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vigilance du district, et ils l'engageaient à ne rien négliger pour punir ces prêtres coupables.
Le district se piqua d'émulation et réunit promptement tous les détails possibles sur les faits dénoncés par l'intrus de Vercel. Le procureur syndic lui exposa , en conséquence, . le i2 décembre, « qu'il était constant que MM Bergier, cidevant curé de Vercel, et Fleury, vicaire à Saint-Hippolyte, exerçaient ouvertement les fonctions pastorales à Vercel;. qu'ils se permettaient de célébref des offices publics dans la chapelle de Saint-Eloi, appartenant à la confrérie de la Croix, pour empêcher le peuple d'assister aux offices de la paroisse; , et que le prêtre Huot, prêchant à Epenouse sur l'enfer, avait . dit que tous ceux et celles qui embrasseraient la constitution française seraient damnés. » Conformément aux conclusions de M. Bailly, le district arrêta que ces trois prêtres seraient dénoncés à l'accusateur public, et qu'il serait enjoint à la municipalité de Vercel de faire fermer la chapelle de Saint-Eloi, en requérant, s'il le fallait, le concours de la garde nationale.
L'intrus de Vercel n'avait pas attendu la décision du district pour prendre cette dernière mesure , et le jour même^ où l'on délibérait sur ce sujet à Ornans, il avait organisé^, avec le concours du procureur de la commune, chaud jacobia et tout dévoué à sa personne , une expédition qui ne réussit pas. La majorité des officiers municipaux, restée fidèle au. bon droit, la fit échouer par sa fermeté, et rendit compte de sa conduite dans le procès- verbal suivant : « Avertis qu'il y avait de la fermentation parce qu'un détachement de la garde nationale s'était porté en armes à l'église de Saint-Eloi, nous nous y sommes transportés pour prévenir le trouble et avons trouvé les deux commandants de la garde nationale, accompagnés de six hommes armés, qui nous ont dit que, sur l'ordre du procureur de la commune, ils étaient venus à l'église pour en fermer les portes; à quoi le maire a répondu que le procureur n'avait point d'ordres à donner; que ses devoirs se bornent à faire les réquisitions qu'il croit justes, et que c'est à la municipaUté de délibérer et de prendre des arrêtés en conséquence ; que le procureur de la commune avait obtenu
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au sein du conseil général tous les éclaircissements qu'il pouvait désirer au sujet de la desserte de la chapelle par l'abbé Fleury ; que ce prêtre ayant prêté un serment qui avait été accepté par le déparlement , ce n'était pas à la municipalité, encore moins à son procureur, à mettre obstacle à la continuation de ses fonctions ; enfin que les associations, telles que congrégations et confréries^ subsistant dans tout le royaume, celle de Vercel ne devait pas avoir un autre sort. Ensuite de ces représentations, les gardes nationaux se sont retirés. — R. Daudey, maire, G. Billerey, J, Pergaud» J.-C. Barbier, officiers municipaux. »
L'intrus ayant fini , comme on l'a vu , par obtenir du département gain de cause sur ce point , sembla ne chercher que de nouvelles occasions de vexer et de pousser à bout la paisible population qui l'entourait. Un incendie éclata quelques jours après, dans une maison appartenant à une famille de prêtres insermentés. Une seule conduite semblait tracée en cette circonstance aux honnêtes gens de tous les partis. Raguenet en suivit une autre, et on aurait peine à l'imaginer s'il n'avait pris soin lui-même de l'attester par une lettre adressée au district. Toute son occupation fut d'empêcher de sonner les cloches pour appeler du secours. Il eut l'audace de prétendre que le feu avait été mis exprès , à une époque où les assurances contre l'incendie étaient encore inconnues, uniquement pour avoir un prétexte de sonner le tocsin destiné à convoquer une insurrection des cathoKques. Comme si la population , en se soulevant, aurait eu le moindre besoin de trouver un prétexte, et surtout un prétexte si dispendieux, pour s'emparer des cloches et sonner le tocsin. La lettre de ce misérable mérite d'être conservée comme un monument de cette époque néfaste.
