‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 24 sur 67 · LES FIDÈLES AU TBIBUNAL RÉYOLUTIONNAIBB DU DOUBS · texte numérisé non relu

LES FIDÈLES AU TBIBUNAL RÉYOLUTIONNAIBB DU DOUBS

neuf heures du matin, M"' Romain comparut devant le tribanal. Elle était âgée de quarante-cinq ans. Deux témoins assignés par Rambour, Claude-Alexis Peirot , maire de la Grand'Gombe-des-Bois, et P.-Ant. Mercier, agent national, attestèrent son identité, et aussitôt le tribunal la condamna à être guillotinée dans les vingt-quatre heures. Cette exécution eut lieu le jour même, sur la place Saint-Pierre à Besançon, et lorsqu'elle fut achevée, le bourreau brûla, par ordre du tribunal, sur l'échafaud, un livre convaincu « de représenter des signes contre-révolutionnaires. »

XIV. Des poursuites furent commencées, à la même époque, contre plusieurs personnes de Besançon ; mais elles paraissent n'avoir eu que le comité révolutionnaire pour théâtre et la prison pour dénouement. Le 13 juillet 1794, ce comité, sans cesse en quête de victimes, fit incarcérer une femme nommée Grely, prévenue d'avoir répandu des écrits incendiaires. Joseph Mourey et sa femme furent accusés d'avoir coopéré à son crime , en retirant chez eux ces écrits. Le 1" août, Lejeune écrivit au même comité de lui adresser surle-champ la dénonciation qui avait été déposée par son propre secrétaire contre les citoyennes Monnot et Billon sœurs, ainsi que les procès-verbaux des interrogatoires qu'elles avaient déjà dû subir, afin qu'il pourvût au moyen de les taire punir comme elles le méritaient.

A Saint-Hippolyte, les arrestations se multipliaient aussi. Le S5 juillet, les gendarmes vinrent annoncer au district qu'ils avaient écroué à la maison d'arrêt P.-B. Châtelain, prévenu d'émigration, et P.-F. Courtot, accusé d'entretenir des correspondances avec les émigrés ou les déportés. Trois jours après, arriva le 9 thermidor, qui leur sauva la vie.

XV. Le tribunal faisait de son mieux pour suffire à la besogne qui lui arrivait de tous les côtés ; car les plus intéressantes victimes étaient chaque jour traînées à sa barre.

rsque Violand partit pour remplir les fonctions d'agent ional à Saint-Hippolyte, Lejeune s'empressa de lui don- ' pour suppléant au tribunal, J.-F. Martin, mauvais avoet officier municipal à Besançon, ^ansle courant du mois de septembre 1792, M. l'abbé

378 CHAPITRE LYI.

Poulain, familier à Omans, avait été forcé par une dénonciation personnelle de prendre un passe-port de déportation. Lorsqu'une loi rétroactive eut assimilé les déportés aux émigrés, et prononcé la confiscation de leurs biens^ un commissaire du district, assisté de deux officiers municipaux, se rendit dans la maison que la mère de cet ecclésiastique, M*"" Marie- Anne Bazard, veuve Poulain, habitait avec son autre fils, M. Joseph Poulain , pour mettre les scellés sur les biens mobiliers laissés par le prêtre exilé. Ces biens étaient pea considérables; ils se bornaient à quelques linges de corps et à quelques vêtements , que le commissaire enferma dans une armoire sur laquelle il mit les scellés. Le 27 mai 1794, les officiers municipaux , vaguement informés qu'on avait soustrait une partie des effets de l'abbé Poulain, devenus ceux de la nation, envoyèrent le chef du poste de la garde nationale vérifier l'état des scellés. Celui-ci constata qu'oa avait décloué la planche qui couvrait le dessus du buffet et était cachée parla corniche, et qu'à Taide de cette ouverture, on avait enlevé les effets qui y avaient été renfermés. Le 5 juin, le vice-président du district revint lui-même constater l'état des lieux. Il trouva la planche supérieure de l'armoire reclouée et le rayon garni , dit-il dans son rapport, 4le quatre mauvaises chemises et de quelques mauvaises pièces d'étoffes noires. M°* Poulain et son fils protestèrent en vain qu'ils étaient étrangers à l'effraction de l'armoire et à la soustraction des effets ; que ces délits n'avaient pu être commis que par les volontaires qui avaient habité momen* tanément dans cette chambre , et qu'ils n'en connaissaieni point d'autres auteurs. L'implacable vice-président du district répliqua que cette excuse était invraisemblable ; qu'il avait fallu une échelle pour arracher de force le couvercle de l'armoire, et que cette échelle n'avait pu être apportée que par la veuve Poulain et son fils. Ces raisons parurent alors plus convaincantes qu'elles ne le paraîtraient aujourd'hui; la mère et le frère du prêtre déporté furent incarcérés le 29 juin, sous la prévention d'avoir brisé les scellés posés sur des effets appartenant à la répubUque. Ils comparurent le 2i juillet devant le tribunal criminel. Le jury ayant déclaré

Page 1