‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 36 sur 67 · LES HABITANTS DU DODBS AU TRIBUNAL RÉVOL. DR PARIS · texte numérisé non relu

LES HABITANTS DU DODBS AU TRIBUNAL RÉVOL. DR PARIS

président , écrivait à Yioland J.-J. Jeanoia , agent national de la commune, le 18 août, et elle demande que nous levions les scellés sur ses effets séquestrés. » Yioland leur fit entendre qu'il fallait en prendre leur parti, « mais vous examinerez tous ensemble, ajoutait-il , s^il n'y a point de papiers suspects parmi ses effets. »

Le 25 juillet, M. J. Saugeon, homme de loi, né à Besançon, âgé de cinquante-trois ans, fut condamné à mort avec trente-sept autres accusés, pour avoir conspiré contre la souveraineté du peuple en disant que la république n'était pas bonne et qu'il fallait un roi. Ce meurtre était l'œuvre du district de Besançon. En effet M. Saugeon, ayant été compris, au mois de septembre 1793, sur la liste des suspects, et ayant reçu l'ordre de se rendre en prison, avait pris la fuite et était allé se cacher dans un village des Vosges, à Thuillières, où il avait pris le titre et la profession de cultivateur, pour mieux dérouter les recherches de ses ennemis. Mais les jacobins surent bien le retrouver, et, comme on le voit, ils se vengèrent cruellement du mépris de leurs ordres. Le district avait trouvé dans un propos déjà ancien, qui avait servi de prétexte à son premier emprisonnement, l'objet d'une nouvelle accusation capitale.

Le même jour, le tribunal se montra plus juste envers une autre victime du district de Besançon, J. Fleuriot, âgé de trente ans, né à Dannemarie, instituteur et cultivateur dans cette commune. Sur une dénonciation du maire et des officiers municipaux, le district avait traduit ce jeune homme au tribunal révolutionnaire, dès le 6 mai, comme ai/ant tenu les propos les plus contre-révolutionnaires, tendants à V anéantissement de la république et à C avilissement de la représentation nationale, il revint de Paris entièrement libéré.

Mais le lendemain , M. Adrien-Denis-Benott Viotte , né ^ Besançon , âgé de quarante-trois ans , et homme d'affaires i M"* la princesse de Monaco, fut encore guillotiné avec 4te princesse et cinquante-un autres condamnés , comme /ân^ conspiré contre le peuple en entretenant des relations avec ? émigrés et en leur fournissant des secours. Parmi les vieues de cette journée se trouvait aussi M. P. Blanchard, ad-

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ministrateur de grand mérite, qui avait été longtemps à la tète de Tintendance militaire dans le département du Doubs, et ne l'avait quitté depuis quelques mois que pour se ren* dre, en qualité de commissaire général, à Tannée du Rhin. Les jacobins de Besançon l'avaient méchamment dénoncé comme aristocrate et comme peuplant ses bureaux d'aristocrates, parce qu'en quittant cette ville, il avait emmené avec lui à l'armée quelques jeunes gens distingués de la bourgeoisie, et avait failli ainsi les soustraire à la prison , que les clubistes de Besançon leur réservaient depuis longtemps.

Le 27 juillet, 9 thermidor, M. F.-Désiré-Mathieu Courlet de Boulot, fils d'un conseiller au parlement de Besançon, né dans cette ville et âgé de trente-un ans, fut condamné avec quarante-quatre autres prévenus, sous l'accusation collective et banale dt avoir tenu des propos contre-révolutionnaires^ par* ticipé aux trames de Capet^ favorisé rémigration et entretenu des intelligences avec les ennemis de la république.

XYi. Le lendemain, arriva enfin le tour de Robespierre et de dix-sept de ses complices. Le tribunal condamna ses propres amis, ses protecteurs de la veille, avec autant d'empressement qu'il en aurait mis contre toute autre victime. Le 29 juillet , soixante-neuf membres de la municipalité démagogique de Paris furent encore immolés par ces impassibles organes de la Terreur. Mais leur propre punition approchait. Déjà le président Dumas , le vice-président Goffinhal et un autre membre du tribunal avaient péri avec Robespierre. FouquierTinville , resté le docile instrument des fureurs de la Convention, fut emprisonné le 30 juillet. La plupart des autres membres du tribunal, juges et jurés, au nombre de trente-neuf, furent mis en jugement le 7 avril i 795, et seize d'entre eux furent condamnés à mort. Fouquier- Tinville occupait de droit le premier rang sur la liste. Parmi les autres, on remarquait l'ex-séminariste Yilate, âgé de vingt-six ans, que la Révolution avait fait prêtre et déprètrisé presque aussitôt. C'était lui qui disait un jour : Quant à moi, je ne suis jamais embarrassé^ je suis toujours convaincu ; ^k un autre jour que l'audience se prolongeait un peu au delà de l'heure de son diner : Les accusés sont doublement convaincusj

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car ik conspirent contre mon ventre. Un autre de ces misérables^ le peintre Prieur, était accusé d'avoir employé tout le temps des audiences à dire des bouffonneries contre les accusés et i les représenter au crayon avec la tète déjà coupée et nageant dans le sang. Il répondit pour sa défense, avec un cynisme qui peint bien la turpitude de cette époque : On me calomnie! Quelquefois^ fat dessiné des caricatures^ descocAonneries, des petites bêtises^ voUà tout.

