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autre doctrine, et de sacrifier ses biens, sa vie, plutôt que de perdre son âme. Au surplus, on y tire encore les consé* quences de l'existence de Dieu et de Timniortalité de Tâme. » L'agent du district, ayaht pris lecture du discours, demanda au prévenu « pourquoi, dans ces moments où le fanatisme et la superstition cherchaient à agiter les brandons de la discorde et à soulever les peuples contre un gouvernement libre^ il avait prêché des dogmes et des mystères qui, ea exigeant un parfait renoncement à la raison, ne pouvaient former que des imbéciles ou des fanatiques; pourquoi il n'a* v«it pas prêché, au contraire , les vertus morales et nécessaires à un républicain ; l'enseignement de la morale étant utile à tous les hommes , tandis que celui des dogmes ne pouvait que les rendre superstitieux^ disputeurs et mauvais citoyens? d Perdrizet répondit que, dans son culte, il était cl'usage d'expUquer un point de l'Evangile et d'en tirer des GonséqueQces pour la conduite morale des paroissiens. « Mais, reprit l'agent, n'as-tu pas compris que, parles conséquences que tu en a tirées, soit par l'abnégation qu'on doit avoir de soi-même, soit sur ce qu'on ne doit écouter que Jésus-Christ, soit en disant qu'il n'y a que les cœurs humbles et droits qui suivent les maximes de l'Evangile, tandis que des esprits orgueilleux et philosophes les rejettent, tu prêchais l'intolérance, tu prémunissais tes paroissiens contre le culte de la Raison, et tu reculais par là les lumières de la philosophie, ainsi que ce zèle, cet ardent amour que tout citoyen doit avoir pour sa patrie ? — Non, répondit le ministre, je n'avais en vue que d'empêcher la propagation de l'athéisme, qui semblait vouloir se manifester dans ma paroisse. Dans tous les cas j'ai prêché l'amour de la patrie et engagé mes paroissiens à faire pour la république tous les sacrifices possibles, et je leur en ai donné l'exemple. »
A la suite de cet interrogatoire, l'agent national ayant réuni le conseil, le requit de faire défense à Perdrizet de continuer les fonctions de ministre du culte protestant et de lui enjoindre d'évacuer dans un bref délai le territoire de Vandoncourt. Le conseil, faisant droit à cette réquisition, déclara « que le discours de Perdrizet ne tendant qu'à former des
imbéciles et des superstitieux, à affaiblir Tesprit public et à reculer le règne de la Raison, il cesserait ses fonctions et en ferait la déclaration sur le registre même du conseil.» Alors ce malheureux ministre prit la plume qui lui était présentée et écrivit « que, pour se conformer aux principes delà raison, il renonçait aux fonctions de son culte et les abdiquait, pour ne plus se livrer à l'avenir qu'à propager les principes de la Révolution et à cultiver ses terres. )>
Les prolestants du district de Montbéliard continuaient pendant ce temps-là à jouir d'une tolérance qui rendait leurs coreligionnaires du Doubs encore plus sensibles à la persécution dont ils étaient victimes. Le district de Saint-Hippolyte s'en émut et écrivit le 3 octobre à celui de Montbéliard : « Les prêtres, soit du culte catholique, soit du culte protestant , s'eflorcent aujourd'hui de renoncer à leur magie , plutôt par crainte que par patriotisme. Peu importe, pourvu que nous en soyons délivrés. Toutefois , il existe une jalousie dont vous pouvez prévoir les suites. C'est que les communes du canton de Blamont qui vous avoisinent, in-» quiètent leurs ci-devant ministres , parce qu'ils n'ont pas conservé leur état à l'instar de ceux de Montbéliard. On sonne à Abévillers des rassemblements de fanatiques des communes d'Hérimoncourt, Vandoncourt, Meslières. Nous vous en prévenons, afin que vous fassiez savoir au ministre d' Abévillers qu'il ne manquera pas de devenir la dupe de ces ridicules cérémonies. Vous voudrez bien au plus tôt nous instruire des mesures que vous avez prises à cet égard, afin que nous concourions uniformément au bien public. » Cette sommation impérieuse était signée par Tochot , Violand et Calher.
Le district de Montbéliard répondit : « Gomme vous, citoyens, nous sentons bien la nécessité de délivrer enfin le peuple de tous les charlatans qui, depuis des siècles, lui vendent des fables. Comme vous, nous nous occupons sans relâche des moyens d'y parvenir. Nous vous adressons copie de l'arrêté que nous avons pris dans cette vue. Un des premiers obstacles que nous avons trouvés dans son exécution a été l'exemple qu'on nous a cité de la liberté des cultes
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dans le canton de Blamont, laquelle liberté, a-t-on osé nous dire, émanait d'une permission par écrit du district de Saint- Hippolyte. A la vérité, nous n'avons pas cru à cette calomnie, et nous ne vous en parlons aujourd'hui que pour vous démontrer qu'on emploie en ce moment près de vous les mêmes moyens dont on a voulu se servir ici pour retarder les progrès de la raison. Mais la parfaite union de tous les vrais amis de la liberté saura toujours déjouer les complots perfides. Soyez persuadés que nous ferons tout, de notre côté, pour rétablir, et nous prendrons en particulier à l'égard du ministre d'Abévillers les mesures les plus sévères pour assurer l'exécution de notre arrêté du 15 thermidor. — Pourcelot, président, Cordienne, Navion, P.-F. Dorian, Petitcolas, agent national, Morel, secrétaire. » On remarque avec peine, parmi ces noms, ceux de l'avocat Pourcelot, à peine revenu des prisons du tribunal révolutionnaire , de Cordienne, curé catholique apostat de Montbéliard, et du citoyen Pury, qui, sans doute après avoir payé ses créanciers en assignats, venait de reprendre son vrai nom de Petitcolas.
Gomme on l'a dit plus haut, un pasteur protestant fut la première victime des mesures prises le 14 décembre 1794, par le district de Saint-Hippolyte, pour l'exécution de l'arrêté de Besson et de Pelletier. Amené, dès le lendemain, par les gendarmes devant le district, le jeune L.-Ghristophe Cuvier, âgé de vingt-six ans, ministre à Montécheroux, subit l'interrogatoire suivant :
Q. Continues-tu encore les fonctions de ton ci-devant culte?
R. Non, je les ai cessées depuis le 19 brumaire, et voici un certificat de la municipalité qui le constate, ainsi que mon départ à la date du 23 brumaire, pour aller à Montbéliard prendre les arrangements nécessités par l'évacuation du presbytère.
Q. Avais-tu donné ta démission?
R. Non.
Q. Avais-tu au moins déclaré vouloir cesser tes fonctions et avais-tu pris acte de ta déclaration au greffe de la municipalité?
R. J*ai fait ma déclaration en présence de beaucoup de personnes, mais je n'en ai point demandé acte à la municipalité.
Q. Pour quel motif n'as-tu pas démissionné, en voyant que la nation voulait ramener toutes les opinions à un culte commun, qui est le culte de la vertu?
R. Je ne l'ai pas fait, parce que j'étais disposé à me vouer à un autre état, et c'est pour la même raison que je m'étais rendu à Montbéliard.
Après cet interrogatoire, le district déclara « que, nonobstant le certificat de la municipalité de Montécberoux portant que Cuvier avait cessé ses fonctions depuis le 19 brumaire, en réalité le prévenu n'avait pas donné sa démission par un acte en due forme; que, d'ailleurs, le certificat susdit ne datant que du jour même de l'audience, il y avait lieu de suspecter la véracité des faits qui y étaient énoncés ; que, d'ailleurs, la commune de Montécberoux était des plus attachées à ses anciens préjugés, et des plus prévenues contre le culte simple et pur dont la nation cherchait à imprimer les grands et sublimes principes dans tous les cœurs; qu'enfin le manque de démission régulière faisait soupçonner le prévenu de vouloir reprendre ses fonctions à la première occasion ; qu'en conséquence, il serait incarcéré et traduit devant le tribunal criminel, à Besançon. »
La citoyenne Catherine Vild, épouse du jeune ministre incarcéré, réclama vainement, le 18 décembre, auprès des membres du district, l'élargissement de son mari. Les administrateurs, dans une délibération à laquelle le président Diény s'abstint de prendre part, déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur cette pétition. Le pasteur Cuvier fut conduit dans les prisons de Besançon, par la gendarmerie, en môme temps que les curés Guillemin et Paget.
Le 18 décembre, im autre jeune ministre, âgé de vingthuit ans, Ch.-Fréd. Goguel, desservant de Saint-Mauricesur-le-Doubs, vint spontanément se présenter au district, à la suite d'une perquisition que les gendarmes avaient faite en son absence dans son domicile, pour le saisir, et déclara qu'il avait quitté ses fonctions et consigné son abdication
sur le registre de sa municipalité, dès le 26 brumaire.
