‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 23 sur 60 · II · texte numérisé non relu

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examen, on est reçu au séminaire, où, dès le second joiu* de. l'entrée, on reçoit les premiers ordres, avec l'espérance d'être» au bout de quelques mois , promu aux ordres sacrés Et on voudrait faire croire au bon peuple que l'on va ramener l'Eglise à sa beauté primitive I

» Dans l'ancienne Eglise, on ne confiait le gouvernement des âmes et l'instruction de la jeunesse qu'à des prêtres recommandables par leurs travaux, leur capacité, et surtout la pureté de leurs mœurs. Dans la nouvelle, les peuples sont abandonnés à la conduite de sujets à la plupart desquels on pourrait reprocher l'ignorance ou les mauvaises mœurs. Dans les collèges, les places sont données à des maîtres dont plusieurs, apôtres zélés de la doctrine de Rousseau et de Voltaire, prêchent publiquement l'impiété, et sous les-^ quels la foi, l'innocence et la vertu des jeunes gens feront à coup sûr le plus triste naufrage. Aussi, un grand nombre de parents ont-ils sagement retiré leurs enfants de semblables écoles.

» Dans l'ancienne EgUse,pour étendre la foi et augmenter le nombre des fidèles, on n'emploie que la voie de la douceur, de la persuasion et de la prière. Dans la nouvelle, pour l'installation même des pasteurs, et pour leur procurer des adhérents, on fait servir la force des milices armées, on a recours aux menaces, aux violences, aux injures, à la persécution: moyens odieux, condamnés par Jésus-Christ et ses apôtres, et qui seuls font connaître le vice de l'EgUse constitutionnelle. »

Cet écrit était terminé par un tableau remarquable des forces comparées des deux partis. D'un côté, quatre évêques sans crédit, quelques oratoriens, des moines apostats, des curés en petit nombre, la jeunesse libertine et la foule des gens intimidés. De l'autre, le Souverain Pontife, cent trente-deux évêques français, tout l'épiscopat catholique de l'univers, à l'exception de l'évêque de Pistoie, la Sorbonne, toutes les facultés de théologie, tous les missionnaires, les directeurs de séminaire, l'immense majorité des curés et des vicaires, tous les moines restés fidèles à leurs engagements, toutes les communautés de religieuses consacrées à la prière et aux

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pauvres, les juristes les plus éclairés et les plus célèbres, rélite des instituteurs et des fidèles. Après ce parallèle éloquent, l'auteur concluait qu'en fait de religion, il faut toujours prendre le parti le plus sûr; que la constitution ayant proclamé la tolérance de tous les cultes, on ne cessait pas d'être bon patriote en conservant l'ancienne religion, et qu'en définitive, mieux valait encore , pour un homme de cœur, voir ses vitres cassées par quelques mauvais sujets, que de sacrifier à la fois son salut éternel et celui de ses enfants.

Les défis de Briot, trop injurieux pour être bien sincères, ne furent pas les seuls adressés par le parti proscripteur au clergé proscrit. Le curé constitutionnel de Villars-sous-Ecot, M. Maillot, qui depuis le commencement de la Révolution avait ajouté à ses anciens titres littéraires un écrit de circonstance intitulé La Plainte des parâmes^ annonça de son côté une conférence publique sur les questions controversées, a 11 avait, dit la Vedette] fait afficher et distribuer une grande quantité de billets imprimés dans les villages théocratisés et fanatisés; il n'avait pas même oublié ses anciens confrères, qui secouent autour de son troupeau les torches de la discorde. Le jour indiqué, plus de cinq mille personnes, tant catholiques que protestants, hérétiques, scldsmatiques ou excommuniés, se sont rassemblés à Yillars. Aucun prêtre romain dissident n'a paru à cette conférence : cela ne nous a point surpris; l'erreur se cache devant l'étemelle vérité; le hibou craint la lumière du soleil, et l'aigle la fixe. »

D'après tout ce qui précède, il est évident que ces prétendues conférences ne pouvaient plus être prises au sérieux par personne, car le premier mot défavorable aux dogmes constitutionnels devait appeler Tintervention des gendarmes et amener le débat devant les tribunaux.

y. n faut dire, à la louange des tribunaux du Doubs, que si quelques-uns, comme ceux de Besançon, causaient un légitime effroi aux cathoUques, les autres avaient l'honneur de mériter tous les reproches si étrangement infligés à leur modération par un ministre de Louis XVI , et ils continuaient à désoler les fureurs anti-religieuses par leur équité. Le J5 janvier, M. Bailly, procureur syndic du district

