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résolutions, il s'est retiré en disant : Je ne veux point me faire massacrer. Nous avons tenu ferme pendant deux heures, en réclamant Tobéissance à la loi, mais sans obtenir d'eux que des réponses de fureur. Tout à coup une grande partie d'entre eux, armés de fusils, nous ont mis enjoué, et ils étaient prêts à faire feu, si nous ne les eussions pas laissés arracher ce prêtre de nos mains, ce qui s*est exécuté avec la plus grande violence. Dans le nombre des séditieux nous avons reconnu Jac.-Jos. Marion, lieutenant de la garde nationale et fils du maire de Charquemont, Désiré Monnin et J.-Jos. Mougin, émigré rentré, du même lieu, P.-Jos. Morel^ de Thiébouhans, et Bouhélier, de la Seigne-Bernard, à Damprichard. Si les révoltés restent impunis, il ne serait plus possible à la gendarmerie, malgré son désir, de faire exécuter la loi relative aux prêtres déportés, qui ne sont malheureusement qu'en trop grand nombre dans ces contrées. » . Le district ne put répondre que par Taveu de son impuissance. Il déclara^ le 48 août, «que l'administration ne pourrait sévir contre les auteurs de cette révolte sans exposer le district à une insurrection, attendu que la majeure partie de la garde nationale se prononcerait en faveur des réfractaires; qu'en conséquence, les pièces, et notamment la réquisition de l'officier municipal Bouhélier, qui s'était montré le pre* mier violateur de la loi, seraient envoyées au département pour qu'il prit les mesures convenables. » Mais que pouvait le département lui-même, lorsque les plus chauds patriotes de la veille, comme le lieutenant Marion, étaient devenus les plus ardents défenseurs de ces prêtres en rupture de ban?
L. Du reste, les administrateurs de ce district, depuis longtemps aux abois, ne cessaient de se lamenter sur l'empire croissant des prêtres et l'insuffisance des forces à leur opposer. Les rapports décadaires du procureur syndic au procureur général ne tarissaient pas sur ce sujet. « Les prêtres déportés et émigrés rentrés sur le territoire, écrivait-il le 19 juillet, confessent, prêchent et disent la messe secrètement. Les habitants des campagnes les protègent au point que les courses des gendarmes deviennent infructueuses. » Il terminait par Taveu suivant, qui prouve que la prospérité
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publique avait suivi le sort delà religion : a Le peuple de ce district est dans la plus triste situation à l'égard des subsistances. [1 ne peut se procurer du grain dans les districts voisins qu^avec du numéraire, qui lui manque totalement. »
Couchery répondit^ le ^1 juillet, à cette lettre et en même temps à celle que l'administrateur Mercier lui avait adressée^ quinze jours auparavant , au sujet des mêmes prêtres : a Je vous observerai que, n'ayant pas à notre disposition des forces suffisantes pour les porter sur les différents points du département où les rassemblements se forment^ je ne peux que recommander aux administrateurs d'employer à propos les secours de la gendarmerie, pour arrêter les prêtres séditieux et d'exercer une surveillance exacte sur les discours que tiennent ceux qui appellent autour d'eux les crédules habitants des campagnes. Tant que le culte sera l'unique objet de ces rassemblements, qu'on n'y entendra rien de contraire aux lois de la république, je crois qu'il y aurait de l'imprudence à vouloir les dissoudre avec des forces insuffisantes ou pour des raisons qui ne seraient pas très graves. Mais, du moment que des provocations au rétablissement de la royauté, à l'avilissement des assignats, au rappel des volontaires, s'y feront avec autant d'efiVonterie que d'audace et y seront écoutées sans murmure, alors il faudra prendre des mesures rigoureuses pour les disperser et pour punir les hommes coupables qui les ont formés. Nous avons souvent consulté les comités de gouvernement sur les déportés et sur les mesures à prendre pour les repousser du territoire de la république. Nous en avons toujours reçu des réponses vagues, et nous nous sommes bornés à approuver toutes les mesures que les districts ont prises pour arrêter les prêtres, et à les seconder quand la gendarmerie a été insuffisante, et quand on a forme des attroupements pour s'opposer à ces arrestations. »
Le 28 juillet, nouvelles plaintes du district : « Un nombre considérable de cultivateurs émigrés, rentrés sous le bénéfice de la loi, se sont réunis aux crédules créatures des prêtres émigrés et déportés. Us font une majorité de près des trois quarts des habitants de notre ressort, lesquels négligent les
