêté que plusieurs habitants de Vaufrey voulaient prendre pour le conserver; etenfln qu'il parcourt les maisons des bons habitants de cette commune pour les
alarmer, et ralentir leur élan républicain, par la crainte qu'il leur inspire sur la perte de sa l'eligion ; il sera donné mandat d'amener contre Tournoux, pour être interrogé par l'agent national et être pris de suite à son égard telle mesure de sûreté que la justice et la tranquillité publique exigeraient. ))
Le P. Tournoux fut amené le lendemain par un gendarme, et répondit qu'il était originaire de Dampjoux, âgé de quarante-six ans et ministre du culte à Vaufrey depuis trois ans, et qu'il n'avait ni annoncé ni célébré la ci-devant fête de saint Louis. L'interrogatoire se poursuivit eu ces termes :
Q. N'y a-t-il pas eu une délibération prise par les citoyens ou partie des citoyens composant la paroisse de Vaufrey, et tendante à te requérir ou au moins t'inviter à continuer tes fonctions ?
R. 11 y a eu effectivement une délibération que j'ai provoquée moi-même. J'ai cru devoir consulter mes paroissiens sur leur vœu bien manifesté de conserver le culte catholique, décidé, s'ils déclaraient n'en plus vouloir, à me retirer paisiblement. J'ai sollicité cette délibération en chaire, parce que j'avais ouï dire que le peuple français ne voulait pas deprôtres et parce qu'une certaine agitation s'était manifestée à Vaufrey. Ne tenant aucunement à mon poste, que j'envisage comme un fardeau très pénible, j'avais pensé devoir prendre cette mesure. Le résultat de cette délibération, prise en assemblée générale, à ce que je crois, dans chacune des communes composant la paroisse, a été que je devais continuer mes fonctions. Cette déUbération ne date pas de plus de quinze jours, et on m'en a fait connaître le résultat, sans toutefois m'en donner une expédition réguUère, qui m'a été promise.
Q. N'as-tu pas toi-même excité quelques individus à signer cette délibération?
R. Non.
Q. N'as-tu pas plusieurs fois cherché à exciter Talarme parmi les citoyens en leur annonçant que la religion se perdait?
R. J*ai pu les censurer sur quelques vices, et, sous ce point de vue, dire que la religion se perdait ; mais je n'ai jamais tenu ce dernier propos dans l'intention d'occasionner aucun trouble.
La lecture faite de ces réponses et de divers discours manuscrits trouvés sur Tournoux, le conseil général du district déclara a que l'inculpé avait provoqué un rassemblement illégal et dangereux ; que le discours qu'il avait prononcé publiquement et qui avait pour objet de provoquer ce rassemblement, renfermait des principes fanatiques, tendants à l'insurrection , en empêchant le peuple de s'éclairer sur les vrais principes de la morale et en lui faisant croire qu'en faisant usage de sa raison et en ne croyant pas à la religion catholique, il ne pouvait être sauvé ; en peignant comme des impies ceux qui ne veulent consulter que le bon sens, et enfin en propageaut tous les principes destructeurs de l'intolérance ; qu'il n'avait fait ce discours et provoqué l'assemblée des différentes communes comprenant la paroisse, que pour se faire requérir de remplir ses fonctions de ministre d'un culte que quelques citoyens éclairés de Vaufrey voulaient remplacer par celui de la Raison ; que ce même individu, guidé par l'intérêt le plus sordide, s'étaitfait rétribuer pour des messes et autres actes de son culte, quoique la loi lui en fit la défense la plus expresse, et qu'il avait ainsi touché double traitement; qu'en conséquence, Tournoux serait conduit sur-le-champ en la maison d'arrêt, pour être au plus tôt transféré à Besançon ; et que les pièces seraient transmises à l'accusateur public près le tribunal criminel, pour que le coupable fût poursuivi suivant toute la rigueur des lois. »
Le comité révolutionnaire compléta la mesure, en décidant, le lendemain, qu'il y avait quelques indices que Tournoux avait de l'argent caché dans ses habits , et que trois de ses membres iraient le fouiller en prison. Donzelot, Thalmann et Darceot, chargés de cette honteuse commission, déclarèrent en revenant qu'ils n'avaient trouvé sur le malheureux prêtre que deux assignats de cinq Uvres.
