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ce qui tendrait à troubler Tordre public. En conséquence, les soussignés demandent et espèrent que vous leur rendrez justice , en prononçant promptement une loi qui rappeDe d^ans le sein de ta république leurs ministres déportés, sans quoi la loi pins haut relatée serait illusoire pour la pins grande partie des Français. »
Cette pétition , dont la rédaction avait sans doute été abandonnée, pour plus de sincérité, aux pétitionnaires eoxmêmes, contenait, contre les prêtres constitutionnels, de graves accusations, mais qui concernaient particulièrement le district de Quingey. Dans cette contrée, l'ancien clergé , dé* porté presque en entier, n'avait été remplacé que par un très petit nombre de moines, bientôt après apostats ou mariés.
Parmi les autres pièces saisies sur M. Blussaud se trouvatt une lettre touchante, dont l'aoteur, fonctionnaire public, selon toute apparence, répondait à des condoléances sur les pertes pécuniaires qu'il avait éprouvées : « Yous vous troi»- ^z, mon cher filleul, lorsque vous dites que j^ai besoin ; jis sais depuis plusieurs mois aux appointements de 1,500 livres, et Tan prochain, j*espère que cela ira encore mieux. Le temporel ne m'inquiète pas beaucoup. Je n'ai fait qn*uiie perte, perte que je dois pleurer avec des larmes de sang el en secret. Je n'ai ni correspondu ni profité des moyens dé selut. Ces moyens, ces dogmes m'ont été Atés. Nous, catho* Hques secrets, le besoin seul doit être capable de nous cou* vertir, ou notre réprobation est consommée. Serez-vous iè* trompé? Me suspecterez-vous, comme quelques autres, qui me témoignent du mépris de travailler ici ? Je viens de vons exposer mon seul besoin, de vous faire sentir ma seule perte, au sujet de laqnelleje soupirerai jusqu'à h mort.... »
Une autre lettre adressée, le 3imai 1795, par M. F. Faivre- Bessey , à M. Alexis (nom qui cachait un prêtre déporté) met au jour toutes les angoisses des catholiques an niilien dès difficultés de conduite que créaient les circonstances, tt Je suis dans la plus vive af&iction, disaît-il , de ce que nous n'avons encore reçu aucune nouvelle de nos supérieurs* Beaucoup de nos catholiques ront en avant et paraissent être de bonne foi. J'ai concentré en moi-même mon opinion et
B£NTR£B GÉffÉRALB DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. S3i
je n'ai engagé ni détourné personne. Ma position est des plus cruelles. Si vous étiez moins éloigné, j'aurais recours à vos avis. Rien déplus chancelant que notre conseil, rien de moins courageux que ses membres. J'ai fait deux fois tous mes efforts, en présence de l'abbé Petitgnief (chanoine de Saint Michel à Salins) pourranimer le zèle; mais il parait quej'ai mal réussi. Je tremble que cet établissement ne se soutienne pas. J'ai fait lecture de votre lettre, on Ta écoutée avec intérêt, avec plaisir, et peat-èlre se déterminera-t-on à suivre vos avis et à adresser une pétition. Si j'osais^ je vous supplierais de venir faire un tour en cette ville, vous y seriez accueilli et écouté comme vous le méritez.. «. Mes respects à M. Xavier et à vos vertueux collègues. »
Le département sut rendre hommage i la prudence et à la pureté du zèle de M. Blussaud ; il déclara, le 31 juillet, que ce prêtre n'était accusé d'aucun attentat contre les lois de la république; que son interrogatoire et la demande qu'il venait de faire pour être transféré aux Capucins, témoignaient, au contraire, de son obéissance aux lois et de son respect pour les autorités; que> d'ailleurs, ayant été arrêté le 23 prairial, il n'était dans le cas que d'être déporté de nouveau, d'après la loi du 12 floréal ; qu'en conséquence, il serait transféré de la prison commune dans la maison de réclusion des Capucins. Mais bientôt la loi du 20 fructidor ramena M. Blussaiod an milieu des malfaiteurs; le iO septembre, le département décida qu'en vertu de la nouvelle loi, il serait réintégré dans la maison d'arrêt jusqu'au moment de soti baanissement. Huit jours après, ordre fut donné à la gendarmerie de le recon* duire à la frontière. — Le 6 août, le département, prenant em considération le grand âge de M. Lambert père, avait reiové son fils de l'interdictioa de doiftir de sa commune.
