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de Doiuprel, s'est introduit dans sa commnne, qu'il a célébré la messe dans le temple de la Raison, à la sollicitation de plusieurs habitants, entre autres, J.-F. Gabry le vieux, J.-B. Jeanningros, F. Vincent, greffier, J.-Cl. Vincent, officier de l'élat civil, J.-Anl. Gabry, officier municipal, et Cl.-F. Lallemand ; et que ce prêtre a annoncé qu'il dirait encore, le dimanche suivant (9 août^, la messe à neuf heures du matin et les vêpres à deux heures après midi. Gabry demande que l'administration donne des ordres afin qu'il se rencontre, aux heures susdites , un nombre suffisant de gendarmes pour saisir le prêtre ou bien qu'on envoie un commissaire.
J.-C. Gabry, juge de paix, résidant dans la même commune, écrit, de son côté, qu'il n'a pu faire entendre raison au peuple, qui persiste dans son opiniâtreté. Il cite encore parmi les principaux protecteurs du prêtre proscrit , le maire même de la commune, qui a fourni les ornements pour dire la messe, J.-Noël Cbappe, J.-Cl. Lallemand, notable, Gh. Lailemand et F.-Jos. Lallemand, qui tous ont dit publiquement que, si on croyait empêcher le prêtre de célébrer la messe, on verrait...
Le vieux Pourchet, encore maire de la commune d'Aubonne, et son digne greffier Morel, ne pouvaient manquer de faire leur partie dans ce concert de plaintes. « Nous ne pouvons plus, écrivaient -ils, le 3 août, au district, résister avec ces prêtres déportés qui perdent entièrement le peuple d'Aubonne et de Saint-Gorgon. Un nommé Hème , qui autrefois a servi de vicaire dans ces deux communes, dit trois messes publiquement, le dimanche : une à Uautepierre dans leur église, une à Aubonne dans une maison, et une à Saint- Gorgon dans leur église. On la chante, on la sonne , ainsi que les vêpres, on y prêche ; le tout à heures réglées et au grand jour. Il n'y a plus de fermes patriotes que nous deux notre greffier. Si vous jugez à propos d'envoyer des gendarmes, un dimanche à huit heures, ils trouveront. »
Huit jours auparavant, une foule d'habitants d'Aubonne, ayant à leur tête les citoyens Maurice Petite, Cl.-F Magnin, Cl.-Jos. Choby, etc., s'étaient présentés à la municipalité et avaient réclamé vivement les clefs de l'église. La munici-
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palité, encore fidèle en ce moment aux inspirations du vieux maire, avait déclaré que Téglise resterait fermée jusqu'à ce qu'il se présentât un prêtre disposé à se soumettre aux lois. Lorsque M. Hèmefut arrivé, les clefs furent enlevées de force au procureur de la commune, qui en était dépositaire.
Le samedi 8 août, une lettre de Gallet, procureur syndic, annonça au procureur de la commune de Saint-Gorgon, que sa proposition avait été accueillie par le district ; que les gendarmes mis en réquisition devaient arriver pendant la nuit, et qu'il devait à l'avance disposer favorablement tous les esprits à l'observation des lois. Les catholiques, prévenus ainsi à temps par la sage précaution du district réactionnaire, purent éviter toute arrestation et tout conflit.
La commune d'Arçon voyait avec envie la plupart des communes environnantes jouir de toutes les consolations religieuses , que lui refusait une municipalité jacobine. Cl. -Et. Bouthaud, secrétaire de cette municipalité, écrivait, le ^9 juillet, au district : « Jeanne-Catb. Tournier, femme de Cl.-Phil, Simon, cultivateur, déjà condamnée à plusieurs mois de prison, pour s'être deux fois opposée aux opérations de la force armée , a attroupé plusieurs filles, et elles sont venues me demander les clefs de l'église. Pendant que j'allais chercher les officiers municipaux pour leur répondre, elles se disposèrent à forcer la porte de la mairie, pour prendre les clefs. Mon épouse voulut s'y opposer, et elles la repoussèrent, en disant qu'elles ne connaissaient ni lois ni municipalité, que c'étaient des intrus, des terroristes, des Robespierres, et qu'ils ne resteraient pas longtemps en place. Ces femmes se saisirent de deux piques et les emportèrent, en disant qu'elles étaient aussi bonnes d'être armées que la municipalité. Le pubHc en veut à quelques membres de la munipalité, parce qu'ils ne veulent pas favoriser la rentrée des émigrés. On répète que toutes les autres communes ont des prêtres émigrés, et on menace les municipaux. Je donnerais volontiers ma démission, à cause des menaces dont je suis Tobjet, et je demande qu'on apphquela loi du 4 prairial dernier contre les femmes qui se sont attroupées: Les massacres de Lyon et du Midi rendent audacieux les fanatiques. >>
Celte plainte fut signée aussi par Aymonnin , procureur de lacoiniiiune.
