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légaax sans produire les certificats de résidence exigés; qu'à la vérité, la municipalité de Maîche avait d'abord admis le témoignage des certificateurs , mais que plus tard elle avait fait droit aux observations de la Société populaire sur la suspicion de ces témoins, puisque le certificat n'avait pas été envoyé ; qu'en conséquence, Guyot était définitivement déclaré émigré et serait puni comme tel. »
Le prisonnier fut donc rerais pour la seconde fois au tribanal, qui n'avait plus qu'à délivrer au bourreau son mandat. L'accusateur public Rambour comptait tellement sur celte proie, qu'il avait jugé inutile de rappeler à la Convention qu'elle devait une réponse aux juges de liesançon. Il n'avait pas mûmo songea profiter d'un de ces convois si fréquents qu'il avait expédiés à Fouquier-Tinville , pour traduire directement M. de Maîche au tribunal révolutionnaire de Paris, t^.ette confiance sauva le prisonnier. Ce fut seulement le 14 août, dix-huit jours après la révolution du 9 thermidor, qu'il comparut devant Nodier et ses collègues. Rambour, après avoir donné lecture de l'arrêté du département qui déclarait M. de Maîche émigré, ajouta que l'identité du coupable ayant été déjà reconnue, il ne restait plus qu'à prononcer contre lui la peine de mort. Mais M. de Maîche, avec la force que donne l'innocence et celle qu'y ajoutait encore la chute récente de Robespierre , protesta qu'il n'avait été inscrit sur la Hste d'émigration que par l'effet de l'injustice la plus criante ; il s'engagea à prouver la continuité de son séjour jusqu'à la dernière évidence, et demanda un dernier sursis à son supplice. Le tribunal, cédant à la force des circonstances, ne crut pas pouvoir rejeter cette demande. Pendant ce temps-là, la justice et l'humanité reprenaient de plus en plus leur empire; et le 15 janvier 1795, un arrêté du proconsul Sevestro mit M. de Maîche en pleine liberté. 11 avait >sé seize mois en prison, ayant constamment le couteau la guillotine suspendu sur sa tête, et il ne fut sauvé que par B sorte de miracle. Les premiers orages de la Révolution raient déjà rapproché des croyances chrétiennes ; cette igne et cruelle détention fit de lui un fervent catholique; sur la fin de sa vie, ses amis l'entendirent plus d'une fois
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regretter, les larmes aux yeux , d'avoir passé sa jeunesse dans Toubli de Dieu et des devoirs de la religion.
II. Le désir malheureusement trop naturel et trop légitime de soustraire à la rapacité de la nation quelques-uns des effets des prêtres déportés allait faire un grand nombre de victimes. Une accusation de cette nature fit incarcérer à Pontarlier M. F.-Jos. Marmier et les sœurs Verchel, prévenus d'avoir recelé des vases sacrés qui appartenaient au prêtre F. Gravel. Mais leur bonne foi était tellement évidente que le district les mit lui-même en liberté, le 7 janvier 1794, en même temps qu'il envoyait à la Monnaie l'argenterie confisquée.
III. La piété intrépide des prêtres et des fidèles fournit bientôt au tribunal criminel l'occasion de faire un nouveau voyage révolutionnaire, avec la guillotine; du côté des montagnes. Le 25 décembre 1793 , Morizot , membre du district de Baume, envoyé dans les villages pour vendre les meubles des prêtres déportés, quitta subitement le canton de Landresse et rentra au district pour mettre sous ses yeux les détails des mouvements dangereux, disait-il, qui venaient de se manifester dans ce pays et dont il fit le récit suivant :
« Dans la nuit du i" au 2 nivôse (24 au 22 décembre), il y a eu dans une métairie isolée, inhabitée et placée au-dessus d'une montagne entre Landresse et Pierrefontaine, au lieu dit Derrière-les'E passes^ un rassemblement considérable. La maison était entièrement remplie : grange, greniers à foin et même la chaussée de la grange. Ce rassemblement a été . formé par un prêtre qui, dans le courant de la nuit , a célébré une messe précédée et suivie de longs discours , chacun d'environ une heure. L'auditoire était principalement composé d'habitants de Landresse , Laviron et Germéfontaine. La municipalité de Landresse, instruite trop tard de ces mouvements, a aussitôt requis la garde natioiiaie et celle des environs pour faire des perquisitions dans les maisons suspectes et tâcher au moins de découvrir le prêtre et les autres instigateurs, ou même quelque complice de ce rassemblement. Les gardes nationaux ont en eJflPet découvert , dans le cours de leurs visites , plusieurs personnes qui avaient assisté i
