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le temple de la Raison, et on a prononcé dans la chaire, cette fois de vérité, plusieurs discours. Un membre de l'administration a dit : « Les différentes religions sont les ou- » vrages des hommes ; mais le culte impérissable est celui )) de la liberté et de l'égalité. Les églises sont devenues les » temples de la Raison; les ministres^ au heu d'y prêcher p des dogmes ininteUigibles, retraceront les maximes de )) nos premiers pères et la morale de Jésus sans<culotte. » Maire, commissaire national près le tribunal, a terminé un discours en abjurant ses prénoms de Claude-François, sous prétexte que le premier est le nom du mari de Tinfàme Agrippine, et le second celui du fondateur d'une sorte de vampires appelés capucins, et il a adopté ceux de Rousseau et Mably, apôtres de la raison , desquelles abjurations il a demandé acte. Le citoyen Bailly, procureur syndic, ayant remplacé le citoyen Maire dans la chaire de vérité, a déclaré qu'il renonçait au nom de Bailly, comme rappelant le chef des justiciers féodaux, et il a demandé qu'on approuvât l'adoption qu'il a faite du nom de Brutus. Les démarches de ces répubhcains ont eu les applaudissements des assistants. La joie brillait sur tous les visages, mais de celte joie pure qu'inspire le sentiment de la raison. La cérémonie s'est terminée en faisant retentir la voûte du temple de Tode à la patrie et des versets du Magnificat : Deposuit patentes de sede^ etc. »
Si le chef-Ueu du district en était encore à cette liturgie macaronique et à demi-chrétienne, le vieux culte, comme oa le pense bien, régnait sans partage dans les communes rurales. Le club du Yaldahon s'en plaignait avec amertume au département, le 16 janvier, en disant «que le chômage des anciennes fêtes continuait à être une source d'hypocrisie dans les campagnes. » Le mot hypocrhie était bien choisi ea ce moment, il n'y manquait vraiment que l'épithète de lâche. Cependant un ou deux curés, sans abandonner la célébratioa du dimanche, y ajoutèrent celle du décadi. J^^'-B^* Tripard, femme de J.-Nic. Guillemin, cultivateur à Eysson, fut mise en prison pour avoir interrompu et insulté l'intrus Degoux pendant qu'il faisait une instruction patriotique et constitu-
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tionnelle, pour célébrer la décade du 20 frimaire, à la réquisition de la municipalité.
A Pontarlier, ce fut, comme de droit , le club qui prit l'initiative de l'organisation du culte philosophique. Il décida, le 19 novembre 1793, « que quatre de ses membres seraient chargés de prêcher la morale universelle dans TégUse dite de Saint-Bénigne, tous les décadis, à dix heures du matin. » Les orateurs choisis pour cet office furent le curé Devillard, le vicaire Barrey, marié la veille, et les avocats Lerebours et Bévalet. Dès le début, les jacobins philosophes se montrèrent fort intolérants. A leur séance du 7 décembre, un membre fit observer que le jour de la décade approchait, que c'était un jour de fête pour la République, et qu'il serait indécent que les marchands eussent leurs boutiques ouvertes, surtout pendant le discours de morale qui devait être débité ce jourlà. La société arrêta, en conséquence, à l'unanimité, que les sociétaires marchands tiendraient leurs boutiques fermées chaque jour de décade, et qu'en ce qui concernait les marchands non sociétaires, il serait député des commissaires à la municipalité, pour l'inviter à défendre, au son de la caisse, à tous marchands quelconques d'ouvrir leurs boutiques les jours de décadi. Laresche et Golin-Violand, nommés commissaires à cet effet, séance tenante, se rendirent sur-lechamp à la municipalité et annoncèrent en rentrant que la municipalité prendrait en considération le vœu delà société. En effet, après quelques hésitations, la municipalité finit par céder aux exigences du club, et le 29 décembre, elle fit défense à tous les habitants de travailler le lendemain, qui se trouvait un décadi. Ce jour-là il y eut fête solennelle, et Barrey prononça un discours qui eut les honneurs de l'impression.
Le A janvier, le club nomma six nouveaux prédicateurs de morale pour seconder les quatre premiers. Les élus furent le vicaire Bouvot, les juges Robelot, Mauvaizet et Barbaud , et enfin L. Perron et Bourriez. Une décade fut assignée à chacun d'eux pour la prédication. Gallet leur fut aussi adjoint peu de temps après.
