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vos principes de ne souffrir dans votre ressort aucun prêtre léfractaire; c'est dans cette vue que nous vous adressons la lettre suivante (du citoyen Marcou, secrétaire de la municipalité de Lucelans et distributeur des lois dans les communes du canton). « Je suis informé qu'il règne un prêtre ré- » fractaire dans la commune d'Etouvans, du district de Mont- » béljard , mais enclavée dans notre canton . II officie continuel- » lement , ce qui fait renaître un trouble incompréhensible » dans toute l'étendue de notre commune ; cet individu est » des environs des Fontenelles. » Le district de Montbéliard répondit qu'il allait tout disposer pour saisir ce prêtre.
XLVII. Mais c'était dans son ressort même que le district de Saint-Uippolyte allait enfin cueillir un véritable laurier. Le 30 avril, Amoux, agent national de Mont-de-Laval, écrivit à Bavoux: «Il se fait, de nuit et de jour, des attroupements formidables dans le voisinage. On a dit qu'ils étaient bien douze cents dans la maison Richard, au Bélieu. Les aristocrates de ma commune y étaient. On voit par leur mine que peut-être il s'y retrame quelque chose de nouveau pour faire de la peine aux patriotes.... Citoyen, avise au moyen de déjouer ces attroupements. Quant à nous, nous ne pouvons rien. 11 y a trop de prêtres émigrés parmi eux, et ils sont trop de ce parti-là.... » Le district transmit cette lettre au département, en le pressant de prendre toutes les mesures pour déjouer ces nouvelles trames contre la liberté. Michel répondit au district de recueillir lui-même tous les renseignements possibles et d'agir, mais avec beaucoup de prudence, et de n'employer la force que dans le cas où la persuasion deviendrait inutile. Cette dernière recommandation ne devait malheureusement pas être suivie par les auxiliaires du district. M. l'abbé F. Prêtre, du Bizot, vicaire en chef i Montde-Laval , déporté en Suisse , était rentré au sein de sa fatmille, vers le milieu d'avril, et, pressé par les instances des catholiques, il se disposait à célébrer la messe dans une maison du Bizot, pendant la nuit du 13 au 14 mai. L'unanimité presque complète qui régnait dans ce pays ayant fait négliger aux catholiques toutes les mesures de précaution en usage pour garder le secret, des gens malveillants furent informés à
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ravance, du lieu et du temps où la cérémonie devait s'accom* plir, et s'empressèrent d'en faire part à Artier, capitaine de gendarmerie, inspecteur des frontières , homme redoutable par son activité révolutionnaire. Celui-ci combina aussitôt son plan, réunit toutes les troupes qu'il avait autour de lui, et, comme il ne pouvait attendre aucune aide des autorités municipales du Bizot, il prit, pour suppléer à leur indispensable concours et garder un semblant de légalité, le parti de s'associera tout hasard une municipalité voisine, dont les sentiments concordaient mieux avec les siens. Il réussit au delà même de ses espérances, comme le constate le procès-verbal suivant du limai : « La gendarmerie nationale et le détachement des volontaires de Barbézieux, commandés par le capitaine Artier, accompagné du capitaine Nivet, commandant à la Grand'- Gombe-des-Bois, et du brigadier Mathieu, commandant au Saut-du-Doubs, ayant requis F.-X. Humbert, maire, F.-Jos. Perret et Noël- Alexis Dard, officiers municipaux de Narbiez, et Ign.-Jos. Receveur, secrétaire de la municipalité du Bizot, se sont transportés tous ensemble au domicile de la veuve de Gl.-Et. Ligier, du Bizot, et y ont trouvé un rassemblement de citoyens et de citoyennes, aux environs de deux cents. Etant entrés dans la maison par la cuisine, et ayant fait commandement de nous ouvrir, nous avons traversé plusieurs chambres et passé dans une, à main droite, oùnous avons trouvé un lit où il y avait plusieurs femmes assises dessus. Les ayant fait lever, nous nous sommes aperçus que le nommé F. Prêtre, de nom et d'effet, réfractaire aux lois, passait dans un trappon^ au fond du lit, et lui voyant la jambe et une partie de la cuisse, un individu, de peur qu'il ne nous échappât, a lâché un coup de pistolet et l'a atteint à la jambe droite, à la jarretière. Nous l'avons repassé par le même trou, afin de le connaître, et nous avons requis le rassemblement qui était dans la maison de ne faire aucune résistance et de ne pas sortir. De là nous sommes montés à la grange, où nous avons trouvé un autel tout décoré. Ayant requis le prêtre de nous déclarer s'il n'avait pas des ornements, il nous a déclaré que s'il y avait dans la compagnie quelqu'un qui en eût apporté, il n'en avait aucune connaissance. Nous