Mais si les autres paroisses jouirent paisiblement pendant quelque temps de la présence de leurs anciens pasteurs , ce moment fut de courte durée , et après quelque hésitation au sein des régions gouvernementales, la proscription reprit son cours avec une nouvelle fureur. Le 14 août, ledistrict écrivait à la municipalité de Bonnevaux : a Nous avons reçu copie de la soumission qu'a faite par-devant vous le nommé Simon-Jos. Masson, prêtre, qui a desservi votre commune. Vous n'avez pas pu recevoir la soumission aux lois qu'a faite ce prêtre déporté. Ainsi l'ont déclaré les Comités de sûreté générale et de législation, dont nous allons vous transmettre les décisions, auxquelles vous aurez soin de vous conformer. — Gros, Gallet. »
A la même sommation, adressée aux municipalités de Montbenoît et de Ville-du-Pont , J.-Jos. Miget et F.-Jos. Voiennet, procureurs de ces deux communes, répondirent, le i*' août : « Nous nous empressons de vous informer de notre exactitude à faire cesser les fonctions publiques du culte par les prêtres déportés. Cela n'a pas été difficile. Nous avons trouvé en eux des hommes qui nous ont paru bien intentionnés et tout prêts à obtempérer aux lois, auxquelles ils n'avaient pas cru manquer. Ils avaient pensé que leur soumission pouvait être reçue. Au premier mot de votre part, ils se sont retirés ; et après nous être parfaitement informés, nous pouvons vous assurer qu'ils n'ont tenu aucun propos contre-révolutionnaire dans les environs. Soyez donc bien persuadés que demain il n'y aura aucun abus, et que nous n'aurons que la messe du citoyen Roussel, qui n'a jamais été ni émigré ni déporté, et qui a fait sa soumission en règle. Nous vous observons encore que vous ne devez point nous faire de reproches de ce que nous n'avons pas fait arrêter ces prêtres. Cela nous aurait été impossible. La confiance que la généralité a en eux aurait donné lieu aux plus grands troubles. » M. Roussel était un prêtre également insermenté.
XLl. Les habitants de Bannans, qui n'avaient pas à leur
disposition une pareille ressource, ne tinrent aucun compte des injonctions administratives et gardèrent leur prêtre, prêts à le défendre en cas d'attaque. C'est ce qui arriva bientôt. « Aujourd'hui, disent les gendarmes dans un rapport du 22 août, étant en tournée à Bannans, nous avons aperçu un rassemblement d'hommes et de femmes vers le temple, et ayant requis le maire et un officier munici[)al de nous accompagner, nous sommes allés nous assurer si ce rassemblement n'avait pas pour cause la présence d'un prêtre émigré exerçant son culte. Arrivés à l'église, nous . avons vu un chapeau au milieu du chœur, et nous avons demandé qu'on ouvrît la sacristie, où nous présumions que le prêtre s'était retiré. Les clefs ayant été apportées, un groupe d'environ cent^ cinquante personnes , tant hommes que femmes, parmi lesquelles nous n'avons distingué que J.-B<. Vieille, tisserand, J.Cl. Vieille, cordonnier, la femme de Cl. -Angélique Vieille et la fille de J.-Cl. Vieille, nous ont assaillis, et à la faveur des cendres qu'on nous a jetées aux yeux, l'individu caché dans la sacristie s'est évadé, sans que nous pussions le reconnaître et aux cris de : Le prêtre est sauvé I »
A la lecture de ce rapport, Gallet, procureur syndic, représenta qu'il y avait eu rébellion aux lois et outrage aux fonctionnaires publics, et que les officiers municipaux paraissaient également coupables d'avoir soufiert ce rassemblement ; en conséquence, il requérait qu'il fût décerné mandat d'arrêt contre les quatre inculpés, et mandat d'amener contre le maire et l'officier municipal, pour qu'ils eussent à rendre compte de leur conduite, et enfin qu'un commissaire fût envoyé à Bannans avec la gendarmerie et un détachement de volontaires, pour protéger l'information à laquelle procéderait le nouveau juge de paix de Frasne, M. Foblant. Le district réactionnaire fit droit à toutes ces réquisitions et choisit M. Minary pour commissaire. Les catholiques purent se féliciter de n'être plus sous le joug des terroristes. En effet, le maire et l'officier municipal de Baniians, interrogés le lendemain parle district, furent renvoyés immédiatement en liberté. Le jour suivant, J"*-Ant. Vieille, blanchisseuse.