Quant aux paysans, ils ne pouvaient encore compfexidîro.
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une fête même civique et révolutionnaire, sans tout l'appareil catholique. On en trouve un curieux exemple dans ce compte-rendu officiel de la fête de la mort du tyran, célébrée à Chapelle-d'Huin le 21 janvier. « La garde nationale, réunie à huit heures du matin, s'est exercée jusqu'à dix heures. Ensuite de quoi, la messe ayant sonné, la garde nationale s'y est rendue sous les armes. A la fin, le Te Deum a été chanté, après quoi, on a donné la bénédiction du Saint- Sacrement; après quoi, le juge de paix a fait un discours analogue sur les circonstances ; après quoi^ l'hymne marseillaise a été chantée et ensuite la garde nationale est sortie de l'église et aussi la municipalité en corps, pour se réunir autour de l'arbre delà liberté, où une grande partie des habitants se sont rencontrés, et où l'on a chanté avec acclamation l'hymne marseillaise avec des cris mille fois répétés de Vive la République/ en dansant la carmagnole. Une heure après midi, le tambour a battu pour assembler la garde nationale sans armes pour assister à vêpres. Après vêpres, plusieurs gardes et autres ont fait une quête de bois pour faire un feu de joie sur une hauteur en signe de réjouissance. Environ les cinq heures et demie, la garde nationale y étant allée avec une grande partie des habitants pour y mettre le feu, on a chanté l'hymne marseillaise en dansant la carmagnole, avec de grandes acclamations de Vivent la montagne et la république! Ensuite de quoi, on s'est retiré pour faire le repas civique en trois classes. — J.-C. Fatelay, maire , Parrod , Gros, Simon, Jeannin, etc. »
La commune de Vuillecin célébra à peu près avec le même cérémonial la fête de la prise de Toulon; mais elle lui donna un caractère plus odieux, en contraignant tous les habitants à prendre part à ces tristes réjouissances. Le comité révolutionnaire de cette commune prit, le 6 janvier, l'arrêté suivant : « Les citoyens seront tenus de suspendre leurs travaux et de se réunir sur la place publique, près de l'arbre de la liberté, pour témoigner leur joie; on y dansera la carmagnole. Ceux et celles qui ne s'y rencontreront pas seront déclarés suspects et condamnés à une amende de vingt-cinq livres, outre la peine d'être appointés de garde pour huit
jours. » La fête eut lieu conformément au programme municipal. Après les vêpres, que les patriotes allèrent entendre à Pontarlier, et un discours de l'intrus Devillard, analogue à la circonstance, on passa aux danses et carmagnoles forcées.
La municipalité de Montperreux ne se montra pas moins intolérante dans l'arrêté suivant, pris sans doute à l'instigation du fougueux F.-Jos. Girard, agent national de cette commune : « Le 20 nivôse, il sera célébré une messe solennelle, suivie d'un Te Deum en actions de grâces de la prise de Toulon, et au sortir de la cérémonie, tous les citoyens se rendront autour de Tarbre de la liberté pour y chanter l'hymne national. Le conseil ordonne à tous les individus de se rencontrer à ladite cérémonie et fait défense à toute personne de faire aucune œuvre servile ce jour-là, sous peine d'une amende de dix livres et de quinze jours de détention. Il enjoint à l'agent national et à l'officier de la garde nationale de tenir la main à l'exécution de cet arrêté. »
Le programme de la même fête fut moins compliqué à Chaudron et Vézenay : « Nous avons célébré la fête nationale de la prise de Toulon avec des feux de joie, écrivait le comité révolutionnaire de cette commune. Tous les citoyens et citoyennes y ont assisté et crié Vive la République^ vive le port de la Montagne^ vivent les sans-culottes / et nous avons dansé la carmagnole autour d'un feu de joie. » Aux Combes, il y eut messe solennelle avec Te Deum, et, pour divertissement, une troisième lecture de la loi sur le mode de gouvernement révolutionnaire.
