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n écrivit, le 31 mai, au district d'Oraans : « qu'une insurrection avait éclaté, le 27, à Guyans, et s'était renouvelée le lendemain d'une manière plus violente encore, avec la protection des officiers municipaux, qui n'avaient pris aucune mesure pour l'empêcher ; que le 28, le mouvement avait été si considérable que le curé de Guyans, allant dire sa messe, avait été atteint d'un coup de pierre; que plusieurs personnes avaient eu l'audace de dire que si le curé ne délogeait pas dans trois jours, il serait tué ; que le curé, ayant craint pour ses jours, s'était retiré, le 29, à Orchamps; qu'en chemin, il avait été poursuivi à coups de pierres; qu'enfin le désordre régnait à un tel point à Guyans, que le peu de patriotes qui pouvaient s'y trouver craignaient pour leur tranquiUité et même pour leur vie; que le sieur Robert, cidevant vicaire du lieu, était le moteur de ces atrocités, et qu'il les avait vues avec plaisir depuis la fenêtre de J.-P.- Nic. Busson, son affidé. »
Cette lettre était si bien faite pour inspirer l'épouvante ou permettre de la simuler, que le directoire d'Ornans, en la recevant, décida qu'il serait écrit à l'instant même au département de donner des ordres pour envoyer à Guyans deux cents hommes avec deux pièces de canon, faire saisir les officiers municipaux et tous les prêtres insermentés qu'on trouverait, les incarcérer dans la maison d'arrêt, et autoriser les troupes à s'établir à discrétion chez les habitants. Un gendarme fut chargé de porter immédiatement ces propositions étranges à Besançon.
Tout en recevant ce message, le département arrêta « que M. Robert serait saisi au corps et amené à ses frais à Besançon par la gendarmerie ; que les faits dénoncés par le notaire VuiUier seraient signalés au juge de paix du canton d'Orchamps pour en faire punir les auteurs ; que le maire, le procureur et les officiers municipaux de Guyans seraient tenus de venir, dans trois jours, rendre compte de leur conduite au directoire et répondre sur toutes les questions qui leur seraient faites ; et enfin que le commandant des volontaires du Bas-Rhin, résidant au Val-de-Morteau , serait requis d'envoyer à Guyans deux compagnies pour
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y maintenir Tortlre et assurer la tranquillité du curé. » Le lendemain, M. Grandjacquet fut chargé par le district d'Oraans d'aller à Guyans surveiller l'exécution de cet arrêté. Le 4 juin, M. Vuillier y entra avec lui, comme en pays conquis, escorté des gendarmes et de deux compagnies de volontaires dont il avait eu soin de faire charger les fusils à balles. L'occasion était excellente pour vérifier, au moins auprès de la prétendue victime, les faits acceptés sans autre garantie que la dénonciation officieuse de M. Vuillier. Pourtant, dans le procès-verbal que dressa le commissaire du district, il ne se trouve aucune mention de ces faits, non plus que des poursuites judiciaires qui devaient s'ensuivre. Il semble que, le tour étant joué, les deux jacobins n'avaient plus songé qu'à en retirer le plus de fruits possible.
M. Grandjacquet expose ainsi, dans son rapport, le détail de ses opérations : « Le sieur Vuillier, chef du bataillon de Vennes , nous a représenté que les officiers municipaux étaient d'autant plus coupables que, le dimanche 27 mai, ils avaient fait rassembler vingt-huit à trente hommes armés de la garde nationale de Guyans, sans aucun ordre de sa part ; que le soir du mémo jour, ils avaient fait mettre au corps de garde J.-Ign. Crolot et J.-Jos. Vuillemin, et le lendemain, Ant.-Jos. Câlin, uniquement parce qu'ils étaient amis de la constitution; et qu'invités, après plusieurs heures, à les élargir, ils n'avaient voulu le faire que sous la caution de Tisserand, Gélion, Magnin-Faysot et Parent, également amis de la constitution. Ayant ensuite été informés par plusieurs patriotes du lieu et du voisinage, que depuis longtemps la nmnicipalité se permettait de commander la garde nationale, aristocrate comme elle, pour molester les patriotes, sans en faire part au commandant en chef, et dans la seule vue de détruire la constitution; qu'aujourd'hui même, instruits que nous devions arriver, ils s'étaient armés et se préparaient à nous repousser; ce qui est si vrai qu'à notre arrivée, en voyant la force qui nous accompagnait, ces citoyens armés ont pris la fuite, et deux d'entre eux, Cl.- ' Jos. Cassard-Georges, et Hugues-J. Chaton, domestiques, ont été arrêtés, munis de fusils chargés à balles; nous avons
