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m6me les fanatiques de notre coounune lui ont porté des secours dans les bois Toisins ; mais nous n'avons rien pu découvrir; de manière que je ne sais plus quel moyen prendre. Le meilleur sera la force armée. » Le district répondit ; (( Nous avons reçu ta lettre avec l'exemplaire de TAideuse rétractation du prêtre Maurice Petit. Nous te remercions et te prévenons que nous venons de renforcer la brigade de gendarmerie d'Ârcey de six chasseurs à cheval, et que si tu as besoin de forces pour comprimer les séditieux, tu pourras en requérir, ji
La commune d'Arcey, qui avait été entraînée tout entière dans le schisme par son vieux curé, M. Levain, se trouva peu favorisée de recevoir ces garnisaires, et la municipalité s'en plaignit en ces termes au district , le 6 juillet : « De* puis quelques mois un détachement de chasseurs a été envoyé à Arcey. La municipahté ignore encore pour quelle raison. Peu de communes peuvent se flatter d'être aussi tranquilles» Mêmes sentiments, mêmes opinions pour le culte, etc. » Le district fît droit à cette plainte et rappela les chasseurs huit jours après. Si M. le curé Levain avait entraîné ses parois* siens dans sa chute, il est malheureusement à présumer qu'il ne les ramena pas aussi facilement à l'orthodoxie par la rétractation si généreuse qu'il fit à cette époque, en quittant un ministère dont il se déclarait devenu indigne. On en trouve une preuve dans la lettre suivante, si honorable d'ailleurs pour le reste du pays, envoyée d'Arcey au district, le 30 août, par Bidainel, commissaire du canton d'Onans :
« L'appui que la généralité des campagnes donnent aux prêtres déportés répandus dans les cantons, va singulière* ment contrarier les vues des administrations. Le fanatisme, monstre désastreux, est présentement à l'ordre du jour, les communes se réunissent en procession pour aller chercher çt ramener dans leur sein leurs anciens prêtres déportés. La garde nationale les accompagne en armes et fait des décharges pour témoigner sa satiàaction et celle du peuple. Le mépris des lois est aujourd'hui une vertu chrétienne^ puisque la plupart des prêtres non déportés et qui exercent pubhquement le culte cathoUque^ n'ont pas encore fait les
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soumissions exigées par la loi. Boucard, qui dessert Arcey, est dans ce cas. Quels sont les moyens de réprimer un abus aussi destructeur du régime républicain? » Ce Boucard était l'intrus de Hontenois.
Le â octobre, la municipalité de Marvelise envoya au -district la liste des habitants de cette commune qui donnaient asile aux prêtres proscrits. Cette liste d'honneur ne s'est malheureusement pas conservée.
Le maire patriote de Guisance, np pouvant plus résister aux vœux des catholiques , qui s'étaient multipliés à Cuisance, Guillon et Montivernage, demanda des secours au district. On lui envoya aussitôt un détachement de chasseurs à cheval. Martin, commandant de la troupe, a consigné le résultat de cette expédition dans le rapport suivant : « Nous sommes arrivés le 23 brumaire (44 novembre). Le 24, je vis qu'il y avait un rassemblement près du moulin à papier. J'envoyai deux chasseurs en reconnaissance. Ils rapportèrent qu'il y avait environ trois cents personnes qui entendaient Ja messe d'un prêtre déporté. On célébra la messe du citoyen Pouillet (curé constitutionnel) dans l'église de Guisance avec toute la tranquillité possible. Le reste de la journée se passa assez bien. Vers les quatre heures, la partie du peuple qui ne veut point de prêtres assermentés, me fit appeler chez le maire ; j'y allai, et, les chasseurs arrivés là, je trouvai quatre individus. L'un d'entre eux, 'nommé Ligier Nachin, de Montivernage, ci-devant administrateur du district, me dit qu'il était venu au nom de ceux de son culte pour sommer le maire de Guisance dô leur fixer une heure pour exercer leur culte, et que le maire s'y était refusé. Le maire s'y refusait, parce que la loi refuse aux prêtres déportés de célébrer la messe, et parce qu'il avait d'ailleurs des craintes fondées sur ce que, n'étant qu'une partie très faible de patriotes, il appréhendait quelques violences de la part du parti opposé. Il demande la marche qu'il doit tenir, et s'il doit accorder ou refuser les clefs de l'église. Je fis promettre aux députés de ces fanatiques de ne point faire de contraventions; ils me le promirent, et je fis remonter i cbeval mes chasseurs pour retourner à Guillon. Le calme
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étant rétabli en apparence^ nous repartîmes le lendemain pour Baume. »
XYIII. Si l'administration du district d'Omans n'était pas moins disposée que celle de Baume à faire 'une guerre impitoyable aux prêtres rentrés, la population, de son côté, y était encore plus généralement disposée à les défendre et à les sauver à tout prix. Le 23 mars, Boulet fils, agent national du district, ayant remis au directoire une lettre qu'il venait de recevoir du Comité de sûreté générale, pour activer l'arrestation de ces respectables proscrits, le district décida que cette lettre serait imprimée et envoyée à toutes les municipalités. Il déclara en même temps « que les municipalités étaient chargées d'exercer la plus exacte surveillance pour découvrir les prêtres rentrés; que la garde nationale et tous les citoyens devaient donner des preuves de leur dévouement à la patrie, en arrêtant ces perturbateurs, qui venaient répandre la division dans le sein des familles; que les municipalités prendraient des informations contre les receleurs de prêtres, et même les feraient arrêter; enfin, que la gendarmerie redoublerait de zèle et de vigilance pour les arrêter aussi. »
L'occasion d'appliquer ces mesures ne se fit pas attendre longtemps. Deux jours après, les officiers municipaux d'Etalans adressèrent au district le procès-verbal suivant : «Avertis, en l'absencQ du maire et de l'agent national, que, ce présent jour, à sept heures du matin, il s'était dit une messe dans la maison de Cl.-Jos. Gerrier, par un prêtre déporté, et voyant plusieurs rassemblementâ aristocratiques dans cette maison, nous avons requis la garde nationale de nous accompagner pour faire perquisition dans la maison de Gerrier et arrêter cet émigré, suivant la loi. L'émigré, en faisant fonction publiquement, a troublé l'esprit public qui régnait dans notre commune et cherche la contre-révolution. Nous avons fait perquisition inutile ; l'émigré était parti. Nous n'avons trouvé qu'un crucifix caché dans un lit, et une nappe sur une table où il avait rebaptisé tous les enfants des pères et mères aristocratiques. Etant revêtus de nos insignes et nous en retournant dans nos foyers, nous avons trouvé devant la maison
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d'André Amiot, voisine de celle de Gerrier, un rassemblement de femmes aristocratiques qui attendaient pour nous arrêter et nous assassiner, en cas que nous eussions pris le curé réfractaire. Les auteurs de cet attroupement sont Marguerite et Marie Mercier, Marianne Noiret, femme Bazile, Claudine Gauthier et Marie Bazile. Elles nous ont chargés d'injures et de calomnies les plus atroces, nous faisant des hurlements les plus injurieux, comme à des malfaiteurs. Nous invitons, en conséquence, les administrateurs du district à faire saisir les auteurs et fauteurs de ce rassemblement et à les traduire dans la maison d'arrêt d'Ornans, pour le temps qu'ils trouveront convenir. — P.-Jos. Amiot, P.-F. Amiot, Emm. Millot, P.-F. Rousset, officiers municipaux, EvaristeRousset, Barth. Bruleport, notables. »
Le lendemain^ nouveau procès-verbal des mêmes municipaux patriotes. « Etant entrés , disaient-ils , chez Cl.-Jos. Gerrier, nous avons vu deux individus inconnus. L^un disait la messe, et l'autre a parlé pour diffamer les curés constitutionnels, disant que tout était perdu ; que tout ce qu'on avait fait sous les prêtres constitutionnels ne valait rien 'et qu'il fallait tout recommencer. On a vu porter des enfants dans c^tte maison pour les baptiser. »
Six jours après. Boulet, procureur syndic, représenta au district que Gl.-Jos. Gerrier, d'Etalans, était accusé d'avoir donné asile à des prêtres émigrés, et d'avoir souffert dans son domicile des rassemblements où ces prêtres avaient prêché la sédition; que ces faits étaient certifiés par une déclaration des officiers municipaux d'Etalans. Il demanda qu'il fût pris des mesures pour arrêter ces désordres et faire punir les complices et les receleurs de prêtres. Le district, faisant droit à ces réquisitions, décida que Gerrier serait dénoncé à l'accusateur public, et, par mesure de sûreté générale, traduit à la maison d'arrêt. Ce fut seulement le 14 juin que cette affaire arriva sous les yeux du département. Michel, procureur général par intérim, en exposa les diverses circonstances. Mais l'accusation avait beaucoup perdu de sa gravité à l'égard de M. Gerrier, par suite d'une nouvelle déclaration de la municipalité, constatant que la grange où la
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messe avait été célébrée dépendait du logement d'un locataire et non de celui du prévenu. Le département décida, en conséquencej qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre M. Gerrier, laissé jusqu'à ce moment en liberté.
Le 8 avril, Boulet remit encore au district un procèsverbal signé par plusieurs membres de la municipalité et de la garde nationale de Loray, constatant qu'il s'était fait, l'avant-veille^ à une heure après minuit, dans la maison de F.-Jos. Lapprand, un rassemblement de fanatiques,, présidé par un prêtre émigré ; que ce prêtre avait été saisi par le citoyen Regnaud, capitaine de la garde nationale; mais qu'il lui avait été arraché des mains par J.-Jos. Paivre, de Loray, qui lui avait sauté aux cheveux et l'avait maltraité ; qu'on avait trouvé dans la maison de Lapprand différents effets du culte, avec une veste appartenant au prêtre et remplie de papiers incendiaires ; et enfin, que tous ces objets avaient été déposés chez le maire de Loray. Boulet ajouta que, d'après les confidences des personnes de la maison, ce prêtre émigré était J.-Cl. Perrin, de Loray, et qu'il avait été amené aa domicile de Lapprand par J.-Jos. Faivre. Il requit, en conséquence, le district de dénoncer à l'accusateur public ces deux derniers et de les mettre sur-le-champ en arrestation. Il indiqua cinq témoins à entendre contre les deux prévenus : Cl.-Jos. Henriez, maire de Loray, J.-B. Monnier, officier municipal, P.-F.-Michel Binétruy, notable, Regnaud, capitaine de la garde nationale , et J.-G1. Monnier, simple membre du même corps. Le district fit droit à toutes les réquisitions de l'agent national et décida, en outre, que la municipalité de Loray, après avoir fait l'inventaire des papiers saisis chez Lapprand , les transmettrait à l'administration. Le 26 mai, Boulet, étonné du silence gardé jusqu'à ce jour sur cette affaire par le département, écrivit au procureur général pour la lui rappeler et lui envoya en même temps les deux manuscrits trouvés dans les vêtements de l'abbé Perrin, l'un intitulé Cas décidés^ et l'autre Instructions pour la pratique du saint ministère en France, durant la perséeur tion. 1795. a Tu y verras, ajoutait-il, la perfide doctrine et les prédications subversives des soi-disant apôtres de la re-
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ligion, qui veulent régir les cœurs et diriger la puissance civile. Aujourd'hui là voie de la dénonciation contre les receleurs de prêtres est une mesure usée ; la punition ne peut concourir à l'exemple et à la répression, car il n'y a que des coupables. » Michel ayant soumis cette affaire au département, le 14 juin, avec celle d'Etalans, le département décida que Faivreet Lapprand, prévenus de recel d'émigrés et d'insultes graves et voies de fait envers les officiers municipaux, seraient dénoncés à l'accusateur public près le tribunal criminel. La modération de M. Guillemet les sauva.
Le 8 avril, l'infatigable Boulet déclara encore que, se trouvant à Fallerans, trois jours auparavant, il y avait appris qnedes prêtres déportés étaient venus dans cette commune ; que des citoyens coupables leur avaient donné Thospitalité , et que ces prêtres avaient dit la messe et prêché , même pendant la nuit précédente, au miUeu d'un rassemblement d'habitants de la commune et des environs. « J'ai fait convoquer la municipalité, ajouta-t-il, pour lui déclarer ce qui se passait, et lui indiquer les mesures qu'elle devait prendre pour découvrir Tasile de ces ennemis de la république, les faire arrêter , dissiper les rassemblements et eu saisir les auteurs. Il s'est trouvé, dans l'assemblée municipale, plusieurs autres citoyens. Quelques-nns m'ont assuré qu'il n'était que trop vrai que des scélérats de prêtres émigrés avaient été reçus dans cette commune ; qu'ils y avaient corrompu l'esprit pubHc, excité au meurtre, au désordre et à la désunion, et que les membres de la municipalité n'avaient fait aucune diligence pour parer à ces désordres. La municipalité protesta contre leurs allégations, en disant qu'elle n'avait pas connaissance de ces faits, et que les citoyens qui lui faisaient des reproches, auraient dû les avei^ tir. Félix Drouhard, présent à la séance, a dénoncé son frètfe Joseph, officier municipal, pour être allé à la messe de ce^ prêtres émigrés. Celui-ci l'a avoué; en disant qu'il avait fait une faute et qu'il s'en repentait. Victor Drouhard a dit que le rassemblement avait eu lieu chez Léon Drouhard. Je suis informé qu'il y a eu, encore à Fallerans, dans la maison de Félix Berreur, un autre rassemblement où se trouvaient des
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prêtres émigrés. On m'a indiqué comme témoins Victor Droubard et sa femme, Barbe Guillamme^ P' Berreur^ femma de Guillamme, administrateur du district, etc. Les croix et signes extérieurs du culte qui avaient été enlevés dans cette commune^ ont été redressés aussi dans la journée du 46 germinal (5 avril). J'ai requis la municipalité de les faire aussitôt enlever, mais à mon départ les croix existaient encore debout. Considérant donc qu'il résulte des maux incalcula* blés de la rentrée des prêtres déportés et émigrés, qui se répandent dans les communes pour insinuer des principes perfides et mettre la désunion dans les familles ; qu'il est ur^ gent de les faire arrêter ; qu'il est hors de doute qu'ils ont été reçus à Fallerans, et que Jos. Droubard est convenu d'avoir assisté à leur messe au lieu de les dénoncer ; je requiers 1* que Jos. Droubard soit destitué ; ^ que l'agent national de Fallerans soit mis en arrestation, dans le cas où les signes du culte existeraient encore dans sa commune, ce qui sera exécuté par la gendarmerie, qui vérifiera le fait en faisant sa tournée; 3® que le juge de paix soit invité à informer contre les prêtres rentrés et contre ceux qui leur ont donné asile. » Un arrêté conforme couronna ce réquisitoire.
Le 12 avril, il arriva à Boulet un nouvel auxiUaire. P.-F. Piguet, officier municipal à Villers-sous-Montrond, se présenta au district et dit : « Le 20 germiual courant (9 avril) dans la soirée, Cl.-F. Piguet, notable et officier public, et Nie. Decreuse, secrétaire de la commune, se sont rendus chez moi et m'ont dit, en présence de ma femme, qu'il y avait plusieurs particuliers de Villers qui réclamaient un prêtre; que si l'on voulait se taire et ne rien dire, Joliclerc, ancien curé, n'était pas éloigné, et qu'on aurait bientôt fait de le faire venir. A cette proposition j'ai répondu que je ne voulais ni prêtres ni nobles, et que je ne consentirais jamais à ce qu'on me demandait. Je sais qu'aujourd'hui même, vers trois heures du matin, ledit Joliclerc, ancien curé déporté,, est venu à Villers et qu'il a cérémonie dans la grange d'un particulier, sans que je puisse dire positivement laquelle. Cette grange et le grenier à foin étaient tout remplis de gens de Villers, qui ont assisté à la messe et aux autres cérémo-
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nies religieuses célébrées par Joliclerc. Dans la crainte que j'allasse les troubler ou que je fisse des démarches pour arrêter ce prêtre, on avait eu soin d'investir ma maison de gens armés, qui veillaient aux fenêtres et aux portes et qui ont patrouillé dans toute la commune. En conséquence, je n'ai pu sortir de chez moi, ni venir aussitôt à Omans chercher main-forte pour faire l'arrestation de Joliclerc. Parmi les personnes qui étaient armées et qui patrouillaient, ma femme a reconnu J.-Nic. Piguet, Laurent Piguet et Sébastien Piguet. Lorsque je suis venu ce matin à Ornans , les sœurs de Gl.-F. Piguet m'ont dit: Ça ira, n L'agent national du district, moins sensible que le dénonciateur à ce dernier propos ironique, se borna à requérir que les deux municipaux prévaricateurs, Cl.-F. Piguet et Decreuse, fussent appelés devant l'administration et interrogés sur les faits à leur charge, ce qui lui fut octroyé avec empressement.