Et quels sont, lui demanda le président, les motifs qui t*ont engagé à cesser tes fonctions, le 26 brumaire?
R. C'était le désir de rentrer à la maison paternelle.
Q. Peux-tu justifier en ce moment que tu as quitté tes fondions le 26 brumaire?
R. Je le pourrais, mais, en ce moment, je ne suis pas mfini des pièces nécessaires.
Q. N*as-tu pas eu connaissance de la loi du 14 frimaire an IT, qui défend toutes assemblées dangereuses^ comme le sont celles pour cause de fanatisme ?
R. Non, ou du moins je n'en ai aucun souvenir.
Q. N'étais-tu pas au moins instruit de l'esprit public, qui annonçait manifestement partout son désir que les prêtres et ministres cessassent ou abdiquassent leurs fonctions, puisque eux-mêmes avouaient qu'ils ne débitaient que des erreurs et du charlatanisme?
R. L'esprit public n'était pas formé chez moi, à ce qu'il me paraît, ou du moins je ne puis pas l'assurer. D'ailleurs, n'étant pas salarié par la nation, je n'avais pas cru devoir faire connaître ma démission à l'administration du district, mais seulement à l'autorité municipale.
Le district, considérant qu'il n'existait, à ce moment, aucune preuve contraire aux assertions du prévenu, que cependant il fallait qu'il produisît lui-même la preuve de ses dires, et que jusque-là il importait de prendre les mesures exigées par les circonstances, décida que Goguel resterait à Saint-Hippolyte, sous la surveillance des autorités, jusqu'à ce qu'il eût produit en due forme les pièces propres à prouver qu'il avait quitté ses fonctions le 26 brumaire, et qu'il ne les avait nullement exercées depuis. Pour plus de sûreté, le district envoya lui-même à Saint-Maurice, Romain, l'un de ses membres, pour faire une enquête sur la conduite du prévenu. Le commissaire, de retour le 26 décembre, rendit témoignage de la parfaite véracité des déclarations de Goguel, qui fut immédiatement mis en liberté.
XXXVI. Les prêtres constitutionnels et les ministres luthériens du Doubs n'étaient pas les seules victimes de l'in-
tolérance philosophique et révolutionnaire , entassées en ce moment dans les prisons de Besançon. On y remarquait encore deux autres groupes de prêtres schismatiques ^i butte aux mêmes violences. Moyse, évêque constitutionnel du Jura, y avait été incarcéré depuis plusieurs mois par Lejeune, avec une quinzaine de ses prêtres les plus fidèles. Le représentant Besson, en arrivant dans le Jura, où il ne fit que rendre la persécution plus rigoureuse, accorda cependant, sur la demande du district de Poligny, un adoucissement notable à la position de quelques-uns des intrus jurassiens, détenus à Besançon, mais sans toutefois les rendre ni à la liberté ni surtout à leurs paroisses. Le 19 septembre, il décida que les prêtres Logres, Garnier, Guyon, Bride^ Bidault^ Sauvage, Mandrillon et Langue , sortiraient provisoirement de la maison d'arrêt pour résider dans la commune de Besançon, sans en pouvoir sortir, et à charge de. se représenter chaque jour au comité révolutionnaire, spécialement chargé de les surveiller. Le 18 octobre. Basson accorda la liberté entière au prêtre Langue, de Ghampagnole, et à P. Garnier, de Grançot, ex-curé de Grotenay, à la condition qu'ils se retireraient au sein de leurs familles.
La suppression de tous les cultes se poursuivait avec plus de vigueur encore en Alsace qu'en Franche-Comté. Le 22 juillet, les proconsuls Hentz et Goujon prirent un arrêté portant que tous les ministres des cultes quelconques résidant dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et du Mont-Terrible (ancien Porrentruy), seraient mis en arrestation. On ne se borna pas à les incarcérer, on les transporta dans d'autres provinces, afin de leur ôter tout rapport avec les peuples qu'ils avaient desservis. La ville de Besançon en reçut une multitude, qui furent entassés dans la chapelle de la citadelle. On y voyait jusqu'à un rabbin et un prêtre marié. Le capucin Tournoux, intrus de Blamont, s'était également trouvé englobé dans cet immense coup de filet philosophique, sous prétexte qu'il donnait ses soins à la population deDampvans, dans le Porrentruy.
La municipalité de Besançon s*émut de l'arrivée de tant de bouches inutiles. Le 3 août, Chazerand, agent national de
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la commune, représenta « qu'il était déjà arrivé environ deux cents de ces prêtres, et qu'on en annonçait encore un plus grand nombre ; que cette affluence d'hommes présentait des dangers ; que, d'ailleurs, elle augmentait le besoin des subsistances, et qu'il était urgent d'adresser une pétition au représentant du peuple, pour faire refluer ailleurs cet essaim de prêtres. » Chazerand fut chargé de rédiger luimême cette réclamation et de la transmettre à Lejeune.
Cependant le représentant Foussedoire, qui avait succédé à Hentz et Goujon , se trouvant à Colmar le 23 aoîït^ et ayant pris l'avis du comité révolutionnaire, de la société jacobine et des corps administratifs de cette ville, sur les nombreuses demandes d'élargissement envoyées par les détenus, décida « que la mesure générale de l'éloignement des prêtres pouvait être utile au développement de l'esprit pubUc et aux progrès de la raison ; mais que, d'un autre côté, les prisonniers, en leur qualité de citoyens, étaient fondés, à réclamer contre une arrestation que plusieurs n'avaient pas méritée; qu'en conséquence, cinquante-neuf d'entre ces prêtres, notamment le rabbin Gotschel Bloch, seraient mis en liberté. Toutefois il était défendu à plusieurs de retourner dans leurs paroisses. Les requêtes des autres pétitionnaires, comme celle de l'intrus de Blamont, furent impitoyablement rejetées.
La plupart de ces malheureux se trouvaient sans argent ; ce qui leur était d'autant plus pénible, qu'ils étaient obligés de se nourrir à leurs propres frais en prison. Delon, l'un d'entre eux, écrivait, le 7 août, à son frère, géomètre à Belfort : « Il y a six jours que nous sommes arrivés ici et en arrestation dans la ci-devant chapelle de la citadelle. Nous sommes vingt-huit des districts d'Altkirch et de Belfort. Etant obligés de nous nourrir avec nos propres moyens, il y en a qui vivent déjà aux dépens des autres. Pour ne pas être sitôt dans le même cas, je te prie de faire signer par la municipalité de Tagolsheim le certificat de ma desserte, pour le dernier trimestre de 1793. »
Le 2 septembre, vingt-cinq autres prêtres détenus adressèrent au district de Besançon la requête suivante : « La
plupart d'entre nous ayant été entretenus jusqu'à présent par nos frères et compagnons, qui se trouveraient bientôt hors d'état de nous soulager, nous prions les administrateurs du district de nous avancer à chacun une somme de cent livres, sur les deux trimestres presque échus de notre pension que nous n'avons point reçus. Ces cent francs seraient remis au chef de notre société pour être employés à notre entretien. » Les pétitionnaires ajoutaient qu'ils étaient encore au nombre de soixante-huit. Ils appartenaient aux districts de Porrentruy, Altkirch, Colmar, Belfort et Benfeld.
Ces malheureux étaient étroitement resserrés, surveillés et fouillés. Le 16 août, le général Aubugeois vint déposer au comité révolutionnaire plusieurs lettres suspectes et deux copies du testament de Louis XVI trouvées sur eux. Pendant neuf nuits, on les laissa coucher sur la pierre, sans paille. Devant la prison, un canon chargé à mitraille était prêt à les foudroyer au moindre mouvement.
Le représentant Foussedoire ayant décidé, le 10 septembre, que tous les prêtres alsaciens encore détenus à Besançon seraient transférés dans une maison nationale du Haut- Rhin, le directoire de Colmar écrivit, le lendemain, à celui du Doubs : « Nous avons fixé notre choix sur Ribeauvillé, où il existe un bâtiment capable de les réunir. Nous allons prendre les mesures nécessaires pour leur logement, et comme nous ignorons leur nombre, vous voudrez bien nous en informer par le premier courrier et les faire conduire incessamment sous bonne garde jusqu'à Belfort. Vous voudrez bien donner à ces ci-devant prêtres communication de notre lettre, afin qu'ils connaissent le lieu de leur destination et puissent prévenir leurs parents et amis de leur procurer les difiërents meubles qui peuvent leur être nécessaires. — Probst, président. »
D'autres prêtres constitutionnels, étrangers au département, et que leurs afiaires y amenaient par hasard, se virent eux-mêmes traités en suspects et en ennemis de l'Etat. Un de ces prêtres avait été incarcéré, puis relâché par les administrateurs d'Ornans. L'accusateur public Rambour, furieux de voir cette proie lui échapper, écrivit une lettre de
reproches au district d'Oraans, qui lui répondit, le 44 octobre : « Tu n'as pas eu connaissance des motifs qui nous ont déterminés à élargir Lucas, ci-devant prêtre constitutionnel. Tu les trouveras dans les pièces ci-jointes. » Ces pièces étaient des certificats de l'agent national du district de Pontoise et du comité révolutionnaire de Chars, attestant que Lucas était un des membres fondateurs du club de cette commune; qu'il avait toujours tonné contre le fanatisme, prêté tous les serments, cessé toutes ses fonctions depuis près d'un an, abdiqué solennellement et remis ses lettres de prêtrise.