Le tribunal révolutionnaire ne fut pas supprimé après la chute de Robespierre, mais seulement modifié et recomposé, le 10 août, avec une partie de ses anciens membres. Les membres nouveaux n'étaient guère plus propres à inspirer la confiance , à en juger par celui des jurés qu'on emprunta au département du Doubs, et qui ne fut rien moins que Rambour père, agent national du district de Besançon, et digne auxiliaire de son fils. Mais l'opinion publique, plus forte que la Convention et sa nouvelle machine de guerre, sut bien forcer à la modération ces hommes tirés, pour la plupart, des administrations ou des tribunaux terroristes. Cependant ils firent couler encore plus d'une fois le sang innocent; et le 9 septembre, M. Toussaint Menegaud, horloger à Besançon, ftgé de quarante-un ans, arrêté en 1793 comme suspect d'être le commissionnaire des émigrés et des déportés, traduit au tribunal par le district, le 31 mai 1794, pour le même fait, et extrait de la prison de Dijon, quelques jours après, fut con«damné à mort comme convaincu d'avoir entretenu des liaisons avec les émigrés et (Tavoir émigré lui-même en 4791 et en 1793, c'est-ànlire i une époque où l'émigration n'était pas même un simple déUt. Ce fut la dernière victime politique que le département du Doubs fournit à Téchafaud de Paris Le nouveau tribunal subsista obscurément jusqu'au 31 mai 4795; ce fut seulement à cette époque que la Convention, trop fidèle à ses instincts et à son goût pour les institutions des* iques, consentit à rétablir le cours ordinaire de la justice. <CV1I* La longue suite de victimes dont les noms rempli&t les pages qui précèdent, n'étaient pas, dans le département Doubs, les seules destinées par la malveillance à l'échafaud Paris; et, sans la chute inattendue de Robespierre, beaU"

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coup d'autres personnes, déjà expédiées au tribunal révolutionnaire, ou prêtes à y être envoyées, auraient encore ajouté de nouveaux flots à tant de sang déjà répandu. Le district de Besançon, surtout, tenait encore en réserve un nombreux contingent de victimes. Ses administrateurs, pour qui tout était devenu crime de lèse-nation, avaient déjà trouvé le moyen de lasser l'appétit sanguinaire, non-seulement de Dumas et de ses assesseurs , mais de Fouquier- Tinville lui-même ; et plusieurs fois l'insatiable pourvoyeur de la guillotine avait repoussé, par un refus positif ou par son silence, une proie qui ne lui semblait pas arriver à propos. C'est ainsi que le district ayant fait incarcérer et traduire au tribunal, le 3 avril , un pauvre huissier nommé Collet, parce que, dans un acte de sa profession, -il avait, par mégarde, signiflé un commandement, de par le roi^ suivant l'ancienne formule, le parquet révolutionnaire de Paris, au lieu de voir comme le district, dans cet incident^ un attentat contre la souveraineté du peuple , n'y vit qu'une erreur de plume évidemment innocente , et Tindigne accusation du district n'eut aucune suite.

Le 28 mai, ce district traduisit encore au tribunal M. Cl Lombard, directeur de messageries nationales à Besançon, pour deux crimes qu'il proclama dignes de mort. Il s'agissait de propos tendants à avilir la représentation nationale [on qualifiait ainsi la moindre critique des actes ou des défauts des proconsuls) , et, ce qui n'était guère moins grave, d'autres propos tendants à jeter de la défaveur sur la municipalité de Besançon. Le jugement de M. Lombard se trouva heureusement retardé^ et il fut acquitté le 30 septembre par les successeurs de Dumas et de Coffinhal.

Le ii juin, le même district étant occupé à faire l'inventaire et la saisie du mobiUer des deux chanoines Desbiez^ déportés, déclara MM. Desbiez de Saint-Juan, ex-commandant du fort Saint- André à Salins, Henriet et Grandvaux, prévenus d'avoir détourné quelques effets au préjudice de la république. Les deux derniers furent incarcérés et traduits au tribunal criminel du Doubs. Quant au commandant Desbiez, détenu depuis longtemps à Dijon en quaUté de suspect,

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