‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 28 sur 60 · UX · texte numérisé non relu

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De son côté, la municipalité de Besançon, usant des pouvoirs que le département avait pris on ne sait où, pour les lui donner, nomma, le 22 février, MM. Muguet, Guillaume, Jobard, Marrelier, ex-chanoine, et Morel, pour administrer la eonfrérie de la Croix à la place des cinq conseillers orthodoxes désignés par le choix des confrères ; elle porta ainsi le dernier coup à cette grande institution de charité, quelques mois avant le décret de proscription qui les détruisit toutes à la fois.

VU. On sait que dans plusieurs communes, autrefois détachées du comté de Montbéliard, la population était en partie catholique, en partie protestante. Ck)mme il arrive d'ordinaire dans les pays où la foi est pour ainsi dire toujours militante et en présence de l'ennemi, les catholiques de ces communes se montrèrent généralement très attachés à l'orthodoxie. Les protestants de ces cantons résolurent de profiter de cette circonstance et des sentiments si hostiles de l'administration à l'égard des catholiques fidèles, pour réclamer au profit de leur secte les presbytères et les égUses fermées faute d'intrus ou de troupeau constitutionnel. Le district de Saint-Hippolyte lutta tant qu'il put, comme on devait s'y attendre, contre cette invasion luthérienne. Les protestants de Glay commencèrent l'attaque. Forts de leur majorité dans la commune, ils demandèrent avec autorité à rentrer en possession de l'église paroissiale, dont ils prétendaient n'avoir jamais cessé d'être les propriétaires légitimes, et à y exercer toutes les fonctions de leur culte, u conformément aux décrets de l'Assemblée constituante, qui avait autorisé les protestants des quatre terres annexées à jouir de l'exercice public de leur culte sans pouvoir y être troublés. »

Le district répondit, le 8 février, « qu'il pensait que les protestants n'avaient jamais eu d'autres droits, propriétés et jouissances légales, plus étendus que ceux dont ils jouissaient en ce moment ; que les décrets de FAssemblée ne leur accor-

daientrien de nouveau ; qu'aucune atteinte n'avait été portée à l'exercice public de leur culte ni à tout ce qui en dépendait; que la nouvelle constitution voulait que les églises paroissiales Âissent destinées au culte subventionné par l'Etat, et que ceux qui désiraient exercer un culte particulier se procurassent des temples et des églises particulières à leurs frais ; que d'ailleurs il était bien établi et convenu même que le culte catholique était le plus ancien dans les quatre terres ; que c'était pour ce culte que les églises y avaient été construites; que les protestants s'en étaient démembrés, et que leur religion s'y était établie par la force des armes des princes de Wurtemberg dans le temps que le roi d'Espagne en était souverain ; que les traités d'Osnabruck, Ris^ck et autres, iijvoqués par les pétitionnaires, n'avaient pu les concerner, puisqu'au moment de ces traités, leurs ancêtres n'étaient pas dans la dépendance des parties contractantes ; enfin que l'établissement du culte luthérien n'avait jamais eu d'autre existence légale que celle qui était indiquée par la lettre de Louis XIV, de 1707, et celle de Louis XV, de 1749. »

Ces objections étaient très fortes; néanmoins, sans en tenir aucun compte, et sans même y répondre, le département autorisa, le 2 mars, les luthériens de Glay à se servir de l'église catholique, moins le chœur, et de la cloche, aux heures qui seraient réglées par le conseil général de la commune. Les catholiques réclamèrent contre cette décision, en accusant les luthériens de l'avoir surprise par des allégations fausses. Le district répéta qu'à son avis le Corps législatif pouvait seul autoriser les protestants à exercer, dans les éghses catholiques, des droits qu'ils ne possédaient pas auparavant; mais ces nouvelles observations demeurèrent sans résultat.

Le triomphe des luthériens de Glay devint le signal de réclamations et de triomphes semblables pour leurs coreligionnaires de Seloncourt, Bondeval, Villars-lez-Blamont , Montécheroux, Saint-Maurice, Lougres et Longevelle. L'arrêté du département en faveur des protestants des deux dernières communes était motivé de cette étrange façon : <( Le

directoire, prenant égard à ce que les protestants des quatre terres ont le libre exercice de leur culte ; qu'étant citoyens français, ils ne peuvent y être troublés sans contrevenir à la liberté nationale ; arrête que les protestants de Longevelle pourront provisoirement exercer leur culte dans l'église, en se concertant avec les catholiques pour les heures, et que le chœur sera réservé à ces derniers. » Les catholiques de ces diverses communes, ne pouvant comprendre en quoi la dépossession de leurs églises était nécessaire pour assurer aux protestants le libre exercice de leur culte, qui n'avait jamais été interrompu ni contesté, réclamèrent de toutes parts, mais sans succès. M. Boigey, curé de Longevelle, encore en exercice, ayant refusé de remettre les clefs de son église aux protestants, un arrêté du 3 mai autorisa la municipalité à mettre la gendarmerie en réquisition pour faire ouvrir les portes, et à faire fabriquer une double cleL

