VII
40i CIAPITU LXU.
rite des habitants de ces cantons. Car, je dois vous le dire^ la presque totalité des habitants paraissent tenir essentiellement à l'opinion religieuse des prêtres déportés. Gela est démontré jusqu'à l'évidence, quand on observe le petit nombre de personnes qui fréquentent les messes des prêtres assermentés. Cette grande disproportion qui règne dans 1* nombre de ceux qui semblent reconnaître ces deux espèces de culte, doit aussi beaucoup vous diriger dans les mesures répressives que vous allée prendre contre la rentrée des prttres déportés. H y a cinq jours qu'une messe a été célébrée par un de ces prêtres, dans une grange située près du Grand» Sancey. On n'a pas pu me dire le nom de celui qui la cé)é» brait, mais l'on m'a assuré seulement que deux ou trois mille personnes y avaient assisté* Je dois aussi vous prévenir qns la force armée dirigée contre ces rassemblements parait les tolérer, et qu'il est important de la renouveler souvent. »
Trois semaines se passent, et le triomphe des prêtres déportés n'a fait que s'accroître. Ce n'est plus dans les fermer isolées ou dans les bois qu'ils officient» c'est dans leurs églises ; Péseux, procureur de la commune de Stncey-le* Grand, écrite le 29 juin, au district : « On a aujourd'hui rétabli les saints apêtres dans notre église, et j'ai entendu sour* ciller que, pour dimanche prochain, des prêtres déportés y diraient la messe. J'en ai prévenu notre municipalité, qui ne sait quel parti prendre. Elle me charge de vous consulter sur ce que nous devons faire; si nous voulons leur refuser les clefs, on si nous voulons les leur donner; nous croyonsque dans l'un et Tautre cas nous ne ferions pas bien. Nous nous en rapportons à ce que vous, nous direz. N'agissoL ce* pendant pas en rigueur avant de nous prévenir. »
Le district, non moins embarrassé que la municipalîlé> répondit qu'il allait lui-même consulter le département ; mais qu'en tout cas il fallait agir avec la pius grande circonspect lion pour assurer l'exécution de la loi. Le département, à son tour, n'ayant pas de meifieur avis à donner, prit la parti du sUence*
La courageuse fidélité des hidastants de Laviron semblait avoir acquis un nouvel éclat depuis que cette paroisse avait
BBNTRÉB GÉNÉRALE DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. 403
reça les dernières bénédictions et la dépouille mortelle de son pasteur proscrit, M. Richard. Elle désolait les jacobins de Pierrefontaine par son attitude aussi ferme quimposante. Le i" juin, la municipalité patriote de Pierrefontaine la dé^ noRça au district en ces termes : « Hier, dimanche de Is Trinité, fête patronale de Layiron, où beaucoup de monde s'était rendu, Tabbé Péseux, de Sancey, prêtre réfractaire, a célébré publiquement la messe et les yèpres à la cure de Laviron. Il a fait, en présence d'une assemblée nombreuse, deux instructions. Un procédé si audacieux ne nous surprend pas tant que la conduite des gens de Laviron, qui en grande partie ont assisté à ces deux assemblées. Il est urgent de prendre des mesures pour que le fanatisme, fidèle compagnon da royalisme et de Taristocratie, ne fasse plus de progrès. — Vacheresse, maire. Dotal, municipal, Lapprand, procureur de la commune. » Le district transmit cette lettre au département, en réclamant encore une fois des mesures générales contre ces rassen]J[)lements téditieux.
Mais le flot ne faisait que monter. Le 17 juin, Jeanmaire, désolé, écrivait au district : « Les rassemblements illicites occasionnés par des prêtres déportés, rentrés au mépris des lois, ont lieu plus que jamais dans nos montagnes. Ils ne se gênent plus; ils disent la messe dans les édifices publics, la font annoncer au son de la caisse et de la cloche, et pervertissent par leurs discours le reste des citoyens qui jusqu'à présent étaient demeurés fermes. Les lieux de leur retraite sont principalement Sancey, Laviron, Landresse, Passavant, Orsans, les Monts*de-Villers, Flangebouche, où il y a eu hier un grand rassemblement qu'on n'a pu empêcher, parce qu'ils étaient en force supérieure. Présentement^ ils bravent la force armée, méprisent et menacent le reste des bons citoyens, qui voient avec peine ces rassemblements, sans oser rien dire. En un mot, si on ne prend les mesures les plus promptes pour réprimer l'audace de ces prêtres et des fanatiques qui les suivent, il arrivera sûrement des soulèvements qui ne seront pas faciles à réprimer. Je vous en avertis, c'est à vous de prendre des mesures. »
