VI
la cloche, qu'on tintait trois fois, et enfin que c'était Marchevet qui tenait les clefs de l'église.
Interrogé lui-même le lendemain, M. Marchevet déclara que les propos qui lui étaient imputés étaient exacts, et que l'opinion qu'il avait émise était celle de plus des trois quarts des habitants ; que cependant il ne tiendrait plus les mêmes propos. Sur une question du comité, il avoua qu'un grand nombre de parents avaient retiré leurs enfants de l'école de Perrot, parce que cet instituteur refusait de leur apprendre le signe de la croix et de les élever comme par le passé. Le 4 décembre, le comité révolutionnaire déclara « qu'il résultait des dénonciations des témoins et de l'interrogatoire de Marchevet, que ce dernier entretenait le fanatisme parmi ses concitoyens ; qu'en conséquence, il serait détenu provisoirement comme suspect dans la maison d'arrêt de Baume^ jusqu'à ce que le représentant Pelletier eût statué en dernier ressort à son égard. f>
On ne voit pas à quelle époque le courageux agent national fut rendu à la liberté ; mais ce qui est certain^ c'est que le premier usage qu'il en fit fut d'attester de nouveau son zèle pour ses croyances et de s'exposer à de nouvelles rigueurs.
Le 23 février, le maif^e de Fontaine adressa au district de Baume un procès-verbal constatant que l'agent national Marchevet avait fait ouvrir les portes de l'église, la veille; qu'il avait laissé sonner les cloches pendant une demi-heure ; qu'un grand nombre de femmes , tant de Fontaine que de Gondenans et Montby, s'y étaient rassemblées, sous prétexte qu'elles voulaient rétablir cette égUse , et que ce rassemble^ ment avait occasionné un grand désordre dans la commune. Le district, saisi en ce moment d'une foule de dénonciations du même genre , les renvoya toutes au comité révolutionnaire central, spécialement chargé par Pelletier de poursuivre l'exécution de son arrêté contre Texercice des cultes. Le comité ouvrit, en conséquence, une procédure conlire les rassemblements qui avaient eu lieu le 4 ventôse, en contravention à une prétendue loi du 25 brumaire et à l'arrêté de Besson et Pelletier^ dans les communes de Branne^ Clervai^
Orsans, Passavant, Servin, Hyèvre, Fontaine, Lanthenans, Hyémondans, Tournedoz , Bretigney , Pierrefontaine, Laviron, Bournois , Orve, Cbazot , Leugney et Anteuil ; et les agents de ces communes furent cités à comparaître pour donner des explications au sujet de ces rassemblements. Quant à la commune de Fontaine , comme l'agent national lui-même était dénoncé à titre de principal coupable, le comité prit une autre voie d'information , et, le surlendemain,^ des mandats d'amener furent lancés contre J. -F. Marchevet, agent national, J.-C. Pauthier, J.-F. Brun , Cl. Bouquardet F.Juif, officiers municipaux, Jos. Bailly le vieux, la fille de Brun et la femme deThorimberg, tous de Fontaine, « prévenus d'avoir provoqué, le 4 ventôse, un rassemblement dans le lemple , sous prétexte de le remettre dans l'ordre où il iétait ci-devant ; d'avoir annoncé ce rassemblement au son de la cloche, durant deux beures, et d'avoir refusé de se disperser , malgré les instances du maire revêtu de son éôfaarpe. » Mais, à ce moment, l'autorité du comité révolutionnaire était expirante comme la Terreur elle-même, et la victoire resta au peuple.