Mais ce n'était pas assez de livrer aux luthériens les asiles de la piété catholique ; on commença, à la même époque, à les livrer aux jacobins pour leurs sauvages assemblées. On lit dans les registres du district de Besançon : «22 mars. Une députation de la société des Amis de la constitution établie en cette ville ayant été admise à la séance, un des membres de la députation a dit que la détermination qu'ils avaient prise de rendre pubhcs tous les travaux auxquels ils se livraient par zèle pour le bien général et par attachement à la constitution, attirait à chacune de leurs séances un si grand concours de citoyens, que la salle qu'ils occupaient dans la maison du ci-devant séminaire leur devenait inutile par l'impossibilité où ils étaient d'y recevoir toutes les personnes qui se présentaient pour profiter de leurs instructions ; qu'en conséquence, ils avaient fait différentes démarches pour se procurer un emplacement plus spacieux, et que dans le nombre des édifices nationaux qu'ils avaient visités, l'église des ci-devant capucins et le chœur placé à la suite leur avaient paru seuls convenir; qu'ils espéraient que les corps administratifs seconderaient leurs intentions, puisqu'elles n'avaient d'autre but que l'intérêt pubUc et le salut de l'Etat ; et qu'on se déciderait d'autant plus facile-

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ment i leur permettre de s'établir dans cette église supprimée, qu'eDe n'était d'aucune utilité aux prêtres Tivant en commun dans la maison. La députation s'étant retirée, le procureur syndic a fait lecture de quelques observations qui lui ont été remises par les ci-devant capucins, et qui tendent à empêcher l'établissement de la sodété dans l'église et le chœur attachés à la maison où ils sont réunis en communauté, soit parce que les curieux, attirés par les assemblées des Amis de la constitution, troubleraient la tranquillité du cloître, soit parce qu'ils seraient exposés à des insultes en tenant leurs portes fermées, soit parce qu'étant autorisés par les décrets à continuer l'exercice de leur culte dans la maison à eux désignée, ils n'avaient que le chœur pour dire l'office des heures canoniales suivant leur règlement, et que leurs vêpres et leurs complies se récitaient précisément aux heures des séances de la société, soit enfin qu'il y avait dans la viDe beaucoup d'autres édifices plus vastes, plus commodes, et dont la jouissance n'occasionnerait aucun inconvénient. Sur quoi, le directoire, considérant que tontes les églises supprimées doivent être amodiées au profit de la nation; qu'en louant celle dont il s'agit, il en résulterait pour les ci-devant capucins des inconvénients bien plus grands que ceux qu'ils semblent appréhender et qui ne sont que des chimères ; qu'il est facile à ces prêtres de dire leurs vêpres et leurs autres offices dans leur réfectoire, où ils récitent déjà leurs petites heures, et qui est beaucoup plus vaste et plus commode que le chœur à eux laissé par complaisance; que d'ailleurs, l'art. 2 de leur règlement portant qu'ils ne continueront à faire l'office divin qu'autant qu'il leur sera possible et suivant les circonstances, c'en est ici une bien favorable de donner des preuves de leur attachement à la chose publique en accueillant fraternellement les amis d'une constitution qui les a mis dans le cas de jouir avec agrément du fruit des travaux pénibles auxquels ils se hvraient sous l'ancien régime; considérant enfin que de tous les édifices nationaux dont l'administration peut disposer, aucun ne parait plus propre aux séances de la société, H par l'emplacement, soit parce qu'elle peut s'y établir

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sans dépense ; estime qu'il y a lieu d'accueillir favorablement sa demande et de lui accorder l'église et le chœur pour y tenir ses séances. »

Le département, composé tout entier de jacobins , comme le district, ne pouvait manquer d'être du même avis. Quoiqu'il y eût réellement dans la ville une foule d'autres églises^ et édifices où les jacobins auraient pu s'établir sans gêner personne, il s'associa avec empressement aux intentions méchantes qui avaient inspiré le choix de l'égUse des capucins, et qui s'étaient encore trahies par l'ironie sarcastique répandue dans l'arrêté du district. Le 27 mars, le notaire Deschamps fut donc chargé de se rendre à l'égtise des capucins pour enlever tous les Unges, tableaux et autres effets qui s'y trouvaient, et remettre de suite les clefs aux commissaires de la société. Il ne resta que les trois autels. « Sur le principal, dit M. Laviron, témoin oculaire, on plaça les bustes de Mirabeau, Voltaire et Rousseau, et sur les autels latéraux, les bustes de d'Alembert et de Diderot. »