Un arrêté du district de Pontarlier, du 7 janvier, prescrivit aux municipalités rurales la célébration régulière des décades, mais il demeura sans succès. Brenier, agent national de l'Abergement, écrivait le 20 février au district : « Conformément à votre arrêté, la lecture des lois a été faite au temple ; il n'y a pas assisté vingt personnes. Le monde ne peut se , résoudre à cesser ses travaux La Société populaire n'a pas été nombreuse non plus. »
La commune si pieuse de Levier suivit, en haine des intrus, l'exemple de la paroisse de Cendrey et déclara au dis-
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trict qu'elle faisait don de son argenterie religieuse à la nation et ne voulait plus du ministère des prêtres. La cornnume de Bulle, soit pour le même motif, soit en haine de la commune de Bannans^ à laquelle elle était annexée pour le culte, prit le même parti. Le district s'empressa de faire part de cette bonne nouvelle au Comité de salut public : «La raison fait des progrès dans nos contrées, lui écrivit-il le 1*' avril. Nous croyons devoir vous prévenir que déjà les communes de Levier et de Bulle se sont annoncées hautement pour ne vouloir adopter d'autre culte que celui de la Raison : puisse leur exemple être bientôt suivi ! » La commune de Levier, comme celle de Cendrey, ne tarda pas à montrer qu'on s'était complètement mépris sur ses sentiments. L'agent national du district donna à la commune de Bulle la satisfaction qu'elle avait sans doute cherchée par dessus tout, en écrivant à la municipalité de Bannans : « La commune de Bulle vient de reconnaître ses erreurs et le charlatanisme des prêtres, pour se livrer tout entière au culte de la Raison, qui est le seul digne de l'Ktre Suprême. Elle fait don de son argenterie, enfin de tous les hochets de la superstition, et me charge de vous requérir de remettre au district la moitié de tout ce qui compose l'ornement de votre église. J'ai lieu de croire que vous suivrez un si bel exemple en apportant également votre part. — Parrod. »
A Quingey, la prise de Toulon fut célébrée, le 8 janvier, par une procession purement civique, dont la municipalité avait ainsi tracé l'ordre et le programme : « !• Trois gendarmes à cheval ; 2" un groupe de jeunes filles vêtues de blanc avec des rubans tricolores ; 3° un groupe de jeunes garçons ; 4* les vétérans ; 5° des gardes nationaux ; 6° la Société populaire ; 7" les autorités constituées ; 8** des gardes nationaux. Les citoyens et citoyennes chanteront alternativement des couplets patriotiques en allant de la maison commune à l'arbre de la liberté. Là, discours par le maire, ensuite chant du couplet : Amour sacré de la patrie. »
Les décades eurent encore moins de succès dans le district de Saint-Hippolyte qu'ailleurs. La fête de la prise de Toulon y fut célébrée chrétiennement, et les catholiques fidèlesfurent
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invités d'une manière très pressante à y assister. Tous refusèrent énergiquement de prendre part à ces cérémonies schismatiques. Prothade Renaud, agent de Plaimbois-du-Miroir, écrivait que les gardes nationaux fanatiques de cette commune avaient refusé d'obéir au lieutenant qui voulait les rassembler^ouT aller à la fête célébrée au Luhier, et que l'un d'eux avait même dit froidement au maire qu'on se pressait trop de se réjouir. Mauvais et Romain, officiers municipaux des Plains, écrivaient^ de leur côté, qu'aucun des fanatiques de leur commune ne les avait assistés ni à l'église ni autour de l'arbre de la liberté ; que tous les hommes s'étaient cachés dans leurs foyers et que ceux qui avaient pu sortir de la commune s'étaient sauvés dès la veille. A Belleherbe, les catholiques, tout en refusant leur concours à la partie relig;ieuse et schismatique de la fête, montrèrent, en s' associant librement aux autres exercices ou réjouissances de ce jour, qu'ils n'étaient les ennemis ni de la Révovolution ni de la république. Châtelain , agent national de cette commune, écrivait, le 23 janvier, au district : « Le ^ nivôse j'invitai nos officiers municipaux à se réunir dimanche dernier pour célébrer la glorieuse fête de la reprise de Toulon. Chacun s'y rendit avec plaisir. Mais, par un défaut d'explications entre ceux qui vont à la messe et ceux qui n'y vont pas, il y eut une petite division ; je les engageai à s'expliquer mutuellement, et j'eus la consolation de voir qu'ils étaient parfaitement réunis quand il est question du salut et de l'amour delà patrie. La fête a été terminée par un souper fraternel. » Quand on voit combien il eût été facile de faire de tous ces bons cathoUques les répubUcains les plus dé- Youés, et d'asseoir à jamais le nouveau régime sur l'assentiment unanime de la nation, on est forcé de reconnaître qu'au fond de l'âme et de la pensée *des principaux meneurs de la Révolution, ce qu'il y avait en réalité, ce n'était ni Tamour de la liberté et de Tégalité, qu'ils n'avaient pas cessé de violer depuis le premier jour, ni le dévouement à une répuUique qu'ils compromettaient à plaisir par toutes sortes de persécutions aussi inutiles qu'inopportunes ; mais qu'ils étaient animés par dessus tout d'une haine enragée et
inextinguible contre la religion , à la perte de laquelle leur aveugle fureur sacrifiait tout le reste.
