‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 35 sur 67 · LBS HABITANTS DU DOUBS AU TRIBUNAL BÉTOL. DB PARIS · texte numérisé non relu

LBS HABITANTS DU DOUBS AU TRIBUNAL BÉTOL. DB PARIS

l'espri^de mon état; mais c'est précisément ce qui fait monéloge. Agréez, citoyens, mes diplômes de prêtrise, et veuilles bien me certifier de leur réception. Je désire que tous mes confrères ouvrent les yeux à la lumière qui déjà a éclairé le plus grand nombre des républicains français, et qu'ils an* noncent la vérité avec autant de zèle qu'ils ont prècbé la superstition et le mensonge. — Yuillemin^ ex-curé des Hôpitaux » Cette misérable lettre ne sauva pas l'apostat, et il fut contraint de prendre avec ses trois co-accusés la route de la Conciergerie.

Avec lui se trouva à la barre du tribunal révolutionnaire de Paris un autre jeune prêtre constitutionnel du Doubs, J.-Jac. Dormoy, vicaire de Lengney, qui y avait été traduit par le tribunal de Besançon, comme prévenu d^ avoir rédigé une pétition ou réclamation signée en assemblée générale du canton de Passavant, contre la fourniture de subsistances publiques ordonnée aux communes rurales, et représentant que celles-ci ne pouvaient fournir le contingent exigé sans que les habitants manquassent eux-mêmes de subsistances pour eux et leurs familles. Le tribunal avait déclaré que cette pétition renfermait a une intention criminelle d'avilir les autorités constituées , de provoquer sur leurs tètes la vengeance nationale et d'établir une ligne de démarcation entre les citoyens des campagnes et ceux des grandes communes. » A l'exemple de son malbeureux confrère, le vicaire Dormoy essaya de fléchir les terroristes de Besançon en leur envoyant, le 3 juillet, sa renonciation à toute fonction sacerdotale; mais cette démarche resta encore sans succès.

Vers le milieu du mois d'avril, des gendarmes envoyés par l'accusateur Rambour vinrent saisir J.-B. Mozer, maire du Barboux , dont l'attachement pour la Révolution n'avait connu jusqu'à ce jour ni hésitation ni lassitude, et il fut conduit en prison, au grand étonnement et au grand scandale tous les républicains du pays. On conjectura qu'il avait calomnieusement accusé d'avoir favorisé l'émigration ou s part à des projets liberticides. Quoi qu'il en soit, le tri- !iad du Doubs l'envoya avec les précédents accusés cher- '^ au tribunal de Paris l'explication de cette énigme.

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Les habitants de Trepot, restés fidèles à leur foi, ae supportaient qu'en frémissant l'intrus et la municipalité démagogique qu'on leur avait violemment imposés; et , d'après le témoignage de leurs tyrans, ils n'attendaient qu'une occasion pour faire éclater leur animadversion et leur vengeance. Un procès-verbal dressé par le curé et la municipalité pateiote, le 26 janvier, les dénonça comme ayant saisi cette occasion la veille, entre six et sept heures du soir. Le feu ayant pris à l'une des cheminées du presbytère, disait-on, la population s'y était portée en foule et, sous prétexte de préserver des flammes la propriété communale, avait envahi la maison. Les habitants de la cure ayant sans doute foit mine de s'y opposer, u Jac. Perrot, fils du procureur de la commune destitué, continue le rapport , frappa à coups 4e poings le curé Sergent, renversa et frappa à coups de pieds la mère du curé, décoifia et tira par les cheveux sa servante. Pendant ce temps-là, les autres renversèrent maheieusement plusieurs sacs remplis de farine de blé ou de maïs, marchèrent dessus ou y jetèrent de l'eau, volèrent des pommes que le curé avait achetées et jusqu'à un fiisil qui ae lui appartenait pas. On ne peut répéter tous les propos «outre-révolutionnaires tenus par la multitude venue pour éteindre un feu qui n'était rien en réahté. J. Bichet le jeune et son frère Cl.-F. menacèrent et frappèrent l'officier municipal F. Perrot, en lui disant que si la municipalité n'avait pas été composée de canaille, ils n'auraient point eu de curé intrus. Le maire a été également frappé, mais sans avoir pu savoir par qui. lia entendu plusieurs voix crier: Nom nous f.Jons delà municipalité^ de la nation et du curé ! La multitude témoignait le vœu de voir toute la municipalité réunie pour la mettre en pièces. F. Varéchon, greffier de la oommune, a été menacé et même violenté chez lui par J. -Et. Varéchon, dit Grivet, qui voulait ravoir son fusil. Cl. -Et. Perrot a cherché à rattrouper du monde après l'extinction du feu, en disant que le feu était aussi à la cheminée du patriote J.-Gl. Jacquet, et qu'il fallait aller démolir sa maison. J. Bichet jeune et Anselme Varéchon sont encore venus, à neuf heures du soir, chez Jacquet, pour lui prendre de force