De son côté, le brigadier Baillaud, commandant delà gen-
404 CHAPITBE tXlX.
darmerie à Pierrefontaine, écrivait au district, avec un profond découragement, le 26 juin : « Je vous préviens que les rassemblements faits par les prêtres déportés continuent toujours dans les communes de notre ressort, telles que Laviron, Sancey, Landresse, Ouvans, Mont-de-Villers, Orsans ; enfin, pour tirer au plus court, c'est toutes, sauf à Pierrefontaine, où nous sommes, et où, s'ils croyaient être les plus forts, ils viendraient dire la messe malgré nous, malgré la municipalité et malgré les bons citoyens. Car ces individus-là sont tellement soutenus par le peuple qu'ils trompent et par des municipalités qui les autorisent dans leurs assemblées, qu'il est impossible à nous d'en arrêter un, malgré toutes les précautions que j'y prends. S'il n'y a pas d'autres mesures de sûreté, il faut les laisser faire, car nous sommes tous les jours en danger de nous faire égorger, et nous risquons de nous faire prendre tous les jours nos menottes, comme ce malhonnête de capucin qui s'est avisé de voler les miennes, sans avoir eu l'honnêteté de me les renvoyer ou de me les payer. (Allusion à une évasion dont le récit viendra plus loin.) Notre paye ne suffirait pas, s'il fallait seulement en acheter une paire tous les mois. Ainsi , je vous donne à croire si ceux qui volent aux gendarmes ne sont pas dans le cas de voler à d'autres; c'est pourquoi je vous prie de vouloir bien m'informer quelles mesures de sûreté les autorités constituées auront pu prendre. »
Pierrefontaine, le chef-lieu du canton, le siège de la gendarmerie, ne tarda pas à être envahi lui-même. Le II juillet, le procureur général du département répondit à la municipalité de cette commune : u Vous demandez si vous devez empêcher un prêtre déporté de dire la messe dans votre église. Si vous aviez à votre disposition une force suffisante pour résister à ceux qui l'appellent, je vous dirais de l'employer pour empêcher une infraction à la loi. Mais vous devez vous borner à faire surveiller ce qui se passera dans le rassemblement qui doit avoir lieu. Si le prêtre déporté prêche contre les lois, si on l'entend sans murmures, vous dresserez procès-verbal de ses dires et des dispositions de
BBNTRÉB GÉNfiRAIE DES PRÊTRBS DÉPORTÉS. 405
l'auditoire, et alors je prendrai des mesures pour rétablir l'ordre, et ces mesures seront efficaces. »
Enfin, le comble du scandale arriva pour les patriotes de Pierrefontaine ; les offices y furent célébrés publiquement le jour de l'Assomption. Le lendemain, Jeanmaire, plus irrité et plus abattu que jamais, écrivit à ses collègues du district : « Aujourd'hui et hier le prêtre réfractaire et émigré Péseux, de Sancey, ci-devant vicaire à Pierrefontaine, a, au mépris des lois et arrêtés, et contre le gré de la municipalité, célébré solennellement et publiquement la messe et chanté les vêpres, auxquelles ont assisté environ quatre à cinq cents personnes, dans une maison appartenant à GL-Jos. Huot- Sordot, placée au miUeu du village, à la porte des officiers municipaux, du commandant de la garde nationale, et de la gendarmerie, qui, voyant la coalition, mutinerie et mauvaise intention de ces individus, tout prêts à se soulever et à tomber sur ceux qui feraient le moindre mouvement de résistance à leurs projets, et se trouvant en force insuffisante, n'ont pu empêcher ce rassemblement. Cette infraction aux lois mérite la punition la plus exemplaire contre ses auteurs, contre Huot, qui a fourni sa maison, et contre le prêtre qui embête et fanatise tous nos habitants par ses discours séditieux et contre-révolutionnaires, et qui reçoit asile de ceux même qui devraient tenir la policé; d'aulant plus qu'ils ont méprisé et bravé les lois et les autorités. Ils ne se gênent pas pour le dire, et tous ces fanatiques, ainsi que ceux des communes environnantes, se réjouissent et se fêtent d'avoir maîtrisé le reste des bons patriotes du canton, et bientôt, si on ne réprime leur audace, les patriotes seront leurs victimes. »
La municipalité de Pierrefontaine ne mit pas moins d'empressement à dénoncer au district et au département les assemblées religieuses du 15 et du 16 août. « Nous n'avons pu, disait-elle, y porter empêchement, non plus que la gendarmerie, que nous avions requise et qui a été bravée par la multitude. » Elle finissait en demandant les moyens les plus prompts pour réprimer ces infractions et punir les coupables.
