‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 3)Chapitre 7 sur 67 · LES SDSPECTS DO DISTRICT DE SAINT-HIPPOLYTB · texte numérisé non relu

LES SDSPECTS DO DISTRICT DE SAINT-HIPPOLYTB

Le secrétaire du comité de Bonnétage exposait lui-même en ces termes au district, le 29 mai 1794^ la conduite de ce comité à l'égard des suspects de son ressort : «11 ne se trouve qu'un seul détenu dans notre commune. Nous n'avons pas cru néce>saire de parler ici de ceux qui avaient été conduits ci-devant sur la Seigne de Morteau , et qui d'ailleurs n'avaient été enfermés en ce lieu que pour s'être montrés un peu fanatiques. Ce vice est trop commun aujourd'hui pour qu'on paisse venir à bout de l'anéantir tout d'un coup. Mais il iaut espérer que la suite de cette source impure tarira. Nous prenons à ce sujet toutes les précautions possibles. Nous avons retiré à nos fanatiques leurs passe-ports, étant convaincus qu'il n'appartient qu'à de vrais sans-culottes de marcher librement dans la république. — Vauthier. »

La municipalité de Bonnétage , persuadée , comme le comité, que pour marcher librement il fallait absolument être sans culotte , prit encore une autre mesure contre les catholiques ; elle décida , conformément à un arrêté du district, pris le 28 décembre 1793, sur la demande du curé Vernerey, président de la Société montagnarde de Luhier, que les gardes nationaux fanatiques ou suspects ne seraient point adfiûs à faire leur service dans les patrouilles ; mais qu'ils seraient remplacés à leurs frais par des citoyens vraiment républicains, largement rétribués. La même mesure de précaution, adoptée aussi au Bélieu et à Plaimbois-du-Miroir, ne s'accomplit pas sans fatigues pour les patriotes de cette dernière commune. Prothade Renaud , agent national , se lamentait ainsi, à ce sujet, le 8 février : a Le conseil général de la commune, de concert avec les officiers de la garde nationale, vient de désigner ceux qui sont suspects pour faire patrouille sur les bords du Doubs. Sur trente-cinq, vingt-un se trouvent suspects, de manière qu'il n'en reste que quatorze sur qui l'on puisse compter , les officiers y compris. Les fanatiques, c'est-à-dire ceux qui sont de la clique des prêtres insermentés, sont toujours attachés à leur système. Un grand nombre de ceux de notre commune n'ont pas même voulu obéir au lieutenant de la garde nationale, qui voulait les rassembler pour aller' à la fête qu'on a célébrée au

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Luhier. L*ua d'entre eux a même dit froidement au maire qu'on se pressait trop de se réjouir. Comment se comporter à l'égard de ces monstres? Au reste les lois sont assez bien exécutées. » On aime à voir ces monstres qui exécutent religieusement les lois et qui^ de l'aveu même du loyal jacobin, donnent à cet égard un exemple trop rarement suivi par la faction même qui les leur impose. Du reste, la municipalité de cette commune ne marchait pas mieux, au gré des jacobins, que sa garde nationale; au commencement de 4794, Ant.-F. Barthod, habitant patriote^ mais à qui l'amour de sa commune parait avoir fait complètement défaut, demanda que la municipalité fût toute renouvelée et que , si Ton ne pouvait pas trouver assez de patriotes pour en former une nouvelle, la commune fiït réunie à celle de Luhier ou de Montbéliardot.

Le détenu de Bonnétage mentionné plus haut , dans la lettre du secrétaire du comité , était , selon toute apparence, Ign.-Yict.-Félix Moutot, enfermé dans la maison d'arrêt de Besançon. Ce prisonnier, oublié dans les cachots, s'adressa, le âO octobre 1794 , au comité de Saint-Hippolyte pour obtenir sa liberté. Mais le comité, qui ignorait même les motifs de son arrestation, ajourna sa décision jusqu'à plus amples renseignements.

A la Chenalotte, les administrateurs et les administrés se maintenaient dans une paix profonde, lorsque la lettre suivante, adressée, le 7 mai 4794, à l'agent national du district par le comité révolutionnaire de Morteau , faillit détruire cel heureux accord : «Nous t'adressons une copie des renseignements que nous avons pris relativement au bruit qui s'est répandu d'une nouvelle Vendée dans les montagnes du département. Tu verras qu'Anne-P* Huot, femme Petit, de la Chenalotte, s'est obstinée à cacher les connaissances qu'elle pouvait avoir à cet égard. Elle se trouve en conséquence sous le coup de la loi , et nous avons renvoyé l'affaire à qui de droit; nous en avons prévenu aujourd'hui le représentant du peuple. » Le district transmit cette lettre au comité et à la municipahté de la Chenalotte en ajoutant : « Vous voudrez bien prendre toutes les mesCtres de sûreté générale que

us SUSPECTS BU DISTRICT DE SAINT-HIPPOLTTE. 163

Totre prudence et votre zèle pour la Révolution vous suggéreront et mettre en état d'arrestation ceux de votre ressort qui le mériteront. » Les termes vagues de cet ordre permirent heureusement aux autorités de la Ghenalotte de rentrer, sans coup férir, dans leur paisible sommeil.

