‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 4)Chapitre 23 sur 36 · VII · texte numérisé non relu

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si l'on ne trouverait pas bon qu'il fit arrêter les aateurs et principaux fauteurs des rassemblements religieux de Prasne. Mais on trouva qu'une seule victime suffirait bien pour l'exemple, et le district vit ses offres de service repoussées.

n ne reste de l'afTaire de Gilley aucune autre trace que ce procès-verbal de dénonciation dressé le 14 mai, par Cl.- Alexis Louvet, agent national de la commune, et Cl.-Ant. Nicod, capitaine de la garde nationale, à la requête de Cl.- Jos. Bole, cultivateur : « Le 24 floréal, à une heure et demie du matin, il s'est présenté au chevet de mon lit trois hommes» dont l'un m'est inconnu, un autre est Courtot, prêtre réfractaire, ci-devant administrateur au Luisans, et le troisième, Denis Bole-Roydat, de la Ck)mbe-sous-Motte. Ils m'ont dit de me lever, parce qu'ils voulaient administrer ma femme, qui était malade. Mes filles leur avaient ouvert la porte sans ma permission. Sur mon refus, ils ajoutèrent qu'ils administreraient bien ma femme malgré moi, que j'étais un mauvais catholique et dans le schisme. »

Les communes les plus complètement vouées à l'erreur jusque alors, cédaient elles-mêmes à l'entraînement général. Brenier, agent de FAbergement, écrivait, le i*' mai, au district : (c Nous n'avons pas connaissance qu'il se transporte ici des prêtres émigrés et déportés, quoique ici, comme dans bien d'autres endroits, le nombre de ceux qui les voudraient s'accroît de jour en jour, principalement parmi les femmes. Mais elles sont assez observées dans leurs démarches. »

XXXU. Le district eut beau faire; autour de lui, comme partout ailleurs, les progrès des prêtres furent aussi rapides qu'irrésistibles. Pirlot, commandant du fort de Joux, écrivait, le 26 mai : « L'inspecteur Artier (officier de gendarmerie , inspecteur des frontières), me marque que les prêtres réfraotaires font plus de mal que jamais ; qu'ils lèvent leur tête audacieuse, et que les propos sont plus insultants et menaçants. Je lui mande d'en poursuivre la chasse avec plus d'activité que jamais et de ne pas ménager la force. »

Mais la gendarmerie et ses aides se multipUaient en vain de tous les côtés, ils restaient impuissants, et le district, en- <5ore une fois découragé, écrivait, le 2 juin, à Saladin : « Les

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inquiétudes que nous donnent les menées contre-révolutionnaires des prêtres émigrés et déportés, qui, après être rentrés sur le territoire de la république, abusent de la loi concernant la liberté des cultes pour préparer l'insurrection , augmentent de jour en jour. Des renseignements bien positifs nous parviennent à chaque instant , sur les succès trop multipliés qu'ils obtiennent dans nos campagnes. Les églises y sont ouvertes à des prédicants plus ou moins effrénés, qui corrompent l'opinion publique, et attachent à leurs intérêts la multitude égarée. Le mépris des lois et le discrédit absolu des assignats sont les suites nécessaires de la mauvaise disposition des esprits. Dans la presque totalité de nos communes, les signes extérieurs du culte, replacés avec une profusion étonnante, sont les signes de ralliement pour tous les partisans de la tyrannie royale et sacerdotale. Les temples^ qui avaient été fermés pour n'être ouverts qu'aux jours décadaires, sont impunément ouverts pour l'exercice des céré^ monies religieuses , sous les auspices de ces prêtres vagabonds^ qui annoncent partout la dissolution prochaine de la Convention, et appellent le mépris et la haine sur les partisans zélés du gouvernement républicain. Tous ces désordres se multiplient si prodigieusement, qu'à moins de remplir les maisons d'arrêt de détenus, et au risque d'aigrir encore les esprits, il est difficile et dangereux peut-être de déployer Tautorité. Car parmi ceux même que l'on arrête, il en est bien peu, ou pour mieux dire, il n'en est point, contre lesquels il soit possible de réunir assez de preuves pour caractériser les délits et déterminer les peines. En sorte que leur acquittement devient pour eux un motif de plus pour se livrer aveuglément , et souvent même avec audace^ à des excès plus grands. La conformité des opinions du plus grand nombre et la crainte d'être en butte à des ressentiments , paralysent l'énergie et détruisent insensiblement l'amour à% la liberté. La loi nous attribue bien la surveillance et l'exécution des mesures répressives; mais nous nous trouvons sans moyens pour la faire respecter. Nous avions obtenu pendant quelque temps un détachement de cavalerie , dont la présence n'a pas peu contribué à imposer aux instigateurs