XIX. Entre toutes les tentatives de délivrance accomplies dans les premiers mois de 1795, en faveur des prêtres arrêtés , ce fut près d'Ornans que fut remporté le succès le plus brillant et le moins chèrement payé. Le di^rict de Pontarlier, pour qui la chasse au prêtre avait une volupté sans égale, eut, le 22 avril, le bonheur d'annoncer en ces termes aux comités de sûreté générale et de salut public, une double capture : « II n'est que trop vrai que les prêtres émigrés rentrent en France pour attiser les feux de la discorde et propager leurs principes sanguinaires. Avant-hier les gendarmes de Jougne, informés par un patriote des fréquentes assemblées de fanatiques formées dans une maison particulière des Hôpitaux- Vieux, s'y sont transportés pour faire, avec la municipalité, une visite domiciliaire. A peine étaient-ils arrivés près de la maison, que les fanatiques rassemblés tentèrent de faire évader le prêtre qui les endoctrinait. Il ne porta pas loin ses pas. Les gendarmes courent et le saisissent. Interrogé par la municipalité, il se déclara prêtre, ayant résidé en Suisse depuis sa déportation, et rentré en France depuis peu de jours. Amené par-devant l'administration, il a déclaré se nommer J.-Ant. Maire, originairedes Foûrgs. Nous avons vérifié si c'était le même que le prêtre de ce nom, porté sur
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la liste des émigrés, et nous l'avons traduit par-devant le tribunal criminel du département, pour y subir la peine prononcée par les lois. Il a présenté aujourd'hui une pétition pour être admis à prouver sa résidence constante en France ; mais nous ne pensons pas qu'il puisse y être fait droit , parce que la loi du 26 août 1792, vieux style, lui a été signifiée comme ayant été dénoncé par plusieurs citoyens pour exciter des troubles par la propagation de ses principes. H ne serait que plus coupable s'il n'avait pas obéi à la loi. Voilà un succès, et nous en annonçons un autre.
u Un nommé Lucas, originaire de Bonnevaux, exerçant des fonctions publiques ecclésiastiques dans l'Isère, et ayant prêté le serment exigé du clergé, s'étant rétracté, avait été mis, à ce qu'il assure, en arrestation dans les prisons de Grenoble, où il est resté pendant dix-huit mois. Les gendarmes , dans une tournée , l'ayant trouvé chez lui , l'ont amené au directoire , qui Ta fait conduire dans la maison d'arrêt de Besançon. Il faut espérer que ce ne sera pas là le terme de toute arrestation de prêtre.... Le législateur, toujours occupé du bonheur de ses commettants, sapera tout à coup les fondements de cet édifice de crimes, et rendra les efforts de ses auteurs aussi inutiles que ceux des conspirateurs qui les ont précédés. Nous vous invitons à proposer i la Convention de décréter de fortes peines contre ceux qui osent receler des prêtres réfractaires, et de déclarer, en même temps, que la liberté des cultes, rétablie par la loi du 3 ventôse dernier, ne peut autoriser leur rentrée. C'est cette loi qui sert de manteau à leurs incursions; car ils disent tous que c'en est une conséquence naturelle ; qu'il n'y a plus de libre exercice du culte , si chacun n'a pas des prêtres de la rehgion qu'il adopte. Au moyen de ce raisonnement mal fondé, ils attachent à leur cause tous ceux qui les abordent, n
Le district de Pontarlier s'empressa d'annoncer ainsi cette bonne nouvelle à Gallet, son agent à Paris: « Nous t'annonçons encore l'arrestation de deux prêtres émigrés. Tu vois que les démarches que nous avons faites pour la sûreté de nos frontières n'ont pas toujours été inutiles. Du moins ces
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deux-là paieront pour les autres. Nous les avons envoyés an tribunal criminel pour en faire bonne justice. »
M. Ferdinand Lucas, en ce moment âgé de cinquante-trois ans, était curé à Tréminis, dans le département de liséré, en 1791. Il prêta alors le serment constitutionnel, et, de son propre aveu, le rétracta huit jours après ; mais cette rétractation eut sans doute peu de publicité, car il put rester impunément à la tète de sa paroisse jusqu'au mois de décembre i 793. Incarcéré à cette époque à Grenoble, il ne fut mis en liberté, par le district de cette ville, qu'au mois de mars 1795, et reprit aussitôt le chemin de sa province natale. Arrêté à Saint-Claude, dans le Jura, il fut relâché après quatre jours de détention. 11 venait à peine d'arriver à Bonnevaux, et d*y faire, devant la municipalité, sa déclaration de résidence , lorsqu'il se vit arrêté pour la troisième fois, le 16 avril , et conduit en prison à Pontariier. Amené devant le district, il répondit qu'il n'avait plus d'autres papiers que son extrait de baptême et ses lettres de prêtrise, que le district jugea à propos de retenir. Cette administration cruelle, tirant profit des aveux du prisonnier, déclara qu'il était sujet à la déportation pour avoir rétracté son serment, et passible de la peine de mort, comme déporté en rupture de ban, et qu'en consé* quence il serait traduit au tribunal criminel, pour être jugé conformément aux articles 5, iO et 15 de la loi sanguinaire des 29 et 30 vendémiaire an ii. Le malheureux prêtre était déjà parti pour la maison de justice de Besançon, lorsque le district de Pontariier reçut de celui de Grenoble des certificats très favorables et parfaitement en règle, constatant que H. Lucas avait prêté le serment et n'avait été incarcéré qu'en qualité de suspect.
Mais ni M. Maire ni M. Lucas n'étaient destinés à satisfaire cette soif de sang dont les tyrans de Pontariier continuaient à être obsédés. Chargés de chaînes, les deux prêtres avaient déjà accompli, de brigade en brigade, la moitié de leur lugubre voyage et avaient fait étape dans la prison d'Ornans pendant la nuit du 27 au 28 avril. Ils en sortirent à six heures du matin, sous la conduite des gendarmes Brenet, iMarguet et Amoudru, brigadier, et en compagnie de
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six prisonniers de guerre autrichiens. Ces derniers, beaucoup moins mal traités que les prêtres, avaient les mains libres. Quelques heures après, les gendarmes rentraient i Qmans, avec une partie seulement de leur convoi^ et faisaient au district le rapport suivant :
« Arrivés i trois quarts de lieue d'Omans (à la Combe- Punais), nous avons aperçu sur le bord du grand chemin tirant du côté de la grange des Gramb-Prés^ une multitude d'hommes armés de fusils, de sabres et de bitons garnis de baïonnettes. Deux d'entre nous se sont avancés pour les désarmer; mais, n'y ayant pas réussi, ils se sont repliés sur le convoi de prisonniers qui nous était confié. Quand nous fûmes vis-i-vis le chemin de traverse qui conduit d'Omans i Besançon, s*est avancé un homme masqué et accompagné d'une foule de monde. D nous a dit : /? vous requiers, au nom de la rtUgian eaikoiique, apostolique et romaine, de nmts rendre les préires que vous conduisez, et nous ne vous ferons aucun mal. Sur quoi, le brigadier lui a dit : /e 1^ requiers, ainsi que toute ta suite, au nom delà loi, de te retirer, ou je te brûle la cervelle à Finstant. Alors une foule de gens, tous déguisés, se sont jetés avec précipitation contre nous et se sont emparés de tous les hommes que nous conduisions. Nous avons vu qu'il était inutile d'en venir à la force, contre douze à quinze cents personnes, tant hommes que femmes, tous armés. Hs ont forcé les cadenas et ont mis en liberté les prêtres. Nous les avons requis de nous rendre les autres prisonniers, ainsi que les cadenas et les chaînes, ce qu'ils ont exécuté i Tinstant. Nous présumons que dans cette troupe infernale de brigands, il y avait des citoyens de Malbrans, Tarcenay, Mamirolle , Foncherans , Trepot, Bonnevaux et Chartx)nnièfes. La veille, on avait déjà entendu dire à Cléron qu'un complot était formé pour délivrer ces prêtres, i leur passage. »
L«s prisonniers autrichiens, interrogés par le district, confirmèrent ce rédt, en ajoutant qu'ils avaient remarqué parmi les assistants plusieurs volontaires en uniforme. Mais, outre ces soldats en uniforme, il s'en trouvait encore d'autres dans le rassemblement. Nous citerons M.*Grosjean, mort»
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il y a quelques années, curé de Hyèvre, et M. P.-Jos. Cornu, de Saules, qui vivait encore en 1867, âgé de quatre-vingtquatorze ans. Tous deux réquisitionnaires, et peu désireux de se battre pour la Convention, ils étaient entrés à l'hôpital d'Ornans, sans doute en qualité de malades; ils y restèrent secrètement, en qualité de serviteurs de la maison. Ce fut à leur activité et à leur dévouement que fut confié le soin d'aller en toute hâte prévenir les populations environnantes et de les réunir dans le défilé où devait avoir lieu l'arrestation du convoi.
Le district déclara a que cet attentat était une insurrection contre la loi et un crime contre l'ordre puWic; que ce crime était d'autant plus dangereux par ses suites, qu'il était reflet de l'esprit de contre-révolution propagé dans toutes les campagnes par les prêtres réfractaires, et qu'il était plus que temps de le réprimer par tous les moyens ; qu'en conséquence, il serait, dans la journée même, rendu compte de cet attentat au département, et qu'en attendant les mesures générales, des informations seraient prises incontinent par le juge de paix et le lieutenant de gendarmerie, contre les auteurs, fauteurs et complices de la rébeUion. »
Le lendemain, le département décida que les faits seraient dénoncés à l'accusateur public du tribunal criminel et que le commandant de la gendarmerie serait invité à prendre, à l'avenir, des mesures suffisantes pour empêcher de pareilles évasions. Michel, faisant fonctions de procureur général, écrivit le même jour à Boulet : « Le directoire est, comme toi et tous les bons citoyens, très affligé de l'empire que paraissent prendre sur les peuples ces pïêtres rebelles.... Quant à toi, ton zèle est au-dessus de tout. Il nous reste à chercher, par tous les moyens possibles, à découvrir les auteurs de l'enlèvement. Je soupçonne que quelques prêtres étaient à la tête des égarés qui ont commis le délit, et que ces chefs ont des complices à Omans même, qui ont donné les avertissements et indications convenables. Cet attroupement n'a pu, en effet, se former si subitement sans être préparé i
l'avance. »
Les administrateurs de Pontarlier ne manquèrent pas de
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fournir leur contingent à cette enquête. Ils écrivirent, le 5 mai, à leurs collègues d'Omans : a Nous sommes instruits que le département a envoyé un commissaire pour informer sur les lieux, et qu'il fait appeler des témoins pour entendre leurs dépositions. Cette sage mesure pourrait produire un bon effet, si les patriotes des communes avaient assez de force pour divulguer la vérité et dénoncer tous les coupables; mais malheureusement leur boune volonté, comprimée par la supériorité de leurs adversaires, est obligée de céder au nombre et préférera sans doute la tranquillité aux dangers. Il y a deux personnes de ce district qui pourraient donner des renseignements sur cette affaire ; ce sont les citoyens J.-F. Courpasson, de Morteau, ex-membre du comité révolutionnaire, et Simon Perron, orfèvre à Pontarlier. Il est peutêtre très utile de les entendre, l'un et l'autre. Veuillez les désigner au commissaire du département. Nous avons de violents soupçons que deux personnes de Pontarlier faisaient partie du rassemblement, et nous craignons même qu'elles ne l'aient suscité. Moins habiles que leurs chefs et moins clairvoyants, ils se sont, à ce que l'on présage, abandonnés au torrent de la fureur fanatique, et à l'aide de l'air gauche qu'ils ont, l'un et l'autre, ils ont pu parcourir les différents villages qui ont pris part au rassemblement. L'un se nomme Quentin Millet, et l'autre Damien Colin, le premier, serrurier, et le second, ancien marchand de vins. L'opinion publique est clairement manifestée sur leur compte, et notamment sur ce dernier, qui regrette les anciennes congrégations, dont il était préfet. Il ne sera pas inutile de les entendre, et quoique la négative soit leur plus sûr retranchement, à l'abri duquel se mettent tous les partisans des émigrés, leurs réponses laisseront peut-être entrevoir quelque chose de caché. Assurément, le parti des réfractaires est fort, et si nous n'employons toutes les armes à notre disposition pour loi porter de grands coups, du moins aux chefs, il n'y a plus de doutes, il augmentera chaque jour, et la liberté ne rangera presque plus personne sous ses drapeaux.... — Gros, Callier, Parrod. »
Le district d'Omans, de son côté, n'épargna rien pour
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découvrir les auteurs de renlèvemeût des deux prêtres. Boulet écrivit^ le 6 mai, au départemeat : « On croit que deux prêtres réfractaires, Joliclerc^ curé de Villers-sous- Montroud, et Gauthier, de Foucberans, étaient à la tête de l'attroupement. Les deux prêtres ont été visités dans la maison d'arrêt, suivant le rapport de la femme du concierge^ par les hospitalières Vercia et Jannet, par deux filles Vercia, une fille Sanderet, une fille MuseUer, la domestique de la citoyenne Renaud et celle du citoyen Pugey père, qui leur ont apporté des vivres. J'ai ouï dire que le complot pour la délivrance du plus jeune des deux prêtres avait été projeté dans le district de Pontarlier. Joliclerc, les deux prêtres évadés et un inconnu, ne font que courir de Villers à Tarcenay pour célébrer. » M. l'abbé Gauthier, de Foucberans, à qui le bruit public attribuait la direction de l'enlèvement de la Combe-Punais, était un prêtre d'une vigueur herculéenne^ à qui trois ou quatre gendarmes réunis ne faisaient pas peur, et dont les tours de force, accomplis pendant la Révo« lution, sont devenus légendaires.
Le département, voyant que la lumière ne se faisait pas vite sur cette affaire, arrêta, le même jour, que le district d'Ornans donnerait des ordres pour faire informer par-devant un officier chargé de la police de sûreté, contre les auteurs, instigateurs et complices de l'attroupement ; que le district se ferait rendre compte, par les municipalités des communes soupçonnées d'avoir pris part à cet attroupement, des mesures qu'elles avaient dû prendre pour le prévenir et le dissiper ; et qu'il poursuivrait celles de ces municipalités qui n'auraient pas fait à cet égard ce que la loi leur prescrivait; que le district prendrait les mesures nécessaires pour appuyer, par une force armée suffisante, les informations qu'il ferait prendre ; et que dans le cas où il ne se croirait pas assez en force, il en préviendrait le département^ qui prendrait des moyens pour assurer l'empire de la loi. Enfin, le district devait rendre compte au département de toutes les mesures qu'il aurait adoptées.
Le district d'Ornans répondit, le surlendemain, qu'il avait déjà rempli à l'avance, par son arrêté du 27 avrils la ma*
jeure partie des ordres du département, et que pour n'en rien négliger, les municipalités de Tarcenay, Mérey, Villers, Malbrans, Trepot, Foucherans, Charbonnières, Gléron, Scey et Maizières, seraient requises, sous peine d'être poursuivies, de rendre compte des faits qui étaient à leur connaissance et des mesures qu'elles avaient prises pour prévenir ou dissiper Tattroupement.
Le même jour, Boulet écrivit au département: a La crainte empêche les déclarations. Il est absolument nécessaire de forcer à parler ceux qui savent; leur silence ne les met-il pas dans lé cas d'arrestation? Les municipalités paraissent entièrement coupables. Il faudrait faire arrêter JoUclerc, qui officie publiquement à Villers. »
Pendant ce temps-là, le district de Pontarlier ne restait pas inactif, et il travaillait à corroborer ses premières indications par une enquête régulière. Le i2 mai, J.-F. Courpasson se présenta donc à sa barre et dit : « Etant au café, à y a cinq jours, avec Simon Perron, orfèvre, et Damien Colin, négociant, Perron me dit que, parmi plusieurs aristocrates et fanatiques dangereux qui étaient attablés dans le même café, il y en avait qui, avec d*autres de PontarUer et des Fourgs, s'étaient transportés au delà d'Omans, pour procurer l'enlèvement du prêtre Maire et de son compagnon, et qu'ils avaient coopéré à leur délivrance. Il a cité Millet, serrurier, comme étant de la bande furibonde, en ajoutant qu'il était encore boiteux d'un coup de trique qu'il avait reçu au genou dans cette expédition. Il s'expliqua aussi de manière à faire entendre que Damien Colin était du nombre, avec d'autres de Pontarher. J'ai cru voir de la vraisemblance dans les dires de Perron, quoiqu'il fût un peu pris de vin, parce qu'il me les a répétés plus tard. »
Simon Perron, orfèvre et assesseur du juge de paix, comparut le lendemain, et dit à son tour : « J'ai seulement entendu dire, je ne sais par qui, en voyant passer Millet qui boitait : Peut-être s'est-il trouvé à Omans lorsqu*(m a laissé échapper l'abbé Maire. Mais je ne suis pas sûr que cela soit vrai. Courpasson était bien pris de vin, puisqu'il ne se rappelle pas ce que je lui ai dit. »
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Ces propos d'hommes ivres^ quoique ces hommes fussent tous deux des magistrats patriotes, étaient trop vagues et trop contradictoires pour servir de base à une accusation sérieuse. Le district d'Ornans ne fut pas plus heureux dans ses recherches ; de sorte que ni d'un côté ni de l'autre on ne put mettre la main sur les coupables, et leur procès tomba faute d'éléments.