âgée de vingt-qnalre ans, fut tirée de prison et interrogée à son tour. Ellerépondit négativement à touteslesquestions,et avoua seulement avoir vu un gendarme couvert de cendres et des femmes Taidant à s'en débarrasser et à recouvrer la vue. Comme ces dénégations absolues faisaient naître des doutes sur sa bonne foi, le district décida.qu'elle demeurerait provisoirement en prison. Le surlendemain, 26 août, le district procéda à l'interrogatoire de J.-Cl. Vieille, qui s'était soustrait par la fuite au mandat décerné contre lui, et avait été arrêté, la veille, à Bulle, par les gendarmes en tournée. Ses réponses absolument négatives le firent aussi maintenir provisoirement en prison, comme sa fille.
Le 28 août, le district, sur le rapport de Minary, écrivit au capitaine de gendarmerie que, la tranquillité publique ne risquant plus d'être compromise à Banuans, la gendarmerie y était devenue inutile, et qu'il y avait lieu de rappeler le détachement à son poste. Le 29 août, une dépêche du juge de paix de Frasne prévint le district que, dans l'information à laquelle il venait de procéder à Bannans, le 27 et le 28, il ne s'était élevé aucune charge contre J.-Cl. Vieille et J^'^-Ant. Vieille. Le district décida, en conséquence, quec€s deux prévenus seraient élargis sur-le-champ et renvoyés en surveillance dans leur commune. Enfin, le i" septembre, sur le rapport du juge de paix, le mandat d'arrêt lancé contre la femme d'Angélique Vieille fut encore levé parle district, l'information ne présentant aucune charge contre cette dernière.
Il est vrai que la même enquête avait fait découvrir d'autres coupables ; le juge de paix Foblant avait fait incarcérer J""*-Marie Vieille, femme de Hugues Bernard, et J""*-Claudine Laignier. Le seul des quatre prévenus arrêtés au commencement de raffairc, J. B. Vieille, tisserand, fut traduit avec ces deux femmes devant le jury d'accusation. Mais ce jury déclara qu'il n'y avait lieu à accusation contre personne, et tous les détenus furent mis en liberté.
XLll. Que se passait-il en ce moment à Lyon, dans la Sarthe et dans le Midi? Les patriotes, ou plutôt les terroristes, y étaient-ils maltraités à leur tour, comme ils le prétendaient?
Le sang de quelques-uns avait-il coulé dans des rixes que l'exaspération et la vengeance n'expliquaient que trop sans les justifier? N'exagéraient-ils pas plutôt, comme dans le Doubs, les actes et les intentions de la réaction politique et religieuse, dans le but de rallumer les vieilles baines de la Convention et de la déterminer à porter de nouveaux coups à leurs adversaires? Quoi qu'il en soit, la Convention et ses comités, comme on l'a vu, signalèrent leurs derniers jours par une recrudescence de persécution A côté de la loi du 20 fructidor qui prescrivait la réexportation des prêtres dans le délai de quinze jours, un arrêté spécial, pris auparavant par le Comité de sûreté générale, ordonnait l'arrestation immédiate de ces prêtres dans le département du Doubs. Cet arrêté ne se trouvait-il pas annulé par la loi du 20 fructidor, décrétée deux jours après? Comme celle-ci était tout à la fois plus récente et moins rigoureuse , elle semblait, d'après les principes du droit, devoir seule recevoir son exécution. Gallet, fidèle aux traditions terroristes, n'en jugea pas ainsi, et, le 14 septembre, il remit au district l'arrêté du Comité, en faisant observer o qu'il portait injonction expresse de faire arrêter sur-le-champ, dans les départements de la Sarthe, du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône, tous les prêtres réfractaires déportés qui s'y trouvaient ; que cette mesure ne contrariait en aucune manière la loi du 20 fructidor, concernant le bannissement de ces mêmes prêtres, mais au contraire en assurait plus parfaitement l'exécution, puisqu'elle mettait l'administration à portée défaire eflfectuer le bannissement, auquel le plus grand nombre des prêtres essaieraient de se soustraire en restant cachés dans les lieux secrets, d'où ils continueraient de propager des principes subversifs du gouvernement; que les circonstances ne permettaient pas de mollir; que des troubles s'étaient déjà manifestés dans une infinité de départements; qu'ils avaient eu pour résultat le massacre d'un grand nombre de citoyens, et qu'il importait de prévenir ces excès par une sévérité égale à l'opiniâtre perversité des ennemis de la république ; que la séduction obtenait des succès trop rapides; que déjà plus d'une fois les habitants des campagnes avaient
