LES FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNÀIRB DU DOUBS
La Vedette couronna l'œuvre des bourreaux par les ré-' flexions suivantes: « Le jury a prononcé, selon la fonuerévolotionnaire, à haute et intelligible voix. Sur douze, neuf ont opiné pour la conviction et trois pour la non-conviction. Ce malheureux n'a jamais voulu déclarer pour qui était destiné cet argent. Si son sort ne dégoûte pas les âmes pieuses et compatissantes d'alimenter nos saints prêtres, les postillons qu'un pareil exemple effraiera, se tiendront peut-être sur leurs gardes et refuseront à l'avenir leurs services aux scé* lents qui ne craignent pas de se jouer ainsi de la vie d'un père de famille. Avis aux ambitieux qui cherchent à amasser des richesses au mépris des lois ; puissent-ils ne pas ou- Uter la mort de Jos. Baucard ! »
Vi. Il se passa, à cette époque , dans la commune d'Ecot^ on événement qui aurait pu avoir des suites non sioins sanglantes. Le district de Saint -Hippoly te en rendit compte en ces termes au comité de sûreté générale de la Convention, le 2i février : «Il y a quelques jours, un gendarme accompagné de deux garàes nationaux ayant arrêté à £cot un volontaire qui avait quitté les drapeaux^ quelques malveillants se sont permis de sonner le tocsin et de fonmer un rassemblement du peuple, qui heureusement n'a point eu de mauvais effets. Nous avons découvert quelques^ ODS des auteurs de ces troubles et nous les avons fait traduire en justice. Pour donner un exemple, nous avons en*- Toyé dans cette commune un détachement de cent volontaires chargés d'y rétablir la tranquilHté. » Cette affaire n'alla pas jnsqu'au tribunal criminel, et la punition des coupables^ si elle eut heu, dut se borner à quelques mois de prison.
Le 10 avril, le tribunal du Doubs condamna, comme émigré, à la peine de mort, J.-^I. Rougnon, charpentier sur la Seigne à Moutlebon, âgé de quarante-huit ans. Cet homme 8 II été condamné, au mois de juin 1792, à un an de prison I iT blessures £aites à Cl.'-F. Rod, assesseur du juge de I Cy et il afvait passé en Suisse à cette époque pour se s straire à la peine prononcée contre lui. Rentré clandesr t ment, il fut pris, amené à Besançon et exécuté sur la l « Saint-Pierre le jour même de son jugement.
368 CHAPITRE Liri.
' VII. Huit jours après, le tribunal fut appelé à trancher le sort d'une victime plus intéressante. Vers le milieu du mois de mars, un jeune campagnard de vingt-huit ans sortait de la ville de Besançon par la porte située du côté des montagnes, lorsqu'il fut arrêté parles gardes du poste, fouillé et reconnu porteur 1** d'un livre intitulé : Le divin Consolateur^ (( rempli, dit Rambour, de maximes fanatiques et séditieuses et offrant, sur la gravure de son frontispice, l'abrégé de tous les assassinats que les monstres revêtus d'habits sacerdotaux ont commis au nom d'un Dieu de paix ; )> ^ d'une tabatière en agate blanche garnie en or, avec un portrait de la baronne d'Olivet ; 3° d'une autre tabatière garnie et doublée en or, avec des bas-reUefs en agate représentant des traits d'histoire ; 4"* de deux chaînes d'or avec breloques, huit boucles d'argent et six cuillères à café, le tout estimé 4,833 livres.
Conduit devant la municipalité , le jeune paysan déclara qu'il s'appelait Cl. -F. Lapoire, et était messager, cultivateur et négociant au Valdahon. Il fut écroué par ordre delà municipahté, et l'agent national Chazerand se mit aussitôt en quête de renseignements plus complets sur son compte. Les membres du comité révolutionnaire du Valdahon, parmi lesquels on remarque avec tristesse un Nie. Lapoire et un CL- Ant. Lapoire, répondirent que le prisonnier était l'un des jeunes gens qui s'étaient opposés au tirage de la milice, au mois d'août ^792, et qu'il y avait même eu un mandat d'arrêt lancé contre lui à ce sujet ; qu'il s'était absenté pendant un certain temps, et qu'au mois de septembre 1793, la municipaUté et le comité ayant procédé, à trois reprises différentes, à l'appel de tous les habitants, sur la place publique, le prévenu ne s'y était pas trouvé la dernière fois, ce qui avait déterminé le comité à le déclarer suspect et à le condamner à la réclusion. Sommés de reproduire sa personne, ses parents n'y ayant pas satisfait, il avait été proclamé émigré, au son de la caisse, et les scellés avaient été posés sur la maison et les meubles de sa mère, veuve d'Etienne Lapoire (1).
(1) Les signataires de cette lettre étaient : Brachotte, Ferniot, N. Lan* ternier. Et. Mathiot, E.-F. Daudey et les deux Lapoire.