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force publique serait mise sur pied pour réexécution de ce$ mesures, si elles rencontraient quelque opposition.
Les prêtres de Pontarlier n'opposèrent à cet arrêta qu'un nouvel acte de dévouement. Le 6 avril, MM. Colin, Parguez, Duplessis, Claudet, Yalinde, Delamarche, Guy, Balambe, Regnaud, Magnin, Robert et Tissot, sollicitèrent la permission d'acquitter encore toutes les fondations en laissant les éfsoluments à l'intrus; mais leurs offres furent repousséee comme insidieuses. Cependant la majorité des fidèles continuait à voir en eux les seuls prêtres légitimes Le 7 février, deux soldats, makdes à Tl^ôpital, dénoncèrent M. De* lamarche, ancien professeur du collège de Besancon, coi)[^me ayant; administré clandestinement les sacrements à d'autre» malades. La municipalité fit comparaître le moine Antide Colin, aumônier constitutionnel , pour lui reprocher d'avoir abandonné la place aux réfractaires , et celui-ci répondit , poior se justifier : « J'ai plutôt mis trop de zèle que pa3^ assez ; mais les malades repoussent mon ministère : les uns répondent que cela ne me regarde pas , les autres au'ils n'ont besoin de rien. Les religieuses ne s'occupent qu'a me cacher la situation critique des malades ; et, quand je dis la messe, les malades continuent à se chauffer en me tournant le dos et en causant. »
XVU. Dans le paisible district de Quingey, deux cures seulement manquaient de pasteurs constitutionnellement élus. Le vieux curé de Paroy, ne voulant pas profiter de la déclaration peu orthodoxe qu'on avait brutalement arrachée à sa débilité dans les bureaux du district, s'était courageusement exilé lui-même de sa paroisse. Le carme Boli&aud, chargé par M. Seguin de desservir Yillars-Saint-Georges, était déjà parti. A leur place étaient venus s'installer deux prêtres , MM. Reynaud-Ducreux et Jacques, que les électeurs avaient ^pelés aux cures du Bizot et de Chalèze, mais qui avaient été forcés de se retirer devant Tanimadversion des habitants. Les électeurs de Quingey ne firent que les maintenir dans l'asile que M. Seguin leur avait trouvé.
M. Boffy, vicaire en chef et maire à Rozet, était reçté attaché à l'orthodoxie, mais il avait cru pouvoir publier
comme magistrat ce qu'il réprouvait comme prêtre ; et, avec les bénéfices tie cette soumission apparente, il en avait recueilli la responsabilité et la honte. Ne pouvant supporter plus longtemps ce fardeau, il réunit les conseillers de la commune, le 23 mars, et fit dresser devant eux le procèsverbal suivant :
« Devant nous s'est présenté notre pasteur J.-P. Boffy, et il nous a dit : Messieurs, je vous ai donné lieu de penser que je reconnaissais M. Seguin pour évêque légitime, contre tout ce que me disait ma conscience. Ayant été dans l'erreur, je ne le reconnais plus et je ne le reconnaîtrai jamais, et j'adhérerai toute ma vie à M. Durfort, qui m'a été donné pour pasteur par TEglise catholique, apostolique et romaine. De tout quoi je vous prie de me donner acte. »
Lorsque cette pièce fut en règle, M. Boffy écrivit à M. Roze, procureur de la commune de Quingey : « Depuis mon adhésion à M. Seguin, ma conscience a toujours été tourmentée. Pour me tranquilliser, je ne trouve point d'autre moyen qi^e de me rétracter. Le secrétaire de la municipalité porte ma rétractation au district. Dans le cas où l'on ne voudrait pa^ la recevoir, il faudra la signifier par huissier. J'ai remis ua écu au jeune homme. S'il faut davantage, vous ferez les avances, je vous rembourserai demain ; je vous prie de m'obUger. » La colère du district éclata à la réception de cette pièce; il accusa M. Bofiy d'avoir abusé de ses fonctions de maire pour se faire déhvrer un faux certificat de lecture de * la lettre pastorale de M. Seguin, et déclara que sa présence pouvant troubler l'ordre public par l'impression qu'il ferait sur les consciences, particuhèrement à raison de l'ouverture des pâques, noa-seulement il devait être déchu de sou vicariat , mais encore saisi et incarcéré dans telle maison de force qui serait désignée parle département. Le département se borna à éloigner ce prêtre courageiix.
