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594 CHAPITRE LlUI.
des clochers, adressèrent au district le procès-verbal soi- Tant de la réception qu'on venait de leur faire à Maiche. « Nous étant présentés à la municipalité, au domicile da citoyen Gauthier, maire, et lui ayant présenté notre commission; lecture faite, il la remit à André en lui disant» d'un air de mépris, que ce n'était qu'un arrêté du district, et qu'il n'y avait point de décret qui ordonnât l'abolition des croix, et il se retira. Nous avons attendu quelque temps; mais voyant qu'il ne revenait pas, ni personne de sa part, nous nous sommes transportés près de la maison commune, où nous avons trouvé un factionnaire, et lui avons demandé où était le maire ou les autres officiers de la municipalité ; il nous a répondu qu'ils étaient absents. Mais nous avons va l'officier du poste qui faisait signe au factionnaire de ne rien dire. Nous nous sommes ensuite transportés chez l'agent de la commune, où nous n'avons trouvé que sa femme, qui nous a répondu qu'elle ne savait pas où était son mari, et nous a ensuite chargés des injures les plus atroces. Nous nous sommes transportés de là au corps de garde, où nous avons trouvé le nommé Faivre, officier municipal ; et André l'a sommé au nom de la loi d'avoir à répondre de nos per^ sonnes.
» A l'instant, en efiet, André aperçut un groupe de femmes qui juraient, ainsi que plusieurs hommes, et qui paraissaient se disposer à égorger tous ceux qui oseraient monter au clocher pour descendre la croix. Hs criaient à André et à sa femme : Crève-^faimy voleur^ va dans ton pay$^ reiirt4oit avec d'autres injures les plus scandaleuses. Ce que voyant, le susdit Faivre, officier municipal, nous invita à nous retirer dans sa maison» afin d'éviter les coups. T étant restés un moment, nous avons aperçu le brigadier de gendarmem de Doubs-Marat et lui avons fait part de cette scène. Il nous a répondu qu'il ne fallait pas avoir peur, mais attendre la municipalité, afin qu'elle eût à nous seconder. Nous avons attendu jusqu'à dix heures du matin de ce présent jour, sans avoir aucune réponse. Un citoyen inconnu nous a annoncé que le maire distribuait des billets, comme pour attrouper le monde. Ce i^u'il y a de certain, c'est qu'un
instant après, tout était en mouvement à Maiche. A l'instant aussi s'est présenté un gendarme de Damprichard, et ces deux gendarmes nous ont dit que nous ne pouvions que nous retirer, en voyant un pareil tumulte, et les autorités constituées toutes cachées ou retirées. Nous avons alors demandé à ces gendarmes de nous accompagner jusque hors du village, ce qu'ils ont fait à Tinstant. Quand nous fûmes à une certaine distance, les femmes et les hommes ont aussi quitté le village, en courant après nous, et en nous char* géant d'imprécations et de jurements. Enfin les hommes ont continué leur marche, en nous poursuivant, jusque près du village des Bréseux, et en nous criant : Aux voleurs l arrêtez'ksl n
Cette expulsion énergique ne procura pas moins de quatre mois de tranquillité à la population de Maiche. Le district se borna à envoyer des lettres et des circulaires très pressantes, dont on ne tint absolument aucun compte. Le 30 décembre, Ducreux, agent national de la commune , écrivit au district qu'en dépit de la multiplicité de ses propres réquisitoires, la municipalité n'avait pas encore donné la moindre exécution à l'arrêté de Besson et Pelletier. Le 31 janvier 1795, l'œuvre du vandalisme philosophique n'était pas plus avancée, et Bavoux, agent national du district , écrivait à Ducreux, avec l'emphase dramatique de cette époque : a Tu n'ignores pas que je dois rendre compte au représentant du peuple de l'exécution de l'arrêté du 30 brumaire. Comme tu n'as pas encore justifié de cette exécution, tu voudras bien le faire au reçu de la présente. J'espère que je n'aurai pas la douleur de rendre compte qu'il y a des ré&actaires parmi vous. »