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d'Ornans, fit signifier par huissier à M. Coste, juge au tribunal de cette ville, et y remplissant les fonctions d'accusateur public , que depuis très longtemps il lui avait porté deux dénonciations, et qu'il le requérait d'y donner suite dans les vingt-quatre heures , protestant qu'après l'expiration de ce délai, il se pourvoirait comme il jugerait convenable. Il déclarait, en outre, qu'aux termes des décrets, Taccusateur public était tenu, sous peine de forfaiture, de poursuivre tous les anciens fonctionnaires ecclésiastiques remplacés qui exerçaient pubUquement les fonctions pastorales; que cependant, les sieurs Pauthier et Guillemin, ci-devant vicaires à Flangebouche, officiaient publiquement, sans que M. Coste les eût poursuivis, et que s'il continuait à garder le silence à leur égard, il protestait, lui procureur syndic, de prendre ses mesures en conséquence.

Le tribunal de Saint-Hippolyte donna bientôt aux jacobins un bien plus grand scandale. Les huit habitants de Sancey traduits au tribunal de Baume à raison des premiers attentats commis contre l'intrus Vernier avaient été enfin décrétés d'accusation parce tribunal. Us appelèrent de cette sentence, et le tribunal de Saint-Hippolyte, composé de magistrats schismatiques, mais consciencieux , n'ayant trouvé dans la procédure aucune preuve des excès dénoncés d'une manière si dramatique par l'çibbé Vernier, acquitta tous les accusés. « Nous avons peine, s'écriait la Vedette, de croire à des injustices aussi atroces. » Et elle opposait à la prétendue forfaiture des juges de Saint-Hippolyte la circulaire récente du ministre de la justice et la conduite des tribunaux de Gray et de Ghamplitte, qui venaient de faire incarcérer huit prêtres insermentés.

Le tribunal criminel du département fut inauguré à Besançon le 23 janvier, sous de tristes auspices. A côté du fougueux accusateur pubUc Quirot et du président Nodier, plus redoutable encore sous ses apparences mielleuses, siégeaient les juges Nycollin, Monnot et Delacour. Après un échange de compOments entre le maire de Besançon et le président, et une profession de foi de M. Quirot, assez révolutionnaire pour mériter tous les applaudissements de la Vedette^ l'avocat

Goisset, nommé commissaire du roi près le tribunal, s' étant permis de témoigner son attachement à l'infortuné Louis XVI, se vit interrompu par les manifestations tumultueuses de l'auditoire et empêché de continuer son discours.

Un des premiers actes de ce tribunal fut d'attirer à lui toutes les dénonciations contre les prêtres. Les juges de paix, officiers de police placés sur les lieux, se trouvaient naturellement chargés par la loi de vérifier la valeur de ces dénonciations et d'y donner suite. Mais ces magistrats, encore plus favorables aux catholiques que les tribunaux des districts, avaient encouru depuis longtemps la haine de l'administration et des jacobins. D'accord avec le département, le tribunal criminel décida, en forme de règlement, le 4 février, sans qu'il soit possible de voir en vertu de quel droit ni de quel décret, que toutes les dénonciations des corps administratifs contre les prêtres prétendus rebelles à la loi, seraient adressées directement à son accusateur public, qui se chargerait de transmettre ces dénonciations aux officiers de police du lien des délits et de veiller à ce qu'il y fût donné suite. M. Quirot, dépositaire de la confiance des jacobins, devait avoir ainsi la haute main sur toutes les afiaires de cette espèce et pouvait, suivant l'occurrence, stimuler, réprimander ou poursuivre les juges de paix trop indulgents , sur lesquels la loi lui attribuait d'ailleurs une surveillance disciplinaire. Ce règlement était d'une incompétence palpable, car les tribunaux n'ont à rendre que des jugements et nullement à donner des instructions ou à tracer des règles aux corps administratifs: il fut reçu néanmoins avec une vive satisfaction par le département, dont il secondait les passions haineuses. Le procureur général Billot écrivit aux districts en le leur transmettant: «Vous devez comme moi. Messieurs, trouver un grand soulagement dans une délibération qui nous trace une marche assurée et dont vous voudrez bien foire usage dans l'occasion. »