XL Le i" décembre , l'actif comité de Baume déclara « qu'il était informé que la nommée Bergère, de Romain, ex-servante du prêtre Gaudy, déporté (curé de Servigney), s'occupait à nourrir et à propager le fanatisme à Romain et dans les villages voisins ; qu'elle était violemment soupçonnée d'avoir des correspondances avec les prêtres déportés et même d'avoir fait un voyage à l'étranger ; qu'une pareille femme était une ennemie déclarée du bien public, et qu'on ne pouvait trop tôt se saisir de sa personne pour la livrer à la justice nationale ; qu'en conséquence , un commissaire irait informer , tant contre la prévenue, que contre la nommée Thouret, ex-religieuse à Long-Sancey. »
Favelet, commissaire du comité^ exposa, le lendemain, « qu'à Mésandans, on lui avait rapporté que la nommée Berr gère restait actuellement à Pierrefontaine chez un vieillard ; mais qu'elle se retirait quelquefois à Mésandans chez une TBUve Bodar, et que le cri public, dans ce village, était qu'elle était entachée du plus noir fanatisme et de l'aristocratie
la plus puante; qu'elle n*osait même se montrer, parce qu'elle était en horreur aux bons citoyens ; qu'elle avait toujours été assidue à servir les émigrés et déportés Gaudy, dans leurs rassemblements à Mésandans ; et enfin qu'elle avait dit récemment à la veuve Gogué que les émigrés et les prêtres déportés étaient plus heureux que ceux qui s'étaient conformés à la loi ; tant elle était fanatique! »
Le 6 décembre, le comité fit comparaître des témoins contre la prévenue. Le fils Gogué déclara qu'il lui avait entendu dire qu'elle ne renoncerait jamais à son culte et qu'elle ne cesserait pas de l'exercer ; qu'elle ne voulait point fréquenter les comédies qui se faisaient alors dans les églises ; que le citoyen Clavy , de Marchaux , avait eu avec elle une conversation très vive sur le culte et sur les prêtres, et que Clavy avait menacé de la corriger, en lui disant : Tu mériterais^ b„gre^ que je te f.,te le tour! et enfin, que la prévenue, passant devant la porte de son père , à Romain , avait dit : « Je ne veux pas voir mon père , parce qu'il est d'une opinion contraire à la mienne, » ce qui eut heu en efiet. La femme Planche déclara qu'elle lui avait entendu dire que ceux qui avaient acheté les biens des deux abbés Gaudy, de Mésandans, s'étaient bien trompés , parce que ces prêtres allaient revenir. Amenée par les gendarmes et interrogée à son tour, le surlendemain, la prévenue répondit qu'elle était âgée de quarante-un ans ; qu'après avoir demeuré chez le curé Gaudy , à Servigney , jusqu'en 1791 , elle était venue demeurer avec lui à Mésandans, chez le frère de son maître, et que de là elle était allée rester à Pierrefontaine , chez le citoyen Bidal. Quant aux propos qui lui étaient imputés , elle en nia complètement l'exactitude. Le comité n'en décida pas moins qu'elle serait incarcérée à titre provisoire ; et , le 22 décembre , il la condamna définitivement à un mois de prison.
Le 5 mars, l'agent national de Montenois, désespéré, écrivait au district de Baume : « Le fanatisme fait dans notre commune des progrès effrayants ; les lois y sont méprisées ; l'approche prétendue des vieux prêtres semble déjà être à la veille. Malgré l'arrêté des représentants du peuple, on sonne
DÉVASTATION DES ÉGLISES. RÉSISTAKCE DU PEUPLE. 5i7
les cloches matin et soir. Tâchez de remédier à tous ces abus si contraires à la marche de la Révolution, et rappelez la municipalité à ses devoirs. »
XII. Ce n'était pas seulement dans les campagnes que les chrétiens relevaient la tête. A Baume môme, le ii novembre, on voit deux religieuses annonciades , M"** Claudine-F" Boichard et Marie-F" Burignot , écrire courageusement à la municipalité , pour rétracter le serment de liberté et égalité qu'elles avaient prêté le 29 septembre 4792, et qu'un remords mal fondé leur faisait envisager comme coupable. Hélas ! la Révolution avait commis bien assez d'attentats contre la religion^ sans qu'on en augmentât ainsi gratuitement le nombre. Du reste , au même moment , d'autres religieuses, dont la conscience était mieux éclairée, M*"** Hûmbert, Cuenot et Louvot, hospitalières à Baume, se présentèrent à la même municipalité pour prêter un serment dont la condamnation par M. Tévêque de Lausanne , administrateur du diocèse de Besançon, n'avait pas été confirmée par le saint-siége. Toutes les autres anciennes religieuses fixées à Baume avaient déjà prêté le même serment le 22 février 1794. La courageuse démarche de M"" Boichard et Burignot irrita vivement l'administration départementale. Elle décida, le 25 décembre, que non-seulement elles resteraient privées à l'avenir de la pension qui les indemnisait de la confiscation de leur dot , mais qu'elles ne pourraient rien toucher de tout l'arriéré; et qu'elles étaient renvoyées, en outre, devant le comité révolutionnaire central du district, chargé de prononcer sur leur suspicion.