Ni l'incarcération de M. Blussaudy ni les épreuve» imposées à ses généreux protecteurs , ne purent décourager les ca*tholiques du district de Quingey. L'administration aux abois prit, le 4 août, l'arrêté suivant : « Le directoire est informé que dans le plus grand nombre des communes de ce^ressort, il existe des prêtres déportés rentrés, qui y remplissent les fonctions de ministres du culte catholique^ mais qu'ils né
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paraissent en public que les jours de dimanches et fêtes, et sous Tescorte des fanatiques qu'ils ont mis dans leurs intérêts. Ces prêtres soulèvent le peuple et s'opposent à ce que les acquéreurs des biens nationaux les gardent, de manière que nos administrés sont égarés au point d'abandonner la constitution. Le directoire a déjà requis plusieurs fois la gendarmerie de parcourir les cantons pour y arrêter ces prêtres ; mais il n'est pas possible aux gendarmes d'arrêter seuls ces ennemis de la patrie, parce que les prêtres déportés sont ou escortés ou gardés ; en conséquencefil en sera donné avis au département, afin qu'il prenne les mesures convenables. »
Le lendemain, le district^ en écrivant au département à ce sujet, ajouta qu'aucune commune n'avait encore envoyé de soumissions faites par des prêtres, conformément au modèle inséré dans l'adresse du département , du 22 juillet , et qu'il y avait lieu de prendre un arrêté pour rappeler les municipalités à leurs devoirs.
Le déparlement répondit par l'envoi de la nouvelle lettre du Comité de législation qui prescrivait de mettre en arrestation tous les déportés rentrés. Le district décida que cette lettre et celle du procureur général sur le même sujet seraient transmises à toutes les municipalités, avec injonction d'avoir à s'y conformer, et de réclamer la force armée, si elles en avaient besoin.
Mais renvoi de toutes ces paperasses menaçantes continua à produire peu d'effet sur la population. Le district de Qiiingey écrivit, le 18 août, au procureur général : « Dans l'étendue de ce district, il n'y a malheureusement que trop de municipalités qui tolèrent la rentrée des prêtres déportés sur leur territoire, telles que celles d'Eternoz, Malans, Nans, Rurey , Courcelles, Rouhe , Villars-Saint-Georges, Lizine , Buffard, Boussières, Brères etChouzelot; et l'esprit de parti est tellement prononcé en faveur de ces prêtres dans les campagnes, que les autorités constituées, qui ne sont pas encore de leur parti, ne peuvent les éloigner. Vous trouverez cijoint deux procès-verbaux qui vous convaincront de cette vérité. Nous vous avons déjà représenté qu'il n'y a qu'une force majeure à leur opposer, et qu'en user autrement , ce
serait s'exposer au danger de faire répandre le sang. Au surplus, les administrés sont tranquilles. »
Il se trouvait pourtant un homme qui contestait cette tranquillité, c'était le patriote que concernaient les deux procèsverbaux envoyés par le district. Le citoyen Dumont , se disant chirurgien des armées de la république ( probablement de la garde nationale), demandait justice des invectives et injures qu'il prétendait lui être prodiguées par les fanatiques deLizine, uniquement à raison de l'habit national qu'il portait, et de sa qualité d'acheteur de biens nationaux. Il dénonçait, comme étant le principal provocateur de ces outrages, un prêtre Simon , déporté, qui , disait-il, célébrait tranquillement dans cette commune. Sur les ordres du département, le district écrivit, le i4 septembre, à la municipalité de Lizine, pour la rappeler à ses devoirs, et la requérir de faire punir les auteurs des délits signalés, de faire arrêter le prêtre Simon , et enfin de rendre compte du tout , dans trois jours, sous peine d'être dénoncée elle-même et d'exposer la commune à l'envoi de la force armée.