A Noel-Cerneux, le comité et la municipalité n'ayant pas plus songé l'un que l'autre à mettre obstacle à la liberté des catholiques, le district leur adressa, le 45 septembre 4794, cette lettre sévère : « Nous apprenons avec surprise que îous délivrez des passe-ports à des personnes suspectes. Lorsque la patrie est en danger, les bons républicains doivent surveiller ses ennemis et prendre tous les moyens possibles ponrles empêcher de faire le mal. Vous n'ignorez pas qu'il y a chez vous des méchants. Vous répondrez sur vos tètes des troubles qu'ils occasionneront. N'accordez plus de passeports aux aristocrates et aux fanatiques et même retirez-leur ceux que vous auriez pu leur délivrer. Vous nous répondrez sous trois jours des mesures que vous aurez prises à cet ^d. — Magnin-Tochot , président, Violand, agent national. i>

La même inquiétude ombrageuse inspira à l'agent du district la circulaire suivante, qu'il adressa, le 2 juillet, à tous les comités : « Vous êtes prévenus de redoubler votre surveillance et de faire fouiller tous les allants et venants qui ue sont pas connus pour être parfaitement bons citoyens. J'apprends avec douleur que nos ennemis continuent à avoir des intelligences secrètes et suivies dans la république. Il importe enfin de dévoiler les traîtres et de les livrer sans miséricorde au glaive de la loi. »

0 est certain que, même parmi les membres deTadministration révolutionnaire , plusieurs avaient , sans aucune pensée de trahison, conservé des rapports secrets avec des émigrés ou des prêtres déportés qui étaient leurs parents ou leors amis. L'une des enquêtes les plus importantes du dernier comité central de Saint-Hippolyte eut précisément pour objet une correspondance de ce genre, tombée entre les mains de l'administration. Vers la fin de septembre 4794, le notaire Claude-François Besançon, receveur de

renregistrement au Russey , chargea Benoît Taillard, de Narbief, ancien domestique de Tavocat Belin, son beaufrère, d'un paquet adressé au juge Boillon, secrétaire du district, en lui recommandant expressément de ne le remettre qu'au destinataire. Le paquet fut intercepté et ouvert; il venait de Tétranger et était déjà à sa seconde étape. Il contenait un billet et plusieurs lettres. Le billet, écrit par l'un des émigrés Bonnefoy , d'Ornans , était adressé au juge Boillon et ainsi conçu : a J'ai une ferme confiance que vous me continuez votre amitié ; je vous prie de faire remettre à votre poste les lettres ci-jointes. » L'une de ces lettres portait l'adresse du citoyen Melchior Cotton-Petit , vigneron à Vuillafans. On l'ouvrit, c'était une simple enveloppe destinée à abriter trois lettres adressées à d'autres personnes. L'une de ces lettres, datée du Landeron, 31 messidor, et non signée, était écrite au citoyen Bole, ancien fermier à Vuillafans, pour le remercier des trois cents livres en numéraire qu'il avait envoyées. « Vous vous comportez, ajoutait rauteur,bien différemment de mes autres amis, et cette petite somme m'est parvenue bien à propos, car les fonds baissaient on ne peut plus chez moi.» Le proscrit engageait ensuite l'ancien fermier à faire émigrer son fils, capitaine au service de la République, et lui assurait une place avantageuse dans l'armée de Condé. Il finissait ainsi sa missive : « Je vous prie de veiller à mes affaires. Tous nos prôtres d'ici et des alentours se portent bien. Ils savent que vous pensez toujours bien sur leur compte. » Dans cette lettre s'en trouvait une autre, injurieuse et également anonyme, adressée à Pierre Bardey, secrétaire de V admirable et incomparable municipalité de Vuillafans. On y exprimait le vœu de voir ce grand coquin de Coste mourir sur Céchafaud. Une troisième lettre, également anonyme et portant cette vague suscription : A Melchior y était encore plus injurieuse que la précédente. On reprochait audit Melchior d'être un scélérat et d'une famille de scélérats ; on lui parlait de son oncle, l' ex-prêtre devenu fou, et de son cousin Nodier, insigne libertin comme lui. Deux autres lettres, signées du nom de M. Fleury, vicaire à Saint-Hippolyte-lez-Durnes, étaient écrites dans le style le moins ecclé-

siastique. Elles étaient adressées aux citoyens Pillot, ancien fermier à Durnes, et Bazard, de Voires. Après avoir demandé à ce dernier des nouvelles de son cousin Ignace , religieux de la même commune, on l'engageait « à convertir ce capucin révolutionnaire, schismatique, impudique, athée, et à ramener à la Trappe de la Val-Sainte, où étaient déjà entrés plusieurs intrus et jureurs, tous capucins, et où Tabbé Grosperrin, deGuyans, faisait en ce moment sa pénitence.»

