LETTBB DB M. LE COMTE DE MONTALBMBBRT. XIX
pereur (i) ; quand oa apprend par M. Edgar Quinet^ Vun des apôtres les plus libéraux de la démocratie moderne, que la vraie, la grande faute de la Révolution a été de u* avoir pas suffisamment proscrit et anéanti T Eglise en extirpant deux ou trois générations de catholiques, on est bien forcé de se demander si nous n* allons pas au devant de nouvelles épreuves où l'explosion des fureurs révolutionnaires aura pour complices ime centralisation autoritaire et un affaissement moral ressuscites des temps de Fempire romain.
Il faut donc, comme le disait le comte de Maistre, être prêt à tout et n'être sûr de rien. Les populations même religieuses seront-elles aussi courageusement fidèles que celles dont vous avez retrouvé et révélé les exploits (2) ? Dieu le veuille ; mais nul n'oserait en répondre. Quant au clergé actuel, nourri de toutes les vertus apostoliques et pastorales, il saura, j'en suis convaincu, tenir tête à l'orage, mais il ne pourra faire ni plus ni mieux que ses pères trop oubliés ; et, en attendant cet orage, il ne saurait mieux faire que de rechercher et de méditer leurs exemples.
Vous aurez, Monsieur, facilité et encouragé cette belle étude par votre excellent livre ; vous aurez montré aux chrétiens de nos jours ce chemin semé de tant d'épines et de tant de gloire où ont marché leurs aïeux et où force leur sera peut-être de s'engager à leur tour.
Poursuivez donc votre œuvre si difficile, mais si méritoire» Défiez-vous seulement des longueiu^, des détails trop minutieux^ des citations trop abondantes. Croyez-en l'expérience d'un vieux marin, qui a souvent échoué sur l'écueil qu'il vous signale. Il arrive quelquefois à l'historien de trop s'attacher à son œuvre, à des incidents insignifiants, à ces héros obscurs et d'autant plus aimés qu'on les a soi-même découverts. On prête au lecteur l'attention et l'intérêt que l'on a soi-même éprouvés. Ou se trompe et on se prépare ainsi des mécomptes fâcheux.
Uais surtout ne vous laissez ni décourager par l'indifférence de vos alentours, ni détourner de votre voie par des critiques puériles et superficielles. Je ne verrai pas la fin de votre œuvre : c'est pourquoi je vous tends dès à présent une main affaiblie
(1) Discours de H. Sainte-Beuve. Moniteur du 26 juin 1867.
(B) Signalons sur ce point un opuscule précieux, intitulé : Le Faubourg Montbemage, de Poitiers, au point de vue religieux pendant la Révolution française^ par Th. de Coubsac. Poitiers, Oudin ; 1859.
LSTTRB DB M. LB GOMTB DE MOKTÂLEMBBRT.
par rage et la souffirance, mais encore assez forte pour serrer cordialement la main YaUlante qui a entrepris de venger la vérité en la racontant, et de vouer à la réprobation d*une équitable postérité les crimes des révolutionnaires, sans attaquer indistinctement tout ce que la Révolution a fait ou voulu, sans méconnaître aucune de ses aspirations légitimes, aucune des conquêtes ou des progrès que lui doivent incontestablement TEglise comme la France.
Gh. de Montalembbbt.