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plus grand nombre d'esclaves ; enfin, ce sont de ces femmes â esprit de contradiction, qui voudraient se faire guillotiner parce que les autres redoutent ce fatal instrument.... »
Ces filles héroïques, si lâchement outragées et menacées, ne se bornaient pas à porter ostensiblement les livrées chrétiennes. Elles continuaient avec la même fermeté leurs réunions de prières. Le 7 septembre, le comité révolutionnaire de Besançon décida « que la fille Philiberte Ravier serait mise en arrestation, comme prévenue d'avoir prêté les mains et reçu chez elle des rassenÀlements illicites au sujet du fanatisme, ce qui résultait de ce que les membres du comité avaient trouvé chez elle plusieurs citoyens et citoyennes y rassemblés pour assister à des oflSces d'ancien régime, et munis de tous les ustensiles nécessaires à ce sujet, comme caUce, burettes, marbre, devant d'autel, chasuble, etc. Eq* suite, dit le greffier révolutionnaire, on a amené la nommée Marie Carmentrand, fiUe de soins de la Courlet de Yregille, pour le même objet; on Ta interrogée, et le comité a déli-^ béré qu'elle serait mise aussi en arrestation, comme prévenue de complicité ; en conséquence, un mandat d'arràt a été décerné contre elle. » Nannette Roy, demeurant chez le nommé Bourgon, Jeanne- Antoine Alin, de Boult, Françoise Perrot, J.-Cl. Chamol, de Delnz, J.-Cl. Drouhard, de Fallerans, et Cl.-Et. Drouhard, dIEtalans, surpris dans la môme assemblée, furent aussi mis en prison. Trois jours après, le comité décida que tous ces prévenus seraient renvoyés dans leurs villages respectifs, pour y demeurer en surveillance, et qu'ils recevraient de la commune de Besançon des passe-ports, où les motifs de leur expulsion seraient consignés. Le district ne jugea pas cette ré^ssion suffisante; et, le 3 octobre, il décida que les pièces relatives aux inculpés seraient remises au juge de paix pour commencer une nouvelle procédure contre eux.
V. Parmi les communes rnrales du même district qui se signalèrent par leur opposition religieuse et s'attirèrent les rigueurs administratives , il faut mentionner les deux Auxon , Pirey, Mercey-le-Grand et Marchaux. Le 19 août 1794, le district déclare a qu'au mépris de l'arrêté du 26 prairial
(U juin), et de la circulaire de l'agent national , les municipalités d'Auxon-Dessus et d'Auxon-Dessous conservent encore les effets d*or, d'argent , les cuivres, les fers , plombs, étains et autres qui servaient à la desserte du culte catholique, dont les ci-devant ministres ont abdiqué leurs fonctions; que cet exemple est dangereux et tend à propager les erreurs et la superstition ; qu'en conséquence , le citoyen Guyot, membre du conseil, se transportera sur-le-champ dans ces communes, s'y fera remettre les objets dont il s'agit, amènera également les tableaux, gravures et tous les signes relatifs au culte catholique , et fermera ensuite l'église, dont il conservera les clefs. 11 sera accompagné d'un gendarme, et les frais de son opération seront supportés par les agents nationaux de ces communes. »
La Vedette publia, le 16 septembre, la dénonciation suivante : « Il est donc vrai qu'il existe des fonctionnaires publics qui, au lieu d'éclairer leurs concitoyens et de leur prêcher les vrais principes, les entretiennent dans le fanatisme et la superstition. Un sans-culotte de Pirey , digne de foi , vient de nous avertir que le maire de cette commune , les jours de fête et de dimanche, vieux style, sonnait la cloche, assemblait les fidèles, et que dans son enthousiasme religieux, il chantait lui-même messe et vêpres. Avec de pareils magistrats , la raison pourra-t-elle de sitôt faire des progrès dans nos campagnes? et tant que le maire PiWoX psalmodiera et chantera l'office aux bonnes gens de Pirey , penseront-ils jamais à se réunir pour adorer l'Etre Suprême et lui brûler de l'encens sur l'autel de la hberté ? Fanatique Pillot, tu ferais mieux de laisser à leurs travaux précieux les habitants de ta commune, les ci-devant jours dedimanche, plutôt que de les entretenir, comme tu le fais, dans Terreur. Assemble-les les jours de décade, c'est ton devoir; mais, au heu de leur étourdir les oreilles d'un latin qu'ils n'entendent pas plus que toi, exphque-leur les lois, parle-leur de la liberté, des douceurs del'égahté.... Mais il est vrai que celui qui n'est pas l'ami de la liberté ji'en peut propager les principes ; ta conduite sera connue du district, et bientôt, n'en doute pas, il y mettra bon ordre. A revoir , Pillot , sois à l'avenir plus