XXYII. Un grand nombre de prêtres constitutionnels, se ti*ouvant sans ressources par la suppression de leurs emplois, furent obligés de chercher dans d'autres professions des moyens d'existence. Plusieurs, comme Jousserandot^ Magnin-Tochot, Goguillot, Jarry et Ravier, furent élevés aux honneurs administratifs. D autres, comme Tournier, vicaire épiscopal, MarreUer de Yerchamp, Oudot-Guerrisot, Chauvier, Hainguel et Jeanmonnot, trouvèrent des places plus modestes dans les bureaux. Gaulard à Baume , Lacombe à Quingey, et Maillot, à Saint-Hippolyte, se procurèrent de douces sinécures à titre de bibliothécaires. Dom Incombe , en sollicitant cette faveur auprès de Pelletier, exposait comme son plus beau titre, d'avoir été l'un des premiers ecclésiastiques mariés et infidèles à leur état. Un autre bénédictin, qui avait su garder dans Terreur plus de respect pour son passé et pour sa personne, dom Grappin, nommé par le district de Besançon à un emploi analogue , le céda au P. Coignet , pour se retirer à Gy, à l'abri des orages. L'augustin Audobey, intrus de Malans, devint geôlier à Quingey; Bouvenot et Marlet, vicaires épiscopaux, Vuillemin, principal du collège, Barrey, vicaire à Pontarlier, et Bofiy, curé d'Auxon-Dessus, se livrèrent à la médecine. L'abbé Dormoy se fit avocat, Maillard, curé d'Arc-sous-Montenot, géomètre, et Vernier, intrus de Sancey, cabaretier. Plusieurs, comme Goulot et Leclerc, devinrent instituteurs primaires et professeurs de morale républicaine. D'autres, en plus grand nombre, placés par leur âge sous le coup de la
réquisition militaire, allèrent, comme Jeune et Hugon, grossir le nombre des soldats de la république. Mais on ne se borna pas à envoyer ces jeunes prêtres dans les casernes ou les camps ; par une odieuse plaisanterie, on en mit déplus âgés en réquisition pour un service qui n'était guère moins en opposition avec leur caractère. Le 46 février 1795, Tagent national du district de Baume écrivit à celui de la commune de Sancey : v J'ai communiqué à l'administration la lettre par laquelle tu m'annonces que le canton a nommé pour conducteurs des trois voitures que vous devez fournir au parc de Guermersheim, trois ex-curés. Le district serait bien de ton avis ; mais comme , en envoyant des hommes sans expérience^ il peut en résulter la perte des chevaux, le district pense qu'il y a lieu de faire un autre choix. )> Les malheureux parias furent ainsi épargnés par égard pour les chevaux.
La Vedette^ de son côté, prodiguait avec son courage ordinaire ses sarcasmes aux victimes, et disait plaisamment, le 21 octobre : « On dit chaque jour aux ci-devant prêtres ; Mariez-vous, ou vous serez déportés ; et les ci-devant prêtres répondent : Personne ne veut de nous. Une lettre timbrée de Vesoul, une autre de Gray et une troisième, anonyme, toutes trois adressées aux auteurs de la Vedette^ nous apprennent que le préjugé est encore si fortement enraciné contre l'espèce sacerdotale^ dans les pays qu'ils habitent, qu'ils ont pris l^ parti de s'adresser à nous pour leur trou-" ver, à chacun, une femme. Les trois pétitionnaires sont de trente à quarante ans, assez bien faits de leur personne, à ce qu'ils disent, et jouissent de douze à seize cents hvres chacun, tant de pension que de revenus patrimoniaux. Ni l'un ni l'autre ne veulent d'une jeune personne. Apparemment qu'ayant une profonde connaissance delà fragilité de la jeunesse, ils ne veulent pas s'exposer à encourir quelques risques, ce qui prouverait en eux un grand fonds de pnidence. Vingt à trente ans, tel est l'âge qu'ils désirent trouver dans leurs prétendues. Ils ne les demandent ni trop belles, ni trop laides , ni trop spirituelles ; mais ils les veulent assez belles, assez bonnes et assez spirituelles, pour être
assurés qu'ils passeront avec elles des jours heureux et calmes. Ainsi donc toutes les dévotes qui ne voudraient pas mourir sans confession n'ont qu'à se faire enregistrer dans notre bureau ; elles peuvent compter sur un établissement prompt et solide. On trouvera bien étonnant sans doute que, dans un moment où la philosophie fait chaque jour des progrès sensibles, et la liberté de si nombreux prosélytes, des hommes trouvent des obstacles à leur établissement parce qu'ils oiit été prêtres... Le fanatique qui égarerait sur ce point, devrait fixer l'attention du gouvernement et des philosophes, et ceux-ci devraient tourner sur lui le flambeau de la raison, pour Téclairer, s'il est de bonne foi, ou le brûler avec^ s'il est méchant par principe ou par caractère. Nous nous proposons de revenir sur cette matière et d'éclairer soUdement nos frères leshabitants des campagnes.» Il faut avouer que les cannibales paraissent de bien innocentes gens auprès de pareils raffinés. Du reste, la Vedette savait mieux que personne ce que ces plaintes sarcastiques avaient malheureusement d'exagéré ; et au même moment, elle avait la consolation de pouvoir assister aux noces de Cartier, intrus à Ronchaux, du bernardin Jarry, intrus à Buffard, de l'augustin Audobey, intrus à Malans^ du bénédictin Biétrix, intrus à Pelousey, de l'oratorien Roussel, intrus au Valdahon, du dominicain Barbey, intrus à Ferrières, du capucin Chauvier, ex-intrus à Levier, et enfin du lazariste Dormoy, son propre fondateur et rédacteur en chef, qui, après s'être donné pendant quelques mois, sans aucun concours de l'officier de l'état civil, tous les droits de la paternité , sut couronner tant de vertus par le plus riche mariage.
