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iCf2 CHAPITRE XIX.
Ces derniers mots terminaient singulièrement une lettre destinée à remercier le département du concours qu'il venait de donner à une illégalité flagrante.
Mais tout ne fut pas fini à la Combe-sous-Motte par Texpulsion de MM. Faivre et Vuillin. Le 27 décembre, le district transmit au département un nouveau procès-verbal contre deux prêtres fidèles qui étaient venus prendre la place de leurs confrères, et répéta « que pour mettre un frein à leur audace, il était indispensable de les combattre à outrance. »
Pendant que la force armée éloignait les prêtres orthodoxes , la force morale de Topinion réduisait plusieurs prêtres schismatiques à la même extrémité. Le district s'en plaignait ainsi amèrement au département, le i3 décembre : (c De tous côtés on ne parle que d'efforts coupables, de complots, de projets de contre-révolution, et Ton infère de ce qu'on ne peut rien trouver de bien condamnable, que les administrateurs ne font point leur devoir. On vous implique, on nous attaque de connivence, comme si nous réunissions le pouvoir Judiciaire au pouvoir administratif. Nous avons fait quantité de dénonciations aux tribunaux dans le temps; aucun jugement n*a encore été porté : c'est donc plutôt aux tribunaux qu'on devrait s'en prendre. Leur indifférence est impardonnable pour des gens qui gagnent tout à la Révolution, et il semblerait par leur négligence qu'on a garanti leurs têtes du massacre tramé contre les patriotes. Nous venons de voir une lettre d'un député à l'Assemblée nationale ( M. Michaud probablement) qui nous instruit de l'arrestation d un calotin provoquant au Palais-Royal le massacre de tous les membres de la législature. La correspondance de ces scélérats avec leurs confrères a communiqué leur souffle impur à toute l'engeance noire, qui médite de faire exécuter leurs crimes en se mettant d'abord elle-même en sûreté au moyen des âmes qu'elle abuse.
» Le curé Beurey, des Hôpitaux , et celui de la Grand'- Combe (M. Gaudion) sont ceux de notre district qui y ont causé le plus de maux. Celui des Hôpitaux a perverti sa paroisse, et il a eu le talent d'empêcher d'abord le desservant provisoire, puis le curé constitutionnellement élu, chargés
de le remplacer, d'accepter cet emploi. Il a détourné, à lui seul, quantité de prêtres d'obéir à la loi. C'est lui qui a engagé l'abbé Pochard, aujourd'hui poursuivi criminellement, à continuer ses fonctions pastorales au Souillot ; enfin il dit qu'il ne sortira jamais de sa paroisse que par la force: ce qui semble annoncer qu'il sera soutenu de tous ses paroissiens égarés. Celui delà Grand'Combe, avec une tête moins altière, quoique non moins chaude, a fait pour ainsi dire autant de mal en agissant plus sourdement et par cela même plus dangereusement. Il a eu peine à déguerpir, il s'y est enfin décidé; mais il a su tellement disposer l'esprit de son troupeau infortuné, qu'à force de tourmenter son successeur (le moine Cupillard), celui-ci n'a pu supporter les insultes et a pris le parti de retourner à une cure qu'il possédait à Lyon. Il est important de se hâter d'envoyer des desservants dans ces deux cures. Le mal gagne, il ne faut pas attendre qu'on ne puisse plus y remédier. Pressez donc M. l'évêque de faire ces remplacements. Il serait bon que nous en fussions avertis, afin de pourvoir à la sûreté des candidats lors de leur installation. Un autre prêtre bien dangereux, d'après le rapport même des personnes dont il dirige la conscience, c'est l'abbé Gaufire, vicaire en chef à la Cluse; il mériterait bien aussi d'être remplacé. Si on trouvait trois desservants, le plus grand service que vous puissiez rendre à notre district, c'est de nous les envoyer. Ils ne devront pas ignorer qu'ils auront un bon traitement et l'espoir presque assuré d'être ensuite élus curés. Nous envoyons une copie de notre lettre à M. le métropolitain. »
Malgré tous ces avantages, il devenait impossible de trouver des intrus, même parmi les moines , et le district eut beau en demander une seconde fois à l'évêque, le 15 décembre , lui en redemander une troisième fois, huit jours après : « J'ai fait tout ce qui a dépendu de moi , répondit M. Seguin, pour trouver des desservants; mes recherches, à mon grand regret, ont été jusqu'ici infructueuses. Je viens de tenter un nouveau moyen, c'est de convoquer trois prêtres par district à l'effet de conférer avec eux sur les moyens de pourvoir à la desserte des cures vacantes, »
i64 CHAPITRE XIX.