Le district de Saipt-Hippolyte ne fut pas des moins embarrassés pour combler les vides de son clergé constitutionnel. n lui {allait pourvoir au remplacement de dix pasteurs orthodoxes dénoncés et chassés par ordre du département, et il ne voyait autour de lui que quelques moines ou prêtres
déjà placés et qu'on ne pouvait élire qu'en faisant le vide ailleurs. Il écrivit à Tévêque pour lui demander des candidats. M. Seguin répondit qu'il n'en connaissait qu'un seul, M. Hugon, vicaire à Orchamps, mais qu'il espérait que les paroisses intéressées à être bien desservies en découvriraient elles-mêmes. Cet honnête directoire avait encore un autre souci. Les électeurs des cantons protestants annonçaient l'intention de participer à la nomination des curés , sans se laisser arrêter par l'obligation préalable d'entendre la messe. Les administrateurs de Saint-Hippolyte en étaient fort émus jet scandalisés ; ils voulaient même s'opposer à cette prétention, et ils en référèrent au département, qui leur répondit, le 2 mai :
« Quoiqu'il y ait de bien bonnes raisons pour appuyer votre opinion sur la non-participation des électeurs protestants à l'élection de nos curés, on doit cependant plutôt se décider par une loi précise qui n'a pas été abrogée, que par l'énoncé d'un principe générd qui, s'il était suivi à la rigueur, excluerait aussi le mode pour lequel vous semblez pencher. Nous pensons donc qu'il faut s'en tenir à l'usage adopté jusqu'ici pour les élections, puisque la loi n'exclut aucun électeur, quelles que soient ses opinions. Il ne paraît pas, non plus, que l'on puisse craindre quelques troubles dans la tenue de votre assemblée électorale; nous en avons pour garants la parfaite tranquillité de vos assemblées précédentes et les sentiments de paix et de concorde qui animent nos citoyens protestants. »
Les électeurs, tant luthériens que schismatiques, se réunirent le 6 mai, au nombre de vingt-sept, et firent flèche de tout bois (4). Presque toutes leurs nominations échouèrent. Le ca-
(4) Ils nommèrent le capucin Morey, vicaire de Sancey, à Bonnétage; le capucin Delacour, à Dambelin ; M. Guillemin, vicaire de Mont-de* Vougney, à Dampjoux ; le capucin Marain, intrus de Montécheroux, à Ecot ; le vieux curé Vauthier, de Chapelle-d'Huin, à Glay ; M. Barthod, intrus de Damprichard, k Glère; M. Joly, ex-chanoine deThann, à Provenchère ; M. Hugon, vicaire d'Orchamps, à Saint-Julien ; le moine Na-> chin, desservant du Petit-Crosey, à Soulce, et le capucin Tournoux, à Vaufrey.
piicin Morey, n^osant pas aller à Bonnétage, se fit envoyer par M. Seguin à Provenchère en remplacement du chanoine Joly, qui avait refusé, et il n'y alla pas davantage. M. Guillemin refusa Dampjoux. Le malheureux Yauthier était tombé dans un tel état d'imbécillité qu'il lui fut impossible de se rendre à Glay. M. Barthod refusa la cure de Glère à raison de son âge. Le moine Nachin demeura au Petit-Crosey, et le vicaire Hugon à Orchamps, laissant vacantes les cures de Soulce et Saint-Julien. Sur dix nominations, trois seulement eurent donc leur effet. Encore ne fut-ce pas sans difficulté.
Avant de chasser le respectable curé de Dambelin, on n'avait rien épargné pour le gagner. Le département avait écrit à ce sujet au district, le 28 avril : « Nous sommes informés que le vicaire de Dambelin (M. Morel) manifeste des opinions contraires à la constitution et ne peut qu'occasioimer du trouble dans cette commune. On nous assure que sans lui le curé de cette paroisse, homme âgé, ne se serait pas mis dans le cas d'être remplacé et se déterminerait même à reconnaître M. Té vêque pour éviter son remplacement si son vicaire n'était plus là. Vous jugerez si vous ne devez pas forcer ce vicaire à quitter Dambelin. »
Le vieux pasteur trompa par son courage d'aussi tristes espérances, il résista à toutes les démarches et eut la douleur de voir un de ses proches parents, le capucin Delacour, venir le supplanter. Ce dernier rendait compte ainsi de sou installation à l'évêque, le 9 juin : « Tout s'est passé tranquiUement et décemment, de la part de mon cousin surtout. 11 a fait extérieurement tout ce qui dépendait de lui. Mais les autres prêtres domiciUés dans sa paroisse ont redoublé tous les efforts du fanatisme et de la malveillance afin de prosélyter le peu de monde qui me restait. Us ont échauffé les tètes au point d'intimider les plus hardis. Moi-même je suis obligé de me cacher pour vous demander des secours, et je n'ose écrire qu'à vous, crainte d'être découvert. Je vous prierais donc. Monsieur l'évêque, de vouloir bien faire en sorte que ces messieurs soient mis en ordre dans le plus court délai possible, et s'il faut des longueurs, dites au département de faire informer tout de suite. On verra que je ne dis pas tout.
