INUTILITÉ DES PRÊTRES
0 TOUS que j*aiine et que j*honore^ Des campagnes bons habitanls;
On voudrait vous tromper encore^ Mais attendez jusqu'au printemps; Quand vous verrez les blés renaître , Quand vous verrez la vigne en fleur^ Avec nous vous direz en chœur ; « Et tout ça vient pourtant sans prêtre. »
Engeance adroite et fanatique, Qui viviez jadis de Tautel , Youlez-*vous de la république Obtenir un pardon formel ?
En unildroie, en casque, en guêtre.
Armez vos bras d'un fer vengeur; Et perdez, en prenant un ooeur, Votre caractère de prêtre.
Liberté, pour sauver la terre, Tu mis au jour l'Egalité ; De l'Egalité sans mystère Procède la Fraternité.
0 trjuité de nos ancêtres.
Vaudrais-tu celle aux trois couleurs? Son culte est fait pour tous les cœurs. Les Français sont ses premiers prêtres
Alors qu'il me faudra descendre Aux champs d'un étemel repos, O mes amis, portez ma cendre Sous l'herbe des riants coteaux, Et puisse l'écorce d'un hêtre.
Près de là dire au voyageur :
En ces lieux repose un bon cœur.
Qui n'y fut pas mis par un prêtre.
Et si l'on connaît l'existenoe
Au delà du t^me fatal ,
Si Dieu, contre toute apparence.
Me citait à son tribunal,
Je ne craindrais point d'y paraître
Et de lui dire en ma faveur :
Jamais je ne t'ai, dans mon cœur.
Cru semblable au Dieu d'aucun prêtre.
SS8 CHAPITBB LIX.
Dix jours après, la Vedeite publiait cet hymue à la raison :
Des prêtres les supercheries
Réglaient nos craintes, notre espoir ;
Nous avons ri de leurs folies.
Nos mains ont brbé l'encensoir.
Que veut cette absurde cabale ?
Le genre humain n'est plus enfant;
Chacun sert Dieu comme il l'entend :
Nous prêchons la même morale.
Frappons les préjugés, qu'ils tombent à jamais ! Raison, ton culte seul est digne des Français !
Auteurs d'un pacte sanguinaire»
Les prêtres, les nobles, les rois.
L'un par l'autre foulaient la terre.
L'un par l'autre foulaient les lob.
Plus de nobles, de rois, qu'on craigne, Mais il reste encor des autels ; Renversons-les, et les mortels Sont heureux, la liberté règne.
Frappons les préjugés, etc.
Tous ces couplets impies, dont plusieurs ne manquaient certainement ni de verve ni d'entraînement, auraient causé plus de mal au milieu d'une nation portée à la gaieté et à la satire , s'ils n'avaient été contrebalancés par la misère , la famine, la guerre et les échafauds, qui en formaient le lugubre accompagnement.
Le 25 février, dans une nouvelle chanson sur Les saints convertis en monnaie, on lisait :
Marthe, Marie et Madeleine, Femmes qu'adorait le Sauveur, Saint Hubert et vous, sainte Hélène, Saint Charlemagne l'empereur.
Saint Louis, dont le nom fait horreur.
Et vous, cochon de saint Antoine, Ah ! plus vous serez gros et gras, Plus vous produirez de ducats, Dans la fonte avec l'antimoine.
Vos cris sont superflus^ Vous serez tous fondus.
Grands saints, dans le creuset Tombez, c'est le décret.
Nous ne brûlerons plus de cierges Devant l'autel de nos patrons.
Mais quand nous trouverons des vierges.
Ah ! comme nous les chérirons!
Ah ! comme nous les fêterons !
Nous n'aimerons que les vivantes.
Les vivantes nous aimeront.
Et nos neveux qui surviendront Se les choisiront pour amantes.
Vos cris sont superflus, etc.
Cependant les cierges continuaient de brûler devant les antels^ même à deux pas de rimprimerie de la Vedette , qui s'éleva avec indignation contre cet abus. « On a vu décadi dernier, disait-elle le 28 février, dans le temple de la Raison une quantité considérable de chandelles brûler devant l'image de la Vierge miraculeuse. Dans le temps où les chandelles étaient en abondance, on pouvait entretenir le zèle pieux des bonnes femmes, parce que les marchands et autres personnes y trouvaient leur compte ; aujourd'hui qu'on manque de suif et de coton, nous pensons qu'il est plus que temps d'arrêter ce luxe de dévotion, qui ne rend ni plus grande, ni plus sainte, ni plus puissante l'immaculée Vierge des jacobins. Nous espérons que l'agent national de la commune fera cesser, ou tout au moins suspendre, les offrandes des fidèles , jusqu'à ce que la chandelle soit moins rare dans notre ville. Ce n'est point attaquer la religion que d'en détruire les abus et les pratiques minutieuses. » Et tout aussitôt, pour mieux prouver la sincérité de cette observation, la Vedette la faisait suivre de nouvelles Litanies des saints^ en quinze couplets, que Ton ne peut lire sans horreur et sans demander pardon à Dieu pour un pays qui a pu se laisser gouverner un seul jour par de pareils hommes. On voudrait s'éloigner de ce spectacle; mais plus il est odieux, plus il est instructif ; et il faut en affronter au moins
un instant le dégoût, pour savoir, de manière à ne plusToublier, ce qu'était alors l'enseignement gratuit et obligatoire donné au nom du gouvernement français. Par un arrêté du 19 septembre 1793, le département avait ordonné la lecture publique de IdiVedette dans toutes les communes, et les officiers municipaux étaient tenus d'y procéder tous les dimanches et fêtes, avant le$ vêpres.
Toi qui des plus galants mystères Fus l'interprète el le courrier, Tu n'iras plus aux jeunes mères Porter le céleste olivier; Beau Gabriel, sans tes oracles Naîtront nos petits citoyens, Et les talents de nos voisins Ne passeront plus pour miracles.
Venez, Marc, Luc, Mathias, Thadée, Et toi, gros maltdtier Mathieu, Barnabe, Thomas, Zébédée, Jean, l'enfant gâté du bon Dieu, André, Barthélemi, Philippe, Vous descendrez en escadron.
Avec Antoine et son cochon.
Chacun, en fumant votre pipe.
0 Jean-Baptiste, qui sans tète Bois, manges, dors en paradis.
Amène, pour orner la fête, Le guillotiné saint Denis.
Joseph, qui fut toujours sans bornes Chéri de tous nos bons époux.
Fera descendre parmi nous Hubert, son cerf et ses deux cornes.
François, patron de la sandale.
Prends Madeleine par le bras.
Ne redoute point le scandale.
Tous les préjugés sont à bas.
Que l'Egyptienne Marie, Pauvre Julien, dans ton bateau, Te fasse voir, en passant l'eau.