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et à ceux qu'ils agitent. Son éloignement a relevé l'espérance et la hardiesse des uns et des autres. Notre embarras est extrême.... Toutes les fois que la sûreté publique mena* cée commande une sévérité que la pmdence tempère tonjours, les ennemis de la chose publique ne manquent pas de provoquer le cri à roppression et à la violation des prin^ cipes. Votre présence ici est nécessaire. La connaissance que vous acquerrez par vous-même, vous convaincra de la nécessité d'opposer des obstacles aux progrès inquiétants du fanatisme. Le 12 du présent mois (31 mai), plusieurs des prêtres rentrés ont exercé publiquement leur ministère dans quelques communes, où ils ont chanté le Te Deum^ et prié pour le roi et pour le pape. Ce n'est jamais qu'après leur départ, que nous sommes informés de leur apparition , tant est bien concertée l'intelligence de leurs partisans. Les municipalités protègent souvent tous ces abus ; et, à moins d'avoir une force armée sur laquelle on puisse compter, et qui se porterait promptement aux lieux de rassemblement , il est presque impossible de les réprimer. »

Saladin , fatigué par les plaintes du même genre qui lui arrivaient chaque jour de tous les côtés, écrivit, le 3 juin, au département, pour se plaindre de ce que les districts s'adressaient à lui au sujet d'une foule de questions , de la compé- ^ tence du département. « La plupart des délits, ajoutait- il, sont occasionnés par le fanatisme et se répètent dans les trois départements qui me sont confiés. »

Le Comité de sûreté générale se montra plus encourageant pour les administrateurs jacobins de Pontarlier; et, le4 juillet, il écrivit à Parrod pour le féliciter des mesures qu'il avait prises contre les prêtres ; « Le Comité ne peut qu'applaudir au zèle et aux principes qui t'ont dirigé. Si les municipalités se sont laissé subjuguer, il nous est bien doux (quelle douceur I) d'avoir à nous louer de la conduite énergique et prudente des gendarmes, dans la mission dont tu les avais chargés. Le gouvernement ne souffirira pas que des malveillants abusent de la loi sur les cultes pour troubler la tranquillité publique. »

Mais le procureur général Couchery envoya au district

quelque chose de mieux encore que des compliments , il lui envoya des soldats. <( Déterminé, lui écrivait-il^ le 3 juillet^ par les motifs contenus dans votre correspondance, par l'audace des prêtres déportés et l'aveugle emportement de leurs partisans, l'administration a requis le général Okeef d'envoyer dans le district de Pontarlier cent hommes qui resteront à votre disposition. J'aurais hien désiré qu'on pût y joindre quelques dragons, mais il n'en reste aucun disponible. Je pense comme vous sur le danger de ne pas prendre des mesures contre les prédicateurs forcenés du royalisme, qui, sous prétexte de religion, veulent nous donner la guerre civile et faire rentrer les émigrés. Malheureusement on manque de forces et de moyens pour les réprimer en même temps dans toutes les parties du département. C'est ce qui augmente leur confiance et le nombre de leurs dupes. Nous ne pouvons nous dissimuler que l'intolérance du régime de la Terreur a beaucoup contribué à faire accueillir avec empressement tout ce qui pouvait satisfaire les besoins religieux, et que les lois nouvelles se sentent un peu de la difficulté de conciUer une grande tolérance avec les mesures de sûreté. C'est ce qui les rend si incertaines et si difficiles à expliquer, n

Le département, en votant l'envoi de ces soldats, avait déclaré que « c'était pour satisfaire aux demandes réitérées que le district ne cessait de former, et pour protéger les bons citoyens exposés aux mauvais traitements des fanatiques. » Ces bons citoyens étaient devenus vraiment malheureux depuis qu'ils ne pouvaient plus persécuter impunément la majorité de leurs compatriotes, et que ceux-ci montraient toute la noirceur de leurs âmes en osant se défendre.

