‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 21 sur 67 · LUS FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉYOLUTIONNÂIRE DU DOUBS · texte numérisé non relu

LUS FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉYOLUTIONNÂIRE DU DOUBS

On chercha les traces des relations que le prisonnier pouvait avoir eues à Besançon^ et comme on Favait vu entrer quelquefois chez M"« Ghampreux, sœur de M. Isabey, curé du Valdahon, et chez sa nièce, ces deux dames, ainsi que leurs servantes, furent assignées devant le comité révolutionnaire et protestèrent qu'elles n'avaient jamais envoyé aucun secours à leur parent déporté. Aucune preuve ne s'élevant contre elles, elles furent laissées en liberté ; mais le portrait de M"* d'Olivet, saisi sur le coupable , compromettait cette dame de la manière la plus grave, et rien n'était plus naturel que de penser qu'elle envoyait ce portrait, par Pentremise de Lapoire, à son mari, émigré en Suisse, avec d'autres bijoux destinés à l'aider à vivre en exil. Elle fut donc incarcérée comme complice de Lapoire, et les deux accusés comparurent le 18 avril devant le tribunal criminel. Le jury, chargé de décider sur la question de fait, avait été soigneusement choisi parmi les terroristes les plus redoutables de Besançon : Considère, Piedmontois, Morel, Olivier, Trimaille, Monnoye, cordonnier, Beuque , l'ivrogne David, instituteur, Galamard et Ramelet, commis du département. Ce jury déclara à l'unanimité que Lapoire était convaincu de s'être chargé de plusieurs efiets d'or et d'argent, pour les remettre à divers émigrés résidant en Suisse. M"* d'Olivet, accusée de lui avoir confié la plupart de ces objets, était accablée par toutes les apparences ; ^mais son co-accusé garda une discrétion si complète et , il faut le dire, si héroïque, au milieu des interrogatoires pressants et captieux de Nodier, qu'il resta impossible de découvrir la moindre preuve contre cette dame, et que le jury fut réduit à déclarer qu'elle n'était pas convaincue du crime dont son commissionnaire allait seul porter la peine sur Téchafaud. Toutefois la détention jusqu'à la paix fut prononcée contre elle, à titre de mesure de sûreté générale. Condamné à mort comme com- ; ;e d'émigré, Lapoire fut exécuté sur la place Saint-Pierre, i ilques heures après sa sentence. La Vedette se chargea ( ore de tirer à sa manière la moralité de cette scène de i g. « Après des exemples aussi sévères contre ces sortes i commissionnaires, écrivait-elle le jour même del'exécu-

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tion, on est étonné qu'il s'en trouve encore d'assez hardis pour faire un métier aussi périlleux. Il faut convenir que la plupart de ces malheureux, aveuglés parle fanatisme le plus outré, croient servir la cause de Dieu en faisant les commissions des prêtres et des émigrés. Nous ne concevons pas comment tous ces messieurs accommodent leur conscience en se jouant ainsi de la vie de leurs semblables Pourquoi de pareils monstres ne tombent-ils point entre les mains de la justice? )>

VIII. Le 20 avril, la saisie d'une correspondance des catholiques de Besançon avec quelques prêtres proscrits amena devant le tribunal plusieurs accusés ; mais la fuite du principal coupable , le jeune abbé Vauthier, fit échouer les poursuites. Les juges étant réunis en conseil , Rambour leur exposa « que le comité révolutionnaire lui avait trans^ mis les pièces d'une instruction commencée par lui contre un nommé Vauthier, qui se couvrait du nom de Petitmon* not, Jos.-Alex. Relange, messager de Mônt-de-Laval. Sylv.- Modeste Beurtelot, messager du Russey, Cath.-P* Blondel!, veuve Morel, aubergiste à Besançon, et ses deux filles Christine et Anne-Baptiste; que de l'examen des pièces saisies, il résultait la preuve de l'existence d'une correspondance très suspecte entre ce Vauthier et des émigrés. Que les femmes Morel favorisaient cette correspondance au lieu de la dénoncer, et que dans difl'érentes perquisitions opérées chez elles, on avait trouvé au fond des armoires, des cha^^ peaux, bréviaires et autres efiets appartenant à des prêtres déportés ou sujets à la déportation, ce qui rendait ces fbmmes extrêmement suspectes; que cependant, en ce qoi concernait la correspondance, on n'avait pu découvrir aucune preuve ni contre elles ni contre les messagers, le principal auteur de cette correspondance n'ayant pas pu être saisi au corps. L'accusateur pubhc pensait donc qu'il n'était pas possible de dresser un acte d'aocusation, mais que les femmes Morel étant très suspectes, le tribunal devait les renvoyer par-devant le comité révolutionnaire, qui serait in*vité à prendre contre elles telle mesure de sûreté générale qu'il trouverait convenir. » Le tribunal ratifia ces conclu-

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sions, en se fondant sur ce que la famille Morel avait donné constamment des preuves de fanatisme , et il ordonna que Relange et Beurtelot seraient mis en liberté.