XI. Un jeune prêtre, qui unissait à de grands talents le plus beau caractère, M. J.-Gl. Monnot, de Saint-Point, vicaire à Villeneuve-d' Amont, avait eu le malheur de se laisser séduire par les apparences réformatrices de la constitution civile du clergé. Elu curé de Goux-lez-Usiers, il lui avait été aussitôt notifié par cette paroisse fidèle, qu'il pouvait venir s'y installer en toute sécurité, mais que les habitants n'auraient jamais aucune communication avec lui. M. Monnot, d'abord entraîné par un enthousiasme irréfléchi, n'avait pas tardé à éprouver lui-même des doutes. Le 8 septembre, il écrivit confidentiellement à M. Seguin : « Mes angoisses renaissent ; plus que jamais je ne puis accepter une cure. D'un côté la constitution du clergé me frappe et m'étonne, je la regarde comme un effort du catholicisme le plus épuré, je voudrais la soutenir aux dépens de ma vie. Je ne puis concevoir que ce chef-d'œuvre ait été enfanté dans un siècle où la philosophie est sur le trône et la religion sans honneur. Des idées toutes disparates viennent fondrQ sur moi ; je languis , mon caractère est tout changé, et ma malheureuse existence n'est qu'un supplice continuel. Vous êtes mon supérieur, mon père, je me jette dans vos bras. » Le 2 octobre, M. Monnot écrivit à l'évèque pour le prévenir que le choix des nouveaux curés était déplorable et nuisait singuhèrement au parti constitutionnel. Enfin, le 30 novembre, il adressa ses derniers adieux à M. Seguin et à son église, dans une lettre touchante qui peint trop bien les perplexités et les souffrances d'un cœur passionnément chrétien et Ubéral, au miUeu de ces tristes conjonctures, pour n'être pas reproduite ici en entier :
« Monsieur, jusqu'à présent j'ai été le partisan zélé de la constitution civiledu clergé ; je l'avais adoptée avec unempressement incroyable. Je ne voyais dans l'étonnante révolution qui vient de s'opérer que la hberté substituée à l'esclavage, la loi à l'autorité arbitraire, le règne du peuple à celui des grands , l'ancienne discipline de l'EgUse à celle introduite par une longue suite d'abus ; en un mot, je croyais que la constitution ne heurtait que les préjugés, ne blessait que l'avarice et n'humiUait que l'orgueil. Avec une telle pré-
CONTII^UATION DE LA LUTTB CONTRE LE SCHISME. 165
vention, il est aisé de deviner que je dévorais avec avidité tout ce qui paraissait en faveur de mon parti. Malgré le mépris que je faisais des doutes qui me survenaient de temps en temps, ils ne laissaient pas de me causer de l'inquiétude. Telle était ma position lorsque j'arrivai à Besançon, le H courant, dans l'intention de vous demander l'institution canonique pour la cure de Goux. Mais heureusement pour moi on attendait à chaque courrier le décret qui fixerait le sort des prêtres insermentés et par conséquent celui des paroisses qui se déclareraient non conformistes. Gomme les habitants de ma future paroisse m'avaient signifié par huissier qu'ils voulaient profiter du bienfait de la liberté des cultes, je crus qu'il était prudent d'attendre une décision positive avant de prendre mon parti définitif. L'afiaire traînant en longueur, le désœuvrement dans lequel je me trouvai laissant un libre cours à mes idées , mes craintes, mes doutes, mes inquiétudes, grossissaient au point de ne me laisser aucune tranquillité. Adresse-toi, me disais-je, à M. Seguin, il t'a toujours accueilli avec une espèce de distinction, il jouit de la plus haute réputation ; tu connais sa vertu, ses talents, son mérite; il lèvera tes doutes, calmera tes inquiétudes. Dans d'autres moments je croyais qu'il était plus prudent d'aller trouver quelqu'un de ces hommes que je respectais tant autrefois, que je regardais comme des oracles, pour lesquels j'ai toujours conservé la plus profonde vénération , quoique leur opinion difierât de la mienne. Pour me tirer de cette perplexité embarrassante, je résolus de m'isoler des deux partis, de me procurer les ouvrages les plus célèbres pour et contre, de les étudier, de les méditer, de les comparer et de prendre enfin l'opinion avec laquelle je vivrais sans remords. Mes vues étaient droites, je mis Dieu dans mes intérêts, et la Providence permit qu'un ouvrage intitulé : Témoignage de la raison et de la religion contre la constitution civile du clergé, tombât entre mes mains. C'était ici, Monsieur, que Dieu m'attendait pour parler à mon cœur. J'étais fortement prévenu en faveur du Préservatif contre le schisme et de V Accord de la raison, de la moj*ale et de la religion sur la constitution du clergé, par les évèques constitutionnels