De l'amour la sainte folie ..
Vos cris sont superflus Vous serez tous fondus.
Grands saints, dans nos creusets Tombez par nos décrets.
On le voit , toute la prétendue philosophie du dix-huitième siècle se retrouvait là, avec son double cachet d'impiété et de polissonnerie. Quant à sa tolérance, les prisons, les flammes, les noyades, les échafauds, en donnaient une trop juste idée en ce moment à toute la France. On comprend tout ce que le peuple du Doubs, encore si chrétien, si chaste et si bon, dut soufirir en voyant les plus chers objets de son culte et de son respect traités avec celte infamie par ses horribles maîtres ; on comprend ses émigrations et son désespoir. Ses tyrans venaient en effet de montrer que, pour un peuple, l'invasion étrangère elle-même pouvait n'être pas la pire des calamités.
Le 9 mars, la Vedette , qui affectionnait décidément l'enseignement par la chanson , donna de nouveaux couplets, dus au citoyen Mengaud, frère du général commandant la division militaire. L'auteur s'écriait avec un pur élan d'athéisme :
Loin de nous et sans indulgence
(^es êtres sottement criminels
Qui, pour mieux asservir la France^ ^
Parlent de trônes et d'autels :
Le vœu du peuple est le seul règne ,
Sa voix seule est la voix de Dieu ;
Et quoique l'hypocrite feigne,
Le peuple seul est le vrai Dieu.
Courage, citoyens, en avant, bataillons,
Frappons, frappons Tous ces brigands > qui souillent nos sillons.
XIL 11 y a trois choses qui ont toujours eu le privilège de troubler et d'irriter profondément les déserteurs ou les ennemis de la reHgion : c'est la rencontre d'un prêtre, la vue d'une croix et le son des cloches. La prohibition du costume ecclésiastique les avait déjà débarrassés du premier objet de leurs répulsions. Pour se débarrasser des croix, ils imagi-
62 CHAPITIB LU..*
Dèrent de dire que leur existence portait atteinte à l'égalité entre les cultes, et donnait à la religion chrétienne une supériorité blessante pour les autres^qui ne possédaient aucun signe extérieur de ce genre; comme s'il n'était pas loisible à chacun, d'arborer le croissant de Mahomet, le caducée de Mercure ou la chouette de Minerve ! Sous prétexte de protéger l'égalité, qui n'était nullement en cause, on viola donc de la manière la plus flagrante la liberté des chrétiens, en leur défendant de laisser sur leurs églises ou dans leurs propres champs les signes inoffensifs de leur foi. La lutte qu'on va voir s'engager à ce sujet durera jusqu'à la fin de la Révolution, avec autant de constance pieuse d'un côté que d'opiniâtreté impie de l'autre. La guerre commença en même temps contre les cloches, et ce fut la municipalité de Besançon, servile exécutrice des ordres du club, qui prit la triste initiative de cette persécution.
Déjà cependant, quelques essais de ce genre avaient eu lieu dans les villages voisins, et la Vedette du 49 mars 1794 les avait signalés en ces termes élogieux : <( Lorsque les républicains plantent des arbres d'une main, de l'autre ils abattent les croix ; ils sentent parfaitement que la tolérance est incompatible avec la domination , et que ce qui doit seul régner sur tout, c'est la liberté. Pénétrée de ce principe, la municipalité de Myon, en replantant son chêne, a mis aux enchères la croix de fer qui existait devant son église, et le produit a fait les frais d'un banquet civique où l'on a chanté des couplets patriotiques et porté des santés à la destruction de tous les tyrans. La commune de Heure a suivi l'exemple de plusieurs autres. Elle a aussi aboU les restes de la féodalité spirituelle et romaine qui existaient à l'entrée du village ; ainsi les amateurs n'iront plus contempler cette belle croix de fer doré , et les dévotes recueillir les indulgences de quarante jours que MM. les missionnaires avaient attachées à ces monuments religieux. »
Le 7 avril, la municipalité de Besançon publia la proclamation suivante, à laquelle Chazerand avait été chargé de donner les formes religieuses qui lui étaient propres et qu'il ^ mit de très bonne foi : «c Citoyens...., tous les cultes sont
CULTB BB LA RAISON. GUERBB AU CHBI8TIA1IISI1B. 63
admis dans la république et garantis par la constitution. Mais, parles lois de l'égalité, aucun de ces cultes, quel qu'il soit, ne doit prédominer ; autrement les autres cesseraient bientôt d'être libres. En conséquence, les signes extérieurs d'un culte quelconque ne peuvent subsister sans une apparence de supériorité contraire à la loi et aux principes. Ne soyez donc pas surpris, cbers concitoyens, que vos magistrats aient délibéré et décidé la suppression des signes extérieurs du culte catholique; ils ont été tolérés jusqu'ici sans inconvénient^ à la vérité, parce que les sans-culottes attachés à ce culte sont pacifiques, inaccessibles à l'influence sacerdotale, et qu'ils abhorrent l'esprit de domination ; mais il faut se conformer à la loi, qui est générale; il faut ôter tout prétexte aux malveillants. Les catholiques, sans conserver au dehors les croix et les images des saints, sans continuer à annoncer leurs solennités au son des cloches, n'en conserveront pas moins leur culte dans leurs temples. C'est là qu'ils peuvent sans crainte et sous l'égide de la constitution, se tivrer à toutes les pratiques religieuses. Malheur à l'audacieux, à l'ennemi de l'égalité et de la paix, qui oserait les y
troubler, leur y faire violence A ces causes, nous,
maire et officiers municipaux, après avoir ouï le réquisitoire de l'agent national, nous avons arrêté et arrêtons ce qui suit : i^ Les signes extérieurs de tout culte quelconque seront enlevés et supprimés sans délai, légalement et avec décence ; 2<> tout citoyen sera maintenu dans le libre exercice de son culte ; 3® quiconque aura troublé les citoyens dans l'exercice de leur culte , sera puni suivant toute la sévérité des lois ; A"* il est défendu, sous les mêmes peines, de répandre des bruits propres à alarmer les citoyens au sujet du libre exercice des cultes. »
Dans une circulaire adressée, quatre jours après, aux curés de la ville pour les inviter à lire cette proclamation au prône, Chazerand disait : <c Tu auras soin de faire à tes paroissiens une instruction à ce sujet, afin que les moins instruits d'entre eux se convainquent bien que les signes du culte ne sont pas le culte lui-même. Tu comprends que le son des cloches étant un signe extérieur de ton culte, ne
6l GHAPITBB LIX.
peut plus servir aux annonces de vos assemblées religieuses et de vos solennités ; en conséquence, tu le feras cesser dès aujourd'hui. Jeté prie encore d'avertir qui de droit, de déposer dans trois jours au magasin du district, les cordes des cloches descendues. Tu es sans doute trop ami des lois pour ne pas t'empresser de concourir de tout ton pouvoir à l'exécution d'un arrêté dont le but a été le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique. « Dans l'arrêté municipal aussi bien que dans son commentaire, on avait omis, pour une excellente raison, de citer les lois auxquelles on prétendait se conformer ; c'est qu'en réalité ces lois n'existaient pas.