A peine les troupes envoyées au secours du district de Pontarlier étaient-elles arrivées à leur destination, qu'elles furent réclamées par le général Okeef pour un autre emploi. Mais Pirlot, commandant du fort de Joux, lui répondit que les troupes élaientencore nécessaires à Pontarlier pour imposer aux communes qui seraient tentées de se mettre en insurrection. Le district s'empressa d'en remercier l'officieux commandant* « L'approche de la force armée, lui écrivaitil le 13 juillet, a suffi pour imposer; son éloignement con-

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tribuerait à donner de nouvelles espérances aux ennemis de la chose publique. »

Pendant les derniers mois du régime conventionnel, l'administration du district de Ponlarlier fut , comme on Ta vu dans un précédent chapitre, soumise aux transformations les plus radicales ; elle passa et repassa alternativement des mains des terroristes à celles des catholiques. Durant cette sorte d'interrègne, le soin de la poursuite des prêtres reposa presque exclusivement sur le jeune Gallet, ancien secrétaire de Lejeune et conscrit de la veille, qui, par un rare privilège, se trouva associé aux administrations des nuances les plus opposées. Ayant demandé avis plusieurs fois au département sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard des proscrits , et n'ayant point reçu de réponse satisfaisante à son gré, l'ex- séminariste de Semur prit le parti d'aller la chercher lui-même à Besançon; et le 25 octobre, il se fit allouer neuf cents livres (en assignats, à la vérité) pour ce petit voyage. 11 s'était adressé eu même temps aux Comités de législation et de sûreté publique. Il écrivait au premier, le Si juillet: i( Votre décision me devient d'autant plus indispensable, que de tous côtés les ministres catholiques émigrés ou déportés rentrent en foule et reprennent leurs fonctions assez publiquement, après s'être munis, pour la plupart, d'actes de soumissionaux lois de la république. Une vérité que je ne puis vous taire, c'est qu'un grand nombre d'entre eux ne rentrent pas pour profiter du bénéfice de cette tolérance philosophique que le gouveruement veut établir. Les fonctions de missionnaire qui leur sont déléguées par les évêques retirés en Suisse, paraissent s'étendre à la propagation des principes les plus atroces et absolument subversifs de la liberté. Les papiers et instructions trouvés sur quelques-uns de ceux qui ont été arrêtés, en fournissent des preuves révoltantes. »

Le lendemain, Gallet envoya la même lettre au Comité de sûreté générale, avec quelques variantes, et en constatant, sans la moindre horreur, que l'abominable loi du 47 septembre 1793, qui assimilait en tout point les déportés aux émigrés, n'était pas abrogée.

Le 3 août, le Comité de sûreté générale loua l'adminis-

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tratioQ jacobine de Pontarlier de ses mesures contre les prêtres, et la rassura sur les craintes qu'elle avait conçues au sujet des dispositions trop bienveillantes, d'un autre comité de gouvernement en faveur de ces proscrits, n Nous ne pensons pas> disait-il, que le Comité de législation ait ja^» mais eu en vue de paralyser les lois contre les émigrés et les déportés; et loin d'en suspendre l'exécution, il est de votre devoir de les activer. »

XXXIII. Au nombre des communes les plus signalées par leur zèle religieux, on devait s'attendre à trouver celle des Combes, que quatre années de persécutions incessantes n'avaient pu ébranler. Le 20 mai, L. Gaulard, maire jacobin de cette commune, écrit au district qu'on s'y livre à des excès contre-révolutionnaires ; qu'on a scié l'arbre de la liberté pendant la nuit; qu'il se forme dans la maison de J.-F. Duquet, des rassemblements où l'on célèbre des messes, sans en avoir prévenu la municipalité; qu'il est menacé par les fanatiques d'être désarmé et qu'il court même le risque d'être égorgé. Le district arrête aussitôt que le juge de paix ira informer ; que la municipalité fera arrêter et conduire devant ce magistrat tous ceux qui faisaient partie des rassemblements, soit de jour, soit de nuit, et les fera désarmer ; que le citoyen Callier se rendra aux Combes, en qualité de commissaire, avec un détachement de trente à quarante hommes, qui y séjourneront jusqu'à nouvel ordre; et enfin que cet arrêté sera adressé au département et au représentant en mission, en les invitant à prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces contre les prêtres émigrés et les malveillants.

Le lendemain , Artier, officier de gendarmerie , écrit : (( Je viens de recevoir une lettre du citoyen Pirlot , inspecteur général des frontières, à l'effet d'envoyer de la force armée à la Grand'Combe , près de Morteau, concernant le fanatisme. J'ai envoyé neuf volontaires de Barbézieux et un sergent, ainsi que neuf gendarmes et un brigadier. Il doit s'y trouver dix chasseurs. Il y a un commissaire du district à la tête du détachement. Je partirai demain sans faute pour aller voir ce qui s'y passe. »

Le S3 mai, le département écrit au district qu'il a tu avec la plus vive satisfaction les mesures prises pour réprimer les excès commi« aux Combes. Le U mai, à la suite de l'enquête du juge de paix Singier, Callier déclare que le citoyen Gl.-Ant. Faivre^ agent national de la commune, se trouve compromis au sujet des rassemblements qui ont été présidés par des prêtres déportés ou émigrés ; que, d'ailleurs, il n'a pas encore prêté le serment exigé par la loi; qu'en conséquence, il sera remplacé par J.-F. Gaulard , sauf ratification du district, qui fut expédiée le lendemain.