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à force ouverte soustrait aux dépositaires de la force publique les hommes réprouvés par la loi ; que quelques municipalités^ par insouciance, par crainte ou par une complai* sauce coupable, avaient toléré la présence de ces ministres et permisqu'ilsexerçassent publiquement leurs fonctions,tandis que, dans le secret, la plupart travaillaient l'opinion publique et disposaient les esprits à la rébellion aux lois ; que ces menées criminelles semblaient avoir produit quelques effets dans les districts voisins ; qu'il était donc urgent d'en arrêter le cours, en montrant aux bons habitants des campagnes le danger des divisions religieuses et la nécessité d'une obéissance absolue aux lois de l'Etat; qu'enfin il était nécessaire de lier, par le poids de leur responsabilité, toutes les municipalités, et de les informer des mesures rigoureuses que l'administration prendrait à leur égard, si quelques-unes différaient encore de remplir leurs devoirs; qu'il requérait, en conséquence, le district de délibérer sur ce sujet. » Après avoir entendu en silence ce long réquisitoire, où la liberté des cultes et le droit à l'insurrection, proclamés au début de la Révolution, étaient si étrangement méconnus par le jeune terroriste, l'administration réactionnaire se borna àprendrOi sans phrases, un arrêté qui rappelait les dispositions de la loi du 20 fructidor et de l'arrêté du 18.
Mais cos dispositions rigoureuses, pas plus que les précédentes, ne purent déterminer les prêtres à regagner la terre de Texil et les fidèles à se séparer de leurs pasteurs. L'opposition alla même jusqu'à braver avec éclat toutes les lois et les arrêtés. Le 18 octobre, Tadministration jacobine de Pontarlier, revenue au pouvoir, mais sur le point de finir sa trop longue carrière, écrivit encore à la municipalité du Lac-ou-Villers : « Nous venons vous rappeler à l'exécution du décret du 20 fructidor. Nous savons de bonne part que non-seulement vous souffrez dans votre ressort les prêtres déportés, mais même vous voyez, sans y mettre obstacle, ces prêtres dire la messe publiquement et sonner trois grands coups de cloche pour avertir le peuple. Votre insouciance à cet égard est très répréhensible, et si de pareils abus ont lieu à l'avenir, nous serons obligés de vous faire subir la
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peine portée par la loi du 20 fructidor. — Gallier, Prat, Parrod. »
XLIIÏ. Les paroisses du district de Quingey, placées plus loin des frontières, furent les dernièresà recouvrer leurs légitimes pasteurs. Cependant, dès le 5 avril, le district était informé que plusieurs prêtres déportés de son ressort étaient déjà rentrés, notamment dans la partie montagneuse ; que les abbés Blussaud et Menestrier, de Lizine, étaient au sein de leurs fanûlles, y confessant et soulevant les esprits, au dire des dénonciateurs. Le district arrêta que la gendarmerie se rendrait à Lizine et dans les villages voisins pour y faire la perquisition la plus exacte des deux prêtres signalés, ou de tous autres, les arrêter et les conduire au tribunal criminel.
Le 10 mai, le maire et les officiers municipaux de Rurey crurent devoir adresser au district un procès-verbal des propos très scandaleux qui venaient de souiller leurs oreilles. La municipalité étant rassemblée devant la maison commune, pour rappeler, par une nouvelle publication, les lois qui prononçaient la peine de mort contre tous les prêtres émigrés ou déportés, un fonctionnaire public, Anatoile Geuroutet, ofOcier de l'état civil, avait osé dire : « Si j'avais un prêtre chez moi, il n'y aurait pas de citoyen assez osé pour le venir prendre, car il y perdrait la vie ou bien moi. » Un volontaire en réquisition, J.-Jos. Bernard, avait ajouté qu'il ne tenait qu'à la municipalité de fermer les yeux.