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travaux ruraux^ poursuivre les prêtres daus les hameaux isolés et même au loin. La plupart des municipalités sont gagnées en leur faveur, et il arrive que les véritables émigrés sont soustraits à la gendarmerie, soit par la ruse, soit par la force. La réorganisation de la garde nationale a produit qae, dans plusieurs cantons, les émigrés rentrés remplissent les places d'officiers ; que Ton y a mis des royalistes qui refusent de faire le serment prescrit par la loi du 28 prairial (haine à la royauté). De manière que les corps administratifs se trouvent isolés et sans force. L'insouciance des municipalités fait que la plupart des lois restent sans exécution. — Châtelain. »
Le 2 août, Châtelain adressa au Comité de sûreté générale une nouvelle édition de ces plaintes, en les envenimant par ces accusations calomnieuses : n Les prêtres se persuadent que le gouvernement s'est relâché de sa sévérité en leur faveur, et ils profitent du moment pour aigrir les esprits, exciter au rappel des volontaires, couvrir d'opprobres les acquéreurs de biens nationaux et provoquer à l'assassinat des patriotes. De toutes parts ils forment des attroupements, disent la messe dans les granges, pour ne pas faire leur soumission aux lois; et quand les attroupements sont nocturnes, ils sont couverts en avant par des vedettes armées. Nous nous empressons de vous faire part de notre position, afin que vous preniez au plus tôt des mesures efficaces pour étouffer dans sa naissance le monstre de la guerre civile, dont leurs rugissements n'annoncent que trop son approche. »
Le i7 août, les plaintes du district deviennent encore plus vives : « La majorité du peuple dans ce district, dit-il, protège à force ouverte et à main armée les mouvements des prêtres déportés. Il n'est plus possible de faire exécuter la loi sans le secours d'une force militaire. Néanmoins les communes deDamprichard, Trévillers et Fesse villers ont obligé à sortir les prêtres qu'elles avaient accueillis. Mais l'obéissance de ces communes n'a point encore été imitée par les autres.... Les mouvements séditieux ont pour instigateurs les émigrés rentrés à la faveur de la loi, qui sont les émissaires des prêtres déportés et émigrés. Ils jettent l'alarme dans les consciences pour dégoûter le peuple du gou-
Ternement républicain, et lui faire envisager six années de sacrifices et de soufirances comme un châtiment que Dieu inflige aux hommes^ et qu'il faut expier en rétablissant ce que la Révolution a renversé. — Châtelain. »
Le surlendemain, Châtelain écrit encore au département : « Notre situation est telle, que la loi ne peut plus être exécutée ici sans le secours d'une force répressive. Il convient d'envoyer en dépôt un détachement de chasseurs à cheval formant deux compagnies; cette force nous parait suffisante. » Le sage Kilg lui répond, deux jours après : (c J'ai consulté le général sur la possibilité de vous envoyer des troupes à cheval. Il n'y en a point de disponible dans la garnison. Vous pouvez avoir cinquante hommes d'infanterie du bataillon de Barbézieux. Voyez si cela peut vous suffire et le lieu où vous jugerez convenable de les fixer. Us seront à votre disposition et partiront aussitôt que vous m'aurez fait parvenir votre réponse. Blamont serait plus commode pour fournir à leur subsistance ; Maiche serait peut->ètre plus au centre des besoins. Soyez prudents à l'égard des prêtres. Que ceux qui pourraient seprocurer des certificats de résidence et qui prendront acte de leur soumission aux lois, soient tranquilles et libres d'exercer leur ministère, pourvu qu'ils ne se permettent rien contre le gouvernement. »
Le 28 août. Châtelain écrivit que les cinquante soldats de Barbézieux étaient arrivés à Hippolyte, et qu'on les gardait au chef-lieu, le dangeraugmentant de jour en jour, à raison des grandes missions que les prêtres donnaient de divers côtés, et des multitudes qui s'y rendaient. Le district envoya en même temps deux faux certificats de résidence, délivrés l'un par la municipalité du Bizot à M. Ign.-F. Guerrand, ex-vicaire à Glère, et l'autre par la municipalité de Remondans, à M. J.-Donat Morel, de Frambouhans, tous deux bien connus comme déportés. Le district annonçait qu'il avait refusé de viser ces certificats, à raison du faux dont ils étaient visiblement entachés, et il demandait au département de prendre à cet égard les mesures qu'il jugerait convenables.