VL Les administrateurs du département et la plupart de ceux des districts, irrités de plus en plus par la ferme contenance du clergé et des catholiques^ étaient bien résolus à employer toutes les armes possibles, la violation des lois

aussi bien que les lois elles-mêmes, pour faire disparaître toute trace de catholicisme. Le frêle et maladif évêque placé à la tête du nouveau culte n'était guère propre à les aider autrement que par sa réputation personnelle d'honnêteté ; cependant il travaillai t, autant que le lui permettaient les souffrances de son corps et de son âme, à supplanter partout le clergé catholique; mais ce ne fut certainement pas sans faire violence à son caractère qu'on le vit, en plusieurs circonstances, provoquer des rigueurs que son aveuglement pouvait seul lui faire paraître excusables. Les relations amicales qu'il avait conservées avec quelques membres du clergé plus fidèles que lui , contribuaient à le rendre beaucoup moins hostile au parti orthodoxe que sa position officielle ne semblait le comporter. Le chanoine Lompré, ex-député à l'Assemblée constituante, dont il appréciait le patriotisme libéral et dont il ne cessait de solliciter le concours, lui répondait, le 22 janvier, avec toute la force d'une droite et inflexible raison : « Plus je lis, plus je médite, plus je reste convaincu de la nécessité absolue d'une décision canonique émanée de répiscopat uni au chef de l'Eglise. L'ouvrage des évêques constitutionnels m'a paru faible sur le déplacement des anciens fonctionnaires ecclésiastiques et leur remplacement ; il l'est plus encore sur la mission canonique, que tout le monde a trouvée nécessaire. » L'ancien député rappelait ensuite les démarches qu'il avait faites auprès d'un ministre pour que le gouvernement sollicitât du pape la légitimation de ce qui était accompU, et il finissait en témoignant l'indignation que lui inspirait « l'humeur féroce du peuple contre tous ceux qui n'approuvaient pas sa licence. »

Le malheureux évêque entretenait une autre correspondance suivie et fort affectueuse avec un prêtre non moins distingué que M. Lompré, mais d'une orthodoxie encore plus sévère. Ce prêtre était son parent assez proche, M. Seguin, docteur de Sorbonne, curé d'Apremont et titulaire du décanat de Gray. Malgré la pieuse vivacité d'un zèle qui l'avait fait traduire au tribunal de cette dernière ville , dès le mois de mai 1791, M. le curé Seguin était resté très attaché à la Uberté, et il se maintenait, à l'égard de ses confrères égarés.

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«dans les sentiments de modération et les termes de politesse ^e comportait l'élévation de son esprit et de son éducation. Le 21 décembre 1791, il écrivait de Rome à son cousin :

(( J'ai effectué le projet que je vous avais annoncé à Besançon au mois d'octobre. Un des motifs de mon voyage a •été de me mettre mieux à portée de connaître les jugements des différentes églises sur l'état de la religion en France. Les évèques d'Italie connaissent parfaitement notre constitution civile du clergé et applaudissent^ presque à l'unanimité, à la censure qu'en a faite le Souverain Pontife. On ne peut douter que la doctrine de l'Eglise romaine ne soit opposée à celle des nouveaux pasteurs français. Ce fait, qui me devient toujours plus sensible, m'affermit et me console dans le parti que j'ai pris. L'abbé Maury est arrivé à Rome deux jours avant nous. »

Le 28 mars 1792, il lui adressa encore cette lettre, si sensée et si belle : « Pour satisfaire votre désir de connaître ce qui se passe ici de plus intéressant au sujet des divisions religieuses de France, je vous adresse le bref de Sa Sainteté, en date du 19 de ce mois. Il répond à plusieurs questions que vous faites. Vous louerez sans doute la sage lenteur du Souverain Pontife et sa modération. J'aurais bien voulu vous voir à l'audience qu'il nous a accordée, à plusieurs prêtres français ! Les évoques d'Italie sont unanimes ; celui de Pistoie, déposé depuis, a seul manifesté un sentiment moins favorable. On est certain de la conformité des évèques d'Espagne. Les dispositions des Eglises d'Allemagne ne sont douteuses pour personne. L'Eglise ne peut souffrir que l'erreur soit professée par son chef et par une grande partie de ses membres. Vous rendez hommage à cette vérité par ces belles paroles : Que l'Eglise pai'le^ et la cause est finie. Dans le fait, il n'y a aucun décret qui oblige les Français à se soustraire à la juridiction des anciens pasteurs pour s'attacher aux nouveaux. Il n'y a aucune loi qui prescrive de conformer sa conduite religieuse aux principes de la constitution civile du clergé. La société chrétienne qui les repousse est aussi réelle que celle qui les adopte, aussi réelle que la société des protestants et que la reUgion des juifs. La loi civile laissant la