circonspect, et tâche, s'il est possible , de devenir meilleur citoyen. »
Cette dénonciation ne pouvait manquer d'attirer sur le courageux chrétien les colères du district ; aussi, trois jours après, voit-on F.-X. Mornard, agent national de Pirey, et J.- B. Ménétrier, ofGcier municipal, se rendre au district, saas doute ensuite d'invitation , pour déclarer et certifier « qu'en effet, depuis que le citoyen Petit, leur ci-devant curé, a quitté ses fonctions, Pillot, maire de la commune, a régulièrement fait sonner la cloche, le matin et le soir , les jours de dimanche et de fête, pour rassembler les habitants à UégUse, où il fait chanter les vêpres et les chante lui-même et fait ou fait faire la congrégation, ce qui est encore arrivé le jour appelé ci-devant dimanche dernier. »
Devant une pareille série de crimes, le district, indigné, déclare (( que le maire Pillot, en rassemblant les citoyens dans la ci-devant éghse, pour y exercer des cérémonies religieuses, y entretient le peuple dans une superstition dangereuse ; que ce fonctionnaire public ne devait point servir de chef aux partisans d'un fanatisme qu'il aurait dû s'empresser d'éteindre, en lui substituant la morale républicaine; qu'en conséquence, il est destitué de ses fonctions. Odille, membre du district , est chargé d'aller fermer les portes de l'église et d'en rapporter les clefs, qui resteront déposées au district. Il est fait en outre défense au ci-devant maire, ainsi qu'à tout citoyen, de provoquer aucune assemblée ou de se réunir pour exercer, soit par leur fait, soit par celui d'autrui, des actes extérieurs du culte cathohque, sous peine d'être dénoncés et poursuivis comme perturbateurs. Enfin cet arrêté sera lu le lendemain par l'agent national de Pirey, dans une assemblée où tous les citoyens seront invités à assister. »
La Vedette ne manqua pas d'applaudir à toutes ces indignités au nom même de la hberté et de la tolérance ; elle recommanda au nouveau maire de Pirey « de profiter de la leçon et de ne pas oubUer qu'un fonctionnaire public ne devait être d'aucune secte particuUère ; qu'il ne pouvait pas plus chanter la sainte messe que rabbiner avec les juifs ou
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faire la cène avec les protestants, en attendant le temps où les habitants des campagnes abjureraient entièrement le fanatisme qui avait fait tant de mal au genre humain. »
La population de Mercey-le-Grand était généralement animée du meilleur esprit. Par malheur pour elle , un ex-volontaire, nommé Jac. Lavy, venait de s'y retirer avec une pension de réforme. Ce fanatique d'impiété écrivit , le 22 septembre, au district de Besançon : « Dans cette commune l'on ne voit que plein fanatiques et réclame l'ancien régime. L'église ouverte pubUquement, les assemblées de conférence se tenir, les Angélus sonner matin, midi et soir, chanter des vêpres, il ne leur manque que leurs monstres noirs pour qu'ils soient à leurs désirs. »
Le district, ému par ce cri d'alarme, et a considérant que des signes extérieurs du culte rappelaient la superstition à Mercey-le- Grand et tenaient le peuple de cette commune dans des erreurs qui le privaient des bienfaits de la Révolution , arrêta que le citoyen Odille , l'un de ses membres , se transporterait avec deux gendarmes à Mercey ; qu'il y ferait enlever les croix et autres signes féodaux , fermerait les portes de l'église et en apporterait les clefs au district ; qu'il était fait défense à la municipalité de tolérer aucun rassemblement sous le ridicule prétexte de célébrer le culte religieux; et, attendu que la municipalité n'avait pas tenu la main à l'exécution de l'arrêté du 26 prairial, relatif à l'enlèvement des vases et ornements des temples, à l'évacuation des presbytères par les ministres des cultes et à la translation de ces derniers à Besançon, la municipalité était de nouveau chargée de donner à cet arrêté une exécution prompte et entière, sous peine d'être déclarée suspecte et rebelle à la loi. »
Le 3 octobre, Odille, rendant compte de sa mission à Mercey, annonça que le maire avait promis de faire conduire à Besançon, pour le lendemain, tous les ornements , linges , fers et autres objets de l'éghse. Mais cela ne suffit pas au district , et le surlendemain , il décida qu'Odille retournerait à Mercey pour ramener aussi le curé démissionnaire, resté dans son ancienne paroisse, a attendu, dit le district, que ce
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prêtre était sûrement le moteur oa le complice des assemblées religieuses qui s'étaient continuées à Mercey. »