Toutes ces lettres furent transmises au comité central, qui expédia sur-le-champ au Russey deux de ses membres, BouQot et Toitot, pour saisir les papiers du notaire Besançon et en faire le dépouillement. On y découvrit d'autres lettres fcmaiiques dénotant que plusieurs particuliers étaient en correspondance avec des bannis, et que M. Besançon leur prêtait son concours. On y trouva également des écrits réputés incendiaires, tels que les Motifs de confiance et les Règles de conduite pour le temps présent ; les Observations sur la lettre dite pastorale de M. Seguin ; le Discours sur la nécessité d'avoir de la religion pour être un bon citoyen; les Jureurs confondus; la Lettre de M^ Vévêque de Lausanne à V occasion de la mort de M^ ^archevêque de Besançon et la Déclaration du vénérable chapitre de Soleure. Comme M. Besançon avait constamment suivi, au moins en apparence , la ligne révolutionnaire la plus pure , les deux délégués du comité central ,. réunis à Boiston, envoyé aussi au Russey, voulurent hien provisoirement rejeter toute la faute sur sa femme, M"* J^'-B'^-Théodule BeUn^ et sur sa belle-sœur, M'^" Alexandrine Belin, bien connues toutes deux pour être des fanatiques de première classe. Ils se bornèrent à lancer des mandats d'arrêt contre ces deux dames , en même temps que contre Benoît Taillard, le malheureux porteur du paquet saisi. Les trois inculpés furent conduits et incarcérés à Saint-Hippolyte, le septembre. Mais le comité révolutionnaire trouva que s délégués n'avaient fait la besogne qu'à moitié ; et, le 3 ocbre, il déclara que le notaire Besançoi;i avait remis lui- : ème le paquet pour être transmis à Boillon ; qu'il avait 1 rmis à sa femme et à ses belles-sœurs des correspondances > 'K des individus regardés comme suspects; qu'il s'était

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fait le commissionnaire de son beau-firère , l'émigré Bonnefoy, de qui venait le paquet en question , et qu'en conséquence un mandat d'arrêt serait également lancé contre Ini. En même temps le comité transmit à celui d'Omans une copie des lettres saisies, adressées à des personnes de son ressort, afin qu'il pût faire les poursuites nécessaires. M. Besançon ayant écrit de sa prison pour réclamer, au nom de la loi, les motifs par écrit de son arrestation, le comité répondit, le il octobre : a Ces motifs sont : 4* d'être prévenu d'avoir favorisé les correspondances des émigrés avec des individus de la république ; i' d'avoir retiré chez lui Marie-Josephe- Alexandrine et Marie-Denise-Dorothée Belin, ses bellessœurs, prévenues d'être fanatisées ; 3* d'avoir trouvé chez lui différents livres suspects; 4* d'être beau-frère d'un nommé Bonnefoy, émigré , qui lui recommande ses correspondances pour les faire passer à des individus de la république ; enfin d'être envisagé par sa conduite passée comme suspect. » Le terrorisme était heureusement en ce moment à l'agonie ; car deux ou trois mois plus tôt , un pareil procès n'eût pas manqué de faire tomber plusieurs têtes. M. Besançon et sa famille en furent quittes à meilleur compte. Le 3 novembre , Pelletier , représentant du peuple en mission, décida que le citoyen Besançon et sa femme seraient élargis et placés sous la triple surveillance de leur municipalité, du aistrict et du comité révolutionnaire; que les scellés seraient levés chez eux; mais qu'il était sursis de statuer à l'égard de ia fille Alexandrine Belin, jugée sans doute la plus coupable.

Toutes les lettres saisies , même celles qui portaient une prétendue signature de l'abbé Fleury, paraissent avoir été l'œuvre d'un émigré laïque, d'un esprit léger, et habitué i faire trop bon marché de la décence du langage. La plupart ne sont que des farces de mauvais goût ou des vengeances puériles; et le nom de M. Bonnefoy père ou fils ne gagne pas à y être associé. On regrette de voir l'exil déshonoré par de pareilles productions.

VIL Le 5 octobre 4793, Tournier écrivit au district de Saint-Hippolyte : « Je vous requiers de faire mettre inces-

LES SCSPBCTS DU DISTBIGT DB 8AINT-HIPP0LTTB. iffi

samment le chàteaa de Vaufrey en état de recevoir les personnes jugées suspectes. Vous aurez également à pourvoir à la garde de sûreté de cette maison d'arrêt ; cette garde ne sera pas difficile à trouver, parce qu'elle sera soldée aux frais des détenus, à raison d'une journée et demie de travail. Seulement il faut bien prendre garde de faire du loup le berger. Je forme aujourd'hui le comité de Maiche. Je dois faire la même opération à Saint-EQppolyte et à Blamont, mais il faut courir au plus pressant. » Du Russey, Tournier passa dans le district de Pontarlier, et dès lors on n^entendit pins parler de lui. Il en résulta que les cantons de Saint- Hippolyte, Mathay, Pont-de-Roide et Blamont se trouvèrent pendant quelque temps dépourvus de toute espèce de comité. Mais le nouveau département terroriste veillait. Il députa i Montbéliard, auprès du représentant Bernard , deux de ses membres, Guedot fils, de Vaucluse, et Renaud, de Quingey, et, à leur demande, le proconsul prit, le 7 novembre, l'arrêté suivant :

