‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 38 sur 59 · VI · texte numérisé non relu

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qoe sur les instances de sa monicipalité, et dans la crainte d'oecasionner qnelqaes troubles ; qull n'avait en connaissance certaine de Tarrèté qae le 15 oa le 16 du mois courant, par la publication qui en avait été faite ce jonr-là^ mais qu'il en avait appris quelque diose par la voix publique, dès le 10 ; ce qui l'avait engagé aussitôt à la retraite. » Effectivement, lorsque les gendarmes étaient venus le saisir au presbytère, il avait cessé toutes fonctions depuis plusieurs jours ; mais les gendarmes ayant entendu tinter YAngehu du soir, l'en avaient rendu responsable, malgré toutes ses protestations et les témoignages les plus formels du maire de la commune. Besançon, interrogé ensuite, « répcMidit qu'il était âgé de soixante-cinq ans, originaire de Malche et domicilié à Framboobans depuis neuf mois; qu'il avait cessé ses fonctions depuis le 10 du mois courant, ayant eu connaissance^ alors seulement, et par la voix publique, de l'arrêté de Besson ; qu'il avait pris acte de la cessation de ses fonctions et l'avait envoyé an directoire; qu'il avait continué son mim'stère jusqu'à cette époque, parce qu'il ne connaissait aucune loi qui l'en empêchât, et que le vœu général de ses paroissiens était qu'il le continuât ; qu'une loi très récente ayant déclaré que les secours accordés aux ministres du culte démissionnaires étaient également applicables à ceux qui continuaient encore leurs fonctions, il avait eu lieu de croire que l'exercice du culte pour ceux qui désiraient le continuer était encore sous la protection bienfaisante des lois ; qu'on avait parlé de lui au représentant Pelletier à son passage à Frambouhans, le 90 du mois courant, et que ce représentant lui avait simplement ordonné d'avoir à évacuer le ci-devant presbytère, dans le cours de la décade, ordre qu'il s'était empressé d'exécuter. »

En dépit de ces explications si nettes et si satisfaisantes, et au mépris de tous les principes de la justice , le district déclara « que l'arrêté du 30 brumaire portait textuellement que tous les ministres du culte qui seraient trouvés par cet arrêté fonctionnant encore seraient traduits devant les tribunaux ; que de l'aveu même des deux prévenus, ils avaient continué les fonctions de leur culte postérieurement à cette

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date, puisqu'ils ne les avaient cessées que le 8 ou le 10 du mois courant ; que, quoiqu'ils n'eussent pas eu connaissance officielle de l'arrêté avant la cessation de leurs fonctions, ils avouaient cependant en avoir entendu parler par la voix publique ; que l'acte de cessation de fonctions présenté par GitÛlemin n'était pas signé de lui, et qu'il était d'ailleurs conçu de manière à déceler les mauvaises dispositions de son es> prit au sujet de l'arrêté du 30 brumaire, qu'il semblait ne regarderque comme une loi du moment, destinée à être bientôt levée, suivant ses espérances chimériques; que Besançon s'était montré également opini&ire dans l'exercice de ses fonctions, et que l'arrêté des représentants, quoique envoyé officiellement dans les communes du ressort le 12 du mois courant seulement, était déjà rendu public par le cri général ; que c'était à une semblable opiniâtreté qu'on devait attribuer tous les maux dont le fanatisme avait menacé le pays et 1ô menaçait encore ; qu'il était urgent d'arracber enfin jusqu'au dernier brandon de discorde, du sein des braves habitants des montagnes ; et qu'en conséquence, Guillemin et Besançon seraient traduits sur-le-ch)Bimp dans la maison d'arrêt du district, pour être ensuite transférés à Besançon et jugés. » Les deux prévenus demeurèrent incarcérés à Saint-Hippolyte jusqu'au 25 ou 26 décembre. Ayant appris, qu'ils devaient être transférés incessamment au tribunal criminel, le malheureux Besançon crut devoir faire appel à la justice ou à la pitié de Pelletier, et dans une supplique touchante, il lui représenta qu'il avait cessé ses fonctions trois jours avant l'arrivée de l'arrêté, et dix jours avant sa publication ; que le représentant lui*même, en passant à Frambouhans, s'était assuré qu'il ne fonctionnait plus et s'était borné à dire aux officiers municipaux : « Dites au citoyen Besançon de se retirer dans le cours de la décade, sans quoi il sera arrêté. )> Qu'ensuite de cet ordre, il avait fait ses malles, et quela moitié de ses bagages étaient déjà partis, et qu'il allait partir avec le reste, lorsqu'on l'avait arrêté. Il ajoutait à tous les motifs qu'il avait eus de continuer son ministère jusqu'à cette époque, la déclaration expresse faite par le représentant Lejeune^ qu'à raison de l'attachement manifesté par le peuple des