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fait faire la recherche des cartouches qai pouvaient exister dans les maisons des aristocrates, et on en tronva denx caisses cachées chez J.-P.-Nic. Busson, maître d'école et secrétaire insermenté de la conmmne. Nous fîmes ensuite désarmer la municipalité, ce qui produisit onze fusils. On nous donna avis que sur quatre calices appartenant à l'église, fl n'en restait plus qu'un seul, et qu'un certain nombre d'ornements avaient été également soustraits. Nous ordonnâmes qu'on allât faire perquisition dans la ferme habitée par Gl.- NoêlCassard, officier municipal, etles gendarmes ytrouvèrent divers linges et ornements dont Cassard déclara ne pas connaître l'existence dans sa maison. 11 fut amené et déposé au corps de garde. »
n ne manquait plus, pour compléter cette comédie, que de faire jouer à l'intrus le rôle de vainqueur généreux. M. Baverel se rendit donc le 9 juin à Besançon , pour implorer lui-même la clémence du département en faveur de ses paroissiens récalcitrants. « A présent, dit-il aux administrateurs, ils reconnaissent leur faute et ont consigné leur repentir dans un acte public qui a dû vous être adressé. Je TOUS assure qu'ils seront soumis à la loi. )> Le département, tout en applaudissant à la démarche du curé constitutionnel, lui décl£u*a que, malgré ses dispositions favorables, il ne pouvait, du moins quant à présent, se rendre à son vœu et révoquer son arrêté ; que le maire et les officiers municipaux ayant été mandés pour rendre compte de leur conduite, ce ne serait que par leurs réponses qu'il pourrait juger de la sincérité de leur repentir et user d'indulgence.
Les membres de la municipalité de Guy ans se rendirent le 12 juin à l'appel du département, et protestèrent que la prétendue émeute n'était composée que de femmes égarées, qui avaient voulu empêcher l'installation du curé constitutionnel, mais que tous les citoyens étaient parfaitement disposés, comme eux, à respecter les lois et la tranquilUté de ce curé. Le lendemain, le département décida que les deux compagnies de volontaires seraient retirées de Guyans, mais que les officiers municipaux devraient retrouver et réintégrer les vases sacrés à l'église, sous peine d'en payer la valeur
ÀBRB8TÀTI0N ST IKTERNEHBNT BBS PRÊTRES. SOI
eux-mêmes ; qu'ils supporteraient personnellement en outre les frais de voyage des commissaires et des gendarmes ; qu'ils empêcheraient à Favenir toute espèce de rassemblement, et. enfin que si^ dans huit jours^ ils n'avaient pas traité avec un maître d'école pour servir le curé Baverel, ce dernier en choisirait un à son gré.
XIV. M. l'abbé Robert étant parvenu à s'échapper, MM. Grandjacquet et Vuillier allèrent chercher une revanche plus loin. Le 5 juin, en quittant Guyans-Vennes, M. Grandjacquet, bien que sa mission ne s'étendit pas jusque-là, jugea à propos de .se transporter à Orchamps, pour informer sur la conduite de M. J.-ïg. Lyme, chapelain. « J'appris, écrivait-il dans son rapport, qu'il n'était plus à Orchamps, mais que ci-devant il s'était permis de confesser chez lui, et qu'il avait tenu des propos très inconstitutionnels, soit contre la constitution, soit contre tous les prêtres assermentés; il a même conseillé aux citoyens d'Orchamps qu'il confessait^ de ne point assister à la messe des prêtres assermentés, leur disant que c'était péché de le faire; sa messe^ qu'il annonce toujours par un grand coup de cloche, attire une quantité de citoyens fanatiques, même des paroisses voisines, ce qui donne du scandale et occasionne du trouble et beaucoup de fermentation à Orchamps. »
Sur ce rapport^ le département décida que son arrêté du 2 avril serait encore exécuté contre M. Lyme. Cet ecclésiastique, amené à Besançon le 48 juin , par la gendaiv merie d'Omans, se retira à l'auberge de la Ville de Marteau.
