‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 38 sur 67 · LES HABITANTS DU DOCBS AU TRIBUNAL BÉVOL. DE PARIS · texte numérisé non relu

LES HABITANTS DU DOCBS AU TRIBUNAL BÉVOL. DE PARIS

même par le nombre de soldats supplémeQtaires qu'ils trouveraient convenable. Cette troupe armée envahit, au milieu de la nuit, la maison de M. Mouchet en brisant les fenêtres ; le propriétaire fut arraché de son Ut et traîné nu dans la cour ; il ne put obtenir ses vêtements qu'après qu'on les eut soigneusement fouillés et débarrassés de tout ce qu'ils pouvaient contenir de précieux. Odon, brandissant son sabre, s'écriait : Il nous faut tuer tous ces mâtins-là f Enûn^ après les perquisitions les plus dévastatrices dans toute la maison, M. Mouchet, chargé de chaînes, fut emmené à Baume. On avait compté trouver dans ses papiers quelques pièces assez compromettantes pour l'envoyer à l'échafaud ; mais les espérances des perquisiteurs furent déçues. La moisson fut très peu abondante, et l'un des écrits les plus incendiaires qu'on put saisir, était un traité sur les cinq principes de foi qui sont attaqués par la constitution civile du clergé. Or, depuis plus de huit mois, cette misérable constitution janséniste avait été abolie par la Convention; ses adhérents trop fidèles étaient déjà persécutés avec un acharnement qui ne les distinguait plus guère des catholiques orthodoxes. Mais, tout en accablant eux-mêmes de leurs sarcasmes, de leurs blasphèmes et de leurs chaînes l'église constitutionnelle, les jacobins ne permirent jamais qu'on l'attaquât au nom d'une foi plus pure; et jusqu'à la fin de la Révolution, ils ne cessèrent jamais de poursuivre comme incendiaires les écrits qui dévoilaient dans ce vain simulacre de culte national les premières batteries souterraines de rimpiété. Le district de Baume décida donc, le 4 août, que M. Mouchet, possesseur d'un si coupable écrit, serait expédié au tribunal révolutionnaire de Paris. Mais le 4 août était le 17 thermidor; la tête de Robespierre était tombée depuis huit jours, la guillotine était usée; et le 31 octobre, M. Mouchet fut acquitté par lés juges thermidoriens.

Deux autres accusés du même district ne furent pas moins heureux. Le 29 mai, l'agent national Bruleport appela toute l'attention du district sur une série de lettres qu'il venait de trouver dans les papiers de son prédécesseur Besançon, destitué par Bernard. Ces lettres provenaient d'une saisie opé-

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rée, lors des visites domiciliaires, chez Jac -Et. Magnin, de Yellerot. Elles étaient écrites de la main de son fils, élève en théologie, réfugié en Suisse, et avaient été, par mesure de prudence, adressées au citoyen Bougeot, avoué à Baume, qui les avait fait parvenir successivement à leur véritable destination. Cette correspondance était telle qu'on devait l'attendre d'un très jeune homme, étranger à la politique, et dont le cœur était partagé entre Dieu et ses parents. Ainsi, le 3 novembre 4791, il annonce son arrivée à Soleure; le 25 avril 1792, il demande des secours à son père, en l'engageant fortement à venir le voir ; le 3 juillet, il s'inquiète comment s'est accompli le retour d'un voyage qui a été si heureux pour lui, mais si fatigant pour son père; et après avoir dépeint les pasteurs déjà exilés pleurant sur le sort de leurs troupeaux , il presse le curé de sa paroisse natale de prévenir aussi par la fuite et l'exil les violences qui menacent tous les prêtres. Le 6 août, nouvelle et troisième demande de secours, avec l'expression du plus vif désir de revoir sa mère. Le 19 septembre, le fils, dont les voeux viennent d'être satisfaits, témoigne combien la séparation a été cruelle, et combien il craint pour le retom* de sa mère, ne sachant s'il a pu s'effectuer sans accident. Le 6 octobre 1792, nouvelle allusion au bonheur qu'il a eu d'embrasser ses parents. 11 annonce en même temps l'arrivée en Suisse d'une multitude de prêtres proscrits, 7nais remplis (f espérance.

Ces pièces trahissaient d'une manière malheureusement trop évidente les deux visites que les époux Magnin avaient faites à leur fils en Suisse dans le cours de 1792. Bien que ces courtes excursions fussent antérieures aux lois de sang portées contre les émigrés, le district n'en proclama pas moins M. et M°* Magnin prévenus d'émigration, les fit incarcérer à Baume, ainsi que M. Bougeot, déclaré leur comphce ; et, pour mieux assurer la vengeance nationale contre les prévenus, il transmit les pièces du procès à Fouquier-Tinville. Celui-ci répondit, le 17 juillet, par un mandat d'arrêt contre M. et M"'' Magnin. Mais il était trop tard ; le terrible accusateur pubUc avait changé de rôle avant que les deux

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victimes fussent arrivées à Paris, et ce fut lui qui monta sur réchafaud qu'il leur destinait.