Je vous répéterai seulemeat que ma sûreté personnelle et la tranquillité de toute la paroisse exigent une protection prompte de la part de l'autorité. Les noms de ces messieurs sont : les sieurs Bonnot, ex-capucin, Bonnot, ex-curé, neveu du précédent, et Posty, ex-capucin, tous originaires de la paroisse. )> Cette lettre tut aussitôt transmise par M. Seguin au département, avec prière de poursuivre les trois ecclésiastiques dénoncés.
Le district maintint en place la plupart des vicaires en chef orthodoxes. Un seul, M. Oudrion, à Damprichard, fut éloigné, à la demande des intrus du voisinage. Ce fut visiblement à contre-cœur que le district exécuta cette sentence, et il déclara formellement qu'il ne le faisait que par déférence pour l'autorité du département. Par suite de cette tolérance et des répugnances invincibles qui éloignaient les intrus de certaines paroisses, il ne se trouvait pas moins d'une dizaine de curés et presque autant de vicaires orthodoxes encore en fonctions dans ce district, au moment de la déportation générale. Au nombre des premiers, brillait lë célèbre astronome, M. Mougin, curé delà Grand'Combe-des- Bois, que sa haute réputation et sa science, aussi bien que sa modération, avaient placé au-dessus de toute atteinte.
Le clergé constitutionnel de la ville et du district de Besançon trouvait plus aisément à se recruter dans la foule des moines qui étaient venus s'y retirer, et on n'en manqua pas pour remplir les cures de Châtillon-le-Duc, Saint-Hilaire, Saône et Gonsans, déclarées vacantes le 31 mars. Néanmoins aucun d'eux n'osa s'aventurer à la Vèze et à Chalèze. A cette époque, on remarquait parmi les vicaires de Saint- Marcellin à Besançon, un jeune prêtre nommé Servois, dont la destinée fut singulière. Appelé bientôt après à la dignité de vicaire épiscopal par M. Moysè, évêque du Jura, il devint ensuite artilleur. En 4796, il était sergent et concourut pour un prix qu'il remporta à l'académie de Turin. Bonaparte, instruit de cette circonstance, le nomma capitaine , puis professeur dans une école militaire , puis chef d'escadron et enfin conservateur du musée d'artillerie de Paris, dont il fut le créateur. Ayant pris sa retraite en 1824,
M. Servois revint mourir à Mont-de-Laval en bon catholique 6t en bon chrétien*
Au mois de juin 1792^ l'Eglise schismatique du Doubs continuait à être dans le même désarroi, et le département écrivait, le 12, au ministre Roland, » qu'à raison de la disette des prêtres assermentés, un grand nombre de paroisses n'avaient pas encore les ministres nécessaires pour leur desserte. »
MOYENS AGGCTATOLÉS POUR ÉTOUFFER LE CATHOLICISME. MORT DE M. DE DURFORT.
i*r JANVIER — 30 JUIN 1793.
