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Auxonne. Il lui recommanda le secret et lui délivra, sur le couvent, un mandat à vue duquel la relique fut confiée i Baude et repeinte par lui. »
a Le 22 mars, Rambour, qui avait été chargé de faire part à la Société populaire de Theureuse découverte, et de lui présenter le poncis et le suaire, a fait rapport au district que le peuple avait vu cette fourberie sacerdotale avec autant de sécurité que d'indignation et avait demandé qu'on en fit une prompte justice. Sur la demande de la Société populaire, le directoire, considéAint que plus les marques extérieures du fanatisme et de la superstition ont acquis de crédit dans l'opinion publique, plus l'on doit s'empresser de les faire connaître au peuple, afin de le dépouiller entièrement des idées superstitieuses et chimériques dont sa crédulité peut encore le rendre dupe; considérant enfin que le suaire dont il s'agit a fixé plus d'une fois les regards et l'attention des districts lointains, arrête que le département est prié de rendre publics par la voie de l'impression les procèsverbaux qui constatent la découverte du poncis et du suaire, et les délibérations prises à ce sujet, et de faire parvenir le tout aux communes du département. Le directoire arrête en outre que le suaire et le poncis seront envoyés avec les procès-verbaux à la Convention, pour qu'il soit prononcé par elle sur leur destination. »
Le 8 mai, le département confirma, en ces termes, l'arrêté du district : « Vu le procès-verbal de reconnaissance du suaire qui était depuis des siècles l'objet de notre stupide vénération, et l'invitation faite par la Société populaire de publier par la voie de l'impression cette farce religieuse, le directoire, considérant qu'il est de son devoir de propager la lumière, surtout lorsque les faits à sa connaissance peuvent éclairer le peuple sur l'astuce sacerdotale qui, semblable au charlatan, amusait la sotte crédulité du vulgaire par des hochets superstitieux dont le prêtre hypocrite, caché derrière la toile, tenait les fils et riait de notre imbécile admiration, en même temps qu'il s'engraissait à son aise des aumônes faites aux objets qu'il plaisait à sa cupidité de déifier, mais dont il savait profiter pour vivre, aux dépens de
COLTB DB LA BAISON. GCEBRE AU CHRISTIANISIIB. 51
notre ignorance, dans une heureuse et crapuleuse oisiveté^ arrête que les pièces relatives à cette découverte et le présent arrêté seront imprimés, publiés et afûchés dans toute l'étendue du département ; qu'à cet effet, il en sera adressé des exemplaires aux municipalités et Sociétés populaires, ainsi qu'à tous les départements de la république. Il charge, en outre, les agents nationaux de chaque commune d'en faire lecture au peuple, à la première décade de la réception. »
Le U mai, à la séance de la Convention, le représentant Veau parla ainsi au nom de la commission des dépêches : c< La correspondance d'aujourd'hui vous offrira un trait assez piquant delacharlataneriedes marchands de miracles... Les prêtres, non contents d'avoir bâti, sous le nom d'un sage, un culte d'immoralité, de persécutions, de prestiges, ont lutté de ridicule avec les fabuleux historiens d'Apollonius. Ils ont prétendu prouver par des faits impossibles leurs dogmes absurdes et leur mission supposée, et ont ainsi appelé le mensonge à l'appui du mensonge. On avait imaginé de faire un miracle célèbre de la prétendue conservation d'un linge qu'on supposait empreint de la sueur, du saug et de TefSgie d'un homme mort il y a dix-huit siècles A Besançon, les prêtres offraient à la vénération du peuple ce qu'ils appelaient le Saint-Suaire. On vous envoie non-seulement ce linge ouvré et d'un travail moderne, mais encore le poncis et le moule découpé qui servait à y renouveler, chaque année, l'empreinte dont on admirait la conservation miraculeuse. On vous adresse aussi le procès-verbal qui constate la reconnaissance qu'en ont faite les prêtres et qui contient l'aveu formel de leur fourberie. Les Français, les hommes qui sentent la dignité de leur être et qui ne se forment pas de la divinité une idée blasphématoire, n'ont pas besoin de ces preuves; mais l'histoire doit les recueillir, pour garantir notre postérité des dangers de tout culte sacerdotal et pour aider les peuples asservis à rentrer bientôt dans les droits de la liberté et de la raison. » La Convention ordonna l'impression de ce rapport.