Le 25 mai, le district mande à Saladin : «Notre commissaire nous écrit que la tranquillité la plus parfaite est rétablie aux Combes et que la force armée n'y est plus utile. Quelques personnes ont été désarmées ; et le citoyen Singier, chargé de l'information, a décerné une quinzaine de mandats d'amener contre des personnes qui pourront donner des renseignements. Le signal d'une nouvelle Vendée était de renverser partout les arbres de la liberté. »

Le 30 mai, le district écrit encore à Saladin et au département : (( Callier, ayant réuni les habitants des Combes , leur a démontré le danger de recevoir des prêtres déportés ou émigrés, et il est parvenu à leur faire entendre raison sur les vrais principes de la loi du 3 ventôse. (Il avait de si bons arguments à son service 1 ) Il a engagé la municipalité à ne faire usage du désarmement qu'envers ceux qui ont attiré et donné clandestinement asile aux prêtres déportés ou émigrés , et que l'on peut présumer décidés à ne pas rentrer dans le devoir. Le commissaire Singier a décerné des mandats d'arrêt contre une dizaine de personnes prévenues, les unes d'avoir sciemment donné asile à des prêtres déportés et émigrés, et d'avoir souffert des rassemblements où l'on faisait nuitamment les cérémonies du culte et où l'on débitait une morale subversive de notre gouvernement, les autres d'avoir conduit et introduit même de force ces prêtres dans des maisons, pour y exercer les cérémonies de leur culte. Les pièces ont été envoyées au directeur du jury. Nous désirerions connaître la conduite à tenir à l'égard de ceux qui tolèrent chez eux des rassemblements où se trouvent des prê-

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très déportés ou émigrés , et quelles mesures on emploiera enfin pour expulser ces prêtres. Quelques démarches que nous ayons faites jusqu'à ce jour, elles sont à peu près infructueuses. Veuillez nous donner des ordres sur cet objet. »

XXXIV. Le A juin, Comoy , lieutenant de gendarmerie à Pontarlier , dressa le procès-verbal suivant : « Accompagné de sept gendarmes^ je faisais patrouille dans la commune d'Arçon, lorsque nous vîmes quantité de personnes des deux sexes qui s'acheminaient du côté du temple de la Raison. C'était le jour de la Fêle-Dieu, vieux style, ce qui me fit présumer que quelques prêtres émigrés ou déportés devaient 7 exercer leurs fonctions. Nous nous transportâmes alors du côté du temple, et je le fis cerner par trois gendarmes, pendant que les trois autres sont entrés dans l'intérieur, pour reconnaître quel ministre y exerçait. Je reconnus que le temple était rempli de monde et qu'aucun ministre du culte n'y exerçait, ftiais on en attendait; car deux gendarmes, envoyés en observation au dehors de la commune, pour voir si personne ne s'évadait, ou s'il ne se formait aucun rassemblement, aperçurent à quelque distance deux hommes qui fuyaient à toutes jambes. Les ayant atteints et interrogés, ceux-ci déclarèrent qu'ils étaient prêtres déportés. L'un s'est nommé Gh. Henriet, ci-devant vicaire à la Ghapelle-des-Bois^ et l'autre, Gl.-Ant. Maugain, vicaire à Gilley. Alors l'un des deux gendarmes s'est détaché pour venir nous appeler et leur donner du secours en cas d'émeute. Nous n'avons pas plus tôt raHié , que nous avons aperçu une foule immense , composée d'environ deux mille personnes, qui s'approchaient de nous avec célérité^ en nous criant mille horreurs et nous lançant des cailloux, qui ont atteint plusieurs gendarmes. Dans cet intervalle , une partie de la patrouille conduisait avec vitesse les deux prévenus, et l'autre partie contenait le peuple, pour protéger notre retraite. Gette troupe de forcenés nous a suivis jusqu'à Pontarlier, où elle se disposait à forcer les prisons, si les corps constituésn'y eussent mis ordre promptement et ordonné leur translation au fort de Joux , où nous les avons déposés, le présent jour. »

Le district n'avait cependant rien épargné pour établir bonne garde autour de la maison d'arrêt de la ville, après y avoir fait déposer les deux prévenus, et il avait écrit sur-lechamp à la municipalité : « L'arrestation de deux prêtres émigrés, qui viennent d'être conduits dans les prisons, exigeant, de votre part et de la nôtre,, toutes les mesures propres à entretenir la tranquillité publique, que des hommes égarés ou malveillants chercheraient à troubler en cette occasion, nous vous requérons de faire des patrouilles en nombre et en force suffisante, pour dissiper toute espèce de rassemblement, en même temps que les prisonniers seront confiés à des citoyens prudents et énergiques. Le poste préposé à la garde des prisons devra être doublé, pour prévenir toute évasion. — Gallet, Parrod. » L'insuffisance de ces moyens de précaution fît bientôt recourir aux casemates plus sûres du fort de Joux.