avons trouvé, dans un mouchoir plié, un marbre, une chasuble, un couvre-calice et la chemise qu'on met par dessus le calice ; dans une chemise de toile, une aube, un lavabo et un calice en étain, une nappe où il y avait quantité d'hosties, et deux boîtes dans lesquelles il y avait aussi des hosties. » Artier, en envoyant ce procès-verbal au district par une estafette, y joignit les renseignements suivants: «L'arrestation a été faite à onze heures du soir. J'ai requis le capitaine de Barbézieux de nous laisser douze hommes de son détachement, afin d'imposer aux gens qui se proposent de nous enlever notre prisonnier. Je requerrai pour cette nuit les préposés des douanes, ainsi que la garde nationale. Je vous dirai qu'ils étaient , tant en dehors qu'en dedans , quatre cents. On a tinté le tocsin dans la commune du Bizot. De toutes parts les hurlements retentissaient. Quand nous avons été à environ une portée de fusil d'eux, nous nous sommes mis en bataille^ et nous les avons requis de ne pas nous approcher. Nous étions tous décidés, s'ils ne s'étaient pas arrêtés , à faire feu ; nous ne voulions pas céder que nous ne soyons hachés. Us s'offrent huit ou dix pour répondre de ce prêtre. Comme il est blessé, ils voudraient que vous eussiez la bonté de le laisser ici jusqu'à sa guérison. »
Nivet, capitaine des volontaires de Barbézieux , ne put résister au plaisir d'annoncer aussi au district cette bonne nouvelle , ou du moins d'ajouter encore quelques détails. « Le capitaine Artier , dit-il, m'avait invité à faire transporter à Narbiez un détachement de douze à quinze hommes ; j'en ai commandé dix-huit, qui ont été animés d'un courage sans égal, puisqu'ils ont imposé à quatre cents individus.... Je me suis vu au moment où il fallait agir de rigueur et me défendre contre ces insensés, qui prétendaient enlever leur prêtre de nos mains. Tout s'est passé avec une prudence extrême. Il n'y a eu que le prêtre blessé à la jambe droite. J'ai laissé douze des volontaires pour le garder au Russey. »
En effet, sans aucun égard pour l'état très grave où se trouvait le blessé, et pour les larmes des habitants, qui étaient en grand nombre ses parents et ses amis, il fut transporté sur-le-champ dans la maison d'arrêt du chef-lieu du canton.
Le district s'empressa de transmettre au département toutes ces nouvelles en ajoutant : « Nous vous prévenons que, connaissant les localités, nous avons pensé qu'il ne serait pas sans danger de faire amener ce prêtre dans la maison de justice du district, attendu que le tocsin a déjà sonné et qu'il serait dangereux qu'il se renouvelât dans un trajet de sept lieues de montagnes et de chemins pour ainsi dire impraticables. En conséquence, nous avons requis un gendarme à cheval, deux à pied et quatre gardes nationaux d'Hippolyte, six de Trévillers , et autant de Damprichard , de se transporter à l'instant au Russey, à l'effet de se réunir à la force armée qui y est et d'y attendre vos ordres. »
Après avoir ainsi pourvu au plus pressant , le district se Uvra à toutes les effusions de joie que lui causait cette première capture. Il adressa ce billet à Artier : « Bravo î nous avons reçu ta lettre et les pièces ; nous t'envoyons du renfort, tu le dirigeras suivant les circonstances. » Il écrivit en même temps à la municipalité du Russey : « Nous sommes instruits de l'arrestation de l'ennemi commun. Nous allons prendre des mesures pour soulager la surveillance, qui, nous n'en doutons pas , est redoublée par vous en ce moment. Nous vous envoyons des frères qui se feront un plaisir de vous seconder. Energie, prudence, et les malveillants seront en défaut. Vive la République ! »
Cependant les catholiques n'avaient pu voir sans une irritation profonde l'acte de barbarie si gratuit qui venait d'ensanglanter la commune du Bizot. La présence illégale des municipaux de Narbiez à la tète des satellites leur donna lieu de croire que c'étaient eux-mêmes qui étaient allés chercher la force armée et l'avaient dirigée contre leurs voisins. Ils éclatèrent donc en reproches et même en menaces contre ceux qu'ils regardaient à tort ou à raison comme les auteurs du mal. Humbert, maire de Narbiez, écrivit à Artier, le lendemain de l'arrestation, qu'il était informé par diverses personnes qu'on se proposait de brûler sa maison; que l'effroi régnait parmi eux ; qu'il voudrait bien que la gendarmerie fit des poursuites à ce sujet au plus vite, et enfin qu'il ne savait quoi faire. Artier envoya aussitôt à Narbiez le brigadier
