‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 34 sur 67 · LES HABITANTS DU DOCBS AU TRIBUNAL RÉYOL. DE PAR · texte numérisé non relu

LES HABITANTS DU DOCBS AU TRIBUNAL RÉYOL. DE PAR

saccès. Le président du jary lui demanda s'il ne connaissait pas la femme Marsan, s'il ne faisait pas ses affaires et si elle n'avait pas des enfants émigrés. M. Cart répondit : « Non, je fais les affaires d'une citoyenne appelée Morsan et non Marsan; la citoyenne Morsan est estimée de sa section, qui l'a réclamée; elle est veuve, sans enfants, depuis trente ans. » Le président passa à l'interrogatoire du trente-septième accusé, et M. Cart, emprisonné depuis plusieurs mois, par suite de l'erreur de nom qu'il venait de constater, n'en fut pas moins condamné à mort. Ce fut par suite d'une erreur du même genre que mourut le même jour M. Gilles- F.-Anne de Durfort, ex-garde du roi, âgé de trente-cinq ans, et qui résidait depuis plusieurs années à Besançon. Il représenta vainement aux juges qu'il avait été écroué depuis très peu de temps dans la prison du Luxembourg ; que d'ailleurs ses principes révolutionnaires l'avaient toujours mal fait voir des nobles et l'avaient fait chasser des gardes du corps du tyran, en avril 1789; que depuis ce temps, il s'était constamment montré l'ami ardent de la Révolution. En vain les délateurs eux-mêmes déclarèrent-ils qu'ils ne reconnaissaient pas dans le prévenu celui qu'ils accusaient; qu'il ne se trouvait là que par erreur, et parce qu'il y avait au Luxembourg un autre détenu, du même nom, qu'on avait voulu mettre sur la liste ; le jeune parent de l'archevêque de Besançon n'en alla pas moins grossir le nombre des victimes.

XIL Le i2 juillet, les Franc-Comtois eurent la principale part dans les honneurs de l'échafaud. Il n'en comparut pas moins de dix-huit devant le tribunal. Le proconsul Lejeune y avait envoyé toute l'administration départementale du Jura et quatre membres de celle du Doubs , Bouvenot, président, Billot, procureur général, Rilg et Janson. Ces derniers trouvèrent heureusement auprès des députés terrotes du Doubs , leurs anciens collègues au département, appui qui les sauva comme par miracle. Un seul des réides étoufik en cette circonstance la voix de l'amitié. Deux des accusés, au moins, dit Briot, méritaient l'intérêt la protection des hommes de bonne foi. Besson leur re^

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fosa ayec dureté la plus petite preuve de compassioii. Jamais ses collègues Michaud et Quirot ue purent le déterminer i se réunir à eux pour faire une seule démarche en faveur de ces citoyens, n Moins heureux, les douze patriotes magnanimes qui avaient soulevé le Jura contre la tyrannie des sicaires de Paris , payèrent de leur tète leur généreux dévouement. Le Doubs paya cependant ce jour-là aussi son tribut de sang. On a vu que le tribunal révolutionnaire de Besançon avait déclaré M"« de Trestondans convaincue d'avoir envoyé à un parent émigré quelques linges ou quelques vêtements , mais qu'il avait hésité à prononcer la peine de mort contre cette respectable veuve , en déclarant ne pas savoir si un envoi de ce genre devait être assimilé à un envoi d'armes ou de numéraire , seul prévu et puni par la loi. Dans le doute, qui n'aurait pas dû exister pour de véritables juges, le tribunal avait invité le Comité de sûreté générale à trancher la question. Le comité trouva plus simple de traduire l'accusée devant le tribunal de Paris, qui n'avait pas même besoin d'un texte de loi à étendre ou à torturer pour envoyer ses victimes au bourreau. M** de Trestondans fut donc condamnée et exécutée, avec les administrateurs du Jura, comme ayant entretenu des intelligences avec les ennemis extérieurs de la république.