C'est seulement le 6 juin suivant qu'on voit les administrateurs de Quingey s'occuper de nouveau des prêtres rentrés. (( Considérant, disaient-ils, que des individus dont la malveillance ne tend qu'à troubler le repos des consciences et à disséminer la discorde dans les familles, cherchent, sous de faux prétextes, à persuader que les prêtres constitutionnels n'ont plus le caractère sacerdotal et ne sont que des intrus; qu'on ne doit plus, en conséquence, se servir de leur ministère, mais uniquement de celui des prêtres qui refusent l'obéissance à la loi, leur premier devoir; considérant qu'il est du devoir des autorités d'arrêter les progrès des prêtres réfractaires qui séduisent les trop crédules habitants des campagnes, le directoire arrête que les municipalités seront
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invitées à faire observer strictement les lois sur les cultes et à en rendre compte chaque décade. »
Le district jugea qu'il était encore plus sûr de confier ce soin à la gendarmerie, et l'événement ne tarda pas à lui donner raison. En effet, le \ I juin, le brigadier Jacquot, à la tête d'une partie des gendarmes da Quingey, fit une expédition qui réussit pleinement et dont il dressa le procès- verbal suivant : a Ensuite de l'arrêté du représentant Saladin, du 27 floréal, et de la réquisition du district, d^hier, à l'effet d'arrêter tous les prêtres déportés rentrés, nous nous sommes transportés à Courcelles , ayant des doutes qu'il y séjournait des prêtres réfractaires. Arrivés à Courcelles, nous sommes entrés chez le maire, pour lui communiquer les ordres dont nous étions porteurs. Il n'était pas chez lui en ce moment, mais nous avons remarqué qu'il se faisait un mouvement dans la maison; que plusieurs personnes qui s'y rencontraient avaient l'air inquiètes de notre visite inattendue, ce qui nous a fait faire une prompte recherche dans la maison. Etant montés da,ns une chambre haute, nous avons aperçu un calice en argent et autres ustensiles servant au culte catholique. Nous avons demandé à la fille du maire, qui nous accompagnait, d'où provenaient toutes ces choses. Elle a répondu que son père les avait achetées et qu'on était libre de professer le culte que l'on voulait. Au même instant nous entendîmes du bruit dans un grenier plus haut, nous y montâmes incontinent, et en y cherchant, nous avons trouvé, dans un meuble fermé servant à contenir du blé, un homme qui s'y tenait caché. Nous n'avons pas douté un instant que cet individu était un de ceux qui occasionnaient nos recherches. Nous lui avons demandé qu'il eût à nous dire qui il était, et il nous a répondu qu'il se nommait J.-F. Blussaud, de Lizine. Interrogé ensuite s'il était prêtre déporté, il nous a répondu ingénument que oui et que jamais il ne se déguiserait. Nous lui enjoignîmes, au nom de la loi, de nous suivre à l'instant. Nous étant saisis de ce réfractaire et nous disposante enlever les ustensiles de son culte, nous avons entendu, au devant de la maisoa>, beaucoup de bruit, et nous avons présumé un rassemblement. Nous avons à
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l'instant entouré ledit Bliissaud, en le faisant descendre, et -en lui protestant que nous péririons plutôt que de le lâcher; et que nous lui conseillions, s'il voulait conserver ses jours, d'empêcher l'effusion du sang. Etant arrivés dans la cour, nous avons effectivement rencontré au devant de la maison, plusieurs personnes jetant les hauts cris, entre autres Lambert, fils du maire, âgé de vingt cinq à vingt-huit ans, qui nous conseillait de laisser évader cet individu et de ne pas dire que nous l'avions rencontré. Nous étant moqués de ces dires et conseils, nous avons marché en avant, et ayant fait quelques pas, nous nous sommes trouvés assaillis d'une giêle de pierres qui ont roulé entre les jambes de nos chevaux, mais qui heureusement ne nous ont point fait de mal. Nous avons continué notre route et écroué ce prêtre à la maison d'arrêt de Quingey. »
Le brigadier Jacquot, en sortant de la prison, alla faire pai t de cette capture à son chef, le lieutenant Derriey, qui s'empressa d'en poîter la nouvelle au district et de lui annoncer que les gendarmes venaient de repartir pour la commune de Mesmay, où ils croyaient trouver d'autres déportés. Le district lui en témoigna sa vive satisfaction. 11 était en ce moment dix heures du malin. Le même jour, à trois heures après n)i(li, le district étant encore en séance, deux patriotes connus vinrent le prévenir qu'ils s'étaient trouvés, vers midi, dans la partie de la montagne où sont situées les communes de Courcellcs, Rouhe et Palantine, et qu'ils avaient aperçu un rasseuiblement considérable d'hommes armés qui se disposaient à grossir encore leur nombre; que l'intention de ces gens était d'abord de se rendre sur la route de Quingey à Besançon pour enlever le piètre Blussaud des mains de ceux qui l'y conduiraient, et que s'ils ne les rencontraient pas, ils se replieraient sur Quingey pour y forcer les prisons Le district, considérant que les patriotes du chef-lieu ne seraient pas en force suffisante pour résister aux efforts de l'attroupement dont on était menacé, et qu'il était urgent de prendre des mesures défensives plus imposantes, décida que des troupes seraient demandées sur-le-champ au département par une estafette , soit pour maintenir Tordre dans la ville,