montagnes pour leur culte, il regarderait comme conspirateur tout prêtre qui quitterait ses fonctions sans Taveu de sa municipalité. En finissant, il suppliait le proconsul de le traiter aussi favorablement que plusieurs autres ministres du culte qui étaient dans la même position, notamment Texcuré du Luhier, ce qui serait d'autant plus juste qu'il avait été un des plus zélés républicains ; qu'il n'avait pas cessé de prêcher l'obéissance aux lois ; qu'il avait retenu un grand nombre d'individus disposés à émigrer; et enfin que, par ses écrits connus, il avait travaillé à la Révolution même avant qu'elle existât. 11 demandait qu'on voulût bien au moins le traduire directement devant le juge de paix, sans l'envoyer préalablement et inutilement à Besançon, ce qui épargnerait au moins deux journées de marche à un pauvre vieillard tout éclopé et blessé par les marches qu'on lui avait déjà fait faire. Cette requête n'eut aucun résultat ; et le 27 décembre on voit le vieillard, traîné à Besançon , adresser encore, de la maison de justice, un nouveau recours en grâce à l'accusateur public.

Le 17 décembre, les gendarmes amenèrent encore au district un prêtre qui déclara s'appeler P.-Paul Emonin, né à Belleherbe, et ancien vicaire de cette commune. Il ajouta qu'il n'avait pas eu connaissance d'une loi du 14 frimaire an n, interdisant l'exercice du culte ; que néanmoins il avait cessé ses fonctions depuis deux mois, sans toutefois en avoir fait une déclaration, qu'il jugeait inutile; qu'il vivait retiré aux granges de la Violette , et que son intention était d'y cultiver avec ses frères. Il affirma, sur la demande insistante du président, a qu'il n'exerçait plus d'aucune manière le cidevant culte superstitieux, ni publiquement, ni secrètement, t Le district déclara qu'à raison de son âge déjà avancé, de sa bonhomie et du certificat de l'agent national de la commune, attestant à la fois son civisme constant et la cessation de ses fonctions depuis deux mois , il ne serait pas incarcéré, mais qu'il demeurerait jusqu'à nouvel ordre chez ses frères, sous la surveillance de la municipalité.

Le lendemain, la gendarmerie de Dambelin amena au district Guill. Paget, curé de Goux, âgé de soixante-dix ans,

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qui répondit, à juste titre, n'avoir eu aucune connaissance d'une loi du 14 frimaire ami, interdisant l'exercice du culte, et avoir cessé ses fonctions aussitôt qu'il avait entendu parler de l'arrêté des représentants.

Q. Pour quel motif, lui demanda le président, n'as-tu pas cessé plus tôt tes fonctions ?

R: Parce que les officiers municipaux de ma commune m'ont pressé de les continuer et que je ne croyais pas aller contre les lois.

Q. As-tu consigné ta démission sur le registre de la commune?

R. J'ai déclaré par écrit que je me démettais de toutes fonctions pastorales.

Q. Que te proposes-tu de faire ayant cessé tes fonctions ?

R. Vivre en honnête homme et en bon patriote, comme je l'ai toujours fait.

Le district n'en décida pas moins que le prévenu n'ayant cessé ses fonctions que dans le mois courant^ et l'arrêté du 30 brumaire portant formellement que tous les prêtres encore en fonctions ce jour-là seraient traduits au tribunal t criminel, Paget, qui se trouvait dans ce cas, serait incarcéré sur-le-champ et transféré dans les prisons de Besançon.

Toutes ces arrestations avaient profondément affligé les chrétiens constitutionnels et démocrates des montagnes, mais sans les faire sortir d'une soumission silencieuse. Il n'en fut pas de même de l'arrestation de Gl.-F.-Maurice Vernerey, intrus de Laval et Luhier, ex-vicaire épiscopal du Jura, qui, par ses talents et son ardeur révolutionnaire, était devenu l'un des principaux chefs de ce parti. Lors des premières poursuites du district contre les prêtres restés en place, il avait été signalé comme l'un des plus influents; et Roland, président du département, écrivait le 30 août à l'agent national du district : « Je suis informé que le nommé Vernerey, prêtre , demeurant au Luhier , fait des rassemblements ^ dangereux , dans lesquels il prêche le fanatisme, et que cet ^ homme devient dangereux pour la chose publique. Jeté prie de le surveiller, de prendre des informations exactes à son égard et même de le faire arrêter si le cas y échet. » Pour se