<c A dix minutes de Vercel, écrivait-il, existe cette fameuse nitrière, coup de fortune des Isabey . A huit heures, le feu a été mis. Sur le rang, la rage patriotique s'est emparée de tous mes sens et j'y ai volé à bride haleine. Le premier objet qui se présente à ma vue a été l'ancien curé qui criait : Au tocsin I au tocsin ! Il était à quatre pas du clocher^ où l'on tintait déjà , mais doucement. Je leur ai crié que s'ils sonnaient ,
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je les enverrais prendre. Des femmes aristocrates ont redoublé après ma défense ; elles montaient même sur des chaises^ d'où je les ai fait descendre à pas comptés. Arrivé sur la place, j'y ai vu un de nos mauvais citoyens armé, Billerey, régent de classe. Il a voulu me parler, et je lui ai dit que je ne l'écoutais pas , que c'était un bomme dangereux. Un patriote voulait le bayonnetter, mais j'ai paré le coup ; il en a été quitte pour la peur et a disparu. Les fins aristocrates gardaient le séant, les ignorants priaient les patriotes et réclamaient le curé constitutionnel ; mais il était sourd à leur voix et les renvoyait à leurs bons prêtres. Le tout résumé me parait une affaire faite à dessein. Voici les raisons : Une nitrière dans laquelle existe un corps de logement nouvellement bien bâti, voilà où prend le feu. Elle coûtait tout d'entretien et ne rapportait rien. Le locataire, connu pour un mauvais sujet. Un tocsin qu'un curé se trouve là pour faire sonner au premier feu , quelques aristocrates, les premiers au feu , les autres cachés ; des individus dans la mêlée qui disent que si ce n'est que cela, on doit être content, etc. »
Cet incroyable procédé devait porter l'indignation publique au comble, et comme il avait été partagé par quelques séides de l'intrus , le bruit se répandit bientôt parmi eux que les catholiques voulaient, à titre de représailles, incendier les propriétés des jacobins dans la nuit de Noël. C'est du moins ce qu'écrivit au directoire M. Calamard, de Vercel, membre du conseil général, en demandant Instanmient qu'on envoyât des volontaires pour les garder. « Il n'est plus question, ajoutait-il, de les placer indifféremment partout, mais seulement chez les inconstitutionnels, parce que le placement qui en avait été fait la première fois n'a rien opéré. Il faut donc les mettre chez les rebelles et les enragés. M. Bailly a un tableau des uns et des autres, auquel vous pouvez vous référer pour notre commune. Il conviendrait aussi, pour notre tranquilhté, que l'on ne fît point l'office de minuit, et qu'on ne permit aux prêtres non conformistes de célébrer leurs messes qu'à l'église et pendant la grand'messe du curé constitutionnel; c'est l'esprit de votre dernier arrêté. » Le district se
boraa à rappeler à la municipalité sa responsabilité en cas de désordres, et l'invita à supprimer , au besoin , la messe de minuit.
Cependant les catholiques de Vercel, exclus de la chapelle de Saint-Ëloi par suite des ordres du district, et se voyant sans asile pour entendre la messe , se résignèrent à prolSter du droit assuré par la loi à tous les prêtres insermentés de dire leur messe dans les églises schismatiques; mais lorsqu'ils se disposèrent à en user , l'intrus opposa à toutes leurs instances un refus absolu. Le jour de Noél, la population, exaspérée de se voir privée de tout exercice religieux pour la fête de l'année la plus chère à sa piété, laissa déborder sa colère, et sur une nouvelle dénonciation de Raguenet, le procureur syndic fit, le 26 décembre, au district l'exposé suivant : « Hier, environ les sept heures du matin, il s'est fait un attroupement à Vercel, devant la cure, pendant que le maire et l'officier municipal Pergaud y étaient entrés pour forcer le sieur Raguenet, desservant, à remettre la clef de la sacristie à l'ex-curé Bergier. Attiré par le bruit, le sieur Raguenet ouvrit la fenêtre : alors Marguerite Régnier lui cria qu'on voulait la clef de la sacristie, et que s'il ne la donnait pas , on le briilerait avec la cure ; ce qui le détermina à se retirer en fermant la fenêtre. Un instant après , cette troupe cassa, à coups de pierres , les volets et les fenêtres du presbytère, en traitant le sieur Raguenet d'apostat, de voleur , de gueux , de monstre , de diable, d'hérétique, de schismatique et d'intrus, et en criant qu'il fallait le brûler, ce qui aurait peut-être eu lieu si les officiers de la garde nationale n'avaient pas fait battre la générale, ce qui dissipa l'attroupement. « Le district décida que ces attentats seraient dénoncés à l'accusateur public.
