‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 6 sur 67 · LES SOSPBGTS DO DISTRICT DE SAINT-HIPPOLYTB · texte numérisé non relu

LES SOSPBGTS DO DISTRICT DE SAINT-HIPPOLYTB

mis à la tète de leur comité , ce que Mairot avait accepté comme ane sorte de rébabilitation et, en cas de besoin^ comme im refuge contre les traits de ses ennemis. Cette tactique lui léussit assez longtemps ; mais le 18 juillet 4794, Lejeune ^ excité contre lui, ordonna son arrestation. Les clubs de Maiehe, du Russey et de Lubier supplièrent en vain le district de réclamer son élargissement. Il prouva en vain lui-même que, loin d'avoir appartenu au parti des Pourcelot, il les avait dénoncés aux représentants Micbaud et Siblot lors de leur passage à Saint-Hippolyte , et une seconde fois an mois de jolllet 1793. En vain sa femme sollicita en sa faveur le bénéfice de la loi qui mettait en liberté les cultivateurs suspects : tout fut inutile. Cependant, le 3 août, Lejeune se décida à commuer en simple internement la détention dé cet apôtre, ^ mal récompensé, de la Révolution.

A Mont-de^Vougney oomine aux Bréseux , les catholiques forent internés dans la commune, mais ce ne fut pas par le fait du comité local. Le 7 mars 179i, C.-Théodore Jeandemaicbe, agent national , écrivait au district : « Ayant reconnu que les fanatiques et suspects s'émancipaient au point de voyager dans les communes voisines, j'ai réuni le conseil général de la commune, qui a décidé qu'aucun fanatique ni suspect ne pourrait se transporter hors du territoire sans un laissez-passer délivré par la municipalité , sous peine d'être ptmi comme rebelle. »

Le comité de Damprîchard avait été formé au sein d'un club redoutable ; mais, édaiié peuirètre par les tristes cooaéqnences des attentats de ce club ,, dont le principal fruit ayait été l'émigration en masse d'une partie des populations voisines, il se montra plus modéré qu'il n'était permis de Fespérer. Le seul de ses actes dont le souvenir se soit conservé est un acte de bienveillante justice. Le 6 juillet 1794, le représentant Lejeune, cédant à des instigations occultes^ avait ordonné l'incarcération de deux habitants de Damprièbard, P.*6. Roycomte, pauvre cultivateur, accusé de propos inciviques, et chargé de sept enfants, dont l'alné combattait sous les drapeaux républicains, et P.-Ign. Pequignot, ancien adnnnistrateur du district, accusé « d'entretenir des

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intelligences avec les émigrés et de gangrener tout le canton par ses sentiments inciviques. » Tous les deux avaient été transférés dans la maison d'arrêt de Besançon. Le 14 juillet, le comité de Damprichard et même la Société montagnarde déclarèrent de concert qu'ils n'avaient reconnu aucun incivisme dans ces deux citoyens et demandèrent qu'ils fussent mis en liberté comme cultivateurs et bons patriotes calomniés. Cette réclamation demeura plus de deux mois sans résultat. Le 8 octobre 1794, Blondeau l'aîné, à qui ses propres épreuves n'avaientpas appris la pitié, et qui, selon toute apparence, avait été lui-même l'instigateur de l'emprisonnement de M. Pequignot, son ancien compétiteur, écrivait à Violand, alors agent national du district de Saint- Hippolyte : « J'apprends avec surprise que tout se dispose pour la mise en liberté de Pequignot. Je vais te donner quelques renseignements qui te prouveront qu'il est indigne de la liberté. 11 a commencé par porter la soutane, qu'il a quittée pour être clerc de procureur. Avec de l'intrigue et du talent, il est parvenu à se faire nommer administrateur du district, à la première organisation. Pendant qu'il était administrateur, il fit une dénonciation capitale contre un patriote dans la Société populaire de Damprichard. Dans l'assemblée primaire pour la réélection des juges de paix, il y eut une scission entre les patriotes et les aristocrates. Pequignot vota avec ceux-ci, fut élu par eux à l'unanimité, et cette élection fut cassée par le département. Lorsque les assemblées primaires furent convoquées à l'acceptation de la constitution, il fut vérifié quQ cent six malheureux la refusèrent (à Maîche) et que tous donnèrent leurs voix à Pequignot. Pour finir son portrait, j'affirme que lorsque les contre-révolutionnaires se rassemblèrent dans les montagnes et que les patriotes coururent aux armes, à quatre heures du matin, pour combattre les rebelles, Pequignot ne parut pas à son bataillon, et ne s'y fit voir que le lendemain , lorsqu'il fut bien assuré que les aristocrates et les fanatiques avaient été anéantis. Pequignot est un homme faux, adroit et instruit. Il est d'autant plus dangereux sur la frontière qu*il jouit d'une fortune très considérable. Si son élargissement est