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mettre à couvert, Veraerey cessa de célébrer solennellement les offices du dimanche. La population patriote du Luhier s*en émut, et, le 25 octobre, dans une assemblée générale, elle déclara « qu'elle entendait continuer de jouir, comme par le passé, du libre exercice de son culte, en vertu des droits imprescriptibles de Thomme et même des lois révolutionnaires , et qu'en conséquence , le curé serait invité à continuer de célébrer tous les offices accoutumés, les dimanches et jours de fôtes chômés par les catholiques. » Fort de cette adhésion aussi générale qu'authentique, Vernerey continuait paisiblement son ministère au milieu de ses chauds jacobins, presque aussi ardents chrétiens , lorsque, le 16 novembre, une nouvelle dénonciation fut remise contre lui à Pelletier, par Receveur, gendarme à Pontarlier , où le représentant se trouvait lui-même en ce moment. Quatre jours après. Pelletier lança contre Vernerey un mandat qui enjoignait à la gendarmerie de Pontarlier de le saisir , de le mettre en arrestation et déposer les scellés sur tous sespa^ picrs. Les gendarmes Visteaux, Blussaud, etc., se mirent à sa poursuite, et, le 30 novembre, il comparut devant le comité révolutionnaire de Saint-Hippolyte.

Après avoir déclaré qu'il était âgé de trente-deux ans, originaire du Luhier, curé élu et secrétaire greffier de la municipalité, il répondit ainsi aux questions du président :

Q. N'as-tu pas quitté tes fonctions?

R. Hier, un particulier m'ayant communiqué l'arrêté des représentants qui ferme toutes les églises du Doubs et du Jura, aussitôt que j'en ai en connaissance, je me suis transporté à la municipalité, bien que l'arrêté ne fût pas encore publié, et je déclarai aux officiers municipaux que dès l'instant môme je cessais mes fonctions. Voici un extrait de cet acte, signé par Guyot, commis-greffier.

Q. N'assistait-il pas à tes offices un grand nombre d'étrangers et ne s'y faisait-il pas de grands rassemblements?

R. Il y a environ trois ou quatre mois, plusieurs éghses du district d'Ornans, voisines du Luhier, ayant été fermées , je m'aperçus pendant deux ou trois dimanches que plusieurs étrangers assistaient à mes offices ; dans la crainte qu'il ne

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s'ensuivit des troubles , je âemaodai à la municipalité de prendre un arrêté pour inviter les étrangers à n'y plus veair; je pubUai moi-même cet arrêté en chaire , et je fus requis par la municipalité de dire la messe à l'avenir dès les six heures du matin pour achever d'éloigner ces étrangers. Le lendemain de la clôture de l'église du Russey, j'ai invité l'ex-curé Jeanmonnot à défendre à ses concitoyens de venir à mes offices, et enfin, après plusieurs invitations de ce genre^ je ne me suis plus aperçu d'aucun rassemblement de personnes étrangères.

Q. De quoi entretenais-tu tes paroissiens dans les discours que tu leur faisais, à la ci-devant église ?

R. Depuis le passage du représentant Lejeune dans ce district , je ne leur ai point fait d'autre discours que sur un livre , sur des sujets de morale, et non sur le dogme catholique.

Q. N'as-tu pas dit à tes paroissiens que les opinions étaient libres et que le culte catholique pouvait s'exercer publiquement?

R. Je n'ai jamais tenu de pareils propos devant une assemblée quelconque : cependant il peut se faire que j'aie dit à quelques particuliers que je ne connaissais aucun décret qui interdit le culte catholique ; que tant que la municipaUté ne me défendrait pas de continuer mes fonctions, je ne me croyais pas fondé à les cesser ; et enfin que, tant que je ne verrais pas un ordre émané des représentants du peuple ou d'une autorité quelconque, je ne pourrais séamment quitter mes fonctions. J'ai manifesté mes sentiments dès le 7 germinal^ à la séance de la Société populaire du Luhier, en représentant que certaines communes parlaient fort mal à propos de s'opposer à la clôture de leurs églises, et que dans le cas où un ordre émané de la Convention ou du représentant du peuple viendrait à le prescrire , on devait s'y soumettre sans résistance. Je me rappelle qu'au commencement de rhiver dernier, je fus invité par quelques membres- du département à faire un discours, afin de rassurer le peuple sur la liberté des cultes et d'empêcher la fermentation qu'on craignait.

Q. N'as-tu jamais dit à tes concitoyens que la religion catholique était perdue et qu'il fallait la soutenir?

R. Non. Je puis avoir dit que je n'étais pas du culte de la Raison, que je n'abjurais pas ma religion et qu'on ne devait pas s'embarrasser de ceux qui Tabjuraient.