Le district de Besançon trouvait, à peu près du même côté, un autre sujet d'inquiétude philosophique^ qui détermina l'agent national Rambour à écrire, le 5 août , à l'agent du district de Dole : «Le commissaire de notre administration, pour la levée des grains dans le canton d'Egalité (Saint- Vit), a été informé que le nommé Lâsbemey, curé à Evans, district de Dole , coofère le sacrement de baptême aux enfants qu'on lui apporte d'une , deux et même trois lieaes. L'abus est trop criant, et il est trop important d'y apporter remède, pour que je ne m'empresse pas de te le dénoncer. Serons-nous toujours réduits à combattre le fanatisme et les erreurs ? Nous devons l'un et l'autre employer tous nos efforts pour faire triompher la liberté, et tu n'ignores pas que nous avons bien des ennemis à combattre. Livrons-leur une guerre ouverte, et traitons-les comme ils nous traiteraient eux-mêmes s'ils avaient sur nous quelques avantages. »
De nouvelles difficultés surgirent bientôt sur un autre point du district et occupèrent la sollicitude de Gouniot , successeur du vieux Rambour. Ce nouvel agent thermidorien ayant envoyé à Ign. Golard, agent national de Marchaux, l'ordre de faire conduire à Besançon tout l'or , l'argent, le cuivre, l'étain, le plomb et les ornements de l'église de cette commune, le fonctionnaire rural répondit, le 28 septembre : a Je me suis adressé au maire, aux officiers municipaux et au conseil; et les nommés P. Receveur et P. Berceot, membres de la municipalité, se sont opposés formellement à ce que je puisse mettre tes ordres à exécution. Ayant invité le commandant de la garde nationale à me prêter main-forte, celui-ci s'est mis en devoir , mais aucun citoyen n'a voulu obéir à ses ordres, parce que sans doute ils étaient sollicités, soit par Berceot et Receveur, soit par d'autres membres de la municipalité, pourquoi je me suis retiré. Je déclare, de plus, que, malgré les injonctions que j'ai faites aux nommés Jos. Millet, ci-devant instituteur àMarchaux, etJ.-F. Caillot, instituteur à Bregille, de s'abstenir de chanter les vêpres dans notre commune, ainsi que de
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toutes autres fonctions fanatiques, ceux-ci se sont ri de mes ordres et continuent leurs sottises, à leur manière ordinaire, ce qui sans doute apporte un trouble dangereux pour la chose piiblique et qu'il est essentiel de réprimer. »
Le district ne pouvait laisser impunie une révolte si scandaleuse. Le 15 octobre, il déclara que les municipaux Receveur et Berceot étaient suspendus de leurs fonctions, en attendant leur destitution définitive, qui serait demandée au Comité de salut public; et que les instituteurs Millet et Caillot, ayant entretenu le fanatisme en continuant à chanter les vêpres dans l'égUse, étaient destitués, avec défense d'exercer l'enseignement à l'avenir , sous peine d'être dénoncés comme perturbateurs de l'ordre social et ennemis de la Révolution. »
Si ailleurs les officiers municipaux se montraient plus disposés à exécuter les lois contre la religion, ils voyaient les habitants se révolter, et leur prodiguer les témoignages de l'indignation la plus vive. Le 1" novembre, Soufflot, maire de Roulans, adressa au district de Besançon un procès-verbal constatant que le même jour, vers les six heures du soir, ayant entendu sonner la cloche à l'occasion de la veille des morts, il s'était rendu aussitôt à Tégtise avec les gendarmes ; que plusieurs individus qui sonnaient avaient pris la fuite, et que les gendarmes, en les poursuivant, n'avaient pu en arrêter que deux : P. Barbe, âgé de dix-neuf ans, et Fr. Mougin, &gé de quinze ans; que ces jeunes gens , interrogés en vertu de quel ordre ils avaient sonné, avaient répondu l'avoir fait sans ordre et parce qu'ils avaient entendu sonner dans plusieurs communes voisines. « Je déclare, ajoutait le maire, que Anne Dessirier, veuve de J.-Cl. Henry, de Roulans, m'a dit qu'elle voudrait que la cloche me tombât dessus et m'écrasât, qu'elle voudrait que la voûte de l'église écrasât ceux qui enlèveraient les ornements de l'église pour les conduire à Besançon; que c'est nous qui faisons les lois. Une autre femme, la citoyenne Barbe , a traité toute la municipalité de crapule. »
Il paradt que les faits de ce genre étaient devenus assez «ommuns pour ne plus surprendre ou scandaliser le dis-
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trict ; car il se borna à écrire , i la fin de la dénonciation du maire de Ronlans : Aucune suite.