XX. Boulet, désespéré par la situation générale du district d'Ornans, la peignait en ces termes au département, le 6 mai : u Le nombre des prêtres émigrés et déportés ne fait que s'accroître. Ils se montrent hardiment et font des missions. Les mesures révolutionnaires , la dévastation des églises , l'éloignement des curés constitutionnels , leur ont donné un crédit absolu. Ils avilissent la représentation nationale, apitoient le peuple sur le sort du dernier roi, lui en représentent un comme nécessaire à son bonheur, traitent les lois de brigandage , et la Uberté d'impiété , défendent l'achat des biens nationaux, conseillent la désertion des armées, et persuadent au peuple qu'il doit les soutenir, eux, prêtres, au péril de sa vie. Aussi, le juge de paixn'a-t-il pas osé informer sur la rentrée et les receleurs des prêtres émigrés. Il faut nécessairement en purger ces contrées, ou tout est en péril, et il faudrait dans le pays une. force imposante.... »
Le 27 mai, Boulet annonce que le mal n'a fait qu'empirer. <( Les prêtres déportés, dit-il, circulent partout et ont séduit toutes les communes. On ne se gêne pas pour les recevoir; les églises leur sont ouvertes ; le peuple ne souffrirait pas les seigneurs, mais il veut des prêtres. Le procureur de la commune de Déservillers ayant refusé de remettre les clefs de l'église, les serrures ont été brisées pour recevoir le prêtre déporté Bourges, ancien curé de cette paroisse. A Tarcenay, le prêtre déporté Joliclerc, ex-curé de Villers, officie à l'église. A Yillers et à Trepot, où les municipalités ont refusé les clefs des églises, on cérémonie dans les granges. A Scey, l'église est maintenant ouverte. Le procureur de la commune avait reçu chez lui des rassemblements ; il a dit que la crainte l'y avait forcé. Plusieurs communes du canton
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d'Amancey se sont réunies pour demander leurs prêtres à la Convention; elles terminent leur pétition en disant que si on ne les leur accorde pas, elles les conserveront. Hier matin, il s'est réuni à Saint-Maximin plus de six mille âmes , des communes voisines, avec des bannières, des cierges, etc., pour demander la pluie. On y a fait une chapelle et dit la messe. Le temps, qui s'est couvert, a causé une grande réjouissance. Les patriotes, qui ne veulent pas suivre le torrent, sont inquiétés et menacés. Les municipalités fidèles n'osent même pas dire qu'elles viennent à l'administration. Le peuple est donc bien persuadé que sa conduite est punissable ; mais il veut son culte, ses prêtres, et il les veut au péril de sa vie. On ne parle pas de l'ouverture des églises dans les communes des montagnes; mais les émigrés j vont et viennent armés. A Loray, les déportés et les émigrés courent le village pendant la nuit, tirant des coups de fusil et de pistolet, et chantant à gorge déployée. Il n'y a que cinq ou six patriotes, et ils n'osent sortir de leurs foyers. La municipalité demande des troupes. A Fuans, on attaque les patriotes à coups de fusil et de pieux, on casse leurs vitres; il se fait des rassemblements journaliers. A Guy ans- Venues^ on a abattu l'arbre de la liberté ; les prêtres et les émigrés bouleversent tout; la municipalité est en danger et ne peut rien. A Vernierfontaine, on a aussi coupé l'arbre de la liberté. Quatre membres de la municipalité ont déclaré au district que dans tout le canton de Nods, il n'y a qu'eux et le procureur de la commune de Nods, attachés aux lois. Les prêtres s'ofiusquent même des couleurs nationales. Ils ont, à Guyans-Durnes et à Trepot, arraché des rubans tricolores, en faisant de sanglants reproches. »
Le lendemain, Michel envoya une copie de cette lettre aa représentant Saladin, en ajoutant : « Vous y verrez les ravages que font les déportés dans ce district. Elle contient un tableau fidèle des sentiments de la très grande majorité des citoyens des campagnes ; mais elle montre le mal sans faire apercevoir le remède. » Il répondit, en même temps, au procureur syndic d'Omans : <( J'ai reçu ta lettre et j'en ai fait passer copie au représentant Saladin, afin qu'il avise aux
moyens de remédier aux maux qui nous affligent. J'ai reçu également tous les mémoires que vous m*avez adressés sur le même objet ; ils sont bien faits et font connaître toute rétendue du mal, mais malheureusement le remède n'est pas au bout. C'est un principe certain que les opinions ne se commandent pas. H m'est revenu que les grands prédicateurs de Saint-Maximin, d'ailleurs, deviennent déjà en horreur à quelques-uns, par leurs exagérations. Si cela pouvait prendre y ils se détruiraient eux-mêmes , comme il est très certain qu'ils se détruiraient réellement, s'ils n'étaient plus persécutés, et si le peuple les croyait entièrement libres ; car ce n'est que par le mot persécution qu'ils se soutiennent, tant ce peuple est porté à plaindre les malheureux. 0
Le jour même où Boulet versait ses doléances dans le sein du département, il recevait lui-même cette lettre désespérée du patriote Jacquet , procureur de la commune de Trepot : « Â cause de mon énergie et de mon zèle pour la patrie, je me vois aujourd'hui méprisé et haï par tous les habitants de cette commune, qui malheureusement ont ton* jours eu un parti contraire à la Révolution et n'ont jamais aimé les patriotes. Les esprits sont tellement entachés par le fanatisme, qu'ils redemandent à grands cris les prêtres réfractaires, dont cependant ils sont déjà possesseurs, ce qui m'expose à leur inimitié, parce que je ne puis faire avec eux toutes leurs cérémonies de messes, vêpres et processions. Je me vois à tout instant suborné et pour ainsi dire forcé par la demande qu'ils me font de rentrer dans l'éghse pour s'y réunir avec leurs prêtres réfractaires. Je demande donc à cesser mes fonctions, parce que je suis inutile dans une telle commune, qui n'a plus d'estime pour les lois, et aussi afin de me préserver du danger, moi et ma famille, et de me mettre en sûreté contre leur fureur. Cette fureur, cependant, ne finira point, n'y eût-il contre moi que d'avoir fait exécuter l'arrêté du représentant du peuple, du 30 brumaire, relatif à l'enlèvement des signes d'un culte quelconque. On me reproche à chaque instant que si je n'avais pas été si pressé, leur église serait encore comme celles de différentes
communes, qui ont conservé même des calices et autres ornements. On dit qu'il valait mieux pour nous souffrir la mort, et qu'il n'y a rien de si précieux que la religion. Vous voudrez donc bien me considérer comme un individu mort, qui, avec regret, n'ose même pas se montrer patriote. »
Le surlendemain, Boulet écrivait encore au département que le maire de Trepot avait été forcé, la veille, de remettre les clefs de l'église ; qu'à Mouthier et à Saules, des ouvriers travaillaient à réparer les autels ; que Roland, curé de Saint- Hippolyte-lez-Durnes, et Fleury, son vicaire, étaient rentrés dans cette paroisse ; que l'ancien curé d'Etalans et un prêtre déporté de Vernierfontaine étaient dans les leurs; mais que, toutefois, les déclamations des prêtres, d'après le bruit public, n'étaient pas aussi échauffées.
Trois jours après, nouveau rapport plus alarmant de Boulet au département. « Le fanatisme, disait-il, ne fait qu'accroître l'agitation des têtes ; les mouvements ne font qu'augmenter; les rassemblements continuent à Saint- Maximin. Ce matin, à cinq heures et demie, j'ai vu, en passant dans la rue, une vingtaine de personnes aller à ce rendez-vous. La promenade dirigeait mes pas du côté de Chantrans; j'en ai rencontré une quarantaine endimanchées allant au même pèlerinage. On va demander la pluie. Le chirurgien Ordinaire, d'Amancey, me raconte à ce moment, dans mon bureau , qu'il a passé ce matin dans les prés d'Amancey, à travers une procession d'environ quinze cents individus de ces contrées, qui vont aussi, en débitant des oremus, invoquer saint Maximin, conduits par six prêtres déportés, vêtus des habits sacerdotaux, et qu'il a reconnus. Voici leurs noms : Renaud, ci-devant curé de Bolandoz, Bourges, à Déservillers, Simon, à Malans, Clerc, ci-devant vicaire eu chef à Gevresin, Adriet, deFertans, vicaire à Echay , et Laurent, jeune prêtre de Fertans. Il me dit avoir vu, ces jours derniers, Ghaput, émigré, ci-devant curé de Fertans, dans cette commune, et avoir rencontré dans le bois de Déservillers, Grandjacquet, de Reugney, aussi émigré, cidevant curé de Nans. Il est inquiétant de voir comment les
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prêtres déportés travaillent et fanatisent les tètes. Je n'entends pas parler de batailles^ mais l'esprit public se perd, les lois sont méconnues^ les patriotes, clairsemés dans les communes, n'osent souffler; les assignats sont regardés comme du papier blanc. »
Michel s'empressa de verser le baume des consolations philosophiques dans ce cœur désolé. «Votre lettre, lui répondit-il, m'apprend que le fanatisme agite les tètes dans votre ressort. Le département attend, comme moi, avec une grande impatience, les mesures qu'a annoncées Saladin pour les réprimer ; heureux si nous pouvons détromper le peuple, et substituer dans son esprit la vérité aux faux principes dont les réfractaires l'ont rempli. Je ne doute pas que le peuple, revenu de cette espèce d'enthousiasme où les prêtres le mettent en montrant leurs maux, la persécution qu'ils disent éprouver, et surtout en prétendant qu'ils ne l'éprouvent que pour le salut du monde, ne reconnaisse enfin que ces hommes ne sont que des esprits exaspérés, qui ne prêchent que pour leurs reliques, et qui voudraient la destruction du monde entier pour reconquérir le ministère orgueilleux qu'ils exerçaient. »
Saladin, dont les oracles étaient attendus avec tant d'impatience, et qui se trouvait en ce moment à Scey*sur-Saône, répondit enfin, le 30 mai, que les ravages causés par les prêtres déportés n'avaient point échappé à sa surveillance, et qu'il avait renfermé les moyens de répression dans deux arrêtés qu'il avait pris le 6 mai, et que le département devait recevoir incessamment. Ces arrêtés n'étaient, disait-il, qu'un commentaire explicatif de la loi du 3 ventôse. Quant à la situation particulièrement critique du district d'Ornans, le proconsul y pourvoyait par un arrêté spécial qui chargeait le jurisconsulte Proudhon, administrateur du département, de parcourir les communes signalées par le procureur du district d'Ornans, pour vérifier les faits imputés aux prêtres émigrés ou déportés, prendre des éclaircissements sur l'état de l'esprit public , suspendre et même mettre en arrestation les membres des autorités constituées, à charge d'en référer aussitôt au représentant. Proudhon était autorisé spéciale-
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ment à suspendre le procureur syndic d'Ornans, le zélé Boulet lui-même, dans le cas où il jugerait que sa partialité exclusive en faveur du culte constitutionnel pouvait le rendre dangereux.
XXI. Boulet, ne soupçonnant aucunement l'orage qui s'avançait sur sa propre tète, était tout occupé, en ce moment^ des assemblées vraiment imposantes qui se succédaient à Saint -Maximin , lieu de pèlerinage autrefois très fréquenté, situé sur le territoire de Foucherans, au milieu des bois, dans remplacement présumé du tombeau de saint Maximin, archevêque de Besançon. Boulet écrivait, le 30 mai, au procureur général : « Dans le rassemblement qui a eu lieu hier sur les ruines de la chapelle de Saint-Maximin, il y avait une douzaine de communes avec des bannières, indépendamment de quantité d'individus de bien d'autres communes, qui n'en avaient point. Le rassemblement était d'environ six mille personnes. Au rapport d'un nommé Juret, de Foucherans, qui m'a fait le récit de ce qui s'est passé , on a dit la messe et prêché. Avant la messe, un prêtre déporté, pour fixer la sensibiUté des spectateurs, leur a montré un Christ, en criant : « Voilà l'image de votre Dieu, que vous et moi avons cruci- )) fié, et que vous venez de crucifier de nouveau en suivant » les lois ttroces qui permettent le divorce , le mariage des » prêtres, etc. Les suivrez-vous encore, ces lois faites par des » scélérats qui veulent détruire la religion de Jésus-Christ?» J'ai été surpris de ces horreurs, d'après ce qui m'avait été dit, ces jours derniers, de leur modération ; mais ils ne se ressemblent pas tous. Ensuite on a joué une farce, un prêtre ci-devant constitutionnel qui s'est rétracté. On m'a dit que c'était Billot , ci-devant vicaire à Saules. Il a été appelé par le déporté, pour faire l'aveu public de ses fautes, et il a demandé pardon à l'assemblée du scandale qu'il avait donné. Cette comédie, amenée à dessein^ a bien réussi. Les larmes ont coulé avec abondance dans la foule des spectateurs crédules. Ah ! qu'il est temps que la Convention se prononce. Je t'ai parlé, dans mes précédentes lettres , du citoyen Parent, procureur de la commune de Guyans- Venues, brave citoyen qui se trouve en butte à la malveillance des prêtres
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déportés et de leurs partisans, et à la rage des émigrés de cette commune, qui reviennent impudemment dans leurs foyerai et menacent hautement ses jours. Tu m'as adressé une lettre d'encouragement pour le procureur de Venues ;je t'en demande une dans le même sens pour le citoyen Parent. » Décidément le métier de terroriste devenait impraticable ; Michel l'adoucit autant qu'il put au persécuteur des catho* liques de Guyans^ en lui adressant la lettre d'encouragement demandée.
Le i^' juin, comme on l'a vu par une lettre de Boulet déjà dtée, un nouveau rassemblement de plusieurs milliers d'hommes eut encore lieu à Saint*Maximin. Ces cérémonies émouvantes, dans une clairière au milieu des bois, pouvaient sembler des comédies à l'agent terroriste d'Omans ; mais assurément lui et ses amis étaient seuls à en tire. Le sang encore à peine refroidi des victimes de l'échafaud, les proscrits blanchis et usés avant le temps par l'exil, les temples encore dépouillés et fermés, la mort suspendue sur les tètes , tout donnait, au contraire, à ces réunions de parias, de persécutés et de bannis , un caractère de tristesse poignante et d'ans* tare grandeur, qui aurait frappé un barbare ou un sauvage, mais que des bâtards de Voltaire étaient incapables de sentir*
Les intrus du voisinage se montrèrent vivement contra* fiés par les assemblées de Foucherans, et l'un d'entre eux afiecta même d'y voir un danger pour sa vie. Mainier , in* trus de Naisey, écrivit le 8 juin au département : « C'est avec la plus grande confiance que je viens déposer dans votr0 sein mes inquiétudes et celles de mes concitoyens animés d'un vrai patriotisme. Vous n'ignorez pas les farces qui ont été jouées à Saint -Maximin, et que le peuple imbécile et superstitieux a regardées comme des actes héroïques de reli* gion. Eh bien, citoyens, c*est dans cette scène prétendue re* ligieuse qu'on a formé des projets.... C'est en revenant, qu'on devait forcer le prêtre deNaise/ à quitter le poste que la loi lui a assigné ; qu'on devait rebénir l'église, etc. Heureusement quelques personnes prudentes ont fait des remonr trances, on s'est contenté de passer processionnellement avec sept bannières, en chantant certains cantiques pour berner
les patriotes de Naisey, qui ont été assez sages pour se taire. Je passe sous silence bien des traits et des circonstances qui prouvent l'intention de nos ennemis. Sans doute vous les connaissez mieux que moi ; ce que je sais^ c'est que vous n'êtes pas oubliés sur la liste de proscription. Dans cette position, que devons -nous faire? J'attends avec empressement votre décision. »
Le département répondit avec beaucoup de sagesse et de dignité à ce mauvais prêtre, qu'il pouvait se rassurer sur les intentions pacifiques et légales des habitants qui suivaient les offices des prêtres déportés, et que certainement le peuple ne se porterait jamais à aucun excès du genre de ceux qu'il paraissait redouter. Le département finit en l'engageant à entretenir, de son côté, parmi ceux qui avaient confiance en lui, la concorde et l'union.
Cependant, le département lui-même ne vit pas sans inquiétude la continuation des immenses assemblées de Saint- Maximin. Dans la séance du H juin, le procureur général représenta « qu'il était informé que des prêtres déportés rentrés se proposaient de faire, le surlendemain, sur les ruines de la chapelle de Saint-Maximin, un rassemblement de plusieurs communes, sous le prétexte spécieux d'y célébrer la fête de saint Ferjeux; que ces rassemblements pouvaient devenir dangereux pour l'ordre public, à cause des maximes fausses et exagérées qu'y débitaient les prêtres ; et qu'il était utile de nommer un commissaire pour connaître l'esprit public dans le canton de Nancray et persuader au bon peuple que ces rassemblements ne pouvaient que ramener les temps désastreux dont les bons citoyens gémissaient encore. » Le département, adoptant cette motion, nomma pour commissaire le citoyen Michel, comme on l'a vu plus haut, et décida «que le citoyen Proudhon irait en même temps remplir, dans te même esprit de conciUation, la mission que le représentant Saladin lui avait donnée dans le district d'Ornans. »
Le lendemain, le procureur général prit encore la parole sur le même sujet et déclara qu'il avait reçu des avis annonçant que le rassemblement projeté à Saint-Maximin serait considérable ; que plus de vingt-huit communes avaient reçu
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rinvitation de s'y rendre ; que celles qui refusaient étaient menacées d'être assaillies et maltraitées par les autres, et qu'en conséquence, il y avait lieu de prendre des mesures plus efficaces que celles qu'on avait décidées la veille. Le département, faisant droit à ces représentations, arrêta que le général commandant la division serait requis de faire réunir le lendemain, à trois heures du matin, sur la place des casernes, cent cinquante hommes d'infanterie, cinquante de cavalerie et deux pièces de canon , avec deux officiers actifs et prudents pour les commander et des vivres pour deux jours.
Le département, afin de donner à cette expédition un caractère pacifique bien marqué, en confia la direction à deux de ses membres, iMM. Voisard et Proudhon, dont les sentiments étaient des plus favorables aux catholiques. Les deux commissaires , rentrés à Besançon le soir même de la fête de saint Ferjeux, s'empressèrent de se rendre au département et firent en ces termes le récit de leurs opérations de la journée :
« Partis environ à trois heures et demie avec la troupe confiée à nos ordres, nous l'avons divisée en deux colonnes^ dont l'une, sortie par la porte des Alpes, devait, en passant par Mamirolle, arriver au milieu du rassemblement, etî'autre, sortant par la porte du Jura, devait aboutir au même point et enceindre le même lieu du cêté opposé, en passant par Hérey et Tarcenay. La première colonne, ayant à sa tête le citoyen Voisard, étant parvenue à Mamirolle, il leur a été annoncé que des prêtres déportés célébraient dans l'élise de ce lieu ; c'est pourquoi ils l'ont fait entourer à l'efiet de se saisir de ces prêtres; mais cette démarche ayant éprouvé quelque lenteur, eu égard au mouvement de la troupe à pied, ces prêtres se sont évadés au même instant, sans qu'on ait pu les atteindre. La même colonne a fait de même, sans succès, des tentatives pour saisir un autre prêtre déporté, qu'on leur a annoncé être àTrepot, second village par lequel ils ont passé, et il leur a échappé comme les précédents, les uns et les autres ayant été prévenus à temps par les personnes de leur parti. Les habitants de ces deux communes
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ont été invités à se rassembler dans leurs églises; ils s'y sont réunis, et le citoyen Voisard leur a exposé les dangers qu'ils couraient en protégeant ainsi des individus dont la conduite parmi eux était plus que suspecte et que la loi rejetait da sein de la république. Qs ont paru touchés de ces exhortations et ont promis de ne plus participer à aucun rassemblement extérieur défendu par les lois, et de s'opposer à tout prédicant qui tenterait, par la suite, de prêcher en leur pré* sence des maximes contraires au gouvernement.