«Instruit qu'il n'y a point de comité de surveillance à Saint-Hippolyte, ce qui laisse la chose publique en péril , ou autorise quelques individus à exercer des actes arbitraires, et s'étant fait rendre compte des citoyens les plus capables et les plus dignes de former un comité de cette importance, le représentant du peuple arrête qu'il sera formé sans délai, à Saint-Hippolyte, un comité de douze membres, qui sera provisoirement composé des citoyens Blondeau, procureur syndic, Paris» président du district, Châtelain, administrateur, Pascal Bouvier, marchand. Sonnet, chapelier, J.-P. Méquillet père, de Montécheroux, Tournoux, précepteur de morale à Dampjoux, Hug. Louvet, de Bief, G'" Girard-Clos, maire de Chaux, P.-P. Guillaume, de Courcelles, et P.-Jos. Choignard, de Froidevaux. Ce comité exercera sa surveillance sur toutes les communes du district qui n'auront point établi de pareils comités, t se hâtera de requérir les communes d'en former. Il pourra le faire rendre compte des motifs des arrestations faites jus- ]u'à son organisation, mettre en liberté ceux qui auraient té arrêtés injustement, et faire arrêter ceux qu'il croira le Hériter. U se défiera des certificats mendiés aux bons habi-

tants des campagnes et les préviendra de n'être pas si faciles à les accorder. Enfin, il surveillera tous les ennemis de la chose publique. » Porteurs de cet arrêté, les deux commis* saires se rendirent à Saint-Hippolyte, pour y étouffer les éléments de modérantisme, qu'on ne pouvait déraciner de ce district.

Le fougueux Crétin, procureur de la commune, n'avait pas eu la patience d'attendre la création du comité ; le 8 octobre, il avait prononcé, à peu près seul, au nom de la municipalité, l'emprisonnement des personnes suspectes de la ville et l'avait exécuté avec une brutalité révoltante. Les caprices les plus tyranniques et les motifs les plus frivoles avaient servi de prétextes à Crétin. Ainsi, quelques mois auparavant, il était allé trouver M. Tissot, homme de loi, et lui avait demandé 50 écus pour acheter un drapeau à la ville ; moyennant quoi, il ne serait pas déclaré fanatique. M. Tissot ayant refusé de se soumettre à cette exaction. Crétin s'en vengea en le comprenant des premiers sur la liste d'arrestation. Comme cette liste frappait principalement des magistrats estimés et quelques dames âgées, aussi paisibles que charitables, elle souleva vivement l'opinion publique, surtout lorsqu'on vit une des prisonnières, J""*-Agnès Racine, mourir par suite de l'effroi que lui avait causé son arrestation. Deux courageux officiers municipaux en profitèrent pour ouvrir les portes de la prison à toutes les victimes, mais ce fut malheureusement pour trop peu de temps. « Les deux conunissaires du département, dit la Vedette^ ont suspendu Dulocle et Ligier, qui avaient pris sur eux de prendre un arrêté au nom du conseil général de la commu^e, pour faire sortir les détenus. Le comité va y mettre bon ordre et faire reclure ceux qui sont sortis. Déjà Pourcelot, médecin, est en arrestation et les ordres sont donnés pour y mettre Pourcelot, exprocureur syndic. »

Le nouveau comité élut pour son président Barth. Blondeau et pour secrétaire, Paris, du district. Le i i novembre, il se fit apporter le registre municipal contenant la liste des suspects incarcérés puis relâchés, et décida à l'unanimité la réincarcération de sept personnes, toutes également distin-

gnées par leur caractère ou leur position. H motiva ainsi ces mesures de rigueur à leur égard : « Marcel Pourcelot , ex-procureur syndic, s'est conduit, dès le commencement de la Révolution, comme un homme voué à l'aristocratie. Il a protégé ouvertement les prêtres réfractaires dans l'exercice de leurs fonctions ; sa conduite a contribué plus que toute antre chose à enraciner le fanatisme dans ce district; son influence est des plus dangereuses et il a obtenu le suffrage onaniaie de tous ceux qui ont voté pour la non-acceptation de la constitution. Phil. Pourcelot, médecin, est accusé, entre autres griefs, d'avoir mis le trouble dans l'assemblée primaire, par la motion dangereuse qu'il fit et soutint avec la plus grande chaleur, que l'on ne devait pas voter à haute Toiî et que ce mode gênait les suffrages. L'opinion qu'on avait de l'incivisme de Gabriel Guillon, dans le district de Baume, lui ayant fermé l'entrée de toutes les places, il se retira dans celui-ci, où la cabale le porta à la présidence du tribunal. Ce corps a été sous le poids de l'opinion publique pendant tout le temps qu'il l'a présidé. Tous les patriotes y ont été écrasés et les aristocrates ont joui de la faveur la plus révoltante. Le fanatisme y a triomphé, aucun prêtre réfraclaire, aucun contre-révolutionnaire n'y a été jugé. Depuis qu'il n'est plus au tribunal, il n'a cessé d'avoir les liaisons les plus intimes avec tout ce qu'il y a dans ce district de plus marqué au sceau de la réprobation et s'est constitué leur patron. La citoyenne Marie- Victoire Chopard, ex-ursule, après avoir enlevé tous les ornements de la chapelle des ursules et les avoir déposés chez le médecin Pourcelot, après avoir fanatisé la ville de Saint-Hippolyte et augmenté le nombre de ses prosélytes, est allée à laGrand'Combe et, par ses propos inciviques, ses exhortations fanatiques, elle a entièrement corrompu Fesprit public de cette commune. La citoyenne Anne-Claude Farey, célibataire, âgée de cinquante-huit ans, a deux neveux émigrés; elle est en outre soupçonnée d'entretenir des relations avec les prêtres déportés, les émigrés et tous les fanatiques du canton, d'inspirer lé découragement et la terreur dans l'esprit des bons citoyens, et d'avoir dédamé contre les décrets de l'Assemblée nationale et les assi-

