‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 14 sur 60 · II · texte numérisé non relu

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3A CHAPITRE x?ir.

département écrivit, le 10 novembre, au général, de retirer les troupes du Valdahon et de les envoyer à Villedieu.

L'extrême pénurie de prêtres constitutionnels avait fait admettre à la cure de Trepot un prêtre de mœurs très suspectes, nommé Oudot-Guérissot, qui avait même été traduit au parlement avant la révolution, et n'avait été acquitté qu'en laissant sur le banc des accusés toute sa considération. Entre leur respectable curé, M. Balandret, et un pareil homme^ le choix des habitants de Trepot ne pouvait être douteux, et cet intrus, se rappelant sans doute qu'il avait eu autrefois affaire aux gendarmes, s'adressa à eux pour convertir ses nouveaux paroissiens. Il écrivit, le 29 octobre, à Boisselet, brigadier de gendarmerie à Ornans, «que MM. Balandret , curé insermenté de Trepot , Vallet , son vicaire , et Balandret, curé d'Eysson, réunis à Trepot, y usurpaient' l'exercice de ses fonctions curiales et soulevaient les paroissiens contre lui ; qu'il ne pouvait tenir contre les efforts de ces trois prêtres, coalisés avec la majorité des habitants, et> que dès le 2 novembre prochain, il serait forcé d'abandonner son poste, si les membres du district et de la gendarmerie ne lui prêtaient promptement un secours efficace. » Le brigadier s'empressa de porter cette lettre au district, et celuici décida qu'il serait écrit sur-le-champ aux officiers municipaux de Trepot d'arrêter les entreprises des trois prêtres coaMsés et de leurs adhérents contre Oudot-Guérissot, et d'expulser ces prêtres du territoire de la paroisse, en conformité de l'arrêté du département du 27 août, sous peine de responsabiUté personnelle et de dénonciation à l'accusateur public contre chacun des membres de la municipaUté. L'arrêté fut remis au brigadier Boisselet, avec ordre d'en rapporter récépissé, sinon de dresser procès-verbal du refus..

Encouragé par cet arrêté, Oudot-Guérissot crut pouvoir agir en maître et traiter la commune en pays conquis. Mais ses procédés ne firent que soulever plus fortement l'indignation pubtique, et la municipalité ne se laissa nullement intimider. Le 4 novembre, le maire assembla le conseil général de la commune et dit : « Hier, dans l'après-midi, le sieur Guérissot et le sieur Deleschaux, sortant de dîner

avec plusieurs curés constitutionnels du voisinage, se sont rendus au domicile de notre maître d'école, Cl.-Ant. Guincbard, et lui ont fait les plus sanglants reproches de ce que, sans la participation de Guérissot, il continue à tenir sa dasse. Ces deux prêtres, après l'avoir menacé, ont fait sortir tous les écoliers, et leur ont défendu de rentrer, sous peine d'être punis. C'est pour prendre un parti sur ces faits que je vous ai rassemblés (i). d L'instituteur Guinchard, appelé au conseil , confirma ce récit et ajouta : a Guérissot m'a défendu de continuer à instruire la jeunesse, sans quoi il se pourvoirait contre moi et me ferait chasser de la commune ; il a même dit que si la municipalité prenait mon parti, il était peu embarrassé de se procurer douze hommes de garde nationale pour mettre les habitants de Trepot à la raison. Le prêtre Deleschaux aurait été jusqu'à me frapper si quelques-uns des jeunes hommes qui étaient chez moi ne s'y fussent opposés. Enfin, il n'est sorte de menaces que ces deux prêtres ne m'aient faites, ce qui a donné une telle épouvante aux écoliers, que la plupart sont sortis avec précipitation et que plusieurs en sont tombés malades. » L'officier municipal Juret déclara qu'il s'était rendu au presbytère à la suite de cette scène, et que là Guérissot avait vomi quantité d^njures et de menaces, tant contre la municipalité que contre l'instituteur, se plaignant de ce que, sans sa permission, les habitants faisaient instruire leurs enfants par ce mdtre ; de ce que celui-ci avait résisté à sa défense de continuer la classe, et en€n de ce que, suivant lui, quelques femmes du village (les mères des enfants qu'il avait expulsés de l'école ) avaient tenu des propos offensants pour sa personne et celle du curé Deleschaux. u Guérissot ayant ajouté qu'il était décidé à se pourvoir contre nous, poursuivit M. Juret, parce que nous étions responsables des délits de ces femmes, et que cependant il s'abstiendrait de porter ses