Xllï. Les populations du district d'Ornans ne présentèrent pas moins de résistance aux mesures tyranniques prises pour anéantir les dernières traces de leur religion. En vain la Société populaire et montagnarde d'Ornans avait-elle adressé au district une pétition pressante « pour que tous les signes extérieurs du culte catholique placés sur les ci-devant églises de la ville fussent enlevés ; » eu vain le district s'était-il empressé de satisfaire les voeux du club, et le département, d'y applaudir avec effusion, le 8 août ; près de cinq mois après, le comité central révolutionnaire d'Ornans se
voyait forcé d'iaviter la municipalité de cette ville « à exécuter l'arrêté de Besson et Pelletier, en faisant enlever les croix en bois, en fer et en pierre, qui existaient encore, disaitil, au-dessus de plusieurs maisons et auraient dû être déjà enlevées. » Au bout d'un nouveau mois, la besogne n'était pas encore terminée, et Boulet, agent national , fulmina un réquisitoire tendant à faire enlever sans délai les signes du culte dans l'église des ci-devant minimes, attendu, disaitil, que la conservation de ces signes proscrits était d'un mauvais exemple.
Les communes rurales, comme on le présume bien, étaient encore moins disposées à se prêter au vandalisme impie de la Convention et de ses délégués. Le 48 novembre, le district prit contre la commune de Vuillafans l'arrêté suivant : (( Le conseil, informé que depuis quelque temps il se fait des rassemblements de fanatiques, les jours de ci-devant dimanches et fêtes, dans la ci-devant église de Vuillafans; qu'il existe encore dans ce temple quantité .de signes et vestiges de l'imposture et de l'hypocrisie ; considérant que ces rassemblements sont expressément défendus par les lois, et que tous les objets ci-devant dédiés au culte catholique, qui peuvent encore subsister dans les temples, qui doivent être dédiés désormais à l'Etre Suprême, qui n'admet que la simplicité et la sincérité des cœurs dépouillés des erreurs et de la superstition, sont encore un ahment qui nourrit et entretient l'ignorance et le fanatisme, arrête que Nicolas, l'un de ses membres, nommé commissaire, se transportera à Vuillafans poui* informer sur les rassemblements fanatiques dont il s'agit, connaître les principaux chefs de ces contraventions à la loi et ceux qui les annoncent au son de la cloche ; il charge le commissaire de faire enlever du temple tous les signes et vestiges du ci-devant culte catholique, de requérir la municipalité de lui procurer des ouvriers à cet effet, comme aussi de requérir la force armée. »
Muni de tous ces pouvoirs, J.-F. Nicolas se rendit, le 23 novembre, à Vuillafans : « Le procureur de la commune, dit-il dans son procès-verbal d'enquête, a refusé de comparaître, comme ayant renoncé à ses fonctions pour remplir
celles de notaire. P.-Jos. Exibard, maire, a déposé que, le il brumaire dernier, il avait rencontré entre Vuillafans et Montgesoye deux groupes de filles de cette dernière commune, parmi lesquelles il reconnut la fille de P. Pussot ; que les soupçonnant d'aller à Vuillafans pour cause de ces rassemblements fanatiques, il leur avait dit : Vous allez à Vuillafans pour quelque chose qui ne convient pas, prenez garde à vous, et qu'elles s'étaient mises à rire ; enfin qu'il avait entendu dire qu'on avait chanté à l'église, le 36 du même mois. J.-Ët. Vieille a déposé qu'un dimanche il avait entendu diverses voix réunies chanter très haut des chants du ci-devant culte catholique, mais sans avoir connu les personnes. Thérèse Degoux a entendu chanter, le 18, dans l'après-midi. Le lendemain, A frimaire, je me suis transporté dans la ci-devant égUse de Vuillafans, accompagné des citoyens Exibard, maire, Cl.-Nic. Guenard, J.-F. Bard, P.- Ant. Bataillard et F.-X. Pourchet, officiers municipaux, à l'eJOTet de faire enlever de cette église tous les signes et vestiges du ci-devant culte. La municipalité a pris un arrêté hier pour l'exécution de cette opération, et elle a requis les citoyens J.-F. Garnier, J.-Cl. Caire, Siméon Crétin, Fr.-X. Bardey, J.-P. Vuillemin, P. Bardey le jeune et P.-Fr. Etignard, de se rencontrer tous aujourd'hui dans l'église, à huit heures du matin, pour y travailler aux opérations dont il est question. Ayant attendu dans l'église depuis les huit heures jusqu'à dix heures, aucun des susdits ouvriers requis ne s'est présenté. »
Le commissaire ajouta qu'il lui avait été impossible de se procurer des preuves décisives sur les rassemblements fanatiques^ et que les ouvriers requis pour dévaster l'église ne s'étaient pas bornés à mépriser cette réquisition, mais qu'ils avaient pris la fuite. Le district décida, en conséquence, que Tarrëté de Besson et Pelletier, qui venait d'arriver, serait envoyé sur-le-champ à Vuillafans ; et que, s'il n'était pas exécuté dans le délai prescrit, on enverrait des gendarmes avec des ouvriers. En attendant, J.-Et. Coste, agent national démissionnaire, était requis de continuer ses fonctions, sous peine d'être déclaré suspect et puni comme tel.