Le 2 septembre, le district, quoique renforcé par les soldats de Barbézieux, ne faisait qu'éprouver des transes encore
plus fortes. II écrivit au département : « Noos yenons de nouveau émouvoir votre sollicitude et vous faire part de notre détresse, sur la position alarmante de notre district, n nous vient des avis secrets de la fermentation de Tesprit public, de son mépris pour les lois, du peu d'énergie et souvent de la complicité de la part des officiers municipaux, qui ne font nulle démarche pour leur exécution, de la résistance même de la plupart de ces derniers contre les arrêtés du départementy etc. Nous avons des preuves matérielles que Tétat civil des citoyens n'est plus constaté par-devant les officiers publics. Des informations de juges de paix nous annoncent qu'il circule des livres odieux qui traitent de la manière d'opérer la contre-révolution sans grande effusion de sang. Nous n'osons faire usage des forces qui sont à notre disposition pour dissiper les attroupements, éloigner ou saisir les prêtres qui les occasionnent; nous sommes certains que l'action de la force armée, ne pouvant s'exercer que dans une portion de notre ressort, ne ferait qu'enflammer le surplus, qui est animé du même esprit. C'est assez vous en dire pour vous déterminer à prendre les moyens d'écarter les dangers dont nous sommes menacés. — Châtelain, Mercier. » Ces dangers, comme on va le voir, étaient très sérieux.
SBPTKKBRI 1795.
I. Le mois de septembre i795 fut signalé par ua soulèvement religieux beaucoup plus considérable que celui qui avait éclaté, deux ans auparavant, à la même époque, soua le nom de Petite- Vendée^ et s'il ne devint pas aussi sanglant que le premier, il faut en rapporter tout Thonneur à un mi-^ nistre protestant dont le nom ne saurait être trop bonoré par les catholiques^ qui trouvèrent toujours en lui le plus dévoué protecteur. Voici quelle fut l'occasion de cette se^ conde prise d'armes, qui mit en mouvement peut-être plua de quinze mille hommes.
Comme les prêtres déportés n'étaient pas rentrés d'abord en assez grand nombre pour rétablir le culte dans toutes lea paroisses, et comme ils auraient trouvé, d'ailleurs, dans l'hostilité des municipaux terroristes de beaucoup de communes un obstacle insurmontable^ les prêtres les plus jeunes, les plus actifsetles plus vigoureux se vouèrent aune sorte derainistère ambulatoire, qui avait de grandes analogies avec l'apostolat des anciens missionnaires diocésains de Beaupré. L'aJbandoa spirituel dans lequel la plupart des âmes avaient été laissées pendant tant d'années, les dangers et les tentations de toute sorte auxquelles elles avaient été exposées pendant ce long débordement d'impiété, de cruauté et de luxure, le retour il'un grand nombre d'esprits fourvoyés , tombés dans le schisme, entradnés même dans l'irréligion, et qu'on voyait maintenant empressés aux genoux de ceux dont ils avaient été naguère les persécuteurs, toutes les circonstances en ua mot semblaient réclamer une sorte de rénovation générale^