Le district, en envoyant les pièces du procès à Rambour,
ajoutait : « Quelle que soit ta décision sur le sort de Toiffuoux, nous te conjurons de ne pas nous le renvoyer. »
Le prisonnier devina aisément le meilleur moyen de faire ouvrir la porte de son cachot ; et, le 10 octobre, il écrivit de la maison de justice de Besançon au département : (dl y a longtemps que j'aurais fait ma démission , si j'avais été mieux instruit. Les erreurs dans lesquelles je suis tombé sont involontaires. Je me suis constamment conformé à toutes les lois ; j*ai accepté la place de Vaufrey par obéissance, après en avoir refusé cinq autres, et c'a a été mon malheur; car ceux qui m'ont forcé à l'accepter par leurs sollicitations réitérées^ sont positivement ceux qui me chassent par leurs dénonciations calomnieuses. Je vous prie de jeter un œil de compassion sur mon état de captivité ; daignez m'en retirer le plus tôt possible. Je sais que les administrateurs de Doubs-Marat ont écrit au citoyen Hambour de ne pas me lâcher sitôt. Je ne puis deviner quelle occasion j'ai pu leur donner de demander une pareille chose. Puisque je leur déplais, je consens à aller habiter un autre district. »
Tournoux envoya en même temps sa renonciation formelle à toute fonction ecclésiastique. Il ne doutait pas qu'à ce prix la liberté ne lui fût rendue. Il se trompait cependant, et le 22 octobre, toujours prisonnier, il récrivit au département : « Il y a une douzaine de jours que j'ai envoyé ma renonciation à toutes mes fonctions. Je désirerais en avoir une copie. Il y a longtemps que je l'aurais donnée, si j'avais su quelle était l'opinion publique. Dans le pays que j'habitais, tous les prêtres étaient encore en fonctions. Ni le représentant Lejeune, ni les autorités constituées ne nous ont intimé aucun ordre de les quitter. Si les administrateurs de ce district, qui sont tous nouveaux, m'eussent mieux connu, je jouirais de ma liberté. Daignez, je vous en prie, jeter un ceil de compassion sur un vrai patriote opprimé, et m'accorder votre protection pour me tirer de la prison où je gémis. Vous pouvez tout pour moi ; je suis ici sans connaissance et sans parenté; je ne subsiste que par emprunt, etc.. «
Le département répondit sèchement, le lendemain : « Tu trouveras ci-joint l'extrait de la consignation sur nos régis-
440 CHÀPiTU un.
très de ta renondation aux fonctions sacerdotales. Cette pièce parait remplir l'objet de ta lettre d'bier. » Le malheareaxcapacin fat donc obligé d'attendre de la pitié d'une autre autorité, son élargissement.
Band, curé assermenté de Pont-de-Roide, s'était mis prudemment à l'abri du même orage , en déclarant , le 6 octobre, par-devant le district, qu'il cessait toutes ses fonctions ecclésiastiques et se retirait à la Cluse , lieu de sa naissance.
L'incarcération de Tournoux n'était qu'un épisode de la guerre générale contre les prêtres, qui s'était rallumée avec une nouvelle fureur après le moment de surprise causé par la chute de Robespierre. Le 24 septembre , comme on l'a vu , les quatre délégués du club de Besançon, Ratte, Trinque, Huguet et Revercbon, se trouvant au club de Saint-Hippolyte, Revercbon avait fait un discours violent sur les inconvénients et les dangers de la superstition , du fanatisme et surtout de l'existence des prêtres ; il avait fini en demandant l'élimination de ces êtres pervers , et cette motion avait été votée au milieu d'acclamations unanimes.