IX. Les districts d'Ornans, Saint-Hippolyte et Baume avaient déjà reçu tour à tour la visite de la guillotine, et celui de Pontarlier, qui les jalousait, attendait avec une pa* triotique impatience la même joie et le même honneur. Enfin une occasion favorable se présenta; une émeute éclata à Courvièresetà Boujailles, au sujet des réquisitions de grains. La famine, comme on l'a déjà vu, ajoutait presque partout ses souffrances à celles de la guerre civile et étrangère: les bras manquant à l'agriculture, une partie des champs étaient restés en friche. Le blé était rare et cher , et chacun craignait d'autant plus d'en manquer, que les armées et les prisons absorbaient chaque jour davantage la population valide et multipliaient le nombre des bouches improductives. La (Convention, pour qui la liberté n'avait jamais été qu'un vain mot, n'avait pas plus respecté celle du commerce et de la propriété que toutes les autres, et au moyen de ses tyranniques réquisitions, elle vidait à son gré tous les greniers des particuliers, en laissant en échange quelques chiffons de papier. La peur de manquer de pain révolta plus d'une fois les cultivateurs, en voyant les agents de la république enlever leurs faibles provisions, et ce fut nne rébellion de ce genre qui éclata à Gourvières au commencement d'avril 1794. La municipalité elle-même s'opposa à l'enlèvement des grains, et le tambour battit dans les rues pour appeler la population à la défense de ses subsistances. Mais la force armée eut bien vite raison de ces campagnards mécontents, et elle amena à Pontarlier onze prisonniers, parmi lesquels se tl*ouvaient le maire, F.-X. Clément, l'agent national Ant. Gros, l'officier municipal Gl.- ^-nra. Jacquet et cinq femmes. Gomme un pareil exemple, aJgré son insuccès, menaçait de devenir contagieux, l'adnistration résolut de donner à la répression de cet attentoute la solennité possible ; le proconsul Lejeune entra X ^npressement dans ses vues, et le 46 avril, il requit le ^anal criminel de se transporter à PontarUer avec son in-

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séparable compagne, la guillotine, pour prononcer sur le sort des auteurs ou instigateurs de l'émeute, en les jugeant révolutionnairement, c'est-à-dire sans aucune forme de procès, en exécution de la loi du 19 mars 1793 sur les insuiv rections contre-révolutionnaires .

Cependant , comme les accusés n'étaient pas des catholiques bien fidèles , et encore moins des girondins ou des royalistes, bientôt leur affaire parut beaucoup moins noire. Le tribunal les acquitta même entièrement, le 29 avril, en déclarant « que ce mouvement n'avait eu aucun caractère séditieux ou contre-révolutionnaire et n'était que l'effet de la crainte de manquer de subsistances, d Toutefois la guillotine n'avait pas fait inutilement ce nouveau voyage ; le vénérable chartreux dom Lessus et son compUce Javaux, arrêtés sur ces entrefaites, l'abreuvèrent de leur sang.

X. On profita aussi de la présence du tribunal à Pontar- Uer pour traduire à sa barre plusieurs catholiques. Le i6 avril, la municipalité de la Cluse saisit sur le courrier de Neuchatel une lettre adressée aux frères Barthod, horlogers à Pontarlier, et qui lui parut d'origine suspecte ; elle la fit aussitôt porter au comité révolutionnaire de cette ville. La lettre ouverte, on ne trouva sous l'enveloppe qu'un billet adressé à M"« Augustine Parguezet daté du 26 février 1794. Ce billet, dans un langage un peu énigmatique, contenait une courte exhortation à persévérer dans la foi et dans l'espérance prochaine d'un temps meilleur; le reste avait trait i des affaires de famille. Le comité envoya sur-le-champ une partie de ses membres fouiller tous les meubles et les papiers de M"" Parguez , et les perquisiteurs y découvrirent trois feuilles d'oraisons, avec un règlement de vie et un mémoire en faveur des prêtres émigrés, écrits de la même main que la lettre interceptée. Les émissaires du comité, ayant saisi toutes ces pièces, allèrent en comparer l'écriture avec celle des registres de la paroisse de Notre-Dame, dont l'abbé Parguez aîné, frère de la prévenue, avait été vicaire, et ils reconnurent encore l'identité des deux écritures. En conséquence. M"* Parguez et les trois frères Barthod, Et.-F., Ant.-F. et Laurent, ouvriers horlogers, furent incarcérés et traduits au tribunal.

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