membres de l'Assemblée constituante. Mais je vis jusqu'à l'évidence que les principes établis dans ces deux brochures étaient faux et erronés; les conséquences qu'on en tirait, des erreurs ou des hérésies; les faits qu'on y alléguait en preuves, souvent falsifiés et dénaturés, au point de porter avec eux l'empreinte de l'ignorance ou plutôt de la mauvaise foi de ceux qui les citaient comme décisifs. Je crois donc que j'ai été dans l'erreur la plus grossière jusqu'ici ; je crois que la constitution prétendue civile du clergé renverse les fondements de la religion ; en un mot, je crois qu'il appartient à l'Eglise de se gouverner elle-même, et qn'aucune autorité temporelle n'a le droit de lui prescrire des règles auxquelles elle soit forcée de s'assujettir. Telle est. Monsieur, ma profession de foi, et je serais un hypocrite, un foutbe , si je n'agissais pas en conformité de ce que je me crois prescrit par ma religion. Je retourne donc à M. de Durfort , mon légitime évèque, que j'avais abandonné par erreur et qui n'a pu être déposé par l'autorité civile. La démarche que je fais aujourd'hui, Monsieur, ne doit point paraître suspecte, ni dictée par une politique mensongère ; je connais les derniers décrets qui vont rendre Iriomphaute la constitution prétendue civile du clergé : n'importe, je suis ma conscience, je la conserverai pure , dùl-il m'en coûter la vie. Malgré ma rétractation , je n'oublierai jamais les devoirs qui me sont imposés comme citoyen. Un faux zèle ne m' emportera jamais au delà des lois civiles dans tout ce qui est de leur ressort, et je saurai toujours rendre à César ce qui lui appartient. Quoique j'abandonne le parti constitutionnel, que j'avais d'abord épousé avec tant de chaleur , je ne serai jamais assez ingrat. Monsieur, pour perdre de vue les bontés que vous avez eues pour moi et la confiance que vous m'avez témoignée en me nommant votre commissaire pour l'organisation des paroisses du district de Pontarlier. Je serai , au contraire, toujours le premier à vous rendre les hommages qui sont dus aux grands talents; et si mon opinion me force à croire que vous êtes dans l'erreur, je pubherai partout qu'elle est involontaire et une suite de votre grand amour pour le peuple. »
CONTINUÀTrON DE LA LUTTE CONTRE LE SCHISME. 167
M. Monnot écrivit le même jour au district pour lui notifier sa rétractation, en lui exposant avec la même candeur les circonstances qui avaient amené ce changement. « J'étais encore aveuglé , disait-il , lorsque j'appris la démission ou plutôt la rétractation de M. Charrier de la Roche, métropolitain de Rouen. J'avais lu tous ses ouvrages en faveur de la constitution du clergé ; je savais qu'il était le coryphée des conformistes, et la nouvelle de son changement me causa la plus vive inquiétude. » Racontant de nouveau l'impression profonde qu'avait produite sur lui le beau et courageux écrit de M. de Vauvilliers, professeur au Collège de France, adjoint au maire de Paris, et plus tard membre du conseil des Cinq-Cents : « Cet ouvrage, disait-il, était d'autant moins suspect que l'auteur est un séculier, élevé à la dignité d'officier municipal par le peuple de Paris, lors des premières élections. J'y trouvai la question traitée avec cette clarté, cette précision, cette justesse, qui portent avec elles la conviction dans l'esprit de tout homme qui cherche sincèrement la vérité et qui ne se ménage aucune issue. » .M. Monnot terminait sa lettre par ces nobles paroles : a Je crois que la bonne foi peut seule excuser d'hérésie et de schisme ceux qui soutiennent opiniâtrement la constitution du clergé, et je suis persuadé. Messieurs, que vous seriez les premiers à me blâmer et à me mépriser si je ne suivais pas l'impulsion de ma conscience. Ah ! quel autre motif pourrait donc me diriger ? Les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, les sacrifices que je fais, l'état humihant «où je me réduis, la triste perspective qui se présente à ma vue, tout cela vous annonce assez que la religion seule me •commande et me dirige. Quoique mon opinion religieuse soit •différente de ce qu'elle était, ne croyez pas cependant. Messieurs, que j'en serai moins dévoué à la chose publique. Je vous prouverai par ma conduite qu'on peut avoir un culte I)ien différent de celui de ses maîtres, et rester^ malgré cela, un excellent serviteur. Si nos grands politiques, qui ont été les auteurs de la constitution, avaient cru que cela fût impossible, jamais il ne leur serait venu dans l'idée de tolérer toutes les reUgions; la mienne me recommandera toujours
d'être soumis à Dieu et ensuite aux autorités établies pour le gouyernement civil. C'est dans ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, votre très humble serviteur. »
Tant de sincérité, de désintéressement et de courage, nepurent toucher les administrateurs du district, et pendant que la Vedette insultait M. Monnot, en attribuant sa conversion au dépit de n'avoir pas été nommé directeur du séminaire, ils ordonnèrent à M. Petite, curé de Villeneuved' Amont, d'interdire à son vicaire toute fonction ecclésiastique. Ce curé était un homme de bien, égaré aussi par ses affections populaires, mais foncièrement attaché à l'Eglise, dont il ne se croyait pas autant séparé qu'il l'était. Son cœur se révolta à l'idée de perdre M. Monnot, qu'il aimait paternellement, et il écrivit au district pour demander Tautorisation de le conserver. Le district lui répondit par un refus et une leçon de droit canonique, mais avec tous les égards dus à un calotin qu'il était important de ménager.