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de gendarmerie Giiérin, de Saint-Hippolyte, avec cinq gendarmes, pour veiller jusqu'à nouvel ordre à la sûreté des personnes et des propriétés. Ils devaient être logés et nourris aux frais de ceux qui avaient nécessité leur envoi. Ils furent suivis de près par le citoyen Dard, juge de paix du Russey, qui vint aussi, sur la réquisition d'Artier, commencer une enquête judiciaire contre les auteurs des menaces. Tous les témoins entendus n'en purent signaler que deux , Alexis Droraard, de Narbiez, et Marie-Thér. Simonnot, servante; et encore l'un et l'autre s'étaient bornés à dire que les patriotes devaient prendre garde qu'on ne mît le feu à leurs maisons. Perret, officier municipal, déclara, en outre, qu'en rentrant à Narbiez, après avoir conduit au Russey, avec la troupe, le prêtre arrêté, lui et ses collègues avaient été accostés par Melchior Parrenin, du Russey, qui, au milieu de beaucoup d'injures, lui avait dit : « Je sais bien maintenant celui qui a vendu le prêtre ; si j'avais été présent à son arrestation, il n'aurait pas été blessé, et n'y eût-il eu que moi pour le défendre, on ne l'aurait pas eu. d Perret ajouta qu'en même temps, Parrenin s'était avancé contre lui et avait cherché à lui prendre son sabre, mais sans y parvenir.
Malgré la double protection de la justice et des gendarmes, le maire de Narbiez ne se crut plus en sûreté chez lui ; Artier écrivit au district, le 19 mai : « J'ai renvoyé les détachements à leurs postes. Le citoyen Humbert et son épouse se sont transportés dans mon domicile, craignant les malveillants, qui les ont menacés de mettre le feu dans leurs propriétés. Ils vous prient , ainsi que moi, d'aviser un moyen pour assurer leur sécurfté.» Mais la vengeance des catholiques ne devait pas aller au delà des transes qu'ils avaient causées à ce trop officieux patriote, et bientôt tout rentra dans le calme et le silence.
Le département reçut, le 15 mai, par une estafette, la lettre du district de Saint-Hippolyte et les pièces qui constataient l'arrestation de M. Prêtre. Il reçut en même temps ce certificat : a Roy, chirurgien au Barboux, atteste que la balle a traversé le genou; qu'il n'a pu introduire la sonde parce que le trou est rempli d'esquilles d'os. Il pense que le blessé
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ne pourra être guéri que par l'amputation et qu'on ne peut le transporter nulle part. » Malgré ce témoignage, le département n'hésita pas à prendre, sur le rapport de Louvot, l'arrêté suivant : « Considérant qu'il importe de faire conduire à Besançon le nommé F. Prêtre, actuellement détenu au Russey; qu'il convient d'assurer par une force suffisante cette translation, et qu'attendu la blessure dudit Prêtre , il est de l'humanité de prendre des précautions pour que cette translation se fasse avec tous les soins qu'exige l'état du prévenu, le directoire arrête que le général Âubugeois , commandant la sixième division, sera tenu de fournir un détachement composé de vingt-cinq chasseurs à cheval et quinze volontaires à pied, auxquels se joindront cinq gendarmes i cheval. Ce détachement se rendra au Russey, avec un fourgon portant des vivres de campagne et des fourrages pour trois jours, à l'efiet de transférer à la maison d'arrêt de Besançon le susdit Prêtre. Le détachement sera accompagné d'un officier de santé chirurgien, que le commissaire ordonnateur sera invité à fournir. Ce chirurgien fera au prêtre les pansements nécessaires pour le mettre en état de soufirir la translation. 11 se servira pour l'effectuer, de deux matelas et d'un traversin, qui seront chargés sur le fourgon, et veillera, pendant la route, à ce que le détenu soit traité avec les égards dus à son état. Les municipalités et gardes nationales sont requises de fournir, à la demande du commandant du détachement, tous les secours et l'assistance nécessaires pour procurer l'exécution du présent arrêté. »
Berly, lieutenant de gendarmerie à Besançon, fut chargé du commandement de la troupe et de la direction des opérations. Il aiTiva au Russey le 16 mai, et, après avoir fait part de sa commission à l'agent national de la commune, il se rendit avec lui auprès du blessé, qui avait été déposé chez le citoyen Etevenard, son beau-frère. Il le trouva entouré des trois médecins Roy, Parent etGuillemin, qui le gardaient et qui déclarèrent à l'unanimité qu'il était absolument hors d'état de partir; que sa blessure était très grave; que les os du genou avaient été brisés par la balle, qu'il y ayait même deux trous distincts ; que les chairs et les muscles avaient