Le procès-verbal suivant, tiré des archives communales du Russey, et communiqué par M. Tabbé Druot, présente le tableau le plus complet qui se soit conservé d'une des fêtes républicaines données dans nos campagnes en réjouissance de la reprise de Toulon.
(( La municipalité ayant fait avertir tous les citoyens et citoyennes du Russey, qu'il serait célébré une fête civique en réjouissance delà reprise de Toulon, avec invitation de se rencontrer ce présent jour au Russey, y étant assemblés, on commença par un repas frugal, à l'effet de discuter sur la manière de célébrer avec pompe cette fête civique. 11 fut arrêté qu'elle s'ouvrirait par une marche qui serait faite depuis l'arbre de la hberté jusqu'à celui qui fut planté le jour d'hier, en mémoire des victoires que nous avons remportées sur les tyrans, qui avait pour inscription : Rejeton d^ arbre de la liberté fécondé par nos victoires ; que pendani cette marche il sera chanté des hymnes à la liberté, à l'égalité, etc. Ce qui fut exécuté dans Tordre suivant : 1° la marche fut ouverte parsix sans-culottes enbonnet rouge, précédés d'un oriflamme représentant Yceil de surveillance^ qui chantaient des hymnes analogues à la fête et que les amazones qui les suivaient répétaient : celles-ci, aussi précédées d'un oriflamme où était une devise analogue. Suivait le bataillon d'espérance, composé dejeunesgens de douze à dix-sept ans, aussi précédés d'un oriflamme. Ensuite venaient l'instituteur avca ses élèves, et le bataillon des vétérans. La marche était fermée par les mères de famille. La garde nationale faisait la haie de chaque côté avec les volontaires. Arrivés au pied de l'arbre nouvellement planté, il fut prononcé un discours énergique par le maire, analogue à la fête. Ensuite l'agent national mit le feu à un paquet renfermant les titres de féodalité de la ci-devant seigneurie de Venues, qui avait asservi si longtemps les habitants de cette commune. Ensuite on dansa la carmagnole à l'entour de ce feu, au son des instruments, des chants patriotiques, au milieu des applaudissements et des cris mille fois répétés de : Vivent la Liberté^ V Egalité, la
République une etindivisibkl Vive la montagne I Malheur à Pitt et à ses adhérents/ Ai^vès q\xo\^ la marche se continua dans le môme ordre vers le premier arbre de liberté , toujours chantant des hymnes patriotiques. Arrivé là, après quelques couplets bien choisis, on termina en dansant la carmagnole et en se donnant l'accolade fraternelle.
» Cette fête mémorable fut terminée par les danses, les hymnes patriotiques et un repas frugal.
» Le tout pour mémoire aux générations futures.» Suivent les signatures de tous les municipaux.