(( C'est avec peine, lui disait-il, que nous ne pouvons en* aucune manière nous prêter à votre désir. Nous comprenons aisément votre position fâcheuse; mais, malgré cette circonstance, nous tenons et nous tiendrons constamment à l'exécution de la loi. Tout réfractaire, à l'exemple du versatile et parjure Monnot, qui continue les fonctions pastorales, est dans le cas d'être poursuivi comme criminel. S'il s'avise de les exercer, nous le ferons saisir et le livrerons au tribunaU Vous pouvez lui faire connaître nos sentiments et lui annoncer que son procédé révolte la raison ; il indigne la religion même. Le temps arrivera où le bandeau de son étourderie ou de sa mauvaise foi se lèvera ; alors il reconnaîtra la profondeur de son perfide écart. Qu'il réfléchisse î Ne perdons jamais de vue ce fameux principe que l'empire et le sacerdoce ont consacré : Le gouvernement extérieur de l'Eglise doit se conformer au gouvernement civiK 11 résulte du célèbre concile de Chalcédoine, de celui m Frulh. L'empereur Théodose dans son Code, Justinien dans ses Novelles, Charlemagne dans ses Capitulaires, et saint Louis dans ses Actes, l'ont canonisé. La constitution civile du clergé ne porte que
sur le gouvernement extérieur de l'Eglise, ou, pour mieux dire, sur la répression de ses abus. Elle ne change rien à la foi ni au dogme. Elle ne les change pas plus que les Capitulaires de Charlemagne et les Actes de saint Louis ; et ces deux grands princes, nonobstant les menaces' du Vatican pendant leur vie, ont été mis après leur mort au rang des saints, par une canonisation solennelle. Les prêtres rebelles à la loi ne se servent donc de la religion que comme d'un prétexte pour opérer une contre-révolution ; mais leurs efforts seront impuissants. Convaincus de la solidité de vos principes, de la force de votre âme, de votre sagesse et de votre bonne conscience, nous aimons à nous persuader que vous continuerez à vivre et mourir dans le sens de la constitution. Nous sommes, avec une cordiale fraternité, de bons chrétiens et de bons compatriotes. — Battandier, Bévalet, Parrod et Violand. »
Les compUments de ces bons chrétiens et leurs fantaisies historiques ou théologiques, dont ils auraient été fort en peine de prouver le moindre mot, n'arrêtèrent pas le curé de Villeneuve. Il savait que le district n'avait à sa disposition ni assez de prêtres schismatiques pour remplacer les vicaires insermentés, ni assez de gendarmes pour les poursuivre, et, bien résolu de mettre son embarras à profit, il lui répondit dès le lendemain « qu'il ne pouvait se déterminer à congédier son vicaire, d'abord parce qu'il ne saurait suffire à deux dessertes très pénibles, et ensuite parce que les qualités personnelles de M. Monnot le rendaient estimable à tous égards. »
XII. La rétractation de M. Bidault, curé du Lac-ou-Villers, avait précédé de quelques semaines celle de M. Monnot, et pour que le district pût expulser immédiatement l'auteur d'un si grand scandale, M. Seguin s'était empressé de mettre le carme Nicolet à la tète de cette paroisse. Ce moine fut mal accueilli par la population et s'en plaignit aussitôt au district , en accusant de sa disgrâce M. Caille^ curé insermenté de Marsan, qui était venu se réfugier au sein de sa famille et jouissait d'une grande autorité à Vil- 1ers. Le district jugea lui-même que les torts de M. Caille
n'étaient pas suffisamment prouvés et se borna à l'inviter à plus de circonspection dans ses propos. Le 12 décembre, seconde plainte du P. Nicolet à la suite de nouvelles insultes. Le district, la trouvant encore trop vague, renvoya Nicolet à se pourvoir devant les tribunaux compétents. Le i 5 décembre, troisième plainte : « S'il me fallait rester longtemps comme je suis, écrivait au district le délégué de M. Seguin, il ne me serait pas possible ; je suis à Villers en crainte. Je suis tous les jours critiqué par les fanatiques. Une femme m'a encore dit que j'étais un intrus, un gredin, et que j'étais venu semer l'hérésie et le schisme dans la paroisse. Un Jos. Bournet débite des écrits incendiaires qu'il dit venir du pape, et qui fonV mauvais effet; il se vante d'en avoir toujours dans ses poches. Pour aujourd'hui, il y a assemblée d'abbés Caille et autres chez l'abbé Receveur, du Chauffaud , chef des aristocrates, chez qui on distribue les livres incendiaires, et