11 aurait fallu bien des phrases de cette éloquence pour £sdre tomber les croix à Maiche ; le district le comprit « et comme il n'avait point de troupes à sa disposition en ce moment, il prit le parti de fermer les yeux. Cependant , malgré l'insuccès de la première expédition d'André, il tenta l'envoi d'un nouveau commissaire nommé Labrut , chargé d'obtenir au moins l'abandon des vases sacrés et autres objets les plus précieux de l'église. Ce Labrut rendit le compte suivant de sa mission le 3 février : « Vous jugerez, par mon procès-verbal,
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de la manière dont la municipalité de Malche m'a reçu dans l'exercice de ma commission. Le citoyen Viatte, administrateur du district, a dû vous instruire qu'un officier municipal, le citoyen Nappey , a dit en pleine assemblée qu'on leur envoyait des queues de Robespierre, qu'ils voulaient garder leurs ornements d'église pour servir à leur culte et qu'ils ne voulaient pas vivre comme les Suisses. Cette infâme calomnie mérite d'être relevée par un exemple digne de votre justice, parce qu'elle a attaqué en même temps l'intermédiaire de l'administration et l'administration elle-même. Le même citoyen Nappey a refusé positivement de détruire les signes extérieurs du culte , en disant qu'il donnerait plutôt ses chemises que de soufiVir qu'on dépouillât leur église. Les autres officiers municipaux ont exigé que je fisse des réquisitions aux communes qui dépendent de la paroisse, à l'effet de faire l'inventaire des objets dont j'ai demandé l'envoi i Hippolyte (ci-devant Doubs-Marat). Mais cette conduite n'est qu'un faux prétexte , parce que les signes du culte catholique existent encore dans cette commune, et j'ai aperça peu de dispositions à se conformer aux arrêtés des représentants du peuple et de l'administration pris à cet égard. Je sais d'ailleurs que la plupart des communes régleront leur conduite sur celle du chei-lieu de canton, et qu'elles attendent sa décision pour exécuter les réquisitions que je leur ai faites, de conduire au district les dépouilles de leurs ci-devant églises. Je serais coupable si je vous laissais ignorer qu'il m'est déjà revenu que des citoyens s'étaient autorisés à dire que la commune de Maiche avait refusé au commissaire de faire le dépouillement de leur église, sans qu'il en résultât aucun inconvénient, et qu'il n'y avait pas plus de danger à se refuser aux réquisitions de grains que l'administration serait dans le cas de faire. Ma commission serait terminée définitivement, si la rigueur de la saison n'eût altéré ma santé de manière à me consigner au lit depuis huit jours. J'espère que sous peu de jours je serai en état de reprendre mes fonctions. »
Le 9 février, le district déclara que, l'officier municipal P.- Ign. Nappey s'étant permis une opposition formelle à l'ar-
rèté des représentants, un mandat d'amener serait lancé contre lui. Le prévenu comparut trois jours après, et répondit que ce n'était pas lui qui avait tenu les propos incriminés, mais bien le citoyen Bernard, autre membre du conseil. 11 invoqua à cet égard le témoignage du citoyen Viatte, qui avait été présent à la séance, et il ajouta qu'à là vérité , il n'avait fait aucune disposition en son particulier pour l'exécution de la loi , mais que son vœu avait toujours été pour qu'elle fût exécutée. Le district, après avoir entendu l'inculpé, déclara a que la municipalité était coupable de tous les retards qui avaient été opposés à l'exécution de la loi, et que tous ses membres, ainsi queNappey, seraient dans le cas d'être poursuivis ; qu'en conséquence, il serait sévi contre tous et en particulier contre celui qui avait tenu les propos, si dans les trois jours ils n'avaient pas conduit au district les meubles, linges et ornements de leur église, ainsi que Nappey le promettait. »
Mais, quelques jours après, une législation moins impie et moins inique mettait fin à tous ces brigandages administratifs et philosophiques , et la courageuse résistance des habitants de Maiche préserva, selon toute apparence, leur église d'une dévastation et d'une spoliation sans remède.