XIII. Le lendemain, un homme qui honorait son pays par le talent uni au caractère, M. J.-A.-Cl. Pelchet, de Pontarlier, architecte et inspecteur des bâtiments du roi à Versailles, âgé de quarante-sept ans, fut condamné à mort comme ayant participé aux complots de Capet. 11 avait présenté une liste de témoins à décharge , dans la déposition desquels il avait placé toutes ses espérances de salut; on oublia de les assigner. Liendon, substitut de Fouquier, qui siégeait ce jour-là, s'en aperçut avant l'audience, et en informa l'accusateur pubhc; mais celui-ci ne jugea pas qu'une pareille bagatelle dût ajourner l'office de la guiûotine. Il écrivit à son substitut : « Je ne vois pas qu'il y ait impossibilité de faire juger sans témoins ; fais ce que tu pourras pour que l'accusé ne soit pas mis hors des débats. » Le tribunal fut de l'avis de Fouquier, et refusa de renvoyer

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aa lendemain, même pour la forme , le supplice de M. Pelchet.

Le 16 juillet, le tribunal acquitta L. Combes, vigneron à Besançon, rue du Rondot du Capitole, qui lui avait été expédié par l'implacable district, comme ayant tenu des propos contre-révolutionnaires et tendants à l'avilissement de la représentation nationale. Dumas et Fouquier se montraient décidément plus avares du sang franc-comtois que les administrateurs de cette contrée.

Le lendemain , une jeune et belle tète , bien connue à Besançon , roula encore au pied de Téchafaud : c'était celle de P.-F. Monnet, ce fils du concierge du palais de justice que la Révolution trouva prêtre nouvellement ordonné , et dont elle fit tour à tour un préfet des études du collège et un directeur du séminaire constitutionnel. Monnet s'était jeté à corps perdu dans l'agitation des clubs ; il fut l'un des premiers à renier la dignité sacerdotale, et il alla^ vers la fin de 1793, occuper la chaire d'éloquence au collège de Strasbourg. Mais la ruine de l'instruction ayant suivi de bien près celle de la religion, il se vit réduit à entrer dans l'administration des fourrages militaires. A Strasbourg comme à Besançon, il servit avec une ardeur toute juvénile les menées du jacobinisme, et fut même envoyé en mission à Paris au mois de décembre. U avait eu le malheur de se lier particolièrement avec Euloge Schneider, dont il avait déjà fait la connaissance au club de Besançon, et avec Funck, tous deux prêtres apostats comme lui ; et malgré le contraste de leurs caractères, car Monnet était aussi doux et léger que Schneider était violent et cruel, il se trouva enchaîné à cette faction abominable qui fit couler le sang à torrents en Alsace et se rendit odieuse à la Terreur elle-même par ses excès. On sait que Schneider, ex-capucin, devenu accusateur public du tribunal révolutionnaire du Bas-Rhin, après avoir été aire épiscopal, comme Monnet, avait fait ériger une guillole ambulante avec laquelle il parcourait le département, ittant en réquisition les filles, les fortunes et les têtes des oyens, pour ses plaisirs et ceux de ses amis. Lorsque nt-Just arriva à Strasbourg ^ il eut honte et horreur de

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ce monstre, et, trouvant qu'il compromettait la Révolution, il l'envoya au tribunal révolutionnaire de Paris avec ses principaux adhérents. Le jeune Monnet se trouva compris dans ce nombre , et fut condamné comme ayant conspiré contre la république en voulant la déshonorer. Le sang de cette victime impure se trouva mêlé à celui des seize religieuses carmélites de Compiègne , immolées le même jour pour être restées fidèles à leurs vœux et à leur religion. On aime à penser que le beau spectacle de ces vierges magna* nimes* qui marchèrent à la mort en chantant des cantiques d'actions de grâces, toucha le cœur du malheureux Monnet, plus égaré que pervers, et lui inspira une dernière pensée de repentir et de retour à Dieu. Il avait d'ailleurs appris assex durement de quelle manière la Révolution savait récompenser ceux qui lui avaient tout sacrifié, jusqu'à leur âme.