VIII. Parmi les usurpations de toute nature dont les catholiques devinrent victimes à cette époque, il en est une qui leur fut particulièrement douloureuse ; ce fut ceDe de leurs vases sacrés. Ils n'en purent rien sauver des mains du schisme ou des creusets de la Monnaie. Plusieurs prêtres et autres personnes attachées au service des autels possédaient en propre quelques-uns de ces vases précieux, comme il arrive encore fréquemment aujourd'hui ; et en les faisant servir quelquefois à rehausser la pompe des offices publics, ils n'en abdiquaient pas la propriété. Cependant les revendications exercées à cet égard par plusieurs particuliers, quelque bien fondées qu'elles parussent, furent toutes repoussées, sans examen. On poursuivit même comme voleurs plusieurs curés et autres personnes qui avaient cru pouvoir retirer des sacristies ces objets doublement précieux pour leurs propriétaires. C'est ainsi que M"** de Contré^se, religieuse UTsuline à Besançon, démontra en vain de la manière la plus positive qu'un cahce trouvé à la sacristie de son couvent lors de l'inventaire avait été acheté par elle, avec ses propres deniers, chez l'orfèvre Grandguillaume , et déclara

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qu'elle n'avait jamais entendu s'en déposséder. Le département décida, le 4 février, a que ce calice ayant été déposé à la sacristie et livré à l'usage des prêtres qui disaient la messe dans la chapelle, tV y avait lieu dépenser que M*"" de Contréglise en avait fait don, et que ce don étant antérieur au décret qui avait mis tous les biens des couvents à la disposition de la nation, il n'y avait pas Ueu de faire droit sur la pétition de la réclamante. »

Le 20 mars, le département autorisa la municipalité de Roulans à traduire en justice M. Faivre, curé insermenté, « pour avoir enlevé plusieurs objets de l'église, sous prétexte qu'ils lui appartenaient. » Le i2 du même mois, une autorisation semblable avait été accordée à la municipalité de Chenecey contre M""* de Chenecey, accusée du même délit. On a vu que plusieurs curés avaient déjà été exposés à ces accusations en quittant leurs paroisses. Si ces voleurs d'un nouveau genre furent généralement condamnés à la restitution, la conscience publique empêcha du moins qu'on n'ajoutât la moindre peine ou la moindre flétrissure à leurs sacrifices.

Une seule fois, le district de Pontarlier descendit aux injures et aux menaces. On a vu par les lettres mêmes de ce district et ses cris de détresse, pour ainsi dire, que les religieuses bernardines de Pontarlier se trouvaient réduites à la plus extrême misère par suite des retards et de l'insuffisance de l'indemnité qui devait leur être payée. Pressées par la faim, elles ne virent plus d'autres ressources pour se procurer des ahments que de mettre en gage une parlie de leur argenterie. Informé de cette circonstance, le district envoya sur-le-champ à leur couvent des commissaires chargés d'exiger la représentation immédiate de tous les objets mobiUers portés à l'inventaire de la maison. Les religieuses furent forcées d'avouer ce qui avait eu lieu, mais refusèrent de compromettre, en les nommant, les personnes qui avaient accepté leur gage et auraient pu être poursuivies commeleurs compUces. Le district, exaspéré, déclara, le 2 avril, a que les bernardines n'avaient aucune délicatesse; qu'elles ne pouvaient disposer sans autorisation, par gage ou autrement,

de Targenterie dont on les avait laissées dépositaires, -et qu'elles avaient manqué ainsi à la foi du dépôt ; qu'en conséquence, on devait surseoir au paiement de leur traite* ment jusqu'à ce qu'elles eussent reproduit toute l'argenterie; qu^il était d'ailleurs à présumer que cette mise en gage était supposée, et que les religieuses l'avaient imaginée pour retenir cette argenterie au préjudice de la nation, puisqu'elles avaient constamment refusé de faire connaître la personne dépositaire de ce prétendu gage. » Cet arrêté fut confirmé, quatre jours après, par le département.

IX. Un des sujets de chagrin les plus sensibles pour les catholiques, à cette époque , était le regret de ne pouvoir rendre à leurs parents défunts les derniers devoirs. Le clergé fichismatique, seul autorisé à présider aux funérailles, se dédommageait de la répulsion des vivants en s'emparant des morts. Les familles étaient réduites à leur abandonner ces dépouilles chéries, sous la double pression de la loi et de rémeute, et la faiblesse résultant de l'isolement individuel ne leur permettait même pas la pensée de se soustraire à cette oppression pubUque. Mais quand un prêtre fidèle venait à mourir, chacune des ^milles orthodoxes, voyant en lui un père ou un frère, et la grande famille chrétienne se trouvant tout entière en deuil, les aspirations à la douloureuse et suprême Uberté de la tombe se manifestaient alors avec plus de vivacité et de puissance, et même d'une ma* iiière quelquefois menaçante pour les oppresseurs.

Afin d'éviter un conflit de cette nature, un prêtre respectable, M. Simon, décédé à PontarUer le 17 janvier, avait témoigné d'une manière formelle, en mourant, sa volonté d'être inhumé aux Verrières. Rien dans les lois ne s'y opposait, et le corps du défunt fut conduit dans cette commune. Mais l'intrus de Pontarlier, le capucin Devillard , informé que cette proie venait de lui échapper, monta aussitôt à •dieval et courut aux Verrières, escorté d'une troupe de gens armés qui chantaient en chemin le sinistre Ça ira. Il s'empara par force du mort et l'enterra dans le cimetière même des Verrières , au mépris des droits du desservant et à son insu.

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