Le peuple des départements voisins ne se montrait pas moins fidèle i sa foi que celui du Doubs, et la Vedette ne les épargnait pas plus l'un que l'autre dans ses invectives et ses menaces. « L'église de Marnay a été fermée , disait-eUe, le 6 août ; Monsieur le curé devait, en conséquence, quitter le presbytère; mais, en vertu sans doute des bons services qu'il a rendus à cette commune, appuyé de deux officiers municipaux et d'une partie de la Société populaire, qu'il dirige en sens contraire des principes, il s'est maintenu en possession de la cure, en provoquant même le peuple à Vj maintenir. Une seconde preuve de l'ardent patriotisme des Mamésiens, c'est qu'ils chôment le dimanche et qu'ils travaillent les jours de décade ; conmie ce sont de bons ouvriers, ils aiment mieux se reposer quatre fois le mois, que trois fois seulement. Gare, Monsieur le curé, la bombe éclatera ; messieurs vos protecteurs pourraient bien en recevoir quelque éclat. A revoir ; à une autre fois! »
VI. L'état de l'esprit public dans le district de Baume n'était pas plus satisfaisant pour l'impiété. Il se trouve parfaitement dépeint dans le rapport suivant, adressé, le 9 novembre, au proconsul Pelletier, par l'agent national Bruleport : « Pour satisfaire à ta lettre, par laquelle tu me demandes quelle est la situation politique de ce district et le degré de maturité de l'esprit public, je te dirai que dans le principe de la Révolution, les habitants de ce district furent en général fortement prononcés en faveur du système régénérateur qui devait établir la liberté en France. Plusieurs fois ils donnèrent des preuves de l'esprit qui les animait alors, en se levant en masse pour se porter vers les frontières^ où de fausses alertes annonçaient des entreprises de la part de nos ennemis. Le serment exigé des prêtres en i79i, vieux style, opéra une scission funeste à la chose publique dans ce district. Trois de ses cantons, ceux qui avoisinent les districts de Doubs-Marat et d'Ornans, et dont les prêtres avaient refusé le serment, fanatisés par ces monstres, s'attachèrent à leur système perfide, et, pour la
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même raison, s'éloignèrent de la Révolution. Le mauvais esprit que ce changement répandit dans ces cantons, y occasionna des troubles qui agitèrent plusieurs fois ces contrées. L'administration a été obligée d'employer souvent la force et la voie de la persuasion, en y envoyant des apôtres de la Raison, mais toujours en vain. Le mauvais esprit de ce pays a été soutenu et alimenté par des prêtres déportés qui^ de temps en temps, y venaient, et dont l'administration^ avec tous les soins qu'elle a pris, n'a pu en faire arrêter que deux, qui ont payé de leur tète leurs forfaits. Quoique depuis quelque temps ces cantons n'ofiOrent plus le spectacle de l'agitation, ils n'en sont pas plus raisonnables au fond, et je crois que les habitants soupirent toujours en secret pour leurs prêtres.
)) Les sept autres cantons de ce district, dont les prêtres avaient prêté le serment, sont restés fidèlement attachés au char de la Révolution ; mais je ne puis te dissimuler que depuis répoque où l'administration a fait cesser le culte dans toutes les communes de ces cantons, la plupart ont montré de l'attachement à conserver leurs prêtres et leur culte, et quelques-unes même , de l'obstination , ce qui me fait présumer qu'elles ont éprouvé des regrets et du mécontentement qui a pu altérer et ralentir l'esprit public. Je crois qu'une bonne manière de remédier aux maux que nous font les prêtres, ce serait le prompt établissement de l'instruction publique. Des instituteurs adroits et instruits, qui seraient en état de parler et de faire sentir aux peuples le langage de la sublime raison et de la saine morale , les auraient bientôt détachés de ces absurdes momeries, auxquelles ils ne tiennent plus que par un reste d'ignorance, que le premier trait de lumière va dissiper. »
Ces espérances, purement hypothétiques, restaient mélangées de craintes beaucoup plus positives. Telle était même l'irritation causée, dans une partie du peuple de ce district, par la proscription de tous les cultes, que l'administration s'attendait à chaque instant à une insurrection. Prévenue, le 48 septembre, par le district de Doubs-Marat, qu'il semblait se préparer un rassemblement dans les cantons de
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Vaacluse, Pienrefontaine et Sancey, elle expédia sur-lechamp i Besançon un émissaire chargé de requérir du général Aubugeois, commandant de la diTision, l'euToi de trois cents hommes pour renforcer la garnison du château de Belvoir ; et le général promit de les envoyer aussitôt qu'il aurait reçu du général commandant en chef l'armée da Rhin, les trois mille hommes qu'il venait de demander luimême pour la sûreté intérieure du département. Le district arrêta, en outre, que Jeanmaire, l'un de ses membres, alors en mission dans les cantons menacés, serait instruit des nouvelles reçues de Saint-Hippolyte. 11 l'invita en même temps à redoubler de vigilance et à tenir ses collègues an courant de ce qu'il apprendrait lui-même, afin que tout fût bien concerté pour prévenir la contre-révolution.