406 CHAFim uox*
Les doléances ne tarissaient pas de ce o5té. Le brigadier Bailland écrivait , le 96 août , an district : a Le £anatisme et la malveillance ne respectent pins ni les personnes ni les propriétés. Le A firnctidor conrant, i Oavans, le citoyen fiiichel Gérard m'a déclaré que^ dans la noit da t an 3, on lui avait moissonné un chaimp de firoment qu'il avait acheté de la nation. Un antre citoyen, qui a acheté des biens de la nation i Surmont, m'a fait une plainte sembla^ble. Le ci-devant abbé Péseux a trompé les trois quarts e( demi des particuliers de Pierrefontaine. »
JLe 31 août, l'infatigable Jeanmaire écrit encore à Brnleport : 0 Les rassemblements illicites continuent à avoir beu ii Pierrefontaine, comme dans les environs. Les prêtres ré« fractaires se produisent partout et officient publiquement. On ne se gène plus pour leur donner asile, on s'en fait même un devoir ; de manière que ceux qui ne sont point de ce parti sont regardés comme des impies et des scélérats. Les fanatiques sont devenus fiers et hautains. Us se flattent d'être mieux accueillis, aux administrations, que les patriO" tes, et s'autorisent de ce que les administrateurs ont gardé le silence sur les dénonciations qui leur ont été envoyées par nos officiers municipaux au sujet des rassemblements, et sur ce que ces rassemblements, disentrils, ont lieu i Baume et à Besançon, sous les yeux des administrateurs. Tout cela occasionne des troubles ; on commence à se quereller, à s'assembler, au point que, dimanche dernier, plus de deux cents se sont portés devant la maison commune, où il y eut beaucoup de disputes. De deux choses l'une : ou l'on nous envoie les lois et arrêtés pour être suivis, ou non. Si c'est pour être suivis, qu'on déploie toute la force à cet effet. Dans le cas contraire, il ne faut plus en envoyer, car ce sont des démarches et du papier perdus. Tel est présentement le langage des patriotes, qui gémissent de voir ainsi tourner les choses, et qui sont découragés. »
Mais ces patriotes^ qui voyaient avec tant de dépit décUner leur tyrannie, n'étaient pas encore au bout de leurs dé* convenues. Le jacobin Bidal, remplacé dans les fonctions de juge de paix du canton par l'estimable notaire Richard,
RENTRfiB flIMRiLB DIS PBtTRSS DÉPOETÉS. 467
exhalait ainsi sa colère» le 5 septeoibre, en écrivant au district : (( Les fanatiques et aristocrates de Pierrefontaine, élèves et adhérents de Richard, mon remplaçant, se flattent d'être mieux venus à Tadministration du district que les patriotes, malgré tous les désordres qu'ils commettent, sans qu'on veuille y mettre ordre. Les prêtres fanatiques, émigrés et déportés, inondent ces pays-ci, y étant introduits par k notaire Richard, mon remplaçant, qui les reçoit journellement chez lui. Il en a fait un rassemblement de douze i quinze, il y a environ trois semaines, à Laviron, pour élire un office pour son frère, ci-devant curé de Laviron, déporté ou "émigré, que Ton dit mort. On sait cela au direc* toire, et on ne dit rien 1 On sait que c'est le notaire Richard qui a été le fauteur de tous les fanatiques de cet endroit; plusieurs rassemblements ont été faits chez lui; sa servante a porté des habits sacerdotaux à un prêtre fanatique qui dit la messe dans une grange. Je me vois remplacé par un homme de cette espèce, moi qui, dès le commencement de la Révolution, ai donné des preuves de mon dévouement à la chose pubUque ! Richard, n'ayant pas envie de se servir de Jeanmaire pour greffier, a envie de se servir du plus fameux fanatique du département, qui est le jeune Cattin. Prévenez le directoire de faire mettre à exécution les lois contre les fanatiques, pour empêcher les prêtres déportés de faire aucun office, ou Ton sera obligé d'en donner avis au Comité de salut public. J'ai des connaissances à Paris qui travailleront à cette affaire.... >
XVL Depuis plusieurs mois, la pieuse commune d'Orsans avait déjà appris aux gendarmes à respecter sa liberté retigieuse. Deux de ces soldats, escortés de cinq chasseurs à cheval, s'y étant présentés le 7 juin, y reçurent un accueil dont ils ont laissé le procès-verbal suivant : «Ayant reconnu que des rassemblements se portaient sur la commune d'Orsans, nous nous y sommes transportés et avons aperçu devant une grange, sur la place pubUque, un rassemblement d'hommes et de femmes d'environ quatre mille , de différentes communes, qui tenaient une réunion nocturne. Il y avait trois prêtres revêtus de surpUs, qui nous ont paru être