ordonné par le comité de sûreté générale, tu ne pourras faire aacun usage de ce mémoire; mais si le district ou le comité du district peuvent avoir, de l'influence sur sa mise en liberté, tu pourras en faire usage sans craindre de me compromettre. Le républiquain ne craint rien. »

Dans un grand nombre de communes du canton de Maiche» l'excellent esprit de la population rendit impossible la formation des comités locaux. On ne pouvait pas même y trouver assez de prétendus patriotes pour composer les municipalités. Le 2 mars 1794, la Société montagnarde de Maiehe écrivit au district : <( Nous venons d'apprendre avec dooleur que dimanche dernier on a élu pour maire de la commune de Cernay, le nommé J.-Gl. Sandoz, honmie suspect, et qui n'a pas accepté Tacte constitutionnel. La Société vons le dénonce et demande que vous nommiez un commissaire pour le remplacer, ainsi que les autres membres de lamunicipalité qui paraissent suspects. — Parent, président. » Le district répondit au club en Tinvitant à désigner luimême de bons citoyens pour remplacer les municipaux élus, et, à défaut de patriotes, la commune dans laquelle il conviendrait de fondre celle de Cernay.

Jacquot, agent national à Friolais, écrivait, de son côté, le 31 mars, uque le maire de cette commune était un prévaricateoT, et les autres membres de la municipalité des insouciants et des lâches, remplis de respect humain. )>

Noble contrée, où les catholiques, décimés par Téchafaud, la prison et l'exil, ne cessaient de se montrer fidèles et commandaient le respect public par leur fermeté autant que la pitié par leurs souffrances.

Vl. Le comité central du Russey, formé par Tournier, pour ainsi dire sur le champ de bataille même où venait de se consommer la défaite de l'insurrection catholique , se montra à la hauteur de sa position, et dans un seul canton ne trouva pas moins de trois cent vingt-huit victimes à punir. Quatre-vingt-sept personnes furent condamnées à la détention dans le couvent de la Seigne de Morteau, cent trente-cinq furent mises en réclusion chez elles, quatrevingt-dix-sept furent consignées dans leurs communes, et

neuf placées sous la surveillance spéciale de leurs municipa- Ktés (1). Le comité dispensa les reclus à domicile de Todieuse et ridicule vexation d'une garde personnelle, et la remplaça, pour plusieurs, par l'obligation de nourrir un ou deux indigents, ce qui n'avait rien que de conforme aux goûts et aux habitudes de ces honnêtes criminels. Au délit banal de fanatisme, un grand nombre joignaient celui d'être parents de prêtres déportés ou même d'émigrés véritables, que les derniers troubles avaient déterminés à chercher en Suisse, au prix de leur fortune , la liberté et la paix. Telle était l'ardeur de la foi religieuse dans cette contrée, tel était le zèle vraiment apostolique qu'elle inspirait à d'humbles laïques, à de pauvres paysans, pour suppléer au sacerdoce anéanti et pour entretenir le feu sacré dans les âmes, que parmi les suspects condamnés par le comité, on en trouve plus de trente qui sont spécialement désignés à l'animadversion des sans-culotteSy comme fanatisants^ prédicateurs du fanatisme, rassemblant dans leurs maisons les fanatiques pour les prêcher et entraînant même un grand nom.hre de personnes dans leur parti. De ce nombre étaient J.-F. Jeandemaiche, à Bonnetage, Hyacinthe Petit, à la Chenalotte, F.-X. Boillon et Ign.- Boillon, à Laval, et Cl.-Ant. BuUiard, au Russey. Mais ce furent surtout les femmes qui trouvèrent dans leur cœiur les forces et le dévouement nécessaires pour ce glorieux aposto^ lat. Toute âme attachée à Dieu et au salut de ses semblables doit bénir les noms à jamais glorieux de Gl.-Agnès Roy, du Barboux, de J"**-Gath. Epenoy, Généreuse Lambert, Mari&* Agnès Gaume, J^'-Etiennette Gaume et Gabrielle Chopard, du Bélieu ; de Marie- Anne Fusier et J"'-Ant. Guy, du Bizot ; de J*"*-Agnès Lessus, Geneviève Cuenin et J*'*-B. Tanguel, deBonnétage ; d' Anne- Victoire Ligier, de la Bosse; de Dorothée Chopard, de la Grand'Combe-des-Bois ; de Marie- Gabrielle Grosperrin et J"'- Florentine Poyard, de Mémont; de Cl.-Agnès Filsjean, de Mont-de-Laval ; d'Ëléonore Epenoy, de Narbief; de Marie-Anne Gaume, de Noël-Cerneux;