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gnats. Mêmes motifs contre Jacobine Bulliard, veuve ligier, âgée de soixante-quinze ans, excepté qu'elle n'a point de parents connus émigrés ; mais elle a une fille qui a eu déjà plusieurs procès criminels en raison de son incivisme, et la mère a autorisé les actes d'aristocratie de sa fille au lieu de les réprimer La citoyenne J***-Ant. Darceot, célibataire, âgée de soixante ans, a plusieurs parents émigrés (un frère et un neveu prêtres déportés), elle favorise les prêtres réfractaires et fait son possible pour augmenter le nombre des fanatiques . »

Le i6 novembre, le comité, ne se jugeant pas assez fort, s'adjoignit les huit citoyens les plus connus par leur patriotisme (i). Il décida, le même jour, que les femmes coadamnées à la prison ne seraient point envoyées au château de Yaufrey, mais resteraient simplement en réclusion chez elles. Crétin trouva bien moyen de leur faire expier cet allégement. « Sur la fin de 1793, dit M""" Darceot, on m'a enlevé la faible provision de grains et de pommes de terre que je destinais à ma subsistauce, et je ne puis l'attribuer qu'à Cretio. Ce fut lui qui me fit poursuivre en police municipale pour avoir lu un jourual autorisé dans toute la république; et en me faisant traîner en prison, il engagea les gendarmes à me promener par les rues pour m'ofinr en spectacle. Il n'avait obtenu ce jugement contre moi qu'au moyen de menaces et d'intimidation. »

M. Guillon s'étant rendu à Vaufrey pour se constituer prisonnier, le concierge refusa de le recevoir, parce qu'il n'avait pas reçu d'ordre ; mais, comme on le présume bien, la difficulté fut promptement levée. Cependant le comité décida, le 2i décembre, que M. Guillon serait élargi et mis en simple surveillance, à raison des intérêts nombreux dont il était chargé, en sa qualité d'avoué près le tribunal.

De tous les membres du comité , l'intrus Tournoux, de Dampjoux, celui que Bernard qualifiait déjà de précepteur de morale, se montra le plus ardent à poursuivre les catho-

(1) Maillot et Jacquot, administrateurs du district ; Derriey, lieutenant de gendarmerie ; Maillot , maire de Montandon ; Tournoux , maire de Soulce, Chevroulet, de Mouilievillers, et J.-Ci. Curty, de Cliamesol.

lignes fidèles des campagnes. Le 28 novembre, à la suite d'ane sorte de réquisitoire sur le mauvais état de l'esprit public dans plusieurs communes, il demanda l'arrestation de boit personnes. Le comité, se défiant un peu des appréciations haineuses del'ex-capucin, déclara que pour ne rien précipiter, il serait sursis à statuer jusqu'à ce que le club de Cbaux-lez-Châtillon, l'oracle de cette contrée, eût envoyé les renseignements nécessaires. Ces renseignements ne tardèrent pas à arriver, tels que Tournoux les désirait, et le U décembre, ce ne furent plus seulement huit personnes, mais dix (huit de Feule et deux de Dampjoux) qui furent, comme on l'a déjà vu, envoyées par le comité de Saint-Hippolyte au prieuré de Vaucluse, sans compter deux autres personnes de Feule recluses chez elles par la même décision.

Le comité de Saint-Hippolyte trouva jusque dans son sein des orages et des victimes. Le 9 mars 1794, Blondeau s'étant présenté à la séance pour y siéger, Paris lui fit observer qu'ayant été suspendu de ses fonctions par un représentant du peuple, il se trouvait dans une catégorie légale de suspects et lui intima l'ordre de sortir. Blondeau représenta vainement que sa suspension n'était que l'eflet d'une surprise faite à la religion du conventionnel, puisqu'elle n'était pas motivée, et que dès lors elle ne pouvait être invoquée contre lui comme un motif de suspicion; il eut beau prendre l'offensive contre ses adversaires, en demandant à son tour que trois autres membres du comité, Paris, Maillot et Châtelain, fussent eux-mêmes déclarés suspects, comme appartenant de très près aux émigrés, aux prêtres déportés, aux contre-révolutionnaires frappés par la hache de la loi ; le comité décida que le patriotisme de ses trois membres étant hors de doute, il n'y avait pas heu de délibérer à leur sujet, et que Blondeau serait définitivement exclu du comité.