(1) Etaient présents MM. Jfos. Perrot, maire; Cl.-Jos. Perrot, procureur de la commune ; Haximin Ballouey, P.-Jos. Juret, officiers municipaux; André Bichet, £t. Varéchon, Simon Ghaillet, Gl.-Ant. Perrot, Ant. Desbies et F.-X. Perrot, membres du conseil.

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plaintes si nous consentions à signer un procès-verbal dressé sous sa dictée par le sieur Gauthier, de Foucherans, j'ai cm devoir y apposer ma signature, dans la pensée que par là j'épargnerais une affaire considérable à la municipalité. )> Les membres du conseil, loin d'accepter le bénéfice delà faiblesse de leur collègue, prirent cette calme et ferme délibération : « La commune s'oppose à ce que Guérissot prenne aucune part quelconque au choix d'un maître d'école pour instruire la jeunesse de ce lieu, sauf à lui à se procurer, aux frais de la commune, comme la municipalité y consent, telle personne qu'il jugera lui convenir pour le service de l'égfise et le chant de ses offices. Quant aux paroles un peu vives des femmes alarmées de ce que le sieur Guérissot a fait quitter la classe à leurs enfants et de ce que quelques-uns en sont tombés malades, la municipalité, qui n'a pu prévoir ces faits, prendra toutes les voies possibles pour empêcher que Ton ne récidive, et pour procurer la tranquillité au sieur Guérissot dans l'exercice de ses fonctions. Mais il ne doit pas trouver mauvais qu'elle l'invite à la douceur, qui doit être inséparable du caractère dont il est revêtu. Le maire ayant représenté que, par suite des menaces du sieur Guérissot, Guinchard témoignait delà répugnance à conserver sa classe, la municipalité, considérant que depuis quinze ans il instruit la jeunesse de ce lieu à la satisfaction des familles, a résolu de l'inviter à continuer ses fonctions, ce qu'il a accepté. »

Mandés le même jour à comparaître devant le district, le maire de Trepot et le procureur de la commune y trouvèrent l'intrus Guérissot, venu pour les accuser. Us défendirent vigoureusement leurs droits ; mais devant la partialité révoltante de leurs juges, leurindignation dégénéra en violence, et le district s'empressa de dresser le procès-verbal suivant de cette scène tumultueuse, pour s'en faire une arme judiciaire contre eux : « Mandés à comparaître, le maire et le procureur de Trepot se sont présentés au secrétariat du district. Après diff^érents propos, ils se sont avisés de prétendre qu'ils étaient en droit de faire instruire publiquement leurs enfants par qui ils trouveraient convenable. Le procureur de la commune est allé jusqu'à dire à M. Millot, membre du

directoire, de se taire, qu'il n'avait pas le droit de parler, et à s'avancer, le poing fermé, contre le curé Guérissot , en

disant: Tu en as menti, b ! » Le district transmit la

dénonciation de Guérissot au département avec le procèsverbal faussement dressé au nom de la municipalité et revêtu delà seule signature de M. Juret. Sur la foi de cette pièce, désavouée par le signataire, et où l'intrus de Trepot avait exposé à sa façon les insultes et voies de fait qu'il prétendait avoir essuyées avec son collègue de Villers, le directoire arrêta que les faits seraient dénoncés à l'accusateur public. Les plaintes exagérées de ce mauvais prêtre trouvèrent naturellement dans la Vedette un écho à l'abri de toute contradiction. « On nous mande, écrivait l'abbé Dormoy, que les curés constitutionnels de Villers et de Trepot ont été attaqués et dangereusement blessés. On soupçonne quelques prêtres démissionnaires d'avoir été les instigateurs. Ce sont cependant eux qui crient à la persécution et qui font rouer de coups de bâton les conformistes.» Les prêtres insermentés et les coups de bâton sont de trop dans ce récit. Rien, dans les documents officiels, ne prouve qu'il y ait eu autre chose à Trepot que des injures et des menaces, et tout prouve que les prêtres fidèles n'avaient pas eu besoin d'exciter un soulèvement d'indignation dont le curé constitutionnel de Villers proclamait lui-même la légitimité, quelques années après, par son repentir public.