XV. Le 29 mai, M. Bailly, procureur syndic d'Omans, exposa au district qu'il était informé que les prêtres Sergent, vicaire en chef à Saules, et Emourgeon, à Guyans-Dumes, se permettaient depuis longtemps d'inspirer le fanatisme et le mépris des lois et des autorités constituées ; que si ces faits étaient vrais^ il était urgent d'éloigner ces prêtres ; qu'il requérait en conséquence la nomination d'un commissaire pour aller vérifier les faits. M. Vaite, chargé de cette enquête, fit le 2 juin le rapport suivant, d'après les renseignements qu'il déclara avoir recueillis auprès de difl^érents particuliers.
sans eu nommer aucun : « Au commencement du mois de juin de Tannée dernière, quelque temps avant Tenlèvement du roi, le sieur Sergent, pour faire haïr la constitution en discréditant le papier-monnaie et pour prouver qu'il avait des relations avec les ennemis de la patrie, dit à plusieurs personnes que les assignats n'auraient dans peu de temps aucune valeur, attendu que douze cent mille hommes, tant impériaux qu'Espagnols et Prussiens, devaient faire, avant l'expiration du mois, une incursion en France. Au mois de décembre dernier, il a annoncé publiquement que les lois qui émanaient de l'Assemblée nationale ne tendaient qu'au vol et au brigandage. Pour tromper la bonne foi de ses paroissiens et alarmer leur conscience, il leur a dit plusieurs fois que ceux qui se confessaient auprès des prêtres constitutionnels commettaient des sacrilèges ; que quant à lui, il ne voulait confesser aucun de ceux qui adoptaient la constitution, parce qu'ils étaient damnés. Dans le but d'engendrer les haines et les divisions dans les familles, il a dit à la femme d'un particulier que si elle avait l'intention de suivre la nouvelle loi comme son mari et son fils, il ne pouvait lui administrer aucun sacrement. Enfin, depuis six mois, il va à la veillée dans différentes maisons où se rendent ses prosélytes, et là, ils tiennent des conseils pernicieux, et lisent des écrits incendiaires pour chercher à faire des victimes de leurs fourberies.
» A Guyans-Durnes, Emourgeon, vicaire en chef, a persisté, au mépris de l'arrêté du département du 28 janvier, à demeurer au presbytère, à confesser, communier en chambre et célébrer les offices, contre le gré du curé constitutionnel de Saint-Hippolyte-lez-Durnes. Mettant à profit l'ascendant qu'il a sur ses paroissiens séduits, il leur a annoncé pubUquement, le 20 mai, que M. Seguin n'étant revêtu d'aucun pouvoir, ils ne devaient pas conduire leurs enfants à Besançon pour les faire confirmer. Le dimanche 27 mai, la municipaUté lui ayant témoigné le désir de rendre hoiur mage à la liberté, en plantant un chêne pour annoncer son règne, Emourgeon lui a répondu, d'un ton de colère et me* naçant, que cet arbre ne serait pas celui de la Uberté, mais
celui de l'hérésie et le signe de ralliement de tous les brigands. Enfin, tous les dimanches et fêtes, il se fait à Guyans des rassemblements d'hommes et de femmes des villages voisins, auxquels Emourgeon prêche le fanatisme, n
A Tarcenay, la population restée catholique et Tintrus Vertel vivaient en assez bonne intelUgence, grâce à l'esprit pacifique qui régnait des deux parts. L'intrus faisait ses offices, les habitants n'y assistaient pas, et personne ne se plaignait. Mais cet état de choses déplut aux jacobins des environs, et ils firent le projet d'aller en masse à Tarcenay, un dimanche, pour forcer les habitants à entendre la messe constitutionnelle. Le 25 mai, le département écrivit au district d'Ornans : <( Les officiers municipaux de Tarcenay sont venus nous avertir qu'ils craignent une invasion dans leur village, de la part des gens de Villers-sous-Montrond, Mérey et autres du voisinage, et qu'on les a informés que ce vagabondage aura lieu dimanche prochain. Il est utile d'empêcher les progrès de la licence que se permettent nombre de personnes sous prétexte de patriotisme. Veuillez en conséquence envoyer, dimanche, à Tarcenay un juge de paix ou un membre du district. »
Le district envoya M. Grandjacquet avec trois gendarmes. Le choix de ce commissaire, président du club d'Ornans, ne promettait rien de bon. En efibt, M. Grandjacquet parut venir pour faire le procès aux municipaux de Tarcenay bien plutôt qu'aux mauvais sujets dont ils avaient dénoncé les projets d'invasion, et il chercha visiblement à prouver, par une sorte d'enquête à laquelle il procéda, que leur plainte était une pure calomnie contre son parti. Cependant plusieurs habitants déposèrent qu'ils avaient été prévenus par nombre de personnes que des gens de Mérey et autres devaient venir à Tarcenay pour faire le tapage ; qu'un habitant de Villers avait dit lui-même à un des témoins, que s'il n'allait pas à la messe avec sa famille, les citoyens de Villers et Mérey viendraient à Tarcenay casser, briser, etc., et qu'ils se proposaient d'aller non-seulement à Tarcenay, mais encore dans les autres communes connues pour être vouées à l'aristocratie; que sur ces propos alarmants, plusieurs ha-
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bitants avaient engagé les officiers municipaux à prendre des précautions, ce qui les avait déterminés à faire part de leurs craintes au département.