Q. Depuis le supplice de l'infâme Robespierre, n'as-tu pas dit dans une assemblée que la religion allait reprendre vi* gueur, que ce n'était que ce tyran qui l'avait avilie ?

R. Je n'ai jamais tenu ces propos en public; cependant je puis l'avoir dit à quelques particuliers , parce que je n'ai jamais cru que ce mouvement, qui paraissait forcé, était selon les principes manifestés parla Convention, mais bien selon ceux du tyran Robespierre. Loin d'avoir eu aucune mauvaise intention en tenant ces propos^ j'y témoignais la crainte que ce tyran n'ait accéléré peut-être , par des violences soufQées secrètement, la destruction du catholicisme pour monter les esprits contre la Convention, qu'il se proposait d'égorger.

Q. N'as-tu pas sollicité ta municipalité à te faire des réquisitions pour continuer tes fonctions ?

R. Non. Seulement j'ai dit aux membres de la municipalité que, puisqu'ils voulaient que je continuasse mes fonctions, ils devaient prendre des précautions pour me mettre à l'abri de tout risque; mais qu'au surplus^ ils me rendraient un grand service, tant pour le spirituel que pour le temporel^ s'ils fermaient leur église.

Lecture faite de cet interrogatoire, l'abbé Vernerey déclara qu'il le reconnaissait exact et le signa. Le comité arrêta aussitôt (( que ce n'était pas sans motif qu'il existait des plaintes contre Vernerey, puisqu'il avait exercé ses fonctions de prêtre jusqu'au moment de son arrestation , comme il en faisait l'aveu ; qu'il avouait même avoir dit qu'il n'était pas du culte de la Raison , et qu'il n'abjurait point sa reUgion ; que, d'un autre côté, l'arrêté des représentants, quoique non encore publié en ce moment, portait ces mots : Les prêtres, et tous autres particuliers qui exercent ou exerceront publiquement un culte quelconque, seront mis en état (Tarresta" tion; que^ d'ailleurs^ tous les rassemblements pour l'exercice

d'au culte quelcouque se trouvaieut proscrits par la loi du 14 frimaire au ii (coutre les rassemblemeuts aristocratiques); qu'en conséquence, Vemerey resterait provisoirement en arrestation ; qu'il serait pris incessamment des renseignements sur sa conduite, et qu'à cet efiet deux membres du comité, Petit et Flajoulot, se transporteraient au Luhier et dans les communes environnantes. >

Le 3 décembre, les patriotes furent appelés par les deux commissaires à venir déposer pour ou contre Vernerey. Alexis-Théophile Jeanmonnot, ex-prëtre, ofîicier municipal au Russej, déclara « que Vernerey avait toujours montré son horreur pour le fanatisme, même avant la Révolution ; qu'il avait condamné les pratiques superstitieuses en usage dans les montagnes, telles que celles du soi-disant couvent des Fontenelles; que ses discours ne contenaient que la pure morale républicaine, et qu'au moment où lui, témoin, avait cessé ses fonctions de curé au Russey, Vernerey lui avait recommandé à plusieurs reprises de détourner les gens du Russey d'aller aux offices du Luhier; que Vernerey, ap* pelé pour administrer les sacrements à des mourants au Russey^ s'y était constamment refusé ; qu'il avait même refusé le baptême à des enfants qui lui étaient présentés, et qu'il avait dit qu'aussitôt qu'une loi ou une autorité quelconque lui ordonnerait la cessation de ses fonctions, il lui obéirait sur-le-champ. «

Arnoux, maire de Mémont, attesta qu'il avait toujours connu Vernerey pour un vrai sans-culotte. Burgerey, maire de Bonnétage, ajouta au même témoignage^ que, lorsque Blanchard, curé de Bonnétage, avait été mis en prison, Vernerey avait pris des mesures pour que les gens de cette commune ne vinssent pointa ses offices. J.-Gl. Vaufrey, maire de Mont-de-Laval, déclara « que loin de chercher à propager le fanatisme, Vernerey avait fait toutes les démarches pour en détruire les signes extérieurs^ notamment pour les croix des clochers de Mont-de- Laval et du Luhier. »

P. -F. Arnoux^ agent national de la même commune, ajouta (( que dans la journée du 6 septembre 1793, Vernerey avait été le premier à poursuivre les brigands delà petite