5!20 GHAPITRS LXIII.
Si à Vuillafans, chef-lieu de canton et siège d'un des principaux clubs du district, on se montrait si réfractaire, on conçoit ce qu'il devait en être des autres communes ; aussi jusqu'au SI décembre, les documents administratifs ne nous présentent-ils que trois municipalités comme s'étant acquittées d'une partie de leurs devoirs philosophiques. Le 25 septembre, le département ordonnança la somme de 195 livres pour frais de déplacement des croix de l'église et de la chapelle de Vercel. Le 12 octobre, ne croyant plus sans doute à la nécessité des primes d'encouragement, il répondit à la municipalité de Chevigney, qui réclamait aussi 150 livres pour la destruction de ses croix, « que les communes, en enlevant les emblèmes féodaux et fanatiques, n'avaient fait que remplir un devoir qui leur était prescrit parla loi ; qu'en conséquence, il n'y avait pas lieu de déhbérer. » Enfin le 10 novembre. Blanche, officier municipal de THÔpital-du- Grosbois, écrivit au comité central d'Ornans, avec une égale hberté d'orthographe et de pensée : a Nous avons reçut un arrette des citoyens Besson et Pelletier relative a enlever touts reste de signe du cydevant culte qui se trouverait dans le temple de la raison. Jes démoUt avec laide du cit. Grandjean , maire toute les otel et tout signe du cydevant culte nous ny avon laissée que la tribune et les banc et je les fermée. Il ne sy fait plus de rassemblement les cydevant dimanche et fette parce que je retien la clé. »
Le zèle iconoclaste de ces deux magistrats rencontra si peu d'imitateurs, que, le 21 décembre, le comité central révolutionnaire d'Ornans, impatienté, déclara « que plusieurs communes du district n'avaient, jusqu'à ce moment, fait aucun cas de l'arrêté des représentants, malgré l'injonction qui leur avait été faite de l'exécuter dans tous ses points ; que, malgré la réitération de ces ordres, les communes et leurs agents restaient dans une insouciance inexcusable; qu'en conséquence, ces communes seraient averties de nouveau d'avoir à exécuter l'arrêté des représentants, et que des commissaires, pris dans le sein du comité, parcourraient les communes, pour vérifier si elles s'étaient mises en règle à ce sujet. »
Le surlendeniaiD, un membre du comité fit remarquer avec indignation u que les agents nationaux de trois chefslieux de canton, Vercel, Vuillafans et Amancey, n'avaient pas daigné correspondre avec le comité, pour l'informer si tous les signes d'un culte quelconque étaient enlevés. » Le comité, s' associant aux sentiments de l'orateur, déclara « que leur négligence étant une infraction et un mépris formel de la loi du 7 fructidor précédent, et une omission d'autant plus blâmable, qu'ils avaient été invités plusieurs fois à envoyer leurs correspondances, des mandats d'amener seraient lancés contre eux, pour savoir d'eux les raisons qui les avaient empochés jusqu'à ce jour d'instruire le comité de ce qui s'était passé dans leurs communes et de faire réponse à ses difTérentes lettres. »
Les trois magistrats inculpés comparurent le 35 décembre devant le comité. L'agent de Vuillafans, amené par un gendarme, répéta qu'ayant opté pour les fonctions de notaire, il avait cru être déchargé du soin de correspondre avec le comité; mais qu'ayant ensuite été obligé par le district de reprendre son poste, il avait écrit qu'il ferait exécuter l'arrêté des représentants. Le comité voulut bien se contenter de ses promesses et décida qu'il serait rendu à ses fonctions. L'agent d'Amancey, amené aussi par un gendarme, comparut ensuite; il protesta qu'il n'avait reçu ni arrêté des représentants ni lettre du comité, et qu'il donnerait au plus tôt son réquisitoire à la municipaUté pour l'exécution des ordres dont il s'agissait. Le comité, se défiant beaucoup des promesses de cet agent, ne consentit à le lâcher qu'après lui avoir fait signer un engagement écrit de se conformer à l'arrêté dévastateur. Plus favorisé que ses collègues, l'agent de Vercel se présenta sans accompagnement de gendarmes ; il dit qu'il n'avait pas pu obtenir le dépouillement de l'église de Vercel, parce qu'elle était remplie des effets des différentes communes du canton ; et qu'il en avait déjà informé le comité. U fut renvoyé en liberté, aux mêmes conditions que les précédents.
