‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 10 sur 60 · LETTBB DE H. LE COMTE DE HONTALBMBBRT. XVII · texte numérisé non relu

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aussi délicate que dangereuse. Ils ayaient, en apparence du moins^ tout à gagner en cédant aux sollicitations ou aux menaces dont ils étaient l'objet. La constitution civile du clergé semblait au premier abord n* avoir pour but que de relever le clergé du second ordre aux dépens du premier. Sanctionnée par un roi pieux et vertueux, elle n'avait pas encore été condamnée par le saiut-siége à Vépoque tixée pour la prestation du serment. Ils n'en furent pas moins dominés par l'instinct du droit et de la vérité. Us renoncèrent à la fois aux douceurs de la popularité et de la propriété, aux presbytères où ils avaient vécu si. longtemps et aux églises où ils avaient si longtemps réuni autour d'eux des populations dociles et dévouées. Ils rentrèrent dans le néant et la pauvreté, en attendant qu'ils prissent le cbemin de l'exil ou de Téchafaud.

Est-ce trop de dire que cette résistance si unanime, que cette victoire si héroïque, fut un vrai miracle? Et ici je ne peux mieux faire que de vous emprunter à vous-même une page aussi éloquente que véridique :

a Aussi sent-on fortement la main de Dieu à chaque pas dans les longues et douloureuses épreuves qui vont suivre, et on la bénit avec attendrissement quand on voit tout à coup les diverses fractions de la société chrétienne, les unes si aigries, les autres si languissantes, Tépiscopat, le clergé de second ordre, les simples fidèles, se redresser au premier appel de la persécution, se rapprocher, se dépouiller de leurs préjugés, de leurs intérêts, de leurs antipathies, et se serrer courageusement autour de la croix pour la sauver. Non, rien ne surpasse la grandeur de ce spectacle, parmi ceux qu'il a été donné au monde de contempler; et quand on pense qu'il a eu lieu presque de nos jours, sur le sol même que nous foulons ; qu'il a eu pour acteurs des hommes que nous avons connus, dont la main paternelle a béni notre enfance ou

neuf religieux seulement , sur deux cent soixante-six , restèrent fidèles à leurs vœux, c'est-à-dire moins d'un tiers. En revanche, presque toutes le« religieuses (trois cent cinquante-huit sur trois cent soixante-dix-sept) refusèrent de sortir de leur cloître jusqu'à ce qu'elles en fussent expuleées par la violence. Les nobles chanoinesses de Baume et de Migette, dont la vie semblait plus mondaine que monastique, n'en donnèrent pas moin9 l'exemple de la persévérance , et l'on est encore plus touché 4'apprendre que les sœurs converses de tous les couvents, sans exception, suivirent le parti du devoir.

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guidé notre jeunesse, et que c'est à leur résistance héroïque que nous devons la conservation de notre foi et de notre liberté religieuse , il semble que leur histoire est pour nous plus quUine histoire ordinaire, plus qu'un objet de curiosité sympathique ; que c'est une partie, de notre patrimoine, et que nous serions aussi ingrats qu'imprévoyants de laisser le temps en effacer les derniers vestiges, d

Oui, c'est notre patrimoine, et dans ce patrimoine il n'y a rien de plus précieux que les exemples et les enseignements qu'il nous offre pour les épreuves de l'avenir. Quel sera cet avenir? Je ne suis pas pessimiste, je ne prophétise pas comme quelques-uns, avec cette certitude satisfaite qu'inspire une logique absolue, des persécutions et des catastrophes plus terribles que toutes celles du passé. Je n'ai aucun besoin de prédire ou d'appeler la fin du monde pour me consoler de la défaite de mes principes et de mes préférences. C'est à peine si je me permets quelques conjectures, et ces conjectures sont de nature diverse. Car s'il y a tout à craindre de cet avenir inconjiu, il y a aussi beaucoup à en espérer. La religion est certainement plus forte en Europe et surtout en Amérique aujourd'hui qu'elle ne Tétait il y a cent ans. Elle a tout gagné à cette révolution qui devait et voulait l'abolir. Quelle différence entre le respect qu'elle inspire aujourd'hui, même à ceux qui la redoutent ou la repoussent le plus, et le mépris où elle était tombée du temps de Frédéric II et de Voltaire ! Tous les esprits élevés ou indépendants lui sont plus ou moins gagnés. L'élite du genre humain lui est revenue. Mais en revanche la haine qu'elle inspire est plus universellement répandue; cette haine illumine de ses sombres clartés des régions plus basses, mais infiniment plus vastes que celles où s'est tramée contre l'Eglise la grande conspiration du xviii' siècle. Or, nous savons par expérience que, à la différence de ce qu'on a vu en 1789, de grandes révolutions peuvent s'opérer et de formidables pouvoirs se constituer, sans que les grands talents ou les grandes renommées y soient pour quoi que ce soit.

Quand on lit les journaux autorisés, et les seuls autorisés jusqu'en 1866 par la police impériale, on éprouve une légitime frayeur à la pensée du fanatisme impie soufllé par ces journaux aux masses qui en font leur pâture quotidienne. D'un autre côté, quand on apprend par les délibérations du Sénat que les coryphées de l'incrédulité contemporaine sont les amis du prince, et que celui qui s'est fait de nos jours, comme Voltaire, l'ennemi personnel de Jésus-Christ, peut se vanter d'être estimé par Fem-

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