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qui ne pouvait mieux s'accomplir qa'aa milieu des exerdees à la fois instructifs, édifiants et solennels d*nne mission. Les communes dont les autorités municipales étaient le pins favorables furent naturellement choisies pour le siège de ces grandes assises religieuses, et de ce nombre fut celle de Mathay. Là, c'était chez l'agent national lui-même que les prêtres avaient leur domicile; et dans la plainte adressée au district, le 23 août, par les constitutionnels de ce village, on lisait : a J.-Cl. Messagier, procureur de la commune, donne asile à un homme se disant prêtre et connu sons le nom de Petitclande. Gomme ce prêtre célébrait la messe le 21 thermidor, dans la grange appartenant en commun au susdit procureur et à GI.-F. Messagier, celui-ci s'étant opposé an rassemblement illégal qui se bisait dans cette grange, i l'instant un individu, fendant la presse, lui porta un coup de poing. Dans la morale qu'il fit après cette messe, à laquelle assistaient le plus grand nombre des officiers municipaux, ledit Petitclande a tenu les propos suivants : que les prêtres constitutionnels n'avaient point de pouvoirs ; qu'ils étaient des intrus et des schismatiques; qu'il ne fallait pas les fréquenter; que c'était TAssemblée nationale qui leur avait donné leurs pouvoirs, et que leurs supérieurs étaient des juifs, des luthériens, des ânes à Baptiste. Ce discours trouble Tordre sociaWe. Le 4 fructidor courant (^i août), ce Petitclande et le procureur de la commune, qui l'accompagne toujours, ayant fait rencontre du citoyen Cl.-F. Messagier, lui ont dit : « Ton curé de Mathay a autant de pouvoirs n qu'un chien. » Ceux qui ne veulent pas reconnaître les prêtres constitutionnels se proposent de faire, le 8 de ce mois, des rassemblements où doivent se trouver six prêtres réfractaires. »
Les réunions annoncées eurent lieu en effet, et le district ne tarda pas à en être informé. Le 28 août, un de ses membres exposa <( qu'il existait à Mathay, depuis plusieurs jours, un rassemblement considérable, occasionné par la présence de plusieurs prêtres qui exerçaient le culte d'une manière ostensible et pubUque, dans la grange de F.-L. Gauffroy, officier municipal ; que ces rassemblements donnaient lieu à
des excès de plusieurs genres^ qui compromettaient la sûreté publique, celle des particuliers et celle des propriétés ; et enfin que J.-B. Curtil, officier municipal, et J.-Gl. Messagier, procureur de la commune, se rendaient complices de ces excès, en favorisant ces rassemblements. » Le district décida, en conséquence, que les trois municipaux dénoncés seraient mandés à comparaître pour rendre compte de leur conduite.
Ils se présentèrent le lendemain et répondirent que les prêtres qui évangélisaient à Mathay étaient MM. Donzé, Ligerot, de Dambelin, Morel, ci -de vaut vicaire de cette paroisse, et le curé de Mandeure ; qu'ils croyaient que ces prêtres avaient le droit d'exercer leur ministère; qu'à la vérité, avant de les admettre à l'exercer, ils ne s'étaient pas assurés si les formalités exigées par la loi du 11 prairial avaient été remplies, sauf que Ligerot leur avait fait voir un certificat de résidence. Interrogés sur la nature des exercices qui avaient lieu, ils ajoutèrent que depuis cinq jours on faisait, dans la grange de Gauffroy, un prône et un catéchisme par jour; que ces instructions avaient eu pour objet la confession et le neuvième article du symbole ; que le soir, on faisait la prière telle qu'elle était dans le catéchisme ; qu'ils n'avaient rien remarqué, dans tous ces exercices, qui fût contraire au gouvernement républicain ; qu'ils avaient préféré une grange à l'église, pour leurs cérémonies., parce que les prêtres ne voulaient pas célébrer dans le même lieu que le curé constitutionnel de Mathay ; que ces offices étaient publics et toujours annoncés au son de la cloche, comme ceux des constitutionnels; qu'il venait à ces offices beaucoup d'habitants des communes voisines, mais sans que la tranquillité pu* blique en fût aucunement troublée.