qui prêche habituellement contre la constitution. Il fait un tort irréparable dans nos cantons. Il serait très à propos d'y remédier promptement en fermant leurs églises, sans quoi je serai peut-être obUgé d'abandonner mon poste. Je me conformerai en tout à ce qui émanera de vos respectables personnes. Je laisse à vos dispositions de me donner quelque chose pour ma subsistance, si vous le jugez à propos. » Pour rassurer ce pauvre homme, le district lui répondit d'un ton paterne : « Nous ne doutons nullement que vous ne disiez la vérité dans les accusations que vous nous faites; mais il faut nous donner les noms des témoins et dire qu'ils sont témoins de tel ou tel fait. Fort de sa propre conscience, l'homme vertueux ne s'inquiète point de ce que l'on dit de lui dans le secret ; nous vous invitons à faire de même ; mais si l'on a le front de hasarder publiquement des propos indiscrets sur votre conduite, en présence de témoins, portez-les sur votre plainte sans crainte ni danger. Nous, vous annonçons avec plaisir un arrêté du dépaitement qui accorde aux suppléants le même traitement qu'aux curés. Ainsi, avec douze cents livres et vos messes, vous pourrez vous tirer d'affaire en bravant tous les propos, vez persuadé que bientôt les rebelles seront mis à la
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raison : la mesure se comble , les lois en feront justice. » Le district écrivit en même temps à M. Jos. Receveur, du Chauffaud, qu'il ne faut pas confondre avec le fondateur de la Retraite : « Nous sommes informés qu'au mépris des décrets, vous faites toutes sortes de fonctions pastorales et présidez à des rassemblements proscrits par la loi. Si cela continue, nous vous dénoncerons et ferons fermer la chapelle du Chauffaud. » M. Caille reçut de son côté cet avertissement : « Il y a des plaintes sur votre compte. On dit que vous vous insinuez dans les familles pour mettre le trouble dans les consciences. Si vous persistez dans cette conduite, nous vous dénoncerons, au premier avis de la municipalité, à laquelle nous enjoignons d'y veiller soigneusement. » Enfin les officiers municipaux reçurent par le même courrier Tordre d'appréhender au corps MM. Caille et Receveur, s'ils se mêlaient de faire des fonctions pastorales : « Vous avez prêté serment à la constitution, ajoutait le district, et vous seriez des parjures si vous ne travailliez pas à la maintenir de toutes vos forces. »
L'abbé Faivre, membre du club de Pontarlier, nommé curé à Montbenoît, n'était ni plus aimé ni plus tranquille. Pour l'encourager, le district lui répondait, le 16 décembre: « C'est de toutes parts que nous recevons des plaintes contre les prêtres réfractaires ; ils sont les ennemis les plus cruels de la constitution et cherchent par tous les moyens à en hâter la ruine. Mais il faut avoir de la patience, du courage et de la fermeté. Le terme de leurs horreurs arrivera enfin, car il est impossible que leurs scènes se jouant sur toute la surface de l'empire, l'Assemblée nationale ne fasse pas de nouveaux efforts pour obtenir la sanction du décret qui doit les mettre à la raison. »
Un arrêté du département, en date du 28 août, avait enjoint à M. Lyme, vicaire en chef à Aubonne, età M. Hème, prêtre auxihaire, de cesser toutes fonctions pastorales et de s'éloigner au moins à trois Ueues. M. Hème protesta contre cet arrêté, qui ne reçut aucune exécution, parce qu'on ne trouva en ce moment aucun prêtre pour remplacer ces ecclésiastiques. Le 28 octobre, le district prit un nouvel arrêté
d'expulsion contre eux, à la demande de la municipalité patriote^ et chargea le curé d'Arc-sous-Cicon de desservir Féglise d'Aubonne comme il Tentendrail. MM. Hème et Lyme, se tenant dans les limites de la légalité, abandonnèrent l'église paroissiale au culte constitutionnel, mais restèrent dans la commune, et continuèrent leurs offices dans la chapelle du château de M. Marguier d'Aubonne, où une grande partie de la population les suivit. Une troisième dénonciation de la part de cette municipalité haineuse amena un nouvel arrêté du district, qui déclara, le i" décembre, MM. Hème et Lyme coupables de la désobéissance la plus audacieuse, et les traduisit devant les tribunaux comme perturbateurs de l'ordre public. Le 24 janvier 1792, le département ordonna encore une fois leur expulsion.