Ces deux prêtres, tous deux originaires d'Arçon, furent interrogés le lendemain, par Gallet et Parrod, commissaires du district. M. Maugain, questionné le premier, répondit qu'il était âgé de trente-trois ans , qu'il avait été vicaire à Gilley jusqu'au iO septembre 1792 et avait pris alors un passe-port de déportation à Arçon ; mais que, quoique muni de cette pièce, il n'était pas sorti du territoire de la république et y était resté jusqu'à ce jour, à raison de l'insuffisance de ses moyens pécuniaires et de ceux de sa famille pour le faire subsister à l'étranger ; qu'il offrait de prouver par des certificats sa résidence constante ; qu'il avait séjourné tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, qu'il ne voulait pas désigner; qu'il était à Arçon depuis huit jours et qu'il venait de Montbenoit, où il n'avait point exercé son culte. « Interrogé s'il n'avait pas, pendant son séjour à Arçon, publié des maximes éversives du gouvernement républicain, des lois et du crédit des assignats, il a répondu avoir, au contraire, invité tous ceux avec qui il a été en relation , à vivre dans la plus entière soumission aux lois, à ne s'écarter jamais des principes de la charité et de l'union, et les avoir exhortés à la patience; en preuve de quoi, il a allégué qu'hier, au moment de son arrestation, il a engagé les citoyens rassemblés à se retirer.

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Il a déclaré enfin qu'il n'avait vu Henriet que la veille de leur arrestation, dans un bois, o

M. Henriet, interrogé à son tour, déclara être âgé de trentetrois ans, avoir rempli ses fonctions de vicaire à la Chapelle* des-Bois jusqu'en juillet 1792, et n'avoir pas quitté le territoire, malgré son passe-port de déportation, à cause de la pauvreté de sa famille, il ofii*it de prouver sa résidence par certificats. II protesta qu'il n'avait jamais prêché aucune maxime contre-révolutionnaire et qu'il avait toujours invité le peuple à l'union et à la concorde. Il ne dissimula pas cependant que les opinions religieuses qu'il avait prèchées n'étaient pas d'accord avec la constitution civile du clergé. n avoua avoir célébré la messe et avoir confessé quelques personnes dans la maison de la veuve Henriet , et avoir dit une autre fois la messe et fait une instruction à la Ghauzdes-Grotenay (Jura). Enfin, il répondit à une dernière question, qu'il n'avait jamais eu de correspondance qu'avec ses supérieurs, pour les pouvoirs dont il avait besoin dans Texer* cice de ses fonctions ; qu'il avait reçu des ouvrages concernant ses opinions religieuses, mais aucun contre le gouver^ nement.

Parrod s'empressa d'annoncer au Comité de sûreté générale la bonne nouvelle de cette double capture^ et rendit un hommage mérité à l'habileté du commandant de la gendar^ merie. Il ajouta que le commandant du fort avait reçu l'ordre de traiter ces deux prêtres avec toutes les condescendances exigées par l'humanité , et qu'ils attendraient là le sort qui les poursuivait, et sur lequel le département avait à prononcer. Le département se déchargea d'une partie de cette dernière besogne en écrivant, le 17 juin, au district : « Comme les deux prêtres sont en sûreté dans la forteresse, nous croyons devoir les y laisser jusqu'à ce qu'il ait été pris une mesure générale sur la réexportation des prêtres déportés rentrés. »

XXXV. Les deux détenus du fort de Joux ne tardèrent pas à recevoir de nouveaux compagnons. En eVéi, le 25 juin, le district prit l'arrêté suivant : a Sur le rapport qu'hier des prêtres déportés et émigrés ont été vus dans la commune

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de Saint-Antoine et y ont confessé un. grand nombre de personnes; qu'on a lieu de croire qu'à raison de la foire de Pontarlier, où il est venu beaucoup de monde, ces prêtres sont encore à Saint-Antoine pour y célébrer la messe et y faire d'autres fonctions du culte ; qu'il y en a également dans la commune de Yézenay et les granges de Malbuisson ; le district arrête que le capitaine de gendarmerie ira faire des perquisitions pour arrêter ces prêtres, les fera conduire au fort de Joux et informera contre leurs receleurs. » Pour assurer encore mieux le succès de cette expédition, les gendarmes avaient reçu l'ordre secret d'envahir les maisons suspectes pendant la nuit , au mépris des lois. Ils devaient conduire leurs prisonniers au fort de Joux par les chemins les plus directs, afin d'éviter tout conflit avec les populations.