Pendant qu'on exagérait à plaisir les torts des paysans catholiques, on laissait impunies les violences plus graves auxquelles se livraient les prétendus patriotes , dans les communes où ils étaient les plus forts. C'est ainsi que les habitants d'Amancey, entraînés dans le parti du schisme, soit par l'influence de leur compatriote, M. Besson, membre du corps législatif, soit par la jalousie et l'espoir d'ôter à la commune plus fidèle de Fertans le titre de chef-lieu de paroisse, se permettaient, à l'égard de leurs voisins, les licences les plus audacieuses. Quoique pourvus eux-mêmes d'une égUse meublée convenablement, ils allèrent en force enlever les bancs et même les cloches de l'éghse de Fertans, et les emportèrent chez eux comme des trophées. Le district en

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fut informé et garda le silence, sans doute par suite de la lettre suivante de M. Besson :

« Paris, 7 novembre.

)> J'ai appris avec déplaisir que les citoyens d'Amancey s'étaient portés à des voies défait contre ceux de Fertans. Je sais que cette affaire vous a été dénoncée, et je ne doute pas que vous ne l'assoupissiez par des moyens de douceur. On a pensé qu'en les engageant ainsi à des voies de fait, ils seraient contraints de reporter honteusement ce qu'ils avaient emporté triomphalement , et qu'on aurait droit de leur dire que leur attachement à la constitution était illusoire. Je pense donc qu'il faut éviter de reporter à Fertans ce qui en a été enlevé, avec d'autant plus de raison qu'il est très vraisemblable, surtout d'après l'opiniâtreté de ceux de Fertans, que le chef-Ueu de la paroisse sera à Amancey. »

Le jeune prêtre Monnier, intrus de ces deux communes, était lui-même d'une violence extrême, et moins propre que personne à ramener les gens d' Amancey à la justice et à la raison. « Il était très agressif, dit M. l'abbé Muselier, et marchait toujours escorté de ce chirurgien énergumène qui avait tiré un coup de pistolet sur M. Ghaput. Le notaire Laurent, maire de Fertans, et sa famille, lui étaient particulièrement odieux , à cause de l'influence qu'ils avaient sur les habitants. Un frère de M. Laurent mourut des suites d'un coup de pierre qu'il lui avait lancé à la tête. Une autre fois, il s'en prit au maire lui-même, dans sa propre maison, et il s'était déjà saisi d'une chaise pour l'assommer, lorsque les voisins accoururent et le terrassèrent. Traduit pour ce fait en poUce correctionnelle, il fut condamné à trois jours de prison, et le tribunal ordonna en outre que ce jugement serait affiché dans les sept communes les plus proches. »

Le capucin Ligier, revenu au presbytère de Cléron, faute de mieux, n'y trouvait pas plus de calme que la première fois. Il s'en plaignit à l'évêque constitutionnel, et à la demande de ce dernier, on envoya à Cléron un détachement de gardes nationaux d'Ornans, sur l'esprit révolutionnaire desquels on pouvait compter. Les habitants de Cléron réclamèrent énergiquement contre cette mesure irrégulière, et.

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le 9 ûoyembre, sommation fat faite au district, de la part de MM. Fr.-Bruno Mougenot, maire, J.-Louis Amiot, procureur de la commune, J.-GI. Penaud, officier municipal, et autres, d'avoir à leur produire, dans le délai de trois jours, copie des procès-verbaux et autres actos sur lesquels on s'était fondé pour envoyer des soldats à Cléron. Le district décida que cette sommation étant inconstitutionnelle et contraire aux lois, il n'y serait fait aucune réponse.