Il n'y eut pas jusqu'aux jacobins de Damprichard, si haut placés dans l'estime de la faction enragée^ qui ne donnassent le scandale d'un attachement contre-révolutionnaire au/anatisme et à la superstition; et ce fut le comité révolutionnaire lui-même qui en leva audacieusement le drapeau. Le iO août 1794, il prit la délibération suivante : « Après les rapports qu'on nous fait journellement au sujet de la décision prise entre la municipalité et la Société de cette commune, de tenir fermé le temple de la Raison , nous demandons que ce temple soit rouvert tous les jours pour y adorer l'Etre Suprême et ramener l'esprit public. Le nombre des citoyens mécontents de la fermeture du temple est plus grand et plus considérable que celui des citoyens qui demandent qu'il soit fermé. De plus, nous demandons que la loi qui nous oblige à fermer notre temple nous soit remise sous les yeux. Nous prévoyons que ce sera une mesure de
8Ùreté qui ramènera Tesprit public et la tranquillité et fera régner la paix et l'union dans notre commune. Nous invitons la municipalité à adhérer à notre demande. »
La municipalité adhéra en effet à la proposition du comité, et la décision prise par ces deux autorités arriva le 41 août sous les yeux du district, qui s'empressa de leur écrire avec indignation : « Vous aviez fermé le temple de Terreur et de la superstition pour le consacrer uniquement à la divinité et au développement des vertus qui doivent rallier tous les humains. Nous vous avons applaudis dans votre démarche. Mais aujourd'hui nous apprenons avec douleur que des fermentations^ qui ne peuvent être suscitées sans doute que par un suppôt du fanatisme, vont causer chez vous les plus grands ravages ; nous vous conjurons de les éteindre dès le principe, devons rappeler que la vraie religion consiste dans la justice,la probité, l'équité, la charité, l'humanité, la retenue, la tempérance et les bonnes mœurs. Soyez fermes et constants dans les principes raisonnables que vous avez adoptés, et ne retombez pas sous le joug des tyrans et des prêtres. Frappez sévèrement contre tous les auteurs du fanatisme qui, dans ces moments, peuvent devenir très dangereux. La sagesse et les vertus sont à l'ordre du jour. Zèle et vigilance. — Magnin-Tochot , président , Boiston , Cal- Uer. » L'administration terroriste ne s'en tint pas à ce discours; en même temps elle donna ordre à la gendarmerie de saisir et d'amener à Saint-Hippolyte le vieux desservant constitutionnel, afin de couper par la racine cette recrudescence de fanatisme.
Aux Essarts-Cuenot, Ant. Chelle, agent national, écrivait, le 8 décembre, au district avec une franchise et une énergie éloquentes : « Il s'élève de toutes parts des plaintes amères ao sujet de ce que l'on gêne le peuple sur la liberté du culte. Le peuple prétend que c'est donner atteinte aux droits de l'homme et à la liberté. Ces droits sacrés ont été proclamés au nom du peuple français à l'univers entier, et nous avons juré de les soutenir jusqu'à la mort.»
A Frambouhans^ la municipalité répondit par une inaction non moins éloquente à toutes les obsessions de Tadministra*
BÉYASTATION DBS ÉGUSES. RÉSntANGB DU PEUPLE. Sd9
tion supérieure. Le 30 janvier 4795 , Bavoux était réduit à écrire à Oudot, agent national de cette commune : a Je vois, par ta lettre du 23 nivôse (42 janvier), que tu n'as pas fait exécuter dans ta commune Tarrëté du 30 brumaire. Je te préviens que situ ne remplis pas les dispositions qui te sont prescrites ^ je me verrai forcé de rendre compte de ton insouciance aux représentants du peuple, qui sauront la punir. » Menaces trop tardives et impuissantes^ qui, en se substituant chaque jour de plus en plus aux mesures plus rigoureuses, annonçaient la fin prochaine de la Terreur.
A Trévillers, un mandat d'amener fut lancé dans le courant de janvier contre Maillot, prévenu d'avoir recelé les effets provenant d'une chapelle. Traduit d'abord devant le comité central de Saint-Hippolyte^ il fut renvoyé par ce comité devant le directeur du jury d'accusation, qui déclara n'y avoir pas lieu de poursuivre.