Une famille entière, celle des Lanchy,de Villerschief, poursuivie comme complice de Tabbé Augustin Roch, et dont les épreuves seront rapportées plus loin, avait été aussi traduite au tribunal de Paris, dans les derniers jours du règne de Robespierre. Ses cinq membres furent tous acquittés par les juges thermidoriens, le t8 novembre 1794.

XX. Le district de Pontarlier, dans ses chasses sanguinaires contre les prétendus ennemis de la Révolution, rencontra d'autres échecs que ceux que lui imposa la justice trop rare du tribunal révolutionnaire. Ainsi, le 3 juin, il envoya à Fouquier-Tinville une procédure contre M. Denis-Melchior LoDchampt, de Courvières, prévenu d'incivisme et de propos contre-révolutionnaires ; mais il eut le regi*et de ne pouvoir envoyer en même temps le coupable, qui avait sagement et heureusement pris la fuite.

Le 22 juillet, Rambour écrivit à Parrod : « Je t'adresse plusieurs pièces relatives à J.-Et. Barthelet, prévenu d'intelligences criminelles avec les émigrés et autres ennemis de la Révolution. C'est le citoyen Quirot qui m'en a fait la remise. Je te les renvoie afin que tu engages l'administration à les adresser au citoyen Fouquier, qui décernera contre Barthelet un mandat d'arrêt pour le traduire à Paris. Pour faciliter le travail de Fouquier, il serait à désirer qu'on joignit aux pièces un procès-verbal de déclaration de témoins qui caractériseraient le délit. Une faut pas négliger les moyens qui peuvent .servir à la conviction des juges.» Trois jours après, sans attendre que le délit fût caractérisé, le district lança un mandat d'arrêt contre l'inculpé ; mais celui-ci en fut quitte pour la peur. C'était déjà beaucoup trop , et Ton ne peut plus comprendre aujourd'hui de quelles angoisses étaient '-^'^ines ces existences toujours menacées du dernier supplice.

jsJeurs leur préférèrent une mort prompte et allèrent

BC bonheur au devant de Téchafaud.

)ans le courant de juillet, le district de Pontarlier expé- ( encore à Paris, sur la demande de Fouquier-Tinville, deux 1 litants de Levier, Jos.-Ant. Minary, officier municipal, et

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M"' Geneviève Maire, accusés de s'être opposés violemment à la destruction d'une croix de mission. Les deux prévenus arrivèrent heureusement après les grands carnages, et furent complètement acquittés, le 12 novembre, par le tribunal régénéré.

XXI. MM. Pourcelot et Emonin avaient amassé trop de haines sur leurs tètes en soutenant longtemps la cause de la justice et de la modération dans le district de Saint-Hippolyte, pour n'être pas exposés aux plus grands dangers, au milieu du triomphe des terroristes. On ne se contenta pas de les incarcérer comme suspects; un procès-verbal d'informations malveillantes, dressé par leur ennemi Guedot, fut envoyé par le département à Fouquier-Tinville. Mais l'accusatear publiCj accablé de besogne, ne pouvait suffire à réclamer toutes les têtes qui lui étaient offertes de mille côtés à la fois. 11 fit donc un peu attendre sa réponse aux administrateurs du Doubs, qui s'impatientèrent de ne pouvoir lui expédier ses victimes assez vite, et lui écrivirent, le 13 juillet, pour lui rappeler qu'un rapport lui avait été adressé contre Marcel Pourcelot, Phil. Pourcelot, Phil.-Jos. Emonin et Prosper- Théodore Emonin, et qu'il n'y avait encore donné aucune suite.

Fouquier ne se fit pas avertir deux fois; et, quelques jours après, les quatre honnêtes patriotes étaient conduits de brigade en brigade à la Conciergerie de Paris. Cependant ils n'avaient épargné aucune démarche pour disputer leurs tètes à réchafaud. Ils avaient cherché et trouvé des appuis jusque dans le camp des terroristes ; et, quelques jours avant leur translation à Paris, le comité révolutionnaire de Besancon lui-même avait mis en question leur élargissement. Mais Timpitoyable Rambour s'était empressé de lui écrire de n'en rien faire, attendu que le tribunal était déjà saisi de l'accusation, et que le délit reproché aux prévenus était trop grave pour permettre une pareille mesure.