Cette mesure, malgré ses formes graves et mesurées, provoqua un vif mécontentement parmi les honnêtes schisraatiques de Besançon, et ils demandèrent hautement si on ne pouvait pas leur laisser leurs cloches, sauf à en donner même à tous les autres cultes. La Vedette^ répondant, le 46 avril, à ces plaintes, profita de l'occasion pour railler les formes respectueuses dont la municipalité avait donné à la fois le précepte et l'exemple, dans la suppression des monuments de la piété chrétienne. « Nous entendions dire dernièrement, disait-elle, qu'il fallait donner des cloches aux juifs, aux protestants, aux anabaptistes , enfin à tons les sectaires qui s'établiront par la suite au milieu de nous ; ne voit-on pas que ce serait consommer inutilement un métal qni , au heu de nous étourdir, portera la terreur et la mort au milieu de nos ennemis. On travaille à faire disparaître les signes extérieurs de tous les cultes. Déjà une foule de saints ou saintes de bois ou de pierre, que la piété mal entendue de nos pères avait nichés au coin des rues ou devant les églises, ont été enlevés légalement et avec décence; c'est-à-dire qu'au lieu de les précipiter de leurs niches ou de les tirer avec îles cordes, comme le faisaient précédemment des ouvriers pou religieux, on les descend avec pi*opreté et décence, le tout pour se conformer aux ordres de l'agent national de la commune. Nous voilà enfin an pas. »
On voit à la même époque Lambercier , ministre protestant, se présenter à la municipahté de Besançon et la préve-
COLTB DB LA EAISON. 6UBRRB AD CnBISTlANlSHE. 65
nir que les citoyens de sa communion s'assembleront le 13 avril, pour l'exercice de leur culte, dans la maison 4326 rue de la Fédération. '
XIIl. Toutes les démarches prodiguées par Fadministration terroriste pour dépraver les habitants ne paraissent pas avoir obtenu beaucoup de succès, à en juger par le courageux défi que lui lança à cette époque la commune de Corcelles-Mieslot. Cette commune, ayant à élire son agent national, fixa son choix sur M. Cl.-F. Bas, catholique ardent et ennemi déclaré du schisme. 11 avait même été traduit au tribunal criminel au mois de mars 1793, et reconnu coupable de provocation à la désobéissance aux lois et à l'avilissement des autorités constituées, mais renvoyé hors de cause, parce que la loi n'avait pas encore pourvu au châtiment de cette sorte de crime. On comprend la fureur que dut éprouver le fougueux Marin, agent national du district, en recevant la lettre par laquelle M. Bas lui faisait part de son élection. Il lui répondît, le 23 février, en lui prodiguant les anciennes formules de politesse, devenues à ce moment le «omble de l'insulte : « J'ai lu votre lettre , Monsieur, et j'ai été indigné de la conduite de la commune de Mieslot, qui a poussé l'avilissement jusqu'à vous nommer agent national. Je n'ai pas été surpris de votre impudence, les gens de votre espèce en sont pourvus. J'ai brûlé votre lettre, c'est le cas que j'ai cru devoir en faire. » Il écrivit en même temps au maire et aux officiers municipaux de Corcelles : « Vous avez élu pour agent national le nommé Bas , qui a été repris par le tribunal criminel comme perturbateur de Tordre pubUc. Vous n'ignorez sans doute pas sa conduite, et vous vous rendez vous-mêmes suspects en appelant à un emploi honorable un homme indigne de remplir aucune fonction publique. Je vous requiers donc de délibérer que le nom de cet intrigant sera rayé de dessus vos registres, et de procéder à l'élection d'un nouvel agent; autrement, je serai forcé de sévir contre vous comme contre lui. »
La destruction du christianisme n'était pas mieux accueillie dans les autres districts que dans celui de Besançon. Le club d'Ornans lui-même s*éleva fortement contre la substi-
fi
66 CHAPITIB LIX.
tution du décadi au dimanche, et s'attira, le 37 novembre i 793, cette sévère admonestation de la Vedette : « Et vous aussi, enfants d'une société qui jusqu'à ce jour avait bien mérité de la patrie, vous aussi, vous vous livrez à des excès dont rougiraient les hommes féroces du dixième siècle 1.... Quoi! pour une messe placée un jour plutôt que l'autre, vous abandonnerez les grands principes de philosophie qui vous avaient fait distinguer, jusqu'à ce jour, des autres sociétés affiliées... Dites-nous, importe-t-il beaucoup au Créateur de recevoir nos hommages les jours de décadi plutôt que le dimanche? Quel être serait le dieu qui s'attacherait à de pareilles futilités ? Vous déshonorez le Créateur en lui supposant vos faiblesses. Il veut être honoré et aimé chaque jour et à chaque instant de notre vie, et non pas le septième ou le dixième jour. Le jour de dimanche avait été jadis choisi parce qu'il convenait à un calcul adopté par un pape et qui le fut ensuite par les puissances civiles. Eh bien! que l'Eglise fasse aujourd'hui ce que firent autrefois les rois ; qu'elle adopte aussi les mêmes jours pour la solennité de son culte, cela ne l'empêchera pas de prêcher ses mêmes dogmes, sa même morale et ses mêmes mystères; qu'elle appelle dimanches les jours de décade, et tout rentrera, à peu de chose près, dans l'ordre accoutumé. »
Cette exhortation fit peu d'efiet, et les jeunes gens d'Ornans donnèrent eux-mêmes l'exemple de la résistance, en continuant les exercices hebdomadaires de la congrégation dans l'église des Minimes. Le district, irrité, déclara^ le 25 janvier, « que ce rassemblement tendant à continuer une association défendue par la loi, dans un édifice national qui venait d'être consacré au culte de la Raison, cette église resterait désormais fermée. » Le mécontentement et l'agitation ne firent que redoubler jusqu'au 8 février. Alors l'opposition devint tellement menaçante , que le district publia l'arrêté suivant : « Le directoire, voyant avec peine que le flambeau de la raison n'a pas encore dissipé les ténèbres de l'erreur et de la superstition, qui jettent une macule sur les mœurs républicaines de cette commune ; informé d'ailleurs que des individus superstitieux ont témoigné leur méconten-
CULTE DB Lk RAISON. GUERRE AU CHRISTIANISME. 67
tement de la fermeture de l'église nationale des ci-devant minimes, qui a été faite ensuite de nos ordres, pour couper racine aux abus produits par le fanatisme et qui se renouvellent dans cette église ; instruit enfin que des malveillants prennent prétexte de cette démarche légale pour exciter de la rumeur et porter le trouble parmi le peuplé et qu'il y a eu des menaces d'insurrection, arrête que le conseil général de la commune d'Omans est requis, sous sa responsabilité, de prendre toutes les mesures de précaution pour assurer la tranquillité dans la commune et y maintenir l'ordre, de faire faire des patrouilles pour dissiper tout rassemblement et de lui rendre compte de ses démarches. Ce conseil est invité, en outre, à réunir ses lumières et ses efforts à ceux de l'administration pour détruire les dernières tentatives de la malveillance et du fanatisme expirant. »
Ce n'était pas assez pour le district de frapper les chrétiens par la suppression de leur culte ; il voulut encore les faire contribuer eux-mêmes à la profanation des dépouilles de leur piété, et un arrêté du 2 avril a invita (comme les tyrans invitaient alors) les citoyennes d'Omans qui n'étaient pas occupées à la culture, à venir dégalonner et découdre les vêtements et ornements sacerdotaux déposés au district, pour être ensuite vendus. »
Les jacobins des campagnes de ce district, comprenant encore moins que ceux de la ville l'animadversion dont réglise constitutionnelle était devenue l'objet de la part des gouvernants, en dépit de son obséquiosité et de ses services, continuaient bravement à agir sans tenir aucun compte de Tavënement de la Raison. Le 23 décembre 1793, la municipalité de Chassagne réclamait encore un curé aux chefs du département, et ceux-ci étaient obligés de lui apprendre que de pareils soins leur étaient devenus tout à fait étrangers.