Les trois municipaux de Mathay ayant promis expressément de suivre à l'avenir toutes les prescriptions des lois, le district les renvoya à leur poste, en les chargeant de lui rendre compte de l'exécution de ces lois, et il décida que le juge de paix serait invité à punir les contrevenants. Cette mission de Mathay eut un tel retentissement, que le procureur général de la Haute -Saône crut devoir envoyer, le 8
septembre, à son collègue du Doubs, une lettre du procurem syndic de Monibéliard annonçant a que dix à douze prêtres déportés faisaient à Mathay une mission où accouraient en procession toutes les communes environnantes. »
II. Cette mission finie, on en commença aussitôt une autre à Dampierre-sur-Ie-Doubs, dans le même canton. Cellenâ venait aussi de se terminer par une cérémonie solennelle, lorsque les missionnaires, en se rendant vers le troisième champ spirituel offert à leur activité, tombèrent dans une embuscade. Le soir du 9 septembre, le procureur syndie de Saint-Hippolyte reçut du citoyen Joly, de Pont-de-Roide, le billet suivant : « 5 heures du soir. — Mon cher Châtelain, le fils du maire d*Ëcot arrive tout en nage nous prévenir que la garde nationale de ce lieu a arrêté quatre prêtres déportés, qui sont en ce moment au corps de garde d'Ëcot et gardés par les patriotes. Comme ils craignent que les fana* tiques ne les leur reprennent de force, ils sont venus au galop nous demander main-forte. Je te préviens que nous partons avec la garde nationale pour les aider et conduirai ces prêtre à l'administration, morts ou vifs. Nous espérons queTadmi* nistration se prêtera aux circonstances, si nous manquons à quelques formes pour les réquisitions. Cela presse. Salut. »
Le district, réuni aussitôt, accueillit cette nouvelle avec plus d'inquiétude que de satisfaction. Il déclara u que cette -circonstance pouvait être l'étincelle qui allait faire éclater une insurrection déjà préparée dans tous les esprits; qu'avec les cinquante soldats de Barbézieux qu'il avait pour unique force armée, il serait imprudent d'amener ces prêtres dans la maison d'arrêt du district , qui n'offrait aucune sûreté ; qu'en conséquence, trente volontaires de Barbézieux, commandés par leur capitaine, et six gendarmes, sous les ordres du lieutenant, se rendraient à Pont-de-Roide pour les cinq heures du matin, et se réuniraient à la garde nationale de •ce chef-lieu de canton, pour escorter les prêtres arrêtés, jusqu'au fort de Blamont, où ils resteraient détenus en attendant de nouveaux ordres. »
Mais, dans la même soirée, vers dix heures et demie, Bonnot, chef de bataillon de la garde nationale du canton
de Pont-de-Roide, et quinze hommes de ce bataillon, se présentèrent au district, lui amenant les quatre prêtres saisis à Ecot. Bonnot annonça qu'ils avaient été forcés de poursuivre leur route pendant la nuit, pour éviter un attroupement qui se disposait à leur enlever les prêtres de force^ et qu'ils avaient déjà essuyé une agression violente, à l'instant de leur sortie d'Ecot, ce qui l'avait obligé à mettre deux cents hommes sur pied, à l'entrée de Pont-de-Roide, pour intercepter les communications. 11 ajouta qu'il craignait un rassemblement très considérable qui %e porterait certainement sur le chef-lieu du district, pour enlever les prêtres.
Ce rapport ne fit qu'augmenter les alarmes du district. Il déclara de nouveau « qu'il serait dangereux de garder dans la maison d'arrêt les quatre prévenus, attendu que déjà les opinions religieuses suscitaient journellement des voies de fait dans les communes environnantes, aussi bien que dans les autres ; que la ville, étant située dans une gorge étroite et profonde, partout dominée de montagnes et de rochers, se trouvait exposée à être envahie à l'improviste de tous les côtés à la fois, sans possibilité de se défendre ; que les forces dont l'administration disposait n'étant pas suffisantes pour transférer les quatre prisonniers jusqu'à Besançon, ils seraient définitivement conduits au fort de Blamont, et que, comme il était prudent de les escorter d'une force imposante, un détachement de l'artillerie du fort de Blamont serait requis de se trouver à Saint-Hippolyte, le lendemain matin, à huit heures , avec une pièce de 4 et les munitions néces* saires. »
111. Le district procéda sur-le-champ à l'interrogatoire des quatre prisonniers. Le premier déclara se nommer J.-Donat Morel, de Frambouhans, âgé de trente-sept ans, prêtre et ci-devant vicaire à Dambelin. 11 ajouta qu'il n'était pas sorti du territoire de la république ; qu'il n'avait point de passeport; qu'il n'avait point fait sa soumision aux lois et ne se disposait à la faire qu'avec restriction, il avoua qu'il avait pris part à une mission faite à Mathay, cinq ou six jours auparavant^ et à celle qui venait de se terminer à Dampierre; qu'il avait assisté, la veille, à la procession qui avait eu heu
bors de ce village et où Ton avait compté cinq ou six bannières; mais il nia que cette procession eût été faite en l'honneur du roi et de la Sainte Vierge, et qu'il eût dit, comme on l'en accusait, qu'il fallait un maître pour gouverner la France.
