‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 22 sur 67 · LES FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE DU DOUES · texte numérisé non relu

LES FIDÈLES AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE DU DOUES

sons la prévention d'avoir entretenu des correspondances criminelles avec les émigrés.

Le même jour, on intercepta une autre lettre venue de l'étranger et adressée à M"' veuve Gresset. On y lisait : « On fait sortir quelques prêtres du canton de Neuchatel seulement, mais point de Berne ni de Fribourg. On dit que Tabbé Gloriod va en Allemagne vers M. Berbey ; Tabbé Vorbe va en Silésie vers son frère , qui est négociant. Vous remettrez à quelqu'un de sûr la montre de l'abbé Bévalet. Vous pouvez recevoir les messes en billets à quinze sous, vous m'en manderez le nombre. On n'écrit qu'en tremblant. Ne cberchez pas à avoir de mes nouvelles. » Cette lettre était évidemment du chanoine Gresset, exilé; en conséquence. M"* J"* Gresset, sa mère, et M. Cl.-F. Gresset, son frère, furent incarcérés et traduits au tribunal, sous la même prévention de correspondances criminelles avec les émigrés. On y ajouta même, au moyen du passage de la lettre relatif aux rétributions de messes, et par l'induction la plus arbitraire et la plus opposée au texte, l'accusation d'avoir fait passer du numéraire aux émigrés , ce qui plaçait ces deux derniers prévenus sous le poids de la peine capitale.

Le tribunal fut plus équitable; il déclara, le 29 avril, qu'après un examen scrupuleux des lettres saisies, il n'y avait trouvé aucune trace de secours pécuniaires ou de munitions de guerre fournis aux émigrés , mais seulement la preuve d'une correspondance fanatique et suspecte ; qu'en conséquence, aucun des six accusés ne pouvait être considéré et puni comme complice de l'émigration ; mais qu'étant suspects , ils devaient être renvoyés devant le comité révolutionnaire, qui prendrait contre eux les mesures exigées par la sûreté générale de l'Etat.

On pouvait se reposer de ce soin sur le comité de Pontarlier, et les accusés absous ne firent que changer de prison, ependant, à raison de l'urgence des travaux agricoles, . Gresset, qui était cultivateur, fut renvoyé provisoirement lez lui, le 5 mai, à condition d'y être gardé à vue à ses lis par un sans-culotte. Le il mai, M. Laurent Barthod, avement malade, fut mis également en réclusion chez lui

374 CHAPITBE LTI.

avec UD garde ; quatre jours après, il fallut prendre la même mesure pour M"" Parguez , et le 23 mai , pour M. Ant.-F. Barthod; tant les prisons étaient malsaines et meurtrières. Cependant , il parait que la décision du tribunal ne parut pas d'une sévérité suffisante au comité révolutionnaire, caril décida, le 15 mai, que toutes les pièces relatives aux Barthod, aux Parguez et aux Gresset, seraient envoyées au comité de sûreté générale de la Convention. L'amnistie en faveur des suspects rendit tous les prévenus à la liberté, quelques mois après.

La famille Marmier, la plus considérée de Frasne , avait fourni son contingent de prêtres à Texil ; elle avait vu déjà deux de ses autres membres , MM. Et. -Denis et Ant.-Joseph, traduits devant le tribunal de police correctionnelle et incarcérés. Une pieuse demoiselle de cette famille se trouva un moment sous le poids de la même accusation que M"* Parguez. Le 29 mai, le district de Pontarlier écrivit au comité révolutionnaire de Frasne : a Vous informerez contre J^^'^-Cath. Marmier, à qui une lettre interceptée a été adressée par un émigré. Cette lettre prouve que cette fille est en correspondance avec les monstres que la patrie a vomis de son sein sur le sol étranger. Une fouille subite pourrait procurer des renseignements plus convaincants de son crime. » Heureusement la fouille ne procura aucun renseignement, et M*** Marmier échappa à la mort ou à la prison.

XL Au même moment, une pauvre femme de Flangebouche faiUit encourir les mêmes peines , et ce ne fut pas la faute de Rambour si elle y échappa. Le 3 mai, l'implacable accusateur public écrivit au district d'Ornans : « J'ai reçu votre lettre et le procès- verbal dressé par la municipalité de Flangebouche contre J"®-Thér. Bouvet, prévenue de complicité d'émigration. J'ai renvoyé les pièces au directeur du jury d'accusation , en lui recommandant de hâter l'instruction de cette procédure. Il faut des exemples et des exemples sévères. Soyez convaincus que je les provoquerai de tout mon pouvoir. »

Le district de Pontarlier, de son côté, continuait avec ardeur ses poursuites contre tout ce qui était soupçonné

Les PIDftLES AD TRIBONÀL RÉVOLUTIONNAIRE DU DOUBS. 375

de conserver quelque relation avec les prêtres exilés. Le .27 mai, il décida que M. Claude-Alexis Monnot, de Saint-PoiOit, serait dénoncé à l'accusateur public comme receleur et corn*plice d'émigré, pour avoir gardé un ecclésiastique chez lui jusqu'au mois de février i793. Le 47 juin, il mit en arresta* ^on le courageux agent national de Montflovin, M. Guinchard, pour avoir dit, dans les bureaux mêmes du district et en pré-^ seace de plusieurs administrateurs : Je n*ai pas assez pillé pour être patriote. Beaucoup de gens avaient perdu la vie pour de moindres propos, et il fut heureux pour M. Guinchard que la Terreur touchât à son terme.

Le U mai, le tribunal criminel condamna J.-F. Dieu, jardinier, à quatre ans de fers, pour avoir soustrait à la nation quelques effets appartenant à son maître, le prêtre Talbert, déporté. Deux jours après , il condamna M'"" Rose Piedrequin , veuve de Trestondans , ex-noble , convaincue d'avoir envoyé des habits à des émigrés, à rester en détention «jusqu'à ce que la Convention eût décidé si cet envoi devait être assimilé à un envoi de numéraire, la loi étant muette à cet égard. » Il fallait réellement avoir bien envie de la tête de cette malheureuse veuve, pour solliciter contre elle une expli^cation aggravante d'une loi déjà si cruelle. Les vœux sanguinaires du tribunal ne tardèrent pas à être remplis.

Page 1