Le lendemain, le comité sentit la nécessité de recourir à une mesure plus générale. « Informé, dit-il, que plusieurs
agents nationaux des communes ont été jusqu'ici assez négligents et assez lâches pour ne pas exécuter ou faire exécuter l'arrêté concernant les signes du culte, et ne sachant sous quel prétexte ces agents ne se sont pas conformés à l'article 3 de cet arrêté, le comité décide que les agents nationaux des communes où il sait que les signes du culte existent encore seront avertis de se rendre incessamment au comité pour s'expliquer. » On vit donc, pendant huit jours consécutifs, arriver à Ornans les magistrats retardataires. J.-B. Becquenot, agent de Tarcenay, déclara « que tous les signes extérieurs du culte y étaient abattus et renversés, et qu'il allait requérir la municipalité de faire vider incessamment les effets et ornements qui existeraient encore dans le temple. » Il se soumit à rendre compte du succès de ses démarches au comité, à l'expiration de la décade suivante. Journot, agent du Plaimbois-Derrière-Vennes, assura que tous les signes extérieurs qui existaient, tant sur le territoire que dans le temple, avaient disparu, à l'exception de l'autel, qu'il ferait démolir aussitôt après son retour. Ligier Landriot, agent de Yillers-sous-Montrond, déclara que les signes extérieurs du fanatisme étaient enlevés depuis plus de quatre â cinq mois dans sa commune; qu'à la vérité, ceux qui gai> nissaient l'intérieur du temple y existaient encore^ mais qu'il s'obUgeait à les faire enlever et à en rendre compte au comité. Cl.-L. Nicolas, agent de Mérey, dit que depuis dix jours il avait requis la municipalité d'exécuter l'arrêté, et il se soumit par écrit à informer le comité de l'exécution qui serait donnée à son réquisitoire. J.-F. Dubiez, agent de Saules, déclara que l'arrêté avait été complètement exécuté dans sa commune. Léonard Brion, agent de Gléron, Cl. Roy, agent de Scey, Ambr. Drouhard, agent de Fallerans , Jos. Ghaillet, agent de Bolandoz, et Lupicin Pouchenod, agent de Nods, déclarèrent que, depuis quelques jours^ ils avaient requis leurs municipalités d'exécuter l'arrêté. Ils se soumirent également à informer le comité du résultat de leurs démarches. J.-Ët. Desbiez, agent de Charbonnières, déclara que l'arrêté avait été exécuté, excepté à l'égard de quelques meubles qui existaient encore dans le temple et qu'il se sou-
mit à faire disparaître. J.-F. Loriot, agent d'Amathay- Vésigneux, déclara qu'il y avait un mois qu^il avait fait son réquisitoire, mais que la municipalité n'y avait encore donné aucune exécution. Ch.-Jos. Bolard, agent de Vemierfontaine, fit la même déclaration et promit d'instruire le comité de ce qui se passerait ultérieurement. J.-Cl. Pointurier, agent de Longeville, annonça qu'une partie des signes extérieurs avaient été abattus ; Û s'obligea à faire abattre le reste aussitôt après son retour, à requérir la municipalité de faire enlever ceux qui étaient dans l'intérieur du temple et à rendre compte au comité du succès de ses démarches. Alexis Girard, agent de la Sommette, déclara que les signes extérieurs du fanatisme avaient été abattus depuis environ trois décades; que ceux qui garnissaient Tintérieur du temple y étaient encore; il promit, comme ses collègues, de faire de nouvelles réquisitions et de rendre compte de leur succès. Cl. -F. Duboz, agent de Domprel, fit la même déclaration. J.-Nic. Pitois, agent de la Villedieu, et Jos. Saulnier, agent de l'Abergement-du-Navoy, déclarèrent que les réquisitions qu'ils avaient adressées à plusieurs reprises à leurs municipalités , étaient restées sans effet ; qu'ils les avaient renouvelées au moment de leur départ, et qu'ils rendraient compte du résultat qu'elles auraient. J.-Jos. Barrand, agent d'Avoudrey, et Félix Barrand, agent de Longemaison, déclarèrent qu'il ne restait plus dans leurs églises que quelques pièces de sculpture et des confessionnaux qu'ils s'obligeaient à faire enlever, à leur retour. Clément Côte, agent de Voires, dit qu'il n'avait fait aucune réquisition, parce que le temple de sa commune était à Dûmes. J.-Ant. Voirin, agent de Dûmes, dit qu'il avait fait des réquisitions jusqu'alors inutiles ; il promit d'en poursuivre Texécution et d'en rendre compte.