Malgré tous ces témoignages, le district, épousant toutes les dispositions malveillantes de son commissaire, émit, le 30 mai, Tavis suivant : « Considérant que la plainte des officiers municipaux de Tarcenay était injuste^ puisque les pré-* tendus avertissements qui auraient pu y donner lieu sont, de leur aveu, postérieurs pour la plupart à leurs plaintes , le directoire estime qu'il y a lieu de condamner personnellement et solidairement le maire, le procureur, l'officier municipal et le greffier, aux Irais de transport du commissaire^ de son secrétaire et de la gendarmerie. » Le département s'honora en refusant de ratifier une si monstrueuse iniquité. Il déclara, le 15 juin, qu'il serait contre toute justice de punir les officiers municipaux de Tarcenay à cause de la crainte qu'ils avaient eue et de l'avis qu'ils avaient cm devoir en donner à l'administration; a les attroupements ^ ajoutait-il , qui se sont manifestés dans les villages voisins , pouvaient bien leur faire présumer que de pareils attentats auraient lieu à Tarcenay; et il est à croire que la présence du commissaire et des gendarmes a influé à éloigner les invasions dont les officiers municipaux ont dit que leur commune était menacée; c'est donc au district à pourvoir aux frais que cette démarche d'administration paternelle a occasionnés. »
Mais le voyage de M. Grandjacquet à Tarcenay n'en eut pas moins de funestes résultats. Le fougueux jacobin fit passer une partie de son ardeur dans l'âme inerte de l'ex-moine placé à la tète de cette paroisse. M. l'abbé Gerrier, neveu et vicaire du vieux curé dépossédé, venait d'obtenir du département la permission d'y passer cinq ou six jours pour donner les derniers soins à son oncle, qui touchait à sa fin. A peine y était-il arrivé que l'intrus Vertel écrivit au district: « 6 juin. Il est de la dernière importance de faire renaître la tranquilUté publique. Votre députation à Tarcenay a opéré le succès que vous pouviez en espérer. Gela est allé au mieux pendant quelques moments; mais depuis, lenevea
de M. Gerrier a semé une telle discorde, que la paroisse, d'unie qu'elle a été pendant sa courte absence, est devenue la plus rebelle. Il est actuellement à Tarcenay, il ne fait que du mal. Une expédition prompte de deux cavaliers que vous m'envoyereZy terminera le succès de nos espérances. Nous> l'attendons de votre bonté, et aujourd'hui même. Que les cavaliers se déguisent, et le jeu en sera sûr. »
A la séance du 7 juin, un membre du district donna lecture de cette lettre , en ajoutant « qu'il était également informé que les sieurs Baud, prêtre de Foucherans^ Balandret, ci-devant curé de Trepot, et Emourgeon, ci-devant vicaire en chef à Guyans-Dumes, étaient de retour dans ces villages,, d'où ils excitaient, comme précédemment, les citoyens à la désobéissance^ au mépris des lois et surtout de leurs curésconstitutionnels , au point de jeter à la voirie l'eau bénite faite par le curé de Foucherans. » Le district arrêta, en conséquence, que, sans attendre la décision du département,, des ordres seraient donnés au commandant de la gendarmerie pour saisir au corps et transférer à Besançon MM. Ger* rier, Baud, Balandret et Emourgeon.
Le lendemain, le district adressa son arrêté au département avec les rapports de M. Vaite relatifs à MM. Emourgeon et Sergent, en réclamant contre ces ecclésiastiques lamême punition. Le 44 juin, le département ratifia les^ mesures prises le 7 par le district^ et décida que son arrêté du 3 avril serait également exécuté contre les deux prêtres^ inculpés par le rapport de M. Yaite. M. Emourgeon , objet d'une double dénonciation, se trouva ainsi condamné deux fois le même jour, tant le département apportait peu d'attention à ses arrêts. Du reste, cet ecclésiastique parvint^ comme ses collègues, à se soustraire aux recherches de la. gendarmerie. M. Gerrier, retenu par le devoir auprès de son oncle mourant, fut seul saisi et amené à Besançon.