Le 19 juillet, quatre nobles et pures victimes de Besançon rougirent encore l'échafaud de leur sang. M"*" Marie-F"Pusel de Boursières , veuve de M. Varin d'Ainvelle , âgée de cinquante-sept ans, s'était consacrée dans une pieuse retraite à l'éducation de ses trois enfants, et en particulier de Joseph* Désiré, le plus jeune de tous, que ses qualités aimables et sa frêle santé lui rendaient doublement cher. Ce dernier s'était senti de bonne heure appelé à l'état ecclésiastique , et au moment où la Révolution éclata , il faisait ses dernières études au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Après la dispersion de cette grande école, il se retira auprès de sa mère à Besançon. L'espoir de trouver un abri plus sûr ou plus tranquille à la campagne , le détermina à aller fixer sa tente à Plasne, dans le Jura, le 9 mai 1792; mais, dénoncé aH mois de décembre suivant par six jacobins du village , il fut contraint de prendre un passe-port de déportation et de se rendre en Suisse. Comme il n'avait encore reçu que les premiers ordres, il se laissa entraîner par l'exemple de quelques autres jeunes nobles de Besançon , et alla s'enrôler dans l'armée du prince de Condé, où son oncle maternel , M. de Boursières, l'avait devancé.

La pieuse veuve n'avait pas vu sans une profonde tristesse le jeune et frêle séminariste transformé en dragon, et dans

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ses maternelles alarmes, la perte de la vie n'était pas ce qu'elle redoutait le plus pour lui ; car le camp des émigrés, comme les autres, et peut-être plus que les autres, était loin d'être une école de piété et de vertu. Elle priait donc sans cesse et engageait même ses amies à prier aussi pour obtenir de Dieu qu'il ramenât son fils à sa première vocation; et, en attendant le succès de ses prières , elle s'efibrçait, par les lettres qu'elle lui adressait secrètement, avec quelques se* cours pécuniaires, de l'entretenir dans l'amour de Dieu et le respect de lui-même. Cette correspondance était trop conforme à l'affection d'une mère si tendre, pour qu'on n'en soupçonnit pas l'existence; d'ailleurs, M"* Varin n'était pas seulement odieuse aux jacobins comme mère d'un déporté et d'un émigré, car son fils aîné, déjà conseiller au parlement, avait pris aussi le chemin de l'exil ; mais sa fidélité à la religion l'avait déjà fait emprisonner en 4793 comme fanatique et incivique. Cependant, à force de précautions, elle était parvenue à dérouter toutes les recherches du comité révolutionnaire, relativement à sa correspondance avec ses enfants, lorsqu'un incident malheureux vint causer sa perte. Craignant de se voir dépouillée, un jour ou l'autre, de l'argent qu'elle avait mis en réserve, et des objets de prix qu'elle possédait, et voulant en assurer la possession à ses fils, elle résolat d'enfouir dans un coin de son jardin ce qu'elle avait de plus précieux, et elle procéda à cette opération avec le eoncours de ses deux servantes , Anne Oudet , née à Rochefort (Jura), âgée de trente-trois ans, et Françoise Marey, née à orôhamps ou Verchamps , et ftgée de vingt-six ans. Tout s'était accompli sans le moindre bruit et avec toutes les précautions qui semblaient désirables ; mais les trois femmes avaient été guettées et aperçues par un voisin patriote, qui s'empressa d'aUer les dénoncer au comité révolutionnaire. ''^'ui-ci alla sur-le-champ vérifier le fait. De nouvelles persitions dans les papiers de M*** Varin amenèrent la découle d'une lettre qui lui avait été adressée de Bâle par son ,, le 20 mai. Le comité, après avoir fait écrouer les trois pables , les remit entre les mains de l'accusateur public tribunal criminel du Doubs. Ce tribunal décida, dans son