Les habitants de Cbassagne, délivrés de la présence de leur vicaire constitutionnel par sa nomination à la cure de Dûmes, purent se croire un instant tranquilles. Mais cette commune avait malheureusement dans son sein un agitateur actif et violent, nommé J.-Ânt. Grandjacquet, qui ne la laissa pas respirer longtemps. Le ^4 novembre^ il écrivit au district, sous le nom du vieux M. Marlet, maire de la commune et père du vicaire épiscopal : « M. Marlet fils a desservi Ghassagne jusqu'au 17 octobre dernier, malgré les propos séditieux de J.-Gl. Henriet, d'Et. Aymonin et autres, qui disaient pubUquement que ledit vicaire épiscopal prêchait la religion d'Angleterre. Après son départ, la commune se trouvant sans prêtre, la municipalité offrit le vicariat à l'abbé Ghavot, de Bolandoz, qui répondit que sa conscience ne lui permettait pas de l'accepter. Ge prêtre est venu néanmoins à Ghassagne semer la division et séduire les esprits simples et ignorants, encore assez imbéciles pour regarder les porte-soutane comme des demi-dieux. Il a envoyé demander au maire les clefs de TégUse, et celui-ci a répondu qu'il ne pouvait remettre ces clefs à un prêtre insermenté qu'avec le consentement du curé constitutionnel de Scey, suivant les prescriptions del'évêque et du département. Gette .réponse lui a attiré les injures les plus grossières et les propos les plus indécents de la part de J.-Cl. Henriet, Et. Aymonin, J. Jtfarlet, J.-P. Guyot, officiers municipaux, J.-B. Aymonin, greffier, et Augustin Aymonin, notable, qui sont venus^ KX)mme des fanatico-furieux, dans son domicile et ont voulu le forcer à rendre les clefs de l'égUse, en disant qu'ils ne connaissaient point le curé de Scey, qu'il n'avait rien à faire à Clhassagne, et qu'ils ne voulaient point de prêtres qui eussent

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fait le serment , parce que ceux-ci n'étaient pas catho^ liques.... Sur les réponses justes et raisonnables du maire, ces fanatiques le traitèrent de Luther, de Calvin et autres épithètes aussi honorables. Ils ont même eu Taudace de lui faire sommation par écrit d'avoir à leur rendre les clefs dont il est question.»

Les officiers municipaux de Cbassagne ne s'en tinrent pas là, et un nouveau procès -verbal, signé du maire, les dénonça pour avoir pris une délibération tendant à aller rechercher leur ancien desservant, M. Bernard, « prêtre réfractaire et très inconstitutionnel, » et avoir fait signer cette délibération parle plus grand nombre des citoyens actifs. Le maire ajoutait que, le même jour, deux officiers municipaux étaient allés à Ronchaux chercher l'abbé Bernard, en publiant partout l'objet de leur mission et le prochain triomphe des prêtres insermentés. Enfin, deux jours après, le curé de Scey étant venu dire la messe, il n'y avait pas assisté le tiers des habitants, tandis que le même jour, tous les hommes et garçons du pays s'étaient trouvés réunis à la congrégation.

Le patriote Grandjacquet, en adressant ce procès-verbal au district, ajoutait : « Si le rappel de ce prêtre, expulsé au mois de juin par un détachement de la garde nationale d'Omans, avait lieu, on verrait bientôt toutes les municipalités fanatico-imbéciles rappeler leurs prêtres séditieux. Bientôt les bons citoyens auraient le dessous, se verraient injuriés et peut-être chassés de leurs éghses, enfin le fanatisme triompherait. La trop grande indulgence qu'on a eue jusqu'ici pour les perturbateurs du repos public n'a fait que les enhardir. Il est urgent d'opposer une forte digue à l'impétuosité eflVayante et sacrilège de ces fanatico-imbéciles ,. d'autant plus dangereux qu'ils sont assez aveugles pour croire qu'ils servent la cause de Dieu en défendant une re- Kgion d'or et de sang. » Le patriote Grandjacquet terminait en demandant au district de défendre aux officiers municipaux d'insulter et d'attaquer, comme ils le faisaient, lui et quatre autres bons citoyens de la commune ; d'envoyer vingtcinq soldats pour s'opposer aux entreprises anti-civiques et anti-religieuses des fanatiques si elles avaient heu ; et, comme

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l'époque des élections approchait, de déclarer citoyens inactifs et inéligibles tous ceux qui voulaient enfreindre les lois.