XVL M. Monnot, maire de Pont-4e-Roide, continuait à. justifier la confiance de l'administration révolutionnaire en* faisant des tournées de poUce contre les prêtres du district de Saint-Hippolyte et en les poursuivant de ses dénonciations. Le 27 mai, il écrivit au département : « Je me suis-
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transporté dans les endroits où Tordre et la paix étaient troublés, notamment à -Bourguignon, Ecot et Vougeaucourt. A Bourguignon les officiers municipaux m'ont répondu que «depuis quelque temps, nombre de personnes de tout âge et de tout sexe appartenant aux familles du lieu, désertaient leur paroisse de Pont-de-Roide où il y a un curé constitutionnel, et s'écartaient pour aller aux offices de prêtres réfractaires du voisinage , notamment à Mandeure et à Vougeaucourt (paroisse appartenant pour moitié à la principauté de Montbéliard) ; qu'ils étaient persuadés que cette désunion ne provenait que de l'instigation des prêtres inconstitutionnels y tels que le sieur Gl.-Fr. Comte, desservant de la chapelle de Bourguignon, qui s'insinuait dans les maisons pour déclamer contre la constitution et les prêtres jureurs, et faisait tout son possible pour engager le monde à se confesser à lui ; c'était par ce moyen principalement que ce réfractaire était parvenu au point de désunir les familles ainsi que toute la commune; qu'il avait même eu l'audace, dans le temps pascal, de confesser et communier, dans cette chapelle, grand nombre de ses prosélytes, sans permission du curé de Pont-de-Roide. Tous ces faits sont prouvés par témoins, comme il l'est également que ce réfractaire a fait du village de Bourguignon le foyer de la discorde et le repaire des fanatiques.
» La municipalité de Vougeaucourt, préférant conserver un mauvais prêtre à n'en point avoir du tout, m'a déclaré qu^à la vérité le sieur Michel Socie-Perrin , leur desservant, n'était pas constitutionnel; qu'il avait tenu des propos d'incivisme dans les commencements; mais qu'à présent, il était assez tranquille, à part l'af^uence de ses prosélytes étrangers, qui remplissaient entièrement le chœur de l'église les jours de fête, tellement que les paroissiens ne peuvent plus y entrer. Quoique le maire eût déclaré à tous ces étrangers d'avoir à s'tbstenir d'y venir, le sieur Socie déclara en même temps qu'il voulait qu'ils y vinssent, et que personne ne pouvait les en empêcher. Ledit Socie , faisant une instruction, un dimanche du mois de décembre, déclama contre la constitution et la calomnia en la traitant de
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loi destructive de la religion catholique , et en ajoutant que les prêtres jureurs étaient pires que des loups, etc. Enfin, dans le courant d'avril dernier, ce même prêtre s'est donné la licence de marier un garçon de Vougeaucourt avec une fiiUe deMathay, parents au quatrième degré, sans dispense de bans ni de parenté. L'on n'imaginerait pas que ces monstres de fanatiques osent conseiller aux mères de famille qu'ils ont séduites , de rompre le lien conjugal , en leur persuadant qu'il vaut mieux se séparer de leur mari et ne pas donner le jour à des enfants^ que de faire des schismatiques. En un mot , il est de la dernière évidence que dans ces moments-ci , cette race maudite , je veux dire les prêtres réfractaires, redoublent d'activité pour semer avec plus de rage et de fureur le feu de la discorde , et que si l'on ne se hâte de les faire déguerpir et d'en purger notre voisinage , nous sommes à la veille des horreurs d'une guerre civile. » En adressant ce rapport au procureur général Billot 5 M. Monnot lui écrivait confidentiellement, le 2 juin: «Quoique les prêtres inconstitutionnels soient tous coupables, il faut avouer que la plus grande partie des constitutionnels sont aussi très répréhensibles par leur intolérance et leur imprudence, et je ne cesse de les prêcher là-dessus. Je puis dire, à la louange du sieur Baud, notre curé, qu'on ne peut rien lui reprocher de ce côté-là. Il se comporte avec une douceur, une prudence et une modération qu'il serait à désirer que tous ses confrères imitassent. Malgré cela, le petit chapelain Comte n'a cessé de lui faire des sottises. Il est pire que jamais ; et , à mon avis , personne n'est plus digne de correction et de déportation que lui. Il dit hautement qu'il se moque de moi, qu'il n'a peur de personne et se f..t de tout. Comme le sieur Thomassin est parti, il n'y a plus que ces deux individus qui font tout le mal possible, et je viens vous supplier de nous en délivrer au plus tôt ; sinon, je suis obligé de renoncer à la partie, ne pouvant plus y tenir. La capture de ces deux brouillons intimiderait et imposerait silence à deux ex-capucins et à un abbé Bonnot, tous trois résidants au village de DambeUn, où ils ont tout brouillé, et, dans moins de trois semaines, troublé la
moitié des paroissiens, sans compter les villages voisins où ils courent pour faire leurs missions. »
Le capucin Delacour, intrus à Dambelin, trouva les propo* sitions de M. Monnot insuffisantes, et, pour mieux assurer sa tranquillité, demanda, par l'entremise de M. Seguin, qu'on expédiât également à Besançon par la gendarmerie ses deux anciens confrères, les capucins Bonnot et Posty, et M. J.-B. Bonnot, prêtre, retirés à Dambelin, leur pays natal. Le département lui donna pleine satisfaction et décida, le li juin, que son arrêté du 2 avril serait exécuté contre ces trois prêtres, en même temps que contre M. Comte. MM. Posty et J.-B. Bonnot furent seuls saisis.