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cette réunion, les ont saisies et emprisonnées. H résulte de la réponse des détenus qu'une assemblée a réellement eu Ëeu, comme il a été dit plus haut , sous la présidence d'un prêtre désigné comme cousin de l'abbé Roch ; qu'à minuit, après avoir prêché sur la pénitence, il a célébré la messe et recommencé ensuite un nouveau discours sur la vie de Jésus- Christ. Dans l'un et l'autre discours, il s'est beaucoup élevé contre tout ce qui émanait des prêtres constitutionnels^ disant qu'on ne pouvait fréquenter leurs offices sans être damné. 11 a fortement représenté la vente des effets et des propriétés des prêtres déportés, qu'il désignait sous le nom de bons prêtres, comme un vol et une spoliation, dont il rendait les administrations responsables. Enfin il s'est servi avec tant d'adresse de tous ces moyens pour fanatiser et exalter les têtes de ses auditeurs, que tous versaient des larmes , et que de retour chez eux , ils dirent avec assurance que la présence de la guillotine ne les empêcherait pas d'assister à de pareils rassemblements et de suivre la morale qu'on y débite. »
Le district se montra vivement ému et indigné. Il déclara « qu'un pareil rassemblement, à des heures aussi indues et dans des lieux aussi suspects, était non-seulement contraire au bon ordre et à la tranquillité, mais particulièrement dangereux , soit par les maximes contre-révolutionnaires qu'on y avait prêchées , soit par l'attachement opiniâtre des populations de cette contrée pour le fanatisme; qu'après les exemples de rigueur qui venaient d'avoir lieu dans les montagnes, un réveil si prompt et si audacieux du fanatisme était de nature à faire tout craindre et demandait une répression sans pitié ni ménagement; qu'en conséquence Morizot et Vuillemin se rendraient incessamment sur les lieux, avec pleins pouvoirs de requérir la garnison du château de Belvoir et les gardes nationales des environs, pour mettre en arrestation toutes les personnes soupçonnées d'avoir participé au *assemblement, transférer à Baume celles qui étaient déjà prêtées, de peur que leurs partisans ne tentassent de les snlever , et enfin prendre toutes les mesures propres à réta- )lir l'ordre et à prévenir de pareils délits. » Le district déida, en outre^ u que le commandant de la 6** division serait
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requis d'envoyer sur-le-champ trois cents hommes pour tenir garnison à Landresse et dans les environs et contenir les malveillants d'une contrée d'où il fallait définitivement déraciner le désordre ; et que pour y parvenir plus sùremeat, ces soldats seraient placés chez les habitants non patriotes et nourris à leurs frais. »
Cependant le pieux et courageux missionnaire ne s'était pas borné à l'assemblée des Epesses ; dans la nuit suivante, une réunion non moins nombreuse eut lieu sur le territoire màme de Sancey , dans une maison de ferme également inhabitée pendant l'hiveret connue sous le nom du Châielard. La crainte d'exposer à l'échafaud les propriétaires de maison» habitées avait fait fixer de préférence les lieux de réunion dans ces demeures désertes. Cette sorte de défi à l'intrus Vernier et à son club les jeta dans une extrême fureur. Oubliant un instant leurs querelles avec les jacobins de Belvoir^ ils se réunirent à eux et adressèrent au département, le 25 décembre, l'adresse suivante, rédigée, selon toute a|>parence^ par le curé Vernier et écrite en grande partie de sa main :
(( Frères et sans-culottes , le soulèvement contre-révolu* tionnaire qui a eu lieu en septembre dans nos montagnes» si difiërentes de cette Montagne sainte qui fait la terreur des aristocrates, ce soulèvement fut précédé d'une réunion considérable de fanatiques dans les moulins de Gigot. C'est là que des prêtres sanguinaires échaufierent la tète d'un peuple autrefois le plus paisible, et que fut organisé le;plan de cette guerre civile qui eût été st fatale à la république si on n'eùl arrêté le mal dans sa source. £h bien, frères et amis, la nu^ de duodi nivôse^ un attroupement plus considérable s'est fait dans une métairie du Grand-Sancey. Des prêtres émigrés la présidaient ; ces scélérats y ont prêché, et quelle naorsde? vous le save^ celle des cannibales. 11 lautji un mal si grand un prompt remède ; il faut que la peine due aux auteurs de ce (i*assemblement soit exemplaire.