Le second prisonnier déclara se nommer J.-F.-Alexis Humbert, de Longevelle, âgé de trente-sept ans, prêtre déporté et ci-devant vicaire à Chambornay-lez-Pin. Il avoua qu'il n'avait point de passe-port, qu'il n'avait fait aocun acte de soumission aux lois, et qu'on ne lui en avait point demandé ; qu'il avait assisté, la veille, avec le curé de Mandeure et quatre autres prêtres^ à la mission et à la procession de Dampierre, et qu'en sortant de cette commune il retournait à Lucelans, où il travaillait d'ordinaire. Interrogé sur la manière dont lui et ses compagnons avaient été arrêtés, il répondit : « En sortant de Dampierre, à une demi-heure d'Ecot, nous fîmes rencontre d'un homme que nous croyons être le commandant de la garde nationale de cette commune, n força le pas, arriva avaut nous à Ecot^ et pendant que nous buvions un coup dans une maison voisine de la cure, il entra accompagné de plusieurs gardes nationaux et d'un officier municipal revêtu de son écharpe, et ils nous demandèrent qui nous étions. Nous leur répondîmes que nous étions prêtres et qu'ils nous connaissaient bien, et à l'instant ils nous sommèrent de les suivre au corps de garde. »
Le troisième prisonnier déclara se nommer P. -Clément Flottât, âgé de trente-cinq ans, prêtre et ci-devant vicaire à Saint-Maurice-sur-le-Doubs. Il ajouta qu'il n'avait point pris de passe-port de déportation et n'était pas sorti de la république, à preuve de quoi il présentait un certificat de résidence en bonne forme, légalisé par le district de Montbéliard, le 28 thermidor dernier, et en vertu duquel il espérait obtenir sa radiation de la liste des émigrés ; que les habitants de Dampierre lui ayant demandé les secours de son ministère , il avait fait acte de soumission aux lois de la république sous certaines réserves, par-devant la municipalité de Dampierre, le \i fructidor courant (28 août), et enfin qu'il avait pris part à la mission et à la procession.
Le dernier prisonnier déclara se nommer J.-Ign. Monnin, âgé de quarante-trois ans, ci-devant curé d'Anteuil, avoir pris un passe-port de déportation au Barboux, être rentré en France parce que le peuple redemandait ses prêtres, et enfin avoir assisté à la mission de Dampierre, sans avoir fait un acte de soumission qui ne lui avait pas été demandé.
Après ces interrogatoires, le district écrivit au département pour lui annoncer l'arrestation des quatre prêtres, et les mesures qu'il venait de prendre à leur sujet. Il crut devoir justifier cette arrestation intempestive, en disant, contrairement à la vérité, que ces prêtres avaient tenu à Ecot des propos séditieux et menaçants qui avaient déterminé les gardes nationaux de cette commune à les saisir. 11 termina en demandant l'envoi de toutes les troupes disponibles, afiji de les opposer aux rassemblements qui pourraient tenter de délivrer les prisonniers et commettre des excès à cette occasion.
lY. Le matin du 10 septembre, tout était prêt pour la translation des prêtres à Blamont; mais, de leur côté, les catholiques n'avaient point perdu de temps; l'alarme avait été répandue au loin à la ronde, et de toutes parts les hommes, les femmes même, armés de tout ce qui leur était tombé sous la main, se mettaient en marche pour aller délivreras prêtres. La municipalité de Vellerot écrivait, ce jour-là, au district de Baume : « La nuit dernière, presque tous les hommes de Vyt-lez-Belvoir et ceux de Rahon sont partis pour aller au secours des prêtres qu'on a arrêtés du côté de Dambelin. De plus, il a passé, dans la journée, sur notre territoire, environ deux cents hommes, en partie armés, qui font la même route, pour aller de l'autre côté du Loraont joindre les premiers. — F. Gallezot, maire; A. Gallezot, procureur; Louvet, oflScier municipal. i> On a vu plus haut qu'il était parti d'Anteuil et de Clerval des bandes de catholiques armés pour la même destination. Le district de Baume décida que le détachement de vingt-huit chasseurs à cheval, cantonné à Baume, se rendrait immédiatement à Clerval, sous les ordres d'Amiot, lieutenant de gendarmerie , pour s'informer des lieux de rassemblement et s'y transporter en toute hâte , muni de
450 cartouches. Le district de Baume manda aussi au département d'envoyer sur-le-champ de la troupe et surtout un bon chef.