» La seconde colonne, ayant à sa tète le citoyen Proudhon, était parvenue à Saint-Maximin, lieu du rendez-vous, quelques moments avant la première, et n'y avait aperçu aucun rassemblement suspect, sinon quelques femmes et enfants, qui s'étaient aussitôt dispersés. Les habitants de Foucherans ayant été invités à s'assembler dans leur église, le citoyen Proudhon leur a exposé les inconvénients des assemblées qui se tenaient i Saint-Maximin, et leur a fait un discours sur les principes de la tolérance et de la fraternité qui doit régner entre tous les citoyens d'une république. Ils ont para touchés et ont promis de ne plus souffrir de rassemblements, et de s'opposer aux insinuations de tout homme qui, désormais, tenterait, sous prétexte de religion, de prèdier des maximes contraires à la paix et aux lois de la patrie. Les commissaires ont renvoyé, le jour même, la cavalerie et l'artillerie à Besançon, et réparti entre Trepot, Tarcenay et Foucherans, l'infanterie, trop fatiguée pour s'en revenir le même jour. »
En même temps qu'ils travaillaient à dissiper les rassen^ blements de Saint-Maximin par la peur, les administrateurs du Doubs cherchaient encore à les faire tomber par le ridicule. Leur journal le Neuf Thermidor en fit le sujet de ses plaisanteries, et prétendit notamment que les prédicateurs y ayant prêché la restitution des biens nationaux, la plupart des auditeurs, qui avaient acquis de ces biens, s'étaient retirés. Mais une autre circonstance contribua beaucoup plus que les soldats ou les épigrammes à mettre fin aux rassemblements religieux de la forêt de Foucherans; ce fut la réouverture générale des églises, dont les cathohques reprireat
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possession de gré ou de force presque partout. Ils continuèrent en même temps à poursuivre par la voie légale la revendication de leurs droits les plus chers, et le 3 juin, le district d'Ornans mandait au département « que la presque totalité des communes de son ressort avaient signé des pétitions au Comité de salut public pour obtenir la rentrée en fonctions de tous les prêtres déportés ou émigrés. »
XXII. Le 7 juin^ à la sollicitation des municipaux patriotes de Pierrefontaine, les chasseurs et les gendarmes en résidence dans cette commune se partagèrent en deux bandes, et tandis que Tune allait dépister les prêtres à Laviron, Landresse, Mont-de-Villers, Ouvans, Courtetain et Orsans^ avec peu de succès, comme on l'a vu, l'autre se dirigea, dans le même but, sur Domprel, la Sommette, etc. A&n de mieux assurer leurs coups, les deux troupes étaient parties au milieu de la nuit, et la dernière arriva à Domprel vers trois heures du matin. « En passant devant Téglise, dit le brigadier Baillaud^ qui dirigeait cette troupe, nous avons vu qu'on y disait la messe, et y étant entrés, nous avons demandé à plusieurs particuliers qui était le prêtre qui célébrait la messe, si c'était un prêtre déporté, ou s'il avait fait le serment. Mais personne n'ayant voulu nous répondre, nous, brigadier, nous nous sommes transporté à l'autel, auprès du prêtre, et lui ayant demandé qui il était, s'il avait le droit de dire la messe, s'il n'était pas un prêtre déporté, il nous a répondu qu'il se nommait Yerdot, de Domprel, ex-capucin, et qu'il était véritablement un déporté. Au même instant, nous l'avous requis, au nom de la loi, d'avoir à cesser ses fonctions et à nous suivre sans aucune résistance, ce qu'il a fait. Nous avons ensuite requis, au nom de la loi, tous les particuliers qui étaient dans l'église d'avoir à dissoudre cette assemblée nocturne et à se disperser, et de nous laisser remplir nos fonctions ; et, ayant attaché ledit Verdot^ nous nous disposions à l'emmener avec nous. Mais une population, tant hommes que femmes, nous a entourés dans l'égUse, en s'emparant du prêtre Yerdot et en disant à haute voix que nous ne l'emmènerions pas ; qu'ils voulaient tous le suivre, et qu'ils mourraient tous plutôt que de dire
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que nous remmènerions. Et, se jetant sur nous et sur ledit Verdot, ils nous Font enlevé. Ils étaient environ quatre à cinq cents personnes, disant qu'ils se f..taient de nous; que si nous ne nous retirions pas, ils allaient nous tomber dessus ; qu'ils voulaient être libres d'avoir quels prêtres ils Youlaient, et qu'ils ne faisaient point de mal. Voyant que nous n'étions pas en force suffisante pour résister, quoique le maire se fût présenté et eût requis inutilement avec nous d'avoir à se disperser, nous nous sommes retirés à la municipalité. Nous avons reconnu dans l'assemblée F.-X. Bumel, H. Petitcuenot, J.-Ant. Maillard, et Lambert, ex-cavalier de la maréchaussée 9 tous de Grandfontaine, et J. -Guillaume Burnel, GL-Ant. Dubois, Jos. Bernotet et F. Ecué, de Domprel. Sur notre demande, P. Verdot, maire, Alex. Burnel, officier municipal , et le procureur de la commune, s'étant rendus à la mairie , ils ont dit qu'ils ignoraient qu'il y eût dans la commune un rassemblement , et qu'ils n'y étaient pas. »
Le i6 juin, jour de la fête de saint Ferjeux, fut célébré à Flangebouche par une de ces grandes assemblées religieuses que les églises ne pouvaient plus contenir, et qui se tenaient sous la voûte du ciel, comme au temps des prédications de Jésus-Christ. « Le matin du 28 prairial, dit le brigadier Baillaud, il s'est fait à Flangebouche un rassemblement où il pouvait y avoir environ cinq à six mille âmes. On y était venu, en procession, de différentes communes, telles que Landresse, Mont-de-Villers, Laviron, la Sommette et autres, et trois messes y ont été dites dans une prairie par des prêtres déportés. L'ayant appris, vers raidi, je m'y suis transporté, accompagné d'un gendarme et de quatre chasseurs, et en arrivant, j'appris qu'il y avait encore un rassemblement. En effet, nous avons trouvé devant l'église, dans la grange de la veuve Jeanne-Anatoile Bouveresse, environ cinq à six cents personnes réunies et deux prêtres déportés, parmi lesquels un nommé Guillemin, ci-devant vicaire à Flangebouche, qui allaient dire les vêpres. La population nous ayant aperçus les a fait évader, et nous n'avons pas su de quel côté ils avaient tiré. Nous avons requis la
municipalité d'avoir à venir avec nous pour dissiper cette assemblée illégale. Nous y étant rendus ensemble, nous avons sommé la population d'avoir à se dissiper et se retirer, et nous y sommes parvenus, malgré toutes les résistances et les menaces qu'ils nous ont faites. Nous avons entendu différents particuliers dire : Sautons aux haches et aux bûches de bois, pour les faire retirer. Etant entrés dans la grange, nous y avons trouvé une espèce d'autel dressé. Les officiers municipaux ont déclaré qu'ils avaient vu, le matin, une procession assez nombreuse de différentes communes, venant dn côté de la Sommette et présidée par un prêtre revêtu des ornements d'église ; que ces gens s'étaient assemblés, vers huit heures, dans la prairie dite au Camp-de^Mars^ et qu'ils n'avaient pu les en empêcher, à raison de leur grand nombre. Pendant que nous étions retirés à l'auberge, un nommé F.-X. Cailler est venu nous disputer, et nous demander par quel ordre nous étions venus à Flangeboucbe troubler leur assemblée. Nous vous prévenons que tous les dimanches il se fait de grands rassemblements dans le district de Baume et celui d'Ornans, à l'exception de la commune de Pierrèfontaine, où ils n'osent pas venir. )>
En 1797, M. Clément, curé de Flangeboucbe, refoulé pour la seconde fois en exil, était retiré au Landeron, où le respectable curé doyen, M. Perrout, lui donnait l'hospitalité. Ecrivant à son ami, M. Viey, missionnaire de Beaupré, il lui traçait ce tableau émouvant des épreuves inouïes de sa paroisse et de celles qu'il avait endurées lui-même : n Aux premiers ravages causés par la maladroite insurrection de septembre succédèrent bientôt ceux du tribunal de sang qui fit tomber, tant à Ornans qu'à Malche, quinze têtes de mes paroissiens et en condamna une douzaine à la Guyane. De ces derniers étaient X. Pauthier, notre bienfaiteur, BruUot, de Loray, et son fils aîné. Celui-ci et X. Pauthier ont survécu à leurs maux et sont actuellement au pays. Mais BruUot pèreest mortdans sa captivité, auportdeLorient. Pendant ces désolantes expéditions, Martin, troisième intrus de Flangeboucbe, travaillait les têtes et faisait tourner au profit du schisme l'impression de frayeur qu'avaient excitée ces affreux événe-
ments. Jusque-là tout était restée dans la paroisse, au point où nous l'avions laissé. Même fermeté à soutenir les vrais principes^ même mépris et éloignement pour les intrus. Mais à cette époque, on se laissa gagner, et la défection fut générale.Tu connais assez la sensibilité de mon âme pour juger de Texcès de ma douleur et de tout ce que ma position avait d'aflnreux. Ce qui augmentait ma peine, c'est l'obstacle que mes supérieurs mettaient à ma rentrée en France. Il me semblait que mes paroissiens et moi gagnerions à être réunis; que nous nous consolerions mutuellement; qu'il ne me serait pas difficile de ramener au bercail ceux qui s'en étaient
éloignés Je suis resté en Suisse jusqu'au mois d'avril
1795, époque à laquelle on me permit de rentrer. Les espérances que j'avais conçues de la docilité de mes paroissiens n'ont pas été trompées. Il sont presque tous venus se jeter dans mes bras, et un mois après ma rentrée, Martin, confus de se voir abandonné, est allé porter sa honte et son zèle infernal à Morteau, où il est encore actuellement. Une autre consolation que j'ai eue, c'est que mes paroissiens» après avoir abjuré le schisme, sont revenus à leur antique ferveur. Ce dernier changement a été moins prompt que le premier. Ce n'est qu'insensiblement que j'ai obtenu ce que demandais. A la Nativité dernière, fête que j*ai solennisée dans ma paroisse, j'ai communié quatre-vingt-dix-sept personnes, dont soixante hommes au moins. Ne crains pas que je perde courage ou que j'abandonne la partie. Je n'ai quitté que contre mon gré et bien résolu de rentrer au mois de mars ou d'avril au plus tard. On a cru que mes paroissiens seraient moins inquiétés , au commencement de cette nouvelle persécution, si je m'absentais Grâce à Dieu, je suis plus fort
que jamais, après avoir, pendant dix-huit mois, mené une yie qui devait me faire périr et à laquelle le tempérament de mon vicaire Guillemin, infiniment plus fort que moi, ne pouvait tenir. Pendant ce long espace, nous avons, les deux seulement, soigné Flangebouche , Loray et toutes les dépendances, toujours de nuit, et encore avec mille précautions pour n'être pas découverts, parce que deux patrouilles d'enragés nous traquaient jour et nuit, avec autant d'acharnement
RENTRÉE GËNfiRALB DBS PRETEES BfiPORTÉS. 447
qu'ils auraient traqué des loups. Changer de gîte tous les jours, voyager une partie de la nuit, confesser, dire la messe et donner des avis, l'autre partie, voilà quelle était notre façon de vivre. Cette année encore , depuis la Quinquagé-
sime jusqn'kQuasimodo y jQ ne suispas entré aulit sixfois
Grâce au bon cœur de ma sœur, qui s'est tout refusé pour me tout donner, je n'ai point été à la charité, tandis que beaucoup de gens riches n'ont vécu, bien des années, que d'aumônes »
Un autre habitant de Flangebouche, M. Goguillot, ancien maire, voyait ses épreuves se perpétuer en s'aggravant. Rentré en France en vertu de la loi qui rappelait les cultivateurs, il ne put obtenir les certificats nécessaires pour régulariser sa position, et se vit forcé d'errer à travers la France, sans pouvoir y trouver le repos. Il fut arrêté pendant l'été de 1795, à Billom, dans le département du Puy-de-Dôme, avec son compatriote Augustin Gouhier, parce que leurs passeports n'étaient pas en règle. Il parvint à s'évader ; mais comme, en fouillant son compagnon, on trouva sur lui un faux assignat de 125 livres, on n'hésita pas en conclure que Goguillot lui-même était porteur d'une bien plus grande quantité de cette fausse monnaie, et qu'il ne s'était évadé que pour la sauver ; de sorte que le malheureux proscrit, indépendamment du glaive de la loi contrôles émigrés déjà suspendu sur sa tête, se vit encore placé sous le coup d'une autre accusation capitale, pour émission de faux assignats dans le Puy-de Dôme; et tandis que Gouhier, reconnu innocent, était rentré tranquillement dans ses foyers, le district d'Ornans, à la requête des autorités de Billom et de Clermont, se livrait à d'infructueuses perquisitions contre l'ancien maire de Flangebouche.
XXIII. La commune d'Orchamps, si longtemps tyrannisée par quelques jacobins d'élite, se mit elle-même à la tête de la résistance dans son canton. La municipaUté patriote, encore en fonctions, mais devenue impuissante, écrivit le 29 juin au département : « Avant-hier, plusieurs citoyens se sont présentés devant nous avec humeur, en demandant les clefs de l'église, disant qu'ils voulaient y faire célébrer la messe. Ds
448 CHAPITU LXIX.
promirent que, conformément à la loi, le prêtre n'offiderait dans l'église qu'après avoir fait sa soumission aax lois. Nous n'avons pas été peu surpris, après de semblables promesses, d'avoir vu hier, à cinq heures du matin, le prêtre Blichel, émigré, célébrer dans Téglise une messe solennelle précédée d'une instruction. Il y a également célébré les vêpres à deux heures après midi du même jour. Aujourd'hui, à six heures du matin, il est arrivé une procession composée d'individus de diverses communes, après quoi le prêtre Michel a célébré la messe suivie des vêpres. Nous avons pensé que ce serait sans fruit que nous nous serions présentés dans l'égUsepour dissiper cet attroupement illicite, composé d'environ douze A quinze cents personnes, et sans espérance d'être secondés par la force armée, quoique requise. De sorte que, considérant qu'il, règne une grande insubordination dans la commune; que nos représentations pour l'exécution des lois sont publiquement méprisées, et que nous sonuues même menacés, si nous apportons le moindre obstacle aux rassemblements illicites, nous avons pris le parti d'en dresser procès-verbal. — Brachotte, maire, J. -F. -X. Servois, procureur provisoire, Voichot, J.-C. Boiston, E.-J. Faivre, officiers municipaux. »
Le procureur général Gouchery transmit ce procès-verbal au district d'Ornans, en ajoutant : a Je vous invite à faire constater les faits et à découvrir les principaux coupables. La première mesure à employer est, je crois, une proclamation pour éclairer les hommes égarés sur le sens des lois et pour les ramener a l'obéissance. Dans le cas où les désordres continueraient, l'administration les réprimera par la force. • Le district se borna à mander à Bourdenet, juge de paix d'Orchamps, d'informer contre les auteurs et instigateurs des rassemblements et de repdre compte de ses démarches à cet égard, dans un bref délai.
Bourdenet répondit, le 29 juillet : « Je poursuis les info^ mations contre les auteurs de rassemblements illicites qui se continuent pour entendre les offices d'un prêtre émigré. F.-X. Grand, détenteur des clefs du temple, qu'il s'obstine à conserver, est sans fortune, et on le met en avant parce
qu'il n'a rien à perdre. Je suis d'avis qu'il est urgent de le punir. Les meneurs servent d'escorte au prêtre émigré, quand il vient au temple et quand il en sort. Etant allé chez Grand pour réclamer les clefs de l'église, en exécution des ordres du district, Grand me répondit que si je voulais bien sortir au devant de son domicile, je verrais le sentiment qu'on avait au sujet de la remise des clefs. Ayant satisfait à son invitation, je n'ai pas été peu surpris de voir un grand rassemblement de monde devant la porte, à la tète duquel étaient Cl.-Jos. Boiston le vieux, Alexis Vaufrey et son fils, J.-B. Boiston, Cl. Forien, Alexis Bole, J.-Jos, Revillot, Cl.-Jos. Vaufrey, Ign. Boiston et F.-Jos. Paget, qui, au nom de l'assemblée, ont demandé un délai pour remettre les clefs. Le délai passé, ils refusent encore de les rendre, parce que le secrétaire de la mairie ayant témoigné l'intention de faire faire des clefs pour ouvrir les armoires de la sacristie, cette démarche leur paraissait suspecte. »
Les catholiques s'étaient remis en possession des clefs de leur église depuis le 27 juin, et les patnotes étaient d'autant plus vexés de cette soustraction, qu'elle les empêchait de célébrer ce qui restait du culte décadaire, c'est-à-dire la lecture publique des lois et autres actes de l'autorité, faite chaque décadi dans les temples vides. Le district décida, le 12 août, que si dans le délai de vingt-quatre heures, les clefs de l'église d'Orchamps n'étaient pas remises au procureur de la commune^ Grand, détenteur de ces clefs, serait incarcéré dans la maison d'arrêt jusqu'à leur restitution.