Cinq jours après , les quatre sans-culottes de Besançon furent appelés au conseil général du district , pour lui faire part des lumières qu'ils avaient recueillies dans le cours de leur mission. Ils déclarèrent « que généralement l'esprit public n'était pas à la hauteur voulue dans ces contrées, et qu'il fallait en attribuer la cause d'abord aux prêtres qui exerçaient encore leurs fonctions, ensuite à ceux qui, après les avoir quittées, les avaient reprises, et enfin à ceux qui, tout en les abdiquant, restaient dans les presbytères pour entretenir par leur présence un funeste attachement aux anciens préjugés. » Les avis des quatre clubistes bisontins avaient enflammé le zèle du district et l'avaient décidé à incarcérer le P. Tournoux à titre d'exemple. La leçon fut comprise et les abdications recommencèrent à arriver. Tournoux, intrus de Dampjoux et frère de celui de Vaufrey, ouvrit la marche et fut suivi par six de ses collègues. Mais c'était encore un bien faible succès auprès de ce qui restait à faire, et l'arrêté de Besson et de Pelletier devint indispensable
pour porter à la destruction des derniers autels chrétiens le coup décisif.
XXIV. Le district accueillit cet arrêté avec enthousiasme, et s'empressa d'écrire à ses auteurs : « Nous l'avons fait circuler dans les communes de notre ressort , et nous vous assurons que nous tiendrons la main à son exécution. Il vient bien à la suite d'un autre du même genre que nous venons de recevoir du Comité de sûreté générale , à la date du 19 brumaire. Cependant nous craignons que dans les communes voisines du district de Montbéliard , le fanatisme ne s'agite encore pour menacer la tranquillité publique, parce que votre arrêté ne portant point sur le département de la Haute-Saône, le culte se célébrera certainement encore dans nos environs, suivant les anciens usages; ce qui fera murmurer nos administrés, parce quMls diront : « Pourquoi » avons-nous moins de privilèges que nos frères de Montbé- )) hard ? » Faites donc que les mesures que vous aurez prises pour notre département soient aussi adoptées pour celui de la Haute-Saône ; alors nous répondons du succès. — G.-F. Diény, président. »
Pelletier goûta si bien ce dernier avis, qu'il écrivit, le 9 décembre , à Bavoux , agent du district : a Nous avons pris en considération les observations des administrateurs de Doubs-Marat sur l'influence du fanatisme dans le département de la Haute-Saône, et notamment dans le district de Montbéliard qui avoisine le tien. Il était donc intéressant de lui rendre commun notre arrêté du 30 brumaire, concernant les prêtres. Je t'en envoie trois cents exemplaires que je te charge de faire passer à l'agent national du district de Montbéliard. » Bavoux, en transmettant ce ballot à Petitcolas, lui écrivit qu'à son avis l'arrêté était parfait et qu'il produirait sûrement un bon effet. Cet arrêté, pris au nom de Sevestre et de Pelletier, le 5 décembre, était ainsi conçu : « Considérant que le fanatfsme n'a pas fait moins de progrès dans le département de la Haute-Saône que dans ceux du Jura et du Doubs ; que les mesures adoptées par l'arrêté de Besson et de Pelletier, l'un de nous, doivent également être mises en usage dans ce département ; nous déclarons com-
442 CBAPiraE ulh.
mun au département de la Haute-Saône l'arrêté du 30 brumaire, et que les municipalités le feront afficher et lire pendant trois décades consécutives. »
Cet arrêté du 30 brumaire n'était pas encore parvenu dans toutes les communes du district de Saiut-Hippolyte, le 4 décembre, lorsque les gendarmes de ûampricbard anoenèrent devant le district deux prisonniers, les prêtres Gouvier et Fleury, et déposèrent deux procès-verbaux dressés le jour même contre ces ecclésiastiques constitutionnels , comme prévenus d'avoir fait des fonctions du culte avec rassemblement, la veille et les jours précédents, au mépris de la loi du 14 frimaire an ii, et de l'arrêté du Comité de sûreté générale du 19 brumaire an m, qui prescrivaient aux autorités constituées de s'opposer à tout rassemblement fanatique et d'en faire arrêter les auteurs et instigateurs.
Gouvier, interrogé le premier, répondit qu'il était âgé decinquante-neuf ans et originaire de Presse; qu'il avait été professeur de philosophie à Porrentruy jusqu'au mois de mai 1791; qu'il avait desservi successivemeut plusieurs paroisses et en deruier lieu les Plains et Courlefontaine ; qu'il n'avait aucune connaissance de lois, décrets ou arrêtés interdisant l'exercice public d'un culte quelconque ; que la loi du 14 frimaire ne lui paraissait nullement relative à cet objet ; qu'il avait bien entendu parler de l'arrêté de Desson et de Pelletier, mais qu'il ne le croyait point obligatoire, tant qu'il ne lui avait pas été notifié.