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éprouvé de profondes déchirures, et que si rioflammation venait à faire des progrès, il y aurait danger de mort; que le repos surtout était indispensable au blessé, et que le cahotement d'une voiture, en augmentant la douleur et Tirritation, pouvaient amener un résultat fatal. Le lieutenant Berly ayant requis les trois médecins de constater par écrit cet état de choses, ils le firent à l'instant même, par un certificat revêtu de leurs signatures. Muni de cette pièce, Berly fil assembler le conseil municipal du Russey, et, après lui avoir exposé l'état déplorable du prisonnier, il déclara qu'il était disposé à le laisser dans la commune, si la municipalité consentait à le prendre sous sa responsabilité. Le maire N.-A. Pigot, l'agent national Ch. Renaud, les officiers municipaux F.-X. Cheval, J.-Ign. Petit et P. Joly, les notables A.-J. Brachotte et F. -G. Racine, présents à la séance, répondirent a qu'ils déféraient volontiers à cette proposition, par les motifs d'humanité qui les avaient toujours dirigés, et malgré la répugnance qu'ils avaient toujours marquée contre les rassemblements illégaux. )) En même temps, neuf particuliers déclarèrent se porter personnellement cautions pour le blessé et en firent un acte légalisé, que M. Etevenard envoya aussitôt au département par un exprès. Après toutes ces mesures, Berly crut sa responsabilité suffisamment à couvert et il regagna Besançon avec sa troupe.
Le i5 mai, le district fut très surpris de voir rentrer à Saint-Hippolyte les gardes nationaux et les gendarmes qu'il avait envoyés au Russey pour garder l'abbé Prêtre jusqu'à nouvel ordre. Le lendemain, il fit venir le lieutenant Couley, pouf avoir des explications à ce sujet. Couley répondit que c'était le capitaine Artier qui les avait renvoyés, parce qu'il avait assez de ses propres forces. Le district déclara que, s'il avait lui-même envoyé des hommes au Russey, c'était précisément dans la vue de faire retourner à leurs postes respectifs les volontaires et les gendarmes mis en réquisition par Artier ; que la conduite de cet officier était doublement fautive, parce qu'elle avait pu exposer la sûreté des frontières en laissant les postes dégarnis, et ensuite, parce qu'elle infirmait les actes du directoire en annulant ses réquisitions. Le dis-
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trict déclara, en conséquence, que le capitaine Artier serait dénoncé.
Mais un autre sentiment , dont on regrette de n'avoir encore aperçu aucune trace dans toute cette affaire, commença enfin à se faire jour. L'arrestation de M. Prêtre s'était accomplie avec des circonstances d'une brutalité sanguinaire, qui n'avaient eu ni l'excuse de la lutte ni celle du danger, et qui étaient d'autant plus odieuses qu'en ce moment même M. Prêtre se trouvait sous la protection de la loi du 12 floréal (1" mai) qui accordait aux déportés un mois de délai pour retourner en exil. Ainsi, uniquement dans la crainte de voir échapper ce prêtre, à qui la loi elle-même venait de donner un sauf-conduit, un forcené venait de lui tirer un coup de pistolet à bout portant, de le mutiler horriblement ; et parmi tous ces patriotes occupés à la chasse du prêtre, il ne s'était trouvé personne pour flétrir cet acte de barbarie inutile, pour en signaler l'auteur et attacher à son nom seul tout l'odieux de cette cruauté. Le district lui-même finit par sentir que le triomphe dont il avait d'abord été si fier, n'était pas sans souillure; qu'il était peut-être plus humiliant qu'honorable ; et comme il avait d'ailleurs à se plaindre du sansfaçon du capitaine Artier à son égard, il lui écrivit une lettre sévère, où ce grief se trouva mêlé avec d'autres. Artier répliqua, le 19 mai, avec une assurance républicaine et une exagération toute gasconne : « 11 est surprenant qu'après avoir fait une aussi belle chose que je viens de faire, je reçoive des reproches. Vingt-deux que nous étions, avoir fait face à deux mille individus, à ce que l'on m'a assuré. La conduite que j'ai tenue ne peut être qu'estimable, vu qu'il n'y a point eu de sang versé. » Aux yeux de l'officier celui du blessé ne comptait pour rien.
Le district, un peu radouci par la protestation de ce nouveau Scipion montant au Capitole, répondit le lendemain à Artier : « Mande-nous d'une manière positive comment il se fait que le prêtre réfractaire ait été blessé, que le sang n'ait pas été épargné, et surtout redouble de zèle dans. ces circonstances, où il semble que les ennemis de la répubhque font leurs derniers efiorts pour porter le trouble dans ce district.»