Toutes ces promesses étaient-elles sincères? c'est peu probable; mais l'eussent-elles été, elles n'en étaient pas moins condamnées à rester stériles, grâce à l'indomptable résistance des populations. Dès le 6 janvier, l'agent de Mérey revint déclarer au comité que, à la suite de son nouveau réquisitoire, la municipalité avait encore une fois refusé de
se soumettre ; que les officiers municipaux Tavaieut même chassé de la maison commune, et que, depuis ce jour, ils le maltraitaient en paroles. Le même jour, Ferniot, du Valdahon, membre du comité, rapporta qu'étant allé quelques jours auparavant dans son pays, et ayant appris en route que les communes d'Epenoy, Chevigney, la Villedieu, Saules, Guyans-Durnes, Fallerans et Valdahon, n'avaient point encore entièrement exécuté l'arrêté relatif à la destruction des signes du culte, il s'était rendu dans chacune de ces communes, et avait consacré huit jours à faire enlever des temples tous les effets et ornements qui y existaient encore. Ce grand témoignage de zèle fut loué par tous les membres du comité.
Ce comité ne pouvait laisser impuni Toutrageant accueil fait par la municipalité de Mérey aux mesures philosophiques des proconsuls ; et le 9 janvier, un mandat d'amener fut lancé contre Cl.-Ant. Nicolin , officier municipal, pour avoir refusé d'exécuter le réquisitoire de l'agent national. Le magistrat inculpé comparut le 24 janvier; il déclara que l'église de Mérey était entièrement dépouillée ; qu'il n'avait pu se rendre plus tôt à l'appel du comité, à raison d'une chute sur la glace ; qu'il demandait, en conséquence, à être excusé et renvoyé chez lui, ce qui lui fut accordé, avec injonction d'être plus exact à l'avenir.
Le 46 janvier, Callerand, membre du comité, jaloux des lauriers de son collègue Ferniot, exposa qu'étant aussi allé faire un tour dans son village, il avait appris que les communes de Yanclans et de Rantechaux n'avaient pas encore exécuté l'arrêté contre les cultes ; qu'il s'était aussitôt transporté dans ces communes et avait fait enlever des temples de la Raison tous les meubles et ornements reUgieux.
Il semble qu'avec une surveillance si active, après des injonctions si multipHées et si pressantes, il était difficile aux municipalités de se soustraire à la dévastation de leurs églises. Cependant, le 3 février, Boulet, agent du district d'Ornans, écrit au comité révolutionnaire : « Je suis informé qu'il existe encore une croix sur le clocher de Mouthier, et que les communes du vallon de Maillot n'ont point encore
enlevé les signes du culte. Je vous invite à joindre votre surveillance à la mienne, pour faire disparaître promptettient tous ces signes superstitieux, qui ne doivent pas obscurcir davantage la vue des républicains, qui ne connaissent d'autre culte que la pratique des vertus. »
Le comité, trouvant qu'il avait assez fait pour ne pas mériter de pareilles remontrances, fit observer à Boulet qu'elles étaient déplacées. L'agent national répondit aussitôt: «Je n'ai jamais douté que vous n'eussiez fait tout ce qui dépendait de vous pour assurer l'enlèvement des signes du culte, et, quand je vous ai écrit à ce sujet, c'était pour vous prier d'ajouter encore à vos efforts. Certainement, j'en viendrai aux mesures rigoureuses que prescrit l'arrêté ; mais, ce ne sera qu'après avoir, pour ne pas nuire à la chose publique, employé activement et sans succès toutes les voies d'invitations fraternelles et d'instruction que la circonstance présente. Si nous pouvions venir à bout, par ces moyens, de remplir le but du représentant, quelle satisfaction ne ressentira-t-il pas d'avoir vu son arrêté exécuté par la volonté du peuple, sans que des coupables punis viennent ensuite se faire un mérite de leurs souffrances aux yeux des fanatiques ignorants. Us ont l'imbécillité de regarder leur juste punition comme des violences et des persécutions, et ce sont des armes qui alimentent la folie de ces fanatiques. Quelle joie n'aurions-nous pas nous-mêmes d'avoir amené le peuple par la douceur et les remontrances à l'oubli des choses auxquelles il n'est attaché que par l'habitude ! Le temps et Tinstruction corrigeront les mœurs. Fonctionnaires pubhcs , nous devons tout faire pour son bonheur; nous devons y concourir dans cette circonstance délicate ; ne nous y épargnons donc pas. Je vous ai montré une jouissance, procurez-vousla. Je vous transmets une copie de la lettre que j'écris âmes collègues (des communes). Je vous réitère mon invitation d'en faire une dans le même sens aux municipalités qui ne se sont pas exécutées. Vous voudrez bien me donner une note exacte de celles qui, à votre connaissance , ne l'ont pas fait. »
Le même jour, cet apôtre de la persécution parla douceur.
