LB8 HABITANTS BU DOUBS AU TRIBUNAL RÉYOL. DB PARIS
L. Perron et Greusard s'élevèrent avec force contre la prévenue, en disant « que si elle avait été patriote, elle se serait dépouillée, même dans l'intimité, du nom qui rappelait la caste nobiliaire ; qu'elle s'était placée à la fois sous le coup de deux lois; celle du 17 septembre 1793, qui réputait suspects tous ceux qui par leurs écrits s'étaient montrés partisans de la tyrannie et ennemis de la liberté, et celle du J8 nivôse, qui chargeait les comités de rechercher les crimes attentatoires à l'égalité ; qu'en conséquence, elle devait être déclarée suspecte, mise en prison comme ennemie de l'égalité, et livrée, avec son beau-frère, aux tribunaux. » L'heure étant avancée, la motion de Perron et Greusard fut renvoyée à la séance suivante.
Le lendemain, le comité, s'abandonnant entièrement à la funeste impulsion de ses meneurs , vota leur proposition dans les termes les plus amers. Tout y respire la volupté vindicative de l'envie et de l'infériorité triomphantes. 11 déclara <fquela Dumont, femme Vannod, ne pouvait se disculper; que c'était malicieusement, avec mauvaise intention et en grande connaissance de cause, qu'elle avait contrevenu aux lois en conservant un nom proscrit; que Vannod, dô Bayonne, ne devait, pas plus qu'elle, ignorer cette proscription, et qu'il aurait parfaitement pu écrire à sa belle-sœur en lui donnant son nom Dumont^ femme Vannod^ très connu à Pontarlier; que l'on voyait par cette persistance des cidevant à garder leurs anciens noms, qu'ils ne pouvaient ni se soumettre aux lois, ni consentir à devenir les égaux de ceux qu'ils avaient méprisés autrefois, ni s'accoutumer à devenir citoyens ; et que la conservation des noms proscrits était la preuve qu'il leur restait toujours des espérances ; que la Dumont serait donc écrouée sur-le-champ dans la maison de réclusion. »
""rois commissaires, Greusard, Duplessis et Beuque, furent .rgés en même temps d'aller fouiller tous les papiers de • de Montperreux et de saisir ceux qui leur paraîtraient ;pects. Us revinrent avec quinze lettres; les neuf preîres, datées de Bayonne, étaient irréprochables quant au d, mais elles avaient le double tort d'être adressées d'à-
bord à ^"* de MoniperreuXy puis à la citoyenne Montperreux^ et d'être signées Montperreux : la dixième, venue de Fribourg et adressée à la prévenue par sa famille personnelle, ne souleva aucune critique; mais les cinq dernières, expédiées de Salins, à la date des 12 décembre 1791, 12 janvier, 5 mai, 30 juillet et 6 août 1792, étaient, sans aucune réticence, adressées à il/"' de Montperreux et signées de Montperreux. Le comité y remarqua, en outre, trois circonstances très aggravantes : l'^ leur auteur ne paraissait pas aimer la Révolution, car il écrivait le 5 mai : Je pourrais bien faire un voyage à Pontarlier vers la Saint-Jean, suivant que les affaires iront, 2** Il était question dans plusieurs de ces lettres de la mort d'un ci-devant , nommé de Sept fontaines. 3* Enfin on lisait dans la lettre du 6 août: Madame.... vous a écrit çu'eUe ne voulait pas attendre que les assignats soient décriés. Il serait bien à désirer qu'ils le fussent, l'argent routerait. » Ces cinq lettres paraissant écrites par M. de Montperreux, de Salins, le comité lança un mandat d'amener contre lui et envoya sur-le-champ des gendarmes pour le saisir , en invitant le comité révolutionnaire de Salins à faire préalablement une recherche exacte de tousses papiers.
Le lendemain, 20 mai, les gendarmes arrivèrent à Salins, et attendirent que la perquisition fût finie pour emmener leur prisonnier. Ce fut le juge de paix Servant qui procéda aux recherches, avec le concours de deux membres du comité révolutionnaire, Babey et Thomas. D'après leur procèsverbal, les seules pièces suspectes qu'ils purent découvrir étaient deux lettres de 1792, insignifiantes, mais signées Montperreux y un billet souscrit le 25 août 1793 en faveur de l'inculpé « et où il avait soufiert, dit avec indignation le greffier, qu'on le nommât encore M. de Montperreux^ n et enfin trois brevets de lieutenant, de capitaine et d'officier de Saint- Louis. Les perquisiteurs, après avoir fait jurer au vieil officier qu'il n'avait aucun autre papier en sa possession, visitèrent le reste de son appartement et aperçurent dans un cabinet deux portraits, l'un peint à l'huile et l'autre gravé, de la «devant reine, compagne du ci-devant despote Louis quinze. Us se précipitèrent aussitôt avec fureur sur ces images de la
LES HABITANTS DU DOUBS AU TRIBUNAL BfiYOL. DB PARIS. 405
sainte et inoffensive Marie Leczinska, les déchirèrent et en jetèrent les débris au feu .