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Vendée^ à racourager les sans-culottes et à leur indiquer tous les moyens pour couper la correspondance de ces brigands.» •^ Alexis Filsjean, notable de Mont-de-Laval, déclara u qu'il y avait environ quatre mois, Yemerey avait dit, à la Société populaire du Luhier, qu'il fallait enlever tous les signes ex» teneurs du culte, et qu'il avait engagé les pères et mères i envoyer leurs enfants à la nouvelle forme d'instruction éta* blie par la Convention. » J.-Gl. Peseux, adjoint aux adjudants généraux de la sixième division de l'armée du Rhin, déclara que, pendant qu'il était de service pour accompagner Lejeune, Yernerey était allé au Russey ofijrir un ouvrage manuscrit à ce représentant, qui en avait pris connais* sance et avait dit à Yemerey qu'il ferait bien d'imprimer et propager cet ouvrage ; que cet ouvrage était un traité de morale républicaine dont il se servait pour instruire les ci* toyens à ses ofGces ; que Lejeune avait dit à Yemerey qu'il pouvait continuer ses fonctions jusqu'à nouvel ordre, à condition de rester dans les mêmes principes ; qu'étant à dtner à Maiche, Lejeune avait dit : « Si tous les prêtres étaient dans les principes de Yernerey, ce serait un grand bien pour les montagnes. » Peseux ajouta « qu'étant chargé lui-même, par un vieillard malade du BéUeu, d'inviter Yemerey à aller lui administrer les ci-devant sacrements, suivant l'andenne coutume , Yemerey lui avait répondu qu'il ne pouvait pas administrer hors de sa commune ; que, d'ailleurs, toutes ces formalités devaient se perdre , et qu'il ne continuait ses fonctions que sur l'invitation que lui en faiâlaient continuellement ses paroissiens. »

La municipalité de Montbéliardot déclara que dès le moment où l'on s'était aperçu que la majorité du peuple français était pour l'interdiction du culte, Yemerey s'était interdit lui-même toute instruction, tout catéchisme, et s'en était tenu à des discours de morale; que dès le 7 germinal ('27 mars), il avait manifesté son mécontentement de ce que plusieurs individus parlaient de s'opposer à la clôture de l'église, et qu'il n'avait continué ses fonctions que parce qu'elle l'avait requis de le faire ; qu'il avait été le premier debout, le 6 septembre 4793, ou même dans des occasions

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moios critiques, et qu'il avait passé des nuits entières au bivouac avec la garde nationale. Barbe-Judith Roy, institutrice au Luhier, déclara enfin qu'elle avait été instruite paî Vernerey, et que toutes les fois qu'il avait paru à l'école, il n'y avait jamais parlé d'opinions religieuses.

Le commissaire Petit, en reproduisant tous ces témoi-^ gnages dans son rapport, le 7 décembre, fit observer qu'ils émanaient de fonctionnaires patriotes, auxquels on devait avoir une confiance entière, et qui tous rendaient le plus grand hommage au civisme de Yemerey. Le comité n'en déclara pas moins « que la loi du 44 frimaire, sur l'établiS'sement du gouvernement révolutionnaire, lui défendait de mettre en liberté un citoyen placé sous le coup d'un mandat d'arrêt par une autorité supérieure ; que cependant, pat égard pour les instances des Sociétés populaires du Russey et du Luhier, qui réclamaient le prévenu, non comme prêtre puisqu'il avait démissionné, mais comme un citoyen qui avait constamment rendu des services à la république, par^^ ticiilièrement par son ardeur à encourager les gardes nationales à terrasser les fanatiques vendéens, par égard aussi pour la faiblesse de sa santé constatée par certificat du médecin Parent, Vernerey demeurerait provisoirement consi* gué à Doubs-Marat, sous la caution de J.-B. Maillot et de Ch.-F. -Maurice Arnoux, du Luhier, à charge de se présenter deux fois par jour au comité, c'est-à-dire à chacune de ses séances ; et que les pièces seraient envoyées au représentant Pelletier, qui statuerait. »

Pelletier, étant arrivé sur ces entrefaites à Saint-Hippolyte, se montra fort mécontent de l'indulgence du comité et du district, et le 8 décembre, il fit écrouer Vernerey dans la maison d'arrêt. Cette mesure de rigueur, attribuée à tort au district, causa une grande irritation au Luhier et dans les alentours. Le 12 novembi^, la municipaUté et le club du Russey écrivirent avec une vivacité laconique au district : <( Nous vous avons adressé notre avis sur le civisme et la moralité du citoyen Vernerey ; quel fond le district fait-il donc de notre témoignage et de notre patriotisme? *— Ch. Renaud, agent national; N.-A. Pigot, maire, etc. » Le dis-

trict s'empressa de répondre : « Citoyens frères, le titre que Vernerey portait autrefois ne saurait être un motif de proscription contre lui, dès qu'il pourra prouver que la loi a toujours été son guide sacré et qu'il n'a pas cherché à se raidir contre elle. Le district regarde les patriotes du Russey comme des amis sincères de la liberté. — Diény, etc. »