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Artier jugea sans doute qu'il suffisait bien de suiTre les instructions du district sur ce dernier point, et il continua de garder le silence le plus complet sur une question qui ne faisait décidément pas honneur aux patriotes et i lui en particulier.
Le département, après avoir reçu le rapport de Berly sur l'impossibilité de transporter H. Prêtre à Besançon, ne cmt pas devoir prendre la responsabilité d'une décision, et il se borna à transmettre ce rapport à Saladin. Biichel, procureur général par intérim, y joignit les observations suivantes: a Le lieutenant chargé de la translation du prisonnier a assuré le département que la force armée (sous ses ordres) s'était conduite de manière à ne mériter que des éloges et il a signalé un fait digne d'attention. L'abbé Prêtre, arrêté et blessé, était parfaitement résigné au transport, si on avait jugé convenable de le faire. Il a ajouté que Ton pouvait être assuré qu'il ne ferait aucune tentative pour s'évader ; que s'il était libre et en état de marcher, il viendrait lui-même demander au département, pour toute grâce, de le mettre en prison ; mais qu'il préférait l'échafaud, plutôt que de retourner en Suisse ou hors de sa patrie. Ces paroles, qu'il a prononcées d'un ton de vérité, annoncent que c'est le désespoir qui a fait rentrer une bonne partie des prêtres qui infectent les campagnes ; et c'est sans doute le motif qui leur fait tenir les propos les plus exagérés et les plus contre-révolutionnaires, afin d'allumer la guerre civile à la faveur de laquelle ils espèrent se sauver. » Si les campagnes étaient infectées par les prêtres, il était beaucoup plus triste assurément de voiries administrations infectées par des bourgeois et des avocats philosophes, comme cet honnête Michel, que la passion anti-religieuse aveuglait au point de leur faire méconnaître à la fois la vérité, la justice, la liberté et le premier intérêt de la patrie.
Le 30 mai, Saladin manda qu'il approuvait tout ce qui avait été fait.
Cependant le capitaine Artier avait fini par comprendre lui-même que son expédition du Bizot n'avait pas été sans tache, et pour atténuer le mauvais effet qu'elle avait pu pro-
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duire sur les administrateurs du département, il lui Tint i l'esprit de leur adresser, le 98 mai, la lettre suivante : « Il me semble que je suis chargé de vous rendre compte du prêtre qui a été arrêté au Bizot. Je puis vous dire que nous avons eu bien du mal à l'effet de cette prise. Us étaient autour de deux mille qui nous venaient dessus ; mais la grande prudence que j'ai eue a fait qu'il n'y a point eu de sang versé. n n'y a que le pauvre malheureux qui a reçu le coup bien contre mes volontés. J'avais défendu que Ton tire sans mes ordres, mais on ne les a pas exécutés. Je crois que dans un petit malheur il est arrivé un grand bonheur; car ils ne cessent de dire, tous les jours, que s'il n'avait pas été blessé, nous ne l'aurions pas emmené. Les médecins m'ont dit que sa plaie allait fort bien, c'est pourquoi je suis bien aise de vous le mander. 11 roule toujours beaucoup de ces prêtres dans ce pays-ci, et ils font bien du mal. » L'avocat le plus consommé n'aurait certainement pas fait un plaidoyer aussi habile, aussi complet et surtout en si peu de paroles.
Dans le cours de Tété, une pétition fut adressée au département en faveur de M. l'abbé Prêtre. On y faisait observer qu'il avait reçu, à bout portant, un coup de pistolet dont vraisemblablement il ne guérirait jamais, ayant eu le genou fracassé par la mitraille dont cette arme était chargée ; qu'il devait déjà à la compassion du département d'avoir été laissé chez son beau-frère ; mais que ce dernier étant tanneur et à la tête d*un commerce considérable, la tannerie répandait dans la maison une odeur malsaine, et que dans cette maison remplie d'étrangers du matin au soir, souvent même pendant la nuit, il était impossible au blessé de reposer sans être réveillé en sursaut ; que la fièvre ne l'avait pas quitté depuis le coup qui l'avait frappé; que de fréquents transports au cerveau et les douleurs aiguës qu'il ressentait continuellement et qui lui arrachaient des cris affreux, s'opposaient à sa guérison. «Il y a lieu de penser, ajoutait le pétitionnaire, que s'il était dans une maison tranquille, les soins et les remèdes qu'on lui prodigue depuis près de deux mois, auraient an effet salutaire. Deux sœurs, domiciliées l'une à Narbiez et l'autre au Barboux, seraient empressées de lui donner
asile et de lui prodiguer leurs soins. Daignez, citoyens administrateurs, permettre qu'il y soit transféré au premier moment favorable. 11 convient ingénument d'avoir contrevenu à la loi en rentrant en France. L'amour de la patrie et un zèle ardent pour sa religion peuvent l'excuser. Daignez encore observer que, lors de son arrestation, le mois accordé par la Convention nationale aux prêtres déportés rentrés en France, pour en sortir, n'était pas expiré. Puissent son triste état et les douleurs qu'il souffre depuis si longtemps, exciter votre commisération ! Suivant les médecins, sa guérison est impossible si les frayeurs dont son imagination est remplie, ne finissent. La tranquillité seule peut les dissiper.»