XXVIU. Le culte israélile ne devait pas être plus épargné que les autres dans cette proscription générale de toutes les religions. On lit dans la Vedette du 31 juillet : « Je viens, frères et amis, vous dénoncer une secte d'hommes se disant descendue du petit peuple de Jérumlem^ qui, à force d'avoir été avilie sous l'ancien régime, est devenue si vile aujourd'hui, qu'au milieu d'une régénération universelle, elle s'abandonne encore aux pratiques minutieuses et ridicules d'une religion qui n'a pour base que la supersti-
tien la plus absurde avec Tespérance la plus chimérique. J'accuse ce soi-disant peuple d'Israël, ces prétendus descendants de la culotte de Jacob, en un mot les croyants d'un Messie à venir, d'entretenir des synagogues dans différents quartiers de cette commune^ où, au lieu de chanter les victoires de la république , ils braient, comme les onagres du psalmiste, des psaumes et des jérémiades sur la destruction du vieux temple de Jérusalem. J'accuse les restes d'un cidevant peuple de chômer le sabbat, de s'abstenir de la décade, de fuir les assemblées des vrais adorateurs, et de vouloir faire un peuple distinct d'une nation généreuse qui a brisé leurs fers ; je les accuse de s'éloigner des repas fraternels, de dédaigner les mets dont nous usons tous, et de purifier les dons du créateur, d'une manière à faire croire que l'ouvrage de la nature est souillé et qu'il n'acquiert de pureté qu'entre leurs mains ; je les accuse de consommer une grande quantité d'huile qui profiterait davantage dans la chaumière du pauvre ou dans l'hospice des malheureux, plutôt que dans les lampes du grand candélabre ; j'accuse leurs femmes de tenir leurs cheveux cachés, pour obéir à un antique préjugé judaïque, opposé à la nature et à la raison ; je les accuse tous de ne se livrer qu'aux spéculations honteuses d'un trafic criminel ; je les accuse de ne s'être point adonnés depuis la Révolution aux arts utiles , à la fabrication des armes ou à l'extraction du salpêtre ; je les accuse enfin de sommeiller volontairement dans les bras d'une ignorance crasse, d'une stupidité grossière, qui s'oppose au progrès des sciences , à la marche hardie de la philosophie, et de ne vivre exclusivement que pour eux.... — W.... professant la religion naturelle, ami de l'humanité et de la tolérance. »
La Vedette touchait de trop près à l'administration, pour que le violent réquisitoire fulminé par ce singulier ami de la tolérance demeurât sans résultat; aussi deux mois après, lisait^on dans la même feuille, le iO octobre: « Les restes de la famille de Jacob, ces pieux israélites qui habitent notre commune, s'étaient décidés, d'après les observations insérées dans notre numéro, à fermer leurs puantes synagogues. Des personnes dignes de foi ajoutent que plusieurs avaient de-
puis mangé du cochon de la cuisine chrétienne et assisté à la décade. Cependant on vient de nous instruire que M. le rabbi^ qui s'ennuyait de ne plus pouvoir hurler de V hébreu^ avait ouvert sa boutique sans prévenir la municipalité du rassemblement de fous qui devait avoir lieu en Thonneur d'wn me»ssie qu'ils attendent depuis trois mille ans et que d'autres ont fait arriver sur terre il y a 1794 ans. Quoi qu'il en soit, le comité (révolutionnaire) de surveillance a pris des précautions pour éviter à l'avenir de pareils rassemblements. On a saisi tous les outils du grand rabbin, le couteau de la circoncision et jusqu'au vieux linge sale dont il s'encapuchonnait le jour du sabbat: Il faut espérer qu'avec de pareilles mesures on réussira à rendre sages des hommes qui ne veulent l'être que malgré eux. »
Ce dernier coup achevait de mettre à nu le fond de la tolérance philosophique. L'expérience était désormais complète ; et quelques jours de pouvoir, au milieu d'une orgie de sang, avaient suffi pour faire connaître à la France, de manière à ne plus l'oublier, la verge de ces prétendus apôtres de la liberté illimitée. Comme Ta fort bien dit Rœderer, qui fut un moment leur complice, « l'athéisme, après s'être couvert du masque de la tolérance, s'étant, pour la première fois, saisi des rênes d'un grand empire, avait tourné contre lui-même l'objection qu'il faisait aux religions d'être persécutrices. » En effet, les sophistes du xviii* siècle, aussi bien que leurs aînés les fauteurs du protestantisme , n'ont pas cessé d'exalter la liberté de conscience et de s'en faire un drapeau , tant qu'elle a pu leur servir pour monter à l'assaut de la société chrétienne, que les uns travaillaient à découronner et les autres à détruire. Mais dès qu'ils sont devenus les maîtres, les uns et les autres ont déchiré avec tant d'éclat ce faux pavillon , partout où ils ont dominé , ils se sont montrés si notoirement persécuteurs, qu'il n'est permis qu'à l'ignorance d'associer encore leurs noms à celui de la liberté.
JUILLET 1794 — PÉVRIEB 1795.
I. La guerre au christianisme, en prenant , sous les ther-> midoriens, un caractère à la fois plus déclaré et plus radical, ne manqua pas de soulever dans le département du Doubs une opposition presque unanime. En effet, lesinstruc* tions du gouvernement et surtout Tincroyable arrêté de ses deux délégués, ne pouvaient plus laisser le moindre doute à personne. Ce n'étaient plus seulement l'autorité du pape et rintluence d'un clergé puissant qu'on voulait détruire, c'était le principe même du christianisme et de toutes les religions. Ce n'étaient plus seulement les partisans des prêtres exilés qui étaient maltraités, c'étaient encore les chrétiens constitutionnels, les luthériens, les anabaptistes et les juifs. Tous les cultes étaient également interdits ; leurs ministres les plus soumis et les mieux méritants de la Révolution étaient tous déclarés suspects ; tous les temples étaient fermés et dépouillés de leurs ornements ; tous les signes quelconques de culte étaient proscrits, toutes les réunions de prières étaient devenues des crimes. Et, comme s'il ne suffisait pas de tous ces attentats contrôla conscience publique, les autorités semblaient prendre à tâche d'exaspérer le peuple, en y joignant des outrages complémentaires et en profanant indignement tout ce qu'elles s'acharnaient à détruire. Ce n'était point assez, pour les pieux et pauvres chrétiens du Doubs, de se voir enlever les temples et les presbytères bâtis de leurs deniers, les ornements précieux dont leur générosité avait doté partout les églises. Ils devaient voir encore tous
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ces objets livrés aux usages les plus odieux pour leurs croyances. Pendant que leurs sanctuaires retentissaient des vociférations les plus insultantes pour ce qu'ils aimaient et vénéraient le plus , leurs presbytères devaient, aux termes d'une loi du 17 novembre , être transformés en écoles obligatoires d'incrédulité pour leurs enfants ; leurs vases sacrés, quand ils ne servaient pas aux orgies des proconsuls, étaient enfouis dans les creusets de la Monnaie ; et telle était la crainte des autorités de laisser subsister le moindre souvenir du christianisme, que le district de Besançon, dépositaire de quelques menus objets religieux saisis sur Tabbé Tournier, le voiturier Millot et M"* Bole, décida, le 13 décembre, sans aucun égard pour l'art et le travail qui faisaient le principal mérite de ces modestes bijoux, <( que tout ce qui pouvait tendre à réveiller le fanatisme et la superstition ne devant pas subsister, ces ornements ou effets seraient dénaturés avant d'être vendus. »
Le dépouillement général des églises se fit avec une véritable rage. Il semblait que cette opération ne pouvait marcher assez vite au gré des nouveaux iconoclastes. La dévastation ne suffisait même plus aux administrateurs du département ; ils auraient voulu la couronner par l'anéantissement complet des monuments religieux. Le 26 août, ils décidèrent que le clocher de l'égUse de Saint-Paul à Besançon serait démoli jusqu'à la hauteur qui serait indiquée par l'architecte Colombot, ((attendu qu'il importait de ne pas laisser subsister les monuments inutiles et fastueux de l'ancienne superstition. » Ce clocher avait été oublié dans la nomenclature des édifices à démolir, dressée par l'architecte Colombot et approuvée par le département le 30 juillet précédent.
Comme on l'a vu plus haut , la confiscation des vases sacrés n'était encore opérée qu'à demi dans le district de Besançon, au moment de la chute de Robespierre. Bien que la lettre des administrateurs de ce district qui pressait l'exécution de cette mesure spoUatrice fût du 10 juin, vingt-neuf communes seulement s'y étaient soumises ; mais la chute du tyran n'épargna nullement aux vingt-cinq autres la dure
DÉVASTATION DES ÉGLISES. HÉSISTANCB DU PEUPLE. 48i
nécessité de livrer les plus précieux objets de leur culte. Pendant que les vases sacrés allaient s'anéantir dans les fournaises, les beaux livres de chant sur vélin étaient déchirés et transformés en gargousses pour Tartillerie. Les retables et les autels étaient brisés, et leurs débris vendus à vil prix. Les matériaux en pierre, marbre et bois, arrachés de Téglise de Saint-Maurice de Besançon, furent évalués à 4,130 livres en assignats ; ceux de l'église de Saint-Marcellin, actuellement Notre-Dame, à 1,863 livres, et ceux de l'église de Saint-Ferjeux à 521 livres. On hâta la vente de ces derniers, parce que Penotet, commissaire des guerres, réclamait l'église pour y installer un hôpital miUtaire.
Le 6 mars 1795, un arrêté du Comité des finances , signé par deux conventionnels obscurs , Gorenfustier et Derazey, intima l'ordre de procéder sans délai à la vente de toutes les orgues qui pouvaient encore exister dans les églises appartenant à la répubUque. Cette vente, on ne le comprend que trop, entraînait la destruction totale de ces magnifiques instruments et leur conversion en quelques matériaux de bois et d'étain sans valeur. Le 1" avril, une circulaire du département , signée par Regnaud (de Lods), président, et et J.-F, Voisard, invita les districts à procurer l'exécution de cette déplorable mesure ; mais, heureusement , l'arrêté conventionnel arriva assez tard pour qu'on pût encore sauver une partie des instruments proscrits.