Au même moment, M. Emonin l'alné, président du district de Saint-Hippolyte, alors en villégiature à Belleberbe^ écrivait au procureur syndic Rochet : « Je viens, cher collègue, d'entendre dire que, sur l'avis d'une arrestation de quatre prêtres, nos gens de la montagne se portent en foule à Hippolyte. J'en ai un chagrin extrême. Je suis persuadé que si l'administration ou une autre autorité a fait arrêter des prêtres, ce ne sera que ceux qui auront prêché contre les lois ou cherché à exciter le trouble d'une autre manière. Vous avez la confiance des braves gens de nos montagnes, faites-en un prompt usage pour les convaincre du tort qu'ils auraient en soutenant le parti des prêtres qui cherchent i exciter ces troubles ; que ce serait le moyen de n'être point écoutés dans leur demande en faveur des prêtres amis de la paix et du bon ordre. Assurez-les que si les prêtres arrêtés ont été faussement accusés, ils ne doivent nullement être en peine. Ils obtiendront bonne justice; faites-leur connaître que l'article 354 de la nouvelle constitution portant que nul ne pourra être troublé dans l'exercice de son culte, chacun pourra avoir des ministres de son choix, pourvu qu'ils aient pour principe le respect dû aux lois, sans lequel la paix et le bon ordre ne peuvent exister. Je fais la même prière à tous nos collègues, en les assurant de mon sincère attachement. De grâce , donnez-moi par le porteur les plus grands détails sur cet événement affligeant. »
Le district était si pressé d'éloigner ses prisonniers qu'il les fit partir à six heures du matin. L'escorte fut composée de deux brigades de gendarmerie sous les ordres des lieutenants Couley et Hippol. Prélot; de trente volontaires de Barbézieux, commandés par leur capitaine, J. Jouannet; et de vingt gardes nationaux de Saint-Hippolyte, commandés par Jos.-Hippol. Barberot, chef de bataillon.
A dix heures du matin, deux gendarmes, qui faisaient partie de ce convoi, se présentèrent au district. L'un deux, Georges Jacquemin^ déclara que l'escorte avait été assailUe de coups
de fusils tout le long du chemin, par une troupe d'hommes armés qui se tenait du côté du Doubs opposé à la route; que c'était le parti adverse qui avait fait feu le premier; qu'il avait été blessé lui-même au côté gauche par une balle, ce qui l'avait forcé à revenir, et qu'en revenant, il avait entendu une fusillade continuelle. J.-Cl. Yacheresse, autre gendarme de Saint-Hippolyte, également contraint de revenir parce qu'il avait reçu une balle dans la cuisse droite, déclara qu'après avoir été blessé, ne pouvant aller plus loin, il s'était assis derrière un buisson; qu'il y avait été assailli par trois fanatiques qui venaient de traverser le Doubs, et qu'il serait devenu infailliblement leur victime, s'il ne s'était armé de son sabre et n'avait abattu le bras à l'un d'eux ; ce qui avait fait fuir les autres.
Les nouvelles du même genre se succédant d'heure en heure, le district envoya au département une estafette avec la lettre suivante : a Nos craintes se vériBent. Les rapports que Ton nous fait à chaque instant signalent des rassemblements considérables aux environs de Pont-deRoide. Le détachement qui accompagne les prisonniers à Blamont, a éprouvé de la résistance en chemin ; on a fait feu de part et d'autre, et il est arrivé deux gendarmes qui sont blessés. Nous ne pouvons vous dissimuler les faits fâcheux qui peuvent en résulter^ si nous restons dépourvus de forces. Nous demandons donc instamment que vous fassiez partir la troupe que vous pouvez avoir à votre disposition, pour maintenir la tranquillité ici et particulièrement dans la commune d'Ëcot, qui paraît fort menacée par les séditieux. Vous verrez par notre arrêté que cette arrestation n'a pas été provoquée par nous, et qu'elle s'est faite sans que nous ayons été prévenus. Nous sommes entièrement dépourvus de munitions, et nous apprenons que les séditieux s'en sont procuré de longue main. » Cette lettre, comme on le verra plus loin, ne devait pas arriver à sa destination.