Le département, faisant droit à cette supplique, le 9 juillet, autorisa M. Prêtre à se faire transporter chez sa sœur, au Barboux; le procureur de cette commune devait donner avis de la guérison du proscrit, aussitôt qu'elle aurait lieu, pour qu'on procédât sans délai à sa réexportation en Suisse. Mais l'état de M. Prêtre était encore trop grave en ce moment pour permettre de profiter de l'autorisation accordée. Ce ne fut qu'au bout d'un nouveau délai de six semaines que la translation du malade chez sa sœur devint praticable. Le 18 août, F.-Jos. Guyot, greffier de la municipalité du Barboux, dressa un procès-verbal constatant « que J.-B. Prêtre, Cl.-Ign. Prêtre, Georges Prêtre, Jos.-RenobertRoydaguet, P.-Modeste Roy, Cl.-Jos. Chopart-Lallier et Cl.-lgn. Perret le jeune, portant tous sur une litière le citoyen F. Prêtre, malade, s'étaient présentés à lui^ devant la maison commune, et lui avaient notifié qu'en vertu d'un arrêté du département, ils avaient apporté ce malade depuis le Russey, pour le déposer au domicile d'Ursule Prêtre, sa sœur. » Les souffrances du blessé finirent par se calmer, sa plaie se cicatrisa, mais il demeura estropié et infirme toute sa vie.
XLVIlï. L'emploi que l'on faisait des gardes nationaux pour donner la chasse aux prêtres, commençait à révolter un grand nombre de ces patriotes , revenus à la foi orthodoxe. L'adjudant général de la légion des frontières, associé à deux chefs de bataillon, se plaignit au district « qu'une partie de la garde nationale refusait d'obéir à ses chefs, pour
le service exigé par les circonstances. » Mais en même temps que les patriotes perdaient leurs forces, on voyait grandir celles des catholiques d'une manière alarmante. Le 26 mai, le district écrivit au juge de paix du Russey : « Nous apprenons que le nommé Ant.-F. Tochot, de Mont-de-LaveJ, a dit à Cl.-F. Joliot, qui lui demandait s'il n'y avait point de danger pour les personnes qui assistaient aux messes et sermons des prêtres déportés : « Non , car ils sont plus forts » dans ces assemblées que ceux qui pourraient venir les y » attaquer, et on s'y révolterait. » Ces propos semblent être le fruit de la doctrine qui se débite dans ces réunions. 11 importe d'informer à ce sujet , et nous t'invitons à ne pas perdre de temps. »
Malgré l'exemple trop sanglant de l'arrestation de M. Prêtre et malgré les forces révolutionnaires concentrées autour du Russey, les ecclésiastiques déportés continuèrent à venir officier jusque dans ce chef-lieu. Le 9 juin, Berceot, chef de bataillon de la garde nationale à Bonnétage, ayant appris que dans un hameau du Russey fort isolé, chez Tobie Tournier, un prêtre déporté devait dire les compiles, il s'empressa d'y courir avec une quinzaine de gardes nationaux et de faire perquisition dans toute la maison, sans y trouver autre chose de suspect que des ornements sacerdotaux complets , un calice et une patène en étain, un marbre et deux hosties, avec un autel paré. S'apercevant alors qu'il avait opéré illégalement, Tardent jacobin envoya chercher au Russey Tolflcier municipal Victor Emonin et la gendarmerie , pour reconnaître sa découverte. Le capitaine Arlier y vint aussi, et d'un commun accord, on décida que tous les objets relatifs au culte trouvés dans cette maison seraient laissés à la garde du propriétaire, sous la caution de J.-B. Isabey, du Russey,
Un autre démagogue, Simonnin, capitaine de la garde nationale de Damprichard, ne fut pas plus heureux dans une expédition de ce genre, qu'il fit à la même époque dans sa commune, avec Poittet, officier municipal, et six gardes nationaux. « Sur la réquisition du procureur de la commune, écrivait-il lui-même, le 16 juin, nous avons fait des perquisitions chez les Bouhélier et chez la veuve Faivre, de la Sei-