Le 23 février, J.-D. Lardy, maire de Goumois , écrivit au district : « Entièrement dévoué aux intérêts de la chose publique, je me suis empressé de faire convoquer l'assemblée de la commune, afin de faire lecture à tous les citoyens de la lettre par laquelle vous nous invitez à nous conformer à l'arrêté du 30 brumaire, pour qu'ils aient à s'y conformer et par là remplir vos vues. Vous taire le résultat de cette assemblée et le trouble que quelques individus, ennemis du bon ordre, y occasionnèrent après la lecture de votre lettre, ce serait vraiment les autoriser et viviGer en quelque sorte l'espoir du fanatisme qu'ils s'efforcent d'entretenir et de propager dans cette commune , par l'organe probablement du ci-devant curé assermenté, qui y revient de temps en temps, pour maintenir les esprits dans les opinions erronées et mensongères de son charlatanisme. Vous saurez donc que j'ai tout mis en œuvre pour faire rentrer dans les bornes du devoir ces citoyens égarés, en leur faisant sentir combien ils étaient coupables de troubler ainsi rassemblée et de l'entraîner par leurs propos séditieux et fanatiques à se raidir contre le vœu des autorités et du peuple souverain; que, loin de se montrer réticents à cet égard, ils devraient au contraire se hâter de faire disparaître pour jamais les hochets
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de la tyrannie sacerdotale, ne devant avoir désormais pour culte que celui de la Patrie, et par conséquent de toutes les vertus. Ces représentations, de même que celles d'un patriote probe et énergique de cette commune, loin de £sdr& impression sur leurs esprits, ne nous attirèrent an contraire que Tanimadversion de presque toute l'assemblée et les reproches les plus sanglants de ceux qui l'avaient ainsi agitée; nous traitant de robespierristes, de vandalistes, d'hommes sans foi et sans religion ; disant que si nous étions des hommes de tète, nous aurions fait comme à Malche, Cemay^ etc., où l'on n'avait encore rien touché aux églises; qu'en conséquence, ils s'opposaient tranchément à Tenvoi des effets de l'église. En vain leur représentai-je que ces effets étant resserrés dans mon grenier, étaient exposés à pourrir en partie et à se détériorer, ou bien encore à être volés ou spoliés; que la municipalité seule en était responsable ai que, à n'en pas douter, ce serait à elle qu'on s'en prendrait pour rendre compte, etc.; rien ne put les calmer et encore moins les faire consentir au prescrit de votre lettre, de manière que j'ai été obligé de lever la séance. »
XX. Dans le canton du Russey, malgré toute l'ardeur philosophique de quelques clubistes du chef-lieu , la dévastation des églises ne rencontra guère moins de résistance qu'ailleurs. Les moins récalcitrants, prévoyant eux-mêmes que cet orage d'impiété ne pouvait durer, réclamaient des mesures propres à sauver, au moins pour l'avenir, tant d'objets qui leur étaient chers. Le douanier Gênez , commissaire du district pour le dépouillement des églises de ce canton, écrivait le 4 janvier : « Je suis chargé par plusieurs municipalités de vous demander s'il ne suffirait pas, jusqu'à ce que la Convention nationale en eût décidé, de placer dans le chœur de chaque église tous les ci-devant autels, tableaux^ christ& et statues en bois, et de les dérober ensuite à la vue des curieux par une galandure. J'attends votre décision à cet égard. » En attendant. Gênez ramassait activement tout ce qui pouvait être transporté au district 11 écrivait, le 22 février : « Je vous envoie, dans trois bosses, six caisses et un sac, les effets en linge, soieries, argenterie et cuivre, prove-
DÉVASTATION DES ÉGLISES. RÉSISTANCE DU PEUPLE. 60l
nant des églises du Russey, Bizot, Bélieu, Mémont, Fontenelles, Chenalotte et Grand*Gombe-des-Bois. Pour le Bizot, j'ai été obligé de faire trois voyages. Malgré mes instances et mes réquisitions, le maire et l'agent prétendirent n'avoir pu trouver un seul cheval disponible pour emmener les effets. L'agent national était intimidé parles propos de quelques fanatiques des deux sexes. J'ai été obligé de faire venir des gendarmes pour l'aider, et de trouver moi-même une voiture. »
La pieuse commune du Bélieu ne dut pas voir avec moins d'indignation la dévastation de son église. Pour l'intimider, on avait eu soin de jeter en prison l'un de ses chefs, P.-B^* Cuenot, du hameau de la Chaux, commandant du li* bataillon de la garde nationale du district. Dénoncé à Pelletier pour des propos prétendus contre-révolutionnaires , il fut incarcéré par ordre du représentant, au commencement d& décembre, et mis en Uberté une douzaine de jours après. Mais les informations n'en continuèrent pas moins contre lui. Mercier, membre du district, envoyé au Russey, écrivait, le 21 décembre , à Bavoux : <( Je te fais passer le procèsverbal des renseignements que j'ai pris sur la conduite de Cuenot. Tu y trouveras aussi deux lettres, d'après lesquelles on peut juger de ses principes fanatiques. Je tâcherai de me procurer d'autres renseignements. »
La paroisse jacobine du Luhier avait donné un concours trop généreux et trop dévoué à la Révolution, pour ne pas avoir des droits tout particuliers à demander que son culte fût respecté, et à s'indigner des attentats dont il était devenu l'objet. Elle le fit particulièrement sentir au couvreur André et à Courvoisier, son adjoint, lorsqu'ils vinrent, au nom do district, détruire la croix du clocher. Le 6 septembre, Courvoisier se présenta au comité révolutionnaire central de Saint-Hippolyte, et lui fit ce récit lamentable de leur réception au Luhier, en demandant vengeance :