Quant aux linges d'autel et aux vêtements sacerdotaux , ils furent condamnés à la plus odieuse profanation. Le SI décembre, la société dramatique de Besançon exposa au représentant Pelletier « que l'achat des costumes de théâtre était un objet considérable de dépense pour elle ; que le district avait à sa disposition des ornements du culte , tels que chapes, chasubles, de différentes étofies plus ou moins précieuses , qui jusqu'à ce moment avaient été vendus presque sans réserve à des revendeuses qui, après les avoir enlevés à vil prix, les revendaient aux citoyens à des prix excessifs ; qu'il paraissait aussi juste et plus utile à la chose pubUque d'autoriser le district à les vendre à la société dramatique, par estimation amiable et sans la concurrence des
revendeuses ; que cette demande semblait d'autant plus favorable, que le représentant Besson , dans le Jura, avait , par forme d'encouragement^ accordé sans rétribution ces effets aux sociétés dramatiques qui s'étaient formées dans ce département. » Pelletier répondit aussitôt que, «pénétré de l'excellence des motifs qui avaient déterminé les pétitionnaires à se former en société dramatique, il autorisait le district à leur livrer les ornements en question, d'après estimation amiable. »
Encouragée par ce premier succès , la société dramatique ne craignit pas d'élever ses demandes ; et, huit jours après^ elle pria le proconsul de vouloir bien « lui accorder gratuitement une certaine quantité de galons en or ou argent faux, qui ne produiraient rien au trésor public , et du galon en or vrai pour couvrir deux ou trois habits de théâtre, avec quelques aunes de dentelle d'or. » «Cet objet peu conséquent, ajoutaient les comédiens-amateurs, coûterait excessivement cher à la société^ si elle était obligée de l'acheter chez le marchand, et môme s'il fallait en payer le prix au trésor public. Elle classera cet acte de bonté dans les témoignages multipliés de bienveillance que déjà tu lui as donnés. »
Pelletier autorisa aussitôt le district à livrer à la société, indépendamment de tous les galons faux dont elle pouvait avoir besoin, la quantité de galon fin qui serait jugée nécessaire pour couvrir trois costumes complets, et, en outre, quarante aunes de dentelle d'or. Ensuite de cet ordre^ Monnot, administrateur du district, livra, le même jour, à la société dramatique les ornements ci-après détaillés :
V Provenant delà métropole. Deux dalmatiques, une chasuble et trois chapes violettes en velours de soie, cinq chapes et une chasubles noires en velours de soie ; trois chapes, deux dalmatiques et une chasuble en velours ponceau ; sept chapes en moire de soie et argent ; deux chapes en très vieilles ^/o^5cwtf/fe5;neuf tuniques en taffetas cramoisi, violet et blanc ; douze ceintures de ruban ; une écharpe de satin cramoisi ; deux draps de morts en serge grise et blanche ; onze aubes en cambrai ; une vieille aube épiscopale ; trois chapes d'anciennes étoffes tramées or, argent et soie.
2" Provenant de V église Saint- Marcellin. Deux chasubles et deux chapes en moire de soie et argent ; trois chapes en velours ponceau et trois échappes en brocard tramé or et argent.
3** Provenant de Féglise Saint- Maurice, Trois vieilles aubes trouées. Le tout fut estimé à l'amiable 2^400 Uvres en assignats. Le commissaire du district livra en même temps, à titre gratuit , quarante aunes de dentelle d'or, soixante aunes de galon fin, les galons de dix ornements, seize glands, le tour du dais de l'église Saint-Pierre, le tout en or faux.
Une partie des vêtements sacrés trouva cependant une destination moins odieuse. Le U août, Gouniot, Brégandet Berger, administrateurs du bureau de l'Aumône générale, exposèrent au district « que les vieillards de cet hospice étaient dans la plus grande indigence, tant pour le linge que les vêtements et le reste. 11 demandaient donc qu'à l'instar de ce qu'on avait accordé aux autres hôpitaux de la ville, on leur permît de disposer des objets de la sacristie en faveur de ces vieillards. » Le district répondit « qu'il accordait neuf aubes, six surplis, trois nappes d'autel, six chasubles dont deux en soie et quatre en laine, deux tapis d'autel, deux voiles de tabernacle et trois draps mortuaires, pour faire des habits ; treize amicts pour faire des cravates ; et huit bancs d'église, avec la boiserie contre laquelle était appuyé le maître-autel , pour faire du feu à ces vieillards , qui n'avaient point de bois. »
H. Dans les autres districts, les comités révolutionnaires centraux concoururent d'une manière beaucoup plus active que dans celui de Besançon au dépouillement des églises et à Inexécution des autres mesures anti-religieuses décrétées par Besson et Pelletier ; le comité de Baume en particulier mérita une lettre de félicitation du comité de correspondance de la Convention.
Dans le district d'Ornans, l'administration décida, le 31 octobre^ que toutes les communes de son ressort ayant achevé de Kvrer les matières d'or, d'argent et de cuivre de leurs églises, ces riches dépouilles seraient transférées à Besançon. D'après l'état qui en fut dressé, il s'y trouvait cent
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quatre calices, soixante-un ciboires, cinquante-trois ostensoirs, trente-trois pyxides et treize reliquaires, pesant ensemble plus de cent soixante-douze kilogrammes. Le district y joignit vingt-six kilogr. de galons ou de tissus d'or et d'argent. La municipalité d'Ornans avait décidé, dès le 3 aoi\t, la vente des boiseries de Téglise paroissiale, « devenues, disait-elle, inutiles dans le temple de la Raison. »
Pour donner au dépouillement des églises une exécution qu'on ne pouvait attendre de la piété des municipalités rurales, le district de Pontarlier envoya des commissaires plus sûrs dans chaque canton. J.-F. Singier, J.-Cl. Roussel et Jérémie-Simon Vermot eurent le canton de Morteau ; Guill. Besancenet, celui de Frasne; J.-F. Labet, des Grangettes, celui de l'Abergement ; Bon Pecclet, membre du district, celui de Levier ; J.-B. -Bénigne Prat, aussi membre du district, celui de Goux ; Antide Girard et J.-F. Barthod, de la Ville-du- Pont, celui de Montbenoît ; le notaire Hip.-Jos. Valiton, de l'Abergement, celui de Mouthe ; Boiston, celui de Jougne, et Courpasson, les conmiunes de Doubs et d'Arçon. Le 15 décembre, le district adressa à ces commissaires les instructions suivantes :
(( Le salut de la patrie a exigé des sacrifices ; tous les citoyens se sont empressés de les terminer. Il en faut un dernier, et nous ne doutons pas que tous ne s'y portent volontiers. Dans plusieurs communes, vous avez cru votre tâche remplie, en dépouillant les temples des signes de fanatisme dont ils étaient jonchés, et en les renfermant sous une cloison en planches, sous prétexte que l'arrêté du représentant du peuple parait rempli. Eh! bien, citoyens, vous êtes dans l'erreur. Nous avons consulté le citoyen Pelletier, qui nous a déclaré que son arrêté u'était pas exécuté si on laissait toujours dans les temples les objets qui en étaient proscrits. Il faut donc vous occuper à débarrasser promptement tout ce qui peut encore y exister, et à terminer votre commission. Rappelez à vos concitoyens que les mesures prises pour la destruction du fanatisme tiennent à la sûreté générale, et qu'ils doivent sacrifier à cet intérêt les préjugés funestes dont ils ont été assez et trop longtemps imbus ;
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faites-leur apercevoir les bienfaits de la Révolution et la félicité qui doit découler d'elle. Rassemblez tout dans un lieu clos, et que la dernière pierre qui pourrait figurer le fanatisme sous quelque forme, disparaisse. L'œil du républicain ne doit plus en être affecté. »
Dans le but de vaincre les difficultés que rencontrait presque partout cette œuvre de dévastation , le district adressa encore, le 15 janvier, à toutes les municipalités, une circulaire pour les sommer d'avoir à faire transporter au chef-lieu, dans le délai de dix jours, l'or, l'argent, les plombs, les cuivres et les étains provenant des temples de la Raison, sous peine d'être condamnées aux frais et dénoncées comme rebelles à la loi et à l'autorité nationale.
Pelletier, de son côté, pressait de toutes ses forces l'accomplissement de son odieux arrêté. Le 5 janvier 1795, il ordonna, par un nouvel arrêté spécial, la translation au cheflieu et la vente immédiate de tous les fers provenant des églises; et le 23 janvier, il réclama l'envoi immédiat du bordereau des eflfets précieux que le dépouillement général avait dû également accumuler dans les magasins des districts. Le 3 janvier, le district de Pontarlier envoya à Paris soixantedeux kilogrammes de vases sacrés. C'était le troisième envoi de ce genre depuis le 26 avril i 794, et le quatrième depuis 1793. La totalité de ces précieuses dépouilles, pour ce seul district, ne s'élevait pas à moins de deux cent trois kilogrammes.