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liberté entière des opinions et des cultes, on ne lui désobéit point en préférant Tune à l'autre ; tandis que la loi religieuse commande.... Ah ! si elle donnait une égale liberté, le sang et l'amitié qui auraient désiré se glorifier de votre élévation, m'eussent peut-être inspiré une autre détermination I Je blâme les bassesses et les ruses ridicules dont peuvent se rendre coupables les uns, aussi véritablement que je pense que vous condamnez les calomnies etles violences des autres. Affecté comme je suis, vous ne désapprouverez pas que je vous témoigne l'ardeur des vœux que je forme pour vous voir bientôt réuni à nous. Votre âme , éprise de la noble passion du bonheur du peuple, a fortement désiré un ordre de choses qui détruise les abus qui tenaient le peuple dans l'esclavage et dans la misère. La constitution du royaume vous a paru remplir des vues si raisonnables. Son sort se trouvant lié avec celui de la constitution civile du clergé, vous avez pensé que ne pas soutenir celle-ci , c'était se résoudre à voir bientôt la première renversée et tous les anciens abus renaître avec plus de force. On a dit, à la gloire de Fénelon, qu'il ne pécha que par excès de Tamour de Dieu ; on peut dire, à la vôtre, que vous ne péchez que par un excès de l'amour du bien public. Votre première lettre pastorale et les Observations qu'elle a occasionnées ont été lues par le Souverain Pontife, auquel elles sont parvenues par le canal de l'abbé Maury. »

M. le curé Seguin, arrivant ensuite aux nouvelles de Rome, rapportait que le Pape passait une partie des jours et des nuits en prières, et que lui-même avait trouvé l'hospitalité au couvent des minimes.

Ces voix amies et respectées ne faisaient malheureusement que bouleverser Tâine du débile évêque , sans parvenir à lui arracher une résolution généreuse. Entre elles et les voix plus retentissantes des jacobins , il était comme le fer entre l'enclume et le marteau , et se laissait traîner plutôt qu'il ne marchait dans la route fatale , en fermant de plus en plus les yeux à la lumière.

VII. Pour sa honte et son châtiment, il se vit forcé, par la pression des clubs , de placer à la tète de son séminaire

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le grossier imitateur du Père Duchêne^ Tabbé Robert. Dans le serment civique que cet étrange supérieur de séminaire prononça, le 4 mars, à la métropole, et qu'un enthousiasme trop peu discret livra aussitôt à l'impression, il se montra d'une platitude rare, même au sein du clergé constitutionnel. Décidément il n^était pas fait pour le genre sérieux. A défaut de pensées propres, il débutait par des banalités dignes de M. de la Palisse et des exclamations telles que celle-ci : « Un seul individu ou la minorité du peuple français pourrait-elle^ sans un orgueil ridicule, résister à la volonté de vingt-cinq millions d'hommes ? Ne serais-je pas un enfant dénaturé et un monstre si je désobéissais aux lois de ma patrie , quand même elles répugneraient à mes goûts?» Puis, sans qu'il fût possible de voir à quel propos, il entrait dans une exposition très détaillée du gouvernement des abeilles et de la manière dont les pouvoirs y étaient, selon lui, distribués : « Elles ont, disait-il, des citoyens voyageurs qui vont au dehors recueilUr les provisions , elles ont des routes de communication d'un département à un autre; elles ont des officiers de police pour surveiller la propreté et la police de l'intérieur; elles ont des gardes nationales qui veillent , avec un courage incroyable, sur les frontières du rucher, pour le défendre contre l'ambition et les insultes de ses ennemis ; elles ont un chef pris entre elles, un chef citoyen; la nation lui donne un palais; ce chef, environné d'une garde nationale, et ne sortant presque jamais de son Louvre, y reçoit, sans s'enorgueillir, les hommages fraternels de ses concitoyens. » L*orateur oublia de dire si les abeilles jouissaient aussi de la constitution civile du clergé, mais en compensation, il n'oublia pas de rappeler les burlesques ouvrages qu'il avait publiés lui-même en faveur de cette constitution. Il promit de ne rien épargner pour inspirer aux jeunes ecclésiastiques un patriotisme aussi éclairé que le sien, et pour fermer les plaies que l'orgueil du fanatisme avait faites à la religion. « Âh ! disait-il en finissant, si ma faible voix pouvait parvenir à tous les Français, je leur dirais : Placez sur le même autel votre évangile et votre constitution, et adorez-les comme des leçons de sagesse que la Providence a dictées pour votre bonheur, etc. »

Quelques jours après, cet auteur trop fécond de Pierrot et Claudine^ de Grosjean remontre son curé et du Supplément axix remontrances de Grosjean^ témoigna sa reconnaissance à ses patrons par un nouvel écrit démagogique, intitulé : Dialogue entre un mari et sa femme sur la nouvelle constitution, ou Conversion d'une dame aristocrate. Après un tableau fort assombri de toutes les calamités de l'ancien régime , il faisait l'apothéose du nouveau, dont les troubles et les lourds impôts n'étaient eux-mêmes à ses yeux qu'un élément de la félicité publique.