Le 4 février 4794, la municipaUté de Mouthier ayant décidé que les personnes qui mourraient éloignées des offices et des sacrements constitutionnels, seraient inhumées à part dans le cimetière, l'agent national de la commune, qui était philosophe, dénonça cet arrêté « comme scandaleux, contraire à l'ordre pubhc et à la liberté des cultes, tendant à
68 CHAPITRE UK.
allumer les torches de la discorde, à porter la vengeance au delà de la vie et à troubler la cendre des morts. » Il demanda, en conséquence, la suspension de tous les membres du conseil. Il dénonça en même temps Tintrus Baverel, élu officier de rétat civil ^ pour avoir intitulé ses registres : Re6istiie3 DE PAROISSE, et pour n'y mentionner que la date de l'ère chrétienne ; il demanda qu'il fût dénoncé au tribunal révolutionnaire et mis sur-le-champ en prison, comme prêtre turbulent. Le district se borna à casser la délibération de Mouthier a comme attentatoire aux bonnes mœurs, aux lois, à la sûreté et à la tranquillité publique ; » il décida que l'intrus inhumerait de la mêfue façon tous les défunts, quelles qu'eussent été leurs opinions religieuses, sous peine de châtiment exemplaire ; qu'il serait dessaisi des registres de l'état civil, et qu'enfin il en serait référé aux représentants en mission pour la punition des auteurs de ces divers délits.
Gomme il est facile de le pressentir, les catholiques fidèles donnaient encore moins de satisfaction aux autorités philosophes. Le canton d'Orchamps lui-même, si cruellement décimé, et qui venait de réjouir Melchior Proudhon par son attitude abattue et humiliée, ne laissait pas de causer déjà de sérieuses inquiétudes. Le 10 avril, CL-Jos Henriez, maire de Loray, J.-Cl. Monnot, maire de Plaimbois, Ant.-F. Parent, agent national de Guyans-Vennes, F. - Alexis Goguillot, maire de Flangebouche, et F.-Jos. Goguillot, président de la Société populaire de cette commune, se présentèrent au district et déclarèrent « que les insurgés émigrés de leur canton y rentraient journellement et entretenaient des relations très suivies avec les fanatiques et les aristocrates du pays; qu'ils venaient même d'enlever le fils de l'émigré P. -F. Goguillot, enfant de douze ans, disparu depuis plusieurs jours, et que pour mettre un terme aux justes craintes des patriotes, il était indispensable : i** de renforcer la garde des frontières, et de n'y admettre que des troupes de ligne ; ^ d'épurer le bataillon de la garde nationale de Flangebouche, en destituant le chef et ses semblables qui étaient au moins suspects^ et de les remplacer par des patriotes à
CULTB DE LÀ RAISON. GUBRRB AU CHRISTIANISMB. 69
répreuve, ainsi que les officiers émigrés, guillotinés ou déportés, qui étaient en grand nombre ; 3^ de retirer aux Suisses la permission de circuler dans le département, parce que la plupart ne faisaient que singer le patriotisme pour mieux servir Taristocratie, et A^ enfin d'annuler tous les passe-ports délivrés jusqu'à ce jour aux habitants du canton, parce qu'il se commettait des abus affreux à l'aide de ces passe-ports. »
Le district fit droit à toutes ces plaintes et décida notamment (f que les représentants du peuple seraient invités à réorganiser le bataillon de Flangeboucbe au gré des patriotes, attendu que des élections auxquelles concourraient des individus entachés de fanatisme et d'aristocratie seraient infiniment dangereuses. )>
Xiy. Le club de Pontarlier, à la difiërence de celui d'Ornans, se montra dès le principe l'ardent auxiliaire de l^administration dans sa guerre au christianisme. Ce fut le 2 déeembre i793 que brilla pour la première fois en plein éclat l'impiété de ses meneurs, déguisés jusqu'alors en apôtres fii* ribonds des vertus de la primitive Eglise. Ce jour-là, Renaud, procureur général du département, en mission, présidait la séance; Faivre, intrus de Montbenoit , s'y présenta avec quelques officiers municipaux de Lièvremont et de Maisondu-Bois, apportantes vases sacrés de leurs églises, et il prononça un discours que le secrétaire du club déclare plein de raison et de philosophie. Après un remerciement du président, Gonforme aux mêmes principes , Magnin-Tochot, intrus de Gilley, l'odieux despote du comité révolutionnaire central de Montbenoit, monta à la tribune et y lut cette déclaration :
ce J'ai renoncé aux fonctions du ministère catholique , parce que les prêtres sont essentiellement les plus méchants des honmies et les plus mauvais citoyens d'un Etat. Us sont altiers> parce qu'ils prétendent que c'est de Dieu lui-même qu*ils ont reçu leur mission et leurs pouvoirs. Ils sont ingrats, parce qu'ils assurent n'être redevables qu'à Dieu seul des bienfaits qu'ils tiennent visiblement de la générosité des peuples. Ils sont audacieux, parce que depuis un grand nomhre de siècles ils jouissent de l'impunité. Ils sont inquiets et turbulents, parce que sans cesse ils ont envie de jouer un
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grand rôle. Us sont querelleurs et factieux, parce que jamais ils ne pourront convenir de la façon d'entendre les prétendues vérités qu'ils enseignent aux hommes. Us sont soupçonneux, défiants et cruels, parce qu'ils sentent très bien qu'ils ont tout lieu de craindre que leurs impostures ne se découvrent. Us sont les ennemis-nés de la vérité, parce qu'ils appréhendent qu'elle n'anéantisse leurs prétentions. Us sont implacables dans leurs vengeances, parce qu'U leur serait dangereux de pardonner à ceux qui veulent ébranler leur doctrine, dont ils connaissent la faiblesse. Us sont hypocrites, parce que la plupart sont trop sensés pour croire aux rêveries qu'ils débitent. Beaucoup sont déréglés dans leurs mœurs, parce qu'il est impossible que l'oisiveté, la moUesse et le luxe ne corrompent le coeur. On les voit quelquefois austères et sévères dans leur conduite, pour en imposer au peuple et parvenir à leurs vues ambitieuses. S'ils sont hypocrites et fourbes, ils sont dangereux ; s'ils sont imbéciles et fanatiques de bonne foi, ils n'en sont pas moins à craindre. Presque toujours ils sont rebelles et séditieux, parce qu'une autorité qui vient de Dieu n'est pas faite pour pUer sous l'autorité des hommes.