gne-Bemard. Etant chez les Boubélier, nous avons dit qu'il fallait qu'ils nous ouvrent leurs chambres, buffets, etc., et ils n'ont pas fait bien des difficultés. Quand nous avons été dans les chambres du haut, la mère a couru dans la dernière, en faisant signe à l'officier municipal de la suivre; elle me dit aussi d'aller voir, que c'était là le plus beau de son ménage; alors elle a arraché un drap qui couvrait une muraille, et nous avons vu un grand crucifix au-dessous duquel était une table recouverte d'un drap, avec un ruban bien arrangé alen* tour. Dans un coin de la même chambre, un fauteuil , avec une petite chaise , comme si c'était un confessionnal. Sur la fenêtre, tout plein de livres de ci-devant usage ; au-dessus de la porte, deux cierges de cire dans de beaux chandeliers d'étain, une bouteille pleine d'eau, dite par eux eau bénite, et un surplis que nous avons emporté avec nous. Dans le buffet placé dans une autre chambre, nous avons trouvé plus de trente pains, dits pains de Rome, et près de cent images; dans une autre chambre , une belle paire de pistolets et plus d'une Uvre de poudre. La mère ayant demandé au fils pourquoi il se laissait prendre ses armes ; que c'était à mon tour de rendre les miennes, et que je serais bientôt désarmé, je me suis borné à dire : Chacun à son tour. J'ai encore trouvé trois fusils. Ne sachant pas si ce sont ces hommes-là qui doivent être armés , je lui ai redonné ses pistolets. Chez la veuve Faivre, nous n'avons rien trouvé, et elle nous a dit de bien chercher, afin qu'on ne la soupçonne plus. »
La municipaUté de Damprichard, dont la généralité était déjà regagnée à la cause catholique^ protesta qu'elle n'avait donné aucune réquisition à la garde nationale pour faire ces visites domiciUaires. Mais le district, que la question de légalité ne préoccupait guère lorsqu'il s'agissait des exploits des vertueux patriotes, n'en transmit pas moins le rapport de Simonnin au département, en ajoutant : « La perquisition a été infructueuse quant au prêtre qu'on cherchait; mais on a trouvé tous les attributs de ses fonctions. La garde nationale n'a pas enlevé les armes, parce qu'elle n'en avait pas reçu l'ordre. Cependant, il nous parait que cette quantité d'armes, chez un émigré rentré, chez un honune qui reçoit
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des prêtres réfractaires, est par trop considérable. Od atteindra difficilement ces prêtres, nous dit-on, si, pour les poursuivre dans les maisons où ils se retirent , il faut attendre les réquisitions des municipalités, puisque souvent la majorité des membres sont leurs partisans. Veuillez nous faire part de ce que nous devons faire, n
Tandis que la commune de Damprichard, naguère si terrible aux catholiques , s'était généreusement rangée sous leur bannière , elle continuait à avoir pour procureur P.-F. Girard , vieux jacobin ignorant , resté comme un instrument aveugle entre les mains des derniers tenants du terrorisme. Le 13 septembre, il écrivit au district: « Etant très âgé et peu lettré, j'ai fait écrire ma réponse à diverse» demandes du district, par le secrétaire greffier. J'ai remarqué que ce dernier n'y avait pas porté les individus qu'une partie de la municipalité tolère sur son territoire ; ce sont les nommés Oudrion, déporté, et le nommé Seignelonge, qui est, je crois, porté sur la liste des émigrés. De plus, Oudrion exerce publiquement ses fonctions à Damprichard , au mépris des lois^ ce que je certifie véritable. » M. Oudrion était l'ancien vicaire en chef de Damprichard; M. Seignelonge, un bénédictin originaire de cette commune.