Le lendemain, les gendarmes en résidence à Hochejean se présentèrent au district et déposèrent le procès- verbal des perquisitions qu'ils avaient faites en exécution de Tarrêté de la veille, à la grange du Meix, sur le territoire même de Roehejean, au domicile de F.-Jos. Saillard. Ces perquisitions avaient été couronnées d'un plein succès, et les gendarmes avaient encore fait coup double. « A près avoir investi la maison des frères Saillard, disaient-ils dans leur procès-verbal, au moment où nous nous disposions à fracturer les portes qu'on refusait de nous ouvrir, nous avons saisi deux particuliers qui s'évadaient par une porte de derrière. Nous les avons reconnus pour êlre, Tun F. -Alexis Pourchet, et Vautre Gl.-Mathieu-Athanase Gouget (tous deux prêtres déportés), et nous les avons conduits au fort de Joux. » Le district ar^ rêta aussitôt qu'un commissaire se transporterait au fort pour interroger les deux prêtres; qu'un mandat d'arrêt serait décerné contre les frères Saillard, comme receleurs d'émigrés, et qu'ils seraient dénoncés à l'accusateur public près le tribunal criminel.

Au lieu d'un commissaire interrogateur, on en envoya deux au fort de Joux, Gallet et Callier. M. Pourchet répondit qu'il était âgé de trente sept ans ; qu'il avait été vicaire aux Fourgs jusqu'au iO septembre i792; qu'il avait prêté serment avec des restrictions non admises; qu'ayant reçu un

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passe-port de déportation sans l'avoir demandé, il avait séjourné seulement sept à huit jours en Suisse et était rentré en France, parce qu'il préférait son pays à tout autre ; qu'il s'était d'abord retiré aux Fourgs chez sa mère, puis aux Ëtraches, puis aux Fourgs pour la seconde fois, et enfin à la grange de la Motte; qu'il n'avait point exercé les fonctions de son ministère jusqu'au décret sur la liberté des cultes; mais qu'alors il avait profité de la liberté pour exercer le culte catholique non schismatique, en prêchant l'obéissance aux lois et jamais le mépris de la Convention.

M. Gouget déclara qu'il était Agé de trente-un ans, originaire d'Ârc-sous-Montenot, et ex-professeur au collège de Dole; qu'il s'était rendu en Suisse, le 45 septembre i792, comme prêtre insermenté déporté ; qu'il était rentré en France, quinze jours après la dernière fête de Pâques, pensant que la loi sur la liberté des cultes lui permettait de rentrer; qu'il n'avait connu ni l'arrêté de Saladin interprétatif de cette loi, ni la loi plus récente qui ordonnait aux prêtres déportés rentrés de sortir du territoire dans le délai d'un mois ; qu'il n'avait jamais prêché aucune maxime contraire au gouvernement républicain, aux assignats et aux autorités; qu'il avait été réuni quelquefois avec son confrère Pourchet, mais qu'ils n'avaient ni l'un ni l'autre communiqué avec les émigrés ou même avec les évèques déportés ; qu'ils étaient depuis près d'une heure seulement dans la maison où ils avaient été pris ; qu'après s'être chaufiës, ils venaient de se coucher; que les trois petits flacons saisis sur lui contenaient de l'huile destinée à l'exercice de ses fonctions et lui appartenaient, ainsi que le missel et le rituel saisis en même temps. Il refusa de dire s'il avait officié le jour de la fête de saint Jean, à Montperreux ou ailleurs, et s'il avait occasionné des rassemblements.