Germain Fleury, interrogé ensuite, répondit qu'il était âgé de trente-sept ans, né à Porrentruy, et capucin jusqu'en i79i ; qu'il avait dès lors desservi plusieurs paroisses, et en dernier lieu Charraauvillers depuis un an ; il assura qu'il n'avait eu connaissance d'aucun décret ou arrêté prohibitif de l'exercice du culte.
A la suite de cet interrogatoire, le conseil général du district déclara a qu'il était constant, d'après l'aveu même de Gouvier et de Fleury, que tous deux avaient exercé publiquement les fonctions du culte avec les rassemblements indispensables à cet exercice ; qu'une notification officielle des lois prohibitives de l'exercice public d'un culte quel-
GUERRE AU CHRISTIAISISItlE SOUS LES THERMIDORIENS. 443
conque avec rassemblement, n'était nullement nécessaire pour que les prévenus dussent s'y conformer; que le mépris de ces lois présentait de la part des prévenus un système d'opiniâtreté tendant à entretenir le trouble, à fanatiser le peuple, et par là à détruire la tranquillité publique; que le fanatisme faisait tous les jours, dans ce district, des progrès qui compromettaient le bonheur du peuple et la sûreté publique ; que ce résultat n'était dû qu'à l'opiniâtreté réfléchie de gens qui ne s'occupaient que des moyens d'entretenir ce fanatisme; que les deux prévenus se trouvaient dans le cas de l'article i*' de l'arrêté du 30 brumaire, et qu'en conséquence , ils seraient traduits à l'instant même dans la maison d'arrêt du district et de là dans celle de Besançon, pour y être poursuivis et jugés conformément à l'arrêté. » Il résultait de la déclaration môme du maire des Plains, consignée dans le procès-verbal des gendarmes , que ce maire avait reçu seulement dans la matinée l'arrêté des proconsuls et qu'il ne l'avait pas encore communiqué au desservant.
Bavoux, agent national de Saint-Hippolyte, expédia les deux prêtres à Besançon par la gendarmerie, le 5 décembre, en annonçant à l'accusateur Rambour « qu'ils étaient prévenus d'avoir opiniâtrement fait des rassemblements tendants à entretenir le fanatisme. » Rambour fut assez embarrassé de cet envoi; en réalité aucune loi, même parmi les plus révolutionnaires, n'était applicable au prétendu délit de ces deux prêtres. Rambour se tira d'affaire en renvoyant les prisonniers devant le juge de paix de Maîche pour l'instruction régulière de leur procès. « Si tu vois, écrivait-il à ce magistrat, qu'ils aient désobéi à l'arrêté après la publication qui a dû en être Faite, tu décerneras mandat contre eux. » Los deux prisonniers furent donc forcés de traverser une seconde fois tout le département, au cœur de l'hiver, en compagnie des gendarmes. J.-B.-Florenlin Parent, de la Lizerne, juge de paix, procéda ainsi à leur interrogatoire, le 21 décembre :
Q. Gouvier, n'avais-tu pas connaissance de l'arrêté du 30 brumaire?
R. Je n'ai eu connaissance verbale de cet arrêté , par
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le maire des Plains , qu'étant déjà arrêté par la gendarmerie.
Q. N'as-tu pas occasionné des rassemblements séditieux on autres sous prétexte de la religion ?
R. Non.
Q. Pourquoi as-tu continué tes fonctions^ malgré que Fopinion publique commandait le contraire, et que la plupart des autres prêtres avaient fait leur démission?