VII. L'arrêté tyrannique de Besson et Pelletier, d'autant plus odieux que les sentiments des populations du Doubs, contre lesquels il était dirigé^ étaient mieux connus des deux proconsuls, ne pouvait qu'accroître les difficultés. Aussi Bruleport écrivait-il^ le 6 décembre, à Pelletier : <( Lors de ton passage à Baume, venant de recevoir des rap« ports satisfaisants de plusieurs agents des communes, sur l'exécution de ton arrêté, je te les rendis de même; mais, d'après un rapport fait à l'administration, il parait que cet arrêté a produit des impressions difierentes dans la partie des montagnes^ où les prêtres déportés s'en servent, dit-on, pour augmenter le fanatisme de ces malheureuses contrées. » En réalité , les dispositions des cantons de la plaine n'étaient guère plus favorables ; et le district se trouva obligé d'employer partout beaucoup de ménagements. Bruleport écrivait encore, le 21 janvier 1795, à Pelletier : « Ton arrêté a déjà reçu une partie de son exécution. Plusieurs agents nationaux m'ont annoncé qu'il était entièrement exécuté chez eux ; d'autres m'ont écrit qu'ils avaient fait toutes leurs diligences pour en procurer l'exécution, et que, malgré leurs démarches, ils n'avaient pu trouver d'ouvriers qui voulussent entreprendre les ouvrages à faire, sans doute à cause de la difficulté des travaux. D'autres enfin ne m'ont rendu aucun compte. Persuadé que de la brusquerie dans
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le principe, loin de faciliter l'exécution, aurait pu l'embarrasser, j'ai tardé jusqu^à ce moment de prendre de nouvelles mesures contre les municipalités en retard, mais je vais les rappeler à leurs devoirs. »
Ce rappel n'ayant amené aucun résultat, le district, après un nouveau mois d'attente, écrivit i toutes les municipalités : (( La Convention, en proclamant la liberté des cultes, a fixé les justes bornes de son exercice. Les cultes ne peuvent obtenir aucune publicité ; aucun monument public ne peut en consacrer les actes. Cependant nous sonmies infoi^ mes que dans votre commune on exerce le culte catholique dans les ci-devant églises, qui sont des propriétés nationales ; que l'on y sonne les cloches ; qu'enfin les cérémonies religieuses se font ainsi que du passé. Si vous permettez une pareille infraction à la loi ; si des ministres du culte, qui la connaissent parfaitement, s'y prêtent, vous êtes tous bien coupables. Nous vous rappelons à la stricte observation de la loi et vous engageons à ne pas nous forcer à prendre contre vous les mesures que votre refus ou votre négligence nous commanderont. — Tanchard, président ; Marchand, vice-président ; Perriguey, BuUiard, Compagny. »
En même temps, les agents nationaux de toutes les communes furent mandés à Baume par-devant le comité révolutionnaire central pour être interrogés sur le maintien des signes du culte, de l'usage des cloches et des réunions religieuses, dans leurs villages. L'agent d'Hyèvre déclara que les officiers municipaux, requis par lui , le 9 décembre , de faire enlever la croix du clocher, n'en avaient tenu aucun compte et que cette croix subsistait encore. L'agent d'Anteuil déclara qu'il avait éprouvé la même opposition de la part de sa municipalité ; que la croix du clocher subsistait également ; que le maire, s'étant réservé une clef du temple, permettait à certains particuhers d'y faire conduire leurs morts, de sonner la cloche et de faire chanter par le maître d'école les ci-devant offices des morts, et enfin que lui, agent, ne sachant ni lire ni écrire, la municipalité se permettait beaucoup de choses.