La paroisse de Flangebouche, Tune des plus considérables du district d'Ornans, avait, comme on sait, pour pasteur M. Clément, ancien membre de l'administration départementale, personnage important par ses lumières, sa fortune et la part qu'il avait prise à la Révolution. Après un court accès d'enthousiasme pour les. nouveautés religieuses, M. Clément était rentré dans le sein de l'Eglise et n'avait
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point eu de peine à y maintenir une population instruite et formée à la piété par le célèbre Bergier. Son refus de reconnaître M. Seguin pour évêque ayant été considéré comme une rétractation de son serment, les électeurs lui avaient donné un successeur ; mais telles étaient l'autorité dont il jouissait et l'affection unanime de ses paroissiens, qu'aucun prêtre n'osa accepter sa succession, et M. Seguin se vit forcé d'en chercher lui-même un plus audacieux, pour l'envoyer à titre provisoire à Flangebouche ; il le trouva dans le capucin Monnier.
Pendant ce temps-là, la population réunie, le 4" décembre, en assemblée générale sous la présidence de la municipalité, arrêtait qu'il serait formé dans la commune une société reUgieuse particulière sous la conduite d'un pasteur au choix des habitants, qui s'engageaient tous à ne troubler en aucune manière le curé constitutionnel dans ses fonctions. Cette délibération fut aussitôt signifiée par l'huissier Landriot au conseil général du département, qui en renvoya l'examen à son comité de sàreté publique. Ne recevant point de réponse, la commune arrêta qu'elle choisissait pour les ministres de son culte particulier, M. Clément, et M. Pauthier, son vicaire, et la municipalité se rendit auprès du desservant constitutionnel, pour lui signifier d'avoir à désigner les heures auxquelles il voulait faire ses offices, en l'avertissant que s'il ne donnait point de réponse dans les vingt-quatre heures, les habitants étaient décidés à célébrer les leurs à huit heures du matin et à une heure de l'après-midi.
Le prêtre Monnier se hâta de dénoncer tous ces faits au département, et l'informa en même temps que, dans la commune de Loray, qu'il s'était également chargé de desservir, M. Guillemin, vicaire insermenté, et M. Perrin, ex-vicaire à la Grand' Combe, continuaient à confesser et à faire les offices, de sorte que l'église était complètement déserte ; que lorsqu'il allait lui-même chanter la messe, il ne trouvait pas même un enfant pour la servir. 11 se plaignait encore d'avoir été insulté et outragé dans cette commune. Le* district, chargé par le département de donner suite à cette affaire, écrivit à la municipalité de Loray que, quelles que fussent ses
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'•opinions religieuses et celles des habitants, elle devait garantir la sécurité et le respect dus au prêtre constitutionnel; qu'elle avait manqué à ses devoirs en négligeant de rechercher les coupables , et qu'en cas de nouvelle plainte , on 'expédierait des troupes à Loray, aux frais des habitants. Le district terminait en demandant une réponse, à défaut de laquelle il menaçait d'envoyer un commissaire aux frais des officiers municipaux.
Telle était l'inquiétude que M. Clément inspirait au district, ■qu'il le voyait et le poursuivait à la fois à Flangebouche et -en Suisse. Le 21 décembre, le procureur syndic écrivit à son collègue de Pontarlier : « Vous n'ignorez pas les écrits incendiaires que les prêtres réfractaires débitent avec profusion. Ils redoublent de zèle aujourd'hui pour cet objet. Je ^iens d'être informé que les sieurs Clément, ci-devant curé de Flangebouche, et Isabey, ci-devant curé du Valdahon, se sont rendus en Suisse pour en faire imprimer de nouveaux. Je vous en préviens pour que vous lâchiez de les faire saisir à leur entrée en France. » Cette lettre fut aussitôt transmise aux bureaux de douane de Jougne et de Morteau.
Trois jours après, le même procureur syndic exposait au district qu'il était informé qu'au mépris des arrêtés et des lois, M. Pourchet, ex-curé à Villedieu, M. Clément, ex-curé à Flangebouche, et M. Pauthier, son vicaire, continuaient à résider dans leurs anciennes paroisses, et même que ces deux iderniers officiaient publiquement; il requérait en conséquence <pi'il fût pris de promptes mesures contre eux. C'était la Teille de Noël; le district , pensant que ces prêtres ne manqueraient pas d'officier pendant la nuit suivante^ arrêta que la gendarmerie d'Ornans partirait au commencement de la nuit, se rendrait d'abord à Villedieu, pour en expulser M. Pourchet, et de là à Flangebouche et à Loray, pour saisir MM Clément et Pauthier, et les amener à l'accusateur pubUc si on les trouvait exerçant les fonctions pastorales, et, dans le cas contraire, les expulser de la paroisse. Les gendarmes arrivèrent à Flangebouche vers minuit, trouvèrent la population déjà réunieàréglise, l'abbé Pauthier célébrant la messe, ^t la garde nationale entourant l'église. Ils exhibèrent en vain
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les ordres qu'ils avaient reçus du district, de saisir M. Pauthier;lagardenationaleleurrefusarentréederéglise.Lainunicipalité, qu'ils sommèrent de leur donner main-forte, se réunit à rinstant même et répondit par un refus auquel la population s'associa chaleureusement. Forcés de rentrer à Ornansles mains vides, les gendarmes vinrent rendre compte au district de leur déconvenue.