(1) Voir, à la fin du volume, le document no XXV, Tableau des suspects du canton du Russey.

IKS SnSPBCTS DU DISTRICT DE SAINT-HIPPOLTTB. 191

4e Mélanie Parrenin, J'^^'-Ant^Géiiéreuse Monnot^ Maiis- Anne Parrenin, femme Caille, Marie-Tbér. Renand Lallemand , Jeanne-Agnès Cuenin-Parrod et Marie-Angélicpie Caille, dn RosBejr.

Animées du même feu et du même eourage, quelquesunes de leurs compagaes ne prenaient pas toiyours pour guide la prudence et la raison. €'est ainsi qu'on voit la vaitlame Angélique Perrot , de Noêl-Cerneux , eondamnée pour avoir déchiré avec mépris les décrets de la Convention, et J^'-B*» Pater, journalière au Plaimbois, pour avoir menacé son mari de l'empoisonna s'il votait ea faveur de la constiliitioiL.

Outre tant de pieux zélateurs nommés plus haut, J.-B. Bonnet, de Narbief, Marie-Agnès Pierre, du Barboux, et les Meurs Frézard, de la Grand'Comhe-des-Bois, étaient signalés comme des correspondants habituels des prêtres déportés, Angélique Guyot, de Mont-de-Laval, comme leur messagère, et Anne-F** Mottet, du même village, combe leur protectrice notoire.

Indépendamment des délits ordinaires imputés aux cathotiques Odèles, on en créa un particulier pour les suspects de cette contrée ; voici à quelle occasion. Après la définie de l'insurrection de septembre, les prêtres intrus et leurs partisans imaginèrent, dans quelques communes , de célébrer leur triomphe par une sorte d'amnistie et d'embrassement général. On dit aux catholiques : « Vous voilà vaincus sans retour, écrasés sans espoir ; eh bien I nous vous ouvrons nos bras, nous vous pardonnons tout, nous oublions tout, nous vous rendons tous vos droits de citoyens; ne formons plus désormais qu'une seule famille patriote et religieuse, et qu'une cérémonie fraternelle consacre notre réconciliation. C'est un acte de bien grande générosité de notre part, et pour le repousser, il faudrait vraiment que vous fussiez aussi méchants et dénaturés que nous sommes bons et magnanimes. » Au fond, c*était toujours l'apostasie qu'on demandait aux catholiques ; ils aperçurent aisément le piège sous les fleurs dont on le couvrait, et ils se gardèrent bien d'y tomber. Les uns refusèrent absolument

i*Si CHAPITRE un.

tout concours à cette prétendue fête de la Réunion, le» autres déclarèrent qu'ils adhéraient très volontiers à Tunioa politique, mais en réservant leurs opinions religieuses. Les refus des uns et les réserves des autres leur furent également imputés comme des crimes, et servirent à motiver les rigueurs exercées contre une vingtaine d'habitants du Bizot, de Bonnétage, de la Bosse , des Fontenelles et de Mont-de-Laval.

Les prisonniers du canton du Russey , quoique transportés fort loin de leurs demeures, furent obligés, aussi bien que les autres, de pourvoir à leur nourriture de chaque jour. Comme plusieurs étaient pauvres et sans parents ou amis à même de leur procurer le nécessaire, ils eurent beaucoup à souffrir, et )e comité de Morteau fut plus d'une fois importuné de leurs plaintes. Le 21 décembre 1793, J.-C Vaufrey, maire de Mont-de-Laval, répondait à ce comité : ((Nous sommes surpris que notre prisonnière sur la Seigne (Dorothée Billod, selon toute probabihté) manque de subsistance. ïlUe avait été consignée chez elle pour avoir soulevé différents individus de la commune contre la constitution^ en disant que les prêtres insermentés n'avaient point de pouvoirs, que ceux qui assistaient à la messe faisaient trois péchés mortels, et plusieurs autres bêtises qu'elle débitait. Elle fut consignée pour six mois. Les fanatiques se rassemblaient chez elle; c'était là qu'il fallait venir pour savoir si les prêtres déportés étaient aux Brenets, au Locle ou à la Chaux-de-Fond ; de sorte que le comité central du Russey la fit incarcérer sur la Seigne. Nous en avons encore sept ou huit qui ne seraient pas bien pleurées si elles étaient auprès d'elle. Je ne suis pas surpris que cette créature vous ennuie beaucoup ; mais nous aimerions mieux voir un loup enragé dans notre commune que de la voir rentrer. »