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audience du 9 juia , conformément au réquisitoire de Rambour, que a la Varin et ses deux servantes seraient traduites au tribunal de Paris, comme prévenues d'être complices de rémigration, et (Tavoir conspiré contre la sûreté intérieure de VEtat, en enfouissant du numéraire qui était destiné sans doute à favoriser les entreprises des ennemis de la république, »

On reste saisi d'indignation devant cette demande de trois tètes , basée sans aucune pudeur sur l^ypothèse la plus arbitraire et la plus gratuite. En effet, à cette époque de famine et de misère générale , chacun cachait à i*envi ce qu'il avait d'or ou d'argent, comme une suprême ressource contre les réquisitions ou la faim ; et, pour aller chercher si loin le motif d'un acte si explicable, il fallait que la justice révolutionnaire fût arrivée aux dernières limites de l'iniquité.

Ces trois victimes ne suffirent pas à Rambour, et il requit encore à la même audience qu'on envoyât à Paris M"* J"*«- Marie Blandin , âgée de soixante-cinq ans , ex-servante de l'abbé Touzet , déporté , dénoncée comme ayant caché et recelé, au préjudice de la nation^ quelques effets appartenant à son ancien maître. Il ajouta qu'on avait en outre trouvé chez elle des écrits aussi contre-révolutionnaires que fanatiques, notamment un bref du pape et le testament deCapet. Il y avait une loi et une pénalité spéciales contre le délit imputé à M*^"" Blandin. Le tribunal de Besançon n'en tint aucun compte et décida que la prévenue serait également traduite au tribunal révolutionnaire de Paris comme complice des émigrés. Elle était réellement complice , non des émigrés, mais des prêtres déportés , et on découvrit, trop tard sans doute pour en aggraver son dossier, deux lettres du i 2 avril et du !<"' juillet 1793, datées du Landeron et de Charmay, adressées à la citoyenne J^^^-B^* Blandin, rue Saint- Vincent^ vis-à'Vis le Sauvage, et dont l'auteur anonyme la chargeait de remercier en son nom une généreuse protectrice des prêtres exilés.

XV. Mais ces quatre pieuses femmes n'étaient pas les seules victimes que Rambour eût récoltées ce jour-là pour récbafaud ; les visites domicitiaires activement pratiquées par le comité avaient fourni d'autres proies à ses appétits

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sanguinaires, o Dans une des dernières séances delà Société populaire, disait la Vedette du i7 juin, Lejeunea annoncé que l'on avait trouvé chez de très saintes filles une édition complète de la représentation du bienheureux béni saint Suaire , de pieuse mémoire. Il y en avait cinq cents exemplaires bien joliment brodés et enluminés de chanoines, évèques et archevêques bien et dûment crosses et mitres. Comme il est d'usage que les pieuses reliques soient accompagnées d'un certificat authentique qui atteste leur vertu, on a trouvé aussi chez nos très saintes femmes une petite correspondance entretenue avec les émigrés , qui prouve à quel usage on destinait les bienheureux bénis saints suaires. Nos vertueuses ouvrières ont été mises dans un lieu où elles pourront vaquer sans trouble à Toraison^ en attendant que Faccusateur public du tribunal révolutionnaire ait le loisir de leur faire deux doigts de cour. » Ces saintes filles, dont Lejeune et son journal plaisantaient si agréablement en attendant qu'on leur coupât la tète , eurent encore d'autres compagnons d'infortune; et conformément aux réquisitions de Rambour, Nodier et ses assesseurs renvoyèrent, le 9 juin, i leurs collègues de Paris, Barthélemi Pinard , né à Dijon , commis-négociant, âgé de soixante-dix ans, J'^'^'-Cl. Billot, sa femme, Thér. Gay, leur servante, âgée de vingt-un ans, Glaudine-Anatoile Dez, née à SaUns^ âgée de quarante-six ans, sans profession, Marie- Anne Germain, Marg. Bauchet^ de Genan&-leZ'Montbozon, marchande, âgée de soixante ans, tous domiciliés à Besançon^ et chez qui on avait découvert, soit des lettres d'émigrés ou de prêtres déportés , soit des écrits contraires à l'anarchie. A Tinstar de ce qui se pratiquait à Paris, Nodier et ses complices les déclarèrent en bloc prévenus d avoir entretenu des correspondances avec les ennemis extérieurs de la république et d^ avoir conspiré contre VEtat *" conservant des écrits contre-révolutionnaires , tendants à évoquer le rétablissement de la royauté et l'avilissement de la résentation nationale. On voit que la simple possession m écrit défavorable au gouvernement était devenue un ne capital.