Une partie des linges et ornements sacerdotaux de ce district se trouva condamnée à la même profanation qu'à Besançon. Les comédiens-amateurs de Pontarlier avaient trouvé dans Pelletier le protecteur le plus zélé. Comme sa tendresse ne pouvait rien leur refuser, ils lui écrivirent , le 21 décembre : « La société dramatique de Pontarlier t'expose qu'étant formée sous tes hospices, tu l'as autorisée à prendre, dans les hochets de la superstition, tous les effets qui pourraient être nécessaires à l'établissement de cette société ; le district a rempli, à cet égard, les intentions du représentant du peuple. Mais, malgré les ornements qui ont été délivrd^ à la société, il manque encore d'autres objets qui peuvent
lui être délivrés. Elle demande, en conséquence, qu'il lui soit délivré telle quantité d'aubes et de surplis qui paraîtront convenables à la société , et en outre tous les morceaux d'arcbitecture , tels que colonnes ou autres reliefs, qui pourront orner la scène. Amis de l'économie, nous bornons nos demandes à l'intention du père de la société dramatique. — Quirot, Gallet, Pastreverdier, Loiseau, Parguez, Curnillon, WuUer, Bourrier, Saget, Bouvot, Lamare, Jacquemet. »
Pelletier ayant demandé l'avis du district sur cette requête, celui-ci répondit « qu'on devait procurer tous les moyens de propager l'esprit national et de former les mœurs, qui étaient le fondement d'un gouvernement républic^tin ; qu'en conséquence, il y avait lieu d'accorder à la société dramatique les objets qu'elle réclamait. » Cet avis ne pouvait manquer d'être ratifié par Pelletier, de sorte que la société n'eut plus qu'à puisera son gré dans les dépoipUes des églises. Lorsque les artistes-amateurs furent admis à faire leur choix, tout leur parut de bonne prise, et ils s'adjugèrent d'un seul coup cinquante chapes en velours ou en satin, quaranteneuf chasubles et dalmatiques, cinquante- six aubes, dix- sept surplis, vingt-deux nappes d'autel, dix-huit étoles, dix-huit manipules, quatre dais, deux draps mortuaires, huit bonnets carrés, onze robes de la Vierge et du petit Jésjis^ sans compter des voiles de calice , des devants d'autel et des ceintures de choriste, le tout estimé 14,228 livres. On voit que ces ardents artistes n'y allaient pas de main morte. Michaud père, chargé par le district de présider à cette livraison, fit observer aux citoyens Muller , entrepreneur des mines , Lamare , inspecteur des douanes , et Devillers , vérificateur de l'enregistrement, tous trois délégués de la société dramatique , a qu'il serait plus avantageux à leur société de vendre tous ces effets et d'en consacrer le prix à acheter de beaux habits de ci-devant, chez les fripiers, à un prix modique ; qu'il serait d'ailleurs impolitique de choquer la vue des superstitieux par des décorations et des costumes provenant de ces débris, et qui éloigneraient du théâtre, où l'on projeiQit de réformer et d'épurer les mœurs. Il leur représenta enfin qu'il y avait excès dans la quantité des ornements et
surtout des linges qu'ils voulaient s'attribuer, et qu'il ne pouvait y consentir sans compromettre l'administration, attendu que la société dramatique avait déjà profité d'un magnifique retable d'autel^ d'ordre corinthien, provenant de la chapelle des bernardines^ de plusieurs statues et autres ornements d'architecture ou de sculpture, déjà peu propres à attirer les spectateurs entachés de fanatisme. »
La société se rendit en partie à ces sages observations, et elle déclara, le iâ avril i795, qu'elle avait reconnu qu'on ne pouvait pas tirer un grand parti de tous ces efi^ets , pai*ce qu'il y aurait trop de perte, et qu'il serait plus à propos pour elle de les faire vendre , pour en employer le prix à l'achat des décorations de la scène et des costumes des acteurs. La vente en fut donc faite par ministère d'huissier, sous la présidence de Glaudet^ membre du district , assisté de Bidaud et de J.-Gl. Grillpn , officiers municipaux. On vendit pour 9,906 livres 5 sous de chapes ou autres ornements, et pour 1,669 livres d'aubes, nappes d'autel et autres linges sacrés. La plus grande partie fut adjugée au fripier Grillon et au cafetier Laresche.
Mais en ce moment, les philosophes démagogues de Poa«* tarlier n'étaient pas en position de songer exclusivement à se divertir ; et , en réponse à une pétition pressante du district relative aux subsistances. Pelletier prit , le 26 janvier, l'arrêté suivant, qui donna à une autre partie des dépouilles sacrées, une destination bien différente. « Considérant que les habitants de ce district sont réduits à un état de pénurie qu'il importe de faire cesser, autant parce que l'humanité le commande, que pour assurer la tranquillité publique et prévenir les mécontentements et les troubles dans un pays frontière, où les émigrés et les déportés se permettent de faire des incursions fréquentes et agitent les esprits en y entretenant le fanatisme ; considérant d'ailleurs que le dépouillement des temples autrefois consacrés à la superstition présente des ressources en matières d'or et d'argent, laines, soieries, etc. , dont la vente ou l'échange avec l'étranger pourrait procurer des riz ; et que cette espèce de denrée deviendrait un soulagement bien précieux à la misère affreuse qui
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frappe en ce moment le district de Pontarlier, le représentant arrête qu'il sera envoyé par l'administration un commissaire en Suisse pour y négocier l'échange ou la vente en numéraire de tous ces effets contre des riz qui seront distribués aux communes les plus nécessiteuses. » Si cette négociation eut lieu , il n'en est resté aucune trace. En tout cas, la majeure partie des ornements provenant des églises dépouillées devint l'objet d'une vente générale , qui se prolongea pendant vingt-deux jours consécutifs à Pontarlier, et qui s'acheva, vers le milieu de mars, après avoir produit 81 ,304 livres 8 sous.
Le district de Quingey nomma , dès le 25 août 1794, des commissaires pour présidera la vente du mobilier des églises de son ressort. Des gardiens rétribués, choisis généralement parmi les officiers municipaux, furent chargés, dans chaque commune, de défendre les dépouilles contre les pieuses et trop légitimes soustractions des fidèles. La vente générale en fut présidée par Renobert Roze. Le 12 mars 1795, le district constata que les métaux provenant du même dépouillement sacrilège, et réservés pour l'usage du gouvernement, ne s'étaient pas élevés à moins de soixante-douze kilogrammes d'argent, neuf kilogrammes de galon d'or, sept cent trenteneuf kilogrammes de cuivre, deux mille xent vingt-quatre kilogrammes de fer, quatre-vingt-un kilogrammes d'étain et quarante kilogrammes de plomb .
III. Le district de Saint-Hippoly te avait beaucoup plus à faire que tous les autres, au milieu de ses pieux et énergiques montagnards, pour accomplir le dépouillement général des églises ; il n'en put même venir à bout , tant la résistance fut vigoureuse et opiniâtre. Le 12 décembre 1794, il nomma cependant huit commissaires , « chargés, pour chaque canton, de faire disparaître et enlever les signes extérieurs du ci-devant culte et de faire transporter au district la dépouille des églises, tels que linges, effets et métaux , les autorisant au besoin à se servir de la force armée pour l'exécution de leur mission, ainsi qu'à faire saisir et conduire à la maison d'arrêt du district tous les malveillants qui chercheraient, soit par des propos , soit par des voies de fait, à en-
traver leurs opérations.» Clément eut le canton de Pontde- Roide ; le notaire Messagier, celui de Mathay ; Leclerc , capucin apostat, celui de Blamont ; Berthod, maire de Glère, celui d'Indevillers ; Nie. Labrut, celui de Maîche ; Richard, greffier de la justice de paix , celui du Russey ; Gharmoillot^ greffier de la justice de paix, celui de Vaucluse^ et Maillot, maire de Montandon, celui de Doubs-Marat , ci-devant Saint-Hippolyte.