Le 29 août, le procureur syndic du district, dans un nouveau rapport sur la situation du pays, disait : u II règne dans le district la plus parfaite tranquillité; mais le fanatisme se propage dans quantité de communes, par la rentrée des prêtres déportés qu'elles retirent et cachent chez elles, nonobstant toutes les invitations et défenses que l'administration leur a faites. » Le A octobre suivant, il écrivait encore : (( Les lois sont exécutées, à part celle qui concerne les prêtres déportés. J'ai appris qu'il y en a encore quelquesuns; mais la difficulté est de pouvoir les prendre, parce qu'ils ne restent pas longtemps dans le même endroit, et il y a une infinité de personnes qui les recèlent. »
XLIV. Ce fut dans le district de Saint-Hippolyte que la rentrée des prêtres proscrits donna lieu au plus grand nombre d'incidents et aux incidents les plus dramatiques. Cette contrée, comme on l'a vu au volume précédent, possédait déjà un assez grand nombre de déportés rentrés, lorsque la réaction religieuse s'accentua davantage par la loi du 3 ventôse an in, ou 21 février 1795, sur la liberté des cultes. Cette
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loi ne fit natiirellemeDt qu'encourager le retour des exilés et accroître l'assurance de leurs amis. Le 4 3 mars, le district reçut ce procès-verbal de la municipalité et des (aciers de la garde nationale de Charmoilie : « Le 18 ventAse courant (8 mars), il s'est fait dans cette commune , chez P.-Jos. Monnin, un rassemblement nocturne, à la tète duquel se trouvait un prêtre réfractaire , qui a prêché le mépris des lois de la république, et prononcé un discours tendant à avilir la Convention nationale. Les munidpaax, de concert avec les officiers patriotes , se sont hfttés de se rénnir pour prendre des mesures contre ce rassemblement criminel; puis ils sont allés secrètement dans les maisons avertir les gardes nationaux de prendre les armes et de Içs suivre pour entourer la maison de Monnin et arrêter les principaux auteurs du rassemblement ; mais deux lieutenants et un fusilier ont seuls obéi aux ordres des chefs , tous les autres fusiliers s'étant trouvés absents ou ayant refusé d'obéir; en sorte que les officiers municipaux et la force armée se sont trouvés trop faibles , et n'ont rien pu tenter contre deux cents individus attroupés, qui passaient fièrement devant eux, tous armés de bâtons. » Le district consola ces patriotes malheureux en déclarant qu'ils avaient fait en cette circonstance tout ce qui était possible ; mais que l'obscurité de la nuit ne leur avait sans doute pas permis de reconnaître les auteurs de cet attentat; qu'en conséquence, il leur serait adressé une lettre de félicitation sur leur conduite, avec invitation de continuer leur surveillance et d'envoyer de nouveaux renseignements. Le district décida, en outre, que le procès-verbal serait transmis au comité révolutionnaire, qui informerait.
Mais les derniers comités révolutionnaires ayant été supprimés sur ces entrefaites, le district décida, le 2 avril, <( que les motifs de l'attroupement nocturne de Charmoilie ne pouvaient être envisagés que comme dangereux à la sûreté et à la tranquillité publiques; qu'en laisser impunis les auteurs ou les complices, ce serait donner un exemple d'impunité qui bientôt entraînerait la ruine de la république ; que P.-Jos. Monnin surtout était coupable d'avoir reçu cet attrou-
BSNTBÉB GÉlfÉlUU DS8 PRÊTaBS DÉPOHTfiS. 59tf^
penient chez lui, et que rien ne pouvait le justifier d'y avoijr coosenti; que cependant, avant de prendre contre lui des mesures rigoureuses, il importait de l'entendre, et qu'il serait amené devant le district pour être questionné. » Cet interrogatoire eut lieu peu de jours après, et son issue ne fut pas favorable au prévenu. M. Monnin fut mis en prison et dénoncé au tribunal criminel. Mais le iO avril, les juges» réunie en conseil, déclarèrent que le délit dont il était ac*ousé, étant un attentat contre la sûreté intérieure de l'Etat^ ae trouvait de la compétence du tribunal révolutionnaire de Paris, et que le prévenu serait renvoyé à sa municipalité^ qui prendrait, s'il y avait lieu, la voie indiquée par la loi* Comme on n'expédiait plus personne à Paris, cette sentence équivalait à un acquittement.
XLV. Ainsi qu'on Ta vu (tome VI, page 644), le Comité de sûreté générale adressa, le 12 mars, une circulaire pressante aux agents nationaux de tous les districts frontières, pour faire arrêter les prêtres rentrés. Bavoux s'empressa de communiquer cette circulaire au district, et le district, noa moins jaloux que son agent de témoigner contre les prêtre» le zèle demandé, s'éleva vivement « contre les maux incal* Gulables qu'attireraient sur le pays de pareils êtres, si on ne cherchait pas à les expulser ou à les faire punir par tous les moyens possibles. » Il déclara que la première mesure i prendre était d'adresser sans retard une circulaire aux municipalités, aux gendarmes, aux volontaires, aux gardes nationaux et aux préposés des douanes, afin de réveiller le zèle et ractivité de tous les citoyens, au sujet du nouveau danger dont on semblait menacé. Par une heureuse coïncidence, à laquelle Bavoux ne fut sans doute pas étranger, la proclamation suivante se trouvait déjà rédigée, et le district n'eut plus qu'à la signer, après l'avoir entendue et ap* ^prouvée :