A midi, le district prit la délibération suivante : « L'administration recevant à chaque instant des avis qui annoncent des rassemblements considérables et sans cesse croissants , et considérant que la chose pubUque court en ce
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moment le plus grand danger, arrête que tons les corps constitués (le cette ville sont invités à se réunir à elle sur-le-champ, pour prendre de concert toutes les mesures de sûreté que peut indiquer la prudence. »
A une heure, le procureur syndic Rochet remit à l'envoyé du président Emonin cette réponse : « Combien votre présence et celle du citoyen Yoisard nous seraient utiles dans ces moments où la partie basse du district se montre en contre-révolution; elle résiste à la force armée et même an canon. Plusieurs blessés et peut-être beaucoup de tués; la correspondance interceptée entre les agresseurs et les défenseurs ; la force armée forcée de se déployer coutre ses propres frères pour défeodre son existence. Je prends tout sur ma tête, si Tadministrationest en tort. Les ordres et l'arrestation ne sont point ses œuvres, mais l'œuvre de deux partis. Déjà des courriers vont de toutes parts pour requérir la force armée. Rendez-vous à votre poste pour vous instruire de ce que je ne puis vous écrire. Toutes les autorités sont requises par nous de nous assister de leurs lumières. Nos comptes décadaires justifient des réclamations que nous avons faites au département au sujet de l'esprit public prêt à éclater. Le moment fatal est arrivé. Votre présence devient nécessaire, et au lieu de m'écrire, vous auriez dû vous rendre ici. — Rochet. »
En même temps l'administration s'occupait activement de réunir des forces. La municipalité de Saint- Hippoly te fut requise de mettre incontinent toute sa garde nationale sous les armes, et de la maintenir sur pied jusqu'à nouvel ordre. Le commandant des volontaires de Barbézieux, cantonnés à la Grand'Combe-des-Bois et au Russey, reçut l'ordre d'amener de suite tout son détachement. La dépêche suivante fut expédiée au commandant de la garde nationale du canton d'indevillers : « Au nom de la loi, tu es roquis de rassembler ton bataillon, de le faire munir de vivres pour deux jours, et de le conduire au chef-lieu du district, pour porter secours aux opprimés par des révoltés. Il n'y a point de temps à perdre. Il y a déjà des blessés et peut-être des morts. Ton patriotisme et le bien public ne nous laissent rien à désirer sur la célérité à y apporter. — Mercier. » Au même mo-
ment, le citoyen Méquillet, chef de bataillon de la garde nationale à Montécheroux, recevait ces instructions : a Vous êtes invité et requis au besoin de tenir prêts les bons citoyens de la garde nationale de Montécheroux, de commander quelques patrouilles sur la côte, et, si vous remarquez quelques rassemblements, de tâcher de lesdissoudre en y mettant toute votre prudence. On annonce de nombreux rassemblements qui menacent de se porter à Saint -Hippolyte. En ce cas, nous comptons sur le secours des bons citoyens. » Des ordres analogues furent expédiés au commandant de la garde nationale de Blamont.
Le tribunal et la municipalité de Saint-Hippolyte répondirent avec empressement à Tappel du district, et les juges Belin, Briot (de Belleherbe), Boillon et Ligier, les municipaux J.-P. Sonnet, F. Colard et Darceot, se trouvèrent bientôt réunis avec le directoire, réduit en ce moment à Mercier, Rochet, Châtelain et Emonin, secrétaire. Les administrateurs exposèrent les événements qui venaient d'avoir lieu et les mesures qu'ils avaient prises pour y parer. Ces mesures furent jugées suffisantes pour le moment ; les autorités réunies décidèrent seulement qu'il importait d'avoir des nouvelles du convoi et de son arrivée à Blamont, et que deux estafettes partiraient sur-le-champ pour en rapporter. Le tribunal et la municipalité se retirèrent ensuite, en offrant de se rassembler de nouveau si les circonstances l'exigeaient.
La troupe rentra le soir à Saint-Hippolyte, après avoir accompli sa mission, mais non sans beaucoup de diflkultés, comme le constate ce rapport des quatre officiers qui la commandaient : « A sept heures, comme nous suivions la route qui conduit de Saint-Hippolyte à Pont-de-Roide, les deux gendarmes qui éclairaient notre marche aperçurent près du village de Bief, à une lieue de Saint-Hippolyte, un attroupement nombreux d'hommes armés de fusils et de carabines, retranchés sur la rive gauche du Doubs, pour nous arrêter à notre passage. A l'instant^ cet attroupement a commencé de faire sur nous un feu de file soutenu avec opiniâtreté et acharnement, en nous criant : Les voilà, ces scélérats! lâchez nos prêtres, ou sans quoi vous n'irez pas loin I Voyant leur