Xïlï. Comment aurait-on pu être surpris de voir ce grossier tribun de village demander que la majorité de ses concitoyens fût traitée en parias, lorsqu'on voyait un membre de l'ancienne aristocratie pariementaire, comme M. Bailly, procureur syndic, réclamer dans le même moment, au sein du conseil général du district d'Ornans, la destitution de M. Chavassieux, receveur des finances du district, uniquement à raison de sa fidélité religieuse et de celle de sa famille. 0 Je dois d'abord vous prévenir, disait le fougueux magistrat, que lui et sa famille sont les plus sectateurs du fanatisme sacerdotal; qu'il se tient chez lui des conciliabules ennemis; que son fils aîné est le courrier du fanatisme, le distributeur des écrits que la rage des prêtres a enfantés pour conduire les peuples au point d'insurrection, de fanatisme et de révolte où nous les voyons. Après cela il vous sera facile de vous convaincre que toutes les faveurs de ce receveur sont pour les prêtres réfractaires et leurs adhérents connus ou voilés. De là, la distribution qu'il leur fait des petits assignats et celle des gros aux prêtres constitutionnels; de là vient que ces derniers sont maltraités, qu'on leur reproche leur conduite, qu'on cherche à les conduire auprès des préposés de la cabale sacerdotale, pour les engager à désobéira la loi. Ce trait est arrivé à M. le curé de ViUers, ces jours derniers, ce qui excita un rassemblement du peuple dans cette ville. Il n'y a pas un prêtre constitutionnel qui ne s'en plaigne. L'expression de huguenots est la plus tendre qu'on leur tienne. Or, Messieurs, devez-vous souffrir plus longtemps un homme qui abuse ainsi de la confiance que vous lui avez donnée? Ne devez-vous pas mettre les prêtres constitutionnels sous votre protection spéciale? Je vous prie donc de délibérer sur cet objet important. » A la suite de ce réquisitoire, le conseil général décida que M. Chavassieux serait appelé à comparaître le lendemain devant l'assemblée pour répondre à tant d'inculpations.

n paraît que la perte de cet infortuné fonctionnaire avait

Ainsi, ce n'était pas assez pour ce prêtre courageux d'avoir imposé lui-même à son amour-propre toutes les souffrances d'un désaveu humiliant ; il savait que ce généreux sacrifice serait encore puni comme un crime, et au même moment^ mille autres comme lui n'hésitaient pas à donner à la religion ce témoignage doublement héroïque et si honorable pour la conscience humaine. Le tribunal se montra plus équitable que le district, et M. Vuillin était encore parfaitement tranquille à Remonot, le 20 décembre suivant, lorsque le district lui ordonna de s'éloigner pour faire place au prêtre Raguin, envoyé par l'évêque.

XV. Dans la ville de Morteau, l'immense majorité des habitants, restée fidèle, se laissait silencieusement malmener par le maire, M. Fr.-X. Roussel-Galle, et le vicaire, M. Ravier, devenu curé constitutionnel. Tous deux rivalisaient d'activité et de passion. Le 12 octobre, le dernier présenta au district une requête tendant à faire interdire tout exercice de l'enseignement à M'*" Roussel sœurs, Marie-Victoire Mercier, institutrices à Morteau, et Marie Grémion, à Montlebon, « à cause de leurs principes anti-civiques, et parce qu'elles empêchaient les enfants d'aller à la messe et aux instructions constitutionnelles. » Le district ajouta qu'il devait leur être défendu d'ouvrir à l'avenir des écoles, sous peine d'être condamnées pour attentat à l'ordre pubUc, et le département rendit, le 29 octobre, un arrêté conforme, sans faire plus de cas de la Uberté d'enseignement, garantie par la constitution, que des tribunaux chargés de réprimer les abus de cette liberté.