I. Mais ce n'était pas assez de substituer des intrus aux prêtres fidèles dans les paroisses et les vicariats; il fallait encore enlever aux catholiques la consolation de prier dans les chapelles plus modestes que la piété de leurs ancêtres avait élevées en beaucoup de lieux, et le clergé schismatique ne pouvant les desservir, on prit le parti de les fermer. Le 18 janvier, le district de Pontarlier, s'élevant au ton le plus solennel, proclama (( que les prêtres attachés au service des chapelles du Chaufiaud et des Bassets profitaient du culte qu'on y exerçait pour troubler l'ordre et la tranquillité dans les familles, soulever l'épouse contre le mari, l'enfant contre le père, le frère contre la sœur; que des officiers municipaux avaient déjà nombre de fois porté de justes plaintes sur les dangers de ces troubles ; que le salut public étant la suprême loi, il convenait d'employer tous les moyens pour prévenir l'anarchie et la guerre civile, et enfin que les citoyens du Chaufi*aud et des Bassets pouvant facilement aller aux offices du Lac-ou-Villers et de Morteau, leurs chapelles seraient fermées par les officiers municipaux, qui, en cas de résistance, requerraient main-forte, et étaient invités à dénoncer tous conspirateurs ou perturbateurs de l'ordre. » Le district arrêta, en outre^ que « le département serait prié de prendre des mesures pour prévenir les troubles rehgieuxqui s'augmentaient de jour en jour dans ce district par l'impunité des fanatiques et des insermentés. » Les habitants du Chaufiaud réclamèrent auprès du département contre cette
décision, et leur requête fut communiquée au district, qui répondit : « Nous ne pouvons nous dispenser de persister dans notre arrêté provisoire et même d'en demander la confirmation définitive. On ne peut trop le dire: la chapelle du Ghauffaud est le repaire du fanatisme des théocratisés. C'est un endroit très propre au prosélytisme de l'aristocratie sacerdotale, qui ne négligera rien pour y faire entendre ses oracles sybillins. Le sieur Receveur, qui dessert cette chapelle, a indécemment rétracté son serment. On ne doit pas composer avec le fanatisme. Faisons bien attention que son succès l'enhardit et décourage les patriotes. Quelques phrases insidieusement arrangées, rédigées avec un air doléant et appuyées de signatures mendiées, ne doivent pas nous faire tourner la tête. » Le département décida, le 48 février, que, malgré le vœu de la population, Tarrêté du district serait strictement exécuté. Les habitants ne se tinrent pas pour vaincus, et la municipalité du Lac-ou-Villers déclara, dans un procès-verbal, qu'elle croyait devoir surseoir à la fermeture des chapelles du Ghaufiaud et des Bassets, « attendu qu'il n'y avait absolument aucun trouble. » Mais sur la plainte du district, le département autorisa ce dernier, le 26 mars, à envoyer un commissaire pour procéder lui-même à la clôture des deux chapelles.
Le 20 janvier, M. Gaiffe, maire de Morteau, écrivit au même district : « Nous croyons devoir vous prévenir que nos réfractaires, toujours infatigables dans leurs manœuvres, viennent de s'emparer de l'église des minimes, sur la Seigne, où ils confessent, disent la messe et communient, ainsi que dans la chapelle de Dessus-le-Fourg et celle de Gornabey» Dans peu, si l'on n'y met obstacle par la fermeture de ces églises, ils y exerceront toutes les fonctions pubUques du culte et y occasionneront des rassemblements dangereux. Ges messieurs se croient d'autant plus en sûreté pour leurs travaux, que la municipahté de Montlebon, dont le patriotisme est très suspect, les y autorise hautement. Il est plus que temps de cesser toute indulgence à leur égard. M. Ravier, notre curé, vient d'en écrire à M. Seguin, ainsi qu'à M. Violand. » M. Roussel-Galle, animé du même zèle, écri-
tit, de son côté, au district ; et enfin le patriote Jos. Grosjean, se qualifiant commandant de la garde nationale du Bas-de- Hontlebon, escorté de quatre autres signataires, exposa ainsi les faits au département, au nom des citoyens constitutionnels de sa commune : « Nous venons de fairerépreuve du plus grand abus d'autorité qu'il soit possible d'imaginer. Informés que les réfractaires rejetés des églises de Morteau par une sage mesure de la municipalité, s'étaient adressés au maire de Montlebon, qui leur a permis de fonctionner aujourd'hui sur la Soigne, nous nous sommes décidés, pour le maintien de Tordre, à faire la garde pour dissiper les attroupements. Une foule de personnes de Morteau et de Montlebon se sont présentées devant l'église des minimes, ayant à leur tète GuiUaume Besson, Salomon, son gendre, J.