Le département arrêta, le 5 janvier 1792, « que la délibération prise par la commune de Flangebouche, pour se former en société religieuse dissidente, ne pouvait être considérée que comme un prétexte frauduleux pour maintenir,, au mépris de la loi, les prêtres insermentés dans leur ministère ; que cette manœuvre était d'autant plus répréhensible qu'elle tendait directement à détruire la constitution civile du clergé, et à semer le feu de la discorde dans les paroisses dont les curés avaient été déplacés; qu'on ne pouvait voir dans le rassemblement de la garde nationale qui s'était fait autour de l'église de Flangebouche, le 25 décembre, pour empêcher l'entrée des gendarmes, qu'une coupable infraction aux lois relatives à la force publique ; que la délibération prise dans la même nuit par le conseil général de la commune, pour refuser main-forte à la gendarmerie, présentait un exemple d'insubordination prévu et puni par la loi ; que M. Pauthier serait dénoncé à l'accusateur public, pour avoir officié publiquement ; que le maire et le procureur de la commune seraient suspendus de leurs fonctions pour troismois, et la délibération de la municipalité, annulée comme inconstitutionnelle ; qu'il serait envoyé à Flangebouche un nombre de gendarmes suffisant pour y rétablir Tordre et le prêtre constitutionnel dans ses fonctions, et qu'on y ajouterait autant de troupes de ligne qu'il serait nécessaire, jusqu'à ce que force restât à la loi, le tout aux frais de l'abbé Pauthier, du maire, du procureur de la commune, des officiers municipaux et notables qui avaient signé la délibération de la nuit de Noël, et des gardes nationaux qui s'étaient opposés à l'arrestation de M. Pautliieiç. » Le dépaitenient envoya deux gendarmes à Ornans pour se joindre à ceux de cette ville, et invita le district à nommer un commissaire pour les accom-
pagner à Flangebouche, et assurer la pleine exécution de son arrêté.
A Orchanips, malgré le retour du curé Guillot, député à TAssemblée constituante, et les efforts du notaire VuiUier, le schisme n'était pas en faveur, et les élections municipales furent une protestation éclatante en faveur de la religion. Le petit parti jacobin s'en dédommagea en faisant imprimer, dans la Vedette^ « que le nouveau maire était l'âne le plus stupide du département, que le curé Guillot riait beaucoup des neuvaines, communions et pèlerinages dont les vieilles dévotes fatiguaient le Ciel pour obtenir sa conversion, et, qu'en attendant, le Michel, vicaire insermenté, chassé de la cure, avait été forcé d'accepter les lits offerts par les chères sœurs et toute Tinfernale séquelle des béates. »
On a vu le district d'Ornans prodiguer les dénonciations à l'accusateur public. M. Huot, vicaire insermenté à Fuans, fut encore compris dans la même mesure, pour avoir continué ses fonctions. Mais, devant l'impassibilité des juges, leur respect pour la loi et la difficulté de trouver des témoins à charge, toutes ces accusations s'en allaient en fumée, et l'administration en était réduite à pousser des cris de joie, lorsque ses passions venaient à trouver le moindre concours, comme a Baume et à Mort eau.