Dans les derniers jours de son existence, le comité central du Russey se fit honneur en suivant fidèlement les inspirations modératrices de Bassal. Le U frimaire ou le 11 nivôse, c'est-à-dire le V ou le 3i décembre 1793, il réduisit d'un ou même de plusieurs degrés, en faveur de la plupart des suspects, les peines qu'il avait prononcées

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contre eux. Neuf ou dix avaient profité du voisinage de la frontière pour se soustraire à la persécution, de sorte qu'au moment où le comité central se dispersa, il ne restait plus en prison sur la Seigne de Morteau, comme on Ta déjà vu^ qu'un très petit nombre de suspects du Russey.

Le dub du Russey, au sein duquel se forma le comité central, avait déjà essayé ses forces, quelques mois auparavant, contre plusieurs suspects du canton. 11 avait dénoncé au district P.-B. Nappey, Marie-Angélique Guenot, Thér» Simonot, femme Verdot, tous du Bizot, et Anne-Marie Jacqoot, femme deF.-X. Catin,de la Bosse, u comme suspects, non-seulement par leur fanatisme outré, mais encore par leurs discours, leurs démarches inciviques et même par leurs chansons; » et le U août 1793^ le district avait chargé son comité de salut public « de provoquer des informations judiciaires contre des prévaricateurs aussi coupables. »

Le comité local qui succéda à celui de Tournier, dans la commune du Russey, fit preuve de modération et se borna à maintenir les condamnations mitigées par son prédécesseur. Il resta même étranger aux mesures prises, au mois de mars, contre J.-Ign. Perrot, du Russey^ surpris par les volontaires conversant avec les exilés , d'une rive à l'autre du Doubs. D'abord mis en prison, M. Perrot fut condamné à une simple amende de trois livres par la municipalité, qui fut vivement blâmée par le district pour cet excès d'indulgence.

Le 14 juillet 1794, G. Pagnot, président du comité du Russey, écrivit au district qu'il venait de faire arrêter Marie- Anne Joly, recluse chez elle par un arrêté du comité central renouvelé par le comité local. Gette suspecte audacieuse s'était permis de violer sa consigne, a Gomme nous en avons un certain nombre de cette trempe dans le canton, "Mutait le président, il me parait qu'il faudrait un exemple, ite de quoi ce serait les autoriser à transgresser. » Une loi lins sévère ne tarda pas à mettre fin aux souflrances des Itivateurs persécutés ; et le 23 juillet, Hyacinthe Renaud el ^t.-F.-X. Biellemand furent délégués par le comité du ssey^ conformément à cette loi, pour se concerter avec le

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comité de Saint-Hippolyte sur la mise en liberté provisoire des suspects de leur commune. Bien que le nombre de ceux* ei s'élevât à quarante-sept, et qu'ils fussent presque tous attachés à l'agriculture, on remarque avec surprise que les -deux comités réunis ne prononcèrent que cinq libérations -et en ajournèrent une sixième, après discussion ; sans qu'on puisse savoir si les autres condamnés avaient été déjà gra«ciés ou s'ils étaient réduits à attendre encore la même justice.