Du reste, le comité lui-même ne tarda pas à être supplanté par un comité local, élu le 19 février et présidé par le notaire Jos.-Hipp. Barberot (i). Tant que ce nouveau co-

(1) Les autre» membre» étaient : J.-B. Darceot, Ci.-Jos. Bonnot, corn-

mité resta livré à ses propres inspirations, il demeura assez tranquille ; mais lorsque l'implacable Crétin, sorti de prison, vint reprendre son affreuse autorité, il le fît bien vite changer d'allures. Le 12 juillet 1794, à l'instigation de cet agitateur, il sévit contre trois vieilles personnes, déjà trop éprouvées, et qui ne demandaient qu'à se faire oublier. Deux mandats d'arrêt furent lancés contre M'*** Darceot et Farey « comme parentes d'émigrés et n'ayant donné, depuis la Révolution, aucune preuve de civisme. » M"»* Ligier, associée à leur sort, c( attendu, disait le comité, que si elle n'avait pas de parents émigrés , en revanche elle n'avait montré aucune ardeur pour la chose puWique, » fut cependant, à raison de son grand âge et de sa caducité, laissée en réclusion chez elle. Son fils, M. Ant.-Léon Ligier, homme de loi, et ancien juge de paix de Saint-Hippolyte, ce courageux officier municipal qu'on a vu ouvrir les portes de la prison aux victimes de la brutalité de Crétin, était lui-même depuis longtemps incarcéré comme suspect à Besançon, et il expia par une année de captivité le soin qu'il avait pris de l'honneur de la république, à laquelle il était notoirement dévoué. Sur la dénonciation de Crétin, le comité ordonna encore, le 44 juillet, l'incarcération de René Chaudot, ancien avocat du roi au bailliage d'Auxonne , et en ce moment commissaire de la nation près le tribunal de Saint-Hippolyte.

M'*° Farey réclama contre l'arrêt qui la frappait, en faisant observer que, n'ayant que des neveux émigrés, elle ne se trouvait comprise dans aucune catégorie légale de suspects. Le comité, embarrassé pour répondre, se borna à renvoyer la pétition au district. Mais quelques jours après, la loi qui vint rendre la liberté aux cultivateurs ou artisans suspects, lui fournit heureusement l'occasion de révoquer les mesures aussi ridicules qu'odieuses dirigées contre trois vieilles femmes inoffensives ; et, bien qu'elles fussent tout

mandant en second de la garde nationale, P. -Gabriel Roger, médecin, P.-Jos. Grelot, Albert Briot , Gl.-Jos. Toitot , porteur de contraintes, Honoré-Jos. Monnot, Cl.-Jos. Thaimann , P. -F. Gourvoisier, Hugues Donzelot et Jos. Prélot.

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aussi étrangères à l'industrie qu'à Tagricultupe, il eut le bon esprit de les mettre en liberté, le i7 et le 19 juillet.

VIII. M. Chaudot, après avoir donné à la Révolution tous les gages possibles, ne put se résoudre à souffrir sans réclamation ses rigueurs. Il écrivit, le 15 juillet, à Lejeune : a Depuis ton départ de Saint-Hippolyte, les vexations se multiplient à naon égard. Crétin, irrité, a convoqué le conseil général de la commune et le comité de surveillance, et m'a fait arrêter en plein tribunal et incarcérer. Il est appuyé parBlondeau. » Après avoir ensuite rappelé qu'il était dans le ministère public depuis vingt-quatre ans, qu'il s'était toujours montré révolutionnaire ardent, ennemi déclaré des Poupcelot et des Emonin, et que, s'il avait pu méconnaître un instant les services de la Montagne^ il avait bien réparé ses torts ensuite, il ajoutait : « Je luttais contre les prêtres réfractaires, je fournissais aux gens de la campagne des armes contre les efforts du fanatisme, je prononçai le premier discours décadaire (pour le culte de l'Etre suprême). On m'a accusé d'avoir fréquenté un prêtre insermenté. J'avais, il est vrai, acheté la maison du doyen du chapitre, il était resté mon locataire, mais je ne conversais avec lui que pour combattre ses opinions, plus fanatiques qu'inconstitutionnelles. »

Le vieux limier des parquets royaux s'adressa en même temps à l'accusateur public Rambour, pour le prier d'appurer sa réclamation : « Lejeune, lui écrivait-il , a paru bien disposé en ma faveur, mais son secrétaire Hermann , sollicité par une jolie femme, ne m'écoute pas si favorablement. Je ne puis digérer qu'on ose mettre mon patriotisme en problème. » La solution de ce problème ne laissa pourtant pas de se faire attendre encore longtemps; car M. Chaudot ne fut élargi qu%n vertu d'un arrêté du comité de sûreté générale de la Convention daté du 15 septembre

Du reste, il n'y eut presque aucun des hommes notables delà Révolution, dans le district de Saint-Hippolyte, qui ne fût accusé à son tour et emprisonné coiûme suspect. Les plus modérés de tous, MM. Pourcelot, y passèrent les pre-

miers. Bien qu'ils fussent complètement étrangers à la ville de Besançon, leurs noms, grâce à la haine personnelle de Blondeau aîné et de Guedot, membres du nouveau département, se trouvèrent mêlés, sur les listes de proscription, à ceux de la noblesse et du parlement. L'avocat Pourcelot^ qui s'était empressé de se rendre à Besançon, écrivit, le 10 octobre, à Blondeau, devenu son successeur: a J'apprends à rinstant que je suis dénoncé comme m'étant tenu caché à l'écart, lorsque la garde nationale fut mise en réquisition pour dissiper les rebelles de la montagne. Faites, je vous en prie, attester par la municipalité et par le directoire du district, que j'étais à la tète de ma compagnie, un sabre à mon côté et jouant sur une clarinette l'air Ça ira y l'hynuie marseillaise et autres airs propres à exciter le courage. » M Pourcelot trouva heureusement à Montbéliard des gens mieux disposés que Blondeau à lui rendre service , et le 28 octobre, il reçut, de cette ville, un arrêté du représentant Bernard, qui ajournait l'exécution de l'emprisonnement prononcé contre lui et lui intimait l'ordre de se rendre à Montbéliard auprès du représentant pour y recevoir ses ordres ultérieurs. Il s'ensuivit qu'au lieu de reprendre le chemin de Besançon, le magistrat voué à la haine toute particulière des anarchistes put rentrer paisiblement chez lui ; et malgré tous les efforts de ses ennemis, il parvint à s'y maintenir en réclusion, à l'aide d'un nouvel arrêté du représentant Prost. Pendant ce temps-là, son frère, le médecin, sommé par le procureur général Renaud d'exécuter l'arrêt prononcé contre lui par les trois corps administratifs, vint se constituer prisonnier à Besançon.