"* Banchet était la sœur d'un prêtre déporté qui est mort

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curé de Notre-Dame, à Besançon. Elle apportait, dit-on, chez le respectable M. Pinard , qu'elle croyait moins exposé qu'elle, divers ornements d'église et notamment une chasuble , dans Tespoir de mieux les soustraire à l'œil des perquisiteurs, lorsqu'elle tomba en pleine visite domiciliaire. Les jacobins saisirent le mystérieux paquet qu'elle portait et la conduisirent directement en prison , sans même loi permettre de rentrer chez elle pour prendre les objets les plus indispensables.

Ces dix personnes furent conduites ensemble à Paris. La dure et horrible charrette qui les portait s'étant arrêtée à Charenton avant d'entrer dans la capitale , des personnes sensibles ne purent s'empêcber de leur donner des marques de compassion et d'intérêt. « Ne nous plaignez pas , répondit M"» Varin; vous êtes vous-mêmes bien plus à plaindre que nous, puisque vous restez exposés à tant de périls et de sujets de douleurs, tandis que nous n'avons plus que deux pas à faire^l'un d'icià Téchafaud, et l'autre de l'échafaud dans le ciel. » Cet entretien fut brusquement interrompu par les gendarmes qui escortaient les victimes, et qui s'empressèrent de les conduire à la Conciergerie. Les dix accusés de Besançon, quoique écroués en même temps , ne comparurent pas ensemble. M"*» Varin, ses deux servantes et celle de l'abbé Touzet furent seules jugées le 19 juillet. Le président, voyant qu'il n'existait absolument aucune preuve d'envoi de secours ou même de simples lettres de la part de la mère à ses fils exilés, chercha à lui en arracher l'aveu. « Non-seulement, dit l'abbé Guillon , elle n'hésita pas à confesser qu'elle avait rempli à cet égard tous les devoirs de la tendresse maternelle, mais elle s'en fit honneur, en ajoutant : J'offenserais Dieu si je trahissais la vérité^ et je ne veux pas plus la trahir que ma foi. a Cet aveu, du reste , n'aggravait guère ses dangers, et les trois humbles servantes, à qui on n'avait pas le même délit à imputer, n'en furent pas moins condamnées i mort avec elle, comme ayant conspiré contre la souveraineté du peuple en entretenant des intelligences avec les émigrés et en leur faisant passer des secours. Ces saintes femmes eurent le bonheur, si rare alors , de recevoir les dernières consola-

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tioDs religieases ; car il se trouvait deux prêtres parmi les vingt-cinq autres condamnés qui montèrent avec elles sur réchafaud. On raconte qu'au moment même où tombait la tète de M"* Varin , son jeune flls, qui , au fond de l'Allemagne, ignorait même l'arrestation de cette vénérable mère, éprouva dans tout son être une révolution complète. L'espiègle étudiant de Saint-Sulpice, le joyeux dragon de Coudé, se trouva subitement changé ; il abandonna le monde et les armes pour une austère retraite, et devint bientôt un prêtre, un reUgieux fervent, sur lequel Dieu ne tarda pas à manifester ses vues miséricordieuses pour le salut des âmes et la restauration de l'Ëglise en France.