-B. Gupillard, Claude Marchand, Maximin Roussel, tous de Morteau, et le ëieur Bole, homme de loi à Baume, frère d'un prêtre très inconstitutionnel qui demeure à Morteau. Leur nombre était d'environ trois cents, tant hommes que femmes, et ils étaient accompagnés et sans doute excités par le nommé Monnin, ci-devant curé de Corcondray, à présent réfugié à Morteau, et le nommé Curty, homme à soutane. Sans nous alarmer de leur nombre, nous nous sommes empressés de faire ce que nous pensions que la loi nous commandait, en dissipant l'attroupemeut. Mais par malheur nous n'avions point de municipaux de notre côté. La raison en est que les municipaux de Montlebon sont très inconstitutionnels pour ift plupart. Cependant nos vues étaient droites : c'était l'ordre, l'obéissance aux lois que nous demandions. N'importe. Paraît le nommé P. -Alexandre Vermot des Roches , maire de la commune, qui, sans écharpe, vient, au nom de la loi et par un abus du pouvoir que la loi lui a confié, autoriser ces attroupements. Toujours sincères, nous dirons <|ue les prêtres que l'on amenait, plus dociles à la loi que le maire, se sont retirés, de sorte qu'il n'y a eu, à la Seigne^ que les messes ordinaires, celles des ci-devant minimes restés dans leur couvent. Mais il n'en est pas moins vrai que nous sommes menacés d'un coup d'autorité de la part de la municipalité. Cette menace n'est rien ; mais ces municipaux
MOYENS ACCUMULÉS POUR ÉTOUFFER LE CATHOLICISME. îSb
prétendent que nous avons forcé la loi, parce que nous n'avons pas voulu obéir à leurs injonctions inconstitutionnelles. Ce n*est pas l'anarchie, c*est l'amour de la patrie qui lious anime. Nous savons que nous devons, en bons citoyens, obéir à nos officiers municipaux. Mais la raison noué dicte que si ces officiers municipaux se jettent dans un précipice, nous ne sommes pas obligés de les suivre. Nous demandons que les troubles cessent et que justice nous soit rendue. i> Ces étranges défenseurs des lois venaient de les violer de la manière la plus positive sous prétexte de s'opposer à des infractions imaginaires. Mais tout n'étailril pas permis à l'ardeur du patriotisme ?
Le district fut de cet avis, et, sans aucune crainte de dépasser lui-même ses pouvoirs, il déclara, le SS7 janvier, <c que les fonctions exercées publiquement dans Téglise de la Seigne, la chapelle de Dessus-le-Fourg et celle de Gomabey, par des prêtres qui traînaient après eux nombre de dtoyens égarés, troublaient la tranquillité de tous les citoyens attachés à la constitution et aux lois; que ces procédés tendaient à diviser les hommes et les familles; que les citoyens de Montlebon, Cornabey et le Dessus-du-Fourg, étant à portée d'autres églises paroissiales, et le salut public étant d'ailleurs la suprême loi^ les trois églises ou chapelles seraient fermées, et tous les conspirateurs et perturbateurs dénoncés à l'accusateur public. »
Cet arrêté souleva des réclamations énergiques, et le département y répondit par cette réparation dérisoire : « Noos levons l'interdiction de l'égUse sur la Seigne, qui a été fermée à raison du fanatisme des prêtres inconstitutionnels et de leurs adhérents. Les clefs en seront remises à M. Besançon, nommé vicaire à Morteau. o Le spirituel chapelain des Fontenottes avait en efibt quitté le hameau qu'il desservait pour ce nouvel emploi , et la chapelle des Fontenottes fut encore fermée. M. Billot, prêtre fidèle, retiré dans ce hamean, demanda en vain au département la permission d'y célébrer la messe. La chapelle demeura rigoureusement close.
Le citoyen Grosjean, en rassemblant sans ordre quelques gardes nationaux de Montlebon, et en empêchant un prttre
insennenté de dire sa messe dans une église nationale, avait, de son propre aveu, violé deux décrets à la fois. La municipalité chargea en conséquence le procureur de la commune de réclamer auprès du département pour qu'il fût défendu à cet officier indiscipliné d'assembler désormais sa compagnie et de se placer, en armes, devant l'église, pour empêcher les prêtres insermentés de dire leur messe. La municipalité demanda en même temps que l'église des minimes fût rouverte. Mais le département répondit, \eil avril, au méprisdu texte formel des deux lois violées, «que le commandant de la garde nationale n'avait point eu d'autre but que de prévenir les désordres qui seraient résultés d'un rassemblement de citoyens dans la commune; que, dans le fait, les précautions prises par ce commandaut avaient empêché tout trouble ; que la municipalité de Montlebon, en favorisant la liberté du culte, devait en même temps s'opposer au fanatisme, source de tout désordre, et qu'en définitive il n'y avait pas heu de déUbérer sur sa requête. » L'audace du citoyen Grosjean était dépassée par celle de ses approbateurs.