Cependant l'administration modérée et bienveillante qui avait dirigé pendant près de troi^années le district de Saint- Hippolyte, était depuis trop longtemps l'objet des récriminations et des colères de tous les clubs du département ; on lui attribuait trop généralement l'opposition courageuse que les erreurs ou les excès de la Révolution avaient trouvée dans cette contrée, pour que la vengeance des jacobins pût se contenter de si peu. Le département chargea donc, le 5 novembre 1793, Guedot, de Vaucluse, l'un de ses membres, de se

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rendre à Saint-Hippolyte « pour prendre tous les renseignements possibles sur l'incivisme des frères Pourcelot et de leurs complices. » Guedot ouvrit une enquête le il novembre, et tous les agitateurs de ce district, dont les méfaits avaient été réprimés durant trois années, ne manquèrent pas de venir 7 apporter le tribut de leurs plaintes et de leurs vengeances.

Toomoux, l'intrus de Dampjoux, se présenta le premier, et entre autres griefs, accusa M. Marcel Pourcelot d'avoir, dans ses fonctions de procureur syndic, protégé ouvertement le fanatisme et même les prêtres réfractaires, en cherchant à les conserver dans leurs cures au mépris des décrets, notamment les curés de Dampjoux et de Soulc^, qui mangeaient très fréquemment chez lui.

Vallat, greffier du tribunal, déclara qu'il avait maintes fois entendu dire au lieutenant de gendarmerie Derriey qu'il était bien inutile de faire des courses pour saisir les prêtres réfraetaires, parce qu'ils étaient toujours avertis à l'avance par l'administration du district, principalement par Pourcelot. La gendarmerie arrivant toujours trop tard, on trouvait les lits encore chauds, mais les oiseaux dénichés. Vallat ajonta qu'il avait vu constammentPhil. Emonin, du district, ne fréquenter que les prêtres réfractaires.

Le gendarme GI.-F^Berceot appuya la déposition de Vallat concernant la protection ouverte que l'ancienne administration avait accordée aux prêtres rebelles, et dit qu'il était convaincu qae Pourcelot ne remettait jamais à la gendarmerie l'ordre de les arrêter, qu'après les avoir mis à l'abri des poursuites. n accusa le médecin Pourcelot d'avoir refusé le serment révolntionnaire, lors de la nomination des députés à la Ck)nvention, et d'avoir dit, après le iO août, que Paris était le repaire de la canaille.

Toamonx, intrus de Blamont, revint encore sur la prédite .îon de M. Pourcelot pour les prêtres insermentés, et le Tî résenta comme étant allé souvent manger chez le curé di Dampjoux avec les membres du tribunal, à l'exception di Receveur et de Parguey.

l.-Ant. Flajoulot, de Chamesey, chef de bataillon de la

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garde nationale du canton de Vaucluse, dénonça à son tour le médecin Morey, ancien président du district, comme un protecteur constant du fanatisme, correspondant secrètement avec les fanatiques et les aristocrates, notamment avec Cl.-F. Boillon, de Belleherbe, maire destitué et fanatique enragé ; il l'accusa, en outre, d'avoir fait rendre à des habitants de Rosières les armes qui leur avaient été enlevées pour cause de suspicion ; enfin il signala Tex-procureur syndic Mairot comme s'étant fait un jeu de vexer les patriotes qui se prononçaient pour la république.

Le bénédictin Charlemagne , intrus de Vaucluse , renouvela toutes les acmisations déjà formulées contre Morey, Emonin et tout l'ancien district. Le capucin Tournoux, iatrus de Vaufrey, rappela les persécutions qu'il avait eu à souffrir de la part de Pourcelot, tout ce qu'il avait enduré de refus, de diffamations et de menaces, ainsi que tous les prêtres constitutionnels et les bons citoyens.

Alex. Party, de Maiche, déclara qu'ayant été requis de faire la capture d'un nommé Marquis, ex-curé réfractaire d'Etalans, réfugié chez le ci-devant seigneur de Maiche, et ayant amené ce prêtre au district, malgré le passe-port dont il était muni, mais où il était mensongèrement quaUfié de médecin, le procureur syndic Pourcelot, au lieu d'accorder au déclarant et à ses camarades les gratifications fixées par la loi, s'épancha en invectives contre eux, leur reprocha d'avoir violé le domicile des citoyens, les traita de polissons et menaça de les faire incarcérer, tandis que le prêtre fut mis en liberté à l'instant même, sous la caution de Guillon, alors président du tribunal, et émigra ensuite.

