AU PEUPLE
0 Démasquez-vous, il est temps, citoyens, démasquezvous I Le cri de la raison, le sens commun, vous en font une loi sacrée ; le bien de la société, un devoir indispensable ; la conscience, si vous en avez, une obligation stricte. Votre divinité n'est plus qu'un songe ; vos épouvantables mystères ne sont plus que de pieuses rêveries ; la raison, la philosophie, qui viennent de reconquérir leurs droits, les pénètrent, ils s'évanouissent.... Pour diviniser votre institution, vous divinisez votre maître; mais l'on n'en est plus dupe. Le flambeau de la raison vient éclairer l'horizon français, et sa clarté bienfaisante ne fait plus voir dans le prêtre aflublé de chasuble, qu'un charlatan séducteur, un hypocrite rusé, un impôt ambulatoire assis sur le peuple, un vampire qui se gonfle, se sature du sang du peuple dans son ignoble repos, et qui charme l'ennui de sa sagesse factice dans les bras d'une luxurieuse servante-maîtresse. . . . Malheureux peuple ! tu n'as donc pas vu jusqu'à présent dans cette institution divine des prêtres, dans ce pouvoir surnaturel qu'ils se sont attribué, une astuce infernale pour se rendre mdtres de ta faible moralité, pour t'engager à sacrifier à ces bizarres divinités le fruit de ton travail, dont ils s'ingurgitaient en riant de ta bêtise.... Les fables de ton évangile, dont ils te bercent, sortent de leur manufacture; ils ont eux-mêmes fabriqué l'histoire d'un simple Nazaréen ; dans on temps où tout était miracle, ils n'ont pas eu de peine à le faire passer pour un Dieu. La simplicité de ces premiers temps est si généralement connue, qu'on peut raisonnablement présumer que nos escamoteurs, nos jongleurs de la foire Saint-Germain, eussent été envisagés dans ces temps-là comme des dieux. Les prêtres de ta reUgion portent le
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même caractère que ceux des autres religions ; ils se sont tous nioDtrés hypocrites, insidieux, intéressés, ambitieux, processifs.... Le meilleur de tous ne vaut pas le diable, n
£t cela se prolongeait sur le même ton pendant cinq grandes pages, avec le même respect pour la souveraineté dérisoire de ce peuple qu'on accusait impudemment de man-* quer de raison et même de moralité.
XI. Mais en dépit des efforts du club, la Vedette^ organe officiel de l'administration départementale, envoyée aux firaiis des contribuables à toutes les communes, restait le foyer le plus ardent, le plus incessant et le plus redoutable de cette entreprise de perversion. On se ferait difficilement une idée de toutes les horreurs entassées dans cette officine et renchérissant chaque jour l'une sur l'autre. Le 39 novem-» bre, la Vedette^ s'adressant aux jacobins des villes et des caaipagnea, encore tout scandalisés du mariage de deux ou trois prêtres, s'écriait : « Frères et amis, des prêtres se sont mariés, rien de plus conforme à la nature. Les prêtres n'auront des nuBurs et ne seroat de vrais citoyens que lors* qu'ils ne seront plus ni égMstes ni célibataires. L'honneur de vos femmes, l'innocence de vos filles, dépendent essentiellement du mariage des prêtres. » Le 23 décembre, elle leur donnait encore cet avis, assez significatif malgré son hypocrisie : « La liberté des cultes sera scrupuleusement maintenue, mais ceux qui voudront retarder le progrès des himières et le règne de la raison seront regardés comme les ennemis de Thumanité. » Et c'est en effet à ce titre que furent égorgés, peu de temps après, par le tribunal révolutionnaire de Paris, deox honnêtes prêtres constitutionnels du Doubs, MM. Courtot et Baudot. Le 8 février, la Vedette recommandait officiellement à l'attention du peuple les couplets suivants, chantés à un banquet donné au représentant Lejeune, pour fêter la plantalâon d'un arbre de la liberté.