R. J'ai continué^ parce que la constitution me le permettait, que les Droits de l'homme sont positifs sur ce point, et que jusque-là il n'avait paru aucune loi contradictoire. Pour continuer mes fonctions , l' j'avais l'aveu du peuple de ma paroisse ; V j'avais été payé exactement par la nation pour cela; 3* le représentant Lejeune avait dit publiquement et en général, que les prêtres pouvaient exercer leurs fonctions ; 4** l'an passé, le tribunal révolutionnaire séant à Maiche m'avait fait lui-même donner une réquisition par la municipalité de Maiche pour fonctionner catholiquement et disposer dix-neuf individus condamnés à la peine de mort par ce tribunal. Sur tous ces fondements , je me suis cru jusqu'ici autorisé à faire mes fonctions de prêtre , et je les ai faites, quoique plusieurs les aient cessées, parce que je ne m'occupeque de moi même, ignorant parfaitement pourquoi les autres ont agi autrement et s'ils l'ont fait de gré ou de force. Chaque individu répond pour soi. L'opinion du peuple est volage, on l'ignore souvent, et il n'y a que la loi connue et publique qui bride les Français. N'en ayant vu aucune qui m'obligeât à cesser mes fonctions, je les ai continuées. L'arrêté des représentants Besson et Pelletier arrive, je cesse, j'obéis aux lois, comme j'ai toujours prêché au peuple de le faire , le pasteur devant servir d'exemple à cet égard.
Q. Persistes-tu dans la volonté de continuer tes fonctions et de rassembler le peuple sous prétexte du fanatisme et des préjugés de la rehgion?
R. Je veux obéir à l'arrêté des représentants.
Q. As-tu manifesté dans tes prônes des principes contraires à la raison?
R. Non.
Q. As-tu fait annoncer tes fonctions au son de la cloche?
R. Oui, jusqu'à cinq ou six jours avant l'arrêté.
Q. Pourquoi as-tu provoqué ainsi publiquement des assemblées, sans y être spécialement autorisé, sachant que les rassemblements étaient prohibés ?
R. Parce que j'étais payé par la nation pour faire cet office ; et que comme il y avait dix-huit siècles qu'on sonnait les cloches pour annoncer la messe, un tel laps de temps pouvait bien m'autoriser à continuer jusqu'à Tordre contraire : cet ordre étant venu, la cloche n'a plus sonné.
Q. As-tu engagé quelque citoyen à prendre et défendre les intérêts de la religion au préjudice de ceux de la raison?
R. Non.
Q. As-tu exigé de tes paroissiens la fréquentation des offices, les jours de dimanche et de fête ?
R. Non.
Q. As-tu prêché la religion, et n'as-tu pas dit au peuple de s'y maintenir, nonobstant l'élévation de l'esprit public ?
R. Je n'ai prêché que l'obéissance aux lois.
Q. Pourquoi as-tu persisté à exercer tes fonctions jusqu'à l'époque où on te l'a défendu ?
R. En vertu de la loi portant que ceux qui avaient abdiqué et ceux qui continueraient leurs fonctions seraient également payés.
Q. N'as-tu jamais reçu de l'argent pour des messes, depuis la constitution ?
R. J'étais payé de la nation pour fonctionner légalement.
Le prêtre Fleury répondit aux mêmes questions, à peu près dans les mêmes termes. P.-Fr. Mauvais , maire des Plains, déposa ensuite qu'il n'avait reçu l'arrêté des représentants qu'au moment de l'arrestation de Gouvier, et que ce prêtre n'avait jamais prêché que l'union et l'obéissance aux lois. Cl.-Jos. Briot, agent national de Charmauvillers, attesta, de son côté, que le prêtre Fleury était un bon patriote, qui avait toujours prêché la constitution et l'amour des lois, et qu'il avait été arrêté de grand matin, dans son lit, le lendemain même de la réception de l'arrêté du
30 brumaire , par conséquent sans avoir pu l'enfreindre.
Le juge de paix déclara qu'il résultait des dépositions des témoins que les prévenus n'avaient point désobéi à l'arrêté ; qu'en conséquence, ils seraient renvoyés provisoirement, et moyennant caution, dans leurs communes, sous la surveillance des municipalités et avec défense de fonctionner.
