‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 51 sur 59 · LIBERTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ. JUSTICE. PROBITÉ. VERTU · texte numérisé non relu

LIBERTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ. JUSTICE. PROBITÉ. VERTU

« Citoyen et frère, )> Des factieux ennemis de notre révolution, déportés en conformité des lois, pour ne pas avoir voulu y obéir, osent aujourd'hui souiller le sol de la liberté et y introduire la per-

fidie du fanatisme, après avoir tenté par tons les moyens notre destruction. Mais les insensés, dans leur foi espoir, ignorent-ils que leurs efforts sont impuissants^ et que nous sommes armés d'un bouclier insurmontable contre les efforts du fanatisme? Qu'ils apprennent, les pestiférés, que les temps de l'erreur et du mensonge ont disparu comme la rosée devant le soleil, et qu'ils doivent finir de la même manière ! C'est pourquoi nous venons provoquer par ton organe le zèle et l'émulation de nos braves gardes nationaux des campagnes, pour saisir et arrêter ces trompeurs de l'esprit public, partout où ils oseront souiller la terre de la liberté, afin d'anéantir les vains efforts séducteurs et trompeurs de cette caste impie et contre-révolutionnaire, qui dans tout temps nous ont accablés du joug de la tyrannie et de l'esclavage. Garde national! enfant de la patrie ! arrête donc ces insensés dans leurs courses nocturnes, qu'ils se permettent, dit-on, de faire dans nos campagnes pour égarer les âmes faibles, en allumant les torches du fanatisme ! Nous espérons donc qu'à ton exemple, nos frères d'annes redoubleront de surveillance et d'activité pour arrêter les progrès de cette horde funeste à la liberté. Le succès apparent que nous nous promettons de vos démarches ajoutera un nouveau droit à la reconnaissance nationale. — Salut et fraternité. -» Les administrateurs et Tagent national du district d'Hippolyle. Mercier, vice-prés., etc. »

Mais c'était en pure perte que le district avait épuisé l'arsenal de la rhétorique. Un mois après, il répondait aux doléances du district de Pontarlier par ces doléances encore plus désespérées : « Ils ne sont malheureusement que trop vrais les dangers dont les prêtres émigrés nous menacent aujourd'hui. Plus les lois propices cherchent à réunir les esprits, à consoler tous les cœurs et à ensevelir dans un éternel oubli les haines réciproques, plus ces implacables ennemis du bonheur public redoublent d'efforts pour nous replonger sous leur joug et reconquérir le despotisme, aussi cruel qu'intéressé, qu'ils exerçaient autrefois sur le peuple. Par quelle fatalité arrive-t-il que ce peuple se prête criminellement aux vues hberticides de ces hypocrites ? L*expé-

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rience de tant de siècles de disgrâces et d'opprobres passés sous leur sceptre de fer ne devait-elle pas lui avoir appris depuis longtemps à se défier de leur langage perfide? Nous avons beau faire aux gendarmes, aux volontaires et aux gardes nationaux chargés de la sûreté de nos frontières et de tout le district; ces dangereux prêtres échappent toujours à nôtre vigilance. Aux nombreuses circulaires que nous avons déjà envoyées dans les communes, nous venons d'en ajouter une nouvelle, dont nous vous faisons passer un exemplaire.... »

En effet, le district, sans se lasser, venait encore d'adresser, le 8 mars, aux municipalités, aux gendarmes, aux juges de paix et aux préposés des douanes , un nouvel appel pour réveiller leur zèle. « Les ennemis de notre bonheur sont vaincus, leur disait-il , mais ils ne sont pas anéantis, mais ils respirent encore , mais ils n'ont pas perdu l'espoir de Tpus faire tout le mal dont ils sont capables. Ils n'attendent, pour réaliser leurs projets destructeurs, que l'occasion favorable ; c'est ce dont vous n'êtes pas assez pénétrés, etc. »

Trois jours après, les rassemblements qui venaient de tenter de délivrer M. Tabbé Berlin- Guyot, fournirent au district ému et désolé le sujet de ces nouvelles lamentations: « Le directoire a vu avec douleur que les prêtres déportés et émigrés reprennent leur audacieux projet d'asservir les campagnes et de leur imposer le joug de leurs illusions fanatiques. Un membre a observé que des gens simples se laissent séduire par des prestiges et des appâts trompeurs. De tout temps, l'ambition, l'orgueil, la cupidité des prêtres a tourmenté le peuple de mille manières. Notre histoire en présente, de toutes parts, des exemples frappants. Oui, peuple trop crédule, ce sont les prêtres qui menaient des miUiers d'hommes sur les bûchers des Gévennes; ce sont les prêtres qui inspiraient le massacre de la trop fameuse fête de Barthélemi. Les guerres de reUgion ont de tout temps fait couler des ruisseaux de sang, et tout récemment encore, dans la Vendée, on a vu des horreurs inspirées par des prêtres, parce que l'ambition des prêtres est démesurée, comme leur haine est implacable. Est-il possible, vous qui êtes tous des