» Tel est le portrait que je m'en suis fait, et d'après ce que j'ai vu, lu et médité, j'ai compris que leurs intrigues, leurs menées, leur conduite et leurs discours, ne tendaient qu'à asservir les peuples et à réduire les nations en esclavage. Ces hommes divins voudraient, par leurs conseils intéressés et souvent sanguinaires, qu'on leur sacrifiât le bonheur, le repos et les richesses des meilleurs citoyens de l'Etat. Constamment ils sont opposés aux progrès des lumières, qui seuls sont capables de tirer les peuples de l'ignorance, de la barbarie et de la superstition, dont tant de fois le genre humain a été la victime. »
Des applaudissements frénétiques accueillirent le spectacle de ce jeune prêtre se couvrant lui-même de boue en même temps que ses collègues. On décida que son discours serait transcrit en entier sur les registres de la Société et envoyé à la Vedette pour y être reproduit. Le président fé- Mcitaavec effusion, au nom du club^ le prêtre apostat, et se
CULTI Dl LA lÀlSeR. GCBftRB AU CHBI8TIAN18MB. 71
déclara l'organe de la reconnaissance générale en le remerciant du courage avec lequel il s'était mis au-dessus de tout préjugé. Le vicaire Barrey, marié depuis quelques jours, succéda i Magnin-Tochot à la tribune. « Il exprima, dit le secrétaire jacobin, les sentiments de la saine morale et de la raison, et déclara qu'il se repentait d'avoir enseigné pendant dix*huit mois les principes du fanatisme ; qu'il se rétractait et abjurait son état^et se vouait entièrement au culte de la raison et de la philosophie. »
Simon, receveur des douanes, occupa ensuite la tribune et prononça un discours contre le fanatisme, l'ignorance et les préjugés dans lesquels on avait vécu jusqu'à ces jours de raison et de philosophie, et il établit que le culte le plus saint était celui de la liberté et de l'égalité. Son discours obtint des applaudissements unanimes, et la Société décida qu'il serait également inséré dans la Vedette, pour servir d'instruction.
Briot, venu à Pontarlier à la suite de Renaad et de Grosjean, ne pouvait manquer une si belle occasion d'exhaler sa haine contre les prêtres : « Ils ne sont, s'écria-t-il, que des apôtres de la superstition et du fanatisme, et tout leur patriotisme a pour but de conserver leurs pensions. » <c II nous en a cité mille exemples, ajoute le secrétaire du club, et nous a invités à nous méfier de ces gens-là et à ne les recevoir que lorsqu'ils auraient abjuré leurs erreurs. Ce discours a été suivi des plus vifs applaudissements. » Ces applaudissements ayant exalté la passion de Briot, il remonta à la tribune et fit contre la religion un nouveau discours qui fut salué par de nouvelles acclamations.
A la séance du 10 décembre, Claudet donna lecture d'un écrit composé par un ci-devant prêtre, membre de la Convention, et intitulé Discours familier et préparatoire aux instructions contre la religion des prêtres, et il conclut en demandant que les signes du culte catholique qui subsistaient encore près du fauteuil du président fussent enlevés, ce qui fbt adopté à l'unanimité. Un membre proposa ensuite de réimprimer l'écrit qu'on venait d'entendre, et il fut décidé que le district serait invité à en faire les frais et à le répandre à profusion dans toutes les communes pour servir de contre*
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poison aux erreurs du fanatisme. Des commissaires furent aussitôt envoyés au district, qui souscrivit avec empresse^ ment à tout ce qu'on lui demanda. Le 8 février 1794, un membre du club se plaignit de ce que les ministres de c^r* tain culte n'avaient pas discontinué de brûler des cierges en plein midi et d'entretenir une lampe sans cesse allumée dans leurs églises, a 11 est ridicule^ ajouta-t-il, de mettre quelques cierges en concurrence, pendant le jour, avec l'astre brillant qui nous éclaire ; il est plus qu'inutile de tenir une lampe allumée tout les nuits dans les églises, puisqu'il n'y habite personne ; enfin il est irréligieux que des prêtres aient la prétention d'éclairer l'Auteur de l'univers. » La Société, tou* ehée de ces considérations, arrêta qu'elle enverrait une adresse à la Convention pour lui demander de défendre à tous sectaires d'user de la lumière en plein midi et de brûler inutilement de l'huile pendant la nuit, dans les lieux inhabités. Le tout sans doute au nom de la liberté.
Le 18 février, en réponse à la circulaire du comité de saint public qui engageait les Sociétés populaires à réprimer les fanatiques et surtout les fanatiseurs, le club décida l'envoi d'une nouvelle adresse à la Convention, pour l'engager à ne plus payer les prêtres constitutionnels, parce qu'ils n'étaient que des fanatiseurs. Mais ce n'était pas assez de les prendre par la famine, le club voulait qu'on allât encore plus loin pour les mieux bâillonner. Le 9 avril, après avoir lu les arrêté» abominables pris par le proconsul Albitte contre les prêtres de l'Ain et du Mont-Blanc, le club de Pontarlier écrivit encore à la Convention pour la prier de généraliser ces me^ sures odieuses dans toute la France. La lecture d'un discours impie envoyé par le conventionnel Michaud de Doubs, et publié par lui dans le département d'Indre-et-Loire, qu'il tyrannisait en ce moment en qualité de proconsul , exalta encore l'ivresse d'irréligion à laquelle était livré le club de Pontarlier; la Société décida que le district serait invité à faire réimprimer ce discours aux frais du trésor public, et à ea adresser des exemplaires dans toutes les communes, avec injonction aux agents nationaux d'en faire lecture au peuple
"^mblé.