Bien qu'on cite à Pontarlier, à Baume et dans d'autres villes, le nom de plusieurs jeunes personnes appartenant à la haute bourgeoisie, qui auraient rempli, à cette époque, le rôle de déesses de la Raison, nous serionâ porté à croire que ces souvenirs se rapportent à une époque ultérieure et même à quelqu'une des solennités mythologiques dont le Directoire fut si prodigue. Cependant, d'après un témoignage très circonstancié de M. Narbey,]e lendemain même de l'exécution de l'abbé Robert à Belvoir, on organisa dans ce bourg, probablement sur l'initiative de quelques volontaires philosophes, une cérémonie en l'honneur de la Raison. Un autel remplaça l'échafaud près du chêne de la liberté. Au sommet d'un char traîné par quatre bœufs, on fit asseoir une jeune fille de Belvoir pompeusement parée et déguisée en déesse. Des groupes de soldats et de clubistes se placèrent autour du char, et ce cortège triomphal fit le tour du bourg en chantant les hymnes de la liberté. Arrivés au pied de l'autel patriotique, la divinité y fut installée comme sur un trône et y reçut l'encens et les hommages de l'assistance. « Le nom de Théodule Bessot, dit aussi M. Ulysse Robert, est resté à Maîche associé au titre de déesse de la Raison. On s'y souvient encore qu'elle trôna sur le maître-autel de l'église paroissiale, la poitrine et les épaules à demi couvertes d'une écbarpede gaze, et que plus tard elle mourut d'une afireuse maladie qui lui avait rongé le sein. »
XVIH. Les saturnales du culte de la Raison ne durèrent que trois ou quatre mois. Les deux principaux hommes d'Etat du parti terroriste, Danton et Robespierre, soufiraient du
discrédit et du ridicule qu'elles avaient jetés sur la Révolution aux yeux de l'Europe. Danton avait demandé, un jour, avec indignation, que la Convention mit fin aux mascarades sacrilèges qui souillaient ses séances. U proposa, quelques jours après, la célébration d'une fête en l'honneur de l'Etre Suprême, en ajoutant que, si on avait anéanti la superstition, ce n'était pas pour établir le règne de l'athéisme. Dès le 6 décembre, Robespierre s'était élevé hautement « contre les extravagances du philosophisme. » Le 5 février, sous prétexte d'établir les principes de morale politique qui devaient guider la Convention dans l'administration intérieure de la République, il fît un réquisitoire foudroyant contre les inventeurs du culte de la Raison, qu'il accusa de complicité avec l'étranger pour perdre la république. «Le ressort du gouvernement populaire en Révolution, dit-il, est à la fois la vertu et la terreur. Prêcher l'athéisme n'est qu'une manière d'absoudre la superstition et d'accuser la philosophie; et la guerre déclarée à la divinité n'est qu'une diversion en faveur de la royauté. D'où est sorti tout à coup cet essaim d'étrangers, de prêtres, de nobles, d'intrigants de toute espèce, qui au même instant s'est répandu sur la surface de la république pour exécuter, au nom de la philosophie, un plan de contrerévolution qui n'a pu être arrêté que par la force de la raison publique? etc.» La Convention applaudit à la condamnation du culte de la Raison avec la même servilité qu'elle avait applaudi à son apothéose ; et elle décréta que le discours de Robespierre serait imprimé et traduit dans toutes les langues. Comme, à cette époque, on ne conservait guère sa vie qu'en conservant l'autorité , Chaumette, Vincent, Ronsin , Momoro , Proly , Cloots et les autres apôtres de la Raison furent guillotinés en deux fournées, le U mars et le 13 avril. On eut la cruauté de leur adjoindre, comme complice de leur faction athéiste^ le malheureux Gobel, évêque constitutionnel de Paris, dont tout le crime était de s'être laissé traîner par eux à la Convention, pour y proclamer sa déchéance. Ce prélat était bien connu à Besançon, où il avait suivi, en 1771 et en 1779, de longues et importantes négociations entre MM. de Choiseul et de Durfort d'une part
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et révèque de Dâle de l'autre : c'était même en récompense de ce service qu'il avait été élevé à la dignité épiscopale et à la suffragance de l'évèché de Bâle. L'excès du malheur rendit ce vieillard, égaré un instant par la cupidité et l'ambition^ à toute sa dignité de chrétien et de prêtre ; et, après avoir demandé publiquement pardon de la part qu'il avait prise au schisme constitutionnel, il mourut en véritable pénitent.
Peu de temps après l'abdication de Gobel, le conventionnel Anacharsis Gloots avait dit au sein du Comité d'instruction publique, en présence de sept ou huit personnes : « J'espère que dans quatre mois nous serons assez forts pour guillotiner ceux qui croiront en Dieu. » Quatre mois après, ce fut lui qui monta surl'échafaud.