gens sensés, dans un siècle de philosophie et de lumière^ que les prêtres puissent encore vous persuader que l'Etre •Suprême, parfait par essence, bon père par principe, veuille condamner à des peines sans fin des miUiers de créatures répandues sur notre globe? Telles sont les maximes de ces prêtres qui vous séduisent et qui ont cherché de tout temps à vous maîtriser par la terreur. Revenez donc, peuples aveuglés par ces ambitieux, sous le joug aimable de la loi! Que gagnerez-vous à vous raidir contre la Convention ? Le peuple français veut la liberté, et c'est un fait coDstant qu'elle est incompatible avec les prétentions exorbitantes des prêtres. La garde nationale d'Anteuil vient de nous donner un bel exemple de son attachement à la loi. Une troupe de fanatiques, dans l'intention sans doute de protéger quelques prêtres réfractaires, s'est présentée dans cette com« mune. La garde nationale a aussitôt arrêté et emprisonné les plus séditieux. Ni le nombre des insurgés, ni les ténèbres de la nuit, ni les armes dont ils étaient munis, n'ont pu ralentir le courage de ces braves patriotes. Les plus mutins sont en ce moment dans les cachots :' c'est le sort qui attend tous ceux qui s'élèveront contre la loi et qui se laisseront tromper par les prêtres déportés. La conduite de deux gendarmes et d'un chasseur qui ont lutté, sur la route de Clerval à Baume, contre soixante séditieux disposés à leur arracher un prêtre réfractaire, n'est pas moins digne d'éloges. »

Passant, sans transition, de ces beaux exemples i sa conclusion habituelle , le district recommandait encore instamment aux municipalités , aux gendarmes et aux douaniers, de surveiller avec le plus grand soin les prêtres et les rassemblements, également proscrits par des lois si aimables et si tolérantes ; et, pour que cette exhortation philosophique produisit plus d'effet, il en vota l'impression.

XVII. Pendant ce temps-là, les prêtres avançaient toujours. Le 21 février, le district, informé du retour de l'abbé Humbert, de Longevelle, avait envoyé Mercier pour faire des perquisitions au domicile de son frère Jean-Ignace, soupçonné de lui donner asile. L'agent de Neuvier annonçait, le 12 mars, qu'il entendait continuellement dire que

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les prêtres déportés parcouraient les communes du voisinage et s'y faisaient même de nouveaux prosélytes. Le surlendemain, J.-B. Journot, agent de Battenans, écrivait à Bavoux: n Je suis fâché de t' annoncer ce qui se passe dans ma commune. Voici le fait. Pendant la nuit du 5 au 6 mars (v. st.), Huguenot, de Peseux, prêtre déporté, a célébré la messe dans une maison (connue sous le nom de la Maisonnette) appartenant aux héritiers de Phil.-Jos. Tarby. Plusieurs habitants de ma commune et même des communes voisines 7 ont assisté. Le prêtre en question a prêché les assistants, et son discours n'avait pour but que de dégoûter les vrais patriotes. Je voudrais que tu m'écrives une lettre de reproches, par laquelle tu me marqueras que tu es instruit qu'on a dit messe à Battenans, et que je ne t'en préviens pas. Tu feras semblant d'ignorer ma lettre, et je ferai lecture de la tienne dans une assemblée. Tu me feras quelque menace, cela pourra les épouvanter. »

Parent, juge de paix à Maîche, fut délégué par le district, avec le machiavélique Journot, pour faire une enquête, nonseulement contre les propriétaires de la maison souillée par la présence du prêtre, mais encore contre le maire de Battenans, accusé d'avoir lui-même assisté à la messe.

Les deux commissaires ouvrirent leur enquête le 6 avril. Le patriote Jos.-Vict. Lajeanne, le mieux informé de tous, ajouta aux renseignements déjà fournis par Journot, que l'abbé Huguenot avait pris pour nom de guerre le nom de Christophe ; que Tarby, Alexandre, l'un des propriétaires de la maison, Tavait servi à l'autel en qualité de clerc ; que, parmi les assistants, on comptait Jac. -André Bichon, maire de la commune, F.-Jos. Bourdon, officier municipal, P.-Jos. Tarby, greffier de la municipalité, Thérèse Pêcheur et plusieurs autres de Battenans. La municipalité , réunie et interrogée le lendemain, répondit avec plus d'audace que de vérité, pour se justifier, qu'elle savait bien qu'une messe avait été célébrée ; mais qu'elle avait cru et croyait encore que celui qui l'avait dite était un prêtre assermenté, à qui la loi sur la hberté des cultes permettait d'exercer le sien partout où bon lui semblait. Parmi les courageux assistants

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de cette messe clandestine, on aime à retrouver, comme un heureux indice du retour des esprits à la véritable foi, le maire de Battenans, le secrétaire du conseil et ToHicier .municipal Bourdon, qu'on avait vus, au mois de mars 1793, présider à l'arrestation et à la spoliation de deux pieuses pèlerines de Noidans.