On aura une idée de l'élévation de pensée et de style qui caractérisait ce nouvel ouvrage de M. Robert, par l'extrait suivant : « Claïïdinb. Mais ta constitution que tu vantes tant, Pierrot, comment a-t-elle été faite? Dans un tumulte horrible. Et par qui a-t-elle été faite? Par des hommes qui se disputaient comme des femmes à la fontaine, toujours prêts à s'égorger et à se tirer aux cheveux ! — Pierrot. Mais , comme disait une fois le curé, c'est la division de nos représentants en plusieurs partis qui doit rendre notre constitution plus digne de respect. Si nos représentants ne s'étaient pas bien disputés et bien boucanés avant leur décision, ne dirait-on pas aujourd'hui qu'ils se sont entendus comme des larrons en foire pour trahir la France? Ce tumulte et ces débats furieux, au milieu desquels est née notre constitution, nous prouvent encore mieux sa sainteté et sa vérité. — Claudine. Mais à quoi servaient ces deux mille personnes au moins qui étaient dans les tribunes de l'Assemblée? — Pierrot. A quoi servait le peuple dans les tribunes? A contenir les aristocrates de l'Assemblée, qui auraient tenté plus d'une fois le massacre des députés du tiers-état, s'ils n'avaient pas appréhendé la présence des tribunes. »

Evidemment, avec un pareil prêtre pour former l'esprit des aspirants au sacerdoce, et avec l'abbé Dormoy pour former leur cœur, les ennemis du christianisme pouvaient prendre patience, il n'y en avait pas pour bien longtemps.

D'autres écrits, plus spécialement destinés à soutenir la constitution du clergé, furent encore pubUés à cette époque par les jacobins de Besançon, et à défaut de productions

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locales, ils se bornèrent à réimprimer le catéchisme de M. Molinier, soi-disant évèque de Tarbes, et les Entretiens patriotiques de M. Gourdin, professeur de physique à Montpellier Mais le temps de la polémique était passé ; les événements parlaient plus fort et plus éloquemment que les livres; chacun avait fait son choix, et, désespérant de convaincre, on ne s'occupait plus que des moyens d'écraser.

VIII. Le département, les districts, la plupart des municipalités, les clubs et les intrus, fortement unis, se disposaient à comprimer les catholiques sur tous les points, à les priver de toute espèce de culte et à étouffer toute manifestation de leur doctrine. En attendant les moyens plus énergiques que Ton ne cessait de soUiciter avec menaces à Paris, il fut décidé qu'on y suppléerait par les suivants : 1** éloigner de leurs paroisses ceux des prêtres insermentés que Ton n'avait pas encore pu remplacer ; ^ fermer toutes les chapelles et les oratoires que l'on ne pouvait faire desservir par des intrus ; 3^ fermer toutes les écoles pubUques ou particulières dirigées par des instituteurs ou institutrices orthodoxes ; ^"^ saisir tous les écrits pubUés en faveur de l'Eglise; 5*" rendre aussi impraticable que possible la hberté, assurée par la loi aux prêtres insermentés, de dire leur messe dans les temples schismatiques ; 6^ éloigner de toute fonction publique les citoyens attachés à la foi de leurs pères; 7* poursuivre devant le tribunal criminel les prêtres les plus zélés et les plus courageux, et 8* enfin, interdire absolument toute |*éunion religieuse de catholiques.

t'évêque constitutionnel se trouva particulièrement chargé d'exécuter la première paitie de ce plan d'attaque. Par suite de l'extrême pénurie de prêtres infidèles, on avait été forcé de laisser à un certain nombre de paroisses leurs curés ou vicaires insermentés, tant pour se conformer à la loi, que pour ne pas soulever les populations en les laissant sans pasteurs et sans sacrifices. Quoiqu'on eût pris soin de ne laisser ainsi en place que les curés les moins valides ou les plus pacifiques, on jugea qu'il fallait absolument se débarrasser d'eux ; et c'est dans ce but que M. Seguin avait convoqué une sorte de synode dont le double objet était de ramasser tout ce