soit pour la translation du prisonnier dans la maison d'arrêt de Besançon; que pour être en état de résister provisoirement par une apparence de force, le chef de légion de la garde nationale mettrait en réquisition les compagnies de Pessans et de Pointvillers ; que les citoyens Jos. Deraolombe, commandant en second à Byans, Bobillier, officier municipal à Ronchaux, Ragot, maire à Chouzelot, Denis Marie , agent national à Abbans-Dessus, et Guill. Fourquet, à Lavans, seraient également requis de rassembler sur-le-champ les gardes nationales de leurs communes et de les faire partir pour Quingey , de manière à y être rendues à sept heures du soir, au plus tard, pour y rester jusqu'au départ du prêtre Blussaud, le tout aux frais de Lambert, maire de Courcelles. Le district décida, en outre, qu'il demeurerait en permanence pendant la nuit, jusqu'à ce que les citoyens de Quingey fussent en pleine tranquillité, et que la municipalité resterait aussi en permanence, afin de se porter, en cas de besoin , revêtue de ses insignes , partout où le maintien de l'ordre serait menacé, et de ramener par la voie de la persuasion les citoyens attroupés qui pourraient se présenter.
Le département, en recevant la dépêche du district, donna aussitôt au général commandant la division l'ordre d'expédier immédiatement à Quingey nne troupe suffisante d'infanterie et de cavalerie; et le 12 juin, à trois heures du msitin, Morevan, chef de ce détachement, se présenta au district et se mit à sa disposition. Le district déclara que, giâce à la prompte réunion des gardes nationales du voisinage, la tranquillité n'avait pas été troublée, mais que pour mettre à profit le renfort que leur fournissait l'arrivée delà troupe, les vingt-cinq cavaliers qui en faisaient partie se rendraient immédiatement à Courcelles, pour arrêter et conduire à la maison d'arrêt de Quingey le maire Lambert et son fils, capitaine de la garde nationale, tous deux prévenus d'avoir donné asile aux prêtres déportés et de les avoir protégés, au lieu de les faire arrêter. La troupe se mit immédiatement en campagne, mais en arrivant à Courcelles elle trouva le village complètement désert.
Qu'était devenue la population de cette commune? Une
partie avait pris la fuite, et Tautre était allée recruter des défenseurs pour sauver M. Blussaud. En effet, un gendarme expédié de Quingey à Besançon, dans la matinée du 12, se rendit au département avec le lieutenant Bcrly, et annonça qu'il avait rencontré en chemin un attroupement considérable de campagnards qui se proposaient d'enlever le prisonnier. « Parvenu, dit-il, à la partie de la route oii commence la montagne des CoTifitemini.ydii trouvé environ une trentaine de particuliers rassemblés qui m'ont beaucoup questionné. A peu de dislancej'ai trouvéun autre groupe composéàpeuprès comme le premier. Mais à la sortie du village de Busy se trouvait un rassemblement d'hommes, de femmes et de jeunes gens des deux sexes, dont le nombre pouvait être de quatre à cinq cents. Une petite partie était armée de fusils ; d'autres avaient des piques, des fourches, et la plus grande partie, seulement des bâtons. » Le département, à cette nouvelle, envoya aussitôt demander au général en quoi consistait la force envoyée pour assurer la translation du prêtre Blussaud ; le général se rendit à la séance et déclara que la troupe expédiée à Quingey était composée de cent hommes d'infanterie et de vingt-cinq chasseurs à cheval, et qu'au besoin on pourrait y ajouter quelques pièces de canon. Le département décida que deux ou trois hommes de confiance se porteraient en avant du détachement pour s'assurerde sa marche et rendre compte des obstacles qu'il pourrait éprouver, et qu'un nouveau détachement, muni de deux pièces de canon, serait tenu prêt à partir en cas de besoin.
Le même jour, à quatre heures du soir, Berly, lieutenant de gendarmerie, vint annoncer que, l'escorte du prisonnier étant arrivée vers l'endroit où s'était formé le rassemblement, le commandant avait envoyé en avant vingt-cinq grenadiers et douze chasseurs à cheval, pour engager la foule à se retirer; mais que celle-ci, n'ayant pas voulu se rendre à cette invitation et ayant témoigné vouloir opposer de la résistance, le commandant avait aussitôt fait avancer la troupe, avec une contenance ferme qui avait imposé à ces particuliers et leur avait fait prendre la fuite, et que le détachement avait ensuite continué sa route sans aucun obs-
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tacle. Quelques heures après, on vint annoncer an départe* ment que le prêtre Blussaud était arrÎTé et écroné dans la maison d'arrêt.