L'agent de Clerval déclara qu'il ne restait à enlever que la
croix da clocher et qu'il y avait déjà un marché avec des ouvriers pour l'abattre lorsque la saison serait moins rigoureuse. L'agent de Lanthenans déclara que la croix existait encore sur le clocher de cette commune ; qu'il avait proposé soixante livres à Lacour, de l'Isle, pour l'enlever, mais que celui-ci avait refusé; qu'il avait adressé la même proposition à un couvreur de Mambouhans, mais que ce couvreur avait répondu qu'il ne voulait pas le faire, qu'il avait déjà enlevé d'autres croix et qu'il s'en repentait. L'agent de Bretigney protesta qu'il avait déjà invité plusieurs fois la municipalité à faire enlever la croix du clocher et qu'il avait ôté lui-même celle qui était au devant de TégUse. L'agent de Ghazot annonça qu'il ne restait plus que la croix du clocher et qu'on l'abattrait dans une meilleure saison. Phil. Lapprand, agent de Pierrefontaine, dit qu'il avait requis la municipalité de faire enlever la croix du clocher, que la municipalité avait requis des ouvriers, mais que jusqu'à ce moment les ouvriers n'avaient pas voulu le faire, sous prétexte du temps ; que le dimanche précédent, à l'annonce du décret en faveur de la liberté des cultes, on avait rouvert le temple pour y dire la messe, mais qu'il était resté étranger à cette affaire ; qu'il lui avait paru que depuis la célébration de cette messe , une grande partie des habitants étaient dans une agitation qui menaçait la tranquillité publique ; et que ceux qui avaient assisté à cette messe étaient ou paraissaient disposés à forcer les autres à penser comme eux , et les invitaient publiquement à y assister.
Au rapport de l'agent de Lanthenans la tradition ajoute un trait qui peint bien l'énergie des cathoUques de cette paroisse. Un citoyen nommé Ghâtelot , sans doute l'un de ceux qui avaient été emprisonnés comme suspects en 1793, rentrait au village avec sa voiture chargée, lorsqu'il aperçoit un homme occupé à attacher une échelle à la croix de fer qui surmontait le clocher. On lui dit que c'est un ouvrier que la municipalité a fait venir pour scier les bras de la croix. 11 ne prend pas le temps d'ôter les chevaux de sa voiture, il court chez lui, saisit son fusil, vient s'asseoir sur un tas de bois en face du clocher, et crie à l'homme déjà perché sur la croix,
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de descendre bien vite, ou sinon il va le faire dégringoler au moyen des deux coups de feu dont il dispose. Epouvanté, l'ouvrier s'empresse de descendre, et la croix demeure intacte.
Mais, indépendammentdes communes désignées ci-dessus, un grand nombre d'autres ne se montrèrent pas moins disposées à défendre leur foi jusqu'à la dernière extrémité. Le 6 février, Bruleport écrivait aux officiers municipaux d'Uzelle : c( Je sais que l'arrêté du représentant Pelletier a reçu son exécution dans votre commune, mais que les fonctionnaires publics qui ont fait leur devoir sont chaque jour exposés à des menaces. L'agent national en particulier est menacé parce qu'il tient les clefs de l'église, qu'on voudrait avoir pour faire de cette église un usage défendu par l'arrêté susdit. C'est à vous de prévenir tous les désordres qui pourraient nadtre du mécontentement de ces individus qui murmurent. Aussitôt que ces mauvais citoyens vous seront connus, faites-les-moi connaître^ pour les faire punir suivant toute la rigueur des lois. »
VIII. Odon, commissaire du district, revenant, le 26 août, du canton de Pierrefontaine, rapporta avec indignation qu'il venait de voir la fête du dernier tyran audacieusement chômée à Yillers-la-€ombe, à Germéfontaine et àLandresse ; qu'on y chômait de même les dimanches, tandis qu'on travaillait publiquement les jours de décade.