Le club de Luhier, voyant avec dépit que plusieurs corn.munes voisines avaient élu des comités révolutionnaires tout à fait indignes de ce titre et plus disposés à favoriser les suspects qu'à les réprimer, adressa, le I i mars, la pétition suivante au district, parla plume de l'abbé Vemerey, ce jeune prêtre constitutionnel que la suppression des vicaires épiscopaux venait de faire descendre du conseil de l'évèqiie du Jura à l'humble desserte de son village natal. « Il y a, dans l'arrondissement qui forme notre société, un bon nombre d'individus dont il faut nécessairement suivre toutes les démarches. Mais les communes où le nombre des suspects est le plus grand sont précisément celles qui ofiirentle moins de surveillance. Nous croyons , en conséquence , qu'il serait i propos d'établir un comité de douze membres pris indifféremment dans les communes du Luhier, Montbéliardot, Lftval, Montrde-Laval et Plaimbois. Nous vous invitons, au nom de la patrie, à nous l'accorder. — J.-C. Vaufrey, présir -dent. Vemerey, secrétaire. »

Bien que cette demande fût en contradiction avec la loi, «lie répondait trop bien aux passions qui se cachaient sons le voile du bien public, pour ne pas être couronnée de succès ; et, sur le rapport favorable de Peugeot, le district ^'empressa d'y adhérer en ces termes : « Les administrateurs du directoire, considérant que dans les circonstances actuelles, les communes signalées par la Société populaire du Luhier exigent une grande surveillance, à raison des traces de fanatisme dont sont entachés plusieurs habitants, ce qui pourrait ôler toute ressource pour élever l'esprit public à la hauteur convenable ; considérant, en outre, que le nombre des patriotes, principalement au Plaimbois et à La-

us SUSPECTS DU DISTRICT DE SAINT-BIPPOLYTB. iS$

Tal, est petit, arrêtent que dans ces communes it sera formé un comité de surveillance composé de douze membres^ pris dans les différentes communes et reconnus depuis 4789 pour bons et probes citoyens. »

Ce comité se constitua le 20 avril 1794, dans une assemblée des cinq municipalités; il élut pour président Maurice Âmoux, du Luhier, et pour secrétaire Alex. Boillon, de liontbéliardot (i). Cette nouvelle machine de guerre demeura plus inoffensive qu'on n'aurait lieu de le supposer. Le A mai, on amena devant le comité P.-B. Jolyot, de Montde-Laval, accusé d*avoir dit^ en présence de quatre témoins, que les émigrés viendraient faire la prochaine moisson, dans la république. Sur Faveu qu'il fit de ce propos, il fut traduit devant le juge de paix, qui se borna aie renvoyer au comité. Celui-ci, usant d'indulgence euvers l'inculpé, l'autorisa à retourner dans sa maison . Mais ayant cru devoir faire part de cette mesure au district, il en reçutaussitdt l'ordre d'expédier l'imprudent parleur dans la maison d'arrêt de Saint-Hippolyte.

On a vo que les peines prononcées contre la plupart des catholiques avaient été réduites à une simple consignation dans leurs communes ; les municipalités, bienveillantes ou complices, finirent même par leur accorder la permission de vaquer à leurs affaires au dehors. Mais le comité jugea que c'était accorder beaucoup trop de latitude à des suspects, sous ce régime de liberté qui ne permettait pas même aux patriotes de mettre les pieds hors du territoire de leurs communes sans passe-port. En conséquence, il décida le 7 juin qu'il y avait lieu de retirer tout passe-port ou permission de ce genre à quinze fanatiques dont il rappelait avec horreur tous les méfaits : asile donné aux prêtres, aliments tournis aux rebelles, cris en faveur de la religion, chansons injurieuses pour les sans-culottes, notamment celle qui débutait par cette déclaration si nette et si juste :

(1) Les autres membres étaient: P.-Phil. Jolyot, de Monlbéliardot ; Koël-Jos. Yaufrey, Alex. Filsjean, F.-X. Tatu, Hyacinthe Jolyot, Alexis Filijean et P.-F. Arnuux, de Monl-de-Laval ; Cl.-Ant. Darbier, de Laval ; S. Rocher, de Plaimbois-du-Miroir, et Alexis Roy, de Luhier.

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Les patriotes ont pour amis Toute la canaille du pays (i).

Trois jours après, il décida que les municipalités retireraient également tous les passe-ports qu'elles avaient déjà délivrés, au nombre de vingt-huit à Piaimbois, quatorze à Laval^ six à Mont-de-Laval, et trois à Montbéliardot.