408 CHAPITBE LUX.
des prêtres déportés. Le ci-devant abbé Péseux y prêchait publiquement, et nous ayant aperçus, il n'a pas voulu cesser ses fonctions. Il a dit même à haute voix qu'il ne craignait ni les chasseurs ni les gendarmes. Nous avons requis la population, au nom de la loi, dese disperser; mais la population s'est tournée contre nous, en disant : Attendez^ b.,gres, on va vous en f..tre^ des his^ et en s'avançant contre nous avec des pierres. Ne pouvant résister à la force, nous nous sommes retirés à la municipahté, pour la requérir d'avoir à venir avec nous dissiper le rassemblement. N'ayant pu trouver ni maire ni officiers municipaux, mais seulement le greffier, nous l'avons requis d'avoir à mettre son écharpe et à venir avec nous. Il nous a répondu qu'il ne voulait pas y venir ; qu'il n'avait point d'écharpe et qu'il ne connaissait personne. Nous avons requis une seconde fois le rassemblement de se dissiper; mais la fureur les ayant repris, ils se sont jetés sur nous à coups de cailloux, dont le gendarme Vieille a été blessé derrière le dos, et le cheval du gendarme Yernier , à la jambe. Dans le même instant, ils ont sauté à la corde de la cloche et ont sonné le tocsin pendant trois quarts d'heure, à l'effet d'ameuter le monde. Us cherchaient à nous cerner, en disant qu'il fallait nous égorger. Ne pouvant pas résister à la force, nous nous sommes retirés. »
La municipalité jacobine de Pierrefontaine, qui avait provoqué cette expédition, fut exaspérée par son insuccès. Elle s'empressa d'en informer le district en ajoutant : u Des communes s'y étaient rendues en grande solennité avec leurs bannières. Le mal est presque à son comble. Nos fanatiques lèvent la tête et croient bientôt remporter la victoire. Tout nous fait craindre un soulèvement très prochain. Si vous ne voulez pas nous en croire, envoyez un commissaire pris dans votre sein. Leurs menaces se portent principalement sur les Pierrefontaine, qui, seuls dans toutes nos montagnes, demeurent fermes au milieu de tous ces fanatiques. — Jeanmaire, commissaire permanent, Yacheresse, maire. Dotal, officier municipal, Lapprand, procureur. »
Six semaines environ avant cet échec, la force armée en avait éprouvé un autre à Passavant, en luttant également
RENT&fiB GÉNÉRALB DBS PBfiTRBS DÉPORTÉS. 409
contre la liberté religieuse. Le 26 avril, deux cavaliers en détachement à Lanans, se présentèrent au district, amenant deux prisonniers, et déposèrent le procès-verbal suivant, rédigé par leur chef : « Aujourd'hui, à onze heures du matin^ je me suis transporté avec quatre chasseurs à la chapelle de Rengervelle, territoire de Passavant, et j'y ai rencontré une assemblée d'environ trois cents personnes, tant hommes que femmes. Je leur ai demandé par quel ordre ils étaient assemblés là, et ils n'ont pas pu dire pourquoi. Sur ce, je leur ai dit de se retirer, et la plus grande partie ont fait résistance ; les hommes surtout sont venus sur moi, et j'ai été obligé de tirer mon sabre. Gl.-F. GuUaud et J.-Gl. Brugné, de Passavant y m'ont dit qu'ils étaient libres de faire leur assemblée, qu'ils se retireraient, mais pas encore à présent. Et nous avons entendu plusieurs voix criant que ce serait nous et les gens de Servin qui paieraient tout cela ; sur quoi je vous les envoie. » Gomme cette assemblée n'était pas pré* sidée par un prêtre déporté ou émigré /le district, reconnaissant qu'elle n'avait rien d'illégal, mit aussitôt les deux prévenus en Uberté.
M. l'abbé Gh.-Fréd.-EléonoreBoudot, de Baume, se disant domicilié à Adam, ayant reparu dans cette commune pendant le cours de l'été, le district arrêta, le 8 août, que des ordres seraient donnés à la gendarmerie pour se saisir de sa personne et l'incarcérer. Maisle lendemain, la mère du jeune prêtre déporté ayant mis sous les yeux du district un saufconduit délivré par Saladin, et qui accordait au proscrit un délai de trois décades pour se procurer les certificats nécessaires à l'effet de se faire rayer de la liste des déportés, le district arrêta qu'il serait sursis aux poursuites jusqu'à l'expiration de ce sauf-conduit.
Dans le canton de Glerval, aucune paroisse n'occupa l'administration plus que celle d'Anteuil. M. Monnin, l'excellent curé de cette paroisse, y avait laissé, en partant pour l'exil, sa nièce , M"' Thérèse Bernard, chrétienne remplie de zèle apostolique et de courage. Dès les premiers temps de la rentrée des prêtres, elle fut soupçonnée par les patriotes d'avoir donné asile à son oncle et de favoriser son ministère secret.
410 aunnM vui..