VI. Le club des jacobins de Pontarlier était, comme celui d'Ornans, maître de l'administration du district, et, quoique un peu plus nombreux, il ne représentait qu'une partie minime de la population. Au milieu d'une ville de plusieurs milliers d'habitants , il ne comptait encore , au mois de novembre, qu'une soixantaine de membres, même en y comprenant les frères et afOiiés des campagnes. A cette époque, il était présidé par le capucin Devillard , devenu curé constitutionnel de Pontarlier, qui ne cessait de composer et de lire au club, des plaidoyers en faveur de la. constitution civile du clergé. Il fit paraître, presque en même tempç, aux frais de la Société, deux écrits, l'un intitulé ; La Naïve Vérité, ou réponse d'un ecclésiastique, membre de la Société des amis de la constitution de Pontarlier, à un de ses confrères ; et l'autre : Production d'un nouveau genre y
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par CL-Fr. Devillard, de Baume^ curé de Pontarlier, jadis P. Lucien, définiieur et gardien des capucins. Le premier de 'Ces écrits, publié pour réfuter un des nombreux catéchismes répandus dans les campagnes par le clergé fidèle, traitait les points suivants : L'Assemblée nationale a-t-elle eu le droit de faire une constitution civile du clergé? Cette constitution n'est-elle pas spirituelle en quelques points, et TAssemblée n* a-t-elle pas en cela dépassé ses pouvoirs? N'a-t-elle pas touché à la discipline de l'Eglise? N'a-t-elle pas détruit la juridiction de l'Eglise ? A-t-elle pu déposer les anciens évê- -ques? Les nouveaux sont-ils des intrus? Que doit-on penser des bulles dites du pape ? Cette apologie, généralement faible pour le fonds, était modérée dans la forme. Les autorités sur lesquelles elle s'appuyait de préférence, étaient Van Espen, Fra Paolo Sarpi, Jac. Lenfant et Durand de Maillane, précurseurs de l'hérésie constitutionnelle. L'auteur y rendait aux sentiments patriotiques et libéraux du clergé fidèle ce témoignage peu suspect : u Les ecclésiastiques avaient d'abord reconnu la légitimité de l'Assemblée nationale. Tous avaient admiré et applaudi à ses opérations; tous avaient adhéré à sa constitution, jusqu'au moment où, en suivant Tordre des choses, elle en est venue à étabUr une ^constitution civile pour le clergé. »
On opposa presque aussitôt à l'ouvrage du P. Devillard une réfutation solide, pleine de logique, mais trop injurieuse, «ous ce titre : L auteur de la Naïve Vérité convaincu d'igné^ rance, de mauvaise foi, d'imposture et d'hérésie, par un ami de ■la vérité. Paris, 1792. Aux reproches de rébellion adressés aux prêtres insermentés , l'écrivain catholique répHquait : ^< Vous osez peindre les prêtres fidèles comme des rebelles, des traîtres qui ne cherchent qu'à exciter des troubles dans leur patrie! Où sont les troubles, les séditions, les émeutes qu'ils ont excitées, les insurrections qu'ils ont provoquées, les meurtres qu'ils ont occasionnés? Sont-ils les auteurs des assassinats, des brigandages, des incendies, des horreurs de toute espèce qui ont souillé notre Révolution? On les a suivis de près partout ; on a épié toutes leurs démarches ; on a intenté mille accusations contre eux, on a fait des pro-
cédiires : a-l-on jamais pu produire une preuve convaincante de ces projets chimériques de contre-révolution, de conspiration contre leur patrie, dont on les accuse? » La vérité évidente pouvait seule poser ce défi avec tant d'assurance et d'éclat.
Le second ouvrage du P. Devjllard était une apologie personnelle de sa conduite depuis sa sortie du couvent, il s'y glorifiait de la part qu'il avait-prise aux travaux du club, surtout lorsqu'on y avait décidé que la promesse de maintenir la constitution civile du clergé était inséparable du serment civique exigé de tous les citoyens. Il rappelait que les observations qu'il avait émises alors avaient été accueillies avec enthousiasme et pubUées aux frais de la société. <c A peine cet écrit parut-il, ajoutait modestement l'auteur, que les ennemis de la constitution en furent effrayés. »
Le nouveau plaidoyer du capucin fut suivi d'une réplique très vive et très piquante , imprimée à Lons-le- Saunier, sous le titre à' Apologie de ma lettre au P, Lucien^ parJeannin, homme de loi. il9^. «Vous avez été capucin, disait le spirituel écrivain, vous l'êtes encore, et, malgré votre étonnante métamorphose , vous le serez toujours. Aucune loi ne vous le défend. Appelleriez-vous défense ce décret qui permet aux religieux de sortir de leurs monastères? Mais la simple permission d'en sortir n'est pas une défense d'y rester. Ce décret n'a été fait que pour balayer l'ordure des cloîtres, éprouver les vrais religieux, séparer la paille d'avec le bon grain. Selon les démocrates, ajoutaitil judicieusement, les monastères n'étaient peuplés que de fainéants, d'ignorants et de scandaleux, et, cependant, presque tous les curés constitutionnels sont des moines ! » Arrivant ensuite aux particularités de la vie du P. Devillard, il racontait qu'au dernier chapitre de l'ordre des capucinsi il avait été déposé de la dignité de définiteur pour cause de trop grande gaieté, et pour avoir laissé introduire la dissipation la plus effrénée dans le couvent de Baume, dont il était gardien. L'auteur dévoilait aussi de curieux détails sur le peu de succès de son ministère pastoral à Pontarlier. <c Personne, disait-il, ne va à la messe pendant la semaine.