XIII. Le petit district de Quingey, moins soumis que les autres à l'influence des clubs, fut exposé à moins de troubles et d'orages. A part une dénonciation de la municipalité d'Arcet-Senans, contre Taumônier insermenté des salines, à raison des sacrements qu'il administrait dans la chapelle de cet étabUssement, on ne trouve à signaler que les deux faits suivants :
Le directoire du district, informé que l'église de Coulans était desservie par des prêtres insermentés, avait donné ordre à l'intrus d'Eternoz d'aller y célébrer les offices. Le 4 décembre, ce prêtre rendit le compte suivant de sa mission : « Je me suis transporté à Coulans avec deux gardes nationaux d'Eternoz. J'ai présenté au maire la lettre qui lui était adressée de votre part, et il m'a répondu que ses concitoyens ne pouvaient me reconnaître pour leur curé. Je l'ai invité à réunir les autres officiers municipaux, il Ta fait ; j'ai paru devant la. commune assemblée, j'ai demandé les clefs del'éghse; l'abbé Simon, qui était présent, a exhorté la commune à me les refuser, ce qui a eu lieu. Je me suis retiré, et une troupe de petits pensionnaires venus sous la conduite d'un ermite de Saint-Loup près Coulans, pour entendre la messe de l'abbé Sinàon, a voulu me huer à ma sortie. Je me suis détourné pour les faire taire, et ils ont cessé. Après midi, on est venu me dire que le sieur Simon,
méprisant vos ordres, avait encore chanté la grand'messe après mon départ. Il me paraît que pour arrêter le mal, il faut le couper à sa racine. Le sieur Simon est regardé dans le voisinage comme Tauteur de tous ces troubles. Vous devez donc instamment décréter une prise de corps contre lui , faire fermer l'église^ et me faire tenir les clefs à Eternoz, punir le maii:e de Coulans et Termite de Saint-Loup. La garde nationale d'Eternoz donnera main-forte aux cavaliersarchers que vous enverrez pour cette expédition. Je souhaiterais que cela fût fait pour la Conception de la sainte Vierge. On se plaint que le sieur Simon confesse et communie à Coulans, et y attire tous les aristocrates du voisinage. Il 7 a aussi une chapelle à l'ermitage de Saint-Loup, où il est à craindre qu'il ne se retire ; vous devez y parer. »
Le district transmit au département cette lettre si pleine de prévoyance^ en ajoutant : u que Coulans n'étant éloigné d'Etemoz que d'un bon quart d'heure, son égUse devait être supprimée comme inutile, et les vases sacrés transportés à Eternoz; que ce parti était d'autant plus urgent que Simon, ex-curé de Malans, et Gervais, ex-curé d'Etemoz , étaient parvenus à séduire la totalité des habitants de Coulans et Refranche^ et qu'on exposerait un curé constitutionnel en le chargeant de les desservir. »
Cet arrangement était trop conforme à la manière dont le département appliquait lui-même les articles de la constitution qui assuraient au peuple la Uberté de son culte et le ehoix de ses pasteurs, pour ne pas obtenir l'approbation la plus complète.
Comme le département n'avait aucune bonne raison à opposer à la loi, Û affecta de se montrer plus prudent qu'elle, et motiva la fermeture de l'égUse de Coulans «sur ce qu'il y avait dans ce village des gens mal intentionnés qui excitaient à la désobéissance aux lois, et que si l'église restait ouverte, il ne pourrait en résulter que de très grands désordres. » Les Ueutenants de pohce de l'ancien régime n'auraient pas mieux dit.