Le lendemain de l'exécution de M"* Yarin,le tribunal s'occupa non-seulement de ses derniers compagnons, mais encore de douze autres habitants du Doubs qui lui avaient été expédiés en différents convois par le tribunal criminel et les comités révolutionnaires de ce département. Les professions et les opinions les plus diverses se trouvaient réunies dans cette étrange fournée . A côté de M. J . -F . de Lurion , un des plus notables habitants de Baume, né à Besançon et âgé de cinquante-deux ans, on voyait un jeune prêtre de contre» bande, J.-B. Vuiilemin, de Lièvremont, à peine âgé de vingt- trois ans, que les constitutionnels avaient consa^é ea deux tours de main pour l'envoyer desservir les paroisses des Hôpitaux et des Allemands. On sait qu'une des principales industries du plateau de Pontarlier est la production deschevaux; ce pays est donc le rendez- vous des maquignons, €1 les cabarets en étaient souvent remplis. Le jeune curé Vuillemin, n'ayant rien à faire dans son église à cause de Vopiniâtreté fanatique de ses prétendues ouailles, allait volontiers se consoler de sa solitude et se désennuyer de son dsiveté dans les cabarets, en compagnie de ces maquignons, des employés de la douane et des volontaires cantonnés dans s villages voisins. Il y venait aussi quelques femmes et les de bonne humeur, et là-, on buvait , on chantait , on msait jour et nuit; en un mot, on menait la plus joyeuse e. Dans la soirée d'un des premiers jours de mai, deux rangers, accompagnés d'une jeune fille, et se disant mar-

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chands de chevaux, se troQvaient attablés dans une auberge des Allemands, fraternisant autour des bouteilles avec le curé Yuillemin, son jeune frère Cl.-Ign., âgé de quinze ans, J.-Ant. Tissot, lieutenant des douanes, Cl. Guyon, cultivateur, Lallemand, capitaine, et Tisserant, sergent des volontaires, lorsque la jeune fille et le plus jeune des prétendus marchands de chevaux disparurent adroitement, passèrent la frontière, qui était à peu de distance, et trouvèrent en Suisse Fasile qu'ils étaient venus y chercher. Aussitôt que cet événement fut divulgué, il excita au plus haut degré la colère des jacobins; et en dépit de leur patriotisme bien connu, tous les convives nommés plus haut furent dénouces et arrêtés comme complices de l'émigration des deux étrangers. Il est évident, à la plus simple inspection des pièces de la procédure, que les six prévenus étaient parfaitement innocents du délit qui leur était imputé ; cependant les deux derniers (les volontaires) furent seuls mis hors de cause et les quatre autres, y compris le jeune Yuillemin, à peine âgé de quinze ans, furent traduits au tribunal révolutionnaire à Paris. Ils restèrent quelque temps incarcérés à Besançon, et ce fut pendant son séjour dans cette prison, que le malheureux Yuillemin, pour obtenir l'indulgence des arbitres de son sort, écrivit, le 23juin^ au département:

« Citoyens administrateurs, je ne suis entré dans l'état ecclésiastique que parce qu'on m'a fait croire que c'était rétat où je servirais le plus utilement ma patrie. La pénurie de prêtres et la façon de penser de grand nombre de Français de ce temps-là me confirmèrent dans cette croyance. Je fus ordonné à l'âge de vingt-un ans par Seguin, évèque de ce département. J'ai donc fait le métier de prêtre pendant près de deux ans; mais j'ai la satisfaction de n'avoir jamais tenu aucun discours qui tendit au fanatisme, et de ne m'ètre servi de ce qu'on appelait la chaire de vérité que pour inspirer l'amour de la patrie, l'obéissance et la soumission aux lois, etc. De sorte que, sans trop dire , la paroisse que j'ai desservie est la plus au niveau de la Révolution et à la hauteur des circonstances, parmi les communes patriotes de nos montagnes. Aussi m'a-t-on reproché que je n'avais pas

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