et les jours de dimanche , beaucoup de patriotes vont y parader, après avoir entendu la messe d'un prêtre insermenté, pour accomplir le précepte de l'Eglise. »
Vil. Cette hésitation entre l'orthodoxie et le schisme, commune encore à un grand nombre de révolutionnaires, irritait singuhèrement les chefs du parti, et, pour accuser plus fortement la ligne de séparation, le club de Pontarlier décida, le 5 décembre, qu'il afficherait la liste de tous ses membres exclus pour cause d'incivisme ou de refus d'adhésion à la constitution du clergé. Au reste, aucune de ses séances ne se passait sans amener une nouvelle manifestation de sa haine contre l'Eglise catholique. Le 31 octobre, il se plaignit du peu de succès des procédures judiciaires intentées contre les prêtres. Le 5 décembre, sur la demande du club de Besançon, il lui envoya la liste de tous les ecclésiastiques du district réputés séditieux, et députa à la municipalité deux de ses membres chargés de concerter avec elle le désarmement des mauvais citoyens. Le 19 décembre, il s'empressa d'envoyer au club central de Paris son adhésion à la circulaire dans laquelle ce club venait de dénoncer à tous ses affiliés des provinces la pétition du département de Paris en faveur des prêtres. Pour donner plus de facilité à des travaux de cette utilité, l'autorité municipale accorda aux jacobins une salle de l'hôtel de ville, où ils s'installèrent, à la fin de décembre, sous la présidence de M. Parrod, du district.
VIII. Les cathoHques de Pontarlier trouvaient encore de grandes ressources dans le zèle orthodoxe des prêtres faniihers de cette ville. La loi les avait dispensés du serment par la suppression de leur corporation, mais en les autorisant néanmoins à continuer leurs offices pour les morts jusqu'à ce qu'on etit décidé si on devait en charger les curés constitutionnels ou y mettre fin. Une partie de ces familiers étaient attachés par les titres de fondation à la paroisse de Notre-Dame , condanmée à disparaître , et n'avaient pa^. interrompu leur ministère d'expiation et de prière. D'autres prêtres insermentés disaient la messe dans la chapelle de la confrérie de la Croix ou dans les couvents. La municipalité
et le district s'appliquèrent à Tenvi à arracher à la majorité catholique ces derniers asiles.
Le 6 décembre, M. Boissard Ju Chappuis, nouveau procureur de la commune, dénonça à la municipalité un rassemblement nombreux de personnes de tout sexe et de tout âge, qui avait eu lieu, Tavant-veille , dans la chapelle de rhôpital. « Tous les dimanches et fêtes, ajoutait-il, des rassemblements semblables ont lieu chez les annonciades, les iirsules, etc. On y tient des discours et des conférences dans le but d'aliéner les esprits et de les détourner de la Révolution sous prétexte de religion. Je demande qu'on leur défende de sonner leurs cloches et d'employer aucun moyen de séduction par elles-mêmes ou par leurs aumôniers pour amener les gens dans leur rébeUion. » La municipalité décida qu'un commissaire de poUce, escorté des appariteurs, irait dans tous les couvents faire aux religieuses une dernière sommation « d'avoir à refuser l'entrée de leurs maisons à toute personne étrangère qui s'y présenterait sous prétexte de congrégation, conférence, etc. »
Sur une interpellation du procureur du district, M. Billot, procureur général, lui écrivit, le 20 décembre : « Les chapelles des confréries de la Croix ne sont pas des biens nationaux; mais, si on les destinait à l'exercice d'un culte particulier, je pense que l'administration serait dans le cas de les vendre ou de les affermer, puisqu'elles n'auraient plus la même destination. »
Le 23 décembre, M. Boissard demanda encore qu'on fermât absolument l'église de Notre-Dame. « Cette église, disait-il, est devenue le repaire des intrigants fanatiques, un volcan souterrain qui sans cesse vomit le trouble, l'alarme, la tourmente, le poison du fanatisme. On induit les âmes faibles en rébellion contre la sainteté même de notre constitution, par des caresses, des menaces, des dons, des misères. A celui-là on donne une paire de gants, du Unge ; à d'autres, du pain ; à d'autres on promet une succession, à un autre Tassurauce du ciel, tandis qu'on voue à la damnation les zélés patriotes, et on offre une absolution sacrilège si on rétracte le serment civique, si l'on s'engage à tourner le dos
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à un père, à un mari. Il est d'autant plus nécessaire d'arrêter ce torrent d'iniquités qu'ils se flattent d'avoir plus de la moitié des habitants danâ leur parti. » Les vœux de M. da Chappuis furent exaucés ; le jour même de Noël, le district approuva une délibération municipale qui ordonnait la clôture de l'église de Notre-Dame , sous prétexte de maintenir l'ordre et la tranquillité publique et pour obliger les familiers à venir mêler leurs prières à celles du curé constitutionnel. C'était un excellent moyen de procurer quelques auditeurs au P. Devillard, mais les familiers n'hésitèrent pas entre leurs émoluments et leur conscience, et le temple constitutionnel demeura vide.