Quant à M. Socie ou Socier, desservant d'une paroisse i demi étrangère , sa position était plus difficile à attaquer ; mais comme elle était par cela même plus redoutable, le département n'épargna rien pour en venir à bout. D'ailleurs, les officiers municipaux de Mathay lui avaient déjà demandé, avec de vives instances, d'employer ses bons offices auprès du prince de Wurtemberg pour obtenir l'autorisation de saisir l'abbé Socie , qui, disaient-ils, ne cessait de fomenter le trouble dans leur commune. Il fut donc décidé, le 7 juin, que l'on adresserait au conseil de régence de la principauté de Montbéliard la lettre suivante, rédigée par M. Renaud (deQuingey):
a Les officiers municipaux de Mathay et de Villers-sous- Ecot viennent de nous exposer que le sieur Socier, prêtre insermenté , s'est retiré depuis quelque temps à Vougeaucourt dans le dessein de manifester plus hardiment et soulever plus facilement les habitants de nos frontières, contre le régime actuel et la constitution française ; qu'il a prêché ouvertement contre nos lois, en priant les personnes qui assistaient aux offices divins d'attendre qu'il soit sur la partie des terres de Montbéliard , pour qu'il puisse s'expUquer plus à l'aise ; que plusieurs fois il a quitté le sanctuaire de l'église et s'est placé dans la nef servant aux luthériens , pour vomir toutes sortes d'horreurs contre les prêtres fidèles à la loi. Grand nombre de nos concitoyens ont confiance en ce prêtre fanatique ; ils vont le trouver à Vougeaucourt, et
les conseils perfides qu'ils en reçoivent établissent une division entre eux et les autres citoyens^ qui nous ont fait craindre que la tranquillité n'en soit altérée. Le meilleur remède à ces maux serait que ce prêtre fût expulsé de la principauté comme y fomentant des conspirations et n'y demeurant que pour exciter impunément des troubles et des séditions. »
MM. Jeanmaire, vice-président, et Goguel, conseiller de régence de la principauté, répondirent le il juin au département, avec l'obséquiosité que rencontrent presque toujours de puissants voisins : « Sur le rapport qui nous avait été fait des troubles occasionnés par la résidence du sieur Socier dans le village mi-parti de Yougeaucourt, nous avions déjà fait défense à notre maire de souffrir que ce prêtre prît son logement dans une maison dépendante de la souveraineté de Montbéliard. Dans la crainte que nos ordres n'aient pas été exécutés à cet égard, nous venons de prendre des éclaircissements. Il se trouve que ledit sieur Socier ne réside point et n'a jamais résidé sur la pai^tie des terres de Montbéliard, mais dans la maison d'un nommé J.-Gl. Girard, citoyen français. Nous sommes conséquemment dans le cas de vous prier de joindre votre autorité à la nôtre pour le faire sortir de ce village , et nous venons , pour cet effet , de réitérer de notre côté les ordres les plus précis pour qu'il ne soit accueilli dans aucune maison de cette souveraineté. »
Le département, ayant ainsi fermé à M. Socle tout asile dans la partie étrangère de sa paroisse, décida, le 14 juin, qu'il serait saisi et transféré à Besançon ; mais il se déroba par la fuite à l'exécution de cet arrêté.
Le H juin, le département, après avoir déjà ordonné dans sa séance l'arrestation de neuf ecclésiastiques, compléta sa journée par l'arrêté suivant, qui atteignait à la fois un prêtre dont le patriotisme ardent avait été récompensé en 1790 par les fonctions d'électeur, et deux autres prêtres dont le nom était destiné à une gloire éternelle.