Toutes ces publications n'ayant pas réussi à arracher U religion du cœur des habitants de la ville, il fallut, comme on lèvera bientôt, descendre à la violence brutale, en dépit de tant de proclamations et de promesses contraires.
Dans les campagnes, l'opposition se manifestait encore avec plus d'énçrgie. Le 15 décembre, Magnin-Tocbot, resté au presbytère de Gilley en qualité de prêtre de la Raison, fit reclure par son comité de Montbenolt cinq habitants de 6illey « pour avoir voulu causer une insurrection contre rétablissement de la décade et les prédications de la nouvelle morale. » Le G janvier, le comité révolutionnaire de Chaffois déclara suspect J.-F. Vuitteney , maire de la commune, pour avoir tenu des propos contraires à la liberté du culte constitutionnel et fait circuler un Catéchisme du genre humain contraire à la religion et aux mœurs. Le comité de Mouthe,. animé des mêmes sentiments, décidait , le 3 janvier 1794 , que ses membres se réuniraient chaque dimanche, a au sortir de la messe de paroisse. »
Les cathohques, de leur côté, ne se montraient pas moin» fidèles à leur foi proscrite. Le 49 avril, l'agent national des Hôpitaux^ demandant au district si trois membres de la mu^ nicipalité^ reclus comme suspects et élargis en ce moment^ pouvaient reprendre l'exercice de leurs fonctions, ajou-* tait : (( Notre commune veut des aristocrates qui ne respirent que pour les prêtres déportés. » Le 3 mars, Michel Saillard et sa femme, vignerons d'Arbois, qui allaient vendre des graines de légumes en hiver^ se présentèrent devant le comité révolutionnaire de Chapelle^d'Huin, et déclarèrent que, passant au Souillot, la veille, à deux heures après midi, ils avaient surpris dans la maison de la veuve Daguerre une réunion d'une quarantaine d'hommes et de trois ou quatre femmes , et qu'ils avaient guetté pendant une demi-heure, près de la fenêtre, pour entendre ce qu'on y disait ; que l'un des assistants ayant demandé si tous les confrères étaient présents, un autre avait répondu qu'il en manquait encore huit ; que le président lui-même était dans une autre maison, et qu'il fallait aller le chercher pour dé* cider ce qu'on voulait faire au sujet de la collecte, attendu
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qu'il était nécessaire d'envoyer l'aident avec une lettre, i Fribourg, avant le jeudi suivant ; qu'un autre assistant avait dit qu'il craignait que les absents ne se fussent tournés du cAté des démocrates, et qu'il fallait se déSer de quatre familles qni allaient aux offices constitutionnels à Chapelled'Huin. Le comité manda aussitAt Hubert Chapuis le vieux, Félicité Mignot et L.-J03. Beurey, soupçonnés d'être les chefs de ce rassemblement ; mais les deux dénonciateurs ne les reconnurent pas pour les y avoir vus. Anatole Simon et Cl.-Jos. Chapuis, patriotes du Souillot, interrogés ensuite, ne purent ou ne voulurent donner aucun renseignement. Tout ce qui resta de cette enquête , ce fut que le rassemblement avait eu lieu au domicile de Phiîiberte-FéUcité Hignot. L'agent national du district, informé de toutes ces circonstances, écrivit au comité de faire citer de nouveau Saillardet sa femme, afin d'obtenir d'autres éclaircissements, de procéder révolutionnairement contre les coupables et de lancer des mandats d'arrêt contre toutes les personnes soupçonnées d'avoir fait partie de la réunion, et de faire apposer en même temps les scellés sur tous leurs papiers. « Vous vous servirez, ajoutait-il, de la gendarmerie de Levier et delà garde nationale pour l'exécution de vos mandats d'arrêt et pour la conduite de ces particuhers dans la prison de Pontarlier ; s'il était possible de les saisir tous au même moment, n'épargnez rien pour le faire. » Le comité de Chapelle-d'Huin était heureusement d'une nature peu agressive ; la proscription qui commençait déjà à sévir contre s convictions religieuses, lui avait d'ailleurs apindulgent pour les autres ; il répondit donc i lureur qu'il résultait de toutes les investigations, latiques du Souillot n'avaient absolument rien idit à ébranler la forme du gouvernement ; que Time était d'être restés attachés aux prêtres réet qu'ils concentraient généralement en euxurs sentiments fanatiques, sans montrer un inci- I marqué. Cet honnête comité dissipa ainsi l'orage pu jeter en prison presque toute la population du
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A Quingey, on était si peu avancé en philosophie que, le 24 février 4794, on observa , au sein du comité révolutionnaire de cette ville, que les deux prêtres desservants se permettaient toujours de porter le viatique en cérémonie sous le costume ancien et avec une lanterne, et ce ne fut qu'après une longue discussion qu'il fut décidé qu'ils seraient invités à supprimer cet appareil.