Mais, tout en donnant ce témoignage consolant aux amis de Vernerey, le district était encore plus jaloux de ne pas encourir les reproches du proconsul. Le lendemain, J.-B. Mercier, l'un de ses membres, ayant fait observer que Pelletier s'était montré trop mécontent, pour qu'on négligeât plus longtemps de sévir contre Tex-curé du Luhier, le district décida à l'unanimité que Vernerey serait immédiatement transféré par la gendarmerie dans les prisons de Besançon pour y être jugé.

Pendant que le prêtre jacobin s'acheminait vers ce nouveau lieu de détention, ses amis, les clubistes des montagnes, s'adressaient directement à Pelletier pour obtenir son élargissement. Leur nombre, leur importance révolutionnaire et l'énergie de leurs réclamations imposèrent au proconsul, qui prit, le 20 décembre, l'arrêté suivant : « Instruit que le nommé Vernerey, ci-devant curé de Laval, a donné des preuves d'attachement à la Révolution ; qu'il a , en sa qualité de ministre d'un culte, propagé les principes républicains, maintenu la paix et l'amour des lois dans le lieu où il exerçait ci-devant ses fonctions , ce qui est attesté par les témoignages des patriotes bien connus et de plusieurs Sociétés populaires; considérant que les torts qu'il a eus paraissent être involontaires et qu'il a pu les expier par une détention de quelques jours, nous arrêtons qu'il sera mis en liberté, à charge de se représenter lorsqu'il en sera requis» et qu'il demeurera sous la surveillance des autorités constituées. Les scellés seront levés à son domicile. » Vernerey, revenu triomphant au Luhier, écrivit, le 24- décembre, à Baveux, agent national du district : « Pelletier a ordonné ma mise en liberté la veille de mon arrivée à Besançon et t'a chargé de son exécution, parce qu'il me croyait encore détenu à Doubs-Marat. C'est le citoyen Couchery, agent national de

la commune de Besançon, qui a procédé à mon élargissement. Je te prie de faire procéder à la levée des scellés posés sur mes effets. »

Vingt ans après, Vemerey, dont l'archevêque Lecoz avait voulu faire un directeur du séminaire, fut accusé, dans un écrit religieux, d'avoir livré ses lettres de prêtrise. Il s'en défendit ainsi, dans une brochure intitulée *. Défi public à la calomnie f où ses souvenirs ne se montrent pas extrêmement fidèles : « Je refusai quatre fois aux sommations de l'autorité : 1** de me déclarer pour le culte de la Raison ; 2« de remettre mes lettres de prêtrise ; 3^ d'abdiquer sans tradition de lettres; 4^ enfin de cesser simplement mes fonctions, ce qui me procura la prison. Interrogé par le comité révolutionnaire sur ce que je pensais de la Raison, je dictai et signai la réponse suivante: « J'ai toujours regardé le culte delà )) Raison comme la souveraine déraison , et je veux vivre et » mourir sincèrement attaché à la religion catholique, apos- )) tolique et romaine, dont la divinité est appuyée sur des » preuves irréfragables. » Irrité de cette réponse, le président me fit resserrer plus étroitement et promit à moi-même de me faire bientôt ôter ma déraison, en m'envoyant sous le couteau de la guillotine à Paris. 11 difiera, et déjà on s'occupait de rendre la liberté aux cultes , et dans le temps même que j'étais en route pour être transféré des prisons de Saint-Hippolyte à celle de Besançon, il préféra prononcer ma mise en liberté. Comment auraishje pu remettre mes lettres de prêtrise, puisque plus de dix mois auparavant, dès la première annonce de la formation d'une armée révolutionnaire , j'avais eu le soin de les confier à Jeanne-Marie Sancey, du Luhier, chez qui je les croyais à l'abri des recherches de cette armée. »

XXY. Ce n'étaient pas seulement les malheureux débris de l'église constitutionnelle qui étaient poursuivis avec cette violence tyrannique ; les luthériens n'étaient pas plus épargnés ; et leurs ministres , après avoir eu, comme ceux du schisme, à subir la persécution hypocrite des abdications wlontaires^ obtenaient la même égs^té dans les prisons.

Le 26 août , le district de Saint-Hippolyte adressa au dé-

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partement le tableau suivant des paroisses protestantes et des pasteurs en fonction ou déjà démissionnaires dans son ressort.