XVII. « Instruit que le sieur Maillot, vicaire en chef à Rosières, déclame en chaire et parle ouvertement contre la constitution, et en particuUer contre la constitution civile
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du clergé, disant que la religion actuelle est une religion parisienne ; qu'il n'y a plus d'attachement pour la religion catholique, apostolique et romaine ; que la messe des prêtres ordonnés par M*' l'évêque ne vaut rien ; que les curés élus par les citoyens n'ont aucun pouvoir pour exercer leurs fonctions; instruit également que les deux prêtres Roch, de Provenchère, sont ses dignes coopérateurs, et que le sieur Colard, vicaire à Solemont, débite hardiment les maximes les plus outrageantes contre la constitution, faisant entendre à la commune de Valonne qu'il faut lui porter les nouveaunés pour qu'il les baptise, parce que le curé de Vyt-lez- Belvoir peut tout au plus enterrer et n'a pas d'autres pouvoirs, le directoire arrête que son arrêté du 2 avril sera exécuté contre les quatre susdits. »
Malgré toute l'ardeur du département et de ses recors, son arrêté ne fut en réalité exécuté contre aucun de ces quatre prêtres. L'affection populaire, ou peut être même la complicité des autorités de Saint-Hippolyte, les empêcha, ainsi que beaucoup d'autres, de tomber entre les mains des gendarmes.
XVin. MM. Gl.-Jos. et J.-B. Blanchard frères , tous deux prêtres et chapelains de l'éghse mélropohtaine, n'étant plus retenus à Besançon par leur ministère, s'étaient retirés dans leur maison de campagne à Villedieu. Malgré leur caractère paisible, ils n'échappèrent pas à la vigilance de l'ardent procureur syndic d'Ornans. Le 23 juin, il représenta au district « qu'il était informé qu'un certain nombre de prêtres réfractaires se retiraient , les dimanches et fêtes , à la Grange-Blanchard, territoire de la Villedieu ; qu'ils y faisaient des fonctions publiques et ecclésiastiques ; qu'ils y attiraient beaucoup d'habitants des villages voisins, et qu'il était urgent de remédier à cet abus. » Le district arrêta, en conséquence, que deux gendarmes, assistés de gardes nationaux de Vercel et du Valdahon, se rendraient, le lendemain dimanche, de très grand matin, à la Grange-Blanchard, saisiraient au corps les prêtres réfractaires qu'ils y trouveraient célébrer la messe en présence du peuple, et même sans qu'ils la célébrassent, dans le cas où il y aurait un rassemblement de peuple autre que les personnes de la maison, et les amè-
ARRESTATION ET INTERNEMENT BES PRÊTRES. îHf
neraient à Ornans pour être transférés à leurs frais à Besançon.
Le lendemain, les gendarmes et gardes nationaux, rentrés à Ornans, déposèrent au district le procès-verbal de leur expédition, portant que, vers sept heures du matin, ils avaient surpris M. Blanchard aîné célébrant sa messe, à laquelle assistaient un grand nombre de personnes connues pour être des villages voisins ; que s'étant retirés, pour ne point troubler le célébrant, sur le devant de la maison, ils avaient vu plusieurs citoyens qui s'y rendaient pour entendre la messe de M. Blanchard jeune, ce que du moins ils avaient présumé, d'après sa déclaration qu'il allait la dire, et à vue d'une hostie préparée sur la fenêtre ; que la messe finie, ils avaient notifié leurs ordres à MM. Blanchard, avaient fait enfermer dans une caisse tous les ornements, vases sacrés et marbres dont ils se servaient, et avaient ensuite conduit ces deux prêtres dans la maison d'arrêt d'Ornans. A leur procèsverbal était joint un imprimé, trouvé par eux sur la fenêtre, et intitulé : Lettre et déclaration du vénérable chapitre de Soleure à r occasion des regrets faussement imputés à M. de Durfort, archevêque de Besançon.
MM. Blanchard ayant été amenés le lendemain au directoire du département, on ouvrit en leur présence la malle saisie avec eux, et qui contenait, outre les ornements nécessaires à la célébration de la messe, plusieurs livres de piété et de littérature qui avaient sans doute paru suspects aux patriotes, et onze brochures relatives à la révolution. Sur la question faite à MM. Blanchard, s'ils avaient communiqué ces brochures ou en avaient distribué de semblables, ils répondirent négativement et assurèrent qu'elles n'étaient destinées qu'à leur instruction particuhère. Après cette réponse, le département déclara « qu'il était constant que le sieur Blanchard aîné disait sa messe en présence de plusieurs personnes des villages voisins, et que le sieur Blanchard jeune se disposait à la dire de la même manière, ce qui occasionnait des rassemblements qui pourraient avoir des suites fâcheuses ; qu'en conséquence, les deux frères seraient internés à Besançon, et tenus de payer les frais de leur arrestation,
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tels qu'ils seraient taxés par le district d'ôiTians, et que les brochures saisies resteraent déposées au secrétariat, a Amenés ensuite devant le district de Besançon, MM. Blanchard déclarèrent qu'ils reprendraient leur ancienne demeure en Tille, et s'engagèrent à ne plus la quitter.