En dépit des menaces du district^ ces commissaires furent très mal accueillis. Un seul, le douanier Gênez , chargé du canton du Russey, en remplacement du greffier Richard, se tint assez assuré du succès pour le célébrer à l'avance et pour écrire, le 45 janvier, au district : « Je m'occupe sans désemparer de la dépouille des ci-devant églises et je fais serrer les signes d'icelles. Je vous ferai passer successivement les objets en linge et en métal qui en proviendront. »
Le district était si peu accoutumé à recevoir des rapports aussi satisfaisants, qu'il répondit avec empressement et effhsion : « Citoyen frère, nous voyons avec plaisir que ta commission se remplit avec succès, surtout pour ce qui concerne l'enlèvement des signes extérieurs du culte. Nous présumions déjà d'avance que le canton du Russey, dont la majeure partie des citoyens s'est toujours bien montrée, se soumeir trait sans répugnance à la loi et suivrait l'impulsion salutaire que le triomphe des lumières doit communiquer à tout citoyen intelligent. Continue tes opérations avec ton zèle accoutumé. Le flambeau de la Raison s'est enfin levé sur cette terre, trop longtemps couverte de ténèbres. Il entre nécessairement dans l'ordre naturel des choses que la Révolution arrive à son but. Tout ce qui n'est que d'invention humaine doit passer tôt ou tard ; il n'y a que la vérité pure qui soit éternelle, et le temps est arrivé , sans doute, où, dissipant tous les vains prestiges du mensonge , elle répandra sa lumière bienfaisante sur tous les points de notre globe , pour consoler l'humanité des maux incalculables qu'avait répandus sur elle l'erreur. »
Cependant les affaires n'étaient pas encore aussi avancées, même dans le canton du Russey, que ces élans de joie philo-
sophique auraient pu le faire supposer. Ce ne fut que le 32 février, plus d'un mois après le dithyrambe enflanunéde Tadministration thermidorienne, que Genez^ parvenu, en •partie seulement, au but de son odieuse mission , put écrire ^u district : « Le citoyen Perrot^ domestique du citoyen Renaud, du Russey, déposera entre vos mains les effets en iinge, soierie, argenterie et cuivre, provenant des églises du Russey, Bizot, Bélieu , Mémont, Fontenelles, Ghenalotte et <jrand'Gombe-des>Bois. »
Le district fut tellement enthousiasmé par ce modeste triomphe^ qu'il s'empressa d'écrire aux municipalités de toutes ces communes : « Nous ne pouvons qu'applaudir à votre soumission. Vous pouvez être tranquilles désormais sur le sort de tous les effets déposés dans les magasins du district. Vous en êtes déchargés, et lorsqu'une loi aura prononcé sur l'usage qui doit en être fait, ils seront reproduits au même état où ils ont été livrés, et rendus à qui de droit. Continuez, frères et amis, à vous montrer toujours égaux à vous-mêmes, toujours brûlants d'amour pour la patrie. Son bien-être est le vôtre. En continuant à maintenir la paix et la tranquillité dans son sein, vous faites votre bonheur propre et celui de vos enfants. Vous savez que le salut public a été souvent en péril par l'effet d'un amour mal entendu pour la reUgion. Ceux-là s'aveuglent bien qui croient pouvoir résister aux lois qu'une sage prudence a dictées pour éloigner le danger et resserrer les liens de la société. Nos opinions nous divisaient, nous animaient les uns contre les autres, tandis que la république se trouvait menacée de tout côté , assaillie même par une foule de despotes ; il fallait donc les mettre de côté, ces opinions, afin d'assurer la paix au dedans et de faire de tous les Français une masse imposante, propre à faire rentrer dans la poussière tous les enne- • mis de notre liberté. »
Mais ces hautes considérations politiques sur l'avantage de l'unité religieuse dans un Etat, avantage que Louis XIV avait cherché tout aussi naïvement, mais avec moins de violence, et surtout sans aucune hypocrisie libérale, dans la révocation de redit de Nantes, ces hautes considérations n'étaient pas
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les seules dont se préoccupassent les honimes d'Etat thermidoriens. A côté de la question philosophique il y avait encore la question d'argent y à côté de l'Eglise qu'il fallait détruire, il y avait les derniers débris de son mobilier qui étaient convoités avec avidité. Dès le 23 janvier 1795, Pelletier avait réclamé au district de Saint-Hippolyte le bordereau des matières précieuses que son imagination lui représentait entassées dans les magasins. Bavoux lui répondit que tout ce qu'on avait pu réunir de vases sacrés avait déjà été envoyé k la Monnaie de Paris, et que le district attendait les instructions du représentant pour la vente des autres effets.
Ces effets n'arrivaient guère, et même dans plusieurs communes, la population^ pour conserver les objets les plus précieux de son culte, avait pris le partideles enlever par force ou par ruse. Les officiers municipaux signalaient bien ces prétendus vols au district, mais sans donner le moindre indice sur les coupables, et le district, soupçonnant avec assez de raison la connivence des dénonciateurs avec les dénoncés, déclara, le 12 février, que ces manœuvres criminelles étaient la suite de la négligence des municipalités; qu'après tant d'invitations de faire transporter au district les effets précieux, après l'envoi de commissaires spécialement chargés d'accélérer le transport de ces effets^ les fonctionnaires publics qui auraient mis des obstacles aux opérations des commissaires, s'étaient rendus garants et responsables des événements ; qu'il serait écrit à tous les commandants de la garde nationale pour les inviter à surveiller et dénoncer les manœuvres des fripons^ fanatiques, dilapidateurs, qui auraient, soit directement, soit indirectement, tenté de soustraire les effets du culte ou autres appartenant à la nation ; et enfin, que la circulaire suivante serait imprimée et adressée à toutes les municipalités du ressort.
« Plusieurs fois, nous vous avons invités à vous conformer aux dispositions contenues dans l'arrêté des représentants du peuple Pelletier et Besson, dont nous vous avons donné connaissance. Nous voyons avec douleur que plusieurs communes ont différé l'exécution de cet arrêté sous prétexte d'impossibilité. Nous avons cru lever tous les obstacles en
nommant des commissaires dans tous les cantons, pour accélérer le transport dans les magasins du district, de tous les objets précieux provenant des églises de notre arrondissement. Quelques municipalités ont obéi à cette invitation ; d'autres, par réticence et par obstination coupable, s'y sont refusées dans l'espoir de vivifier le fanatisme et d'amener la division parmi vous. Des vols prétendus par la malveillance de quelques factieux ennemis du bon ordre , se sont faits à Soulce, à Bonnétage, aux Fontenelles. Mais ces municipalités ignorent-elles qu'elles sont responsables des infractions que leur négligence ou leur complicité a occasionnées ou sollicitées? Les coupables d'une pareille perfidie ne resteront pas impunis, car nous espérons que le temps lèvera le voile qui couvre encore ce mystère d'iniquité.
» Cependant nous devons rappeler aux municipalités sonmises aux lois, les devoirs qui sont imposés à leur surveillance et qui consistent à assurer les effets nationaux. Les retards afiectés jusqu'à présent, les tergiversations, peuvent compromettre leur responsabilité , surtout parce que , en abandonnant les effets nationaux à la foi publique, ces effets * se trouvent exposés à une facile dilapidation. Nous vous invitons donc, citoyens, à envoyer incessamment dans les magasins du district les effets nationaux qui sont encore dans les temples de votre commune et qui servaient précédemment à l'exercice du culte, pour vous éviter des désagréments tels que ceux que nous venons de vous citer, et qui infailliblement vous entraîneraient à des disgrâces que nous ne pourrions couvrir. Mais nous espérons que votre patriotisme est à l'abri des conseils des malveillants, et que vos lumières sont un sûr bouclier contre les entreprises du fanatisme. Nous aimons à croire que l'avis que nous croyons devoir vous donner comme frères, sera suivi d'une prompte exécution. Salut et* fraternité. — Mercier, vice-président, Sombarde, Viatte , Romain , Perronne , Morey , Tissot, Bavoux, agent national, Chaudot, secrétaire, d
Ce nouvel effort, tenté un peu mollement par des hommes à qui le rôle de persécuteurs répugnait au fond, resta en pure perle, et à la séance du district, le 20 février, un
membre un peu plus ardent que ses collègues fit observer « que les effets provenant de la dépouille des églises étaient encore eu grande partie dans les communes, où ils restaient exposés aux spoliations des malveillants ; que, malgré les invitations pressantes adressées aux municipalités, pour qu'elles eussent à mettre ces effets en sûreté en les transportant dans les magasins du district , plusieurs municipalités ne s'étaient pas exécutées. » Sur la motion de ce patriote officieux, le district arrêta <( que tous les effets provenant de la dépouille des églises et reconnus inutiles à la république, seraient vendus dans les chefs-lieux de canton, sous la présidence de Romain , après prélèvement des effets précieux, des métQ^ux et des linges propres au service des hôpitaux , qui seraient transportés au district. » Cette décision prise, les administrateurs de Saint-Hippolyte eurent un scrupule, et^ comme l'arrêt proconsulaire n'avait fait aucune distinction entre les églises volontairement abandonnées par les populations et celles qui avaient été fermées contre leur gré, ils décidèrent qu'avant de tout vendre et de tout saccager, il en serait référé au représentant Pelletier et même au comité de salut public de la Convention.
Le district donna une nouvelle preuve de sa modération en attendant encore vingt-un jours avant d'interroger le gouvernement sur l'étendue et le caractère absolu de ces ordres de dévastation. A cette époque, la situation était toujours la même : a Plusieurs communes, écrivait le district, se sont conformées à nos dispositions, d'autres s'y sont refusées, sous le prétexte que la loi n'était pas impérative ; de sorte qu'en ce jour, nous recevons des reproches de la part des municipalités qui se sont exécutées, de ce que nous ne contraignons pas celles qui se sont refusées. Veuillez nous diriger sur la conduite à tenir vis-à-vis de ces dernières. Votre réponse sera notre guide ; ne nous la faites pas trop attendre, parce qu'il pourrait en résulter des dilapidations que les intérêts de la république doivent prévenir, d Mais déjà la Terreur était arrivée à sa fin avant d'avoir eu raison des pieuses résistances des habitants de ce district.