Les prêtres n'étaient pas seuls en butte aux tracasseries, des autorités jacobines de Pontarlier. Les ursulines, qui dirigeaient gratuitement l'éducation des jeunes filles de la ville^ ayant refusé le serment qu'on voulait leur imposer en qualité d'institutrices publiques , leurs classes furent fermées par la municipalité , le 20 décembre, et on fit poser, à Ornans et à Salins, des affiches pour demander de nouvelles institutrices : appel infructueux qui ne combla nullement le vide laissé par le dévouement gratuit.
Les simples fidèles avaient aussi leur part dans la persécution. M. Battandier annonça, le 25 novembre, la saisie de deux exemplaires du Dernier Prône d'un curé du Jura, a Le but, disait-il, de cet écrit, distribué et vendu à la sourdine dans la ville, est d'exciter les citoyens, sous prétexte de religion , à la désobéissance aux lois , à la division des familles et même à la subversion de la société, notamment à la page 44. Les exemplaires saisis ont été achetés chez la veuve Colin-Galle et son fils , et comme la distribution en a été prodiguée à dessein dans les campagnes, ce qui menace des plus grands dangers, je requiers que les vendeurs soient dénoncés à l'accusateur pubhc. » La municipalité fît droit à cette requête et décida, en outre, que son arrêté serait pubUé avec le réquisitoire du procureur de la commune. Le tribunal du district déclara qu'il n'y avait pas lieu à accusation, et que s'il y avait un déUt, il était tout au plus justiciable de la police correctionnelle. Pour contrebalancer le
(JONTI^UATIOI<( DB LA LOTTB CONTRE LE SCHISME. i5^
mauvais effet des écrits de ce genre, la municipalité de Pontarlier décida que la commune s'abonnerait, pour trois mois, au Journal des ecclésiastiques patinâtes, « composé^ disait-elle, de discours contre le fanatisme. »
IX. Les catholiques des campagnes n'étaient pas moins malmenés que ceux de la ville. Le 24 novembre, le procureur syndic Violand exposa au district que les arrêtés pris contre MM. Vauthier, curé , et Pochard, vicaire à Chapelled'Huin, n'avaient reçu aucune exécution de leur part, et que M. Pochard continuait à offlcier publiquement dans la chapelle du Souillot. Le directoire arrêta, en conséquence, que les gendarmes se rendraient à Chapelle-d'Huin pour expulser ces deux prêtres et conduire M. Pochard dans les prisons de Pontarlier, si on le surprenait occupé à des fonctions ecclésiastiques. Les gendarmes se mirent en route pour cette expédition le dimanche suivant, et, après avoir réuni à ChapeUe-d'Huin un détachement de gardes nationaux patriotes pour leur prêter main-forte , ils arrivèrent au Souillot, avec un officier municipal, environ trois heures après midi. Ils entrèrent dans la chapelle, où M. Pochard chantait les vêpres en présence d'une foule considérable, et se rangèrent autour de la porte en attendant la fin de la cérémonie. Après le chant des vêpres, M. Pochard donna la bénédiction avec un calice, et, apercevant alors les soldats , il recommanda aux assistants de rester tranquilles, de ne faire aucune rébellion, et vint se livrer entre les mains des gendarmes. Malgré ses instances, les habitants du Souillot voulurent s'opposer à son arrestation; alors la gendarmerie les laissa aux prises avec les gardes nationaux de Chapelle-d'Huin, et pendant qu'ils poursuivaient ces derniers à coups de pierres , elle emmena à la hâte M. Pochard et l'écroua dans la maison d'arrêt de Pontarher.