« Citoyens frères,
» Deux décrets bienfaisants de la Convention nationale, rendus tout récemment, semblent devoir assurer pour jamais la paix dans la république. Mais comment se fait-il qu'on cherche, dans le temps^où la nation se montre si
grande, si magnanime, à empoisonner ses bienfaits et à s'armer d'un fer parricide contre elle. Quoi ! les despotes coalisés sont vaincus de toutes parts; la Vendée, sensible aux invitations paternelles qui lui ont été faites, s'est rendue ; et vous, sourds à la voix que la patrie fait retentir autour de vous, vous pourriez aider à attiser de nouveaux feux, à lui susciter de nouveaux dangers ! Mais qu'en résulteraitil? De nouveaux malbeurs pour vous. Ah ! après la fatale expérience que vous avez faite de votre attachement aveugle aux prêtres émigrés et déportés, vous devriez être mieux instruits que vous ne paraissez l'être sur vos véritables devoirs. Vous auriez dû apprendre à vous défier de leur langage perfide. Si vous avez pu vous laisser persuader, un instant, que la loi était prête à user d'indulgence à leur égard, comme elle vient de le faire vis-à-vis de quelques-uns de vous, vous ne pouvez plus concevoir un pareil espoir, aujourd'hui que cette même loi vous les dénonce comme des traîtres indignes de pardon, parce qu'elle les croit incorrigibles. Lisez la lettre du Comité de sûreté générale^ mise en tête de la présente circulaire, et vous verrez sous quel point de vue ils sont envisagés. Peuple bon et digne du bonheur, par quelle fatalité se fait-il que tu fermes encore les yeux sur l'abîme qu'on voudrait creuser de nouveau sous tes pieds ! Gomment, au souvenir de tant de siècles de disgrâces et d'opprobre passés sous le sceptre de fer de ces implacables ennemis de ton bonheur, peux-tu t'endormir encore au milieu des songes chimériques par lesquels ils avaient réussi autrefois à étoufier la raison? Mais non, tu ne te laisseras plus tromper. Plus éclairé que jamais sur tes véritables intérêts, tu ne donneras plus sans doute dans le piège. Tu poursuivras, tu confondras ces vils hypocrites, tu les arracheras de leurs repaires, tu les entraîneras sous le glaive vengeur des lois, ou ils fuiront bientôt une terre qu'ils ne sont pas dignes d'habiter. Non, non, ils ne seront protégés nulle part. Tu tiens à un trop grand prix la paix, après laquelle tu soupires, pour pouvoir en reculer encore l'heureuse époque par de nouvelles faiblesses. Ton cœur, fatigué par IgTit de secousses, qui n'ont fait que le remplir d'amertume.
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a besoin de repos. Tu marcheras donc droit an but ; tu feras frapper sans pitié sur tous ces colosses d'orgueil qui osent encore, malgré leurs défaites, méditer ta perte et menacer de te replonger sous le joug. Il y va de ta gloire, il y va de ton bonheur. Si nous ne connaissions pas ta sensibilité et ton amour pour la liberté, amour dont tu as déjà donné tant de preuves frappantes, nous appellerions une force redoutable dans ce district, pour en purger promptement les malveillants qui cherchent à te couvrir d'un nouveau deuil. Mais ton sang coulerait, et cette mesure répugne à nos cœurs. D'ailleurs, nous te voulons laisser toute la gloire du triomphe. Tes détracteurs auraient beau jeu si nous étions obligés de dire, à la face de l'univers, que tu es trop faible pour pouvoir vaincre une poignée de prêtres. Non, tu ne réduiras pas des administrateurs qui t'aiment et voudraient même t'épargner jusqu'à une larme de douleur, à provoquer sur ces contrées une vengeance qui, quelque juste qu'elle puisse être, envelopperait toujours quelques victimes dans le malheur.
)) MunicipaUtés du ressort, vous serez fermes à vos postes. Appelées par vos fonctions à seconder nos efforts pour assurer la paix parmi nous, vous allez redoubler de zèle et d'activité. Vous serez exactes à nous dénoncer toute infraction aux lois. Vous correspondrez pour cela tous les jours avec nous, et par vos soins, toutes les menées sourdes de ces prêtres seront bientôt dévoilées, leurs complices connus, et nos contrées purgées de cette peste exécrable. Vous n'oublierez pas qu'il y a ici une redoutable responsabilité qui pèse sur vous, et que la moindre insouciance de votre part compromettrait et votre honneur et votre repos.
» Gendarmes, volontaires, gardes nationaux de tout grade, an civisme et au courage desquels la sûreté de nos frontières . a été confiée, vous formerez une barrière insurmontable autour de la répubUque. Vous y maintiendrez la paix en dépit des traîtres. Oui, comme vos frères qui se couvrent de tant de gloire en combattant nos ennemis du dehors, vous vous distinguerez dans le poste honorable qui vous est confié. Vous vous y montrerez en vrais républicains, et
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dans peu Ton dira de vous : Eux aussi , ils ont bien de la pairie.