Trois affaires semblables , mais plus graves , absorbaient en ce moment toute l'attention des autorités du district. Le 6 mars, J.-Cl. Feuvrier, capitaine de la garde nationale i Courcelle, se présenta devant le comité révolutionnaire central et déclara que, dans le cours de la décade précédente, les prêtres émigrés Breuillot et Huguenot avaient fait une assemblée dans la commune de Froidevaux, au domicile de J.-Jac. Boicbot, lieutenant de la garde nationale; qu'il s'était fait une autre assemblée à Châtillon, mais qu'il ignorait dans quelle maison, il indiqua comme témoins Georges Girard- Clos , maire de Chaux, Gl.-Jos. Clerc, agent national de la même commune, J.-Jac. Bailly, officier municipal à Froidevaux, et le fils de ce dernier.

Le i2 mars, le comité procéda à l'interrogatoire de ces témoins et de plusieurs autres. J.-Jac. Bailly , parent du prévenu au cinquième degré, déclara que, la veille du cidevant carnaval, à une heure après minuit, J.-P. Vadans, greffier de la municipahté, était venu l'inviter à assister à la messe que l'abbé Breuillot allait célébrer chez Boichot; qu'il avait refusé de se lever ; mais que sa fille Jeanne-Thérèse y était allée; que, quelques jours après, son neveu J.-Gl. Bailly était encore venu l'inviter à assister à une autre messe célébrée chez Boichot par l'abbé Huguenot, de Peseux; mais que sa fille seule s'y était rendue.

J.-F. Bailly, fils du premier témoin, animé de sentiments bien difiTérents, déclara que, lorsque son cousin était venu les inviter à assister à la messe, il avait engagé son père à y aller, mais pour prendre note des assistants et reconnaître le prêtre, afin de les dénoncer; que, sur le refus de son père, il avait résolu de faire lui-môme cet office; que chemin faisant, il avait rencontré le maire Cl.-Jos. Jeannin, qui lui avait dit : « Veux-tu venir à la messe qui va être dite, a

et qii*il avait répondu : « Un vrai républicain ne va pas à la messe pendant la nuit ; » que, de là, il s'était rendu chez J.-Cl. Bailly, aubergiste, qu'il avait trouvé s'habillant pour aller aussi à cette messe; qu'enfin il s'était rendu à la maison de Boichot, et que, ]a messe terminée, il en avait vu sortir l'agent national, le maire et le greffier, ainsi qu'un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants, il ajouta qu'il tenait de sa belle-sœur, P* Choignard , qu'après la messe, P.-Jos. Choignard, agent national, avait conduit chez lui le prêtre Huguenot, qui y avait passé le reste de la nuit.

J'""-Claude Choulet, de Châtillon, déclara que J"''-Agnès Ghoulet lui avait dit être allée à la messe, dans la nuit du à au 5 mars, chez P.-Fr. Vadans, officier municipal de Châtillon ; que l'abbé Huguenot, qui avait célébré cette messe, venait des Combes, où il était retiré chez J.-F. Clerc, et que c'était ce dernier qui avait averti Agnès Choulet et son mari pour aller à la messe.

Les témoins entendus ensuite confirmèrent tous ces détails, en ajoutant que pendant les messes célébrées chez Boichot, c'était l'agent national Choignard qui était de faction à la porte.

Le 46 mars, le maire Jeannin, l'agent Choignard et le lieutenant Boichot, amenés par les gendarmes devant le comité révolutionnaire central, et interrogés, répondirent négativement sur tous les points. Ils n'avaient rien su, rien vu, rien entendu.

Le coAité, peu convaincu de cette ignorance absolue, arrêta que M. Boichot serait maintenu en arrestation et traduit au tribunal criminel, comme prévenu d'avoir donné asile à des prêtres déportés ou émigrés. Quant aux deux autres prévenus , le comité déclara honnêtement « qu'étant Tun et l'autre fonctionnaires pubUcs, il craignait de les déplacer dans les circonstances critiques où l'on se trouvait, d'autant mieux que les preuves ne lui paraissaient pas suffisantes contre eux. » Le 2 avril , le tribunal criminel , assemblé en conseil et présidé par M. Rougnon, déclara que le délit dont Boichot était prévenu, lui paraissant un délit contre la sûreté intérieure de l'Etat, et do la compétence du.

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