La création illégale de ce comité de Luhier n'empêcha pas les comités locaux de subsister concurremment avec lui. Celui de Mont-de-Laval, invité par le district à dresser le tableau des suspects de sa commune, tel que les comités de la Convention le réclamaient, pour procéder au jugement définitif de la multitude des personnes incarcérées, répondit^ le 20 avril 1794: « Citoyens frères, nous sommes beaucoup embarrassés pour remplir le tableau que vous nous avez envoyé. Nous vous prions de nous indiquer les motifs de suspicion à l'égard des personnes suspectes. Nous en avons douze ou quinze qui ont refusé de voter pour la constitution, mais qui ont accepté la réunion, beaucoup qui n'ont fait aucun cas de la fête civique célébrée pour la reprise de Toulon, trois ou quatre qui ont retiré des effets d'émigrés et qui les ont déclarés, d'autres qui ne les ont pas produits, d'autres qui ont retiré des prêtres et les ont même laissés confesser chez eux, d'autres qui se sont déclarés aristocrates tout eu acceptant la constitution, d'autres qui se sont vantés d'avoir passé de l'argent en Suisse, d'autres qui y sont allés eux-mêmes pour se confesser. Nous vous prions de nous dire votre façon de penser à l'égard de tous, afin que nous puissions suivre la loi. »

Le district répondit : « Lors de l'acceptation de l'acte constitutionnel, l'expression du vœu de chaque citoyen était libre, il n'y a donc pas heu de sévir à ce sujet, il en est de même pour la fête commémorative de la reprise de Toulon. Mais nous pensons qu'il convient de les surveiller de près. Quant aux receleurs des effets d'émigrés, c'est vrai-

(i) Voir, à la fin du volume, le document n« XXVI, Tableau des suspects signalés par le comité de Lutiier.

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ment le cas de les livrer aux tribunaux, car, d'après la loi^ ils doivent être punis comme voleurs d'effets publics. Il a été fait déjà à la Société de Luhier une dénonciation à ce sujet. Pour ceux qui ont retiré des prêtres, il faut distinguer : si c'est avant la déportation, il n'y a aucune peiue contre eux; si c'est après, mais avant la loi des S9 et 30 vendémiaire^ il y a six ans de fers, et depuis cette loi, la peine de mort. Quant à ceux qui se sont déclarés aristocrates, il faut savoir de quelle manière ils ont tenu ce propos. Si c'est avec préméditation, non-seulement ils doivent être inscrits sur le tableau, mais encore être mis en arrestation et déclarés hors la loi. Ceux qui ont passé de l'argent en Suisse sont dans un mauvais cas. Il faut s'assurer s'ils l'ont rapporté ; dans le cas contraire, ils doivent être inscrits avec cette mention : A paru avoir procuré des secours pécuniaires aux émigrés, ce qui est puni de mort. Il faudrait savoir combien de temps ceux qui sont allés en Suisse y sont restés ; s'ils n'étaient pas autorisés à y aller, ils doivent être regardés comme émigrés. Quant à la confession, cela ne signifie rien. Courage, braves sans-culottes, soyez justes^ mais sévères, et dans des transports de joie nous devons tous crier : Vive la république I — Maillot. » Quelque temps après, l'auteur de cette lettre fut destitué et emprisonné comme trop modéré.

Lorsque la loi prescrivit l'élargissement des cultivateurs suspects, ce fut le comité de Luhier qui fut appelé à régler, de concert avec celui de Saint-Hippolyte, le sort des suspects des cinq communes réunies sous son autorité usurpée, et il se fit représenter dans cette opération par Alex. Boillon, son secrétaire. Le nombre des individus graciés à cette époque se réduisit à huit pour Plaimbois , dix pour Mont-de-Laval, quatre pour Laval, et un pour Montbéliardot. Dix autres

spects de Plaimbois, mis en question, furent maintenus

réclusion chez eux ou dans leur village.

La commune du Bélieu, que le bon esprit de la généralité

i ses habitants semblait mettre à l'abri des commotions ré- )lutionnaires, dut aussi à l'activité désolante de ses voi-

is de Luhier, plus d'une épreuve. Le 23 août 1793, les ja-

av%

iS8 CBàPlTEB LUI.

cobins de Luhier adressèrent au département la dénonciation suivante, écrite de la main même de Tabbé Vernerey, alors président du club : « Nous croyons qu'il est de notre devoir de vous envoyer trois dénonciations faites à notre so* ciété dans la séance du dimanche i8 courant. Le dénonciateur^ J.-Gl. Peseux, du Bélieu, capitaine de la garde nationale, citoyen d'un patriotisme à toute épreuve, offre de désigner plusieurs témoins des faits qu'il allègue. Le nommé Boichard, inculpé, est un des principaux auteurs du soulèvement arrivé au Bélieu le 7 courant, lors du désarmement effectué par vos ordres. Sentinelle vigilante et incorruptible^ notre Société s'appliquera toujours à connaître les malveillants et à déjouer leurs complots liberticides. — Les frèresde la Société populaire. — Vernerey, prêtre, président. Mozer, secrétaire. »