tt Etant arrivés, le 24 août dernier (vieux style), munis da notre commission, nous commençâmes par demander i souper à Tauberge du citoyen Oudot; Pendant le souper, survint un individu qui s'adressa à André et lui dit : Qui eê-iut
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André répondit : Qu* est-ce que cela te f.... Je suis un honnête homme; et, comme il voulait lui faire voir son certificat de civisme et son passe-port, cet individu reprit : Ce n'est pas cela que je demande a voir, mais si tu es autorisé à mettre bas les croix des clochers. André l'ayant satisfait à l'instant, en lui donnant lecture de l'arrêté du district, ce particulier, qui se disait commandant de la garde nationale, s'est mis à boire avec nous, après quoi nous sommes allés nous coucher. Quelques instants après , survint le nommé Berceot, de Bonnétage, chef du bataillon de la garde nationale, avec le maire du Luhier, revêtu de l'écharpe municipale, et sept ou huit personnes qui les escortaient. Le maire mit la main sur moi en me disant : Est-ce toi qui abats les croix? — iVbn, lui répondis-jc, saisi de frayeur, et en montrant André, c'est celui qui est dans ce lit- là. Le maire alla à l'instant vers André et lui demanda à voir la commission du district qui l'autorisait à tirer à bas les croix des clochers. André répondit que ce n'était pas à une heure aussi indue qu'il montrerait sa commission; mais que, le lendemain matin, il la lui ferait voir. La matinée du 25 étant arrivée, je vis les personnes du Luhier habillées en fête, et je demandai à l'aubergiste Oudot quelle fête c'était. Il me répondit qu'on allait célébrer une messe en actions de grâces de la non-réussite de la conspiration de Robespierre. Mais ayant fait la même question à quelques femmes du Luhier, celles-ci me répondirent que c'était la fête de saint Louis, et que si je n'étais pas un homme de mauvaise vie, je saurais bien quelle fête c'était. 0
Ce dernier trait ayant sans doute excité particulièrement l'indignation des membres du comité, Gourvoisier reprit : <( Quelques jours après, m'étant transporté à Goumois avec André pour le même objet, les préposés des douanes nous dirent que le curé de Goumois avait fortement recommandé lui-même cette fête à ses paroissiens, en leur disant : Vous savez bien de quelle fête il s'agit; et qu'en effet, on Tavait célébrée. »
Xavier Glervaux, commissionnaire du district, appuya les dires de Gourvoisier, en déclarant que lui-même avait passé
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le 25 août , à la Grange et à Provegchère ; qu'il avait vu tous les habitants de ces deux communes revêtus de leurs habits de fête ; qu'il en avait demandé la cause, et qu'on lui avait répondu^ dans les deux communes, que c'était la fête de saint Louis.
L'accueil qu'André et son digne adjoint avaient reçu tout en arrivant au Luhier, était trop peu encourageant pour les engager à y poursuivre leur mission dévastatrice ; ils abandonnèrent précipitamment la place, et Courvoisier, comme ^n Fa vu, se rendit à Saint-Hippolyte, pour y dénoncer une commune si hostile à la philosophie et à la raison. L'administration s'en vengea en faisant incarcérer l'abbé Vernerey, oracle du Luhier ; et la paroisse patriote, privée de son chef, ne tarda pas à se soumettre conrnie lui. Le 15 décembre, Perdrisard^ agent national du Luhier, annonça au district que la croix du clocher avait disparu ; le district s'empressa de le féliciter en ces termes : a Nous n'avons qu'à te louer d'avoir mis à exécution l'arrêté aussi promptement que tu l'as fait. Continue à exécuter toutes les lois, et surveille les malveillants qui pourraient chercher à propager le fanatisme. »
En effet, le fanatisme n'était pas mort dans le cœur des paroissiens patriotes du Luhier, et ils ne tardèrent pas à le montrer^ en défendant avec énergie les dépouilles de leur église. Le 25 février, la municipalité de la commune de Montbéliardot, qui était réunie à celle du Luhier pour le culte, écrivit au district : a Nous avons été on ne peut plus surpris d'apprendre du citoyen Gênez, votre commissaire pour le dépouillement des églises, que les ornements, les objets d'argent et de cuivre, les linges et les soieries, seront <îonduits au chef-Ueu du district. Eh bien, citoyens administrateurs, nous nous sommes conformés en tous points à l'arrêté des représentants, et nous ne consentirons à la dépouille de notre église que lorsque nous verrons la décision du Comité d'instruction publique. Nous n'entendons point que l'on préjudicie aux intérêts de la RépubUque d'une manière aussi sensible. Si les effets des églises doivent être vendus, pourquoi ne le seraient-ils pas dans la commune
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même ? ils se vendraient le double et le triple. Vos allégations de fanatisme sont vaines et frivoles. Si le people a le droit d'avoir un culte et de l'exercer, ce n'est point votre vente faite à Hippolyte qui préjudiciera à ces droits. Nous vous demandons, en conséquence, deux mots de réponse, afin que nous puissions nous diriger. — Fr.-X. Boillon, maire; Fr.-J. Cour, ofQcier municipal; F.-A. Arnoux, C.-J. Joliot^ G.-J. Âraoux, J.-A. Receveur, A. Boillon, secrétaire.»