Cette fois, le vieux jacobin avait trouvé un secrétaire qui, bien différent du premier, avait peut-être dit plus qu'on ne lui demandait. La municipalité témoigna encore en cette circonstance combien elle était éloignée des inspirations haineuses qui avaient dicté cette dénonciation. Allant avec fermeté au devant des reproches qu'elle avait Ueu d'attendre du district, elle commença par le féliciter des mesures qa'il venait de prendre contre les prêtres turbulents, dans l'intérêt de la tranquillité publique. « Ne doutez pas, ajoutait-elle, que nous ne soyons dans les mêmes sentiments que vous. Nous serons les premiers à dénoncer les troubles que pourrait occasionner le ministre du culte que nous avons. Le citoyen Oudrion a été choisi ici pour ministre du culte par le vœu général de toute la commune, par une déUbération signée individuellement. Il est prêtre déporté ; il a fait sa soumission aux lois de la république, en vertu de la
loi du M prairial, et il fonctionne depuis lecourant de thermidor dernier. Nous n'avons pu remarquer dans sa conduite et dans ses sermons, rien que de conforme aux lois de la république, ne nous ayant jamais prêché et enseigné que la paix, Vunion et Tobéissance aux lois, ainsi qu'aux autorités constituées. Depuis qu'il est rentré, nous nous sommes aperçus que l'anarchie, la débauche et les désordres avaient totalement abandonné notre commune. Il était décidé à tout sacrifier pour y maintenir la tranquillité et le bon ordre, et ce n'est pas sans fruit qu'il a travaillé. Si, contre toute attente, il se trouvait dans cette commune ou dans les communes voisines, de ces perturbateurs du repos public qui voulussent vous porter des plaintes sur la conduite dudit Oudrion, nous attendons de votre dévouement à la chose publique, que vous ne prononcerez rien contre lui sans nous en avoir prévenus, parce que, dans toute circonstance, nous sommes faits pour vous dire la vérité, ce que nous avons toujours fait et ferons toujours. Nous ne sommes certainement pas fanatiques ; vous nous connaissez. Nous aimons à avoir un culte, mais un culte libre; il faut donc que nous soyons libres de nous choisir notre ministre, mais un ministre qui soit républicain et qui se conforme aux lois de la république ; et nous avons cru remplir nos vues dans le choix que nous avons fait du citoyen Oudrion. Nous vous le répétons, il nous tiendra sa promesse de se conformer aux lois, ou notre devoir nous obligera de dénoncer les abus de son ministère , ce qui n'arrivera certainement pas, d'après sa conduite jusqu'à ce jour. Nous n'avons encore pris part dans aucun de ces troubles qui déchirent présentement notre mère-patrie et principalement notre district, et nous n'y prendrons jamais part; mais nous demandons justice et une justice sévère, contre ceux qui pourraient nous calomnier et qui voudraient , par des horreurs qu'on devrait oubher éternellement, vexer des républicains honnêtes et reprendre l'empire qui a désolé toute la France. Nous aimons la république , nous aimons les lois de nos législateurs, nous y sommes et nous y serons soumis ; mais nous combattrons avec courage les tyrans qui voudraient nous donner d'autres lois. Au nom
RENTBÉB GÉNÉRALE DBS PRÊTRES DÉPORTÉS. 561
de la république, dont nous sommes membres, au nom de notre chère patrie, continuez, administrateurs chéris, à marcher dans les voies de l'équité et de la justice , et compteznous parmi les dignes républicains que vous administrez. — Nous sommes avec cordialité, le maire et les officiers municipaux de Damprichard. — C.-J. Fallard, maire, Prétot^ J.-F. Farine, Loichot, offic. mun.^ Ch.-Jos. Prétot, J.-Ant Faivre, notables. »
11 faut avouer que ces fanatiques de Damprichard savaient parler un langage que ni la raison ni le patriotisme ne pouvaient désavouer.
A Rosureux, une femme courageuse ouvrit la lutte contre la municipalité et l'administration, et les tint en échec pendant tout Tété. Le 16 juin, Faivre, procureur de cette commune, écrivit au district : « De retour d'un voyage à Montbéliard, j'ai appris que la nommée Jeanne Robert s'était approprié les clefs de l'éghse, déposées chez moi, en disant à mon épouse que c'était pour sonner les Angélus. A mon arrivée, je me suis aussitôt transporté en son domicile, accompagné du maire, et je l'ai requise de vouloir bien me remettre les clefs en question ; à quoi elle a répondu qu'elle devait aussi bien les tenir que moi ; que ce qui était dans l'église lui appartenait, et que ni le maire ni moi nous n'avions rien à y chercher. Vous voyez jusqu'à quel point vient l'insolence des fanatiques, qui croient journellement être les vainqueurs, de concert avec leurs prêtres émigrés et déportés, qui voudraient nous replonger dans la servitude et l'esclavage dont nous sommes heureusement sortis. C'est pourquoi, je vous demande de me décharger de la garantie que la loi m'impose pour ce qui concerne les ornements et les linges d'église, ou du moins de me faire rendre les clefs par un gendarme, que ladite Robert craindra plus que le maire ou moi. J'ai appris aussi que pendant mon absence, des individus de notre commune s'étaient permis de faire une procession dans les champs et les prés, ce qui est contraire aux lois qui défendent les rassemblements. Mon devoir est de vous prévenir, de même, qu'il roule pendant la nuit des prêtres déportés et émigrés. »