Des gens qui célébraient si audacieusement la fête de saint Louis ne pouvaient évidemment laisser passer la grande solennité de Noël sans se réunir pour mêler leurs regrets et leurs prières. Le comité révolutionnaire central de Baume, instruit qu'il y avait eu un rassemblement à Landresse dans la nuit du U au 25 décembre, fit venir P.-G. Breny, agent national de cette commune, qui en rendit le compte suivant : « Informé qu'il se faisait des rassemblements dans une maison de Landresse, où l'on prêchait et où l'on entretenait le fanatisme, et soupçonnant que ces rassemblements avaient lieu au domicile d'Anne Cassard, je me rendis avec deux citoyens devant sa demeure, dans la nuit du 4 au 5 nivôse, vers minuit. Nous passâmes dans le verger, sur lequel prend
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jour la chambre du poêle, et, à travers les fenêtres, nous Yimes qu'il y avait un grand nombre de femmes et de filles qui étaient à genoux et qui priaient pour le pape, pour les prêtres défunts et les déportés, et en même temps pour la conversion des schismatiques, en s*expliquant hautement de cette manière. En conséquence, nous nous présentâmes à la porte, qui se trouva fermée. Ayant frappé avec force^ en disant qu'au nom de la loi on eût à nous ouvrir, on ouvrit efTectivement, et nous trouvâmes environ quarante fenmies on filles et deux jeunes garçons de douze à treize ans, qtxi accompagnaient leur mère, veuve de Cl.-B^** Cassard, et (à.- Ânt. Clerc, locataire delà maison. Nous remarquâmes sur la table trois cierges allumés. Sur quoi, nous fîmes de vifs reproches à toute l'assemblée^ en leur disant qu'ils méritaient tous d'être incarcérés. Les unes se cachaient, d'autres pleuraient; d'autres enfin s'efforçaient de dire qu'elles croyaient ne point faire de mal. Du reste, la Cassard est dans l'usage de retirer chez elle, les dimanches et fêtes, les femmes et les filles pour y faire des conférences. »
Sur ce rapport, le comité décida, le 8 janvier, que des informations seraient commencées contre Cl.-Ant. Clerc, de Landresse et Anne Cassard, a prévenus d'entretenir et de propager le fanatisme et de faire des rassemblements à cet effet, i) Anne Cassard comparut devant le comité, le 42 janvier, et répondit, dans son interrogatoire, qu'elle était couturière et âgée de cinquante-huit ans ; qu'elle ignorait s'il y avait des rassemblements dans sa commune ; mais qu'à la vérité, dans la nuit du 4 au 5 nivôse, elle s'était rendue, à l'invitation d'autres personnes, dans la maison de Cl.-Ant. Clerc, où s'étaient trouvées une vingtaine de personnes ; qu'on s'y était occupé à chanter des cantiques et à réciter le chapelet; mais qu'elle n'avait pas provoqué cette réunion ; qu'au moment où les prières étaient finies et où chacun s'en retournait chez soi, l'agent national Breny était entré pour disperser l'assemblée et avait dit qu'il pardonnait pour cette fois. Interrogée sur les conférences qu'elle était accusée de tenir chez elle tous les dimanches , elle répondit que ces réunions avaient eu heu seulement deux ou trois dimanches.
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et qu^elles n'avaient pas eu d'autre but que la récitation du chapelet. « Mais, reprit le président, dans ces assemblées ne priait-on pas pour les prêtres déportés, pour le pape et pour la conversion des schismatiques ? — Les prières , répondit l'accusée , étaient indistinctement pour tout le monde. » Interrogée enfin si elle n'avait pas été fâchée de l'abolition du culte dans la république, et si elle ne désirait pas que les prêtres reprissent leurs fonctions, elle répondit négativement; réponse facile à expliquer dans la bouche d'une catholique fidèle, que les malheurs du culte constitutionnel touchaient fort peu.
Les témoins entendus ensuite ne firent que confirmer la déclaration de l'agent national. Anne Gassard fut, en conséquence, condamnée à la détention par le comité. Une première pétition de la prisonnière , à la date du 2 février , laissa le comité insensible ; mais , le 19 février, à la suite d'une seconde requête, il la mit en liberté et donna ordre de lever les scellés posés sur son domicile.