Le district ayant reçu, au même moment, des réclamations semblables, des municipalités de Goumois et de Bonnétage, leur adressa à toutes les trois la réponse suivante, le 26 février : tt Citoyens frères, nous ne viendrons point faire reluire aux yeux de vos concitoyens le glaive redoutable de la loi. Nous les croyons dévoués à la chose publique. Nous aimons à voir que, dociles à la lettre de l'arrêté des représentants, vous avez fait disparaître tous les signes extérieurs du culte et fait serrer les linges et ornements destinés autrefois i cet usage. Mais pensez qu'une terrible responsabilité pèse sur vous. L'administration, en prenant le parti de faire transporter tous ces objets dans les magasins du district, croyait vous servir, vous décharger de cette même responsabilité. (Quelle administration paternelle!) Nous savions d'ailleurs que des prêtres émigrés se permettaient souvent des courses clandestines dans nos montagnes et ne cessaient de fanatiser le peuple, en le berçant de mille idées chimériques et propres à reculer l'époque, tant désirée par les âmes sensibles, d'une réunion complète entre tous les enfants de la République. Voyez si vous voulez demeurer dépositaires des dépouùles de votre ci-devant égUse et en répondre, en attendant que la Commission d'instruction publique, à qui nous venons d'écrire, ait prononcé. »
Les jacobins de Bonnétage avaient réclamé, avec la même énergie que ceux du Luhier, la conservation, au moins provisoire, des dépouilles de leur église. Le 20 février, le conseil général de la commune (i), déclara a qu'il s'était fiait
(I) Composé de : J.-A. Burgerey, maire ; J.-B. Buliard, agent nat»-
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remettre sous les yeux le texte de l'arrêté de Besson et Pelletier; qu'il n'y avait rien, dans cet arrêté, qui légitimât l'ordre intimé par le district, de conduire au Russey les eflTets provenant de l'église ; qu'en conséquence, ces eflTets ne seraient point distraits, jusqu'à ce que la Commission d'instruction publique eût jugé, conformément à l'arrêté des représentants, s'il s'y trouvait quelque chose de précieux à conserver. » Cette délibération était d'autant plus courageuse, que la responsabilité des municipaux se trouvait déjà très gravement engagée par une soustraction antérieure. En effet, le 10 février, Bavoux écrivait à Couley, lieutenant de gendarmerie à Saint-Hippolyte : « Le nombre des fripons augmente. Il faut réveiller la surveillance qui paraît s'assoupir depuis quelque temps. J'apprends que des scélérats viennent de voler les objets les plus précieux qui étaient dans le temple de la commune des Fontenelles. Tu as déjà eu connaissance d'un pareil vol fait à Bonnétage. Il est instant de prendre des mesures pour arrêter les coupables. ))
Mais le bras de la Terreur était déjà tellement affaibli, qu'il ne frappait plus, il ne pouvait plus que menacer. Quelques jours après, il avait même perdu l'énergie nécessaire pour la menace, et, le 10 mars, Buliard, agent national de Bonnétage, ayant écrit à l'agent du district qu'on venait de rétablir deux croix dans le village , et lui ayant demandé ce qu'il devait faire à ce sujet, Bavoux se borna à lui répondre : i( Je vois avec surprise que quelques citoyens de ta commune ont rétabli les signes apparents du culte. S'ils étaient bien pénétrés des principes de justice et de bienfaisance de nos législateurs, ils se borneraient à Texécution des lois dictées par leur sagesse et pour le bonheur du peuple. » Réponse d'une nullité éloquente, et qui attestait que le temps des plus grandes injustices et des plus grandes violences était heureusement terminé.
nal ; P.-F. Cachot, J.-J.-F. ieanmonnok, J.-F. Grotperrin, Félix Mottet, officiers municipaux ; J.-J. Pagnot, H. Leotemier, F. Lenternier, J.-J, Boillon, N.-F. Boly, notables ; Berceot, greffier.