Malheureureusement ces résistances n'avaient pu sauver
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qu'une partie des trésors du temple. Les croix , contre lesquelles s'acharnait particulièrement le philosophisme, avaient disparu du sommet de la plupart des clochers. Dès le 1*' août 1794, le citoyen Vurpillat, d'Ecurcey, avait reçu de l'administration du district la somme de 300 livres pour avoir enlevé les croix des églises du canton de Pont-de-Roide. Le i3 aoùt^ un membre du district fit observer a qu'il existait encore des signes de superstition dans la plupart des communes du ressort^ principalement sur les tours ou clochers des édifices nationaux ; qu'il importait au salut de la république de détruire, jusqu'à la moindre trace ^ tous les objets qui pouvaient inspirer aux républicains le souvenir de la supers* tition, et qu'en conséquence, il était urgent de prendre des mesures pour enlever à l'œil de la Raison ce que les préjugés des siècles passés lui opposaient. » Le district, touché de ces observations si philosophiques, arrêta que, «par le ministère du citoyen J.-B. André , couvreur i Ornans , toutes les croix existantes sur les clochers de chaque commune seraient enlevées, dans le plus bref délai, et qu'il lui serait payé la somme de soixante^douze livres pour chaque croix de clocher enlevée. » Et comme cet ouvrier, venu de loin, était moins bien pourvu du côté de la fortune que du côté delà philosophie, le district lui avança, le 4 6 août, la somme de 144 livres à titre d'à-compte sur le prix de ses futurs travaux. Le 22 décembre, après bien des entraves et des déboires , André vint déclarer que sa mission était enfin terminée, et il reçut du district 2,307 livres pour cette misérable besogne.
Cependant l'œuvre de destruction n'était pas encore complète, car le 16 janvier 1795, Bavoux, agent national du district, écrivit à Pelletier : « Je t'observe qu'il existe encore sur quelques clochers des croix ; j'ai invité les agents nationaux à les faire disparaître dans le plus court délai, à défaut de quoi j'enverrais une force suffisante aux frais des municipalités en retard. Quelques municipalités ont représenté que la glace et la mauvaise saison n'avaient pas permis d'enlever les croix sur les clochers, mais qu'au premier moment favorable, elles disparaîtraient. »
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IV. Pendant que les administrateurs thermidoriens fai* saient ainsi la guerre la plus acharnée aux croyances religieuses du peuple, celui-ci continuait d'affirmer sa foi par des résistances de toute sorte. La Vedette ne cessait de se lamenter sur l'impossibilité de déraciner le christianisme. (( On se tromperait bien, disait-elle le 24 août, si, malgré les progrès que la Raison fait chaque jour , on regardait le fanatisme comme entièrement abattu dans nos contrées. Trop de causes se réunissent pour empêcher sa chute ; trop de malveillants font leurs efforts pour le maintenir. Les prêtres avaient obtenu un tel empire sur l'esprit d'une partie des communes de nos campagnes , qu'ils sont encore respectés comme des oracles par ceux qu'ils ynt trompés.... Si tous les patriotes , et surtout les fonctionnaires publics, étaient à la hauteur des circonstances et de leurs devoirs, le fanatisme serait bien plus facilement détruit , et les fanatiques ne vio^ leraientpas aussi souvent les lois. Les croix subsistent en« core sur les clochers dans plusieurs communes. On a parlé, dans la dernière séance de la Société populaire, de celle qui se voit encore au-dessus du clocher d'Usiers, district de Pontarlier. Dans un plus grand nombre d'autres, les yeux sont frappés par des signes extérieurs du culte catholique , que la négligence des fonctionnaires pubUcs laisse subsister. Presque partout on conserve Thabitudede sonner Y Angélus^ sans doute afin de faire ressouvenir les ftmes chastes du galant message fait par l'ange Gabriel à la sainte Vierge, de la part du Saint-Esprit. Les églises sont ouvertes, les saints et les saintes sont sur leur séant, pour recevoir, comme de coutume^les hommages des stupides adorateurs qui leur croient encore la vertu de conjurer le tonnerre, la grêle et les tempêtes; plusieurs églises sont encore pavées de vieilles tombes armoriées , de vieilles bigotes , de femmes fanatiques qui disent humblement leur chapelet dans les confessionnaux où jadis des prêtres bénins leur faisaient discrètement dévoiler les secrets les plus cachés des familles ; enfin dans la commune de Besançon même, un grand nombre de fournies semblent se glorifier encore déporter les étendards du fanatisme et d'arborer sur une gorge qui n'est pas dès longtemps
Tasile de la pudeur, des croix qui attestent bien plutôt l'aristocratie que lareligion de celles qui les portent.
» C'est aux fonctionnaires patriotes des campagnes et aux patriotes éclairés à combattre de pareils abus. Les administrations de district doivent rendre responsables et punir les municipalités, et en particulier les agents nationaux qui laissent subsister, au mépris de la loi, les signes de la féodalité religieuse. Les Sociétés populaires doivent surveiller avec soin de pareils abus, et réunir leurs efforts afin de faire disparaître des temples consacrés au dieu de la vérité, toutes les marques des anciennes erreurs. Il faut couvrir les fanatiques de mauvaise foi du ridicule qu'ils méritent, et éclairer ceux qui tiennent de bonne foi à des préjugés qui leur furent transmis par leurs pères. Nous invitons les patriotes qui lisent nos feuilles à nous faire parvenir la note de toutes les communes qui souffrent encore dans leur sein des croix ou autres signes extérieurs du culte , qui négligent les décades pour chômer les dimanches, et qui témoignent un attachement aristocratique à leurs prêtres. Nous invitons également les patriotes à surveiller les charlatans déprètrisés qui demeurent dans leurs communes pour les fanatiser, sous quelque costume qu'ils aient cherché à se déguiser. Les uns arborent l'uniforme national; les autres ont levé la queue.... Enfin, nous ne finirions pas, si nous voulions indiquer toutes les formes que prennent ces Prêtées catholiques pour échapper aux mesures de sûreté publique dont ils sont les objets.
» Une chose essentielle à nous faire connaître aussi serait les noms de ceux qui, dans chaque commune, favorisent le fanatisme sacerdotal. Quant aux donzelles catholiques romaines, nous leur préparons une béatitude anticipée ; nous pubUerons bientôt la vie et les miracles de plusieurs, afin d'édifier le public reUgieux, et nous espérons à cet effet que tous les amateurs qui auront connaissance des faits pieux de nos porteuses de croix et autres de la clique sacerdotale, s'empresseront de nous en instruire, afin de pouvoir donner une collection complète des tours de force et miracles faits par les saintes femmes et les vierges sacrées qui illustrent le dix-huitième siècle de l'Eglise. »
La colère de la Vedette ne cessait de s'exhaler sur le même sujet. Avec un grand courage, bien digne d'une si grande cause, elle s'attaquait de préférence aux femmes et surtout aux pauvres servantes, qui montraient généralement une fermeté admirable et bien faite pour humilier tant d'hommes restés chrétiens au fond du cœur, mais n'osant plus le laisser paraître. « Pourquoi, disait le 30 août cette feuille immonde, les filles de service et plusieurs femmes des rues ci-devant du Clos, ci-devant Vincent et du Rondot-du-Capitole, sontelles aujourd'hui toutes endimanchées, et pourquoi cette différence n'existe-t-elle pas dans la rue ci-devant Battant ? C'est que les habitants de la rue des Piques sont des sans-culottes et par conséquent d'excellents citoyens. Hommes et femmes, et même les négociants, n'y connaissent plus d'autre jour de repos que celui prescrit par la loi, c'est-à-dire la décade. Les habitantes des rues citées plus haut ne peuvent être des sans-culottes bien parfaites, parce qu'elles approchaient autrefois de trop près les culottes violettes et aristocratiques, où elles ont puisé le fanatisme et l'aristocratie dont elles ne se dépouilleront jamais ; c'est que ces demoiselles écoutent peut-être encore trop familièrement, c'est la chronique scandaleuse qui le dit , certains hommes se disant encore prêtres, tels que Blondeau, se disant administrateur de Mouthier, qui annoncent en cachette que dans quinze jours le régime sacerdotal sera décrété par la Convention , qui sent que la répubUque ne peut être heureuse et prospère sans prêtres bien payés, cela s'entend. C'est que la plupart des filles de soins vont porter les dîners dans la maison de réclusion^ où elles s'édifient de l'air de propreté et d'ennui qui règne, les ci-devant dimanches, parmi les personnes qui l'habitent , et qu'elles se trouvent forcées d'imiter les bons exemples de tant A'illustres personnages. D'ailleurs, les endimanchées d'aujourd'hui ne sont plus que de vieilles femmes pour la plupart, ou des filles publiques qui veulent se donner un air de vertu pour relever l'éclat de leurs charmes et faire oubUer le scandale de leur vie ; ce sont encore de franches coquettes qui aiment à faire deux toilettes par chaque décade, pour attacher à leur char un