IX. Le 17 novembre 1794, Boumois^ agent national de Rougemont, écrivit au même comité : « Les citoyens Ant. Lambert et Jos. Plotet, de notre commune, se sont avisés de faire sonner les offices, comme d'ancienne coutume, les 11 et 12 brumaire courant, jours de laToussaint et des Morts, vieux style ; ils ont chanté les offices et continué les mêmes cérémonies les jours de dimanche, ce qui fait conserver dans l'esprit d'un grand nombre de monde de notre commune un esprit fanatique, et les empêche de se former un esprit républicain. Voyez ce que vous et moi ont affaire à cette objet, »
Le comité eut bientôt vu , et l'afiaire lui parut même d'autant plus grave, que les deux prévenus, chefs de la municipalité destitués l'année précédente pour les motifs les plus honorables, jouissaient de toute la confiance de la population. Il lança donc deux mandats d'arrêt contre eux, u pour avoir provoqué des rassemblements défendus par les lois et tendants à entretenir le fanatisme, » et les gendarmes furent envoyés à leur poursuite. L'interrogatoire eut heu le 27 novembre. M. Ant. Lambert répondit qu'il était cultivateur^ âgé de cinquante-trois ans et ancien maire de Rougemont ;
qu'il avait entendu sonner, le li brumaire, pour les morts , mais qu'il ne savait pas par quel ordre ; que depuis le départ du curé Boilley et même après le 14 brumaire^ il était réellement allé deux fois chaque dimanche à l'église, où l'on faisait la congrégation et où Ton chantait les vêpres, qui étaient annoncées par le son de la cloche ; que c'était Gl.-F. Sauvageot qui avait entonné le chant des hymnes et des psaumes, mais que pour lui, il n'avait jamais chanté au lutrin ; enfin que l'église était restée ouverte tous les dimanches depuis le départ du curé, et que si c'était un crime d'y faire des exercices de culte, la municipalité actuelle aurait dû en tenir les portes fermées. 11 ajouta que, le dimanche le plus récent, étant à la congrégation, il avait fait lui-même la lecture des Réflexions sur le vingt^septième dimanche après la Pentecôte , sur un livre qui lui avait été remis par Sauvageot. <( A-t-on fait usage de cierges dans les exercices auxquels tu as assisté, et sais-tu qui les a fournis? reprit le président — R. J'ai vu quatre cierges allumés et j'ignore qui les a fournis. — Q. Y avait-il des étrangers dans ces rassemblements? — R. Il y venait beaucoup de monde des communes voisines. »
Jos. Plotet, interrogé ensuite, répondit qu'il était cultivateur, âgé de cinquante-six ans et ancien agent national de la commune ; que c'était Feuillette, ancien marguilher, qui avait fait sonner la cloche, le 11 brumaire; que les quatre cierges allumés autour du catafalque avaient été fournis par le maire ; qu'on avait chanté les vêpres de la Toussaint et celles des morts ; qu'il y avait environ deux cents personnes à l'église et que personne n'était monté à l'autel. Il avoua qu'à la fin de l'office, il avait annoncé à l'assemblée que, chaque dimanche, on se réunirait pour faire la congrégation et chanter les vêpres, ce qui avait eu lieu effectivement. Le président lui ayant demandé s'il ignorait que les rassemblements de cette espèce étaient proscrits par la loi du 14 frimaire an ii^ comme nuisibles à l'ordre et à l'unité de la République, il répondit « qu'il ignorait si ces assemblées étaient proscrites et si elles étaient nuisibles à l'unité de la République, et que quand il verrait un décret
de la Convention qui lui défendît son culte, il s'y conformerait. »
Le comité révolutionnaire voulut bien se tenir pour satisfait des explications des deux prévenus ; et, sur la promesse qu'ils firent de se conformer dorénavant à l'arrêté de Besson et de Pelletier, il les renvoya chez eux en liberté. Mais, le 7 décembre, le représentant Pelletier se trouvant à Baume, et les détails de cette affaire ayant été mis sous ses yeux, le proconsul décida que Lambert et Plotet seraient incarcérés pour autant de temps que le,«omité révolutionnaire jugerait convenable. Il ne reste aucune trace de la durée de la détention de M. Lambert ; quant à M. Plotet, on le voit, le 3 février, encore consigné pour un mois dans sa maison, par le comité révolutionnaire.
X. Le 29 novembre 1794, Cl.-X. Perrot, nommé instituteur à Fontaine, témoin entendu par le même comité contre le vicaire Ghapuis, ajouta à sa déposition cette dénonciation supplémentaire : « A mon arrivée à Fontaine , l'agent national de la commune, J.-Fr. Marchevet , m'a engagé à dîner chez lui , et à table il m'a remis les clefs du temple. Alors, comme je lui déclarais que je n'en ferais jamais l'ouverture qu'aux jours de décade , cet agent national s'éleva fortement sur ce propos, en me disant : « Comment donc! » tu ne nous ouvrirais pas l'église les jours de dimanche I » Si tu ne le fais pas, moi je le ferai, car je prétends qu'on )) célèbre toujours les dimanches et qu'on ne fera point de )) décades. » Quelques jours après, me trouvant encore avec lui , il me dit qu'il fallait absolument des prêtres , et que sans eux, les choses iraient toujours mal. »
Le 2 décembre, le comité entendit divers témoins qu'il avait assignés contre M. Marchevet. Le maire de Fontaine déclara que, depuis que le curé Masson les avait quittés, les portes de l'église étaient restées ouvertes les jours de dimanche et de décade ; que, le dimanche , nombre de personnes allaient y faire leurs prières ; que, depuis environ un mois, il s'y était tenu contre son gré des rassemblements, tant d'hommes que de femmes, pour y faire des congrégations ; que ces rassemblements étaient annoncés au son de