XIX. A l'exemple du département et des districts, de simples gardes nationaux se crurent suffisamment autorisés par leur zèle et leurs intentions patriotiques, pour faire spontanément la chasse aux prêtres. Le 2 juin^ le capitaine G.-A. Faivre et neuf autres gardes nationaux de la Grand'Gombe, ayant été avertis, suivant les termes de leur déposition, a qu'il y avait un étranger chez J.-Fr. Duquet, ofQcier municipal très inconstitutionnel, habitué à receler tous les prêtres réfiractaires, et que cet étranger, habillé de noir, ressemblait à un prêtre, ils se transportèrent au domicile de Duquet. Aussitôt que l'étranger s'aperçut de leur arrivée, il prit la fuite et on ne le ratrappa qu'au Seuillet, sur le territoire de Morteau. 11 répondit qu'il était natif de Saint-JuUen, qu'il venait de chercher son bréviaire à Remonot, au domicile de Jos. Girard, autre repaire de réfractaires, et qu'il s'appelait J.-Cl. VuilUn. »
Cet ecclésiastique, remis entre les mains de la municipalité de Morteau, fut expédié le même jour au district de PontarUer, qui le fît déposer en prison et n'hésita pas à violer, une fois de plus, à son préjudice, la vérité, la loi et même l^s prescriptions du département, a Nombre de fois , disait-il dans son arrêté du A juin, on nous a porté des plaintes sur ce sieur Yuillin, au sujet des troubles religieux qu'il a excités par sou fanatisme dans les campagnes de notre ressort, notamment à Arc-sous-Cicon, la Chaux, Remonot et Colombières. Il est insermenté et a été, pour cette raison, expulsé de la paroisse de Ronchamp (Haute-Saône) où il était curé. Comme dans la crise actuelle, où les ennemis du dehors se coalisent avec ceux de l'intérieur, il est urgent, pour déjouer leurs machinations, de déporter les prêtres, notamment les réfractaires, qui sont les plus dangereux agitateurs dû peuple ; et comme le département autorise, par son arrêté du ^ avril dernier, la translation des prêtres perturbateurs ou
suspects à Besançon, le directoire arrête que le prêtre Vuillin y sera conduit par la gendarmerie. »
Le lendemain, M. Vuillin fut présenté au département avec le billet suivant du district : a Nous vous adressons notre arrêté pour transférer le sieur Vuillin à Besançon, où il arrivera par la correspondance de la gendarmerie. Cet ecclésiastique est un fanatique dangereux, d'autant plus qu'il voyage de commune en commune, où il suggère ses principes aux âmes timorées. )> Le département se borna à ratifier par son silence ce nouvel attentat du district. M. Vuillin se fixa à Y auberge de la ville de Morteau.
XX. Le directoire de Pontarlier, édifié désormais sur la latitude qu'il pouvait se permettre, décréta lui-même toutes les arrestations sans prendre la peine de recourir au département. Le 29 juin , une dénonciation dont la source est restée inconnue lui ayant été apportée contre l'abbé Guill. Jeangirard, de Doubs, il déclara « que les faits contenus dans cette dénonciation étaient d'une nature grave et très propres à exciter la sédition en divisant le peuple par le fanatisme, et que ce prêtre étant notoirement dangereux pour la tranquillité publique par la manifestation de ses opinions religieuses, il serait saisi au corps et conduit par la gendarmerie à Besançon. » Il ne paraît pas que cet arrêté ait pu être exécuté; mais c'était un prêtre de plus condamné à fidr ou à se cacber^ et ce résultat était au moins un demi-triomphe pour leurs ennemis.
Le lendemain , les jacobins, encouragés par ce premier succès , dénoncèrent à la fois quatre prêtres d'Arçon , MM. Cl.-Fr. Simon, Cl.-Ant. Maugain, Michel Maugain et Cl.-Fr. Faivre, vicaire en chef à Ldévremont; leur procès ne fut pas long. « Les faits signalés contre ces prêtres, s'écria aussitôt le district, tendent à troubler la tranquillité pubhque et à exciter la division entre les citoyens ; ils sont scandaleux et d'un pernicieux exemple ; ils trahissent un plan raisonné et suivi de manœuvres propres à opérer une contre-révolution par le concours des ennemis du dehors et du dedans. Il est patent que ces prêtres ne cherchent qu'à agiter les citoyens d'Arçon, déjà excités à un tel degré, par