L'assemblée alla-t-elle plus loin? Ordonna-t-elle, comme on l'a écrit, que le Saint-Suaire fût envoyé à l'Hôtel-Dieu,
pour en faire de la charpie? Cet ordre, à supposer qu'il ait été donné, fut-il mis à exécution? L'objet de la vénération de tant de siècles, en Franche-Comté, ne se trouverait-il pas encore aujourd'hui enseveli obscurément dans la poussière des archives nationales à Paris ? Puissent les éclaircissements que sollicite à cet égard la piété locale motiver et couronner un jour les recherches de quelque patient et religieux érudit 1
Quoi qu'il en soit de l'authenticité du Saint-Suaire de Besançon, il est certain que cette image vénérable était d'une assez haute antiquité ; que sa peinture, exposée à la lumière â peine deux fois par an, n'avait nullement besoin d'être ravivée chaque année ; que le poncis exploité si bruyamment servait à un usage tout différent et bien connu, et que les profanateurs avaient fait preuve d'ignorance ou de mauvaise foi en méconnaissant cette circonstance. A supposer que quelques-unes des particularités relatées par leurs procèsverbaux fussent de nature à inficier l'authenticité de cet objet vénéré, comme l'abbé Bergier l'avait signalé bien avant eux, elles faisaient encore mieux ressortir la parfaite bonne foi du chapitre, cardes faussaires de cette importance se seraient évidemment montrés plus habiles. Du reste, le langage même des organisateurs de cette scène impie prouve assez qu'il ne s'agissait nullement pour euxd'un point d'érudition ecclésiastique à éclaircir, ni d'une origine à étudier sérieusement, mais uniquement d'une haine brutale à satisfaire, d'un nouveau coup à porter à des hommes déjà frappés par Texil, et surtout d'une machine de guerre à faire éclater pour anéantir la foi chrétienne dans tout le département.
X. L'administration trouvait dans le club de Besançon un puissant auxiliaire pour cette œuvre de destruction. Si les quatre apôtres qu'ilavait envoyés dans les montagnes pour y former l'esprit public, avaient essuyé l'échec le plus complet , en revanche, les séances de la Société étaient journellement consacrées à entendre des prêtres qui venaient se déprêtriser ou des sans-culottes qui abjuraient le christianisme. Le 22 novembre i793 fut un jour de fête pour la Société. Elle reçut la visite des membres de la propagande révolulion-
nairedans les départements de l'Est, et l'un d'eux, le citoyen Delatre, de Metz, prononça en leur nom un discours qui eut les honneurs de Tinjpression et qui les méritait. Il commença en ces termes le récit de leurs premiers exploits philosophiques : « A Nancy, un peuple immense, réuni pour célébrer la décade, a abjuré les rêveries mercantiles de ses lévites et de ses prêtres. Les confessionnaux, tombés sous la hache de la philosophie, ont été brûlés au pied de l'échafaud. AStrasbourg, plus de six mille citoyens assemblés par nous devant la cathédrale, ont juré unanimement la destruction de toute espèce de prêtres et l'oubli de tous les cultes, pour n'adorer désormais que la divinité de tous les Français, la Liberté. A Belfort, les idoles de tous ces pieux vagabonds . sanctifiées pour l'utilité des prêtres, ont été dévorées par les flammes et ont formé un auto-da-fé agréable à la divinité.