H Blamont, Kilg, Georges-Louis, modéré, suppléé par Vetzel, de Montbéliard, très modéré.

» Hérimonamrt. Desservi par Parrot, d'Abévillers , dans le district de Montbéliard, aristocrate très fanatique.

» Afontéchervux. Cuvier, Louis-Christophe, modéré.

» Roches-lez-Blamont. Diény, Georges*Frédéric, juge de paix, excellent patriote.

» Saxnt-Maurice^sur'le'Doubs. Goguel, Ch.-Fréd., modéré.

» Seloneourt Fallot, DenisrFréd.,très patriote.

» Vandoncourt Perdrizet, Jac.-Christopbe , modéré.

» Villars-kz'Blamont. Fallot, Georges-Fréd., très patriote. »

Jusqu'au 9 thermidor, on n'avait eu encore i déj^c^rer qu'une seule défection dans ce petit groupe de ministres. Le 31 juillet, Fallot, pasteur à Villars, avait déclaré devant sa municipalité « qu'il renonçait entièrement à ses fonctions pour s'occuper, conformément au vœu delà municipalité, à propager les principes de la Révolution , et à faire, chaque décade, des discours tendants à porter les esprits à la hauteur des circonstances. »

Le 6 août, Fallot , pasteur à Seloncourt, écrivit au district: « Le i5 thermidor courant, les citoyens Monnot et Berceot, vos commissaires pour le canton de Blamont, sont venus dans cette commune pour vérifier sa situation. Ayant assisté, en ma qualité d'officier municipal, à leurs opérations, ils m'ont enjoint de me conformer au vœu général en cessant toutes fonctions religieuses. Cette intimation a été de suite ma règle de conduite. Un bon républicain, qui n'a jamais connu de devoir plus sacré que celui d'obéir à la loi, pense qu'il ne lui suffit pas d'étro suspendu, mais qu'il est encore indispensable qu'une renonciation de sa part éclate aux yeux de ses concitoyens. Je demande donc que ma démission soit transcrite sur les registres, et je promets d'enseigner les sublimes vertus qui découlent de notre régénération. Je prie enfin le directoire de faire en sorte que je

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puisse jouir de la pension accordée par la loi aux ministres d'un culte quelconque qui auront abdiqué. »

Le il août, Diény, ministre du saint Evangile à Roches, se présenta au district et dit <( qu'il cessait les fonctions de ministre du culte, ensuite des principes philanthropiques et républicains qui l'avaient toujours animé , même dans le cours de ses études; qu'il continuerait à remplir avec zèle et intégrité ses fonctions de juge de paix jusqu*à l'entier triomphe de la liberté sur les despotes, et qu'ensuite son inclination serait de se livrer à l'enseignement de la grammaire, de l'histoire, de la morale du cœur, de la morale sociale, de la physique, etc. » Pour se conformer à ce beau langage, le secrétaire du district data cette déclaration « du %4 thermidor, deuxième année de la république une , indivisible, démocratique et philosophique. » Quelques jours après, le philanthrope Diény était nommé président du district.

Magnin-Tochot et ses collègues, pour qui une simple et silencieuse abdication n'était qu'un demi-triomphe, écri* virent le même jour au citoyen Kilg, ministre à Blamont : « On nous a dit que tu avais quitté tes fonctions ecclésiastiques, et nous ne le savons pas authentiquement. Tu vou* dras bien nous expUquer positivement ce qu'il en est. » Le i4 août, Kilg vint, en conséquence , déclarer au district qu'il avait quitté ses fonctions depuis deux ans, ayant été ab^ sorbe par les travaux de l'administration, et que son vœu était de n'être plus qu'un simple cultivateur.

Perdrizet, ministre à Vandoncourt , avait été plus fidèle à sa vocation, et il avait même mérité d'être dénoncé en ces termes honorables , le SO juillet, à l'agent national du dis* trict de MontbéUard, par Péchin, l'un des municipaux de Dasle :

« Tu demandes, dans une lettre adressée à la municipalité, pourquoi les fêtes décadaires ne se font pas dans les campagnes, voici la réponse. Tant que le dernier prêtre ne sera pas pendu après le dernier boyau du dernier roi, la république ne parviendra pas à ce degré de perfection que demande l'âme de l'honmie libre, et qui est le but de toutes les actions des sans-cukrttes révolutionnaires. ïl y a à Vandoncourt un