Parent, en transmettant cette sentence à Rambour, le surlendemain, ajouta : « Je n'ai pas osé prendre sur moi de rendre un autre jugement ; tu voudras bien Texaminer et me tracer une base à laquelle je pourrai me conformer^ non pas seulement pour ces deux quidam-là , car j'en attends d'autres. Tu sais que l'arrêté des représentants n'est pas clair, c'est pourquoi je demande des éclaircissements. »
Le lendemain de l'arrestation des prêtres Gouvier et Fleury, le 5 décembre, les gendarmes amenèrent encore au district Cl.-Alexis Roycomte, desservant d'Indevillers , qu'ils avaient arrêté pour avoir, de son propre aveu, célébré la messe, la veille, avec rassemblement. Roycomte répondit a qu'il était né à Damprlchard et âgé de quarante trois ans ; qu'à la vérité il avait dit la messe, confessé et communié jusqu'à la veille ; mais qu'il avait cru les rassemblements du culte autorisés par la loi, et qu'il s'était fondé sur la constitution qui garantissait le libre exercice du culte. Il avoua qu'il avait célébré la messe, même après avoir reçu noliflcation de l'arrêté de Bcssou et de Pelletier, parce qu'on lui avait demandé cette messe et que la nmnicipalité n'avait pas fermé l'église. )) Le district déclara « qu'il résultait des aveux du prévenu la preuve qu'il avait connu la loi et qu'il y avait contrevenu; qu'on ne pouvait supposer de bonnes intentions à celui qui contrevenait ainsi à la loi ; qu'une désobéissance aussi caractérisée nécessitait les mesures les plus rigoureuses à l'égard de toutréfractaire; qu'il importait d'ailleurs do prévenir la contagion de l'exemple, et, qu'en conséquence, Roycomte serait traduit à la maison d'arrêt de Besancon, pour être poursuivi par l'accusateur public du tribunal criminel; »
Il résultait du témoignage de Buessard; maire d'Indevil-
lers, que Roycomte était parti d'Indevillers le jour même où on lui avait signifié l'arrêté du 30 brumaire, et qu'il s'était retiré à Damprichard, où les gendarmes étaient allés le saisir chez J.-Jos. Fallard.
Bavoux, en informant le département qu'il avait fait partir le prévenu pour Besançon le 9 décembre, ajouta : «L'arrêté du représentant produit le.meilleur effet. La masse du peuple aime à se dégager de ses idées superstitieuses, comme on le remarque dans différentes communes. L'arrestation des prêtres produit un bon effet. »
Pelletier alla lui-même à Saint-Hippolyte surveiller l'exécution d'un arrêté pris principalement en vue de cette contrée, et il ne négligea rien pour exciter l'ardeur de l'administration prétendue régénérée. 11 écrivait, le 9 décembre, à Bavoux : « La nécessité de donner une grande activité et une grande énergie aux autorités chargées d'exécuter les mesures révolutionnaires, de poursuivre les fripons, de déjouer les tentatives que des scélérats emploient pour ranimer le fanatisme, t'impose la loi de surveiller toutes les opérations du comité révolutionnaire de ton district. Je te requiers, en conséquence, de te transporter, dans les trois jours, au lieu de ses séances, de consulter ses registres, d'exciter son zèle et de lui indiquer les mesures que prescrivent les circonstances. »
Si ce comité montrait quelque tiédeur, il n'en était pas de même du district. A m séance du 44 décembre, un des membres représenta « que, par l'arrêté des représentants Pelletier et Besson, tout exercice public de culte quelconque était prohibé, à cause du coupable abus qu'en faisaient les ministres des cultes , qui ne s'en servaient que pour égarer le peuple, l'attacher à ses sots préjugés et lui faire con* cevoir de l'aversion pour le culte de la Raison, seul cultef cependant qui convînt à un peuple éclairé, et le seul capable aussi d'assurer le bonheur de tous en multipliant les vertus ; qu'en exécution de cet arrêté, plusieurs ministres des cultes avBient démissionné ; que d'autres, plus opiniâtres, voûtent' lutter contre l'empire de la raison, avaient osé continuer leurs fonctions comme par le passé, ce qui avait forcé l'admi*
44S CHAPITME LUI.