» Depuis plusieurs jours les famatiques , aristecraies ^ei feuillants, tant d'ici que du voisinage t levaient une tète altière et insulftaient par leur fierté aux vrais sans-culottes ;
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nous jugeâmes dès lors qu'il se tramait quelque complot ; nos frères furent avertis, nous veillâmes; mais que peut un petit nombre de patriotes incorruptibles contre une masse énorme de malveillants? Cependant le tridi nivôse nous entendons les aristocrates lâcher quelques mots qui nous inspirent des soupçons ; nous nous rassemblons et nous avertissons nos frères de Belvoir. Ils viennent à notre séance du qnintidi, et, de concert, nous invitons les municipalités de Sancej, Long-Sancey, Belvoir, Surmont et Rahon , à faire arrêter tous les gens de leurs communes que nous leur indiquerons. Ces officiers municipaux, dont la plupart sont de vrais sans-culottes, viennent à la Société et donnent ensuite les réqoiâtions nécessaires à la force armée, qui va snr-'le-champ saisir Cl.-Jos. Barret, que les fanatiques avaient nommé comiBandant du bataillon de Sancey, Jos.-Armogaste-HyacimKhe Pisseux, adjudant du même bataillon, Hugues-F. Pahin, qui s'-était trouvé déjà au désarmement de la municipalité par les fanatiques, le 31 août dernier (vieux style), Léger Ferté , qui depuis longtemps mérite punition, et Jac.*Jos. Bercin, que BOUS croyons être les chefs de l'attroupement nocturne. Il j en a encore d'autres aussi coupables, mais ils ont pris la fuite ; nous ne négligerons rien pour nous en emparer. Les dénommés ci-dessus ont été conduits à la prison de Bel- ▼ihir, avec quelques femmes accusées d'avoir eu une grande part à l'attroupement.
» U faut une punition exemplaire, et nous la sollicitons au non du salut public. Ne nous laissons plus apitoyer sur le sort de gens qui travaillent sourdement et sans cesse â notre perte. II faut traduire au tribunal criminel et ceux qui cal été arrêtés et ceux que nous arrêterons encore. C'est le cas. Tout attroupement nocturne eèt criminel ; toute correspoBdaaoe avec les émigrés l'est aussi. L'application de la loi tfA donc pas difficile à faire , surtout envers des gens en loe.» comme Barret, commandant, et Peseux, adjudant. F. Nédey, président, Thouret, Vernier, Gauthier, secrètes.
» Et instamment les maire et officiers jmumcipauK sous^ nés ont délibéré que les susdits détenus au fort de Bel-
voir y seront gardés jusqu'à la réponse du citoyen Rambour, accusateur public. — J.-J. Ligier , maire de Long-Sancey, etc. (*). »
Le club de Sancey, ou plutôt Vernier, son inspirateur, ne s'en tint pas à ces mesures. Il fallait à ce malheureux prêtre quelque chose de plus que la punition de ses adversaires. Le 6 janvier, il écrivit donc à Bruleport, agent national du district, au nom du club : « Aux grands maux les grands remèdes, et ici le mal est porté à l'excès. Un prêtre déporté , un émigré, est venu prêcher la contre-révolution dans notre pays, et il a trouvé des auditeurs et en grand nombre. Le scélérat a osé dire que tous les volontaires devaient quitter leur bataillon, parce qu'on les faisait combattre contre la religion, et ses auditeurs l'ont applaudi; il a engagé à l'émigration, en louant la conduite des montagnards qui ont tout abandonné pour sauver leur âme , et il a été approuvé par tous. Il a déclaré comme article de foi que quiconque n'était pas décidé à tout entreprendre pour le rétablissement de cette religion qu'il suppose perdue, n'entrerait point au ciel. Ne mollissons point , et que les contre-révolutionnaires sachent que nous sommes décidés à punir nos ennemis. La Société estime qu'il serait convenable que le tribunal criminel se transportât sur les lieux , pour que la punition des coupables intimide ceux qui seraient tentés de suivre letir exemple. Nous nous attendons que vous accueillerez notre demande et que vous inviterez le tribunal à se transporter ici. Les coupables sont nombreux , et il faut qu'un pays depm's si longtemps coupable voie enfin qu'on peut le punir. — Thiébaud, président, Vernier, secrétaire. »
La pensée de promener une fois de plus la guillotine à travers les montagnes n'avait pas germé seulement dans l'esprit de l'intrus de Sancey. Elle avait souri aussi à Rambour ; et, dès le 30 décembre , il avait écrit à Bruleport : « Informé par une adresse de la Société populaire de Sancey qu'il y a
(1) G. -F. Guenot, procureur; Thiébaud, secrétaire; G. -F. Vernier, maire de Grand-Sancey ; Simon, maire de Belvoir ; J.-F. Gauthier, G.- J. Pahin, J.-J. Pahin, de Sancey ; Roy, Hasson, Maldiney.