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Les communes de Noêl-Cerneux et du Barboux se montrèrent des plus opposées à une translation de leurs dépouilles religieuses, qui équivalait justement,* à leurs yeux, i une spoliation sans retour. P.-J. Bumequey^ officier municipal de Noël-Cerneux, écrivit, le 22 février, à l'agent da district : « Je réponds à ta lettre du 3 ventôse. La commune ayant été convoquée le lendemain à ce sujet, tous les citoyens ont répondu que chaque objet leur appartenait, les uns ayant fait faire un objet, les autres un autre; et qu'ils voulaient revendiquer chacun ce qui leur appartenait. D'une voix unanime, ils ont déclaré que ces objets étaient les leurs, qu'il fallait les laisser dans la commune et ne point les porter au Russey, et qu'au besoin chacun s'emparerait du sien. Nous avons voilé nos autels avec des planches, eomme nous vous l'avions promis. )>
La municipalité du Barboux, de son côté, écrivit trois jours après au district : « Nous ne méritons pas le reproche que vous faites aux municipaUtés, dans votre lettre du 25 pluviôse. Depuis longtemps nous avons exécuté l'arrêté da 30 brumaire, en faisant enlever et déposer en lieu sûr tout ce qui a servi au culte cathoUque dans notre église. Nous avons même eu la satisfaction de voir les habitants de cette commune, quoique fort attachés à ce culte, se réunir en masse pour procurer l'exécution de l'arrêté, déterminés par les représentations que nous leur avons faites, que cet arrêté n'était point une loi générale pour détruire le culte ^ puisque la constitution et une loi récente de la Convention en assuraient le libre exercice ; mais que c'était une mesure révolutionnaire, qui avait paru nécessaire sur les frontières, et qui devait être exécutée par provision, jusqu'à ce que la Convention, voyant cesser les motifs qui ont déterminé l'arrêté des représentants, rende la liberté que la constitution assure. Cette démarche de nos habitants prouve, à ce qu'il nous semble, que si tous les individus de la frontière avaient le même amour de la Révolution et la même docilité, cette mesure et bien d'autres n'auraient pas été prises. Nous ne voyons pas que l'arrêté des représentants nous oblige i en faire davantage, et nous sommes justement étonnés que vous
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y ajoutiez, en demandant l'envoi à Hippolyte de ce qu'ils nous ont ordonné de garder ; car nous ne regardons pas comme applicable la loi du 13 frimaire dernier, qui ne parle que du cas où les églises auraient été dépouillées (volontairement) et dans la supposition de quelques dons et de quelques faits qui n'ont pas lieu chez nous, puisque nos habitants n'ont point renoncé à leur culte et n'ont fait aucun don ni disposition de ce qui existe dans leur église. Nous ne comprenons donc pas sur quel fondement vous seriez en droit d'exiger ce que vous nous demandez. S'il y a une loi qui vous y autorise, vous nous devez de nous la faire connaître légalement; alors nous vous donnerons l'exemple de la soumission la plus entière. — Belin^ maire; J.-F. Bléssemaille, Capurot, officiers municipaux; Roy, J.-B. Mozer, Cheval, notables ; Guyot, greffier. »
Le district répondit, le 26 février, à ces deux municipalités tenaces : « Il est donc vrai que c'est à votre su et peut* être même par votre organe , que votre temple a été spolié, volé au détriment de la République, qui en regarde les dépouilles comme lui appartenant. 11 est donc vrai qu'attachés toujours à l'ancien système, vous nourrissez l'espoir devons voir bientôt libres à cet égard. Nous ne pouvons croire que ce soit une connivence de votre part avec les ci-devant curés émigrés, qui ont tant de fois mis en péril la chose publique. Non, vous aimez certainement la liberté , et quiconque a cherché à la détruire est sans doute votre ennemi. Nous n'entrerons point dans les motifs qui dirigent votre démarche relativement à la dépouille de votre ci-devant église. Nous ne discuterons point non plus sur les droits que vous prétendez y avoir. Mais il nous importe de vous faire connaître les motifs de notre conduite. Un vol s'étant commis dans l'église de Soulce, de tout ce qu'il y avait de plus précieux , avec fracture même , nous avion» cru devoir faire transporter au magasin de l'administration cette partie des objets du culte, afin d'en empêcher la dilapidation, dilapidation d'autant plus coupable que, quelques démarches que l'administration ait faites sur ce sujet, elle n'est jamais parvenue à en connaître les auteurs. Voilà toutes les mesures