nisiration à les poursuivre a?ec le glaive de la loi ; que déjà trois d'entre eux avaient été arrêtés et traduits devant les tribunaux ; mais qu'il s'en trouvait encore plusieurs qui, quoique secrètement, continuaient toujours leurs fonctions, ce qui causait du mécontentement dans les communes qui avaient encore la faiblesse de regretter leurs anciens ministres ; qu'il fallait ici une uniformité complète ; que c'était là le seul moyen de maintenir la paix et la tranquillité dans ce ressort. Sur quoi, le conseO général du district arrêta qu'on ordre exprès serait envoyé à tous les gendarmes pour faire saisir les ministres de tout culte quelconque qui, n'ayant pas démissionné depuis le 30 brumaire, seraient encore trouvés dans leurs ci-devant presbytères ou paroisses, quand même ils auraient cessé, dès le 30 brumaire, leurs rassemblements fanatiques; pour les faire conduire dans la maison d'arrêt de Doubs-Marat et ensuite les faire transporter à celle de Besancon, à l'effet d'être traduits devant les tribunaux et jugés avec la sévérité des lois, qu'ils bravaient avec tant d'audace; l'administration voulant que tous ces êtres dangereux fussent arrachés du milieu des peuples, de la confiance desquels ils avaient tant abusé, dans la crainte bien fondée qu'ils n'en abusassent encore ; que cet arrêté serait envojé à toutes les brigades de gendarmerie, avec la note des lieux soupçonnés de conserver encore de ces pestes publiques, avec injonction de s'y transporter sans délai, pour vaquer à l'exécution prompte et sévère d'une juesure nécessitée par le bien général, o
Les gendarmes se mirent en campagne dès le lendemain, et la première victime amenée au district fut un ministre luthérien. Le même jour, « le conseil, informé, dit le secrétaire du district, qu'un rassemblement de fanatiques s'était formé dans la ci-devant chapelle du Mont, sur le territoire même de Doubs-Marat, et que, d'après le bruit public, des êtres dangereux, des prêtres peut-être, échauffaient les esprits et se vouaient à des œuvres de ténèbres qui pouvaient compromettre la sûreté pubUque, arrêta que Faivre, l'un de ses membres, s'y rendrait avec la force armée, pour faire saisir ces perturbateurs du repos pubhc et les faire punir suivant
la rigueur des lois. 11 lui était expressément recommandé de faire observer par sa troupe la plus exacte discipline, pour que tout se Gt sans trouble et cependant avec la fermeté qui convenait aux surveillants du peuple. » Faivre courut remplir une mission si conforme à ses sentiments ; et, de retour avant la fin de la séance^ il exposa « qu'il s'était transporté à la chapelle du Mont avec la gendarmerie et quelques gardes nationaux affidés, après avoir pris secrètement toutes les précautions requises en pareil cas ; mais qu'il n'avait trouvé à Tendroit indiqué qu'un jeune homme de dix-sept ans, notoirement connu pour imbécile, et occupé, suivant sa coutume, à réciter ses anciennes prières et à faire le prédicateur. Les gendarmes l'ayant questionné et même menacé, pour voir s'il ne révélerait rien, ce jeune homme, d'abord effrayé, avait dit : // s'est caché; puis, sur la demande qui lui avait été faite de qui il parlait et où il s'était caché, il avait répondu : Si vous me faites parler, je dirai des mensonges; et à l'instant même il s'était mis à pleurer. Ënfin^ après avoir fait toutes les recherches nécessaires en ce Ueu, on n'avait rien pu découvrir. »
Le lendemain, le district fut plus heureux; les gendarmes Paget et Moulet, de la brigade de Damprichard^ lui amenèrent deux prêtres constitutionnels : J.-B. Guillemin, intrus à Mont-de-Vougney, et £t.-Modeste Besançon, le spirituel écrivain, intrus à Frambouhans. Le premier déclara qu'il était âgé de trente-quatre ans, originaire de la Chenalotte et domicilié depuis 1784 à Mont-de-Yougney, où il avait cessé ses fonctions le 8 du mois de frimaire courant ; qu'il en avait pris acte le surlendemain, comme le constatait un extrait du registre municipal , portant « qu'il déclarait cesser ses fonctions, vu que l'esprit pubhc semblait en demander pour le moment la cessation. » Le président lui ayant demandé « pourquoi il avait tardé si longtemps à prendre ce parti, que semblaient nécessiter l'empire des lumières et la marche rapide de la nation du côté de la raison, et s'il avait eu connaissance de l'arrêté des représentants Besson et Pelletier, » il répondit u qu'il aurait désiré pouvoir faire sa démissioû plus tôt, mais qu'il n'avait continué ses fonctions jusqu'alors,