En cooBéqaenoe, une partie de la maoidpalîté et de la garde nationale envahirent son domicile, le 10 mai, et j tronvèr^ït rassemblées une quarantaine de femmes, tontes bien connnes comme attachées aux prêtres réfractaires , et occupées en ce moment à des exerdces de piété, et ils les dispersèrent malgré leur résistance. Ils se UTrèient ensuite sans résultat i la recherche de M. le curé Monnin , dans tontes les parties de la maison. Pour se dédommager de leur insuccès , ils firent une demande très pressante au département, dans le but d'obtenir que M"' Bernard fût expulsée de leur corn* mnne. Ils la représentaient comme conduisant son onde dans les maisons, la nuit, et comme servant de point de ralliement à tous les fanatiques du lieu. Le district transmit cette demande en Tappuyant. filais le département décida, k SOmai, a que renvoyer d'Anteuil la Bernard, ce ne serait qne déplacer le mal pour le porter ailleurs, et qu'il valait mieux la mettre en arrestation par mesure de police jusqu'à non* vel ordre, le procès-verbal de la municipaUté d'Anteuil fournissant des motifs plus que suffisants pour justifier cette mesure. » Le district de Baume fut chargé d'y pourvoir, et en même temps le procureur général adressa une lettre de féUdtation à la municipalité d'Anteuil, en lui faisant obseiv ver a que la tolérance était une vertu répubUcaine, mais qu'il ne fallait pas soufUr que celui qui s'était montré rebelle à la loi, propageât ses opinions. » H"* Bernard fut incarcérée, dans les premiers jours de juin. A peine était-elle en prison, que Lidoine, juge de paix de Glerval, écrivit pour demander qu'en vertu de l'arrêté du département, la détenue fût envoyée devant son tribunal de police correctionnelle. Le district dédda, le 13 juin, qu'elle y serait conduite , le lendemain de grand matin, par les gendarmes. La suite des épreuves de cette vaillante chrétienne est restée ensevelie dans l'ombre, ainsi que les actes de l'obscur jacobin chargé de la chfttier.
Deux mois s'écoulent, et la situation religieuse de cette commune se trouve toute changée. Au lieu de faire peur, les patriotes ont peur à leur tour, et le 27 juillet, la munidpa- Uté étant réunie, un membre expose avec tristesse « que depuis quatre jours, sans le consentement des munidpaux
BENTIÉB GÊlftlALB M8 PRÊTÉES DtPORltS. 411
ni la soumission exigée, ils n'ont pas été peu surpris de voir des individus, se disant prêtres curés, s'introduire dans la €oaimune et y faire leurs fonctions pubUqnement, comme des ci-devant missionnaires, en invitant tous les citoyens des villages voisins à venir entendre leurs sermons contrerévolutionnaires, et qui n'ont d'autre but que de soulever les citoyens les uns contre les autres et d'allumer une guerre civile dans ce département, comme dans la Vendée, en exerçant le culte soi-disant catholique romain dans des maisons, grangeries et processions publiques dans les rues, où la plu* part de ceux qui vont entendre leurs sermons sont armés de fusils, sabres, bâtons et autres armes cachées. Les offiders municipaux ont été obligés, pour éviter toute émeute et effusion de sang, de se restreindre de leur devoir, n'ayant pas assez de forces pour mettre leur autorité en exercice et réprimer l'audace, l'insolence de pareilles assemblées, dirigées par le nommé J.-Ign. Monnin, ci-devant curé d'Anteuil, prêtre déporté, lequel, dans ses sermons, ne cesse de décrier les assignats, disant que ceux qui ont acheté des biens et effets des émigrés et .déportés, sont obligés à restituer, sous peine de damnation, et même que les pères et mères qui ont des enfants aux volontaires, pour la défense de la patrie , sont de même tous damnés ; qu'ils devaient les empêcher d'y aller. Il leur défend encore d'aller entendre les messes et sermons des ministres du culte soumis aux lois , ce qui prouve évidemment que ce sont de véritables contre-révolutionnaires^ qui méritent toute l'attention des autorités, d
Le district s'empressa de transmettre au département ce procès-verbal, visiblementexagéré par la malveillance. «Vous y verrez, disait-il, à quels excès se porte l'audace des prêtres émigrés déportés rentrés. Tous les jours nous recevons des rapports qui nous apprennent leur réinstallation dans leors anciens postes , fondée sur la prétendue tolérance de la république. Ils y prêchent ouvertement le retour de l'ancien régime, entravent l'exécution des lois et la marche des autorités, empêchent même la nouvelle organisation de la garde nationale et partout tiennent le même langage. »
Le 23 août, nouveau cri de douleur des municipaux pa*