XV. Mais les habitants d'aucun district n'étaient aussi attachés à la religion que ceux de Saint-Hippolyte, et les partis les plus opposés s'y réunissaient dans le respect le plus profond pour tout ce qui tenait à l'essence du christianisme. L'administration le savait si bien, que le procureur général Renaud, de Quingey, écrivait, le 23 octobre 1793, au directoire de ce district : a Vous aurez dans peu quelques prêtres chargés de desservir plusieurs communes. J'ai pensé que cette mesure ne contribuerait pas peu à contenter les citoyens des campagnes. » Le procureur général, philosophe, adressa en effet aux vicaires épiscopaux une réquisition tendante à lui procurer des desservants ; mais l'entreprise n'é« tait pas facile, et tout ce que put faire dom Grappin, fut d'inviter le P. Parrenin, du Bizot, bernardin, à aller desservir les Fontenelles avec pouvoir débiner. Le 2 décembre, Blondeau aine écrivit» du Bief-d'Ëtoz, à son frère qui venait d'être nommé procureur syndic du district : a J'ai trouvé nos montagnes dans la plus grande consternation. Ils tremblent qu'on ne leur enlève la religion , et cette frayeur est capable de produire les plus mauvais effets. Il faut dans ces circonstances critiques la plus grande circonspection. »
Le même jour, le club de Charmoille adressait à tous les clubs du district la circulaire suivante : c Frères et amis^ nous nous empressons de vous informer que beaucoup de dérangement se trouve dans les esprits concernant les dérèglements et attentats commis contre notre culte catholique. Nous sommes dévoués au bien pubUc ; cependant nous vous prions de vouloir bien vous joindre à nous pour en écrire deux mots aux représentants du peuple à Paris, et même nous faire part de vos arrêtés, si vous en avez déjà pris à cet effet. Nous l'attendons de votre fraternité et sommes
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Yrais saiis*culoUes. Nous envoyons la même aux autres sociétés qui nous avoisinent. » Un seul de ces clubs campa* gnards, celui du Rnssey, qui comptait sans doute parmi ses membres quelque philosophe^ répondit d'une manière peu favorable, hè pédant auteur de cette réponse fut même si enchanté de son œuvre, qu'il s'empressa de l'envoyer à la VedetiCy afin de lui procurer toute la publicité qu'elle méri«* tait à ses yeux, a Le sans-culottisme, disait-il, dontl'étymologie détermine suffisamment le sens, est une vertu qui doit nous porter à nous dépouiller de nous-mêmes, pour nous oc« cuper uniquement du bonheur commun ; de sorte que le vrai sans-culotte ne doit rien avoir en propre et doit faire généreusement à sa patrie tous les sacrifices possibles. Si dans ce moment les besoins de la république exigent l'or et l'argent servant au culte, nous né devons point hésiter, et le culte catholique, en devenant plus simple, n'en sera que plus majestueux aux yeux de FEtre suprême, qui en est l'objet et qui est plus jaloux de nos cœurs que de vos vases d'or. C'est par ces considérations que notre société n'a pas balancé un instant à faire cette invitation à toutes les communes de notre canton, et nous ne doutons pas que chacune d'elles ne s'empresse à donner la première l'exemple d'un pareil sacrifice. On dit qu'on attente à la religion ; mais si quelques particuliers et même des communes entières veulent se décatholiser, ils en sont bien les maîtres : rien n'est plus libre que la religion. Ainsi nous ne pensons pas qu'il soit à propos d'écrire à ce sujet aux représentants du peuple ; ils nous renverraient sûrement à la déclaration des droits de l'homme et i l'acte constitutionnel, qui consacrent d'une manière non équivoque la liberté du culte. — Pour copie conforme, Richard. )>
Afin de paralyser les reUgieuses démarches du club de Gharmoille, le club du Russey ne se borna pas à lui adresser cette haute leçon de philosophie et à la faire insérer dans fat Vedette ; il en fit le fond même de la circulaire qu'il adressa à toutes les communes, en y ajoutant l'invitation suivante : « Nous vous invitons en conséquence , citoyens et amis, à vous procurer des vases, soit en verre, soit d'é-
tain, etc. , poor le service du culte, et ensuite faire le sacrifice i la patrie de ceux d'or et d'argent. U parait que ce serait le cas d'en faire le dépôt au Hussey, où l'on en ferait U pesée; après quoi, on enverrait le tout au département, qui le ferait incessamment parvenir à la Convention nationale. Vos frères et amis , les sans-culottes de la Société populaire républicaine du Russey. — Vuillin, président, Parent, V. Eôionin. »
Adx mois de mars et d^avril suivant, la raison ou la philosophie, ou du moins ce qu'on décorait alors de ce nom, ii'aTait pas encore fait le moindre progrès dans ce district. Goinchard, agent national de Laval, écrivait que le fanatisme était l'opinion dominante dans sa commune. Jacquot, agent da Priolais, signalait le maire comme un prévaricateoretles autres municipaux comme des insouciants et des Uches remplis de respect humain. Le comité révolution- Baire et schismatique des Bréseux, à qui la proscription imomiente de son propre culte commençait aussi à inspirer des sentiments plus justes à l'égard des catbotiques, revendiqaait généreusement en leur faveur les droits de la liberté, eo adressant, le 16 avril, au district cette belle lettre, qui eoDtraste si noblement avec toutes les indignités publiées en ce moment même au nom d'une raison égarée et d'une philosophie ivre de sang.
<i Nous n'avons aucun suspect en réclusion. Tous les habitants ont gardé une conduite irréprochable. Quelques-uns paraissent ne pas être décidés quant à la constitution civile an clei^é, mais au reste ils accomplissent la loi. Ce sont tous des chefs de famille, cultivateurs, qui sont accoutumés i no cuhe ; leur conscience y est formée, ils le professent, et Doas ne voyons rien dans ce culte qui soit contraire à celui de la raison et aux lois de la république. D'ailleurs, la coustitDtion qui fait le bonheur des Français conserve à chacun b liberté de son culte. Si nul ne commande à son opinion, fl n'en est point de plus respectable que celle de la conscience. Ce serait faire des hypocrites et bouleverser les lois fondamentales de la république que de contraindre cette opinion. Finalement tout ce qui n'est pas défendu par la loi
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est permis , jusqu'à ce qu'elle ait prononcé le contraire. »
Les philosophes du Rassey eux-mêmes sentaient la nécessité de ménager encore l'esprit religieux des habitants, et Ch« Renaud, agent de cette commune, écrivait au district: a Les volontaires ont conmiis un délit chez Cl.-Jos.-Boniface Renaud et brisé un calvaire que ses enfants avaient disposé contre un mur depuis plusieurs années, au su de tout le monde. Je sais que cette affaire est de peu d'importance^ mais ce n'est pas aux volontaires qu'on a confié la mission de détruire à coups de sabre les monuments de l'ancienne superstition » parce qu'ils n'exécutent jamais de pareilles choses qu'en jetant l'épouvante dans les familles. »
Si l'impiété n'osait pas encore attaquer dans ce pays le culte schismatique des clubistes et des sans-culottes, elle s'en dédommageait non-seulement contre les catholiques, mais encore contre une communion protestante dont la piété et les mœurs austères ne lui étaient guère moins antipathiques. Les anabaptistes des environs de Saint-Hippolyte, déjà poursuivis au sujet du serment, devinrent l'objet de nouvelles tracasseries et furent dénoncés au comité révolutionnaire comme soupçonnés d'avoir fait passer de l'argent aux exilés et d'avoir tenu des propos inciviques et contre-révolutionnaires. Châtelain, membre du district, et Derriey, lieutenant de gendarmerie, furent chargés d'aller faire une enquête à Châtillon contre ces estimables laboureurs. Mais tous les témoins entendus ne leur ayant pu reprocher autre chose que d'avoir dit, au moment delà déportation du clergé insermenté, que la nation faisait très mal de chasser les vieux prêtres, la persécution fut encore ajournée à leur égard.
XVI. Le clergé constitutionnel, il faut l'avouer, n'offrit pas un spectacle aussi édifiant que la partie du peuple entraînée à sa suite dans le schisme ; et les apostasies scandaleuses dont la Convention était devenue le théâtre journalier, trouvèrent plus d'un imitateur à Besançon et même dans le reste du département. Cependant, jusqu'au mois de mai 1 794^ aucune violence, ni ouverte, ni même déguisée, ne provoqua les honteuses scènes de ce genre que l'on va avoir sous les
«".ux ; l'opinion publique y était même généralement hos-
tile, et elles ne peuvent être imputées qu'à la dépravation personnelle des vingt-quatre prêtres qui s'en firent les acteurs. L'éclat bruyant et les discours impies dont plusieurs accompagnèrent leur apostasie, ne le prouvent d'ailleurs que trop.