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prêtre nommé Perdnzet, qm vient ici tous les dimanches, vieux style, prêcher le fanatisme. Le 25 messidor dernier, je fus amené par un accident au temple de Dasle, et voici ce qu'il prêcha en ma présence : « Jésus-Christ est véritable- » ment le Fils de Dieu, et tous ceux qui le renient sont I) des scélérats. Si vous écoutez de pareilles gens, vous re- )> tomberez dans le paganisme. Ceux qui renient Jésus- » Christ sont de mauvaises gens qui s'adonnent à une vaine » philosophie. Ils renient l'existence de Dieu, du paradis, » de l'enfer, ainsi que l'immortalité de l'âme. Mais vous , » chers paroissiens, écoutez Jésus : il vous raffermira. N'é- » coûtez pas ces infâmes imposteurs qui voudraient vous dé- » tourner de la vérité. S'ils prospèrent , ces méchants, pen- » dant que vous êtes dans le deuil, ne perdez pas courage, » de ce que vous les voyez prospérer. Humiliez-vous toujours » et croyez fermement que ce Jésus-Christ, que ces infâmes » voulaient persécuter, vous déUvrera. » Ce même prêtre a un fils qui apprend depuis trois ans Finfâme métier de son père dans le Wurtemberg, et qui doit être regardé comme un émigré, puisqu'il est de la première réquisition et natif d'un endroit qui était toujours à la France. Qu'espères-tu d'une commune qui est contrainte par la coutume à écouter tous les huit jours un pareil scélérat ? Je n'aurai pas besoin de te provoquer à prendre les mesures nécessaires pour éloigner un homme si dangereux pour l'esprit pubhc. »

L'avocat Petitcolas, de Besançon, en ce moment agent national du district de MontbéUard, sous le nom de Pury, s'empressa de transmettre cette lettre à son collègue de Saint-Hippolyte, en ajoutant : « Tu applaudiras sans doute, comme moi, à l'énergie de ce campagnard qui ose me dénoncer les jérémiades anti-civiques du prêtre Perdrizet. Cet homme est domicilié dans ton ressort^ et il doit t'en revenir l'honneur de mettre un terme à ses prophéties contre-révolutionnaires. Je compte sur toi, citoyen, pour suivre cette ' affaire; elle te compète, surtout parce que Thomme de Dieu a un fils émigré , ce qui te mettra bien plus à l'aise pour les mesures à prendre. Il est bien certain, suivant moi, que tant qu'on laissera respirer l'aristocratie reUgieuse, comme l'aris-

tocratie civile, Tesprit public montera difficilement à la hauteur républicaine. Tuons impitoyablement le fanatisme^ comme nous avons tué le despotisme, et rien ne nous arrêtera plus dans notre marche. Balut très fraternel. — Pury. »

Un mandat d'amener fut aussitôt lancé contre le ministre Perdrizet, qui comparut , le 25 août, devant le district. L'a* gent national lui demanda s'il n'était pas allé prêcher à Dasle et s'il n'y avait pas débité des maximes séditieuses et tendantes à propager le fanatisme ; s'il n'avait pas dit notamment que tous ceux qui reniaient Jésus-Christ pour être le Fils de Dieu étaient des scélérats ; que si on les écoutait, on retomberait dans le paganisme, etc.; s'il n'avait pas excité ses paroissiens à ne point écouter ceux qu'il appelait des infâmes imposteurs ; si^ enfin^ il ne leur avait pas prêché l'intolérance, soit par ces propos, soit par d'autres semblables. Le prévenu répondit qu'il était allé prêcher à Dasle, parce que cette commune faisait partie de sa paroisse ; qu'il n'avait jamais prêché la doctrine qu'on lui imputait ; que la dénonciation par suite de laquelle il était mandé devant le district avait déjà été portée contre lui à MontbéUard , et que, pour y répondre, il avait remis entre les mains de cette administration le discours qu'il avait prononcé le 25 messidor, après avoir fait certifier par le conseil municipal et le comité révolutionnaire de Dasle, que ce discours était bien celui qu'ils avaient entendu ; que l'administration de MontbéUard, après en avoir pris lecture, n'y avait rien trouvé de contraire aux lois et le lui avait remis, en lui défendant toutefois de continuer ses prédications à Dasle, ce à quoi il s'était conformé. 11 ajouta que, dès cet instant, il avait cessé ses fonctions à Vandoncourt et déclaré à la municipaUté qu'il ne voulait plus les continuer.

Après ces exphcations^ Perdrizet remit le manuscrit de son discours à Tagent du district, qui en fit ainsi l'analyse : « Nous avons reconnu que son objet était d'enseigner le mystère de la transfiguration de Jésus-Christ ; que les conséquences morales étaient de se soumettre aux préceptes de Jésus, de ne pas craindre tous ceux qui enseigneraient une

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