iriotes d'Anteuil , dont le parti s'est amoindri de jour en jour. « Aujourd'hui, écrivent-ils au district, environ les six heures du matin, au mépris des lois et du décret qui enjoint aux déportés d'évacuer le territoire firançais,les réfractaires^ ennemis jurés du gouvernement, ont continué à faire des rassemblements. Le déporté Monnin, avec deux autres émigrés, a fait sonner un grand coup de cloche pour assembler, comme ci-devant, ses sectaires dans la maison de la veuve Vautherin. Us y ont tous accouru en bravant les lois et en disant que cela ne venait que du district. Nous demandons que l'administration prenne un parti de vigueur contre ces êtres désobéissants et leurs partisans^ qui, se voyant en force supérieure par leur grand nombre, insultent les vrais citoyens. Ne serait-il pas prudent d'envoyer un détachement pour seconder les efforts des patriotes et procurer l'arrestation de ces émigrés? Aujourd'hui encore, à sept heures du soir, nous avons fait convoquer les citoyens en la forme ordinaire pour publier les lois au lieu accoutumé ; il s'y est rencontré un groupe de fanatiques, en partie composé de femmes; et l'un d'eux, J.-P. Richardey, après avoir entendu la lecture de l'arrêté du directoire (au sujet des prêtres rentrés) a dit en termes formels que cela n'était qu'un arrêté du district,, qu'il n'était pas signé et que l'on s'en f..tait. Plusieurs autres propos ont été tenus par les femmes ; elles ont dit qu'elles se moquaient des lois et des arrêtés , qu'elles au* raient leur curé bon gré malgré. Us ont menacé de rechef que s'il fallait se battre, ils étaient tout prêts. Monnin continue à les endoctriner, leur disant de tenir ferme. Lui et ses consorts émigrés, entre autres l'abbé Vermot, de Saint- Georges, qui en son absence vient faire les fonctions à sa place, propagent les mêmes principes. Notre commune, environnée de toutes parts de fanatiques , se trouve d'ellemême hors d'état de pouvoir procurer l'exécution des arrêtés du district. »
Les administrateurs de Baume, adroitement mis en cause par les jacobins d'Anteuil, déclarèrent que, les propos séditieux dénoncés étant de nature à faire mépriser les lois et les autorités constituées, le juge de paix de Clerval serait requis
RENTRÉE GÉNÉRALE DBS PRETEES DÉPORTÉS. 413
d'informer contre ceux et celles qui s'en étaient rendus coupables.
Le il septembre, nouveau recours des jacobins d'Anteuil au district. Ils dénoncent les rassemblements qui Tiennent encore d'avoir lieu dans leur commune, la veille et l'avantveille, et où se sont rendus les fanatiques des villages environnants. On y a tenu des propos séditieux et tendants à l'insurrection. Le district arrête que Gompagny fils se rendra sans délai à Clerval et à Anteuil pour constater les faits, et se fera accompagner par tel nombre de chasseurs qu'iL trouvera nécessaire.
Gompagny, arrivé à Anteuil, interroge le petit nombre de patriotes fidèles, et recueille les réponses suivantes :
P.-Jos. Richard, officier municipal, a ouï dire par plusieurs qui avaient assisté aux rassemblements faits par Monnin, ex-curé du lieu, qu'il y prêchait que ceux qui avaient des fils volontaires ne pouvaient pas les laisser partir sans perdre leurs âmes, et que ceux qui en avaient à la frontière devaient les faire revenir. Il sait qu'il y a eu un rassemblement très considérable, qui avait pour but de faire relâcher des prêtres émigrés et déportés, parmi lesquels était le curé Monnin, arrêté dans le district de Saint-Hippolyte. Il sait aussi que dans ce rassemblement se trouvaient Gérard Bouvet, P.-Dominique Bouvet son fils, Debourges, Jos. Auguier, Nie. Sancey, et une trentaine d'autres d' Anteuil.
Cl.-Jos. Meillet, cultivateur, a entendu prêcher à Anteuil et à Ghaux par Monnin et par d'autres prêtres déportés qui se faisaient appeler Ferréol, Claude et Vautor, qu'il fallait absolument anéantir la république, chasser les acquéreurs des domaines nationaux, et ne pas exécuter les lois de la Convention; que dans la nuit du 24 au 25 fructidor (10 au 41 septembre) il rencontra plus de vingt particuliers d' Anteuil, avec beaucoup d'autres de Ghaux, qui se disposaient à partir pour se rendre vers Pont-de-Roide, pour faire relâcher le prêtre Monnin. Ils disaient qu'il fallait se presser d'arriver à Dambelin ou à Pont-de-Roide et s'armer de tout ce qui serait possible. Ayant voulu s'avancer vers le rassemblement^ il fut repoussé vivement et traité d'espion. Parmi les attrou-
pés, il a reconnu J.-Fr. Richard, Cl.-Fr. Richard, agent national de la commune, J.-L. Picqnet le jeune, P. Yennot, IRncent Vermot, J.-P. Favelet, Gérard Booret et son fils, J.-L. Lab, Gl.-Ant.-FéHx Hardier, Tolontaire, Ermenfroi Pîcquet, tous d'Anteuil, armés de fusils, sabres, haches et bfltons. n sait qu'ils se sont portés sur Poni-de-Roide et ne sont revenus que hier au soir, environ les neuf heures; pfai* sieurs même ne sont pas de retour.