» Vous tou», citoyens de tout âge et de toute condition, Yous marcherez d'uo pas égal dans là glorieuse caméra que la liberté vous appelle à parcourir ; vous vous montrerez toi^gours égaux à vous-mêmes, et ne souffrirez pas que tant de sacrifices que vous avez déjà faits pour la meilleure des causes, soient perdus pour vous. Vous surtout qu'une er* reur involontaire, sans doute, avait entraînés loin du devoir, vous effacerez vos fautes passées par un redoublement d'ardeur à servir la chose publique. Rentrés pour jamais dans le sein de la patrie, qui se plait à vous ouvrir desbras d'amourj vous la défendrez contre tous ses ennemis, vous concourrez de toutes vos forces à faire son bonheur. Loin de la mettre jamais dans le cas d'avoir i se repentir de Tindulgence qu'elle a eue à votre égard, vous montrerez au contraire, par toutes vos actions et tous vos discours, que vous y êtes sensibles, et vous serez encore dignes de faire partie de ses enfants. Et nous, frères et amis, nous vous donnerons toujours l'exeu^ple.. Fidèles à notre devoir, fermes dans nos fonctions , bravant tous les assauts du crime, protecteurs zélés du peuple, amis constants des sages principes de la constitution, nous aurons toujours pour devise la uberté ou la. mort.
» Arrêté que cette circulaire sera imprimée à quatre cents exemplaires. — Présents Diény, président , Mercier, viceprés., Sombarde, Perronne, administrateurs, Bavoux, agent national, Ghaudot, secrétaire. »
Si ces effusions sentimentales étaient sincères, elles étaient sottes; si elles n'étaient pas sincères, elles étaient odieuses. Gomment I voilà un peuple que cette poignée d'avocats, d'exprocureurs royaux et de ministres luthériens apostats, tourmente depuis près de cinq ans ; qui a souffert l'ilotisme le plus humiliant, l'exil, la prison, la ruine et la mort, pour témoigner de son attachement suprême à sa foi religieuse; qui ne demande de toutes vos prétendues libertés que sa Uberté de conscience; mais qui vous la demande par ses cris de douleur, par ses larmes, par son sang; et vous venez effrontément lui dire qu'il a absolument tout ce qu'il lui faut ; que
HJSNTRÉB GfiNÉRALB DBS PBfiTRBS DÉPOBTfiS. S99
la patrie , ou plutôt la Révolution, est pour lui une mère pleine de tendresse, dont il ne sait ni ne veut reconnaître les bienfaits; vous n'avez pas d'expressions assez infamantes pour en couvrir ce qu'il a de plus eher au monde; et lorsque vous lui rappelez l'héroïque exil auquel il s'est condamné pour ne pas livrer l'honneur de sa conscience aux plus indignes maÛaiteurs , vous osez lui en faire un crime, lui pro*poser de s'en repentir et d'en demander pardon à ses persécuteurs, travestis en représentants de la vertu ! Non, tout cela est aussi révoltant que ridicule , et l'aveuglement de la passion révolutionnaire peut seul faire excuser ceux qui ont associé leur nom à une pareille politique.
Du reste, ce beau morceau d'éloquence eut absolument le même insuccès que les précédents et ne convainquit personne* Mais dans la pensée de ses auteurs il devait avoir une autre utilité, celle de faire éclater leur zèle aux yeux du gouver* nement; aussi s'empressèrent-ils d'en envoyer des exem* plaires aux Comités de sûreté générale et de salut public , avec la lettre suivante :
<( Notre district, placé sur la frontière de la Suisse , reçoit depuis quelque temps, de cette contrée, le poison du fana«> tisme, malgré une surveillance continuelle. Il nous parvient que des prêtres déportés et émigrés sont assez téméraires pour se rendre en nombre dans différentes communes de notre arrondissement, qu'ils y sont reçus et recelés ; et nous n'avons pas à en douter, lorsque nous entendons ces communes , interprétant à leur manière la loi du 3 ventôse der« nier, nous dire que les cultes sont libres; que les ci-devant églises sont leurs propriétés ; lorsque nous apprenons de toute part que ces églises sont ouvertes, que les cérémonies du culte s'y célèbrent, au vœu unanime des habitants des communes. Les municipalités, en grande partie désorganisées, n'ont aucune force pour s'y opposer, et quelques-unes même s'oublient à ce point, de voir ces infractions à la loi et de ne pas les dénoncer ni les réprimer. Jusqu'à ce moment, nous avons tout employé pour prévenir les funestes effets de la malignité, de la scélératesse de ces prêtres. Vous pouvez en juger par les écrits que nous joignons à la présente et que
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nous avons répandus avec le plus d'empressement possible; nous voyons avec douleur que la magie de ces scélérats prévaut. Nous osons à peine soulever le voile qui couvre les maux incalculables dont nous sommes menacés. Veuillez nous aider de vos lumières, nous tracer la marche à tenir , pour prévenir dans ces contrées le renouvellement des fureurs sacerdotales et l'intolérance de ces dominateurs, d'autant plus dangereux qu'ils prêchent au nom d'un Dieu qu'ils offensent. Salut et fraternité. Vive la République ! Vive la Convention I — G.-F. Diény, président, etc. »
1^ jour même oii cette lettre était adressée au Comité de sûreté générale, ce comité envoyait à tous les districts une nouvelle circulaire, signée par Rovère, Ysabeau, Legendre , etc., pour leur recommander, avec de nouvelles instances et sous la menace de la responsabilité la plus rigoureuse, de faire exécuter ponctuellement toutes les lois portées contre les émigrés et les prêtres déportés.