Il appartenait naturellement à Dormoy de frayer la route à ses confrères ; aussi lit-on dans la Vedette : a Le 23 brumaire (43 novembre 1793), à la séance du conseil général de la commune de Besançon, les ci-devant prêtres Marrelier, maire, Lambert, procureur de la commune, et Dormoy, notable, ont déposé sur le bureau leurs lettres de prêtrise pour être brûlées, séance tenante, et ont demandé acte de leur démarche, qui attestait les dispositions où ils étaient de n'appartenir désormais qu'à la classe des simples sans-culottes, et de ne reconnaître d'autre culte que celui de la vérité, de la raison, de la liberté et de l'égalité. Le conseil a applaudi aux principes philosophiques et aux intentions républicaines de ces hommes , qui depuis longtemps ont rompu avec les préjugés. »
Le 2i novembre, Lacombe, intrus de Quingey, écrivit au département: u Ayant été assez longtemps prédicant de fausses doctrines et l'apôtre des pratiques superstitieuses, et ne voulant plus être que le ministre de la vérité et l'ami de l'humanité, j'ai résolu d'abjurer le titre de prêtre et de renoncer pour toujours aux fonctions d'un ministère absurde et ridicule aux yeux de la saine raison. J'ai adressé, en conséquence, à la Convention mes lettres de prêtrise, et je prie le département de vouloir bien me donner acte de l'abjuration que je fais des fonctions et du titre de prêtre. » Le département déclara « qu'il applaudissait à l'esprit de vérité, de philosophie et de patriotisme qui avait dicté cet acte, et que mention civique en serait faite dans son procès-verbal. » Le même jour, Toratorien Roussel, intrus du Valdahon, déposa ses lettres de prêtrise sur le bureau du club de Besançon, en annonçant qu'il allait s'unir à une citoyenne.
Le 25 novembre, un curé de village se présenta devant le département et lui lut la déclaration suivante : u Je soussigné, Cl.-Ign. Mozer, du Barboux, âgé de trente-neuf ans, professant la prêtrise depuis douze ans, et curé à Bonnal
depuis cinq ans, déclare que la raison faisant luire son flambeau et la vérité se faisant entendre, je m'empresse d'abjurer des erreurs qui ont été si funestes au bonheur des humains. Il existe enfin , ce jour où les ministres d'un culte superstitieux peuvent se dépouiller des préjugés que le fanatisme accréditait et qui ne se soutenait que par la sotte crédulité des peuples. Sous le règne de la liberté et de Tégalité, le mensonge doit fuir et disparaître d'une terre libre, et le seul culte doit être l'amour de la patrie. Les sacrifices qui peuvent lui être agréables, c'est notre dévouement ; les prières, c'est la pure morale; les autels, c'est la terre ; pour dôme, le del, et pour ministres, les sans-culottes. Détruisons tous les signes qui peuvent rappeler notre ignorance et nos faiblesses. Que l'or et l'argent qui ornaient orgueilleusement les autels de l'imposture, trouvent dans le creuset national une destination utile. Que le fer^ le cuivre et le bronze ne servent plus à étourdir les vivants pour honorer les morts ; que ces métaux, convertis en canons, deviennent la terreur des esclaves.
)> Telle est, citoyens, ma profession de foi, elle fut toujours dans mon cœur ; le temps alors n'était pas venu de parler le langage de la vérité; mais aujourd'hui, la raison reconnue, les prêtres de bonne foi s'empresseront de déposer aux pieds de la statue de la liberté ces hochets fanatiques , ces préjugés absurdes dont l'anéantissement ne peut que rendre plus facile et plus majestueuse la marche de la Révolution. Je vous enverrai , par le premier courrier , ces lettres de prêtrise qui ne donnaient que le droit d'en imposer aux hommes sans les instruire, et dès ce moment, je vais vouer mon temps, mes facultés morales et intellectuelles, à éclairer le peuple, à lui inspirer la haine des tyrans et l'amour de la Uberté et de l'égalité, pour lesquelles je jure de mourir, si ce sacrifice devient nécessaire pour la prospérité de ma patrie. — Mozer. »
« Après cette lecture, dit le secrétaire du département, le procureur général prit la parole pour faire sentir combien le fanatisme avait causé de malheurs au genre humain, et combien il était à désirer, pour son bonheur futur, que
CULTE DS LA EAlSOIf. GUERRE AU CHRISTIANISME. 81
l'exemple du citoyen Mozer fût imité. Il finit en demandant qu'une mention honorable lui fût accordée et que sa déclaration fût insérée dans la Vedette, afin que le peuple fût à portée de s'éclairer et de reconnaître les erreurs avec lesquelles on avait jusqu'à ce moment abusé de sa crédulité. Le président témoigna ensuite à l'ex-curé de Bonnal que l'assemblée avait entendu sa profession de foi avec autant d'intérêt que de satisfaction ; que les principes qu'elle contenait étaient la vérité éternelle ; que la philosophie les proclamait depuis longtemps, mais que sa voix était étouffée par les tyrans, par ces pontifes ambitieux et ces prêtres superstitieux qui ne pouvaient exercer leur domination qu'en tenant les peuples dans l'ignorance ; que le peuple français ayant conquis sa liberté, il convenait désormais de l'éclairer par les lumières de la raison, et de lui prouver que l'amour de la patrie, de la vertu, de la liberté et de l'égalité, devait être son véritable culte ; qu'en lui prêchant cette morale pure et salutaire, on lui ferait goûter le bonheur de son existence, sans cesse troublée jusqu'alors par des craintes et des tribulations qui n'étaient que le fruit de l'imposture ; que Mozer allait donc exercer un ministère bien consolant pour ses anciens paroissiens et bien satisfaisant pour lui, en se livrant à leur instruction et en détruisant les préjugés qui dégradaient l'homme ; et que ce nouvel acte de patriotisme, ajouté à celui qu'il venait de donner par sa déclaration, lui méritait la reconnaissance publique. » Le conseil tout entier, s'associant aux sentiments exprimés par son président et son procureur syndic, décida que le procès-verbal de cette séance serait inséré intégralement dans la Vedette.
Les habitants de Bonnal étaient bien loin de partager la satisfaction philosophique du département ; et le courageux Fricot, maire de la commune, s'empressa de convoquer en ces termes une assemblée générale de la population : « La paroisse se rassemble à dix heures pour voir ceux qui voudront préférer la rehgion cathoUque ou la loi prolestante. On se rassemble depuis le plus petit jusqu'au plus grand. De plus, on veut aller chez le ci-devant curé pour lui faire rendre les clefs de l'église et les ornements, et lui dire de