qu'oD pourrait découvrir encore dans le département, de prêtres ou de moines disposés à prendre du service dans TEglise constitutionnelle, pour les placer à la tète d'une partie des paroisses abandonnées aux réfractaires , et de partager, au moins nominalement, le reste de ces paroisses entre les intrus déjà pourvus. Il était bien évidemment impossible à ces derniers de desservir d'une manière réelle toutes les églises dont ils se trouveraient chargés à la fois ; mais, comme la loi ne permettait d'expulser les prêtres insermentés qu'après leur remplacement, on se mettait ainsi en règle, au moins en apparence, et on pouvait, sans crainte d'opposition légale, signifier aux curés tolérés jusqu'à ce jour, l'ordre de déguerpir sur-le-champ.

L'assemblée du clergé constitutionnel eut lieu le 40 janvier à Besançon, et n'obtint qu'une simple mention honorable de la Vedette; encore était-elle mitigée par cette observation : (( Nous désirons que ces assemblées n'isolent point les prêtres de la société commune, et qu'elles ne fassent point revivre une corporation qui, dans tous les temps, a fait le malheur des empires. »

IX. Alors les expulsions recommencèrent, mais elles ne s'accomplirent pas sans difficulté. La première fut dirigée contre le vieux et bienfaisant curé de Bonnétage, M. Bolard de Bonnevaux. Un autre prêtre âgé et infirme, M. Vauthier, curé de Chapelle-d'Huin, chassé de sa paroisse pour avoir refusé d'adhérer au schisme, s'était retiré à Bonnétage, son pays natal. Ce débile vieillard, se trouvant sans ressources, perdit la tête et adressa à M. Seguin une lettre déplorable , qui ne témoignait que trop de l'afiaissement de ses facultés intellectuelles et morales. Désavouant son glorieux passé, il sollicitait de la commisération de M. Seguin uq nouvel emploi. L'évêque s'empressa de le nommer administrateur de la cure de Bonnétage. et M. Bolard reçut sommation d'évacuer le presbytère. Mais il parait que le malheureux Vauthier n'osa pas s'exposer à l'animadversion de ses pieux concitoyens; car, au mois de mai, M. Bolard se trouvait encore paisible possesseur de sa cure. A cette époque, on voit les électeurs et l'évêque lui donner concurremment

deux successeurs. Pendant que les premiers élisaient le capucin Morey, iM. Seguin envoyait M. Hugon, vicaire d'Orchamps, et M. Bolard recevait encore une fois Tordre de s'éloigner. Mais la Providence voulut qu'aucune de ces dispositions ne s'accomplit. Les deux intrus nommés ne vinrent ni l'un ni l'autre à Bonnétage; M. Bolard mourut paisiblement, à la fin de mai, dans son presbytère, et cette paroisse se trouva à peu près abandonnée au zèle des prêtres fidèles du voisinage.

Le prêtre Ragain, intrus à la Motte, avait signalé le danger de laisser aux Hôpitaux-Vieux M. le curé Beurey, que ses talents et son zèle pour la foi , joints à ses opinions Kbérales , rendaient très populaire dans toute la contrée , et il avait offert de le remplacer, tout en continuant de desservir la Motte. M. Seguin ayant accepté ces offres, M. Beurey fit une protestation énergique, où il rappelait toutes les preuves de patriotisme qu'il avait données, ainsi que son^ amour bien connu pour les réformes politiques, et où il * déclarait à M. Seguin qu'il ne pourrait jamais le reconnaître pour évèque, tant que son nom ne serait pas inscrit sur les dyptiques de Rome. « En cherchant à me déplacer, lui disaitil en finissant, vous allez violer la liberté des cultes et le choix unanime de mes paroissiens authentiquement exprimé. »

La réponse de l'évêque trahit tout son embarras. Il se borna à la note suivante, dans laquelle il cherchait puérilement à se mettre à couvert derrière le gouvernement du roi. <c M. Seguin ne fait qu'obéira la lettre du ministre de la justice aux tribunaux de district, en date du 40 janvier. 11 pense que quelques sacrifices d'amour-propre, de la part des dissidents, auraient tout pacifié. »

M. Beurey répliqua que la lettre du ministre n'était d'aucune application dans cette circonstance ; que sa paroisse était parfaitement tranquille, payait avec empressement ses impôts, et qu'il était le premier à l'encourager au civisme. Abordant ensuite la question doctrinale avec une grande puissance de logique, il faisait toucher du doigt, pour ainsi dire, au malheureux évêque, l'irrégularité de sa position et l'inanité de ses pouvoirs.