Et pourtant ces tribunaux n'étaient pas tellement étrangers à l'aveuglement révolutionnaire qu'ils ne fussent euxmêmes disposés à punir les catholiques pour des propos qui avaient complètement cessé d'être injurieux sous l'empire de la Uberté des cultes. A la requête de l'intrus Ravier, le tribunal correctionnel de Morteau, présidé cependant par un des magistrats les plus modérés, M. Cupillard, rendit, le 3 novembre, le jugement suivant, contre Cl.-Jos. Vermot , cordonnier à Morteau, et sa fille : « Il résulte preuve complète qu'entre neuf et dix heures du matin du 25 octobre, la

codéfenderesse a dit daas son domicile, en présence de plusieurs confrères et consœurs de la confrérie de Saint-Crepin, que M. le curé Ravier était un intrus, un calviniste et un schismatique. Nous donnons acte à M. Ravier de ce que la défenderesse a déclaré, à cette audience, qu'il est un homme de probité, d'honneur, et un brave curé, qu'elle reconnaît qu'il n'est point un intrus, un schismatique, ni un calviniste, et qu'elle se repent de l'avoir accusé, et nous lui faisons défense de calomnier à l'avenir M. Ravier. Comme il est également constant que son père, sortant de la chambre au moment où Ton parlait de M. Ravier, tint ce propos : avec votre f,.,u Ravier; et que c'est au même instant que safiUe proféra contre M. le curé les calomnies dont il est parlé cidessus, estimant en conséquence que Vermot père a donné occasion à sa fille de s'échapper en injures contre M. Ravier, et que de là il est presque aussi coupable qu'elle envers celui-ci, nous condamnons les susdits à payer à M. Ravier la somme de vingt-cinq livres pour dommages et intérêts lui résultant du tort qu'ont fait à son honneur et à sa réputation les calomnies atroces que la fille Vermot s'est permises sur son compte, ladite somme applicable à telles œuvres pies qu'il pourra convenir. Nous permettons à M. Ravier de faire imprimer et afficher ce jugement aux frais des condamnés, au nombre de quinze exemplaires, dans tels endroits du canton qu'il jugera à propos, et condamnons en outre les défendeurs aux dépens. » Cette étrange sentence fut en effet imprimée et valut même de grands éloges à ses auteurs. Quelques années après, elle devait bien faire rire l'abbé Ravier, s'il s'en souvenait encore, sous son frac de sous-préfet sceptique et épicurien.

Le zèle de M. Roussel-Galle n'était pas circonscrit par les limites de sa commune, et ifse chargeait officieusement de faire la pohce de toutes les sacristies du canton. Le 26 octobre, le district avait fait signifier à MM. Gaudion, curé, et Perrin, vicaire à la Grand'Combe, Tordre de s'éloigner de cette paroisse, sur l'accusation très exacte, mais très ridicule, qu'ils cherchaient à élever autel contre autel. Le 1" novembre, M. Roussel-Galle écrivit au directoire : «J'ai l'iion-

