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par récbafaud, en dépit de tant de missions ridicnles on sanglantes, entreprises au nom de la raison de Diderot, delà vertu de Rousseau et de l'Etre Suprême de Voltaire, U France entière était restée chrétienne. Le général Hoche le déclarait en termes d'une énergie remarquable au Comité de salut public, lorsqu'il lui écrivait, au mois de mars 1795: « Il n'y a dans toute la Bretagne que deux partis : les chouans qui veulent tout envahir, et les terroristes qui veulent tout brûler. Ils ne s'accordent que sur la reUgion, mais tous la veulent. »
XXI. Le même sentiment vivait dans les armées ; et nous en trouvons le plus curieux et le plus touchant témoignage dans la lettre suivante, écrite, le 26 septembre 1794, par un vo* lontaire de l'arméeduRhin et tombée entre les mains du comité révolutionnaire central d'Ornans. Dans la crainte, aussi fitupide que méchante, de Timpression religieuse que cette lettre pourrait produire, à la maison et au village où elle était adressée, ce comité, après l'avoir interceptée à la poste, eut la cruauté de la retenir et d'en priver la pauvre et patriote famille à laquelle elle apportait une consolation suprême, bien nécessaire au moment où cette famille venait de perdre, pour la défense de la république, ce qu'elle avait de plus cher au monde.
« il M citoyen Routhier, ci-devant berger des chèvres , et présentement officier municipal, à Vôtres^ par Ornans.
» Je suis obligé de vous donner la nouvelle de la mort de mon amiy de mon intime ami, c'est celle de votre fils. Oui, votre fils est mort, il vient d'expirer à l'instant, ensuite de ses blessures, et il a fallu lui promettre que je vous écrirais. D n'y a pas eu au monde un ami plus chaud, plus intime que lui, toujours prêt à vous obliges et à aller au devant de ce qui vous faisait plaisir. Vouliez-vous le récompenser , vous aviez mille peines à lui faire accepter la moindre reconnais^ sance. Non Je ne crois pas qu'il y ait eu au monde un homme d'un aussi beau caractère. Aussi a-t-il captivé et tellement captivé une demoiselle de ce pays, qu'il était sur le moment de l'épouser. Lui et elle me chargèrent, au moment de celte terrible bataille qui lui a occasionné la mort, de vôus^en
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écrire et de vous demander à vous et à votre épouse la permission de faire leur alliance. La fille n'a que vingt-un ans, jolie comme les amours. Quelle joie il aurait eue de pouvoir la mener au pays et de la faire voir à sa chère mère F Avec tous les dons de la nature, elle avait vingt bonnes mille livres de dot, dont elle jouissait tout de suite , et un trousseau de tout vingt. Son projet était d'acheter son congé ; son commandant le lui avait promis. La pauvre malheureuse se tire aut cheveux par rapport à la perte qu'elle a faite. Je ne crois pas qu'elle puisse survivre longtemps à votre garçon. Elle lui a rendu tous les services possibles. Elle lui a procuré un confesseur qui a su faire sa besogne secrètement. Ainsi vous pouvez être assuré qu'il est mort en bon chrétien et qu'il a été assisté de tous ses sacrements. Les dernières paroles qu'il m'a dites sont celles-ci : Ahl ma mère! ma chère mère! ma tendre mère! Il faut qu'il ait été bien attaché à cette mère, puisque , dans sa maladie, il n'a cessé de parler d'elle et de toujours lui adresser ses soupirs. Une chose qu'il m'a recommandée , c'est de faire ses adieux à un boiteux de chez vous , du nom duquel je ne me remets pas, et à un nommé Pierrot, qui sont tous les deux de votre village. Je finis, les larmes arrosent mon papier, je ne puis les retenir. Je suis avec fraternité — Guillaume Gourtaillon. »
L'âme, oppressée par le trop long spectacle des mensonges et des violences de l'impiété, éprouve un véritable soulagement à se reposer sur ce tableau si simple, si franc, si pur, et où l'on aime à revoir briller tous les bons sentiments qui honorent l'humanité. Oui, le voilà bien, peint par lui-même dans un de ses représentants les plus accomplis^ ce noble peuple des campagnes du Doubs, que de vieux ex-magistrats royaux, des prêtres apostats, des avocats sans cœur, des journalistes sans génie et des énergumènes sans courage, harcelaient, maltraitaient, tenaillaient de mille manières et avec une véritable furie, pour lui ôter la foi qui l'avait élevé si haut. Ils vont être forcés de compter enfin aveclui, et de lui restituer une partie de la liberté qu'ils loi ont escroquée. Mais ils chercheront dans un redoublement de ruses ce que la violence ne peut plus désormais leur donner ; et ils no
cesseront pas de poursuivre, par les voies d'une stratégie machiavélique, l'anéantissement du christianisme, qui reste pour eux le dernier mot de la Révolution, comme il a été le dernier mot de leurs maîtres. L'expérience l'avait cruellement prouvé déjà depuis cinq ans, et elle devait le prouver encore surabondamment pendant cinq autres années d'épreuves , ce qu'il y avait au fond d'un trop grand nombre de ces âmes formées au sein de toutes les corruptions du dixhuitième siècle, ce n'était ni un noble culte pour la liberté et l'égalité, ni une fraternelle tendresse pour les souffrances du peuple : c'était uniquement la haine, et surtout la haine de la religion.