Munis du procès-verbal qui retraçait ces glorieux exploits, les gendarmes se mirent en devoir de ramener leur prisonnier ; mais avant de partir, Perrard, chef de l'escorte, par une pensée de prévoyance dont le sens sinistre n'était que trop facile à comprendre^ intima au prévenu de déclarer tout ce qu'il possédait en argenterie ou en numéraire. M. de Montperreux avait douze écus, nx couverts d'argent et une épée à poignée d'argent ; il n'en omit rien , et les membres du comité salinois , encore présents , lui firent défense de disposer d'aucun de ces objets jusqu'à nouvel ordre.
Le ^1 mai, l'ancien capitaine de grenadiers comparut devant le comité révolutionnaire de Pontarlier; il reconnut avoir écrit et signé les cinq lettres saisies chez son frère ainé^ et après diverses interrogations sur son nom, son âge et son état, le dialogue suivant s'établit entre le président et l'inculpé.
Q. Qu'entendais-tu dire, dans ta lettre du 6 août 1792, vieux style, par ces mots : Il serait à désirer que les assignats fussent décriés, Targent roulerait?
R. J'entendais simplement expliquer que si les assignats étaient décriés, l'argent circulerait de nouveau.
Q. Comment faisais-tu d'avoir chez toi deux portraits d'une ci-devant reine ?
R. Je les conservais par ignorance.
Q. N'as-tu pas eu bien du regret de voir ces deux portraits déchirés et brûlés?
R. Les ayant vu déchirer, c'est moi-même qui ai dit de les jeter au feu.
Q. Comment faisais-tu de conserver tes anciens brevets et de prendre et de donner à ta belle-sœur le nom de Montperreux?
R. J'ignorais que cela fût défendu par les lois, ne sortant
is de chez moi depuis longtemps.
A la suite de cet interrogatoire, le comité déclara « qu'il
gardait Etienne Ferd. Vannod comme suspect, ennemi de
;a]ité et partisan de la tyrannie ; qu'il serait en conséquence
406 CHAPITRE LYIl.
incarcéré aux AnnonciadeSy et que les pièces qui le concernaient seraient transmises aux administrateurs du district et au comité de sûreté publique de la Convention, en leur faisant observer toutefois que ce dernier inculpé était un homme de très petit génie et qu'il avait même Vair d'être en enfance. »
Le même jour, le docteur Tavernier , médecin patriote des prisons, écrivit au comité révolutionnaire que M"* de M ontperreux, en proie à une maladie chronique , était tombée dans un état beaucoup plus grave, après avoir appris que son mari, âgé et aveugle, ne faisait que pleurer jour et nuit depuis leur séparation ; il faisait observer qu'elle ne pouvait nullement recevoir en prison les soins réclamés par son état. Le comité ne tint aucun compte de cet avertissement. Mais le 25 mai, le médecin étant revenu à la charge, en annonçant les symptêmes d'apoplexie les plus alarmants, le comité, après s'être rendu compte, par une visite personnelle , de l'état de la malade, avoua que sa situation était déplorable et décida qu'elle serait mise en réclusion chez elle sous la garde et la responsabilité du citoyen Antoine Berthet, qui s'obligea, corps pour corps, à la remettre entre les mains de l'autorité, à la première réquisition.
Le 24 mai , le comité somma les trois accusés de fournir l'état de leurs revenus. Le chef de brigade répondit qu'il ne savait pas le montant des siens ; sa belle-sœur, que sa modeste fortune était administrée par son mari ; et le capitaine, qu'il était incapable de fournir la pièce demandée.
Le 25 mai, les malles du premier étant arrivées de Bayonne, le comité l'envoya avec trois de ses membres au bureau de la douane, pour faire l'inventaire de tout ce qu'elles contenaient et saisir ce qui paraîtrait suspect. Les commissaires rangèrent dans cette catégorie un congé, daté du 29 mai 1790, parce qu'il portait, disaient-ils, la signature du dernier tyran, un brevet de colonel daté de janvier 4792 et également signé du dernier tyran, une cocarde blanche en cuir, un cachet d'argent orné d'armoiries et d'une couronne, et un autre cachet en cuivre, portant la simple lettre M,
M. de Montperreux reconnut que tous ces objets lui ap-