« I* Boichard, tailleur et greffier de la municipalité, a dit que la constitution ne valait rien ; que nos lois étaient barbares, notamment les décrets concernant l'arrestation des^ prêtres déportés, qui doivent être punis de mort après leur arrestation ; que ces lois étaient barbares pour un peuple aussi civilisé que l'était le peuple français. Enfin il a solli- <»té Peseux à se faire aristocrate.

n 2* Cl.^os. Gannard , receveur des douanes , a favorisé l'émigration de la femme et du fils de Cachot, de Besançea.

» 3" Jac.-Ign. Lornot a répondu oui à quelqu'un qui hii demandait s'il était toqjours bon aristocrate, o On sait d^jà que cette odieuse dénonciation amena les deux premiers inculpés devant le tribunal révolutionnaire du Doubs; que M. Boichard chercha son salut dans la fuite et que M. Gannard fut acquitté après une longue détention.

Le comité nommé an Bélieu après la suppression du comité central, se montra animé des meilleurs sentiments. Son premier acte en entrant en fonctions, le ^ mars 1794, fut de décider qu'on ne pourrait mettre aucune personne en réclusion pour cause de fanatisme, et qu'aucune dénonciation ne serait reçue si elle n'était signée et , en outre , appuyée par un témoin. Le club de Luhier vint bientôt tronbler cet excellent comité dans son repos, en lui dénonçant par écrit

LES S08PECTS DU MaTRICT DB 8àIIfT-HIPP0LTTE. i59

Ant. Gaame et J^^'-B^"" Guenot, ainsi que les couturières qui

travaillaient sous les ordres de cette fanatique. On les acqu-

sait de fréquenter les maisons suspectes de Mont-de-Lava*

€6 qoi obligea le comité à leur intimer Tordre de n'entrer

dans ancnne maison suspecte des communes voisines. Cet

ordre dut sans doote coûter à son humanité , car il frappait

de paavres ouvrières et les privait d'une partie de leur

meilleure clientèle. Le comité put du moins se livrer à ses

propres inspirations à l'égard de Reine-Généreuse Gaume,

encore détenue sur la Seigne à cette époque, et qui se trou-

Tait en proie à la fièvre typhoïde. Il s'empressa d'envoyer

un de ses membres pour la visiter avec le médecin Sudan ,

de Morleau; et , sur l'avis favorable de ce médecin, il la fit

mettre en liberté le 15 mars.

Les catholiques du Barboux eurent peu à soufirir de leur comité local. La lettre suivante, écrite an district, le 27 avril 1794, par un des coryphées du parti jacobin dans cette commune, les représente même comme plus heureux que leurs persécuteurs. Mozer l'écrivit après l'arrestation de son parent, maire du Barboux , qu'une de ces accusations aveugles, si fréquentes entre sans-culottes , venait de jeter dans les cachots du tribunal révolutionnaire de Paris. Le tableau qull trace des donoeurs réservées par le nouveau régime aux plus favorisés de ses adhérents est aussi piquant qo'însU-actif. « Vous m'avez nommé officier municipal à la place de Blesseroaille, que vous avez nommé maire en rempbceoieot de Mozer, conduit enchaîné à Besançon en récompense de toutes les peines qu'il a prises dans la commune. Obligés d'être continuellement en séance ou à l'œuvre , soit pour faire observer la police aux habitants fanatiques^ qui ne reconnaissent ni lois ni arrêtés, soit pour tâcher de contenir l'insolence des Ydlo&taires, qui sont les maîtres , soit pour exécuter vos ordres et réquisitions, qui arrivent à tout mo* ment, soit enfin pour trouver et faire conduire toutes sortes de denrées pour la république, les officiers municipaux n'ont pas un seul Jour à eux pour vaquer à leurs ouvrages domestiques. Ils ne peuvent d'ailleurs trouver de serviteurs, tant à cause de la rareté des hommes que de la rareté des grains

lion smv.ntt. éml. de la «"'° "";"„„, qo alors prfsidml du club : ' ^»" 3ii<»» <" devoir d« «oos envoyer Itow ''*°''~' „„nm<' ciclé daus la séance dn diinimn» ' ,,,106 «« lenr, J.-Cl. Peseux, dn Baien, e»P^^,^ j^, liooale, citoyen d'un P»1""V ,°ii, mil t»*^ désinner plnsirat» témoim des '"?„,„, »II Boichanl, inculpé, esl un des w y |„jg ,|