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un fusil, enlevé aux Bichets lors du désarmement. Enfin la municipalité ne peut rester à son poste, si on ne lui donne un prompt secours. Il faut envoyer cent cinquante hommes pour contenir les rebelles ou les enlever de la commune. — Sergent, curé, etc. »

Le district d'Ornans pensa qu'une saignée ramènerait tout aussi efficacement le calme àTrepot, et il traduisit en justice les six habitants dénoncés nommément comme les plus coupables. Un acte d'accusation fut dressé contre eux par Maire, directeur du jury d'Ornans; mais le tribunal de Besançon, ayant sans doute reconnu dans la plainte des jacobins de Trepot l'exagération qui leur était habituelle, se borna, le 3 juin, à traduire au tribunal de Paris M. Anselme Varéchon.

Le il du même mois, il renvoya au même tribunal, sur la réquisition de Rambour, Cl.-F. Dumont, de Flangebouche, accusé d'avoir tenté de soustraire par force et par violence, des mains des gardes nationaux de Venues, deux prisonniers confiés à leur garde par le maire de cette commune.

On a vu que, le i4 juin, le district de Pontarlier avait dénoncé à l'accusateur public M. Cl. -Alexis Monnot, cultivateur et assesseur du juge de paix à Saint-Point, comme receleur et complice d émigré^ pour avoir reçu chez lui en décembre 1792 et gardé jusqu'au 45 février suivant, Alexis Girard, de Saint-Point, jeune ecclésiastique déporté. L'iniquité et l'absurdité de cette accusation étaient palpables ; car M. Girard, jeune séminariste non assujetti au serment, n'a* vait été déporté que par suite d'une dénonciation personnelle du 24 mars 1793, et par conséquent postérieure au séjour qu'il avait fait très légalement chez le prévenu. M. Monnot n'en fut pas moins traîné pour ce fait au tribunal de Paris par Nodier et ses implacables complices.

Enfin deux femmes. M"* J'^'-B** Voinet, des Granges, Igéede trente-neuf ans, messagère au Mont-de-Villers,incarérée et déuoncée le 28 mai par le district de Besançon, x>inme convaincue de complicité avec V émigration^ et d'avoir lait passer des secours aux ennemis de la république , sans loute parcequ'elleavait fait quelque commission pour les dé-

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portés; et M"« J""-Thér. Beauvia, âgée de trente ans, née à Flangebouche, désignée dans la procédure comme époi^ de Morel, ex-noble émigré, se disant maçon, complétèrent le nombre des seize habitants du Doubs qui comparurent le 20 juillet devant le tribunal de sang. Ils devaient être dix-huit ; mais le nom de M"**' Pinard et Germain ne se trouvant ni parmi ceux des condamnés, ni parmi ceux des acquittés, il est à croire que la maladie, la mort ou quelque autre circonstance restée inconnue les avait soustraites à cette redoutable épreuve.

Cette fois encore les juges assassins de Paris ne se trouvèrent pas au niveau de ceux de Besançon ; et sur ces seize accusés, ils se contentèrent d'en faire mourir six: M. de Lurion^ M. Pinard, M"" Dez et Bauchet, le curé Vuillemin et le douanier Tissot, avec huit victimes empruntées à d'autres départements. Ils renvoyèrent complètement acquittés , M"* Gay, Vuillemin jeune , Guyon, le vicaire Dormoy, le maire Mozer, MM. Dumont, Varéchon et Monnot, M"" Morel et Voinet; donnant ainsi aux juges du Doubs une leçon d'équité, de modération et de clémence qu'il fut doublement honteux pour eux de recevoir de pareils monstres.

On a vu dans le tableau de l'émigration, que J""*-Florentine Poyard, du Luhier, jeune fille de vingt-trois ans, avait été arrêtée le 19 avril par les volontaires de la Côte-d'Or, sur les bords du Doubs, au bas de la côte de la Grand'Combe des Bois, au moment où elle allait mettre le pied dans la barque qui devait la conduire sur le rivage suisse, et qu'elle avait confessé avec une courageuse franchise son intention d'émigrer. Traduite pour ce fait au tribunal révolutionnaire de Paris, elle comparut, le 22 juillet, devant les juges, avec soixante-trois autres accusés. Elle fut du nombre des dixsept acquittés ce jour-là. Quelques mois après, lorsque Fouquier-Tinville fut poursuivi à son tour pour l'expiation de tous ses forfaits, il invoqua en sa faveur le souvenir de l'acquittement de cette pauvre fille du Luhier, auquel il n'avait pas été étranger. Quand M*^* Poyard regagna son village, les patriotes du Luhier parurent aussi surpris que désappointés de son retour, a Elle montre son acquittement, signé Dumas

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