XLVI. Mais chaque mesure de ce genre semblait amener un nouveau progrès en faveur des proscrits. F, Girod, agent national de Belleherbe, mandait, le â4 mars, au district : « La conduite de cette commune est pire que jamais. Les prêtres déportés sont souvent par ici, à ce que porte le cri public. Chacun se dispose à les voir pour Piques ; on instruit les enfants pour faire leur première communion auprès d'eux. Jamais on n'a vu autant d'audace et de fierté qu'on en voit présentement. Les émigrés rentrés en vertu de la loi sont d'une arrogance à ne pas pouvoir dire. 11 y en a qui sont rentrés dans leur ci-devant domicile ; ils veulent frapper et chasser de la maison, avec menaces, ceux qui étaient chargés de cultiver les terres par eux abandonnées. On dit que dans leurs assemblées ils menacent les patriotes qui ont suivi les lois. J'ai été insulté, dans une assemblée de commune, par un émigrénommé Petit-Briot, ainsi que par Boillon, son beau-père. Une partie de la commune a fait de même. Après les insultes les plus atroces, on m'a fait des menaces, et ils m'ont dit qu'ils ne me reconnaissaient pas pour agent. D'après toutes ces choses, je crois qu'il est prudent pour moi de quitter la commune, pour ma tranquillité et ma sûreté. »
RENTRÉE GfiNfiRALB DES PRÊTRES DÉPORTÉS. 5éi
Les magistrats républicains commençaient eux-mêmes à faiblir, et le 28 mars, le district gourmanda en termes amers le juge de paix de Makhe, qui, après avoir reçu d'un nommé J.-F. Nappey une dénonciation contre un prêtre déporté, caché sous le nom de Christophe, et l'indication de témoins à entendre, s'était borné à recevoir la déclaration de cet officieux patriote sans y donner aucune suite, a Nous sommes surpris, disait le district, que tu n'aies pas pris des informations telles que les coupables fussent hors d'état d'échapper à la vengeance des lois. Ton civisme nous est un sûr garant qu'en te rappelant cet oubli momentané de tes devoirs, tu te hâteras de les remplir, et que, dans le plus bref délai, tu nous feras passer le résultat de tes informations, pour que nous puissions prendre des mesures. »
Le 31 mars, à la séance du district, un membre représenta (( qu'il courait des bruits très inquiétants pour la liberté et la patrie ; que leurs ennemis se remuaient en tout sens pour les anéantir ; que^ par la rentrée clandestine des prêtres déportés et le retour des cultivateurs rappelés dans leurs foyers, l'esprit public était changé à un tel point que le fanatisme semblait à peine permettre aux patriotes de respirer et de se montrer comme toujours, amis de la liberté, de la justice et de la raison; que le désespoir des émigrés retenus au delà des frontières et partout abhorrés et chassés, ne devait pas permettre de s'endormir sur leurs projets hostiles ; et qu'il était urgent que l'administration fût informée journellement de tout ce qui se passait sur les frontières. » Le district décida, en conséquence, que le chef de bataillon de Barbéadenx et le commandant de la garde nationale étaient requis d'informer journellement l'administration de l'état des postes des frontières ; que les préposés des douanes, Tagent national de la commune de la Grand'Combe-des-Bois , o en qui l'administration avait une confiance particulière, » et la municipalité du Russey, « distinguée par son amour de la patrie, » seraient invités à redoubler de surveillance à l'égard des manœuvres des ennemis intérieurs et extérieurs.
