LES HABITANTS DU DOUBS AU TRIBUNAL RÉTOL. DB PARIS
d'abord ce commanclaut, puis Thuissier Gauthier, membre de la municipalité, de faire lever les scellés sur une chambre inoccupée et un escalier qui mettaient sa propre chambre en communication directe avec Textérieur. Soit que cette demande, réitérée avec beaucoup d'insistance, donnât réveil aux autorités, soit qu'elles fussent appelées en ce moment à faire l'inventaire des efiets laissés par M. de Maîche et séquestrés comme biens de suspects, toujours est-il que, le 17 avril, trois gardes nationaux de Maîche se présentèrent au district de Saint-Hippolyte, lui amenant M'*' Thiébaud prisonnière et apportant deux procès- verbaux dressés l'avant-veilie et la veille par les municipaux et le juge de paix, pour constater la découverte de plusieurs lettres et écrits contre-révolutionnaires au château de Maîche. Ces gardes étaient également porteurs du coffret qui renfermait les papiers incriminés. Le district eu fit immédiatement la reconnaissance, et, d'après le compte rendu de son greffier, ii trouva « onze lettres venant d'Emonin-Saucier, marchand (d'épicerie en gros) â Besançon, à l'adresse de Guyot ou de son épouse, et don tle contenu annonçait des projets de contrerévolution, onze autres lettres provenant de l'abbé Darceot, de Montandon, émigré, soixante-neuf lettres écrites par différents particuliers, et enfin huit lettres adressées à l'épouse de Guyot par Renaud, des Fontenelles. »
La découverte de ces vieilles lettres avait été montée par les municipaux de Maiche à la hauteur d'un événement. Ils s'étaient empressés d'écrire au district, le 46 avril : « Nous vous prévenons qu'en vertu de la découverte que nous venons de Caire de lettres, papiers, etc., dans la maison de Guyot, il serait très à propos de faire arrêter sa femme à Besançon, crainte qu'elle ne s'évade, si elle apprend cette découverte, qui ne lui fera pas trop honneur. En conséquence, nous vous chargeons d'envoyer incontinent une estafette à esançon pour la faire provisoirement resserrer et la surveilr. » Le même jour, le juge de paix Parent, Cl. -F. Ducreux Faivre-Bouhélier, au nom de la même niunicipalité, écrirent une seconde lettre au district pour obtenir l'autorisam de lever les scellés sur toutes les parties du château.
446 CHAPITRE LYII.
afin d'y faire partout de nouvelles perquisitions. Le district renvoya par le courrier l'autorisation demandée, et le 48 avril Florentin Parent, assisté de Jos.-Damien Jacquot et J.-B. Perriot- Comte, officiers municipaux, et de Cl.-F. Ducreux et J.-B. Bouhélier, duGrandvaux, membrp du comité révolutionnaire, se livra aux recherches les plus minutieuses dans tous les recoins du château, sans pouvoir découvrir autre chose que quelques ornements d'église, quelques vieilles munitions de chasse et une brochure satirique de i 794 attribuée à l'avocat Fenouillot et intitulée La table (T hôte de Provins ou la croisée des diligences.
Pendant ce temps-là, le district procédait à l'interrogatoire de la prisonnière amenée par les gardes nationaux deMaîche. Elle déclara s'appeler Marie-Antoinette Thiébaud, de Baume» être âgée de vingt-deux ans, demeurer actuellement à Ferrières, dans le canton de TEgalité-sur-le-Doubs (Saint-Vit), et y vivre de ses rentes. Le dialogue suivant s'étaWit ensuite entre elle et le président, dialogue terrible, à chaque mot duquel le sort de plusieurs têtes se trouvait attaché.
Q. Je te requiers de déclarer dans quelles intentions tu as fait de nombreux voyages à Maiche, pour te rendre dans la maison de Guyot, et à quel dessein tu t'y trouvais encore le jour où Ton a découvert une quantité considérable de lettres et de papiers suspects dans un endroit isolé de la maison?
R. Il y avait trois ans que je n'étais venue à Maiche, jusqu'au jour où je m'y suis rendue, sur l'invitation de l'épouse de Guyot, pour une commission à faire à la municipalité.
Q. N'es-tu pas en correspondance avec Guyot lui-même?
R. Jamais je ne lui ai adressé une seule lettre.
Q. N'as-tu pas sollicité le citoyen Mignot, commandant des volontaires, à lever ou faire lever les scellés apposés sur la porte d'une chambre, pour être à même d'enlever une boîte qui était sous l'escalier, et où se trouvaient des papiers qui pouvaient nuire à Guyot?
R. Non.
Q. N'as-tu pas mandé un membre de la municipalité pour le prier de lever les scellés apposés sur la porte de cette chambre où étaient les papiers?