Les paysans qui s'étaient portés à la rencontre du convoi étaient dépourvus , non-seulement d'armes de guerre, mais même de vivres. J.-B. Bergier, maire de Vorges, écrivit le même jour au département : « Nous avons aperçu un grand nombre d'inconnus qui s'étaient répandus dans les communaux. Une partie est descendue jusqu'au village pour y demander de la subsistance, sans vouloir expliquer le sujet pour lequel ils étaient là, et nous leur avons refusé ce qu'ils demandaient. »
Le même jour, le district de Quingey écrivit au département : a Nous ne sommes pas absolument tranquilles. Notre district fourmille de cotte espèce de prêtres qui fanatisent nos administrés, au point qu'ils sont méconnaissables aujourd'hui. Il est essentiel que vous nous envoyiez au moins trente hommes de cavalerie, qui seront à notre disposition pendant deux ou trois décades, sinon pour arrêter encore quelques-uns de cçs émigrés, au moins pour rétablir l'ordre. Nous envoyons à l'accusateur public un procès-verbal du juge de paix de Ghenecey , contre le procureur de la commune, un ofGcier municipal et encore un Lambert, qui protègent deux de ces prêtres retirés dans leur village. Nous ne négligeons absolument aucun moyen pour délivrer notre district de la peste dont il est menacé ; mais nous avons besoin de la force armée, que nous vous demandons avec instance. »
Le district écrivit encore, le lendemain : « Parmi les pièces trouvées sur le prêtre ïrtussaud, vous avez remarqué, comme nous, qu'il y avait un modèle de pétitions à envoyer par les communes de notre département au Comité de salut public, tendantes à obtenir la rentrée en fonctions de tous les prêtres insermentés, déportés ou émigrés. Ce Blussaud, et les mille autres qui infectent aujourd'hui notre district , ont décidé la presque totalité de nos communes à signer de pareilles demandes. Nous savons que le Comité de salut public saura apprécier le mérite de ces pétitions; mais le modèle, sortant de la poche d'un prêtre rentré en violant la loi, doit
fah'e juger du mal que ces hydres cherchent à faire, et de la nécessité de procurer Tentière et la plus active exécution de l'arrêté du représentant Saladin. Nous apprenons aussi que l'attroupement qui se proposait d'enlever Blussaud, a été facilement écarté. Il faut profiter de ce moment, où les citoyens ne sont pas encore, comme dans la Vendée, amenés au point de mépriser les coups de fusil et la mort, pour purger ce département et particulièrement notre district, des hommes qui cherchent à les perdre. »
Le jour suivant, nouvelles plaintes et nouvelle demande de secours par le district : « Instruits que deux prêtres réfractaires étaient à Villars-Saint-Georges, et s'y occupaient à fanatiser, nous y avons envoyé la gendarmerie ; mais elle n'a pu les découvrir. Elle a cependant dressé procès-verbal contre le maire et surtout contre le procureur de la commune , qui , au lieu de les arrêter, leur prêtaient asile, ce qui les met dans le cas d'être poursuivis. Nous envoyons ce procès- verbal à l'accusateur pubhc. Nous vous renouvelons la demande de trente cavaliers. Nos gendarmes sont trop faibles pour remplir le but de l'arrêté du 27 floréal. C'est dans la totalité de nos communes que les prêtres fanatisent, prêchent la discorde et la contre-révolution. Le peuple est absolument gâté, et si l'on n'y remédie promptement, soit en arrêtant, soit en chassant les prêtres émigrés ou déportés, la guerre civile pourrait bien en être la suite. »
Le 13 juin, le département délégua Michel pour aller interroger M. Blussaud. Ce jeune ecclésiastique était vicaire de Saint-Pierre à Besançon au moment du schisme constitutionnel et avait refusé le serment. Sur le rapport de Michel, le département décida que ce prêtre étant dans la classe des déportés, resterait détenu, conformément à l'arrêté de Saladin, en date du 27 floréal.