Le 1" avril, le district de Saint-Hippolyte, de plus en plus éclairé sur la stériUté de ses efibrts, écrivait au district de
Baume : « Nous avons beau faire, écrire aux gendarmes, aux vobatalres et aux gardes nationaux chargés de la sûreté de nos frontières et de tout le district, ces dangereux prêtres échappent toujours à notre vigilance. Aux nombreuses circulaires que nous avons déjà envoyées dans les communes, nous venons d'en ajouter une nouvelle, dont nous vous faisons passer un exemplaire. Si tant d'invitations paternelles restent toujours sans effet, nous saurons appeler une force redoutable, qui repoussera bientôt ces vils oppres*seurs loin de nos foyers, et contiendra leurs complices dans les limites du devoir. Malheur à ceux qui obligeraient la nation à se ressaisir de son glaive vengeur ! Mais soyons toujours mus, agissons de concert, éclairons plutôt que de punir, exhortons avant de frapper. Salut et vive la répobUquel»
L'administralîon avait trouvé à Solemont, dans la personne de P.^os. Socier-Girard, un véritable maître et doc- Vmr en dénonciations. Son zèle s'étendait à toute la contrée. Il écrivit, le 4 avril, à Bavoux : « Il est impossible i notre municipalité de mettre à exécution la circulaire du district^ vu le peu de patriotes qui sont dans notre commune; car, dans la municipalité même, il n'y a plus de patriotes que le maire, les deux officiers municipaux, le secrétaire et deux notables, P.-F. Gouhenans et P.-Gl. Bonvalot* Dans la garde nationale, à l'exception de quatre ou cinq, tous les autres, surtout les chefs, sont du parti des prêtres réfractaires, et plusieurs de ces prêtres ne sortent plus de la commune. Les principales maisons où ils se retirent sont 4® la première à droite en entrant dans le village. Je crois qu'ils peuvent s'y cacher sous le plancher du poêle ; mais, pour y entrer, il faut lever une planche dans le cabinet qui est à côté. 2^ Il y a encore la maison de l'Angélique Hierle, qcLi est la dernière, aussi à droite, en allant contre Valonne ; 3^ celle de P.-F. Socier et de P.-Jos. Grélerot, qui sont jointes ensemble, dans le milieu du village ; mais surtout une petite maison qui est sur une hauteur, dehors du village, vis-à-vis l'église. Je crois bien qu'ils feront un rassemblement, la nuit du samedi saint. Si tu veux envoyer quelqu'un pour les sur-
aBNTRÉB GÉNÉRALB DBS PBÊTaBS DÉPORTÉS. SM3
prendre, il me semble qu'il faut qu'ils vienneutpar Pont-de^ Roide, qu'ils montent par le Lomont et qu'ils arrivent chez P.-F. Gouhenans quand il sera nuit. Il les instruira corn* ment il faut qu'ils fassent. S'ils passent anprès de la maison de Boucon, qui est tout dans le haut du Lomont, ils y pour*^ raient trouver des prêtres, car ils s'y retirent aussi ; mais il faudra s'assurer de sa personne, ainsi qne de sa femme» parce qu'ils pourraient bien avertir ceux qui seraient dans le village. Je t'avertis aussi que le messager qui nous ap*> porte les décrets est un homme dont il faut se défier. Car les deux fois qu'il nous a apporté des papiers, il nous a dit qne ce n'était rien, qu'il n'en donnerait pas une prise de tabac ; et j'ai remarqué qu'il ne sortait jamais du village qu'il n'eût passé dans plusieurs maisons les plus suspectes. ]>e plus, il a ici unetante qui est un des principaux chefs des fiinatiques, celle qui avertit tous les autres pour les rassem^blements, et c'est la femme de P.*Ign. Moine. Je crois biea qu'il se tient aussi chez eux des prêtres émigrés^ et c'est tout an«dessus de la maison qu'ils peuvent se cacher; c'est celle qu'occupait ci-devant J.-Ant. Socier. Tu vois qu'il ne serait pas à propos de donner des lettres à ce messager, car il est sûr qu'il porte les correspondances des fanatiques plus exao*-. tement que celles qui regardent le bien général de ia répablique. Il serait peut-être même à propos de faire des peiv quisitions chez lui. Gomme nous n'avons point d'agent national pour le présent, et que ceux qu'on a proposés sont tous de la clique des prêtres émigrés, je ne oonnais aucun citoyen plus propre à cela, pour la surveillance, que P.-F. Gouhenans. Il est vrai qu'il ne sait écrite que pour signer son nom ; mais il trouvera quelqu'un pour lui écrire ses cor-^ respondances. Je te prie de tenir mon nom caché sur tout ced. Je viens d'apprendre qu'il se fait fréquemment des rassemblements dans les maisons dites Lt val de Nettvier, â Peseux. Il est nécessaire d'en donner avis au citoyen Feuvrier, capitaine de la garde nationale de Conrcelles, pour qu'il veille, surtout les nuits du samedi saint et des fêtes de Pâques, ainsi qu'à Peseux, les métairies do Champ du MmKn, des Gran^Prés et des Pré^-Derriire. Je te prtviens encore que
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les gendarmes de Dambelin ne font point leur devoir, et qu'il y a des prêtres réfractaires à Vaivre et à Vermondans, et qu'on y dit souvent la messe. »
Le district sentit tout le prix des indications si précises du jacobin de Solemont, et déclara <( qu'en faisant des perquisitions exactes, avec une force armée suffisante et en prenant les précautions indiquées, les ennemis de la patrie seraient certainement arrêtés. » II décida donc quePerronne, Tun de ses membres, se rendrait à Solemont en qualité de commissaire, avec la force armée qu'il jugerait convenable; qu'il ferait arrêter et fouiller le porteur des dépêches, a soupçonné de favoriser les correspondances des ennemis de la république et d'atténuer, par ses propos, l'effet des circulaires de l'administration ; » et qu'il informerait sur la conduite des gendarmes de Dambelin à l'égard des prêtres réfractaires répandus dans cette contrée. Le district rappela, pour l'instruction des gardes nationaux, « que la force armée étant nécessairement obéissante, nul ne pourrait refuser d'obtempérer aux ordres et aux réquisitions du commissaire. » Cette expédition n'eut aucun résultat.