R»enl arrivé au Bélieu le 1 ™" ,irilal>t« I clué par vos ordres. Senlmel » J^ ^ ^^ re Société s'appliquera ""J „,ibert« llanls el à iléjouer leurs ""'P'°" „, , 1 la Société populaire. — ^''' 1er, secrétaire, u «d aq la Dftq

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unélage exposait lui-même ii:ii 1794, laconduile de ce lU ressort : «Il ne se trouve iiiiune. Nous n'avons pas \ i|ui avaieat été conduits lo, et qui d'ailleurs a'apour s'être montrés un iijimun aujourd'hui pour iiitir tout d'uD coup. Mais iiurce impure tarira. Nous cautions possibles. Nous :'S passe-ports, étant conlais sans-culottes de raar- . — Vauthier. »

iii^rsuadée, comme le coil fallait absolument être LU mesure contre les caitmt à un arrêté du dis- ■A- la demande du curé Ver- ..'LitagDarde de Lubier, que Il sjspects ne seraient point ~ les patrouilles ; mais qu'ils = |iar des citoyens vraimeal os. la même mesure de préti ut à PI ai mbois-du- Miroir, ne nr les patriotes de cette der- 1 1 >1 , agent national , se laii:r: Il Le conseil général de ' i>Fâciers de la garde natioji.i -;oat suspects pour faire pa- .ib:3. Sur trente- cinq, vingt-uuse lit qu'il n'en reste que quatorze . les officiers ; compns. Les faiii sont de la clique des prêtres altRcbés à leur système. Un l'tiv; commune n'ont pas même '•. la ^aide nationale, qui voulait à la fête qu'on a célébrée au 1*

i60 CHAPITRE LUI.

nécessaires pour les nourrir. Les patriotes étant toujours en activité, leurs champs restent sans culture. Mozer, maire, et Blessemaille n'ont encore pu semer , taudis que nos fanatiques ont achevé leur besogne. Etant déjà du comité de surveillance de la commune et de celui de la Société du Russey, vous avez tort de me nommer. Laissez-nous gagaer notre vie, ou sans quoi nous n'aurons pas de pain, nous ne pourrons pas vous obéir, et notre fin sera la prison ou la guillotine, tandis que nos fanatiques suspects , à qui on ne commande rien, feront leurs ouvrages, leurs profits, et qu'on leur laissera la tranquillité, la richesse et le bonheur. )>

Le 23 juillet, Jos.-F. Caille et Gl.-Alexis Perrot, membres du comité du Barboux, se rendirent à Saint-Hippolyte pour procéder, conformément à la loi, à la libération des suspects de leur commune. Dix-huit furent graciés et deux autres laissés aux arrêts.

Les catholiques du Bizot, quoique serrés de plus près, en furent quittes pour quelques condamnations peu graves. Le 9 mars ! 794, C.-F. Ligier, agent national de cette commune, écrivait au district : « Je ne remarque pas qu'il y ait du dérangement dans l'esprit public; mais les aricots^ comme nous appelons les fanatiques, ne paraissent pas encore être bien contenus. » Le 22 juin, le comité, présidé par Aug. Mougin, décida « qu'on ne délivrerait aux personnes connues comme suspectes , aucune permission de sortir de la commune, surtout les dimanches et jours de fête, parce que c'était spécialement ces jours-là qu'elles se rassemblaient et tenaient des propos tendants à détruire le gouvernement ré- Yolutionnaire ; » et comme la municipalité avait déjà délivré des passe-ports à plusieurs suspects, le comité leur intima l'ordre de les rendre. Trois d'entre eux, P.-B*' Nappey et deux manouvrières , J^^-Cath. Simon et J'"-G1. Barthod, ayant refusé d'obéir à cette injonction , le comité les condamna à la réclusion à domicile. Mais le 23 juillet , deux membres du comité, J.-Ign. Chalon et Cl.-Ign. Prêtre, se rendirent à Saint-Hippolyte et firent décider la Ubération de ces trois reclus, les seuls, selon toute apparence, qui fussent restés jusque-là sous le poids de la loi, dans cette commune.

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