Le brigadier Chognard, après avoir exposé ainsi luijuème au district les circonstances de son expédition, dénonçait nominativement quatre personnes du Souillot comme ayant montré le plus de résistance. Le lendemain, le directoire arrêta « que le procureur syndic dénoncerait au tribunal du district le sieur Pochard, non-seulement
pour ce dernier délit, mais encore pour s'être permis de bénir la chapelle du Souillot dans le courant du mois de septembre, d'y avoir dès lors célébré grand'messe et vêpres tous les dimanches et fêtes, d'y avoir établi des congrégations et des confréries, et fait tous les prônes et sermons en usage dans les paroisses ; et, comme l'inculpé avait été saisi en flagrant délit, le district autorisait le procureur syndic à le retenir en prison. Le district arrêta aussi que Jac. Gachard, Cl.-Jos. Chapuis, la fille de ce dernier et Marianne Renaud, du Souillot et de Chapelle-d'Huin, seraient également dénoncés à l'accusateur public pour avoir résisté aux gendarmes.
X. Ces mesures de rigueur ne pouvaient décourager les prêtres fidèles. A peine sorti des prisons de Pontarlier, le courageux vicaire de Morteau, M. Parent, rentrait journellement dans la ville, dont le séjour lui était interdit, et ne craignait même pas d'aller confesser à l'église, où il se vit un jour poursuivi par le procureur de la commune. Les gendarmes de Morteau, en signalant ces faits au district le 26 novembre, demandaient un duplicata de l'arrêté qui condamnait M. Parent à leur payer huit livres pour l'avoir conduit à Pontarlier, afin, disaient-ils, de les lui faire payera la première rencontre.
Le vicaire en chef de la Combe-sou s-Motte ayant obtenu une cure en récompense de son serment constitutionnel, et l'église de ce village se trouvant à peu près abandonnée par l'intrus de la Grand'Combe, chargé de la desservir, MM. Vuillin, curé de Ronchamp dans la Haute-Saône, Faivre et Borne, prêtres fidèles, en profitèrent pour y célébrer leur messe, comme une loi expresse les y autorisait. Chaque dimanche, la population se réunissait paisiblement autour de leur autel silencieux, en attendant le retour des chants et des solennités accoutumées. Ces réunions inofiensives excitèrent la colère de l'officier municipal Joly, ennemi déclaré des prêtres, qui dénonça ces ecclésiastiques comme apportant le trouble dans la paroisse. A sa demande, le district l'autorisa à rassembler des gardes nationaux tous les dimanches pour empêcher les réunions qui avaient lieu à l'église,
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90US prétexte que des troubles pouvaient en résulter ; et comme il était le seul membre de la municipalité qui méritât la confiance des patriotes, le district le chargea provisoirement, et sauf approbation du département, de donner seul des ordres à la garde nationale, au mépris de l'autorité municipale et des lois.
Le droit de MM. Faivre et Vuillin à dire leur messe dans xme église conservée et le droit de la population à y assister étaient tellement incontestables, que ces deux prêtres se présentèrent au district pour réclamer contre son arrêté illégal et lui annoncer qu'au besoin ils en appelleraient au département. Le district prit les devants et écrivit aussitôt à ce dernier: « Deux prêtres rebelles à la loi, Vuillin et Faivre, contre lesquels nous recevons tous les jours les plaintes les plus amères, se sont présentés efirontément en notre directoire aujourd'hui, avec la requête d-jointe, relative à deux arrêtés que nous avons pris provisoirement contre eux. ils en demandent la suppression avec la faculté de célébrer , c'est-à-dire de continuer à mettre le trouble dans le pays. Parmi tous les griefs qui nous sont parvenus contre eux, nous nous contentons de joindre à leur requête un rapport du nouveau curé de la Grand'Gombe, desservant de la Combe-sous-Motte, sur les insultes qui lui ont été faites et dont les premiers auteurs sont les deux personnes en question, quoiqu'il n'ait pas voulu les désigner expressément. A vue de cette pièce, vous verrez ce que vous aurez à faire, car ces messieurs se proposent d'aller auprès de vous solliciter une décision favorable sur leur requête, n Le département, croyant étoufi^er les manifestations du peuple par l'éloignement des prêtres qui ne faisaient pourtant que calmer les esprits, mais en les éclairant, ratifia les -arrêtés illégaux du district. Celui-ci s'empressa de lui adresser ses remerciements en ajoutant: « Il y a longtemps que nous vous disons que sans la fermeté tout est perdu, et que l'aristocratie et le fanatisme baissent le dos toutes les fois qu'on leur montre les dents. Cela doit bien faire regretter le temps perdu aies soufirir; mais, bref, si vous voulez sauver la liberté, montrons de l'énergie pour l'exécution des lois. »