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écrivait dans un style beaucoup moins moelleux aux agents municipaux : « Les signes du culte n'étant pas encore enlevés dans ta commune, il m'importe de savoir si l'inexécution de l'arrêté des représentants du peuple est imputable à ta négligence ou au refus de ta municipalité, afin que je dénonce la municipalité à l^accusateur public^ si elle est coupable, ou que je provoque contre toi la peine sévère portée par l'article 5 del'arrèté, si toi-même tu es en faute. En conséquence^ je te charge de m'informer si ta commune a exécuté l'arrêté ou si elle ne l'a pas fait ; de m'envoyer , dans les vingt-quatre heures , ton réquisitoire , relevé sur le registre et signé du greffier ; passé lequel délai, j'agirai contre toi comme n'ayant fait aucune diligence. Presse encore ta commune, si elle est en retard ; joins l'instruction à tes réquisitions ; rappelle-lui son devoir ; dis-lui que le Dieu de l'univers n'exige des hommes qu'une bonne probité qui leur donne une conscience tranquille. J'espère que ta commune ouvrira enfin les yeux à la raison, et j'attends le plaisir d'apprendre qu'elle s'est exécutée en renonçant à la superstition. Si néanmoins elle ne l'a pas fait , dans les vingt-quatre heures tu m'en informeras, parce qu'alors, ne voyant plus en eux que desréfractaires et des mauvais citoyens, je les dénoncerai sans pitié comme sans retard, et d'avance je les ferai conduire dans la maison d'arrêt. »
Le comité révolutionnaire se mit pourtant en devoir de seconder l'ardent Boulet ; et, le 7 février, il déclara qu'il serait écrit aux municipalités de Vuillafans , Amathay-Vésigneux , Longeville , Reugney , Bolandoz , Déservillers , Scey, Cléron, Fertans et Amancey, qui n'avaient pas encore fait disparaître les signes de l'ancien culte , pour leur rappeler leurs obligations à cet égard et les peines qu'elles encourraient dans le cas d'une résistance plus prolongée. Six jours après, on voit le comité adresser une dernière circulaire aux officiers municipaux qui n'avaient pas encore exécuté l'arrêté de Pelletier. Mais il était trop tard ; le rôle des comités révolutionnaires allait finir avec celui de la Terreur, et, le 10 mars , après un mois d'une agonie silencieuse , le comité d'Omans signait son procès-verbal de clôture.
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XIV. D'après les assurances données^ le ^ juillet, à Lejeune par l'agent national du district de Pontarlier , il semblait que la destruction du christianisme dans ce district était tout à fait consommée et définitive. « Une des attentions les plus attentives de l'administration et de moi, écrivait Parrod au proconsul, a été dirigée contre le fanatisme (excité par les prêtres déportés). Ce fléau est presque détruit dans ce district. Il n'y règne guère plus de ce fanatisme d'un autre genre qu'inspiraient les prêtres assermentés, et l'on vient de prendre les mesures pour l'étouffer entièrement. L'administration, sur mon réquisitoire, a pris un arrêté pour décerner mandat d'amener contre les prêtres , qui ont tous donné leur démission et abdiqué leurs fonctions , sans aucune plainte ni murmure de leur part, ni effervescence de la part du peuple, que les lumières de la raison et de la vérité semblent éclairer. Cette mesure a été provoquée par les grands rassemblements qui se faisaient dans les communes où il y avait des prêtres, et où il se rendait, pour les offices, des personnes d'autres cantons et même d'autres districts. »
Le zèle courageux avec lequel ces pauvres constitutionnels allaient chercher si loin les messes de leurs derniers prêtres en fonction, était de nature à diminuer singulière^ m&niles esipévances philosophiques du district de Pontarlier. Aussi deux mois s'étaient à peine écoulés , qu'il était forcé , par les renseignements survenus de tous côtés, de convenir qu'il n'y avait encore rien de fait, et que l'empire de la vieille religion était plus affermi que jamais. Dans son désespoir , il adressa, le 14 octobre, à la Convention les plaintes suivantes :
c( La Révolution ne peut s'affermir, si la raison ne s'élève tout ensemble sur les débris des trônes et sur ceux des autels consacrés à la superstition. L'ombre du sacerdoce, en s'effaçant, a laissé à l'Etemel un temple digne de lui dans le cœur de l'homme libre , et son culte est celui des vertus. Ces vérités plus ou moins senties accélèrent ou retardent les progrès d'une philosophie bienfaisante, qui tend à consolider l'édifice de la moraUté républicaine. Nous nous sommes constamment occupés du soin de les répandre, et nos efforts
n'ont pas été sans succès dans un pays où l'empire des prêtres avait la plus grande influence. Sans recourir à des moyens extrêmes, sans heurter de front les préjugés que nous combattions, nous avons tellement circonscrit Fagence ecclésiastique , que , sans aucun inconvénient, notre district en a été débarrassé. Les abdications ont été faites, et le peuple n'a pas paru d'abord s'en émouvoir. Mais l'exemple des districts voisins, l'exemple du département du Jura, où les prêtres ont conservé leur juridiction , donnent lieu à des comparaisons. De ces comparaisons naissent des réflexions que le fanatisme secret des abdicateurs eux-mêmes nourrit et entretient. C'est particulièrement dans les campagnes, et à l'occasion des naissances et des décès, que le peuple ignorant éprouve un vide que rien ne remplace. Il se reproche de ne pas jouir, comme ses voisins, du bénéfice des messes, des prières, des bénédictions et de toutes ses cérémonies anciennes ; il a honte de les avoir devancés, et se plaint sourdement qu'il n'y a plus de distinction entre Thomme et la bête après la mort. 11 réclame la liberté des cultes.