Etienne Picqnet , cultivateur, a vu le 24 , i huit heures du soir, descendre duLomont deux hommes et six individus habillés en femmes, et qu*il croit être des hommes, tous armés de gros bâtons. Ds vinrent i Anteuil et entrèrent chez Nie. Picqnet le vieil. Un instant après, ledit Nie. Picquet alla dans plusieurs maisons, sans doute pour avertir; car, un instant après, il vit du mouvement dans le village et beaucoup de particuliers qui mettaient leurs habits de ffits pour partir, n ajoute que les prêtres ont fait une missicm k Anteuil, qu'ils ont prêché la contre-révolution, fait des pro^ cessioiA dans la commune, et que, pendant qu'on sonnaiti les cloches à toute volée, Nie. Picquet et Gérard Bouvet gardaient le clocher, pour qu'on ne troublât pas ceux qui sonnaient.
Unautretémoin dépose que lecuréMonninaprêché qu'on ne pouvait point acheter des biens d'émigrés, et que ceux qui en avaient acheté devaient les restituer.
Et. Vergnory, cultivateur, déclare que, pendant la moisson dernière, il vit un rassemblement considérable venant de Clerval, à la tête duquel étaient le maire et les officiers mu-** nidpaux de cette ville, qui marchaient tambour battant* Ce rassemblement avait pour but d'aUer à la rencontre de l'ancien curé de Clerval déporté ; pendant que ce rassemblement passait par Anteuil, on sonnait à toute volée pour lui faire honneur.
Une femme dépose que le curé Monnin a prêché qu'on ne pouvait communiquer avec les prêtres assermenlés ; que c'étaient des apostats, des schismatiquee; qu'oa devait £site l'impossible pour faire rappeler les prêtres déportés; qu'om devait se moquer d'ê^ traduit dans les prisons pour les
EBNTRÉB GtRtaALl BIS PBtlBBS DÉPORTAS. 415
faire revenir. Elle a entendu Dominique Bouvet qui disait au milieu du rassemblemeot : « Allons, dépècbons-nous et partons tous. » Une autre femme a entendu le prêtre Monnin prfteber qu'on pouvait piller ceux qui avaient acheté des biens nationaux, tant qu'ils les conserveraient. La femme de J.-B. Arnoud, cultivateur, déclare que son mari ayant dit à Tagent national, qui se tenait devant le clocher pendant qu'on sonnait sur le passage du curé de Clerval, qu'on ne pouvait pas sonner pour une procession qui avait pour but d'aller chercher un homme que les lois avaient banni , Nie. Picquet, qui l'entendit, et qui avait un couteau de chasse au eùlé, porta à l'instant sa main sur son arme, en disant qu'it bllait qu'il lui coupât la gorge. Son fils survint, qui TempëchA de porter aucun coup. Nicolas Picquet était i cheval et couvert de lauriers, à la tète de la procession qui conduisait en triomphe le curé de Glerval. Un autre témoin dépose que, dans une assemblée communale, il a entendu J.-P. Ricbardey dire qu'ils voulaient les anciens i»rètres déportés et qu'ils les auraient. Etienne Lab déclare que, la nuit dernière, il a vu passer, à une heure du matin, un rassemblement* d'au moins quatre-vingts hommes, tous armés de baïonnettes et de bâtons ferrés, qui venaient du côté de Clerval et se portaient contre Blamont. Dans la même nuit, un grand nombre d'hommes et de femmes n'ont cessé d'entrer ches P.-Pr. Picquet. Hier, 26, vers midi, lorsqu'un détachement de chasseurs passait par Anteuil, il a entendu P.-Fr. Ricbar* dey, Claudine et Marie Biarsoudet dire : « Nous irons les attendre à la Crochière (gorge entre Pont^e-Roide et Bla* mont), où nous en trouverons quelques-uns. »
P. Boillon déclare que, hier au soir, Ermenfroi Picquet lui a dit qu'il devait encore descendre des montagnes plus de dix mille hommes pour faire relâcher les prètres^ détenu» A- Blamont; que le village où ce» prêtres avaient été arrêté», serait brûlé et saccagé.