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neur de vous informer que M. Gaudion et l'abbé Perrin^ malgré la signification qui leur a été faite, sont encore à la Grand'Combe, qu'ils habitent chez Et.-Jos. Girard dit le Parisien, et ne cessent de troubler les consciences. Je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour qu'ils s'éloignent incessamment, la municipalité de la Grand'Combe étant totalement inconstitutionnelle. Aujourd'hui, pendant la grand'messe, célébrée dans leur église par M. Ravier, curé de Morteau, une troupe de personnes et d'enfants apostés rôdaient et faisaient du bruit sur le cimetière, passaient et repassaient sous le clocher en faisant des éclats de rire, ce qui a beaucoup scandalisé le peuple constitutionnel qui était dans l'église, sans que la municipaUté se soit donné aucun mouvement pour réprimer ce scandale. Hélène Boillot ayant crié à ces gens de sortir du cimetière, ils ont forcé la porte de sa grange et Font maltraitée. Il s'est passé aussi à Morteau une scène scandaleuse. Une troupe de femmes inconstitutionnelles se trouvant à l'égUse au moment d'une bénédiction , cherchaient à gagner les portes pour sortir, et n'ayant pu en venir à bout à cause de la foule, elles sont restées debout pendant la bénédiction, ce qui leur a attiré quelques gourmades. Si on ne met pas un frein aux désordres que causent les prêtres ré&actaires, il faudra bientôt en venir aux mains les uns contre les autres. On m'a rapporté aussi que les non conformistes à la Grand'Combe avaient désarmé les gardes nationaux constitutionnels. J'en ai reçu des plaintes de P.-Jos. Jeannot, qui a éprouvé ce désagrément de leur part. Je viens encore d'apprendre que les officiers municipaux et la garde nationale inconstitutionnelle de la Grand'Combe avaient afiecté, après la messe célébrée par M. Ravier, d'accompagner en armes et comme en triomphe leur ci-devant vicaire Perrin à l'église , pour y entendre sa messe , en dérision du curé que la nation leur a donné. J'oubUais de vous dire que M. Monnin, prêtre réfractaire, demeurant à Morteau, se donnait le ton de faire les annonces, le dimanche, à sa messe, tandis qu'elles doivent être faites au prône de la messe paroissiale. )) On voit que M. Roussel-Galle n'oubliait rien, et quetoutes^

les sacristies étaient bien surveiUées ; il avait cependant oublié de dire que si les gardes nationaux soi-disant patriotes de la Grand*Gombe, réduits à un petit nombre de tapageurs^ avaient été désarmés, c'était à la suite des désordres qu'ils avaient commis et qui avaient été dénoncés au département parla municipalité. La lettre du maire de Morteau fut une bonne fortune pour le district. Il avait demandé récemment au département des mesures plus sévères contre les prêtres^ et le département l'avait engagé à attendre celles que la nouvelle Assemblée législative était en train d'élaborer^ et qui étaient en effet de nature à satisfaire la baine la plus vigoureuse. Le district répondit, le 3 novembre : «La patience que vous nous conseillez est une excellente vertu dans les circonstances ordinaires^ mais pendant qu'on discutera encore huit jours sur la question du trouble occasionné par les prêtres rebelles; qu'on rendra ensuite un décret qui ne produira aucun effet, si l'Assemblée nationale se laisse aller aux sentiments d'un cœur trop paternel, dans le danger qui menace l'Etat ; que ce décret restera un mois chez le ministre de la justice avant d'obtenir la sanction et deux mois encore pour nous parvenir officiellement, le sang aura coulé de toutes parts, et peut-être serait-il trop tard alors d'user de sévérité. Nous sommes harcelés de lettres portant dénonciation contre les ecclésiastiques séditieux des campagnes. Un nombre considérable de communes autrefois br&lantes du plus pur patriotisme, sont réduites à posséder un seul ou deux individus patriotes. M. Roland nous mande que le Lacou-Yillers^ qui comptait tant de rigides observateurs des lois, n'en a pour ainsi dire plus ; que les prêtres y font la pluie et le beau temps ; qu'ils s'assemblent, prêchent et déclament, tant en public qu'en secret, dans les familles et au confessionnal, et qu'il s'attend, de jour en jour, si l'on n'y apporte un remède prompt et efficace, à voir les deux partis mettre tout à feu et à sang. M. Roussel-Galle, maire de Morteau, nous fait de son côté une longue description des fureurs des fanatiques en soutane, et des suites de leurs instructions séductrices. Il dit ensuite que les ennemis de la constitution ont désarmé les patriotes à la Grand'Gombe, et