M. Fr.-Jos. Saillard fut amené le lendemain par les gendarmes devant le district ; c'était un cultivateur âgé de quarante ans. Interrogé sur la présence des deux prêtres dans sa maison, il répondit qu'il était absent et ignorait complètement leur présence; qu'il existait, d'ailleurs, trois ménages dans la ferme qu'il habitait, et qu'en tout cas, sa femme lui

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avait tout caché, sans doute par peur d'être blâmée ; qu'ainsi, si ces deux individus avaient obtenu un logement chez loi, comme ils le disaient, c'était à son insu. Le district, après ravoir entendu, déclara qu'il avait montré beaucoup d'ingénuité et de bonne foi, mais que cependant ses réponses avaient quelque chose de louche et d'équivoque, et qu'il importait de s'assurer si, comme il le disait, il se trouvait réellement à la foire de Pontarlier; qu'en conséquence, il serait écroué provisoirement dans la maison d'arrêt, et qu'il serait statué définitivement surson sort d'aprèsles informations ultérieures. Les deux ecclésiastiques avaient eux-mêmes déclaré qu'en demandant l'hospitalité chez M. Saillard, ils n'avaient pas fait connaître leur qualité de prêtre ; malgré cette attestation, le district déclara qu'il ne pouvait prendre sur loi d'élargir, même provisoirement, l'honnête fermier du Meix.

Le 38 juin, le district, envoyant au département les pièces relatives à cette affaire, lui écrivit : a Nous regardons comme impraticable de faire conduire ces deux prêtres à Besançon. Leur translation donnerait lieu à quelques mouvements dans les endroits de leur passage, et ce serait peut-être le moyen d'augmenter le nombre des coupables. Les inquiétudes et les troubles que cause la présence des prêtres dans toute l'étendue de ce district, sont à leur comble. La loi qui presciivait un terme fatal au delà duquel ils ne pourraient rester sur le territoire de la république, est absolument méprisée par eux, sous le faux prétexte de la loi sur le libre exercice des cultes, et ils ne cessent de corrompre l'opinion publique. Quelle marche devons-nous tenir dans ces conjonctures difficiles? )> Le département répondit : « Nous avons pensé comme vous que Saillard, absent de sa demeure, pouvait ignorer que sa maison servait d'asile à ces prêtres, qui d'ail* leurs étaient déguisés, et nous avons ordonné, par arrêté de ce jour, sa mise en Uberté. Quant aux deux prêtres, il est inutile de les transporter à Besançon, du moins qaant à présent. Ils sont en sûreté au fort de Joux. »

XXXVI. Le jour de l'arrestation de MM. Pourchet etGongetfut encore signalé par une autre capture du même geare« Informés de l'arrivée d'un étranger suspect dans la maison

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OÙ MM. Ant.-F. et Phil. Lorin demeuraient, à Mouthe, avec leur frère, prêtre coustitutionnel récemment rétracté, les gendarmes en résidence dans la même commune envahirent cette maison, avec douze volontaires, à dix heures du soir, et sommèrent l'étranger d'exhiber son passe-port. ATinstant celui-ci leur remit un passe-port délivré le 20 floréal an m (9 mai i795) parla municipalité de Ghampagnoleà CI.-Anatoile Langue, négociant, pour voyager dans Tintérieur de la république. L'étranger eut beau protester de son identité, les gendarmes déclarèrent qu'ils conservaient des doutes à cet égard, et pour les lever, ils conduisirent l'étranger devant le juge de paix. Ce magistrat, assez embarrassé pour statuer, prit le parti de renvoyer l'afiaire à la municipalité de Mouthe, comme étant du ressort de la simple police. En attendant une décision, M. Langue fut conduit dans la maison d'arrêt de Mouthe et y passa la nuit. Le lendemain, nou<veau débat devant la municipalité. L'étranger avoue qu'il n'est pas seulement négociant, mais encore prêtre ; qu'il a exercé ses fonctions à Syam (Jura), jusqu'au moment de la clôture des égUses, et qu'il n'a jamais été ni émigré ni déporté. Gomme on lui objecte que son passe-port n'a pas été visé par le district de son domicile, conformément à l'arrêté de Saladin, il répond que son passe-port étant du 20 floréal, il n'avait pas pu prévoir l'arrêté du représentant , qui avait été publié te 15 prairial, c'est-à-dire un mois après. Néanmoins la municipalité de Mouthe, présidée par le maire P.-Math. Thiébaud, décide que le prévenu doit être conduit sous bonne escorte devant le district de Pontarlier, qui statuera.

Le 28 juin, les gendarmes des brigades de Mouthe, Rochejean et Jougne amènent le prisonnier au district, fnterrogé aussitôt, il répond qu'il est prêtre et négociant, âgé de vingtneuf ans et domicilié à Ghampagnole; qu'il n'a point exercé de fonctions ecclésiastiques avant la Révolution, parce qu'a* lors il n'était pas encore prêtre; que depuis Tannée 4 79i il a exercé les fonctions de vicaire à Ghampagnole jusqu'au 4*' messidor an ii, époque à laquelle le district de Poligny l'a fait incarcérer parce qu'il n'avait pas cessé ses fonctions^ L'interrogatoire se poursuit en ces tetmes :

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Q. As-tu prêté le serment constitutionnel?