» Nous venons nous réunir à vous pour livrer de concert un combat terrible à l'aristocratie, au modérantisme et au fanatisme qui souillent encore votre enceinte. Nous venons, au nom des citoyens de nos départements, présenter l'olivier de ^a paix aux amis de la liberté et le cyprès de la mort à tous ceux dont les cœurs n'appartiendraient pas tout entiers à la raison et à l'égalité. Nous venons vous dire enfin qu'un vaste tombeau est creusé sous vos pieds, et qu'il faut que nous y descendions tous, ou que, dans peu, il soit comblé des corps ensanglantés de nos ennemis communs. Us ont voulu des rois, des maîtres, des prêtres, des demi-dieux ; qu'ils aillent les rejoindre dans la tombe ; qu'ils périssent dans leur idolâtrie ; plaçons entre eux et nous l'océan de rétemité.
» Et vous, modérés^ c'est à vous aussi que nous venon» déclarer la guerre. Tremblez de nous parler davantage de douceur, d'humanité, de modération, pour mieux consommer vos crimes I On a proposé de prendre des mesures^ eontre les troubles fomenté^ par les prêtres; de toutes parts, modérés odieux, vous avez réclamé l'ordre du jour motivé wr la liberté des cultes, et qu'est-il arrivé ? C'est que les torches du fanatisme ont éclairé, sur les autels de la Vendée, les offrandes formées par les flots de sang versés au nom
d'un Dieu de paix. Au nom de rhumanité aussi, nous vous plongerons le poignard dans le cœur, car sa voix nous dit : Sauvez la liberté en frappant tous les traîtres. Soyons donc, frères et amis, inexorables et terribles contre l'aristocrate, contre le modéré ; mais ne le soyons pas moins contre un ennemi bien plus dangereux qui rôde sans cesse autour de vous, cet ennemi du peuple qu'on appelle le prêtre. Citoyens, ne vous y trompez pas, tant qu'il en existera un seul parmi vous, la liberté sera en péril. »
Echauffé et entraîné par cette éloquence furibonde, le club agita, pendant plusieurs séances, la question d'abolir franchement et résolument toute liberté reUgieuse , et il ne recula devant cette tyrannie avouée, qu'après avoir appris par ses apôtres à quel point le mécontentement était arrivé parmi les républicains des campagnes. Il décida même, le 4 décembre^ la publication d'une adresse pour rassurer ces derniers. Mais le même jour une consolation lui fut ménagée. Le jeune Jos. Droz vint lui annoncer que le W bataillon des volontaires du Doubs, réuni, le décadi précédent, pour célébrer le jour du repos, avait juré de ne reconnaître désormais d'autre religion que l'amour de la patrie, d'autre culte que la liberté. 11 donna ensuite lecture de l'adresse que les sans-culottes de ce bataillon venaient d'envoyer à la Convention nationale, pour revendiquer l'honneur d'avoir les premiers, dans l'armée, renoncé publiquement à la superstition. Cette adresse, rédigée sans doute par le futur membre de rinstitut lui-même, « promettait aux Français, affranchis du joug des préjugés, un degré de gloire et de bonheur auquel ne s'était jamais élevé aucun peuple. Il célébrait d'avance avec effusion la félicité d'un pays où il ne resterait plus d autre autel que celui de la patrie, plus d'autre temple que la nature, où toutes les croyances se borneraient à aimer les hommes et à servir son pays, où les vieillards exerceraient sur les mœurs une juridiction toute paternelle et où la vertu trouverait des récompenses simples et modestes comme elle. » Le club décida qu'une lettre de félicitation serait envoyée à ce bataillon de jeunes philosophes, et que leur adresse serait imprimée pour être répandue dans les
CULTE DB LÀ 1AI80II. GDBMI AU CniSTUNISMB. SST
campagnes. Ce jour-là^Gouvernet présidait la séance, assisté de David et de Datilleul, c'est-à-dire de Tivrognerie et de rimpudicité personnifiées.
Toutes ces publications philosophiques ayant produit peu d'efiet, le dub fit encore insérer dans la Vedette du 43 mars cette proclamation insolente :