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M. Seguin passa outre, et le district de Pontarlier signifia^ le 27 février, à M. Beurey Tordre de s'éloigner sur-le-champ,, après avoir remis à son dénonciateur Ragain les clefs et les registres de son église. La municipalité des Hôpitaux- Vieux et celle des Hôpitaux-Neufs répondirent à cet arrêté par une délibération qui défendait expressément au sieur Ragain de troubler en aucune manière M. Beurey dans la liberté de célébrer la messe toutes les fois qu'il le désirerait. Cette délibération contredisait trop ouvertement la sentence de bannissement prononcée contre M. Beurey pour ne pas exciter toute la colère du district. Prévoyant bien qu'aucun magistrat municipal, dans les deux communes, ne consentirait à installer l'intrus dans ses fonctions, il imagina, à défaut d'expédient plus légal , d'en charger l'un de ses membres, M. Alex.-F. Cart; mais il lui restait encore beaucoup à faire, et, le 5 mars, il s'écriait : « La commune des Hôpitaux est entièrement subjuguée par le génie pervers et fanatique du sieur Beurey ; malgré la défense des décrets, elle ne veut reconnaître qu'un évêque étranger , celui de Fribourg, dans le diocèse duquel elle était autrefois placée^ et la municipalité s'est mise dans une insubordination étonnante. L'exemple de cet astucieux entreprenant se propagera de proche en proche dans notre ressort et les autresdistricts, si on ne l'écarté pas par un arrêté répressif; il est urgent d'arrêter cet esprit de vertige et de prévenir l'insurrection que les erreurs, les préjugés, ou plutôt la méchanceté, la mauvaise foi et les intrigues des dissidents, tendent à provoquer; or, il n'y a que l'énergie qui puisse en imposer aux contre-révolutionnaires de toute caste, et ce n'est que par la fermeté qu'on peut soutenir la cause du peuple, si juste, si légitime; le directoire arrête donc qu'il sera envoyé un exprès à Besançon pour avoir une prompte décision da département et obtenir de lui un arrêté conforme à la sagesse et à la justice de celui du département de Loir-et- Cher. » Cet arrêté du Loir-et-Cher, inutilement dénoncé à l'Assemblée législative, le 29 février, n'était qu'une audacieuse résurrection du décret contre les prêtres, auquel le roi avait refusé sa sanction.

A Jougne, ce fut le district lui-même qui provoqua Texpulsion de M. le curé Claudet, au nom des principes de la philosophie et de noire sainte religion. « Nous avons rhonaeur, ajoutait-il, de vous désigner, pour le remplacer, M. Oudot- Guérissot, de Frambouhans, desservant de Trepot. Les prêtres fanatiques ont tellement théocratisé ses paroissiens qu'il a dû les quitter. Il réussira à Jougne, car l'esprit public y fait des progrès, et il y a une société patj*iotique qui l'appuiera de son zèle et de ses lumières. » Néanmoins, lorsque la nomination fut arrivée, le district jugea prudent de faire installer l'intrus par son vice-président et son procureur syndic, après avoir prescrit à la municipalité de prendre toutes les mesures pour éviter des troubles.

Le district de Saint-Hippolyte, secrètement disposé en faveur des catholiques, atténuait de son mieux les coups dont il les frappait, a Votre respectable vieillesse et votre discrétion, écrivait-il le 8 janvier à M. Larrère, curé à Seloncourt, nous ont fait fermer les yeux sur le cas où vous pourrie:^ vous trouver de subir la rigueur de la loi ; mais vous flatter que cette tolérance ira jusqu'à souffrir que vous vous fassiez seconder par un jeune ecclésiastique qui ne reconnaîtrait pas l'autorité de son évêque, ce serait une erreur dont il faut vous défendre. Puisque ni madtre ni maîtresse d'école ne peuvent tenir classe sans avoir prêté le serment, à plus forte raison ne souffrirait-on pas qu'un prêtre prêche, catéchise et fasse des fonctions pastorales, tandis que, par son refus de prendre sa mission de son évêque, il manifeste une opinion contraire à la constitution de l'Etat. Si vous ne pouvez vous rendre à l'obéissance que vous devez à votre évêque constitutionnel, la loi vous offre une retraite favorable et indulgente dont il va peut-être de votre tranquillité de profiter. )) Il n'était pas possible de menacer quelqu'un plus doucement et plus poliment.

Le clergé constitutionnel n'y mettait pas tant de façon, et, le 8 février, M. Seguin prévint le même district, qu'ayant chargé le curé de Villars-sous-£cot de desservir la paroisse de Saint-Maurice sur le Doùbs, il eût à requérir M. le curé Faivre de cesser sur-le-champ toute fonction et de s'éloigner.

