LES FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE DU DOUBS
Tisoae de ces particuliers et qui les renverra devant le directeur du jury. Car ces individus doivent être déportés, quoique leur délit ne soit compris ni dans le Code pénal ni dans les lois postérieures. Le point essentiel est donc de constater leur incivisme. » Il n'était pas possible de professer plus crûment le mépris des règles de la justice ; heureusement les Jeannin, comme les Gauthier, durent à la multipUcité des occupations du tribunal un répit qui les sauva.
V. Il n'en fut pas ainsi de l'infortuné F.-X.-Jos. Baucard, postillon delà poste aux chevaux de Pontarlier, originaire de Froidefontaine (Jura). Le 7 décembre 1793, deux voyageurs se présentèrent à la poste de Pontarlier et demandèrent des chevaux pour se rendre en Suisse. Bien que Baucard ne fût pas appelé par son tour de service à faire cette course, il demanda instamment à conduire lui-même ces voyageurs, et sa demande ayant été agréée, il employa tout le temps que l'on mit à préparer la voiture et les chevaux, à faire d'autres préparatifs, de son côté. On se mit en route, et en arrivant au bureau de la douane française des Verrières, tous les voyageurs furent fouillés rigoureusement. Dans une des poches de Baucard, les douaniers trouvèrent deux pyxides en argent pour les saintes huiles, dans un de ses gants vingt pièces de vingt-quatre livres et un ducat en or, dans la selle de son cheval 96 Uvres en écus de six Uvres et enfin un paquet contenant un bréviaire et deux chemises. Le malheureux postillon fut aussitôt arrêté, ramené à Pontarlier et incarcéré par ordre du district, qui reçut du département les plus vives félicitations à ce sujet. L'instruction du procès marcha vite, et le 18 décembre, en vertu d'un acte d'accusation dressé par Masson , directeur du jury de Pontarlier, et approuvé par ce jury, Baucard fut traduit au tribunal criminel sous la prévention « d'avoir exporté du numéraire, s objets servant au culte et d'autres eflets pour des émigrés, d'avoir entretenu des relations criminelles avec eux. » <( La nature des objets saisis, disait le juge Masson dans 1 ÎBiplacable rapport, ne laisse aucun doute qu'ils ne fussent stinés à des prêtres émigrés ; l'embarras, les déclarations les et fausses données par le prévenu, le confirment
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d'ailleurs. Cette contraveation aux lois, d'autant plus cri* miDelle que Baucard a abusé indignement de la confiance publique accordée à son état, le fait Yiolemnient soupçonner d'autres exportations pour les émigrés, et de correspondances antérieures avec eux. Ses fréquents voyages à l'étranger facilitaient ses manœuvres et ses relations, si préjudiciables à la chose publique. Il a inutilement déclaré que le numéraire trouvé sur lui, lui appartenait; qu'il le destinait à acheter des montres en Suisse, et que les autres articles loi avaient été remis par un inconnu ; qu'il ne savait pas ce qu'ils contenaient ; qu'il ne pensait pas que l'exportation en fût défendue ; qu'il n'avait aucune relation avec les émigrés; qu'il n'en connaissait aucun, et enfin qu'il avait agi avec la mdlleure foi. 11 n'en résulte pas moins que Baueavà a fait des machinations' tendant à favoriser les projets bos-tiles des émigrés ; qu'il a tenté de leur faire passer des secours pécuniaires et autres objets propres à les entretenir dans leur rébellion aux lois de la république ; que par là il s'est rendu leur complice et que, comme tel, il doit être puni des peines portées contre eux, ayant commis tous ce» délits méchamment et à dessein. »
Baucard comparut le 7 mars devant le tribunal crimineL Le jury ayant déclaré qu'il était <u>nstant qu'une exportation de numéraire ou d'argenterie avait eu lieu le 47 frimaire, au mépris de la loi; que Baucard était couvai aou d'être l'auteur de cette exportation, et que les objets exportés étaient destinés à des prêtres émigrés, le tribunal coBr damna Baucard à la peine de mort, en vertu de la loi da 28 mars 1793 contre les émigrés et leurs compUoes. U «rdenna^ en outre, que la sentence serait exécutée dans les vdqgt-quatre heures, sur la place de la Loi; que les biens du condamné seraient saisis au profit de la république, et que ce jugement serait impnnié au nombre de trois cents exemplaires, pour être affiché dans toutes les communes des (fistricts de Pontarlier, Omans et Saint-Hippolyte.
La victime fut iounolée au sortir même de l'audienoe, à quatre heures du soir^ et ce fut comme d'ordinaire la place Saint-Pierre qui fut arrosée de son sang.