Le lendemain, le département, assaiUi aussi par les plaintes incessantes des jacobins d'Orchamps, qui affectaient de * trembler depuis qu'ils ne faisaient plus trembler eux-mêmes, écrivit au district : <( Nous sommes informés que Michel, prêtre émigré, se montre publiquement à Orchamps et y .célèbre les offices en qualité de ministre du culte. Cette violation manifeste de toutes les lois ne doit pas rester impunie; cet émigré ne doit pas souiller le territoire de la répubUque. Nous vous prions d'écrire à la municipaUté d'Orchamps de le faire arrêter sur-le-champ et de le faire traduire à la maison de justice de Besançon. Si les forces dont cette commune
vn. 29
àSù CBAPITU LXIX.
dispose ne suffisent pas pour assurer le succès de son arrestation et la sûreté du transport , procurez-lui-en , et au besoin nous requerrons le commandant de la division de vous en envoyer. — Jos. Louvot, Kilg, Janson, Hannier. »
XXIV. Mais c'était dans toutes les communes du district qu'il aurait fallu envoyer des troupes, si Ton eàt voulu faire exécuter les lois de proscription en ce moment. Le 3 août, en transmettant au département une lettre des jacobins Bracbotte et Ferniot, du Valdahon, qui contenait les plaintes les plus amères sur la rentrée des prêtres dans cette contrée, et affectait de grandes craintes à ce sujet , le district d'Ornans écrivit lui-même cette lettre remarquable :
u Nous avons reçu diverses dénonciations de ce genre. La vérité est que les anciens prêtres sont généralement rentrés. Us sont dans leurs paroisses, aussi libres et presque aussi tranquilles qu'avant leur sortie. Nous ne savons trop que dire de tout cela. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a toujours à craindre d'assemblées religieuses qui se pratiquent avec une espèce de secret, sans l'autorisation et loin de la surveillance des autorités constituées. C'est qu'il y a, parmi les prêtres rentrés^ des gens sages et amis de l'ordre et de la subordination au gouvernement civil, mais qu'il y a un plus grand nombre de jeunes gens, de têtes exaltées, qui n'ont d'autre ambition, d'autre désir, que celui de faire triompher leur parti religieux ; qui s'embarrassent peu de la nature des moyens, pourvu qu'ils les mènent à leur but. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que ceux que le gouvernenement ne protège pas ne protègent guère le gouvernement; ceux que la république n'admet pas ne lui font pas de prosélytes. Une autre vérité, c'est que les ambitieux et les intrigants profitent de l'esprit de parti que forment, dans les campagnes, les discordes religieuses. Ils deviennent zélateurs de l'un ou de l'autre côté, pour s'y faire un nom et pour y dominer. Loin de chercher la réunion, ils font tout pour augmenter la division. Ils sentent qu'elle seule peut perpétuer leur règne et leur importance. Ils ne réussissent que trop, et dans cet état de choses, il faudrait peu pour faire éclater la guerre civile.
RBMTRÉB GÉNÉRALE DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. 451
}) Nous pensons donc qu'il serait urgent de prendre des moyens efficaces pour éloigner de nos contrées les prêtres déportés, ou de les admettre à rentrer dans leur patrie, moyennant qu'ils se soumettront à ses lois. Les patriotes des campagnes semblent généralement désirer quelque mesure de ce genre; et, nous devons le dire, cette mesure diviserait les prêtres, toujours singulièrement à craindre lorsqu'ils se réunissent pour contrarier un gouvernement naissant. Elle les ferait connaître. Ceux qui aiment réellement leur pays et sa liberté, ceux qui n'ont quitté leurs foyers que par délicatesse de conscience, que parce qu'ils ont cru voir un schisme dans la constitution civile du clergé, et un crime dans le serment qu'on leur demandait ; ceux-là recevraient avec reconnaissance la loi qui les rappellerait à leurs familles, et ils se soumettraient à ses dispositions. Ceux pour qui la constitution civile du clergé n'a été qu'un prétexte de révolte, ceux qui ne regrettent que des biens et une importance que la mesure proposée ne leur rendrait pas, ceux-là ne se soumettraient pas à nos lois. Les premiers seraient dignes de l'indulgence de la république, les derniers mériteraient sa haine et son mépris.
» En un mot, nous ne voyons plus dans nos campagnes que quelques philanthropes épars, amis sincères de l'humanité, sincères partisans de la tolérance religieuse. Malheureusement ils sont trop peu nombreux pour propager leur système de paix et d'intelligence. Le peuple est divisé en deux partis tellement prononcés, que dans beaucoup de communes Ton ne se salue pas, l'on ne se parle pas^ l'on ne se regarde pas, lorsqu'on est de partis différents. L'un veut des prêtres insermentés. Ce parti est beaucoup plus nombreux ; jusqu'ici il a tenu davantage à l'ordre public y et dans ses écarts même il s'est porté à moins de violences. Mais c'est dans ce parti que l'on trouverait des partisans de la royauté; peutêtre le nombre y en serait-il moindre , si la république lui rendait ses prêtres. L'autre parti veut des prêtres constitutionnels. Ce parti réunit des hommes plus énergiques, mais beaucoup plus d'hommes violents, d'amis de la Terreur et des mesures extrêmes.
4SS CBJLPrrav uix.
») H nous est pénible de le dir?. chaque parti attache une telle importance au tri.^niphe îe son système, que Ton s'informeavec bien plus d'aviJiiéde so< espérances et du succès de ses entreprises têuôbrtusos. que des triomphes ou des malheurs de la république. Quand nos prêtres reviendrontils? disent les uus. Quand chassera-t-on les traîtres, les déportés? disent les autres, et Ton est insouciant et apathique sur le surplus, à moins qu'on ne croie y voir un moyen de victoire pour son parti.
» Nous avons cru uovoir vous peindre l'état de notre district avec franchise. Nos réflexions vous fourniront peut-être quelques vues utiles pour vos correspondances avec les comités de gouvernement. Dites-nous avec la même franchise quelles mesures nous de\ons prendre pour maintenir la tranquillité publique. L*on nous accuse de pusillanimité ou même de complicité avec les prêtres rentrés, parce que, jusqu'ici, nous n'avons employé aucun moyen violent pour les réprim»^r. Nous avons cru, d'après les lettres du Comité de législation, d'après les vôtres même, devoir préférer les voies de douceur et de persuasion. Devons-nous changer de conduite? Indiquez-nous les moyens pour employer la force sans compromettre l'autorité. — Cuenot, Toumier, Vieille, vice-prés., Roy, Maillot, Maire, secrétaire. »
Ce tableau, digne d'attention à tous égards, ne rendait pas sufOsaniment justice à l'esprit de paix et de conciliation qui animait le jeune clergé lui môme ; et l'un de ses membres les plus zélés, Tabbé Maire, des Fourgs, délivré quelque temps auparavant à la Gombe-Punais, ne tarda pas d'en fournir la preuve. Pour récompenser le généreux dévouement des populations qui avaient brisé ses fers, il était resté au milieu d'elles et était devenu leur pasteur La municipalité patriote de Trepot écrivait, le 11 octobre, au district : « La généralité des habitants de cette commune favorise les prêtres déportés, se rit des lois rendues à leur égard et s'est emparée par force de l'église. Ils ont choisi pour exercer leur culte un nommé Maire , arraché des mains de la gendarmerie d'Omans, auquel ils ont promis quatre channes de froment par feu^ outre deux channes par individu. Us disent qu'ils
résisteraient à toutes les forces qui viendraient l'enlever. Ce prêtre attire les gens des communes voisines et fait rassembler^ tout le jour, dans une chambre deCl.-Jos. Perrot, une foule de gens, surtout de jeunes gens de dix à dix-huit ans, qu'il enregistre et auxquels il est défendu de parler, en rue, à ceux qui ne sont pas enregistrés. On ne porte plus la cocarde nationale ; les volontaires ne veulent plus rejoindre ; la municipalité est honnie et menacée. »
Déjà accusé, une première fois, de propagande contrerévolutionnaire auprès du département, M. l'abbé Maire lui avait écrit, le 25 août : « J'apprends, en ce moment, qu'on m'accuse d'avoir parlé contre Tordre civil et discrédité les assignats. Tout cela est l'intrigue d'un seul ennemi, qui cherche à se venger contre celui qui ne lui a jamais fait de mal. Je me trouve déjà bien chargé de dire et instruire touchant le spirituel, qui est le seul objet de mon ministère, sans me mêler du temporel, qui ne me regarde pas. La charité, l'union, la paix avec Dieu et avec les hommes, font tout l'objet de mes soins, et je cherche à l'inspirer à toutes les personnes qui me fréquentent. Comme je vous crois animés du même esprit de paix et de tranquillité, j'espère que vous suspendrez toute poursuite à mon égard, jusqu'à ce que je vous aie fourni soixante témoignages contre un, sur les griefs qu'on m'impose faussement. Ce n'est pas seulement chez les habitants au milieu desquels je suis, que je trouverai des hommes justes qui rendront témoignage à la vérité; mais partout où j'ai été, je vous donnerai certificat du plus grand nombre et de ce qu'il y a de plus sensé, constatant que je n'ai jamais prêché contre les lois civiles. C'est l'affaire de quelques jours de me les procurer, à la confusion de mes détracteurs, quels qu'ils soient. »
XXV. L'arrêté du Comité de sûreté générale, du 4 septembre, contre les prêtres, ralluma à la fois le zèle des patriotes pour leur faire la chasse et celui des catholiques pour les défendre. Le 2 octobre, le district d'Ornans expédia une estafette à Besançon avec la dépêche suivante : « A l'instant, neuf heures du soir, arrive un des gendarmes du Valdahon qui vient annoncer que vers les quatre heures du soir de ce
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jour, sa brigade a fait au Yaldahon rarrestation d*un prêtre déporté. Ce prêtre s'appelle Huot ; îl est originaire de Vercel et ci-devant curé i Chalezenle. Aussitôt après son arrestation, il a été conduit dans la maison qu'occupe la gendarmerie. Les habitants de la commune, surtout les femmes, se sont attroupés en ^and nombre et entouraient la maison pour délivrer ce prêtre , lorsqu'un gendarme s'est détaché pour venir au district chercher main-forte. Il nous a assuré que ses camarades se feraient plutôt hacher que d'abandonner cette proie. Nous avons sur-le-champ fait partir cinq gendarmes, composant toute la force armée qui est à notre disposition. Nous vous alressons le sixième pour vous porter la présente. Vous verrez dans votre sagesse les mesures que vous aurez à prendre pour la translation de ce prêtre à Besançon. Dans l'hypothèse qu'il soit délivré par la multitude, nous pensons qu'il serait toujours à propos de faire montrer une force armée imposante, qui pourrait, non-seulement imposer aux séditieux, mais en arrêter, pour donner l'exemple. — Roy, Cuenot. »
Le gendarme Grandvoinnet, envoyé du Valdahon à Ornans pour demander du renfort, avait eu lui-même beaucoup de peine à accomplir sa mission. « A sept heures du soir, dit-il, passant par le village de Fallerans, j'ai vu toutes les rues remplies d'hommes et de femmes, tous armés de bâtons et de pieux, qui ont commencé à crier : Arrêtons ce b. gre-là, et tuons-le, s'ils n'ont pas lâché le prêtre! Je leur ai répondu que j'étais de service et qu'ils devaient me laisser passer mon chemin. En même temps ils me sont tombés sur le corps, à grands coups do bûches de bois et de pierres, et m'ont poursuivi, toujours en me frappant, jusqu'à la porte de l'auberge, où j'ai été obligé de quitter mon cheval. La femme de l'aubprgiste étant sortie pour aller le reprendre, on tomba sur elle à grands coups, et elle fut obligée de se sauver comme elle put. Elle n'a connu qu'un nommé Drezet, de Vernierfonlaino, qui tenait le cheval et frappait à grands coups sur lui. Plusieurs du rassemblement sont venus à la porte de l'auberge et voulaient entrer par force, en disant : Viens chercher ton cheval. Le gendai*me Lapoire serait-il avec
toi? Ils ont fait perquisition dans mes fontes et ont volé mes pistolets. Quelques instants après, plusieurs personnes sont venues à l'auberge et m'ont demandé si le prêtre était en liberté, mais je ne les ai pas connues. x>
A la réception de la dépêche du district d'Omans, le département déclara qu'il importait de maintenir l'exécution de la loi ; qu'en conséquence, le citoyen Proudhon requerrait sur-le-champ le général Ferrand, commandant la division, de fournir le nombre d'hommes dont il pouvait disposer, tant en infanterie qu'en cavalerie, avec une ou deux pièces de canon, pour se rendre au Valdahon, à l'effet de donner main-forte à la gendarmerie pour transférer le prêtre Huot à Besançon; et que le citoyen Balleydier, membre du conseil général, nommé commissaire, accompagnerait et dirigerait la force armée, conjointement avec un conimissaire du district d'Ornans. Proudhon écrivit au général de faire partir sa troupe au plus vite, parce que la gendarmerie ne manquerait pas de succomber, si les secours ne lui arrivaient promptement.
Mais ce que redoutait l'administration était déjà accompli, avant même qu'elle eût reçu la nouvelle de l'arrestation de M. Huot. Ce prêtre avait été délivré par les catholiques, et aucun des gendarmes si déterminés n'avait péri. On lit dans le procès-verbal de ces derniers : «Aussitôt que nous sommes arrivés à la caserne, toutes les femmes du village, au nombre de plus de deux cents, sont venues avec menaces pour nous l'arracher des mains. Elles ont dressé une échelle vers la fenêtre de la chambre où était détenu le prêtre, et pendant que nous repoussions la foule, le prêtre a profité du moment, et avec l'aide que lui ont donnée ces femmes, il s'est échappé. Les personnes que nous avons reconnues sont sur une note ci-jointe. Nous avons requis le procureur de la commune et le maire de nous prêter main-forte et de nous donner la garde nationale, ce qu'ils n'ont pas voulu faire. Us n'ont pas même voulu paraître pour faire dissoudre cet attroupement. Ils ont averti, par de mauvais citoyens du Valdahon, toutes les femmes du voisinage , qui sont venues en armes , et ont tiré plusieurs coups de fusil , en faisant un grand tapage
toute la nuit , pour tâcher de pouvoir rencontrer quelque gendarme (M.»
La force armée envoyée au Valdahon n'y arriva que le lendemain à sept heures du soir. Balleydier, qui la commandait, dit dans son rapport : « Nous avons invité le procureur de la commune à nous indiquer le lieu où était détenu le prêtre Huot^ afin de prendre toutes les précautions de sûreté que la prudence exigerait. Ce procureur nous a répondu que le prêtre Huot, ayant profité d'un rassemblement considérable, s'était évadé, la veille, vers les quatre heures après midi, et qu'on ignorait dans quel lien il s'était retiré. Les gendarmes nous ont rendu le même compte, et attendu que tout paraît tranquille dans cette commune, nous partirons demain matin avec la force armée pour nous rendre à- Besancon. »
Quelques jours après, Laurent Baverel, maire d'Epenoy^ commune dépendant de la paroisse du Valdahon, écrivait au district : « Malgré la loi du 20 fructidor, publiée ici avec les adresses du procureur général et du district, F.-Jos. Epenoy, de Narbief, ci-devant vicaire au Valdahon, prêtre déporté, dit la messe la moitié des jours. Dimanche dernier^ sa messe a été annoncée par trois grands coups de cloche. Je suis dans l'impossibilité d'arrêter ce prêtre , parce que
(i) a Noms des personnes connues, et de ceux qui ont avcrli dans le» autres communes: CI. -F»* Pequignot , C1.-Fm Lapoire, Jbi** Péquignot, femme Daudey, i^^* Chapuis, F"* Pequignot, jDne.pta Pequignot, Anne Brachotte, tissier, Marg. Lanlernier, Anne Brachotte dit Reullon, Célestine Roulon , blanchisseuse , Eliennette Pequignot , femme Ménétrier, Mario, femme de Damien Grandpcrrin, Jn^e-Marie, femme de J.-F. Daudey, Jnn»-Cl. Ménétrier, Marie Mercier, femme Lapoire , Marie-Thér. Lapoire, Laurence Amioite, femme Jeanningros, J^ne-Bt* Copin, femme Lapoire, Agathe Chapuis, femme Mairot, Jn>>*-Gl. Lapoire, femme Pequignot, Marie Troutot, Antoinette Faivre, femme Troulot, i^^ Labourey, femme Chapuis, Elisabeth Chapuis, Ji^n*-Etienne Labourey, Euphrasîe Chapuis , Félicité Burney et sa sœur Agathe , Marg. Grandperrin , J^^n* Grandpcrrin , Antoinette Pequignot , Marie-Ant. Ghapuis-Berrot et sa sœur, Jnne.ci. Chapuîs-Roulon, Jnn«-Et. Lapoire, Agathe Lapoire, Marie Lapoire, Charlotte, femme de Simon Labourey, J^^ Picon, Jbo* Ferniot, fit* Chapuis et F*« Ferniot. •
les trois quarts et demi des habitants le protégeât et assistent à sa messe. »
Dans les derniers jours d'octobre, les femmes d'Orchamps, informées que le procureur de la commune préparait des mesures pour faire arrêter un prêtre déporté, s'attroupèrent et envahirent sa maison, en déclarant qu'elles s'y opposeraient de toutes leurs forces. Il fallut envoyer plusieurs brigades de gendarmerie pour rassurer le procureur jacobin.