Tous les catholiques de cette paroisse déclarèreat hautement qu'ils restaient fidèles à leur ancien pasteur ; en conséquence, l'église fut fermée et livrée , le 27 avril , aux protestants de la confession d'Augsbourg.

Le curé de Baume s'étant chargé de desservir la paroisse de Cour, M. le curé Clerc reçut également l'ordre de s'éloigner. Mais, la majorité des officiers municipaux, MM. Cl.-Et. Pauthier, maire, et Adrien Viennot, procureur de la commune, en tête, refusèrent courageusement de signifier cet ordre illégal au pasteur, qui avait toutes leurs affections et les méritait. Le 15 mars, le district de Baume, « considérant que ces officiers municipaux étaient égarés par le fanatisme, et que le sieur Clerc, loin d'obéir, s'était associé des prêtres insermentés pour confesser et faire les pâques avant le temps ordinaire, ce qui était contraire aux lois civiles et religieuses, décida que les arrêtés pris contre lui seraient signifiés une seconde fois, et les membres de la municipaUté condamnés aux frais occasionnés par leur désobéissance. »

Sur les plaintes formées contre M. Robardey, curé de Saint-Georges, par les intrus du voisinage, M. Guillot, intrus d'Anteuil, dont la longue administration devait laisser à Gray des traces si douloureuses, fut chargé d'ajouter la desserte de Saint-Georges à la sienne. Mais comme cette nomination avait eu heu sans la participation du district de Baume, le directoire s'en plaignit avec amertume, et écrivit au département qu'en faisant de semblables opérations sans l'en prévenir et, par conséquent, sans qu'il pût prendre les mesures de sûreté nécessaires, on exposait les prêtres envoyés par l'évêque à être fort mal reçus par les communes. M. Seguin adressa au district d'humbles excuses, en protestant qu'il se faisait habituellement un devoir de ne nommer des desservants que lorsque l'administration en avait reconnu la nécessité.

Le jeune et ardent intrus d'Anteuil, qui avait provoqué toute cette affaire, n'était rien moins que tranquille sur l'accueil qui l'attendait à Saint-Georges, et il écrivit, le 19 février, au procureur syndic du district : « Avant de me charger de cette desserte, j'attends un arrêté du départe-

ment qui enjoigne au curé d'évacuer le presbytère et de ^sser toute fonction. 11 me tarde bien qu'on purge mon voisinage de tous ces prêtres inconstitutionnels qui sèment partout le trouble et le désordre. La milice d'Anteuil a envie de se mettre sous les armes pour m'accompagner à Saint- Georges. Vous voudrez bien en prévenir vos messieurs pour éviter toute affaire. » Il s'agissait effectivement de violer encore une loi (celle qui réglait l'emploi delà garde nationale), sous réternel prétexte de soutenir la loi contre le clergé. Le district, toujours mécontent de la manière dont cette affaire s'était engagée, ne répondit rien, et le curé de Saint-Georges resta encore quelque temps tranquille.

Un autre intrus, plus turbulent encore, celui de Villedieu, qui tenait aussi à faire le vide autour de lui, obtint à la fois un arrêté du département pour chasser le vicaire en chef d'Epenouse et une commission de l'évêché pour le remplacer. Mais l'énergique répulsion des habitants mit obstacle à toutes ces mesures.

Il faut rendre à M. Seguin la justice de dire que ces défaites souvent répétées n'excitaient chez lui ni colère ni vengeance. Cette lutte déplorable contre d'anciens confrères était déjà trop antipathique à son cœur et à son caractère, pour qu'il y apportât de l'acharnement, même lorsque son amour-propre était si maltraité. 11 passait plus agréablement son temps à bénir des drapeaux dans la cathédrale et à prononcer des discours patriotiques ou guerriers au miUeu desquels il était heureux d'oublier ses soucis religieux. Ces représentations finissaient, il est vrai, par descendre jusqu'au ridicule, et Ton vit, le dimanche 8 janvier , une troupe d'enfants d'une douzaine d'années qui s'amusaient, suivant le goût du temps, à jouer à la garde nationale, lui apporter, avec une solennité comique, leur étendard à bénir. M. Seguin se montra encore plus enfant qu'eux, et déclama avec l'énergie la plus belliqueuse contre les tyrans et les oppresseurs, devant cette jeunesse heureusement destinée, pour longtemps encore, à n'en point connaître d'autres que ses pédagogues.

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