La congrégation des hommes à Pontarlier s'était toujours réunie pour ses offices particuUers dans la chapelle du collège; la municipalité lui en refusa l'entrée. Les chefs de cette société en appelèrent, le 16 février, au district et au département, qui ne firent que confirmer cette interdiction. La chapelle du hameau des Etraches, devenue, au dire du procureur de la commune, le repaire des fanatiques, fut également fermée par ordre de la municipalité de Pontarlier, qui fit même poser les scellés sur les portes. Les habitants de ce hameau dressèrent une requête «tendante à ce qu'on leur rendît la liberté, dont ils avaient toujours joui, d'y faire célébrer la messe, les jours de dimanches et de fêtes, en promettant de ne rien se permettre contre la constitution et les lois ; » mais le département ne parait pas avoir répondu à leur demande.
Le H avril, le département déclara exécutoire une délibération de la municipaUté de Baume portant que la porte de l'église de la confrérie de la Croix de cette ville resterait constamment fermée , sauf à l'ouvrir à un prêtre constitu-
tionnel , pour les cérémonies de cette confrérie ; et qu'il serait fait défense aux religieuses de l'hôpital d'admettre dans leur chapelle les prêtres insermentés , ceux-ci restant libres de célébrer leur messe à Téghse paroissiale , aux heures désignées par le curé.
A la suite d'une plainte adressée au département par M. Bullet, curé assermenté de Chaux-lez-Chatillon, contre les habitants de la commune de Valoreille, annexée à sa paroisse, le directoire de Saint-Hippolyte, chargé d'informer, fit comparaître les deux parties adverses devant lui le 29 février. Le curé Bullet réitéra ses conclusions en demandant: i* qu'il fût ordonné aux habitants de Valoreille d'assister, fêtes et dimanches, aux offices de la paroisse, et d'y faire la communion pascale ; 2* qu'il fût défendu à M. Breuillot, prêtre résidant à Droitfontaine, de dire la messe dans la chapelle de Valoreille, et à ce qu'il lui fût ordonné de retirer tous les mauvais livres qu'il avait distribués contre la constitution ; 3** qu'il fût ordonné à J. -Ignace Huot, msdtre d'école non assermenté, et à J.-B. Boiteux, de Valoreille, de remettre sans délai les clefs de l'église entre les mains du plaignant ou du maire. Ce dernier, nommé Boucon, partisan du culte constitutionnel, déclara que ces deux citoyens avaient effectivement refusé les clefs de l'égUse au curé Bullet, qui voulait la fermer, et qu'il avait appris par les enfants du village que l'abbé Breuillot allait leur faire le catéchisme à l'école.
MM. P.-Louis Monnot, officier municipal. Boiteux et André Poëte, prirent ensuite la parole au nom des habitants et répondirent : « que les principaux motifs d'un oratoire à Valoreille étaient de procurer aux vieillards, aux infirmes, aux enfants et aux gardiens des maisons, la facilité d'entendre la messe les jours d'obhgation ; que ces considérations avaient déterminé la résidence d'un prêtre desservant ; que M. Faivre, chargé de ce service, ayant été élu curé à Ghamesol , et le curé Bullet n'ayant pas pourvu à son remplacement, les habitants, fondés sur les dispositions de la loi du 43 mai i791, n'avaient pas trouvé d'inconvénients à laisser célébrer la messe à M. Breuillot ; que du moment où ce prêtre s'abstenait de tout enseignement public, il importait peu aux habi-