Mais si le district de Quingey n'était pas aussi bien monté en clubs que les autres, il fournissait comme eux des cor^
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respondants à la Vedette. L'un de ceux-ci y écrivait, vers la fin de décembre, avec cette sorte de gaieté qui caractérisait le journal de l'abbé Dormoy : « Nos réfractaires ne prêchent plus guère de jour; ils font comme les lièvres, qui ne vont à la picorée qu'après le coucher du soleil. M. Vabbé Gauthier, de Foucberans, ci-devant vicaire à Rurey, neseraplus tenté, à ce qu'on assure, de suivre cotte méthode- 11 vint dernièrement pour endoctriner certaines personnes d'Epeugney. La garde nationale, qui en fut instruite, fit les plus grandes perquisitions pour le découvrir. On le trouva enfin étendu dans un farînier d'oii on le vit sortir blanc connue un ange, après y être entré aussi noir qu'un diable. La vue de ce Jeanfarine a fait tomber les armes des mains de nos volontaires. Les ris immodérés de ces jeunes gens leur ont fait oublier le caractère public dont ils étaient alors revêtus. » Le correspondant de la Vedette se trompait; ces jeunes gens avaient oublié leur caractère public au moment même où, pour violer le domicile d'un particulier, ils avaient pris des armes qu'ils n'avaient reçues que pour le maintien de l'ordre et qu'il ne leur était permis de prendre que sur la réquisition de l'autorité.
XIV. Les relations des administrateurs deSaint-Hippolyte avec le département continuaient a être fort peu sympathiques , malgré toutes les concessions qu'ils ne cessaient de faire aux passions anti-religieuses. Dans sa séance du 1" décembre, le conseil général du département pril, sur le rapport de M. Cart, un arrêté qui approuvait hautement la conduite de son directoire dans ses démêlés avec l'administration de Saint-Hippolyte au sujet du remplacement des curés insermentés, condamnait de nouveau la résistance du district, et taxait d'insolence et de méchanceté le mémoire )ublté à ce sujet par M. Pourcelot. Quelques jours auparavant, la Vedette avait déjà signalé à l'animadversion des jatriotes ce procureur syndic, connue un traître, un délaeur et un calonmiateur.
Le tribunal de ce district n'était pas mieux vu des jaco- )inB. La Vedette le dénonçait ainsi, le 23 décembre : « Le héocratisme fait dans le district de Saint-Hippolyte les plus
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grands ravages. Il serait bien à souhaiter que M. le garde des sceaux se donnât la peine d*écrire souvent à messieurs du tribunal. La France lui a donné pour armoirie une main, c'est sans douto pour frapper au visage les juges coupables qui s'endorment à côté de la loi, ou pour écrire à ceux qui veillent et ne remplissent pas leur tâche. Nous espérons pour l'avenir; mais quand on souffre, quatre ans sont encore bien longs. »
XV. Le directoire du district, tout en se tenant dans les limites de la loi, ne négligeait rien pour venir en aide aux intrus. Sur sa réquisition, les municipalités du Bizot, du Russey, de Mémont, de Narbief et de la Bosse (i), se rendirent à Saint-Hippolyte avec M. Isabey, leur curé insermenté, pour rendre compte de l'opposition que M. Reynaud- Ducreux, élu curé constitutionnel de cette vaste paroisse, avait rencontrée pour son installation. Les membres du conseil général du Bizot exposèrent d'abord que leur maire et leurpremier officier municipal, MM. Prêtre et Isabey, avaient été proclamés déchus de toutes fonctions par le département, pour avoir refusé de participer à l'élection des curés, et que le second officier municipal avait donné sa démission, de sorte que la municipalité s'était trouvée en complet désarroi; que l'abbé Reynaud s'étant fait installer par le procureur de la commune seul, M. le curé Isabey avait protesté contre ce procédé illégal ; et enfin que tous les habitants de la paroisse les avaient chargés de déclarer au district que leurs principes ne leur permettaient en aucune façon de participer à l'installation de l'intrus et à l'établissement de son maître d'école.
La municipalité du Russey, entendue ensuite, s'excusa sur ce qu'il ne lui appartenait point d'aller installer un curé dans une autre commune, qu'aucun décret ne l'y obhgeait, et qu'une entreprise de ce genre aurait pu lui attirer du désa-
(1) MM. Urbain Guerrand, P.-Fr.-X. Besançon, J.-B. Arnoux, Fr.-X. Dard, du Bisot ; Et.-Fr. Ligier, maire de la Bosse ; Fr.-X. Jannerot, maire du Mémont; Cl.-Ign. Prêtre, maire du Narbief; P.-Jos. Euvrard» Jos. -Alexis Parrenin, Jos. Bulliard et Alexis Marchand, du Russey.