XXVI. Aucune administration, comme on le présume bien, ne déploya plus d'activité et d'efforts que celle de Pontariier pour empêcher la rentrée des prêtres déportés , et ne mit plus d'âpreté à leur poursuite. Afin d'exercer une pression plus décisive sur les comités de gouvernement et d'en obtenir toutes les mesures que lui inspirait son zèle anti-clérical, elle envoya à Paris Gallet, le plus jeune de ses membres, et le chargea d'appuyer personnellement auprès des comités toutes les requêtes et doléances qu'elle ne cessait de leur adresser. Tout lui était sujet de plainte et d'appréhension, Parrod, son fougueux agent, écrivait, le 26 mars, au Comité de sûreté générale : «Trop longtemps on a gémi sur l'inactivité des volontaires, et la suite ne prouve que trop combien ces craintes étaient fondées. On objectera peut-être que la surveillance que l'on propose de donner à un inspecteur (des ^entières), doit être exercée par leur chef; je répondrai à cela que les chefs des volontaires ne sont pas craints par leurs soldats, et qu'une discipline sévère ne peut être exercée. 11 me semble chaque jour que le fanatisme fait des partisans. Les émigrés rentrent pour aiguiser de nouveaux couteaux; mais leur témérité a été réprimée, et ils sont obligés de lâcher pied. » Parrod en donnait pour preuve l'aventure suivante, ainsi racontée, avec plus de détails, dans une lettre du district à Gallet : u Dans le courant de la nuit dernière, le citoyen Jouffroy, notre secrétaire, rentrant dans son quartier, rencontra trois hommes que leur marche et leur langage rendaient suspects. Il court sur l'un d'eux, le saisit au corps en lui demandant qui il était. Cet homme, sans aucun comphment, lui répond : Qu'est-ce que cela te f..t? Jouffroy, piqué de cette insulte, le coiffe d'un soufflet qui le
jette parterre, et il le froisse sous ses pieds. L'inconnu, déconcerté, promet de faire voir son passe-port. Sous cette condition , JouflTroy le laisse relever ; mais à peine a-t-il remis son passe-port entre les mains de Jouffroy, qu'il donne avec son bâton un coup sur la main de ce dernier, fracasse sa lanterne et éteint sa lumière. Emporté par une sainte <5olère, Jouffroy se jette sur cet inconnu, le traîne par terre à coups redoublés de bâton et de main. Les deux camarades de cet ennemi de la chose publique, restés pendant longtemps spectateurs d'une lutte inégale , abordent et lancent une grêle de pierres. Heureusement, une seule a atteint notre secrétaire, sans lui faire aucun mal. Se voyant engagé dans une affaire assez sérieuse, puisqu'il devait combattre contre trois, Jouffroy maltraite celui qu'il tenait ; il court à ses armes pour défaire la république des deux autres. Mais ils n'attendent pas son retour, ils lâchent pied l'un et l'autre, en laissant Jouffroy avec le passe -port de celui qu'il avait si bien peloté. Nous avons fait, avec laforce armée, toutes les recherches possibles, mais elles ont été vaines. Les lâches étaient allés cacher leur honte dans les lieux les plus retirés. Le passeport qui est entre nos mains, a été délivré par un officier suisse, du canton de Fribourg, à J. Gauffre (vicaire en chef à la Cluse). Il est conçu en allemand et scellé du sceau de cet Etat. Il faut observer que ce Gauffre est le beau-frère du traître Lerebours, et qu'il a causé les plus grands maux, w
Le district crut devoir dénoncer le même fait à Barthélémy, ambassadeur de France en Suisse, qui répondit : « Je viens d'apprendre que quelques évêques français retirés à Fribourg viennent de composer et font parvenir secrètement aux prêtres qui cherchent à se glisser sur le territoire de la République, une instruction horrible par ses principes. Je m'occupe de me procurer une copie de cette pièce pour la dénoncer au corps helvétique et pour faire d'autant mieux sentir par là, au canton de Fribourg, le tort qu'il a à notre égard, d'avoir toujours favorisé les prêtres sortis de France, malgré mes fréquentes plaintes. »
Gallet écrivit, de Paris, à ses collègues, le 30 mars : « Le Comité de sûreté igénérale, pressé de prendre des mesures
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sur la situation de nos frontières et sur Tévénement d'Arcsous-Gicon (évasion de trois prêtres), a répondu qu'il serait écrit aux autorités constituées, pour leur enjoindre de faire tout ce que la sûreté publique prescrit. Là-dessus, Pelletier ramassa ses papiers et s'en fut au Comité de salut public. Il était onze heures du soir. Nous attendîmes en vain jusqu'à une heure. Michaud m'a promis que nous irions ensemble au Comité de secours. )>
Pendant que les comités, au grand désespoir des administrateurs de Pontarlier, se bornaient à leur envoyer des exhortations bien inutiles, les prêtres se multipliaient. Le district écrivait le 1" avril à Gallet : « Une affaire n'est pas finie qu'une autre se présente. Un événement non moins conséquent vient d'arriver et prouve que partout ou presque partout il y a des prêtres émigrés. Dans la nuit dernière, la patrouille de Dompierre arrête trois hommes. Deux se déclarent ouvriers, et l'autre se dit marchand. Interrogé plus particulièrement, il déclare se nommer Joliclerc, de Biefdu-Fourg (Jura), être prêtre déporté et rentré en France. La municipalité rédige procès-verbal de ses déclarations et confie à la garde nationale l'émigré et ses deux guides, pour être conduits ensemble à la municipalité la plus voisine. Celle de la Rivière les conduit à Colombe (nouveau style). Cette dernière donne un reçu à la garde nationale qui les avait conduits et les fait entrer dans la maison commune. On reste dans l'inaction pendant deux heures et demie. Ce temps sert à rassembler les fanatiques, qui viennent en foule et font sauver les trois individus confiés peut-être aux trois plus aristocrates de la commune, tandis que la municipalité dressait un procès verbal inutile.
» A Chapelle-d'Huin on en a fait échapper un. L'agent national et le juge de paix n'ont pu parvenir à l'arrêter. La troupe des malveillants était trop forte pour pouvoir l'arracher de leurs mains. Nous sommes obligés de le dire, l'esprit public a beaucoup perdu de sa grandeur depuis la loi sur la liberté des cultes. On persécute ceux qui ont été nommés counnissaires pour l'exécution de l'arrêté du représentant Pelletier^ ordonnant la dévastation des églises. Il est
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constant que ces émigrés ont tiré grand parti de cette dévastation pour irriter le peuple contre le culte de la Raison et contre les propagateurs de ses principes. Nous sommes obligés d'envoyer presque partout des administrateurs pour informer- — A. Gros, Callier, Prat, Parrod. »
Le même jour, le district envoya directement au Comité de sûreté générale un rapport sur le même sujet : » Rien, lui écrivait-il, n'a pu et ne peut encore détromper les hommes que l'idée de la religion outragée ofiTense. Des informations sont commencées contre la municipalité de Colombe, qui parait très coupable, et l'agent national va être mis en arrestation. » Le district écrivit en môme temps au Comité de législation qu'il ne pouvait plus suffire à la besogne et qu'il était urgent de lui adjoindre au moins quatre membres nouveaux : « Nous sommes obligés, disait-il, d'exercer la plus grande surveillance sur nos administrés fanatiques et sur les rentrées trop fréquentes des émigrés, qui font des prosélytes dans tous les lieux où ils portent leurs pas. »
A la séance du 4 avril, Parrod représenta au district que les émigrés et surtout les prêtres rentraient en nombre sur le territoire français ; que plusieurs affaires récontes prouvaient trop que l'esprit révolutionnaire avait beaucoup perdu de sa force et que l'énergie républicaine était fort ralentie. Après avoir rappelé la pétition de la commune de Montlebon en faveur des prêtres, l'évasion de trois de ces derniers à Chapelled'Huin, à Sainte-Colombe et à Pontarlier même, il ajouta : « Ces preuves certaines de la rentrée de cette classe d'ennemis de la patrie commandent impérieusement de prendre des mesures. Déjà on a écrit aux districts de Baume, d'Ornans et d'Hippolyte, et ces districts ont pris des mesures pour seconder celui de Pontarlier; mais toutes ces mesures resteront sans effet, si l'on ne fait pas connaître aux habitants des campagnes leurs devoirs et les peines qu'ils encourent en se rendant complices des émigrés ; je demande donc qu'il soit fait une adresse aux habitants du ressort. »
Le district déclara qu'effectivement, sans la connaissance de leurs devoirs, les cultivateurs pourraient s'abandonner à des excès; que la malveillance s'empressait partout d'élever
<les bruits contre le culte de la Raison; qu'on ne se renfermait nulle part dans les bornes de la nouvelle loi sur la liberté des cultes; que la circulaire proposée par Tagent national pourrait opérer le plus grand bien, et qu'en conséquence, il serait fait une proclamation pour rappeler à la plus grande surveillance les municipalités, les fonctionnaires et les volontaires, et donner une nouvelle activité à tous les genres de service, sur la frontière. Le district, après avoir mis en œuvre tout ce qu'il avait de littérature et d'éloquence, lança ce manifeste, adressé à tous les habitants du ressort: « Citoyens, la coalition sent ses forces trop inégales pour détruire par les armes le gouvernement républicain. Mais, toujours artificieuse, elle recourt à des moyens qu'elle pense plus sûrs pour atteindre son but. Elle emploie les émigrés pour faire réussir ses projets. Elle les envoie en France , elle leur reconimande de corrompre l'esprit public, de fiiire des prosélytes et de s' attacher autant que possible à la classe nombreuse du peuple des campagnes. Elle compte sur sa crédulité. Les prêtres, toujours ennemis déclarés du bon ordre, s'empressent de satisfaire aux vues ambitieuses des tyrans, et, s'appuyanl de l'influence que peut donner leur caractère sur l'opinion des agriculteurs, i)s avancent d'un pas hardi vers nos frontières, et portent leur audace jusque <lans rintérieur. On ne peut se dissimuler qu'ils écartent, par leurs propositions insidieuses, l'esprit d'union et de fraternité qui n'a cessé de régner depuis leur expulsion. Trop de communes nous ont donné des preuves de la discorde qu'ils ont occasionnée chez elles. L'aflaire d'Arc-sous-Cicon n'est pas terminée; d'autres suivent déjà le signal de cette rébellion ; elle ne sert que d'étendard, sous lequel se rangent tous ceux qui ont occasion de se déclarer pour ce parti. 0 hommes pervers! lâches émigrés I avez-vous oublié l'exécration à laquelle tous les Français vous ont voués? Marchands de trahisons et d*assassinats, sachez que la haine de Rome contre Carthage revit dans nos âmes, comme la foi punique revit dans les vôtres. Abuserez-vous plus longtemps de la crédulité de ceux que vous séduisez , pour les traîner dans l'abîme? Non, la punition de quelques-uns
des complices de vos délits servira d'exemple pour d'autres , et même, saas la crainte d'une punition, ils n'oublieront plus leurs devoirs.
» Citoyens, six années de sacrifices et d'expérience révolutionnaire ont dû vous instruire du prix de la liberté. Déjà vous en ressentez les effets. Ce n'est encore qu'une ombre de ce que l'avenir nous produira. C'est à vous, cultivateurs, que nous devons le plus d'instructions fraternelles. Préférezvous des prisons aux douceurs de vos campagnes, au labour de vos terres, à la récolte de leurs produits et à la fécondité de vos troupeaux? Telle est cependant l'alternative que présente la conduite de quelques-uns de vous. Laissez à la justice le soin de venger l'inexécution des lois. Laissez aux savants la dispute des idées religieuses. Que vous importe si votre frère, votre parent, votre ami, est d'une opinion contraire à la vôtre ! Suivez l'impulsion de votre cœur, et à quelque système que vous soyez attachés, ne vous livrez point à des excès condamnables. Le bien public commande une réunion entière d'opinions politiques, quelles que soient celles religieuses. Abandonnez-les un instant, pour porter les derniers coups à nos ennemis. Ceux de l'intérieur ne sont pas les moindres; nous en avons de tristes expériences. Nous vous avons continuellement commandé la plus grande surveillance sur ceux qui, au mépris de la loi du 25 brumaire dernier, recèlent des émigrés. Qu'ils sachent les peines qu'ils encourent; qu'ils sachent que les complices des émigrés sont punis des mêmes peines que ces derniers, et que ceux qui les auront recelés ou auront facilité leur rentrée, seront punis de quatre ans ^e fers.
» Nous avons vu les hommes faibles seconder les tentatives de la malveillance. Le tyran, à sa mort, nous légua la guerre civile ; son ombre planerait-elle encore sur nos contrées, pour en allumer les feux? L'aristocratie trameraitelle une révolte contre la liberté? Nous assurons d'avance que tous leurs efforts seront inutiles. Les patriotes formeront de leur corps un rempart qui deviendra impénétrable, et offriront plutôt leur vie que de se dépouiller de leur indépendance.
RENTRfiB GÉNfiRALB DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. 463
0 Les émigrés trament quelque complût perfide dans les lieux de leur retraite : nous en sommes informés. Ils tentent même d'ébranler notre fidélité. Vous n'auriez point de patrie, si vous laissiez le vice plus puissant que la vertu ; vous ne seriez pas dignes de la liberté, si vous ne vous montriez constamment ses plus zélés défenseurs, et si vous laissiez déshonorer votre pays, en y transportant les fureurs de la Vendée, pour noyer dans un fleuve de sang ceux qui s'opposeraient aux efforis de la contre-révolution.
)) Citoyens, ne vous laissez point séduire aux accents de ces hommes qui prêchent parmi vous l'insubordination, au nom d'un Dieu dont ils se prétendent les ministres fidèles. Et vous, officiers municipaux, fonctionnaires puWics, vous connaîtrez l'importance de vos devoirs, si on vous instruit que le Comité de sûreté générale de la Convention met sous votre responsabilité et la nôtre, la rentrée des plus cruels ennemis de la république, la rentrée des émigrés. Le poids de cette responsabilité n'est-il pas assez grand pour stimuler votre courage et votre énergie? Joignez-y les obligations que vous imposent les places que vous occupez, et il ne vous restera alors plus de prétexte. Si votre devoir n'est pas rempli, nous vous l'annonçons, vous serez poursuivis. Si vos démarches, au contraire, ne laissent rien à désirer, la patrie sera reconnaissante envers vous. Ce doit être un moment d'honneur, celui où, rapprochés d'un temps célèbre, le temps de Pâques, les prêtres émigrés se glissent dans vos communes pour y exercer leurs fonctions ; c'est ici le moment où la chose pubUque commande le plus de surveillance et sur la frontière et à l'intérieur. Nous appelons celle de tous les amis de la révolution, des préposés des douanes, des gendarmes, des volontaires. Nous sommes sûrs qu'ils réussiront quelque part, s'ils veulent se donner des peines et se concerter pour faire un service toujours actif.
)) Nous vous réitérons nos invitations à la concorde. Qu'il n'y ait plus parmi nous qu'un désir, celui de faire triompher la république. Que chacun conserve les opinions religieuses quMl peut avoir ; qu'on ne mette plus d'obstacle à la punition des ennemis de la France. Alors le calme renaîtra , le
cultivateur qui pourrait s'abandunner à des excès, reprendra sa charrue et tracera sur ses champs des sillons pour lés rendre fertiles et nourrir ses compatriotes. Il se reposera sous Tombre des arbres qui ornent la campagne et méprisera les vils esclaves de la tyrannie.
» Nous sommes convaincus que cette lettre ne sera pas sans eflTet et que nous n'aurons plus à sévir contre des coupables. Veuillez en faire lecture à vos concitoyens et nous en certifier dans vos comptes décadaires. — A. Gros, vice-prés., Prat, Simonnin, Callier, Glaudet, Michaud, Simon, Parrod, ag. nat.y JoiifTroy, sec. gén. »
Le district s'empressa de transmettre des exemplaires de ce chef-d'œuvre oratoire et bucolique aux comités de la Convention, ainsi qu'aux districts circonvoisins. Le district de Baume se contenta de le remettre au citoyen Perriguey , chargé d'un travail analogue ; mais le district de Saint-Hippolyte répondit avec effusion : « Nous voyons avec plaisir que vous avez l'œil constamment tendu sur les nouveaux dangers dont les prêtres, éternels ennemis du bonheur des peuples, osent menacer encore la patrie, et que les mesures que vous prenez en cette circonstance coïncident parfaitement avec les nôtres. C'est en marchant ainsi d'un pas égal, et avec le flambeau de la raison en mains, que nous pourrons parvenir à rendre vains les derniers efforts que fait le fanatisme, pour croire échapper à la destruction complète dont le menace depuis longtemps l'empire des lumières, ils ont beau, ces hypocrites, pour faire renaître de nouvelles espérances dans quelques esprits crédules, s'étayer d'une protection surnaturelle qui n'eut jamais de réalité que dans leurs crânes mal organisés, et de mille prestiges qu'exploitent leurs mauvais cœurs ; l'heure fatale de leur dernier jugement est sonnée, malgré toutes leurs pieuses grimaces, et dans peu ils seront tous voués à une exécration universelle. — Salut et vive la république I — Diény, président, Mercier, etc. »
XX VU. Ce compUment philosophique fut tout le succès qu'obtint la proclamation des administrateurs de Pontar* lier, et dès le jour môme , il leur fallut reprendre la lutte avec plus de difficultés que jamais. Le 4 avril, le comman-
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dant du détachement de volontaires de Barbézieux, cantonné à Jougne^ leur écrivit : « On nous assure, chaque jour, qu'il y a un prêtre caché aux Fourgs ; mais nous ne pouvons découvrir en quelle maison il se tient. J'espère qu'avec toute la surveillance que nous y mettons, nous parviendrons à le prendre et que nous aurons le plaisir de vous le conduire. — Favreau. »
Le 10 avril, le district déclara a qu'il était informé par P.-Jos. Simon , agent national de Ghapelle-d'Huin , que récemment des prêtres déportés s'étaient introduits dans cette commune pour y propager les principes contre-révolutionnaires et pervertir les bons habitants des campagnes , toujours trop attentifs à leurs dogmes sanguinaires et proscrits; et que, pour prévenir les abus qui pourraient résulter de la rentrée de pareils monstres, il était indispensable de nommer un commissaire, pour informer sur la rentrée de ces prêtres et sur ceux qui pourraient les receler, o A la même séance, on donna lecture d'un procès-verbal de perquisitions faites par la gendarmerie, à Brey, notamment dans la maison de J.-F. Petithuguenin , où l'on avait signalé un rassemblement de prêtres déportés ou émigrés. 11 était résulté de ces perquisitions , qu'on avait découvert chez M. Petithuguenin , cachés dans un coffre , une aube , deux voiles de calice , une étole , un manipule , une chasuble , deux nappes d'autel , un cordon, trois purificatoires , trois lavabos, une bourse, un corporal, deux burettes en étain, trois cierges et une pyxide en étain. Le district déclara que la présence de ces objets annonçait que des prêtres déportés s'en étaient servis, plutôt que des prêtres constitutionnels, puisque Petithuguenin prétendait ignorer que ces objets étaient «hez lui ; qu'en conséquence, le citoyen Gart , assisté par la force armée, se rendrait à Brey en qualité de commissaire, pour informer, saisir les objets dénoncés, et décerner mandat d'amener contre les receleurs et compUces des prêtres. F.-Jos. Gart, président du district, se rendit donc à Brey, trois jours après, escorté de deux gendarmes, et, après avoir pris la municipalité en passant, il envahit la maison da M. Petithuguenin. Gelui-ci ne fit aucune difficulté de représeu-
vii. 30
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ter toas les objets si minutieusement inventoriés par Piquet, lieutenant de gendarmerie, et par Rolier , capitaine général des douanes, dans leur précédent procès-verbal. Les gendarmes firent observer au commissaire du district, que les burettes avaient été trouvées sur la fenêtre de la chambre et encore humides, ce qui annonçait qu'on venait de s'en servir, et qu'on avait trouvé dans la même chambre une seille pleine d'eau, avec une branche de buis dedans.