tants qu'il fût assermenté ou non, et qu'ils ne cherchaient même pas à connaître ses opinions reUgieuses , et se bornaient à lui être reconnaissants des services qu'il leur rendait ; que la demande faite par le curé BuUet de garder les clefs de leur église était contraire à leur propriété, parce que si M. Breuillot discontinuait ses services, un autre pouvait le remplacer, et que si le curé Bullet restait dépositaire des clefs, il pourrait à son gré les leur refuser, ce qui serait contraire à la liberté des cultes et des opinions religieuses, ainsi qu'aux vues qui avaient fait établir cette chapelle ; qu'ils demandaient, en conséquence, qu'il fût déhbéré en conseil général de la commune pour savoir qui serait dépositaire de& defs ; qu'enfin ils ne pensaient pas que ce fût sérieusement que le sieur Bullet eût fait la demande de les obliger à faire leur confession et leur communion pascale à Chaux, puisque ui;ie pareille demande était opposée à la liberté des cultes. »
Le curé Bullet répUqua « que la chape&e était si peu pour l'usage des vieillards, des infirmes et des enfants seulement^ qu'à l'exception du maire et des nommés Garessus, tout le reste des habitants de Valoreille ou du moins les trois quarts et demi n'entraient pas à la messe à Chaux; qu'il persistait donc dans ses conclusions, se réservant expressément de se pourvoir contre l'abbé Breuillot comme il jugerait convenable, et que quant à la communion pascale dans l'église paroissiale, elle était du devoir de tout cathohque et conimandée de droit. »
Après avoir ainsi entendu toutes les parties, le district de Saint-Hippolyte déclara qu'à son avis, M. Bullet n'était pas fondé dans ses prétentions contre les habitants de Valoreille, et que sa dénonciation contre M. Breuillot était du ressort e^iclusif des tribunaux. Mais , contrairement à cet avis , le département décida, le 23 avril, sur le rapport de M. Renaud» de Quingey, que la chapelle de Valoreille resterait fermée.
IL Le droit que la loi assurait aux prêtres insermentés de célébrer la messe dans les égUses Uvrées au schisme, était trop odieux aux ennemis de l'orthodoxie pour n'être pas contesté et restreint de mille manières. Les intrus étant les^
HOTBNS ACCUMULÉS POGE ÉTOUFFER LE GATHOUGISHB. 239
maîtres de ces églises, commencèrent par désigner aux prêtres dissidents une heure précise, laquelle exceptée, il ne leur serait pas permis de dire leur messe ; et cette heure fut choisie ' de manière à empêcher autant que possible les fidèles catholiques d'y assister. Dans le même but, on défendit de sonner les cloches pour annoncer la messe des réfractaires. M. Tabbé Pochard à Chenecey, et la municipalité elle-même à Saint- Juan, réclamèrent en vain contre ces restrictions arbitraires. Il leur fut répondu que l'autorité des intrus était absolue ^ cet égard. La municipalité d'Aubonne trouva bon pourtant d'y joindre encore le concours de la sienne, et fit une déUbération pour défendre aux prêtres retirés dans cette conmiuQe de dire leur messe après cinq heures du matin. M. Marguier d'Âubonne, ancien président du bureau des finances 4e Franche-Comté, et l'un des hommes les plus éminents da parti cathohque , adressa au département , tant en son nom qu'au nom de quarante-neuf familles de cette petite commune,, une requête tendant à faire casser cette déhbération, et à autoriser les prêtres fidèles à dire leur messe au moment qu'ils jugeraient convenable, pourvu que ce ne fût pas celui des offices constitutionnels. Le département, sur le rapport de M. Renaud, déclara qu'il ne pouvait qu'applaudir au zèle de la municipalité d'Âubonne , et que la réclamation des habitants ne méritait pas qu'on s'en occupât.