MM. Pourcelot et Emonin trouvèrent heureusement auprès des Sociétés populaires de Montbéliard, de Maiche, de Damprichard et du Russey, un concours qu'aucune main malveillante ne put paralyser; et le 12 août, sur le témoignage

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favorable de ces quatre clubs, le comité de sûreté générale de la Ck)QveDtioa, sans attendre la décision du tribunal révolutionnaire ou de son parquet, arrêtât que les quatre prisonniers de la Conciergerie seraient mis en liberté et même réintégrés dans leurs fonctions.

Cette décision jeta les terroristes du district de Saint -Hippolyte dans une véritable fureur.

Le 7 octobre, le district arrêta que les deux frères Emonin ;}eraient dénoncés de nouveau au comité révolutionnaire du district, comme des intrigants et des factieux, gui avaient cherché à semer la discorde entre les Sociétés populaires du département, en représentant celles de Besançon et de Saint- Hippolyte comme composées d'êtres factieux et immoraux. Il envoya également au comité une nouvelle dénonciation de Crétin contre MM. Emonin et Pourcelot. Cette dernière n'était qu'une seconde édition de celle qui avait déjà provoqué l'envoi de MM. Emonin et Pourcelot au tribunal révolutionnaire. Le comité n'en décida pas moins, le 24 octobre, qu'elle serait renvoyée au Comité de sûreté générale, qui venait d'élargir les quatre accusés ; qu'une nouvelle enquête serait ouverte contre eux, et qu'il en serait référé , en outre, au nouveau proconsul.

Au mois d'avril 1794, le marquis de Maiche était incarcéré depuis longtemps à Dijon en qualité de suspect, et la marquise s'était retirée à Besançon, pour y être moins en vue ; mais la haine des jacobins de Maîche ne les oubliait pas. Le 30 mars, Ducreux, agent national de cette commune, écrivit au district : «Guyot, ci-devant de Maîche, a dans nos contrées plusieurs fermiers qui lui doivent des sommes considérables. Comme ledit Guyot est suspect, et que les scellés sont apposés chez lui, ne serait-il pas à propos de défendre à ses fermiers de le payer? » Mais c'était trop peu, pour le triomphe de ces bourgeois envieux, de voir cette noble fa- Ue réduite à la misère et à la prison. Déjà le plus jeune 5 deux frères, le chevalier de Blanchefontaine, avait été ustement traduit au tribunal criminel sous le poids d'une msation capitale; par amour pour l'égalité sans doute, on voulut pas que l'aîné fût mieux traité ; et, bien que l'éloi-

gnenienl et la détention Veussent mis depuis longtemps dans l'impossibilité de fournir aux jacobins de Maîchede nouveaui griefs contre lui, its finirent par trouver le moyen de l'envoyer au tribunal révolutionnaire. Traitant déjà en biens conquis ses propriétés, ils avaient placé une garnison de volontaires dans une partie de son château et avaient mis les scellés sur le reste. M. et M°" de Maîche avaient eu, en partant, l'imprudence de laisser toute leurcon*espondance des premières années de la Révolution dans un coffre assez mal caché sous un escalier, dans une des chambres du château. Il est vrai qu'à l'époque de leur départ, le crime de conspiration contre-révolutionnaire n'avait pas encore reçu la terrible et absurde extension qu'on lui donna depuis. Toutefois, lorsque M"* de Maîche vit que la simple possession d'une lettre ou d'une brochure où l'on s'était permis de critiquer un point quelconque de la Révolution, était devenue suffisante pour entraîner la peine de mort, il est à présumer que le souvenir d'une correspondance laissée derrière elle lui revint à l'esprit et lui causa de vives alarmes. Elle prit même, selon toute apparence, le parti d'envoyer de Besançon à Maîche une personne sûre, pour faire disparaître ces malencontreux papiers. En effet, une jeune fille aussi intelligente que courageuse, nommée M"* Thiébaud, arriva à Maîche le H avril, et, s'étant présentée aussitôt devant les officiers municipaux, elle leur déclara qu'elle était envoyée de la part de l'épouse de Guyot aîné, pour les prier de vouloir bien faire cultiver les terres de ce dernier, qui restaient en friche. Elle demanda en même temps l'autorisation de prendre son gîte au château, jusqu'à sou départ, à raison de la difficulté de trouver place ailleurs. Mais elle eut beaucoup de peine à obtenir une chambre, et on ne lui en laissa nullement le choix, comme elle l'avait espéré. Dans une pensée de défiance ou de méchanceté, ou plutôt pour ne pas déranger les scellés qui avaient mis en interdit la plus grande partie du château, on assigna pour demeure à M"* Thiébaud une pièce à laquelle on n'avait point laissé d'autre issue que la chambre du commandant des volontaires. La jeune fille se montra fortement offensée de ce manque de respect et de convenance, et pria

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