M. Petithuguenin, interrogé, répondit qu'il était âgé de quarante ans , cultivateur et oificier municipal depuis trois ans ; que les objets trouvés chez lui provenaient du dépouillement de la chapelle des Maisons-du-Bois, fait par les citoyens Maire et Cousin, de Mouthe, commissaires du district, et que ces objets avaient été déposés chez lui depuis environ cinq mois, à la demande du maire de la commune ; que les trois cierges lui appartenaient en propre ; que l'eau était de l'eau fraîche à boire, et qu'il n'avait rien à répondre au sujet de la branche de buis. Il ajouta qu'il n'avait aucun parent prêtre déporté ou émigré ; mais que son cousin et voisin avait un beau-frère prêtre déporté. «Tu ne conviendras donc pas, lui dit le commissaire, que des prêtres ont dit la messe chez toi, le dix-neuf courant, quoique l'opinion générale des environs soit bien formée là-dessus? — 4'ignore tout cela, » répondit le prévenu.
Le commissaire interrogea ensuite le fermier de M. Petithuguenin, qui habitait la même maison et qui répondit négativement à toutes les questions. Marie-F'* Denizet , servante de M. Petithuguenin, interrogée à son tour, fit les mêmes réponses que son maître. « Mais pourquoi, lui objecta le président Gart, les burettes étaient-elles mouillées? — C'est peut-être que les enfants du fermier se sont amusés avec. — Mais comment se fait - il qu'il se trouvait deux cierges dans deux chandeliers, sur la fenêtre, à côté des burettes? — C'est que faute d'huile on ne brûle que de la bougie, et qu'il arrive souvent qu'en même temps qu'on soupe, on est obligé de parcourir la maison , ce qui nécessite deux lumières.» Après ces explications ingénieuses, M. Ant. Petithu- ^guenin^ parent de l'inculpé et membre du conseil de la corn*
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mune, déclara que sa femme avait un frère déporté , Tabbé Regnaud, de Remoray, ancien curé de la GhapelIe-lez-Rennes; mais que, pour le reste , il ne savait absolument rien.
P.-Ant. Maire, lieutenant des douanes à Gellin, fit la déposition suivante : « Le 8 avril, à cinq heures du matin^ dirigeant mes pas du côté des Maisons*du-Bois, j'ai reconnu, à la faveur de la neige, la piste de quatre ou cinq personnes. En arrivant dans la commune, j'ai abordé le nommé Alexis Maire, natif de Gellin, mais exploitant un domaine sur le territoire des Maisons-du-Bois, qui m'a dit : *( Il faut redoubler » de surveillance. Je soupçonne que des prêtres déportés sont )) rentrés et trouvent des asiles dans cette commune. Une » femme m'a dit que l'aînée des filles d'Ign. Royet lui avait » fait l'aveu que, l'avant-dernièrenuit, elle avait été confessée » et communiée et avait reçu la bénédiction nuptiale d'un » bon prêtre. » Ayant alors conçu de mauvais soupçons sur les vestiges que je venais de découvrir , j'ai suivi ces pistes et j'en ai trouvé qui aboutissaient à Boujeons, vers la maison d'Ant.-Simon Rouget, frère d'un déporté. Je remontai à Torigine de cette piste , et je vins aboutir à la maison de Petithuguenin , où les traces se confondaient avec une multitude d'autres traces qui allaient aboutir , les unes à Boujeons, les autres à Brey et les autres au Sarrageois. C'est d'après ces découvertes que j'avertis mes supérieurs et que des perquisitions furent faites chez Petithuguenin. »
Gh.-Alexis Maire, de Gellin, déclara que, voulant éclaircir les soupçons qu'il avait conçus sur la présence des prêtres déportés, d'après l'agitation visible de leurs partisans connus, il s'était adressé, un jour, à la femme Monnot, des Maisonsdu-Bois, et lui avait demandé si elle n'avait pas connaissance d'un rassemblement de diverses personnes du voisinage qui avait eu heu chez Jac.-L. Lonchampt, et s'il n'avait pas été question d'y faire, par-devant un prêtre réfractaire, le mariage clandestin de Marie-Claudine Royet avec P. Monnot, du même lieu; que le lendemain, la Royet elle-même avait avoué le fait à cette femme, en ajoutant que le prêtre était descendu de là à Brey, où il se trouvait le 7 avril.
P.-Ant. Coulon, douanier à Gellin, déposa en ces termes :
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« Etant allé avec mes chefs faire la perquisition au domicile de J.-F. Petithuguenin, je me suis placé, par mesure de précaution, avec un de mes camarades, sur le grenier à foin d'Antoine Petithuguenin , attenant à celui de son cousin. Antoine et sa femme arrivèrent presque au même moment dans la grange avec leur parent et voisin. La femme parlait à voix basse et de manière à ne pouvoir être entendue de moi. Après quelques propos^ le mari afTecta de répondre d'une voix forte : Quils cherchent tant qu*ik vaudront, ils ne trouveront rien. Il ajouta ensuite, d'un ton bien radouci, mais assez fort pour que je l'entendisse : lU sont déjà bien loin, s* ils ont voulu marcher, »
XXVIil. Malgré de si beaux éléments de procès, l'affaire en resta là, au grand regret du district. Aussi prit-il mieux ses sûretés dans l'affaire de Sainte-Colombe. Martin, agent national de cette commune, était venu lui-même, le i^' avril, apporter au district le procès-verbal de sa municipalité constatant l'évasion de M. le curé Joliclerc : « J'étais sorti, disait-i), après avoir remplacé par trois gardes nationaux de Colombe, ceux de la Rivière qui l'avaient amené. En rentrant, j'ai trouvé la maison encombrée d'hommes et de femmes. Il était près de dix heures du matin lorsque l'évasion a eu heu. La municipalité a fait battre la caisse pour courir après eux, mais sans résultat. » Le district, très irrité, déclara, « qu'il y avait eu de la part de l'agent national de Colombe, ainsi que de la municipalité, une négligence crasse et l'imprudence la plus caractérisée; qu'en conséquence, cet agent serait mis en arrestation jusqu'à la décision qui serait prise ensuite d'informations ultérieures ; que ces informations seraient faites par Prat et Pecclet, membres du district, qui se transporteraient sur les lieux, ainsi qu'à Dompierre, pour informer relativement au rassemblement qui y avait eu lieu lors de l'arrestation des mêmes personnes. »
Les deux commissaires consacrèrent à cette enquête les journées du 3, du 4 et du 5 avril. A la suite de leur rapport^ le district prononça en ces termes :
(( Considérant que dans ces n\oments de crise où les émi-
grés, prêtres déportés, ont Timpudeur de venir souiller le territoire de la République^ en se répandant dans les campagnes, pour les fanatiser et pour propager leurs principes absurdes et sanguinaires, où celles-ci les reçoivent à bras ouverts, les dérobent aux poursuites des bons citoyens, favorisent même leur évasion, lorsqu'il y en a quelques-uns d'arrêtés, il est du devoir des administrateurs de punir, dans toute la rigueur des lois, les fauteurs, complices et adhérents à de pareils attentats; considérant que trois personnes suspectes, parmi lesquelles il y avait un prêtre déporté, conduit par la garde nationale de la Rivière à la municipalité de Colombe, se sont évadées le i 2 germinal, par la grande négligence de J.-Cl. Martin, agent national, de Jac. Javaux, officier municipal, et de Ferréol Pourny, capitaine de la garde nationale ; considérant qu'il résulte des interrogatoires des citoyens J.-Et. Glaudet, P.-Jos. Bernard et Cl.-F. Javaux, qu'ils ont montré la mauvaise foi la plus caractérisée, puisque, convenant qu'ils ont été requis par la municipalité de se rendre à la maison commune, et s'y étant rendus, ils ont déclaré n'avoir reconnu personne et ont nié qu'ils aient été requis de garder les trois prévenus ; considérant qu'il y a eu un rassemblement considérable à la- maison commune, et que ni l'agent, ni l'officier municipal, n'ont rien fait pour le dissiper; considérant qu'il résulte encore de la déclaration de quatre gardes nationaux de Dompierre, préposés, chez le capitaine Lacroix, à la garde des trois individus arrêtés, que celui-ci a reçu du prêtre Joliclerc vingtquatre louis en numéraire pour les remettre à ses parents, et qu'il lui a donné du papier pour écrire une lettre à sa sœur; considérant que tous les susdits doivent être considérés comme complices d'émigrés et dans le cas de la loi du i 3 brumaire an ii, et que le dernier doit être en outre considéré comme voleur d'efiets publics, le directoire arrête que mandat d'arrêt sera décerné contre Javaux, officier municipal, Pourny, capitaine, P.-Jos. Bernard, J.-Et. Glaudet et Cl.-F. Javaux, tous de Colombe; contre J.-Cl. Maire, domestique de Guidevaux à Bulle, Prince, cbarron à Chantegrue, et Jos. Lacroix, capitaine de la garde nationale à Dom-
pierre. Ce dernier sera de plus tenu à restituer les 582 livres qu'il a reçues en numéraire. Il en sera référé au Comité dç sûreté générale, qui nous indiquera si les pièces doivent être envoyées aux tribunaux criminels ou au tribunal révolutionnaire. ))
Les prévenus furent successivement amenés en prison à Pontarlier. J.-Gl. Maire, Fun d'entre eux, domestique de l'aubergiste Guidevaux, à Bulle, avait été arrêté avec M. l'abbé Joliderc et était accusé de lui avoir servi de guide. Il fut interrogé, le 11 avril, en même temps que le charron Anatoile- Josepb Prince, de Chantegrue , vieillard âgé de soixante-dix ans, prévenu aussi d'avoir accompagné le prêtre proscrit et d'avoir été pris avec lui. Mais il résulta des réponses de ce vieillard, qu'il était resté complètement étranger à cette affaire et qu'on l'avait confondu avec Jos. Pône, également charron à Chantegrue. En conséquence, le district décida qu'il serait élargi et remplacé en prison par le vrai coupable. Interrogé le surlendemain, ce nouveau prévenu dit qu'il se rendait à Frasne avec Maire pour ferrer sa voiture, et qu'ils avaient, chemin faisant, rencontré un inconnu qui s'était joint à eux; qu'arrivés à Dompierre, on leur avait demandé leurs passe-ports, et qu'il avait présenté le sien, tandis que l'inconnu déclarait être un prêtre déporté ; que pendant qu'ils étaient à la maison commune de Colombe, à la suite de leur arrestation, le prêtre s'était échappé au milieu de la multitude qui s'était mise à le suivre; qu'alors, Maire et lui, se voyant libres et ne se sentant pas coupables, avaient paisiblement regagné leur pays.
Le district, qui s'était donné un peu trop vite la satisfaction de jeter neuf personnes en prison au sujet de cette affaire, se vit bientôt forcé de rétrograder. Il décida, le 16 avril, que tous les prévenus seraient mis en liberté, parce qu'il n'y avait point de preuves convaincantes contre eux et parce qu'ils étaient nécessaires aux travaux de la campagne.
XXIX. Gallot écrivait de Paris à ses collègues, le 18 avril : « Le Comité de législation a sous les yeux la série de questions que vous lui avez adressées. Si je puis juger des ré-
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ponses par celles de quelques membres, on doit faire juger sans considération les émigrés à qui la loi du 22 nivôse (en faveur des cultivateurs et artisans] n'est pas applicable. On est bien d'avis qu'il ne soit fait aucun quartier aux prêtres émigrés ou déportés. Déjà on s'est réveillé sur le fanatisme, dont les progrès sont rapides dans quelques contrées. Les différents rapports que nous avions à cet égard ont été remis aux comités de gouvernement. » C'est ainsi que les dénonciations exagérées et incessantes de ces éner* gumènes obscurs contribuèrent à maintenir la Convention dans ses implacables préjugés contre les prêtres, et à perpétuer la funeste législation qui les proscrivait.
Les victimes continuaient, de leur côté, à conserver la sérénité qui convenait si bien à leur dignité de confesseurs de la foi. M. Lacroix, vicaire en chef de Malbnisson, écrivait d'Estavayer, le 20 mars, à J.-B. Martin, maire de sa commune : (( C'est la voix de votre pasteur qui se fait entendre. Je crois que vous n'avez aucun doute que la philosophie a cherché à détruire toute espèce de religion, et que nous avons eu raison de réserver la religion dans nos serments. Rappelez-vous ce que je vous ai dit, lorsque j'étais au milieu de vous : Que Von fasse tout ce que Von voudra pour U temporel. Mais, mes très chers enfants^ conservez la religion de vos pères, et laissez-la à vos enfants, comme le plus riche patrimoine que vous puissiez leur conservet\ Ce que je vous ai dit, je vous l'enseigne de nouveau. Nos disgrâces et notre exil n'ont point altéré notre façon de penser. Si j'ai tant tardé à vous écrire, c'était par la crainte de vous compromettre; mais à présent que les circonstances sont plus heu* reuses et qu'on vous permet la liberté du culte, j'ai cru devoir, à la veille des pâques, vous rappeler votre obligation. Cher Jean-Baptiste Martin, je vous embrasse du plus profond de mon cœur, quoique vous m'ayez méconnu pour suivre une voix étrangère. J'ai prouvé, par la démarche que vous n'avez pas ignorée, que ma vie est à votre service. Que la présente soit lue en municipalité. Un mot de réponse. » Ce simple mot fut encore refusé au bon et généreux prêtre, et sa lettre alla s'enfouir avec d'autres du même
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genre dans les cartons da district; si ce fat par le fait dir maire de Malbuisson, la triste démarche de ce fonctionnaire a eu du moins le bon résultat de nous montrer une fois de plus le prêtre catholique et comtois dans toute la pureté de son zèle religieux et de son libéralisme politique.
Le respectable M. Glaudet, curé de Jougne, retiré i Esta* vayer, avait écrit également à ses paroissiens, le 44 mars, pour leur offrir la continuation des services qu'il leur avait consacrés pendant vingt-cinq ans. Il les exhortait à profiter de la liberté des cultes pour revenir à la véritable foi de leurs pères, a Je sais, leur disait-il, que le décret met beaucoup d'entraves et de difficultés à son exécution; mais les peuples qui désirent vivre et mourir dans le sein de l'Eglise sauront profiter de la liberté accordée, sans contrevenir aux lois civiles. » Cette lettre de conciliation eut le même sort que celle de M. Lacroix.
Parrod, écrivant, le 25 avril, au Comité de sûreté générale et lui réclamant les pièces relatives à l'évasion de M. Joliclerc, afin de poursuivre les auteurs de cet attentat, ajoutait : « Il est bon de donner un exemple de sévérité sur les chefs, car on ne peut plus se dissimuler qu'un grand nombre de personnes se permettent de retirer des prêtres émigrés et de leur prêter un asile, d'où ils peuvent faire circuler le venin corruptif, et où ils font en toute assurance les fonctions de leur ministère. Nous avons en mains des lettres de quelques prêtres émigrés à leurs ex-paroissiens. Us tentent de les séduire et crient que le Seigneur a jeté un regard favorable sur son peuple, duquel il ne permettra pas qu'on pervertisse la religion ; que la loi, du 3 ventôse (sur la liberté du culte ) jette en eux une lueur d'espérance ; que nul motif humain ne les a guidés, et que jamais leurs principes ne reposeront sur l'intérêt ; qu'ils se contenteront du seul nécessaire et qu'ils sauront se conformer aux lois civiles. C*est avec des propositions aussi insidieuses que l'on égare l'esprit des bons campagnards, et que, sous le manteau d'une religion outragée, on porte le poignard qui doit assassiner la liberté, et la hache pour briser ses autels. Je l'espère, les mesures qui seront adoptées seront si sévères, que les émi-
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grés, semblables à un nouvel Ixion, rouleront la masse de leurs forfaits contre une multitude d'écueils, au milieu desquels ils tomberont, eux et leurs crimes. Il vient d'être arrêté deux prêtres de cette classe qui ont été de suite traduits au tribunal criminel. » Ixion était amené là, sans doute, pour rappeler que ces prêtres avaient joint à tous leurs forfaits celui d'avoir libéralement donné à leurs persécuteurs une éducation classique, peut-être trop empreinte, malheureusement, du paganisme et du républicanisme antiques.
XXX. Le lendemain, le district saluait l'arrivée de Baladin dans le Doubs par cette nouvelle diatribe contre les prêtres : « Nous ne pouvons te dissimuler que l'esprit public est singulièrement changé depuis quelque temps. Les prêtres déportés et émigrés qui infectent nos campagnes et qui sont soufferts et même appuyés dans la grande majo^ rite des communes, égarent les citoyens. Ils prêchent hautement la désobéissance aux autorités constituées, le désordre, et enfin que tous ceux qui ont acheté des biens nationaux ne peuvent les conserver en sûreté de conscience. Ces maximes perverses ont ralenti l'ardeur pour acheter des biens nationaux ; car, enfin, ce qui n'était jamais arrivé, nous avons été obligés de suspendre une vente, le 23 germinal, faute d'enchérisseurs. Nous désirons vivement nous concerter avec toi et te soumettre les mesures à prendre pour faire disparaître ces prêtres émigrés. » Il fallait que toutes les consciences fussent bien remuées ou toutes les bourses bien vides, même d'assignats, pour qu'il ne se présentât plus personne pour acheter les biens prétendus nationaux, surtout au prix modeste auquel on pouvait alors les acquérir.