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qu'ils insultent journellement les fonctionnaires ecclésiastiques de nouvelle nomination. Il serait trop long de \ous faire un détail circonstancié des avertissements que nous recevons de toute.s parts contre cette engeance maudite. Nous avons fait part de tous les désordres occasionnés par les manœuvres des noirs , dans une lettre de sept pages à MM. les députés du Doubs, avec nos observations sur les précautions à prendre pour y mettre un terme. La patience est bonne quand on peut espérer de convertir, et Ton ne peut convertir les âmes séduites qu'en écartant les séducteurs. Puisqu'ils ne veulent pasentrer dans le tradté fait par la société, non-seulement ils lui sont inutiles, mais encore nuisibles. Il faudrait donc les chasser par un bon décret ; mais il faudrait un autre décret autorisant à mettre à exécution celui dont on vient de parler, s'il n'était pas arrivé offidellement aux administrations dans la huitaine^ et déclarer encore qu'il ne sera pas sujet à une sanction royale. En attendant, nous sommes d'ayis que vous envoyiez au moins à la Grand'Gombe deux compagnies pour y rétablir Tordre et faire restituer les fusils au petit nombre de patriotes qui ont été désarmés par les partisans du système contraire ; sans quoi il faut quitter le métier, »

Cette lettre, où la violation de toutes les garanties législatives était audacieusement demandée, était signée par MM. Battandier sdné, Bévalet, Gros et Parrod, membres du nouveau directoire du district déjà en fonctions. Ces messieurs, trouvant que le département n'en tenait pas assez compte, lui écrivirent de nouveau, le 8 novembre: «Nous vous avons fait part de la lettre de M. Galle , de iMorteau, au sujet de la conduite des prêtres inconstitutionnels. Gomme les tribunaux ont une marche très lente et que nous n'avons point reçu de réponse, nous vous envoyons sa lettre pour vous en faire ressouvenir. Nous nous sommes aperçus que le juge de paix de Morteau se comporte mieux que nos juges du tribunal, et pour vous en convaincre, nous vous envoyons un de ses jugements (celui qui est rapporté plus haut). Vous recevrez aussi une brochure inconstitutionnelle avec le procès-verbal du brave maire doWorteau. » Le len-

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demain, nouvelle lettre au département ainsi conçue : « Encore une lettre de M. Galle, maire de Morteau, une autre du commandant de la garde nationale du bas de Montlebon, et un mémoire de la milice nationale patriotique de la Grand'- Gombe, dont le nombre est fort petit, comme vous verrez; nous vous les envoyons à neuf beures du soir. Toutes ces pièces font naître les plus grandes craintes et confirment dans la nécessité d'envoyer au moins cent hommes de garde constitutionnelle à la Grand'Gombe pour y maintenir rordre. L'ancien curé, auquel on a signifié Tordre de déguerpir, y reste opiniâtrement. Les municipalités se renouvellent dimanche prochain, son influence va décider d'une municipalité aristocratique. On nous mande d'envoyer un membre du directoire lorsqu'on la composera; nous ne trouvons rien dans la constitution qui nous y autorise. En effet, les assemblées communales ne doivent être composées que des citoyens actifs de la commune, et si l'un de nous s'y présentait, on crierait au despotisme. D'ailleurs, sans y être appelés par le président de l'assemblée, nous ne pourrions pas y paraître. D'un autre côté, nous sommes aussi utiles ici ' pour veiller à ce qu'il ne s'introduise pas dans la municipalité de notre ville même, des ennemis de la constitution, ce que nous aurons bien de la peine à empêcher. Répondez-nous par le retour du courrier, nous vous en prions instamment. »

On voit que le district avait encore quelques scrupules de légalité, et à la veille de voir les règlements électoraux universellement violés par l'administration aux abois, il est bon de la voir formuler elle-même d'une manière aussi nette les lois qu'elle allait fouler aux pieds. Le département répondit sur-le-champ au district : « En vous exhortant à la patience, nous ne prétendons pas que vous abandonniez les moyens que la loi vous a confiés pour réprimer les prêtres anti-constitutionnels. Il en est deux qui nous paraissent convenir dans la circonstance. Le premier est d'envoyer des troupes à la Grand'Ck)mbe pour faire respecter le cui^ constitutionnel et faire restituer les armes enlevées aux bons citoyens. Un bataillon de volontaires du Jura doit arriver,

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