XIX. Dans un écrit éloquent publié en 1797, le littérateur Laharpe, voltairien jusqu'en 1793, mais revenu, par les cachots de la Terreur, à la foi chrétienne et aux lumières du sens commun^ a jugé avec une élévation de pensées et une vigueur d'expressions qu'il a rarement atteintes, cette folle et humiliante débauche du culte de la Raison.
a 0 extravagance humaine 1 s'écrie-t-il, as-tu dans tes archives si anciennes et si riches, quelque chose de comparable aux temples de la Raison ? Cinquante mille temples de la Raison : non, il ne fallait rien moins que la Révolution française pour ravaler jusque-là l'esprit humain. 11 ne fallait rien moinsqu'une nation, moitié en délire, moitié stupéfiée, pour qu'il y eût des temples de la Raison ; en un mot, les temples de la Raison sont le chef-d'œuvre, le nec plus ultra de la folie. .. M'alléguerez-vous l'idolâtrie des Egyptiens, dont on s*est tant moqué ? Eh ! que dites-vous ? Elle était mille fois moins absurde que la nôtre ; il y avait au moins un objet réel, un sens, une intention. Il est ridicule, sans doute, d'adorer l'oignon et le crocodile ; maisl'oignon est bon àmanger, et le crocodile est à craindre. Ils adoraient dans un bon légume, la fertilité dont il était le symbole ; dans la bête malfaisante, ils conjuraient la colère du ciel dentelle était l'instrument. Chez eux toute espèce de culte, à travers les emblèmes et les figures, allait toujours à la divinité Mais les
fondateurs des temples de la Raison nous ont-ils jamais dit au moins qu'ils n'adoraient sous ce nom que le Dieu dont émanait toute intelligence? Aucun ne l'aurait osé, et cette explication même , tout insuffisante qu'elle eût été , n'était pas à la portée de la plupart d'entre eux. Leurs fêtes de la Raison^ leurs déesses de la Raison^ en font foi. Jamais dans ces fêtes il ne fut question de Dieu : jamais son nom n'y fut prononcé que pour être blasphémé. C'est dans les fêtes de la Raison que la déesse de la Raison était représentée par la première prostituée , qu'on payait pour jouer son rôle, et qu'on plaçait sur un char avec un crucifix sous ses pieds.... C'est dans les fêtes de la Raison que le buste de Marat a été placé sur l'autel, et qu'on forçait ceux qu'on soupçonnait de fanatisme^ c'est-à-dire de croire en Dieu, à fléchir les genoux devant Marat. C'est dans les fêtes de la Raison que la Liberté, autre divinité de ces fêtes, paraissait aussi en grand appareil, figurée aussi par une prostituée.... Et l'on ne veut pas que je me récrie d'admiration, que chez moi l'admiration soit égale à l'horreur 1 Ah I l'on dira ce que l'on voudra ; mais cela est beau, parce que cela est affreux; cela est beau, parce que cela est dégoûtant ; cela est beau, parce que cela fait pitié. Quoi ! vous avez en vous un instinct assez juste pour applaudir, quand vous voyez un fanfaron battu pour avoir été insolent , et vous ne vous servez pas de ce même instinct pour applaudir quand un peuple, ivre de la vanité la plus insolentequi ait jamais défié le bon sens detouslespeuples et de tous les siècles, leur crie de toute sa force : Apprenez de moi à être grands, et tombe à l'instant même dans un état d'abjection inconnu avant lui ; apprenez de moi à être sages, et tombe à l'instant même dans un excès d'extravagance dont personne n'avait été capable ; apprenez de moi à être libres, et tombe à l'instant même dans une servitude que jamais les plus vils esclaves n'auraient supportée un moment I Quoi I vous ne trouvez pas beau qu'une nation qui ne reconnaît plus de Dieu, qui défend d'adorer Dieu, adore Marat I et elle l'a bien réellement adoré ; qu'une nation qui ne veut point de culte, établisse un culte pour Marat! et elle l'a bien établi. Quoi I vous ne voyez pas ce peuple plongé dans un
déluge de boue, et chantant sa gloire et ses grandeurs I Vous n'entendez pas les huées universelles qui s'élèvent de toutes les parties du monde, et qui se prolongent dans tous les âges! Je les entends, moi, et je vous prédis que partout où les enfants apprennent à lire, il j aura dans les livres faits pour l'enfance un chapitre intitulé : De ce qui arriva à la France, quand elle voulut régénérer* le monde ; et ce chapitre sera un petit abrégé de la Révolution française, ^ la portée des enfants. )i
CULTE DE l'Être suprême, suite de la guerre au