Le 30 avril, nouvelles lamentations de Parrod à Saladin : «Il importe peu, lui écrit-il, qu'on arrête des prêtres déportés ou émigrés , puisque de toute part on concourt à les faire échapper et à empêcher qu'ils ne soient livrés à la vengeance des lois, dont le couteau est prêt à les atteindre. A force de soins, on était parvenu à saisir dans ce district deux de ces ennemis de la patrie ; dans le district d'Omans, la foule assemblée les a fait échapper. Cette affaire, jointe à celles dont ce district a été le théâtre, prouve combien les
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prêtres réfractaires ont d'empire sur ceux qui ont la faiblesse de se prosterner devant eux. Il n'est que trop vrai que les ennemis de la patrie ont en eux les appuis les plus forts, puisque leur caractère en impose aux cultivateurs d'une manière étonnante. Us ne seront pas longtemps sans renverser la liberté par les débris de la liberté même. » Parrod finissait en se disculpant d'une sévérité excessive à l'égard des cultivateurs compromis dansl'afiaire d'Arc-sous-Cicon, et en se plaignant d'avoir été calomnié auprès du proconsul.
Une consolation était réservée au district de Pontarlier et à son fougueux procureur. Le Comité de sûreté générale leur adressa, le 30 avril, ce témoignage de haute satisfaction : « Nous avons reçu votre lettre par laquelle vous nous faites part des mesures que vous avez prises contre les prêtres émigrés. Le Comité approuve ces mesures et applaudit â votre énergie. Continuez à les poursuivre sans relâche. Qu'aussitôt arrêtés, ces ennemis irréconciUables de la repu* blique soient livrés aux tribunaux pour y trouver la peine due à leurs crimes. — C.-Alex. Ysabeau, Montmayou, Delecloy. » Le premier de ces trois régicides était un prêtre apostat, digne successeur de Judas.
Le procureur général Michel répondit également audistrict^ mais avec une teinte de modération : «J'ai reçu votre lettre relative aux mesures à prendre contre les émigrés et les déportés. Je vous suis obligé des indications que vous me donnez et surtout du soin que vous apportez à comprimer cette maudite engeance. Il faut espérer qu'avec beaucoup de prudence et en ménageant le peuple , on pourra peut-être parvenir à le détromper. Mais je pense, comme vous^ que les moyens trop rigoureux ne feraient que donner de l'élasticité au fanatisme. »
Saladin répondit, avec une nuance de modération encore plusmarquée,le8mai: «Je ne puis qu'applaudir aux mesures que vous avez cru devoir prendre relativement aux deux prêtres soupçonnés d'être déportés (MM. iMaire et Lucas). Ces mesures sont conformes à la loi. Une loi intervenue depuis a apporté quelques changements à la conduite qui doit être tenue visà-vis ces hommes qui ne rentrent dans le sein de la répa-
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bliqae que pour la diviser, en y apportant les germes de la discorde. Cette loi ne vous est point encore parvenue officiellement; mais comme elle porte un sursis, et que dans les affaires de cette espèce, les dispositions favorables doivent toujours être observées de préférence, je vous engage à y conformer votre conduite, en observant cependant de faire surveiller et arrêter ceux qui se permettraient de.troubler d'une façon quelconque Tordre et la tranquillité publique. Dans le cas où cette mesure sera prise, il faut que la conduite du prévenu soit constatée par des procès-verbaux. »
Mais déjà le district avait connaissance du nouveau décret qui accordait )e délai d'un mois à tous les prêtres déportés pour regagner la terre de l'exil, et sa vieille haine contre les prêtres en avait été vivement émue. Le 7 mai, il avait écrit à la fois au Comité de sûreté générale, au Comité de salut public, au département et au proconsul : «Nous avons vu dans le numéro 238 du Bulletin de la Convention nationale, un décret relatif aux émigrés trouvés sur le territoire de la république, aux prêtres déportés et rentrés, etc., rendu dans la séance du 12 floréal courant. En applaudissant aux motifs qui l'ont fait porter, nous devons faire des observations sur l'article 2 de cette loi. Il va s'ensuivre de l'exécution de cet article, que l'audace des prêtres s'accroîtra de plus en plus, et que^ n'étant plus gênés par la crainte du châtiment, ils pourront promener pendant un mois leurs principes dans toute l'étendue de la république, propager leurs fureurs fanatiques et faire déserter la cause républicaine pour embrasser la leur. Nous avons déjà un trop grand nombre d'exemples que leur rentrée est funeste à la chose publique. Le pervertissement presque général de l'esprit de concorde, la trop grande latitude donnée à l'exécution de la loi du 3 ventôse, dans laquelle chacun a trouvé de quoi servir ses idées, sont des preuves bien fortes que les tentatives des réfractaires ne sont pas vaines. La Convention nationale a voulu prendre des mesures qui pussent parer à tout; mais peut-on présumer que, pendant le mois de résidence accordé aux déportés, ils resteront paisibles dans leurs demeures et sans tenter de se faire des prosélytes? Le mal ne serait pas sans remède, si les
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déportés qui sont actuellement dans les Etats voisins ne venaient se joindre à ceux déjà en France, pour faire de concert tout le mal dont ils sont capables. On ne peut se dissimuler qu'ils rentrent, malgré le service qui se fait sur les frontières, puisque même ils engagent, avec les volontaires et les préposés des douanes, des conflits à main armée, dont le résultat est de faire feu de part et d'autre. A la Chapelle- des-Bois, un combat de ce genre a eu lieu. Mais lespréposés des douanes, trop faibles, ont été obligés de céder au nombre, et les prêtres, enhardis parce succès, ont continué leur route vers l'intérieur, en laissant cependant un paquet dont il s étaient porteurs. Dans quelques communes, le fanatisme, exaspéré, affiche son insolence, dicte presque des lois aux hommes qui voudraient s'opposera ses fureurs, et plante des croix sur tous les lieux publics. C'est partout que les églises servent à leurs anciens usages. Les communes s'en sont emparées, et certainement il eût été impolitique, dans plusieurs endroits, de s'opposer à cette espèce de démence religieuse occasionnée par l'oppression de la liberté des cultes.
» Tolérer la demeure des prêtres déportés, c'est tolérer la demeure d'hommes professant des principes contraires au républicanisme. Leur doctrine ne peut concilier que les hommes de leur parti , tandis que ceux d'un parti opposé seront voués à l'exécration. Il n'est pas de doute que celui qui a refusé de se conformer à la loi dans un temps, refusera encore de le faire, s'il n'est pas tourmenté par un repentir sincère. Les déportés jouiront pleinement de ce qui leur est accordé, pourvu qu'ils n'outrepassent pas encore le délai. S'ils restent quelque temps dans un village, ils obtiendront facilement des certiQcats de résidence sans interruption; et des communes qui, dans le principe, s'étaient montrées le plus contre les prêtres, sont aujourd'hui si dociles à leur joug, qu'elles font des certificats qui constatent jour par jour la résidence de ceux qui ont si bien détourné leurs idées. Il naît de cet article 2 de la loi une question d'autant plus importante pour nous, que, placés plus près des frontières, nous pouvons être infectés d'un grand nombre de déportés et d'émigrés, qui prendront la qualification de
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déportés, que nous ne pourrons contredire, par le défaut de connaissance.
» Peut-on arrêter et détenir un individu déporté, ou se disant déporté, rentré sur le territoire français ou ne l'ayant pas quitté, dans ie mois qui lui est accordé pour sortir, à compter du 42 floréal? Doit-on, en cas d'arrestation, le faire conduire sur les frontières, ou doit-on le livrer aux tribunaux pour faire prononcer sur son sort, d'après les preuves qu'il aura données de sa qualité d'émigré ou de déporté?
» En attendant la solution de ces questions, nous prendrons le parti le plus sûr, et nous ferons renfermer ceux qui pourraient être arrêtés. Nous poursuivrons toujours la malveillance, et sous quelque masque qu'elle soit cachée, nous lui porterons de grands coups. Nous faisons toutes les démarches qui peuvent terrasser les ennemis de la patrie. — Parrod, Callier, Gros, Prat. »
Tous les jours suivants, le district revient à la charge contre les prêtres ; Saladin et le département sont obsédés de ses plaintes. « Les prêtres déportés, écrit-il au département, le ISK mai, continuent, avec une activité incroyable, à pervertir l'opinion publique. Partout ils mettent en œuvre les moyens les plus persuasifs, tels que les prédications, les confessions, les brochures, etc. ; et bientôt, si l'on n'y met un prompt remède, tout le peuple sera entièrement perverti. Un particulier a entendu dire à d'autres qu'au premier jour les fanatiques désarmeraient les patriotes, qu'il se faisait des rassemblements nocturnes de mille à douze cents âmes, où l'on célébrait la messe au son des instruments. Enfin, c'en est fait, bientôt les prêtres réfractaires armeront leurs sectateurs contre la patrie.... Comment pourrait-on douter que tous les fanatiques sont de vils royalistes, en un mot les ennemis jurés de la Convention nationale^ les destructeurs du régime républicain? Pour s'en convaincre, il ne s'agit que de jeter un coup d'oeil sur la brochure intitulée : Souvenir à jamais mémorable des grâces les plus spéciales accordées aux catholiques, etc. Cet ouvrage a été trouvé, le présent jour, dans la malle de la nommée Marie Dupasquier, de Chambéry. Nous t'engageons à solliciter, près du représentant, des
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mesures promptes pour réprimer l'audace des colporteurs de brochures et de tous ceux qui osent former des rassemblemeuts Qoctames. Il est aussi très à propos que le citoyen Barthélémy exerce la plus grande surveillance dans la Suisse. Il serait très à craindre pour la tranquillité publique, si quelques émigrés entreprenants, poussés par le désespoir, entraient en France et profitaient des dispositions des fanatiques égarés. »
Le lendemain, nouvelles lamentations : a Tavemier, chargé, par notre arrêté du Si germinal, d'informer à Chapelle-d'Huin contre les prévenus de donner asile aux prêtres réfractaires, n'a pas rempli sa commission, ayant déclaré ne le pouvoir. Il en est de même de Cart, chargé d'informer an sujet d'un rassemblement de prêtres à Brey. Il ne nous a encore rien fait parvenir concernant l'exécution de sa commission. Enfin nous apprenons journellement qu'Use forme des rassemblements nocturnes et même pendant le jour, dont les prétextes 3ont les cérémonies religieuses, et dont le but peut être de chercher à troubler la tranquillité publique. On entend dire que les fanatiques se proposent de désarmer les patriotes, et que si leur projet a échoué dans l'automne de 4793, il n'en sera pas de même par la suite. »
Le lendemain, c'est au général même qui commande la division militaire, que le district adresse ce cri d'alarme : » Nous sommes entourés de dangers. Le ravage que les prêtres réfractaires rentrés ont fait dans l'esprit public de nos campagnes, est trop sensible et trop frappant, pour ne pas nous assurer que, sans une extrême vigilance, nous touchons à des événements malheureux. »
Le 18 mai, le district revient à Saladin, avec une masse de nouveaux griefs contre les prêtres : « Chaque jour, lui écrit-il, ofiTre des événements qui rendent de plus en plus nécessaires les mesures que vous vous proposez de prendre contre la rentrée des émigrés. Celles qui ont été prises jusqu'à ce moment sont toutes insuffisantes. Il nous parvient continuellement des dénonciations que tels ou tels prêtres se sont rendus dans certaines communes. A GiUey, un nommé Courtot, ci-devant vicaire en chef à Luisans, accompa*
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gné de deux autres inconnus, est entré furtivement dans la maison de Bole, dont la femme était malade, et là, malgré son mari, il a voulu lui administrer les sacrements, en me* naçant, ainsi que ses deux gardes, le citoyen Bole^ qui s'est porté dénonciateur par-devant Tagent de la commune. A Levier, le nommé Melin, instruit que les gendarmes allaient se mettre à sa poursuite, a sauté par une fenêtre, après avoir dit sa messe et ses offices, emportant sous son bras un calice, un bréviaire, etc. Dans un autre endroit appelé Spey (Villedu-Pont), on soupçonne une maison d'être le foyer d'une distribution de brochures. Un commissaire va informer contre ceux qui sont soupçonnés d'une distribution aussi perfide. Il n'est pas de moment qu'on n'annonce des prêtres, des messes, des croix, des rassemblements dans certaines com* munes ; et s'il fallait informer et punir, il faudrait envoyer des commissaires dans chaque municipalité et construire des maisons de réclusion. Il importe essentiellement de prendre des mesures qui puissent garantir à l'avenir des incursions des émigrés qui propagent leurs principes et pervertissent l'opinion publique. »
XXXI. Parmi les communes qui donnaient en ce moment an district le plus de soucis au sujet des prêtres, on distingue la religieuse commune de Frasne. La municipaUté bâtarde qni la tyrannisait encore, envoya^ le 3 mai, cette dépêche au district : a Dans la nuit dernière, des particuliers ont été rencontrés dans le village, rassemblés en plusieurs groupes et dirigeant leurs pas du côté du temple. Observation faite de leurs démarches, on s'est convaincu que ces groupes se rassemblaient dans la grange de J.-Ant. Alix, où deux cents personnes s'étaient réunies. Dans la journée d'hier on a sonné la cloche à huit heures, puis à huit heures et demie et à neuf heures. Ensuite s'est fait au temple un rassemblement des trois quarts des habitants. Enfin, le temple se trouve présentement orné de toutes les figures qui en avaient été ôtées d'après l'arrêté du représentant Pelletier, ce qui s'est fait contre le gré de la municipalité. »
De pareils attentats étaient d'autant plus scandaleux, aux yeux du district, que Frasne était une commune importante
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et ua chef-lieu de cantoa, ea position d'entralaer par son exemple toutes les petites communes des environs. Aussi le district prit-il un de ses arrêtés les plus menaçants. « Considérant, dit -il, que des rassemblements nocturnes ne peuvent être que contraires aux lois, parce que Ton ne se cache pas lorsqu'on n'a rien à craindre ; considérant que la municipalité doit être avertie de toute réunion ; qu'il est défendu de faire des rassemblements dans les temples et de sonner les cloches pour l'exercice du culte ; considérant que le fanatisme et la désobéissance à la loi du 3 ventôse se propagent d'une manière rapide dans le canton de Frasne; qu'à Dompierre les signes du culte abattus par la municipalité ont été relevés avec une affectation insultante; le directoire arrête que Simonnin se rendra, en qualité de commissaire, à Frasne, ponr informer contre les fauteurs de rassemblements et les receleurs d'émigrés. Il fera des visites domiciliaires et se fera accompagner de vingt-quatre chasseurs, six gendarmes et douze volontaires. Il sera décerné mandat d'amener contre Alix. »
Le district, annonçant, le même jour, cette nouvelle au département et à Saladin, ajoutait que les prêtres réfractaires avaient célébré avec pompe à Frasne; qu'en général, pendant les réunions de ce genre, les adhérents des prêtres plaçaient un certain nombre de gens armés dans différents postes, pour y faire faction et avertir en cas d'alerte ; que, parmi la troupe envoyée à Frasne, les vingt-quatre chasseurs à cheval s'empareraient de toutes les avenues et de tous les chemins, ainsi que de l'église, pour s'épargner les dangers d'un tocsin, pendant que les douze volontaires à pied feraient eux-mêmes la fouille dans les maisons suspectes. « Les enlèvements fréquents des prêtres réfractaires arrêtés, disait le district en finissant, prouvent assez qu'on ne doit plus les faire passer à travers des cantons ravagés par les opinions fanatiques. On ne peut se dissimuler cependant qu'il faut un exemple pour arrêter leurs progrès. Nous avons donc pensé qu'il était bon de vous demander une autorisation pour requérir le tribunal criminel de se rendre à Pontarlier, aux fins de prononcer sur le sort des individus arrêtés. (Ce
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bon district trouvait que la guillotine jeûnait depuis trop longtemps.) Si Ton ne doit pas heurter trop fort les préjugés du peuple, du moins doit-on en arrêter les progrès. A Dompierre, des croix abattues par la municipalité ont été relevées de suite avec affectation, et les membres de la municipalité assaillis de pierres. C'est presque dans toutes les communes que Ton se met ainsi en contravention à la loi du 3 ventôse. »
M. Alix fut amené le lendemain au district pour être interrogé. C'était un vieillard âgé de soixante- seize ans. Il prétendit n'avoir aucune connaissance de rassemblements nocturnes qui auraient eu lieu chez lui. Mais, ensuite des dépositions des témoins entendus à Frasne par le commissaire, M. Alix, malgré ses dénégations, fut décrété d'arrestation par le district. Le département, jugeant cette affaire en dernier ressort, le 16 mai, déclara que, s'il était constaté qu'un rassemblement de deux à trois cents personnes avait eu lieu, à minuit, dans la grange du prévenu, pour entendre la messe, il était également prouvé que ce rassemblement n'avait donné aucun signe de résistance ; que la municipalité ne lui avait fait aucune sommation de se disperser, en exécution de la loi, et que ce rassemblement ne serait devenu coupable, selon la loi, que par le refus d'obéir à la voix du magistrat; que, néanmoins, AUx n'était pas hors de soupçon d'avoir donné retraite dans sa maison à des prêtres déportés, pour y faire des cérémonies religieuses ; qu'en conséquence, toutes les mesures prises contre Alix étaient approuvées, et qu'il demeurerait en état d'arrestation, par forme de police et mesure de sûreté, à charge, pour le district, de l'y retenir avec les égards et les secours dus à sa vieillesse.
M. Alix était depuis un mois en prison, lorsque les administrateurs du département eurent enfin pitié de lui. Ils déclarèrent, le 3 juin, u qu'il était réduit à un tel état de maladie et d'infirmité qu'un plus long séjour dans les prisons pouvait compromettre son existence ; que, d'ailleurs^ il pouvait n'avoir fait que céder, sans aucune intention malveillante, à laforce de l'habitude; qu'il serait donc mis en liberté provisoire et placé en surveillance dans sa commune. »
Le district dePontarUer avait écrit à Besançon pour savoir