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grément. La réponse des autres municipalités fut la même. MM. Fr.-Jos. Dard, nouveau maire constitutionnel du Bizot, etB.-Ant. Goulot, son adjoint, prirent ensuite la parole pour protester qu'ils adhéraient de tout leur cœur à la constitution du clergé, mais qu'ils étaient en minorité dans le conseil de la commune, et que tous leurs efforts pour faire exécuter les lois et arrêtés n'aboutissaient qu'à exciter le soulèvement, les dérisions et les menaces des habitants, ce qui les obligeait à offrir leur démission.
M. le curé Isabey déclara ensuite qu'assigné sur une double plainte du sieur Reynaud, vicaire à Ghambray, il avait donné satisfaction à la première, en retirant du presbytère une partie de ses meubles et en promettant de retirer les autres aussitôt qu'il viendrait s'y installer, a Quant à le reconnaître pour mon successeur légitime, ajouta M. Isabey, je ne le puis, car je ne crois pas avoir encouru ma déchéance. Je demande quel est mon crime, qui m'a jugé, et quelle est la marque de la mission du sieur Reynaud. Il est mon successeur comme Arsace et Pbotius, séparés de la communion de l'Eglise pour avoir usurpé le siège de Gonstantinople, étaient les successeurs de saint Chrysostôme et de saint Ignace. Qu'il se conforme aux lois ; qu'il me le prouve par un acte authentique, et je cesserai mes fonctions sans cesser d'être légitime pasteur. » Ayant ainsi entendu toutes les personnes qu'il avait convoquées, le district décida que l'installation de M. Reynaud, faite par le procureur de la commune seul, n'était pas valable ; mais que les officiers municipaux du Bizot et du Russey, s'étant rendus coupables de désobéissance, devaient être responsables de tous les frais que leur refus avait pu occasionner à l'intrus ; que celui-ci devait être installé par un commissaire spécial, appuyé de la force publique, etqu'il devait être accordé à ce prêtre une garde aux frais de sa paroisse, qui manifestait si hautement une opinion contraire aux lois ; que M. le curé Isabey, qui dirigeait toute la population, se montrant par sa déclaration même très suspect d'incivisme, le département était invité à décider les mesures à prendre pour empêcher le désordre que sou
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influence pouvait occasionner. Le département, pour simplifier Tafiaire, décida que l'installation de l'intrus par le procureur de commune était suffisante, que M. Isabey lui remettrait le presbytère et que les habitants répondraient de sa tranquilÛté.
XYI. An milieu d'une population religieuse et paisible, la paroisse deTrévillers renfermait quelques révolutionnaires ardents, qui, non contents d'avoir usurpé l'autorité munidpale^ prenaient plaisir à vexer la patiente majorité de leurs concitoyens. Réunis au nombre de vingt-six, tant de Trévillers que de Ferrières et de Thiébouhans, ils écrivirent au département que M. Chagrot, curé insermenté, exerçait un culte public dans la maison de M. de Trévillers, ex-conseiller au parlement, où le peuple assistait en foule; que ces assemblées, composées de personnes manifestement opposées à la constitution, étaient tumultueuses et dangereuses, qu'il s'y tenait des discours propres à altérer la tranquillité et à entraîner des suites funestes, et enfin que M. Chagrot n'avait pas encore remis à M. Voisard, curé constitutionnel, tous les objets dépendant de Téghse. Le directoire, sans chercher à s'éclairer sur la véracité de ces allégations, déclara, le U novembre, qu'aux termes de la loi personne ne pouvait exercer publiquement un culte particulier dans une maison, sans qu'il l'y eût autorisé et lui eût donné l'inscription convenable ; que tous les édifices où l'on aurait prononcé des discours contenant des provocations directes contre la constitution et en particuUer contre le culte salarié par l'Etat, devaient être aussitôt fermés; qu'en conséquence, un commissaire du district ferait fermer l'endroit dans lequel le sieur Chagrot ou autres exerçaient pubUquement un culte, et que les déUts signalés dans la requête des patriotes seraient dénoncés à l'accusateur pubUc, pour être punis par le tribunal criminel. »
En exécution de cet arrêté, M. Rochet, membre du district, se rendit le 6 décembre à Trévillers, et convoqua pardevant lui les municipalités de Trévillers, Ferrières et Thiébouhans, ainsi que les curés Chagrot et Voisard. M. Chagrot exposa que depuis qu'il était à Trévillers, il avait constam-