Compagny ayant continué ses informations i Clerval, le 43 septembre, apprit que plusieurs babîtaDis de cette "rilto» étaient allés au rassemblement du côté de Blamont, entre autres P. Berçot, J.-B. Perretle et J. Blacabé, et que c'était
416 CHAPITEB LIIX.
Anne-Clanâe Lemoine, Claude-Françoise Lemoine, et J***- B^ Raviot, qui avaient averti ceux qui étaient partis. Le district, après avoir entenda le procès-verbal de son commissaire, décida qne cette pièce serait envoyée, à la fois, i Taccusateur du tribunal criminel et au Ck)mité de sâreté générale, à Paris.
A Pompierre, la municipalité s'était divisée en deux partis : Tun protégeait les prêtres, et l'autre les dénonçait. Ces derniers écrivirent au district : «Un nommé Javaux, déporté, étant venu ici, le 5 thermidor (23 juillet) a, sans. aucune soumission, exercé le ministère de son culte chez Nie. Morel^ sur Tantorisation du maire et de quelques membres du conseil qui ont approuvé cette conduite infâme, et cela a occasionné une source empoisonnée de désordre et de désunion. » Ces municipaux dénonciateurs étaient les fidèles adeptes de leur intrus Jacoutot.
On a vu, par les dépositions recueillies à Anteuil, avec quelle pompe et quel éclat la population de Clerval s'était portée au devant de M. Briot, son bien-aimé pasteur. Telle était l'unanimité des habitants, qu'il ne se trouva pas parmi eux un seul dénonciateur. Le procureur général de la Haute- Saône crut devoir informer lui-même le département du Doubs d'un si grand scandale. « A Clerval, écrivait-il, le 8 septembre, la municipalité en écbarpes, la garde nationale avec ses drapeaux, la paroisse avec ses bannières, sont allés au devant de leur prêtre déporté. »
XYil. Les paroisses rurales environnantes se montraient animées du même esprit. Dodivers, d' Anteuil, commissaire permanent du district dans ce canton, lui écrivait, le 10 juin : < Dans la nuit du 15 au 16 prairial courant (3 et 4 juin), il s'est fait un rassemblement considérable de fanatiques, âmes damnées des prêtres déportés. Il y en avait de plus de trente communes, tant de notre district que de celui de Saint-Hippolyte. Ce rassemblement a été présidé par trois de ces prêtres, il a eu lieu dans le finage de Toumedoz, à peu de distance du village. Les partisans de ces rassemblements se permettent des propos séditieux et crient publiquement: Vive le roi! vivent les arisiocraiesf »
RBNTRÉB GÉNÉRALB DES PBÎTRES DÉPORTÉS. 417
Le 5 juillet^ le district fut informé qu'un rassemblement très considérable et également présidé par plusieurs prêtres déportés, venait encore d'avoir lieu à Hyémondans. Il se borna à déclarer « que les agents nationaux et autres fonctionnaires, loin de pouvoir exécuter les lois à cet égard^ étant paralysés, soit par des menaces, soit par le danger qu'ils encourraient en poursuivant des coupables trop multipliés, le département serait consulté sur les moyens les plus prompts à employer. »
Le canton deTIsle-sur-le-Doubs offrait le même spectacle. Barberet , commandant en chef de la garde nationale du canton, s'en lamentait ainsi, le 5 juin : « Des rapports journaliers démontrent la fréquente existence de rassemblements composés dç mille et jusqu'à quatre mille âmes, dans un circuit de trois lieues de mon canton. Hier, dans la partie artsontak^ deux mille âmes rassemblées ont été aperçues, lesquelles, présidées par cinq prêtres insermentés, furent conduites en procession, chantant sans crainte, dans le long espace qu'elles parcoururent. Ensuite, elles furent servies de trois prônes, dans lesquels distillait le poison le plus subtil, puisqu'il prenait sa source dans la haine et le désespoir. »
La commune de Montenois fut l'une des premières à manifester hautement sa fidélité religieuse. Jos. Dubourg, agent national, écrivit, le l"mai, au district : « Pour vous prouver jusqu'à quel excès se porte le fanatisme dans notre commune, vous trouverez sous ce pli un imprimé intitulé : A Monseigneur Lentzburg, que j'ai trouvé hier, à quatre heures du matin, affiché avec deux clous après l'arbre de la hberté. (C'était la rétractation de M. l'abbé Petit.) Je l'ai fait voir au maire et à plusieurs particuliers. Cet écrit y a été posé pour tâcher de fanatiser le reste de la commune et poiu* tenter parmi nous une guerre civile; car la loi sur la liberté des cultes a tant enhardi les fanatiques, qu'ils s'assemblent sans prêtres et célèbrent eux-mêmes les ci-devant offices, de jour même. Nous avons déjà fait, avec les gendarmes, des visites nocturnes au domicile des personnes soupçonnées d'avoir reçu des prêtres déportés, mais nous n'avons rien trouvé. On murmure qu'il y en a un dans nos cantons ; que