Le 22 juin, le département s'occupa de régler le sort des deux complices de l'abbé Blussaud, détenus à Quingey. « Vu, dit-il, la pétition présentée par le citoyen Lambert père, maire de Gourcelles, et par son fils, J.-B., capitaine de la garde nationale, tendante à ce que le mandat d'arrêt exécuté contre eux soit annulé, et qu'ils soient autorisés à
rentrer dans leurs foyers, à charge de se représenter chaque fois qu'ils en seront requis et de fournir caution; le directoire, considérant que Lambert père était absent de son domicile lorsqu'on y a arrêté le prêtre Blussaud ; qu'on ne peut que l'accuser de négligence pour n'avoir pris aucune mesure à l'effet d'arrêter les prêtres déportés qui se présenteraient dans sa commune; eu égard cependant à son âge, à ses infirmités et aux besoins de sa culture, le dispense de l'arrestation. Considérant que Lambert fils, capitaine, n'ayant pas reçu de réquisition, n'est pas dans le cas d'être poursuivi en vertu de l'article 12 de l'arrêté du représentant Saladin ; que cependant il était dans la maison de son père lorsque le prêtre Blussaud a été arrêté ; qu'il a même engagé les gendarmes à le relâcher ; qu'il serait dangereux de laisser à la tête de la garde nationale un homme qui a montré des dispositions aussi manifestes à favoriser les prêtres déportés, le directoire arrête qu'il sera destitué, désarmé, consigné dans sa commune et placé sous la surveillance de la municipalité. Lambert père est destitué des fonctions de maire, et le mandat d'arrêt délivré contre lui, par le district de Quingey, est annulé. Vu l'état des frais faits pour procurer l'arrestation du prêtre Blussaud, saisi au domicile du citoyen Lambert, frais à régler conformément à l'article 10 de l'arrêté du représentant Saladin, du 27 floréal, ledit état, approuvé parle district de Quingey, montant à 11,540 livres 10 sous; le directoire, considérant que la partie des dépenses relatives à la troupe doit rester au compte de l'Etat, et que les gardes nationaux ne peuvent recevoir aucun salaire sans que leur délicatesse soit blessée, arrête et réduit l'état des frais à la somme de 3,484 livres 10 sous, que Lambert père est condamné à verser dans la quinzaine. »
Le 15 juillet, M. Blussaud écrivit de la maison d'arrêt, au département : <( Etant détenu depuis quatre décades , ma santé souffre et s'altère de jour en jour par le mauvais air que je respire. Je demande, en conséquence, d'être transféré aux Capucins. J'attends de vous cet acte d'humanité avec d'autant plus de confiance, que dans les fonctions que j'ai exercées dernièrement, je n'ai cherché qu'à rétablir l'union
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et la paix, et je n'ai jamais prêché que les vertus chrétiennes et sociales, comme il en conste par le témoignage des différentes communes où j'ai exercé mon ministère. D'ailleurs, le zèle et l'exactitude que j'ai eus à soulager les prisonniers, dans le temps que mon état de vicaire à Saint-Pierre m'appelait à visiter ces malheureux^ me font espérer que vous m'accorderez l'adoucissement que je réclame. »
Les papiers saisis sur M. Blussaud n'étaient point de nature à aggraver sa situation. Ils montraient en lui un homme doux, conciliant et uniquement occupé des intérêts religieux. La pétition même dont il était le propagateur, pour demander à la Convention la rentrée des prêtres, prouvait qu'il faisait à cette assemblée l'honneur de la croire capable d'un grand acte de justice, et qu'il ne cherchait pas dans de nouveaux bouleversements politiques le triomphe de la religion.
De nombreux exemplaires de cette pétition ayant été adressés par les communes du Doubs au Comité de salut public, il convient de la reproduire ici. « Les citoyens de la commune exposent que l'équité de la représentation nationale ayant, par la loi du 3 ventôse, accordé la liberté de tous les cultes, le culte catholique, qui est celui de nos pères et dans lequel nous voulons vivre et mourir, ne doit point nous être interdit. Nous avons d'autant plus déraisons pour réclamer, que depuis qu'il a été banni de parmi nous, les divisions, les haines et les actes de la dernière violence, suscités par les nouveaux ministres du culte, la plupart dévoués à Robespierre et partisans les plus ardents du terrorisme, avaient fait dispardtre de nos contrées l'humanité, la charité et cette sublime harmonie qui jadis liait si étroitement nos communes. Désirant recouvrer des biens aussi précieux et rétablir la paix et la concorde entre les citoyens, nous demandons, d'un cri unanime dans notre commune, le rappel des prêtres déportés, le croyant d'une absolue nécessité pour ramener l'ordre et prêcher, comme jadis, l'amour des vertus qui malheureusement , depuis leur déportation, s'altère parmi les citoyens. Si nous obtenons cette faveur de la représentation nationale, nous nous chargeons de surveiller la morale des ministres que nous réclamons, et d'arrêter tout