» D'où viennent ces réflexions, que n'avaient pas faites d'abord nos montagnards? Des difîérentes nuances qu'ils croient trouver dans les principes , et surtout du vide qu'ils éprouvent. Aussi, dans certains cantons, voyons-nous quelques communes rétablir les congrégations, les conférences, et se rassembler en commun pour prier, réciter des oraisons, chapelets, etc. Cette marche rétrograde n'offre pas seulement du ridicule , mais elle nous inquiète à raison des localités et du voisinage de la Suisse. Elle est encore un triomphe pour le fanatisme.
» Ne serait-il pas possible, citoyens représentants, de substituer aux cérémonies insignifiantes et aux pratiques superstitieuses dont la suppression laisse un trop grand vide, quelque chose de plus réel et de moins dangereux, par rapport surtout aux naissances et aux décès , quelque chose enfin qui conciUe avec la raison la sensibilité peu éclairée ? C'est une question que nous soumettons à votre sagesse, en vous invitant à la prendre en considération. î— Gallet, Claudet, Simonin, Pecclet, Tavemier, Cart, Parrod. »
Le comité révolutionnaire central de Pontarlier, interrogé quelque temps après par le proconsul Pelletier, sur Tétat de Tesprit public, lui répondit, le 16 novembre 1794 : « En général , les ci-devant jours de fêtes et dimanches sont consacrés au repos , et non les fêtes décadaires ; la loi du maximum n'est pas observée ; à part ces abus , le peuple est tranquille et soumis aux autres lois. Cependant on croit que quelques habitants de l'extrême frontière se rendent en Suisse et communiquent avec les prêtres déportés, pour de prétendus secours spirituels. Le fanatisme est de deux espèces, suivant qu'il a été dirigé par les prêtres. Il est en faveur des déportés daus certaines communes, et en faveur des assermentés dans d'autres où il n'y a pas eu de changement de prêtres. Dans le canton de Goux , les croix existent sur les clochers, et les églises sont ouvertes , les jours de ci-devant fêtes et dimanches, pour y prier chacun en son particulier. Ainsi à Sombacour, Evillers , Ouhans , Gorgon , Aubonne , Arc-sous-Cicon , on n'observe pas les fêtes décadaires. Dans le canton de Frasne , on croit que les mêmes abus existent à Frasne, à la Rivière et à Bouveraus. Dans le canton de Jougue, il y a des rassemblements fanatiques pour les prières pubhques, les ci-devant jours de fêtes et dimanches, à Montperreux, à la Longevillo , aux Hôpitaux- Neufs et aux Fourgs. Toutes les cérémonies de la superstition sont conservées à Montperreux pour les enteirements. Un signe extérieur de fanatisme a été rétabli aux Hôpitaux- Vieux ; la croix existe toujours sur le clocher de la Longeville. L' ex-curé assermenté de cette commune y réside, quoique natif de Pontarlier. Dans le canton de l'Abergement, il y a des rassemblements fanatiques dans les ci-devant égHses, à la Planée et à Malpas, aux Grangettes et à Rougebief , adevant Saint-Antoine; il y en a eu un ou deux pareils à l'Abergement , en l'absence du maire. L'ex-curé assermenté y réside toujours. Dans quelques autres communes, les égUses sont ouvertes, les fêtes et dimanches, pour des prières particulières. La croix du clocher de Rougebief n'a pas été abattue. Dans le canton de Levier , les mêmes rassemblements fanatiques existent à Boujailles et à Villers-sous-Chalamont.