Le 4 avril, au moment où arrivait la dénonciation de So- . cier, le district en recevait une autre, de Couley, lieutenant de gendarmerie à Saint-Hippolyte. « Il m'a été fait rapport, disait-il, quele nommé Cl.-F.-X. Fallard, d'Urtière, cultivateur rentré en vertu de la loi, est soupçonné avec juste raison d'avoir fait rentrer avec lui le nommé Pépiot, ci-devant vicaire en chef à Charmauvillers, et de lui donner retraite chez lui, où l'on croit qu'il est encore caché. Il est aussi soupçonné violemment de retirer chez lui d'autres émigrés et d'avoir des correspondances avec les ennemis de l'extérieur. Si J.-Jos. Chardon, capitaine de la garde nationale à Trévillers, est requis de se joindre à la gendarmerie pour faire la perquisition de ce prêtre, il s'y transportera avec de la force. »
Le district décida que la gendarmerie se rendrait sur-lechamp à Urtière, avec tel nombre de gardes nationaux des communes environnantes qu'elle jugerait convenir. Le lendemain, le gendarme Jacquemin vint rendre compte de
cette nouvelle expédition au district. Il était allé, avec un autre gendarme et dix-sept gardes nationaux de Trévillers, commandés par Chardon, investir la maison de M. Fallard; il l'avait fouillée dans tous les sens sans y trouver aucun prêtre; il avait visité tous les papiers, sans y trouver autre chose de suspect que le beau certificat délivré par M. le curé Olivier à M. Fallard et à sa famille, pour leur faciUter les moyens de gagner leur vie, lorsqu'ils erraient à l'étranger.
L'administration de Saint-Hippolyte ne se contenta pas des torrents de prose éloquente dont ses principaux membres, tous avocats, ex-procureurs du roi ou ex-ministres évangéliques, étaient des réservoirs inépuisables ; elle crut devoir encore emprunter la plume d'un des plus ignobles conventionnels, apôtre déclaré de l'athéisme et du culte de la matière. « Nous avons pris, écrivait Bavoux, un arrêté pour la réimpression du rapport de Lequinio aux citoyens de Seine-et- Marne, sur les prêtres émigrés ou déportés, de même que sur ceux appelés constitutionnels, en rappelant aux communes les interprétations arbitraires que la malveillance donne à la loi du 3 ventôse sur le libre exercice des cultes. » Si tant d'efforts restaient infructueux dans le pays, ils étaient au moins appréciés à Paris, et le 10 avril, le district reçut du Comité de sûreté générale ce témoignage de satisfaction et d'encouragement, qui dut lui être bien doux : « Nous avons reçu votre lettre et votre arrêté relatif aux émigrés et aux prêtres déportés. Nous en approuvons les dispositions; elles sont dictées parla prudence et conformes aux lois. Continuez votre surveillance, et faites-nous part des mesures que vous prendrez. — Clugny, Thibaudeau , Delecloy. »
La première de ces mesures fut l'envoi d'une nouvelle circulaire aux municipalités, le 28 avril, contre les prêtres émigrés et déportés qui souillaient le territoire de la république^ t infectaient du poison du fanatisme et y allumaient les inévitables torches comprises dans le mobilier du même fanatisme. Le district de Saint-Hippolyte travailla ensuite à exciter le zèle de ses voisins. Il écrivit, le 5 mai, au district de Montbéliard : « Nous ne doutons pas qu'il n'entre dans