R. Je Tai prêté, et la preuve en est sur les registres de l'administration.

Q. Mais ne l'as-tu pas rétracté?

R. 11 n'existe aucun acte qui le prouve.

Q. Par tes discours, tes entretiens particuliers ou par tes écrits, n'as-tu pas rétracté ce serment?

R. A cet égard je me soumets à toutes les recherches. Jamais je n'ai agi que d'après la loi et je ne m'en suis point écarté.

Q. Ne t'es-tu pas rendu sur l'extrême frontière, et de là n'as-tu pas eu quelques relations avec des émigrés ou des déportés?

R. Non.

Q. N'as-tu pas passé en Suisse et eu des relations avec l'évèque de Fribourg et autres non conformistes?

R. Je n'ai eu aucunes relations contre le prescrit des lois.

M. Langue finit en disant qu'il a fonctionné à Ghampagnole et à Syam, depuis sa mise en liberté, et qu'il ne se trouvait à Mouthe que parce qu'il était venu faire visite à son ami Lorin.

Le district déclare « que le prévenu, interrogé sur la rétractation de son serment, a répondu qu'il s'en rapportait à toutes les recherches que l'on pourrait faire contre lui i cet égard, ce qui n'est qu'une réponse évasive, tandis qu'il eût pu et dû avouer qu'il ne l'avait pas rétracté, si c'était vrai ; qu'en conséquence, avant de prendre un parti définitif, il sera écrit au district de Poligny pour savoir s'il n'a aucun grief à opposer au prévenu ; et qu'en attendant réponse, celui-ci demeurera incarcéré au fort de Joux. »

Deux jours après, le district fait part de sa décision au département, en ajoutant : « Ce prêtre a été conformiste ; mais il est soupçonné d'avoir dernièrement rétracté son serment, et dans ce cas l'article 5 de l'arrêté de Saladin, du 27 floréal^ lui serait applicable. » Mais le lendemain, le citoyen Cl.- André Pichegru, de Champagnole, se présente au district de PontarUer et dépose des certificats de la municipalité de Champagnole et du district de Poligny attestant à la fois

BENTRÊB GÉNÉRALE DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. 497

que le prévenu est un excellent patriote et qu'il n'a jamais publié aucune rétractation. Alors, l'administration pontissalienne, forcée de s'exécuter, reconnaît « que l'arrêté de Saladin sur les passe-ports, n'ayant été publié à Champagnoleque le i" messidor, n'a pu être mis à exécution par le prévenu; qu'à supposer môme qu'il eût rétracté le serment constitutionnel, il se trouve couvert par la lettre du Comité de législation du 29 prairial (ou 17 juin), qui proclame licites les actes de cette espèce, et en6n que le patriotisme de Langue est attesté par les autorités de son pays. En conséquence, le district met le prévenu en liberté, à charge de payer ses frais de geôle et de nourriture. » Quelques jours après, le district s'excusa auprès du département, en protestant qu'il n'avait incarcéré le prêtre jurassien que dans l'ignorance de la lettre libérale du Comité de législation. M. Langue, qui avait eu l'honneur de passer plusieurs mois dans les prisons de Besançon sous la Terreur, pour sa fidélité au christianisme incomplet de l'Eglise constitutionnelle, avait mérité par son courage de rentrer au sein même de la vérité, et, comme son ami Lorin, il avait réellement rétracté son serment* XXXYII. Les cachots du fort de Joux ne tardèrent pas à recevoir un nouvel hôte ecclésiastique. Le 28 juin, le district reçut la dépêche suivante : a En vertu du décret du 3 ventôse et de l'arrêté du représentant Saladin, du 27 floréal, le maire et les officiers municipaux de Dompierre informent le district qu'il se fait des rassemblements chez Marie-Josèphe Vorbe, veuve de J.-Nic. Troutet. Ils y ont entendu chanter la messe et prêcher. La maison était entourée de gardes; ils ont été avertis qu'un prêtre déporté ou émigré y officiait ; mais, ne pouvant requérir la garde nationale, dont les trois quarts et demi étaient au rassemblement, ils ont dressé le présent procès-verbal. » Le district décida aussitôt que Thierry, commandant de la gendarmerie, fournirait des gendarmes qui se transporteraient pendant la nuit suivante à Dompierre ; ils devaient y faire perquisition du prêtre, qui sans doute y coucherait encore pour célébrer les offices le lendemain, et ils avaient ordre de le conduire directement au fort de Joux.

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