Le 1" janvier, M. Chopard, maire des Gras, écrivait au district de Pontarher : a Le fanatisme qui règne dans cette partie des montagnes et qui s'accroit journellement à l'insr tigation des prêtres réfractaires, mérite plus que jamais votre attention. Dans les derniers jours de novembre, le sieur Thomas, ancien curé de Morteau, qui depuis sa rétractatioa a pris sa résidence chez son père, dans un hameau de notre paroisse, s'est présenté un jour d'oeuvre pour dire sa messe. Sachant que le curé était absent, la municipaUté av^t fait défense au maître d'école de remettre à qui que ce fût le^ clefs de TégUse. Sur le refus du maître d'école, le sieur Thomas ne perd point de temps et le cite devant le juge de paix de Morteau. Les débats durèrent cinq heures, et il fut convenu, à la fin, que M. Thomas dirait la messe, les jours de
dimanches ou de fêtes, à sept heures et demie, pour que les gens de la montagne qui sont de garde dans les maisons pussent en profiter. Mais, loin de s'y soumettre, M. Thomas n'a dit sa messe qu'une heure plus tard, ce qui a déjà occasionné des troubles, en ce que les fanatiques ne veulent pas faire le moindre acte de religion avec les patriotes. Aujourd'hui, il y a eu un tumulte qui a failli avoir des suites fâcheuses. Heureusement, M. Boillon, curé, a paré à tout. La garde nationale, étant sous les armes pour la solennité de ce jour, a voulu s'opposer à ce que M. Thomas dit sa messe, parce qu'il était venu trop tard. Cette garde nationale est des plus outrées contre Fex-curé deMorteau, parce qu'il est soupçonné d'être le distributeur de brochures incendiaires, et que le zèle ardent qu'il affecte pour le salut de ses créatures est plutôt dicté par humeur que par charité. Les esprits sont échauffés: je vous prie de m'indiquer la marche à tenir. Voici mon avis : le patrimoine du sieur Thomas est situé sur le territoire de la Grand'Combe. Le domicile de son père est presque aussi rapproché de ce village que du nôtre. D'ailleurs les habitants de la Grand'Combe pensent et agissent comme lui ; ce serait donc leur rendre un grand service que de lui ordonner de dire sa messe chez eux ; il leur persuadera qpi'elle opérera des miracles, et vous nous épargnerez bien des maux. J'implore le secours de votre ministère pour arrêter les abus et désordres causés par le sieur Thomas et M. Sergent, notre ci-devant curé, qui ne cessent de prêcher et confesser dans les maisons des particuliers, où ils font les plus grands progrès. »
A la lecture de cette lettre, le district de PontarUer, indigné, protesta solennellement une fois de plus « que la paix, la tranquillité publique et k bonne harmonie ne pouvaient exister entre les citoyens que lorsqu'ils seraient à l'abri des persécutions des prêtres rebelles à la loi ; que ces réfraotaires n'invoquaient la Uberté des opinions religieuses que pour se permettre avec plus d'audace toutes leurs manœuvres infernales ; que, tout en promettant de laisser le peuple hbre et tranquille dans son culte, ils ne laissaient pas de le tourmenter et d'user de tous les moyens pervers pour se faire des
MOTElfS AGCUHULiS POUR ÉTOUFFER LE CATHOLICISME. 241
prosélytes, et enfin qu'il était indispensable de faire un arrêté pour enjoindre aux prêtres de s'éloigner à une certaine distance, sous peine d'être poursuivis. » M. Thomas, ayant réclamé ultérieurement contre les obstacles indûment apportés à l'exercice de ses droits, ne put obtenir aucune satisfaction.
Pendant que le maire des Gras demandait qu'on assignât aux prêtres dissidents la paroisse de la Grand'Gombe pour y dire leur messe, parce que là toute la population était fanatique, une poignée de prétendus patriotes de cette dernière commune demandait au contraire qu'on ne permit à aucun prêtre insermenté d'y célébrer les saints mystères, à raison des troubles qui pouvaient en résulter. Le département répondit en chargeant le district de Pontarlier d'envoyer un de ses membres sur les lieux^ pour informer contre les prêtres signalés comme perturbateurs.
Le 14 janvier, la municipalité de Morteau arrêta qu'à raison des désordres que le fanatisme avait occasionnés dans l'église de cette ville, les prêtres insermentés ne pourraient dire leur messe qu'avant les offices de paroisse, et que réglise resterait fermée pendant la semaine, et même les dimanches immédiatement après les vêpres. Le district déclara « qu'il était d'autant plus pressant de ratifier ces mesures que si l'on ne mettait pas un terme à toutes les horreurs des fanatiques, il en résulterait des scènes de sang. » n répéta que le seul moyen à prendre était l'éloignement général des prêtres rebelles. Le département donna de grandis applaudissements à la municipalité de Morteau, ce qui encouragea sans doute cette dernière à prendre, le 20 avril, cette nouvelle délibération, plus radicale que la première :
«M. Gh.-Jos. Pierre, procureur de la commune , a porté plainte contre le sieur Roussel, prêtre insermenté, de ce qu'il donne dans un fanatisme outré. Il est le seul des insoumis qui fréquente actuellement l'église de la paroisse et y dise la messe, par conséquent le seul à la tête des sectaires non confonnistes. Il les entretient dans un fanatisme qui pourrait s^éteindre à Morteau, si les sectaires n'avaient pas cette funeste ressource. Ce prêtre s'est avisé même, pendant le temps des piques, de distribuer la communion dans