Receveur, président du tribunal, déclara que Pourcelot avait été le protecteur déclaré des curés rebelles de Dampjoux, Soulce, Laval, Chamesol, des ursulines de Saint-Hippolyte, êh^es fatigants encore plus qu inutiles, et même (Tune espèce de moinaille des Fontenelles (que le frère même de ce dénonciateur avait fondée). « En i79i , ajouta-t-il, sous le nom de Lamboley, accusateur public, il a fait arrêter et poursuivre comme perturbateurs, devant le tribunal du district, les vrais révolutionnaires sans-culottes Ghaney, aujourd'hui commissaire des

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guerres à l'armée du Rhin, Verneur, à présent lieutenant de gendarmerie à Deléniont, et les Mozer père et fils, actuellement administrateurs du département du Mont-Terrible, parce que ces braves sans-culottes voulaient réunir les Etats deTex-calotin prince du Porrentruy au territoire français. En n92, la garde nationale de Maiche ayant brûlé, dans unautoda-fé civique, les signes de féodalité du ci-devant château de Maiche,arbres généalogiques et autres pièces remplies de signes de l'ancien régime, Pourcelot menaça delà poursuivre comme violatrice des propriétés particulières. Enfin je ne connais d'autre cause primitive des troubles occasionnés dans ce district par le fanatisme, que la protection spéciale accordée par Poarcelot aux prêtres réfractaires et à leurs sectateurs. »

Cbaudot, commissaire de la nation près le tribunal, renouvela contre le médecin Pourcelot l'accusation de s'être opposé avec chaleur à la publicité du vote, lors de l'acceptation de la constitution nouvelle. Derriey, lieutenant de gendarmerie, ^uu le dernier, trouva un nouvel et dernier reproche à infliger à l'avocat Pourcelot, en disant qu'il avait été le protecteur particulier de l'ex- bénédictin Cavaroz, qui avait failli assassiner un gendarme ; et que ce dernier, bien loin d'obtenir satisfaction, avait été condamné lui-même à des dommages-intérêts par le juge de paix de Maiche, à l'instigation de Pourcelot.

En dépit de toutes ces accusations accumulées, telle était l'estime que MM. Pourcelot s'étaient acquise auprès des honnêtes gens de tous les partis, tel était l'ascendant qu'ils exerçaient encore sur cette contrée, qu'ils parvinrent, en pleine Terreur, à triompher de cette phalange d'ennemis décharnés. Le i**^ janvier 4794, un arrêté du conseil général du district de Montbéliard invita l'avocat à se rendre dans cette ville « pour y aider de ses lumières et de ses conseils l'adniinistration novice de ce nouveau district; » et le directoire du district de Saint-Hippolyte ne craignit pas de féliciter publiquement ses voisins de s'être associé un citoyen « qui, malgré les calomnies, avait toujours joui de l'estime des ^^is patriotes. » Dans le même moment, la population de Saint-Hippolyte et les administrateurs du district réclamaient

de tontes leurs forces l'élargissement du médecin, et le gnalaient comme un excellent républicain, victime de haines particulières. Lui-même se recommandait auprès de Lejeune par an titre de noblesse révolutionnaire bien précieux alors et non moins honoré que lucratif^ en rappelant qu'il était acquéreur de biens nationaux pour douze mille Ûvres. Il est à croire que des démarches si bien appuyées furent couronnées de succès ; car le 19 mai, on retrouve le médecin Pourcelotà latète du comité révolutionnaire local de Vauclusotte.

M. Marcel Pourcelot eut beau prendre, de son côté, à Montbéliard, où il était devenu membre du district, toutes les allures d'un démagogue; la vengeance des vrais sans-cur lottes le poursuivit encore sous ce déguisement, et le club de Saint-Hippolyte gourmanda vivement celui de Monibéhard d'avoir reçu dans son sein le plus grand protecteur des prêtres et des fanatiques et le plus grand persécuteur de leurs ennemis. Cette attaque, dirigée par le juge Receveur, étant restée sans succès , les adversaires de MM- Pourcelot eurent recours à leur dernière arme, la plus terrible de toutes ; et, sur la dénonciation de Crétin, élevé de méfait ei» méfait à la dignité de juge et de directeur du jury d'accusation, les deux frères se virent traduits au tribunal révolutionnaire de Paris.

Ils n'y arrivèrent pas seuls. MM. Pfail.-Jos. Emonin et Prosper-Théodore Emonin, tous deux notaires, l'un à Saint- Hippolyte et l'autre à Damprichard, avaient suivi la même Ugne de conduite que MM. Pourcelot. Traînés en prison à Besançon, ils y furent interrogés, le 4 décembre i793, par J*.- B. Déroche, membre du nouveau conseil général terroriste. De cet interrogatoire il ressortit, à la fois, qu'ils avaient pu tenir quelques propos peu favorables à la faction sanguinaire qui dominait la Convention, ou même à la constitution qu'elle venait d'offrir à la France ; mais surtout qu'ils étaient violemment poursuivis par la haine de Guedot et de Crétin. L'un des accusés , la veille encore secrétaire du district et membre du club , écrivit à Blondeau : « Vous êtes républicain sévère et vous êtes juste. On m'avertit que Crétin a osé me dénoncer à Besancon comme un des chefs de la

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