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que nous avons prises ; elles étaient d'autant plus impérieuses, que la suite nous a prouvé que nous avions raison de nous défier des dépôts faits dans chaque commune, où la plupart des municipalités, pour ne pas dire toutes , voyaient avec un œil inquiet le dérangement d'objets chers i leur cœurs. Vous connaissez l'article de l'arrêté du 30 brumaire qui porte que les dépouilles des églises seront déposées en lieu clos, jusqu'à ce que la Commission d'instruction publique ait statué sur leur destination et décidé lesquels de ces objets méritaient d'être conservés. D'après cette disposition, on pourrait penser que le tout était regardé comme appartenant à la République^ puisqu'elle se réserve d'en disposer elle-même. Cependant, portés, comme nous le sommes, à tenir les intérêts de la nation sans secousses violentes, sans tourmenter nos administrés, ce qui serait contraire à nos principes, parce que la soumission que vous avez constamment manifestée sur toutes les lois vous mérite les égards dus à des citoyens paisibles et. amis chauds de la liberté; avant d'agir ultérieurement en cette circonstance , nous avons cru devoir en référer au Comité de salut public, toutefois en mettant le tout sous votre responsabilité. Au reste, quant aux signes extérieurs, vous avez la loi, aimez à vous y conformer. — Diény, président, Vuillin, Boissenin, Romain^ Bavoux , agent national. »
Les catholiques fidèles de Laval et de quelques autres communes avaient profité des démêlés du district philosophe avec les municipalités schismatiques, au sujet de leurs prêtres et de leurs églises , pour solliciter la restitution de leurs armes. Ceux de Laval obtinrent seuls un succès qui fut d'ailleurs de peu de durée, car leurs ardents persécuteurs, les jacobins du Luhieret de MontbéUardot, jetèrent aussitôt les hauts cris. Le proconsul s'en émut ; il prit un nouvel arrêté pour le désarmement des suspects; et le district de Saint-Hippolyte , qui crut y voir une désapprobation indî* recte de sa conduite^ écrivit, le 25 décembre, à Pelletier :
« Si l'on t'a dit que des armes avaient été restituées à nombre de ces habitants suspects, ensuite d'ordres de notre part, on t'a trompé. Nous te faisons passer les trois arrêtés
DÉYASTATION DES ÉGLISES. RfiSISTANCE DU PEUPLE. 609
que nous avons pris sur des demandes faites pour remise d'armes. Nous y avons répondu de manière à ne point compromettre la tranquillité des montagnes et la sûreté des frontières. Par deux de ces arrêtés, nous renvoyions les solliciteurs par-devant leurs municipalités respectives, pour que celles-ci eussent à déclarer s'il n'y avait point de danger à faire les remises d'armes demandées, et si elles se rendaient responsables de tout événement qui pourrait en résulter. Les municipalités nous ayant répondu qu'elles ne pouvaient le faire, les armes n'ont pas été restituées. Par un autre arrêté, nous accordions aux habitants de Laval la remise de leurs armes, à condition qu'elles demeureraient déposées en lieu sûr, sous la responsabilité de la municipalité. Nous ignorions alors que ces armes fussent employées à la garde des frontières. Quelques administrateurs avaient même observé que ces armes n'avaient été enlevées que pour raison de messes, parce que les habitants de Laval avaient refusé de reconnaître les ci-devant curés assermentés. Cette raison, en effet, s'il n'y en avait point eu d'autres, devenait bien nulle dans le moment actuel. Elle nous paraissait, au contraire, tourner contre les habitants du Luhier, aujourd'hui si attachés à ces curés proscrits généralement. Mais depuis , sur une pétition présentée par les citoyens du Luhier, nous avons rapporté notre arrêté du 28 frimaire. »
Ce résultat ne fut point à regretteï* pour les catholiques fidèles ; on aime mieux les voir souffrir encore de la haine de leurs adversaires schismatiques, que triompher de la persécution que ceux-ci éprouvaient, à leur tour, pour la liberté de la conscience.
Cette dernière persécution, plus inique et plus scandaleuse peut-être que la première, parce qu'elle frappait les meilleurs soutiens de la république et ses plus ardents défenseurs , ne pouvait plus se continuer ouvertement et avec ce degré de violence, sans attirer contre la Convention une animadvepsion universelle et amener la ruine de la république. En effet, en dépit de tous les efforts des apôtres du philosophùme^ par la parole, par la presse, par .la spoliation, par les fers et